Le Parlement européen se prononcera mercredi sur la directive relative au «droit d’auteur dans le marché unique numérique». L’article 13, qui veut imposer l’utilisation d’algorithmes et automatiser la détection d’infractions au droit d’auteur, est une menace contre le partage et la créativité en ligne.
Le 12 septembre, nos députés européens auront à se prononcer sur la directive relative au «droit d’auteur dans le marché unique numérique», que les Etats membres ont déjà validé. Dès le préambule du texte, le cadre est fixé : il est question d’œuvres, d’auteurs, de patrimoine. Le texte veut clarifier le «modèle économique» qui définira dans quelles conditions les «consommateurs» (le mot apparaît quatre fois dans l’introduction) pourront faire usage de ces œuvres.
Le monde est ainsi découpé simplement : d’un côté, les artistes et les titulaires de droits d’auteurs, et parfois les structures et les institutions connexes (musées, universités, éditeurs) ; de l’autre, la grande masse des anonymes. La porosité entre les uns et les autres n’est pas de mise : le cas d’une personne écoutant des concerts sur Internet et publiant ses interprétations d’un prélude de Chopin n’est pas évoqué. Les médiateurs entre propriétaires (de droits, de licences) et locataires-utilisateurs sont les Etats, chargés de faire respecter la future loi, et les «prestataires de services en ligne» (les hébergeurs). Là encore, nulle place pour les auteurs-éditeurs de sites web altruistes, qui publient leurs analyses, leurs découvertes, leurs concerts de rock entre amis. On reste dans une logique traditionnelle où l’Etat et l’Union européenne régulent le fonctionnement d’industriels qui seraient laxistes en matière de propriété artistique ou intellectuelle.
Une volée de récriminations
Mais comment appliquer une telle loi ? Grâce à de gigantesques algorithmes. L’article 13 précise que les prestataires de services, en étroite coopération avec les titulaires de droits, développeront des techniques de reconnaissance des contenus. Les acteurs hors Facebook, Sacem ou équivalents seront censurés, donc éliminés du Web. Ulrich Kaiser, professeur de musique allemand, l’a vérifié. Il a mis en ligne quelques interprétations de son fait de morceaux de Schubert, tombé depuis longtemps dans le domaine public, et a vérifié comment le logiciel de vérification de droits d’auteur de YouTube (Content ID) réagissait. Il a vite reçu une volée de récriminations prétendant qu’il violait des droits d’auteur. Et ses arguments étaient systématiquement rejetés. En bref, pour qui n’est pas adossé à une agence de droits d’auteur, il y aura toujours un robot ou un digital worker payé au clic qui lui interdira toute publication, au motif qu’il copie une œuvre, même s’il a le droit pour lui. Belle inversion juridique où nous devons faire la preuve de notre innocence, quand sa présomption figure dans notre Constitution.
Le second souci est que ces algorithmes coûtent très cher (de l’ordre de 50 millions d’euros), et sont évidemment très protégés par… le copyright. Nous sommes ici bien loin des logiciels libres façonnés par des poignées de bénévoles, et qui font vivre Internet. Et notre Union européenne, qui veut protéger les big industries du numérique et de la culture, ne réalise pas qu’elle se transforme en bourgeois de Calais, au seul bénéfice des Etats-Unis, puisqu’elle ne sait produire ces logiciels et bases de données associées.
La peur du don
Ainsi, du haut de Bruxelles, on ne fait pas que penser le contemporain avec des catégories obsolètes, aux dépens des citoyens et de leur créativité. On se trompe.
Apparaît d’abord une étrange peur du don. Le don, ce phénomène social total, qui structure nos sociétés via l’échange, qui nourrit nos idées : celles-ci se confortent et s’affinent au contact d’autrui. Tenter de les censurer, d’en vérifier systématiquement l’authenticité, c’est aller contre l’éducation, contre le développement personnel : la science et la création se nourrissent d’emprunts, d’appropriations, de détournements.
Ensuite, supposer que la technique va sauver ou protéger la culture relève de l’erreur. De tout temps technique et culture forment une tresse inséparable. Nos films sont faits avec des caméras, qui fonctionnent à l’électricité, désormais montés sur ordinateur. Nous appelons nos ponts (du Gard ou de Tancarville) des «ouvrages d’art». Et avec l’informatique, nous prenons conscience de la dimension technique de l’écriture, qui nous sert autant à développer un raisonnement, à jeter les bases d’une nouvelle loi qu’à déguster un Rimbaud qui a peu profité de ses droits d’auteur. La grande majorité des productions informatiques relèvent de ces jeux d’écriture où copier, coller, emprunter, détourner, articulent recettes, banales applications et imagination.
Façonner le monde
Et enfin, l’idée qu’un algorithme puisse se substituer au jugement humain est erronée. Un algorithme est écrit par des humains, qui y injectent leur subjectivité, leurs représentations du monde, leurs valeurs morales, comme le montre le philosophe Andrew Feenberg. Il n’est pas neutre. Un algorithme l’est d’autant moins s’il appartient à une firme, qui va évidemment l’adapter à ses intérêts économiques. La chose est manifeste quand il s’appuie sur des bases de données massives pour produire du deep learning. C’est le principe même de l’apprentissage : si nous apprenons à des ordinateurs à modéliser le climat, nous ne pouvons leur confier des opérations chirurgicales sur des humains. Et l’idée que les machines puissent résoudre des problèmes moraux (liés au vol, à l’invention) signale avant tout une démission politique. La volonté de déléguer à ces machines des questions qui méritent d’être débattues par tous : démocratiquement.
C’est toute la question du «numérique»: cette technique a plus que jamais le pouvoir de façonner le monde. Y compris politiquement. Avec les réseaux sociaux, nous ressentons, non pas son pouvoir, mais ses effets sur nos sociétés. L’histoire de l’écriture nous rappelle que ces effets sont lents, variés, particulièrement dépendants de ce que nous voulons qu’ils soient. Moins que jamais, la technique est éloignée de nous. Sauf si nous déléguons à quelques managers le formatage de nos sociétés par le biais de leurs chimères. Souvent, celles-ci se réduisent à quelques croyances, qui confinent à la numérologie. Il s’agit de projeter toute la complexité humaine, ses variations multidimensionnelles, sur une droite, où chacun.e d’entre nous serait évaluable. Avec une seule note entre 0 et 20.
Le numérique, c’est politique. Ça se pratique aussi, ça s’apprend. Comme l’écriture. Ça se débat. Il est urgent de l’enseigner à toutes les générations, à tous les corps de métier ; d’en expérimenter les facettes actuelles, d’en inventer les futures. Les artistes, les historiens, les physiciennes usent tous de l’écriture. Il en est de même pour le «numérique». Jeunes et vieux, Chinois, Français et Californiens prenons le temps de penser le numérique, au-delà de nos moules et frontières disciplinaires. La technique nous appartient. A nous tous d’en convaincre nos députés.
Le Parlement européen a voté mercredi 12 septembre en faveur du projet de réforme de la directive sur le droit d'auteur, qui contient deux articles polémiques. D'autres étapes vont suivre.
La mobilisation dans plusieurs villes d’Europe n’aura donc pas suffi : malgré l’intense activisme des opposants au projet de réforme de la directive sur le droit d’auteur, y compris dans la dernière ligne droite, le Parlement européen a choisi d’approuver la proposition de directive à une confortable majorité : 438 voix pour, 226 contre et 39 abstentions.
La Commission européenne, qui soutient cette révision depuis plusieurs années, a évidemment partagé sa satisfaction. « Nous nous félicitons du vote […]. C’est un signal fort et positif et une étape essentielle pour atteindre notre objectif commun de modernisation des règles du droit d’auteur », déclarent les deux responsables du numérique, Andrus Ansip et Mariya Gabriel.
À l’inverse, les critiques de la réforme ont déploré un rendez-vous manqué, à l’image de Julia Reda, eurodéputée qui est issue des rangs du Parti pirate : « le Parlement n’a pas écouté les préoccupations des citoyens et des experts » sur les deux dispositions du texte les plus critiquées, à savoir les articles 11 (droit voisin pour la presse sur le web) et 13 (filtrage automatique des contenus mis en ligne).
Le vote survenu le mercredi 12 septembre tranche avec celui organisé le 5 juillet dernier. Là aussi réuni en séance plénière, le Parlement européen avait désapprouvé le mandat de négociations confié à la commission des affaires juridiques concernant la réforme du droit d’auteur au sein de l’Union. Le rejet du mandat s’était obtenu dans un vote relativement serré, par 313 voix contre 278.
Si le scrutin survenu mi-septembre constitue une étape clé dans le parcours de ce texte, il n’en constitue pas le point final. D’autres étapes sont prévues. Les députés vont en particulier devoir négocier un compris avec le Conseil de l’Union européenne. Cette phase doit avoir lieu au cours du mois de novembre 2018. Ensuite, un vote définitif, encore par le Parlement européen, doit survenir, vraisemblablement au printemps 2019.
« Maintenant que le Parlement et le Conseil ont adopté leurs positions, nous aurons une dernière chance de rejeter les articles 11 et 13 ors du vote final sur la directive après le trilogue [une réunion tripartite entre le Parlement, le Conseil et la Commission, ndlr], probablement au printemps. Interpellez vos gouvernements en attendant ! », a réagi Julia Reda à l’issue du scrutin.
La Commission européenne espère toutefois un calendrier plus rapide : « la Commission est prête à travailler […] afin que la directive puisse être approuvée dès que possible, idéalement d’ici la fin de 2018 ». « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider les co-législateurs à parvenir à un accord d’ici la fin de l’année », a ainsi réagi Mariya Gabriel, qui a la charge de l’économie et la société numériques à Bruxelles.
Sauf coup de théâtre, il paraît improbable que l’une des trois parties impliquées dans ce trilogue fasse machine arrière. Pour la société civile, le seul angle d’attaque possible reste celui du Parlement européen, qui pourrait faire chavirer le texte dans sa dernière ligne droite. Mais au regard du vote survenu le 12 septembre, cette hypothèse n’est désormais plus celle qui tient la corde.
Un vote favorable mettra un point final aux débats. La France aura alors l’obligation de se mettre au travail pour transposer la directive dans son droit national.
En effet, son application n’est pas immédiate (à la différence, par exemple, du RGPD). Cette marge de manœuvre, qui laisse un délai aux gouvernements, est inscrite dans les règles de fonctionnement de l’Union : « la directive lie tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant à la forme et aux moyens ».
12 septembre 2018 - Le Parlement européen vient d'adopter la directive droit d'auteur, qu'il avait pourtant repoussée une première fois cet été. En ayant fait adopter cette directive, les industries culturelles et de la presse réclament les miettes de l'économie de la surveillance de masse. Plutôt que de combattre cette capitulation devant les GAFAM, le gouvernement français l'a vigoureusement encouragée.
En 20 ans, l'industrie culturelle française n'a jamais su s'adapter à Internet. Aujourd'hui, elle est folle de rage devant le succès de Netflix ou d'Amazon. Donc elle exige les miettes du gâteau. Elle veut contraindre les géants du Web, tels que Youtube ou Facebook, à partager avec elle les revenus de la publicité ciblée associée aux œuvres dont ils sont les ayants-droits.
Mais la publicité ciblée consiste surtout à surveiller tout le monde, partout, tout le temps, sans notre consentement libre. Depuis le 25 mai et le RGPD, c'est illégal, et c'est bien pourquoi nous avons attaqué chacun des GAFAM au printemps dernier devant la CNIL, dans des plaintes collectives réunissant 12 000 personnes.
Pourtant, ayant échoué à évoluer, l'industrie culturelle française est aujourd'hui prête à s'associer à ce modèle illégal. Avec le vote d'aujourd'hui, le financement de la culture se soumet à l'économie de la surveillance de masse. Et il est injustifiable que le gouvernement français, en soutenant lui aussi cette directive, ait consacré la toute puissance illicite des géants du Web, plutôt que de combattre leur modèle de surveillance pour nous en protéger.
Hélas, le débat ne s'arrête pas là. À côté, on retrouve les éditeurs de presse qui, eux non plus, pour la plupart, n'ont jamais su s'adapter. Du coup, ils exigent aujourd'hui que Facebook et Google les financent en les payant pour chaque extrait d'article cité sur leur service. Mais quand les revenus du Monde ou du Figaro dépendront des revenus de Google ou de Facebook, combien de temps encore pourrons-nous lire dans ces journaux des critiques de ces géants ? Plutôt que de s'adapter, les éditeurs de presse préfèrent renoncer entièrement à leur indépendance, sachant par ailleurs que bon nombre d'entre eux mettent en œuvre des pratiques tout aussi intrusives que celles des GAFAM en matière de publicité ciblée (relire notre analyse de leurs pratiques et de leurs positions sur le règlement ePrivacy).
Ici encore, le gouvernement français a encouragé cette capitulation générale face aux géants du Web, qui passent encore davantage pour les maîtres de l'Internet. Pourtant, ils ne sont les maîtres de rien du tout. Internet n'a pas besoin de Google ou de Facebook pour nous permettre de communiquer. Au contraire, ces géants nuisent à nos échanges, pour mieux vendre leur publicité.
Le vote d'aujourd'hui est le symptôme de l'urgence qu'il y a à changer de cadre. Le gouvernement français doit accepter qu'Internet ne se résume pas à une poignée de monopoles. Il doit renoncer aux multinationales du numérique et, enfin, commence à promouvoir le développement d'un Internet décentralisé - seul capable de respecter nos droits et libertés. Maintenant.
Au Japon, le vieillissement de la population est une mauvaise nouvelle pour les universités. Plusieurs établissements ont fermé ces dernières années, les admissions sont devenues moins sélectives et les facs se battent pour attirer les étudiants et étudiantes. Pour compenser le manque de jeunes, la Hanazono University de Kyoto a décidé de cibler les seniors.
La direction de ce petit établissement offre désormais une réduction de 50% pour les plus de 50 ans et la gratuité des études pour les plus de 100 ans. Avec ce nouveau système, les quinquagénaires payent 50% de moins que les jeunes, les sexagénaires 60% de moins, les septuagénaires 70% et ainsi de suite. Jusqu'à la gratuité pour les plus de 100 ans.
Pour des études de quatre ans à Hanazano, un ou une jeune paiera 24.000 euros, contre 10.000 euros pour un ou une étudiante de 62 ans. Certains jeunes ont assez mal pris la nouvelle –se demandant pourquoi ils ne pourraient pas obtenir au moins une réduction de 20% après 20 ans.
Les premiers bénéficiaires de cette bourse commenceront les classes le printemps prochain. L'université pense les attirer avec un message optimiste: «Si vous vous changez vous-mêmes, vous changez le monde.»
Le Japon est déjà habitué aux vieux étudiants. En 2016, un homme de 96 ans a obtenu sa licence de beaux-arts à l'université de Kyoto et a été reconnu par le Guinness des records comme le plus vieil étudiant au monde.
Le 11 septembre 2001, près de 3000 personnes ont été tuées dans les attentats frappant le World Trade Center, le Pentagone et la Pennsylvanie.
Par Lucie Cayrol
ATTENTAT - Cela fera bientôt 17 ans jour pour jour. Le 11 septembre 2001, près de 3000 personnes ont été tuées et plus de 6000 blessées dans les attentats frappant le World Trade Center, le Pentagone et la Pennsylvanie. Ce 31 août, des images vidéos restaurées encore jamais diffusées ont été publiées sur le site Youtube et montrent un point de vue inédit.
C'est Mark LaGanga, journaliste et cameraman pour CBS News en 2001, qui a décidé de publier ces vidéos. Au plus près de la catastrophe, il en livre un témoignage glaçant, presque immédiatement après la première collision qui a provoqué l'effondrement de l'une des tours jumelles.
Le rapport Kierzek-Léo ne fera pas date pour les propositions qu’il formule, d’une timidité et d’une complexité confondantes face aux enjeux posés par le dossier du Lévothyrox. On notera par exemple la proposition de créer une « plateforme » d’information sur les médicaments à destination du public. Le réflexe français très solutionniste du « un problème, une solution technique de plus dans le mille-feuilles » a encore agi. Pour le reste, la mission propose de confier à l’Agence Nationale de Sécurité de Médicament (ANSP) la fonction de communiquer sur tous ces sujets.
La même ANSM qui est au coeur de l’affaire Mediator ou de l’affaire Depakine.
Avec ces propositions, on est donc certain que la situation n’est pas près d’évoluer!
Silence presque total sur l’accès aux données de santé
L’ensemble du rapport reste à peu près muet sur la question de l’ouverture des données de santé, qui demeurent encore et toujours une propriété jalousement gardée par l’Etat, avec les conséquences que l’on connaît. Les scandales sanitaires récents ont tous mis en exergue les limites d’un monde où l’information et le traitement des données de santé est rationné par l’État.
Malgré ces évidences, les pouvoirs publics s’obstinent à verrouiller l’accès à des données qu’ils se montrent incapables de traiter correctement. Et le rapport Kierzek-Léo ne trouve pas grand chose à redire à ce sujet. On notera jusque cette phrase: « À plus long terme, ouvrir plus largement l’accès aux données », qui en dit long sur le manque d’ambition du rapport, et sur le sous-dimensionnement des mesures proposées. On est très loin de l’ouverture large et rapide dont la santé a besoin en France pour sortir de sa préhistoire.
La question du mépris médical et des pouvoirs publics au coeur du rapport
Mais il faut reconnaître au rapport le mérite de reconnaître une réalité qui est au coeur du dossier du Levothyrox: les pouvoirs publics sanitaires, en accord avec la communauté médicale, ont foulé aux pieds la parole des patients et n’ont pas pris la mesure de l’évolution qui touche la société dans son ensemble. On lira donc dans le rapport quelques phrases châtiées qui résument assez bien le sujet:
« L’approche principalement réglementaire de l’information sur le médicament a pour conséquence de reléguer au second plan la réflexion sur son appropriation par le public et les professionnels de santé. La dimension « utilisateurs » de l’information a ainsi été délaissée pour répondre principalement au besoin de « se couvrir » au plan médico-légal. (…)
Le primat, dans l’ensemble des dispositifs informationnels, de la rationalité scientifique et de l’expertise a, en outre, peu intégré la richesse spécifique de l’information ascendante. Ses « remontées » dans les dispositifs de veille sanitaire (comme l’ouverture aux usagers de la plateforme de signalement des événements indésirables) ne semblent intéresser les pouvoirs publics que dès lors qu’elle répond aux canons de l’imputabilité « classique ». Cefaisant, les autorités sanitaires se privent d’informations de « vie réelle » pourtant cruciales et utiles à l’évaluation des médicaments (courriers des lecteurs de la presse écrite, remontées aux associations de patients, réseaux sociaux, questions fréquentes en officine, etc.). »
Les médecins et les pouvoirs publics ne tireraient donc aucun profit de la parole des malades? Le fait qu’un rapport officiel l’écrive est déjà un bon point. Mais au rythme où vont les choses, la surdité des principaux intéressés n’est pas prête de guérir.
Orange a planifié l'arrêt du réseau téléphonique commuté, qui est devenu vieillissant et dont les fonctions sont aujourd'hui concurrencées par le réseau IP. Cet arrêt, annoncé en 2016, s'étalera toutefois sur plusieurs années.
Les lignes téléphoniques telles que nous les connaissons sont amenées à connaitre le même destin que la télévision hertzienne : la disparition au profit d’une nouvelle façon de faire transiter les communications. En chef d’orchestre de cette bascule se trouve Orange, qui planifie depuis plusieurs années l’abandon du réseau téléphonique commuté (RTC), afin de passer à l’ère du tout-IP.
Évoquée en 2014 par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), la disparition du RTC a été officialisée début 2016 que l’opérateur historique (ex-France Télécom), dans son principe. À terme, il sera donc impossible d’utiliser un téléphone fixe directement branché à la prise téléphonique : à la place, il faudra systématiquement passer par une box Internet.
Qu’est-ce que le RTC ?
Sigle pour réseau téléphonique commuté, le RTC est le réseau historique d’Orange. Il repose sur des paires de cuivre « dans lequel un poste d’utilisateur final est relié à un central téléphonique par une paire de fils », explique le régulateur des télécoms. Orange a découpé la métropole en 18 zones contenant chacune un commutateur de transit, auquel sont branchés plusieurs commutateurs d’abonnés.
Cette organisation hiérarchique à plusieurs niveaux de commutation visait à « réduire les distances d’acheminement du trafic entre deux points (mais aussi, par ailleurs, pour gérer le nombre important d’utilisateurs) ». Quant à la commutation, elle signifie que la liaison est établie provisoirement quand on appelle son correspondant. Elle s’oppose au principe de la liaison permanente.
Plus concrètement, le RTC apparaît aux yeux de l’abonné par la prise téléphonique murale qui se trouve dans n’importe quel logement. En branchant un téléphone fixe dessus, il est alors possible de passer un coup de fil à un correspondant, à condition d’avoir souscrit un abonnement. Aujourd’hui toutefois, le téléphone fixe est davantage branché à la box d’un opérateur, ce qui fait transiter la voix par Internet.
Schéma de l’Arcep présentant l’architecture RTC d’Orange.
Pourquoi abandonner le RTC ?
Orange justifie sa décision de délaisser le RTC par l’impossibilité — ou plutôt la difficulté croissante — d’entretenir correctement l’infrastructure de ce réseau, qui a vieilli. Les réparations et les interventions deviennent complexes à effectuer, parce que les équipementiers ne produisent plus forcément certaines pièces requises pour le bon fonctionnement des installations.
En outre, il y a une perte de compétence qui s’observe avec le départ à la retraite d’ingénieurs et de techniciens capables d’intervenir pour régler certains problèmes. Certes, Orange pourrait organiser la transmission du savoir-faire, mais cela nécessiterait de puiser dans les nouveaux contingents d’experts en télécoms pour les former à une infrastructure désuète.
C’est en constatant cette réalité que le gendarme des télécoms a déclaré, en septembre 2014, qu’il « ne s’opposera pas, le moment venu, à la volonté d’Orange de rationaliser son réseau téléphonique historique, par exemple en fermant le RTC sur tout ou partie du territoire », à condition qu’il laisse un délai suffisamment long — d’au moins cinq ans — au secteur concerné pour qu’il puisse s’adapter.
Quel calendrier pour la fin du RTC ?
Le pourcentage de lignes qui ne possèdent qu’un abonnement RTC ne cesse de se réduire avec la génération de la communication par IP. « Le nombre d’abonnements à un service téléphonique sur les réseaux fixes baisse depuis le milieu de l’année 2010 », observait l’Arcep début juillet. Dans le cas du RTC, le nombre d’abonnements à la téléphonie traditionnelle s’établit à 9,9 millions, en baisse de 1, 3 million en un an.
Si vous possédez l’une de ces lignes encore en service, sachez toutefois que le réseau ne va pas simplement disparaitre du jour au lendemain. Orange doit laisser au minimum cinq ans de marge entre l’annonce d’une coupure et la coupure effective. De plus, cette coupure est fragmentée en « plaques », c’est-à-dire en groupe de communes. Selon le calendrier actuel d’Orange, les premières déconnexions sont planifiées pour… 2023.
En clair, les personnes potentiellement affectées par cette politique ont plusieurs années devant elles pour trouver une solution alternative. Les nouvelles souscriptions de lignes seront par contre impossibles après quatrième trimestre 2018. Le calendrier prévisionnel publié par la Fédération française des télécoms offre un résumé général du plan de transition vers le réseau IP.
Les modalités de l’arrêt du RTC.
Que faire face à cette transition ?
À partir du 15 novembre 2018, Orange cessera la vente d’abonnements fondés sur le téléphone fixe traditionnel. En cas de déménagement après cette date, la clientèle devra impérativement opter pour une offre incluant ou non un accès à Internet. À partir de 2023, n’importe qui pourra être potentiellement concerné, en fonction des coupures planifiées groupe de communes par groupe de communes.
Le plus simple sera de prendre une box, chez Orange ou auprès d’un fournisseur d’accès à Internet concurrent. Cependant, comme le pointe France Info, il est prévu la mise en vente « d’équipements simplifiés pour les personnes âgées » et aussi, précise Europe 1, d’offres épurées sans Internet et sans télévision. Cet abonnement sera facturé 17,96 euros par mois, au même prix que la formule actuelle.
Quant à la box, elle sera en principe prêtée par l’opérateur ; celle-ci devra être rendue en cas de résiliation du contrat.
Des difficultés à prévoir ?
Le principal problème lié à l’arrêt du RTC concerne les services d’urgence. En effet, beaucoup d’entre eux utilisent encore une ligne RTC qui présente l’avantage de rester opérationnelle même lors d’une coupure de courant. Les lignes de secours des ascenseurs et des alarmes sont les principales concernées et leurs exploitants devront trouver des solutions alternatives d’ici les prochaines années.
Ces difficultés ne sont pas ignorées : la Fédération française des télécoms invite les particuliers ayant des équipements en RTC (fax, alarmes, équipements de télésurveillance, etc.) à se tourner vers leur fournisseur pour déterminer quelle est la solution qui vous sied en réseau IP. Ce conseil est également dispensé aux entreprises et administrations, qui sont invitées à recenser leurs accès RTC.
Vous avez craqué pour le dernier iPhone ou décidé de changer de PC ? Avant de vendre vos anciens appareils sur des sites comme Leboncoin ou PriceMinister, ou de les offrir à vos proches, prenez soin d’effacer vos données personnelles.
Le marché de l’occasion se porte bien. Si votre appareil n’est pas trop dépassé et qu’il fonctionne parfaitement, vous trouverez sans peine des acheteurs sur les sites de petites annonces ou de vente aux enchères.
Mais avant de le céder à un inconnu ou à un membre de votre famille, quelques précautions s’imposent.
Coordonnées bancaires, mots de passe, historiques de navigation, documents professionnels, photos, e-mails… le disque dur d’un ordinateur, ou la mémoire d’un smartphone fourmillent de données que vous ne souhaitez pas voir tomber entre des mains étrangères.
Pour une tablette ou un téléphone, le plus simple consiste souvent à revenir aux paramètres d’usine, ce qui efface l’ensemble des données et des applications que vous aviez installées.
Mais si vous préférez laisser en place des applications ou certains réglages pour ne pas livrer un appareil complètement nu, suivez les étapes de cette check-list.
Mercredi 12 septembre 2018 se tiendra un vote déterminant pour la défense d'un Internet libre et ouvert, neutre et acentré : le Parlement européen réuni en formation plénière va amender et voter la proposition de révision de la directive droit d'auteur de la Commission européenne dont l'article 13 imposerait aux plateformes de partage le filtrage des contenus mis en ligne par leurs utilisateurs et utilisatrices. Une mesure liberticide que les parlementaires doivent absolument rejeter. Il est donc fondamental de se mobiliser pour garantir ce vote de rejet.
Si dans l’inconscient collectif, une énergie renouvelable – produite, par exemple, grâce à la biomasse, aux biofuels, aux éoliennes ou aux panneaux solaires – est forcément verte, qu’en est-il dans les faits ? Car pour une énergie authentiquement verte, son cycle de vie entier doit être pris en compte et notamment le recyclage des matières premières. Or ce domaine est encore en voie de structuration, comme l’illustre le secteur des panneaux solaires.
Selon PV Cycle, organisme public chargé du recyclage des panneaux solaires, il est possible de recycler 100 % des modèles aux silicium cristallin, majoritaires sur le marché mondial du photovoltaïque. Encore faut-il avoir les infrastructures pour…
Les commentaires et les interactions sur les sites d’information sont en voie de disparition. Mauvaise nouvelle pour les médias qui ne font ainsi qu’accentuer leurs difficultés, sur le long terme.
Le mouvement est assez général, en France ou francophonie et dans le monde. De nombreux éditeurs, effrayés par la mauvaise qualité des interactions – grossièretés, insultes, fausses nouvelles… ont décidé depuis environ deux ans, de supprimer les commentaires de leurs sites.
Une fois de plus, l’utopie Internet d’une société revitalisée par la technologie, en prend un coup. Non, il ne suffit pas de donner aux gens le pouvoir de s’exprimer pour créer une démocratie participative.
Tout comme le libre accès aux “autoroutes de l’information” n’a pas contribué à rendre les gens plus curieux, ni plus cultivés, ni plus solidaires, contrairement à ce que nous promettaient les opérateurs téléphoniques des années 1990-2000 (pour mieux nous vendre leurs abonnements).
Les outils sans l’éducation sont inutiles, comme l’a appris Laurent Fabius.. Rappelez-vous de l’échec du plan « informatique pour tous » décidée par le Premier ministre en 1985. Des dizaines de milliers d’ordinateurs sont restés dans leurs cartons ou furent bien mal utilisés, faute d’avoir formé les enseignants à s’en servir.
Aujourd’hui, on retrouve donc de plus en plus un web 1.0, unidirectionnel, largement aux mains des géants d’Internet (Facebook, Google) et des commerçants (Amazon notamment). Ce qui a fait dire le 8 août 2018, à son inventeur, Tim Berners-Lee, qu’il était dévasté par ce qu’était devenu son bébé.
Pour créer une petite publication que vous diffuserez dans une association ou au sein d’un club par exemple, les outils de mise en pages de Word ne suffisent pas. En revanche, l’application gratuite Scribus offre toutes les fonctions d’un logiciel de PAO professionnel.
Word permet de composer des documents avec des textes et des images. Mais le traitement de texte de la suite Office ne peut rivaliser avec les logiciels spécialisés dans la mise en pages.
Inutile pourtant d’acheter InDcsign ou QuarkXPress, les références du genre. Profitez plutôt de Scribus : il est gratuit et disponible pour Mac, Windows ou Linux.
Comme avec tout bon outil de PAO (publication assistée par ordinateur), les éléments placés sur le document (colonnes de texte, images, titres…) peuvent être ajustés et personnalisés dans les moindres détails. Malgré une interface un peu vieillotte, Scribus sera à la hauteur de vos exigences si vous domptez ses outils et sa logique.
Exclusif - Capital a recueilli différents témoignages de consommateurs qui racontent avoir vu leur abonnement migrer d’EDF à Engie à leur insu, suite à un achat chez Darty.
Une nouvelle affaire de pratiques commerciales déloyales pour Engie ? Déjà épinglé pour des pratiques commerciales trompeuses au domicile des particuliers, l’ex-GDF-Suez est aujourd’hui soupçonné d’avoir également dérapé en magasin, en l'occurrence chez l’un de ses partenaires de longue date : Darty. Plusieurs témoignages recueillis par Capital font état de pratiques trompeuses, dissimulées derrière de l’étourderie et des erreurs individuelles.
“Je m’étais simplement rendue chez Darty pour acheter un lave-linge, raconte par exemple Claude, une habitante du Jura. Le lendemain, je recevais un courriel d’Engie me souhaitant la bienvenue et me remerciant d’avoir souscrit à son offre d’électricité. Je n’avais pourtant rien signé !”. Même expérience pour Anna, venue en magasin pour acheter un ventilateur, à Cannes : “Le vendeur Darty m’a promis des économies d’énergie et des tarifs bloqués pendant un an. Il m’a détaillé l’offre et m’a rendu un lourd dossier comprenant de la documentation. Huit jours plus tard, je recevais un courrier de Engie me demandant mes coordonnées bancaires pour procéder au premier prélèvement”.
Le procédé change d’un cas à l’autre, mais le discours reste le même : Darty vous promet de larges économies d’énergie si vous souscrivez aux offres de Engie, en complément de l’achat d’un équipement électroménager. Sauf que dans la plupart des cas, le vendeur reste flou sur l’identité de son partenaire. “Lorsque j’ai demandé qui était Engie, on m’a répondu que c’était pareil qu’EDF, que c’était même une branche de l’entreprise, confie Anna, qui croyait qu’on lui présentait de nouvelles offres de son fournisseur. Je ne me suis donc pas inquiétée. Les vendeurs Darty joueraient donc sur la mauvaise connaissance du marché de leurs clients pour leur vendre des abonnements.
Notre service - Résiliez vos abonnements et contrats, en ligne, simplement et en toute sécurité, avec envoi automatique de votre lettre en recommandé
Pire encore que du démarchage, les pratiques rapportées s’apparentent à de la vente forcée. “Lorsque j’ai compris que j’avais changé de fournisseur, je suis retournée chez Darty. Le vendeur m’a alors assuré que je pouvais me rétracter via formulaire, si le contrat ne me convenait pas. Mais pourquoi résilier un contrat que je n’ai pas signé ?”, s’encolère Claude. Après plusieurs appels à EDF, son ancien fournisseur, et à Enedis, Claude acquiert la conviction que le vendeur, qui disposait d’une tablette au moment de la présentation de l’offre en magasin, a signé électroniquement le contrat à sa place. Elle menace alors Darty de porter l’affaire devant la justice. Selon Claude, le vendeur lui aurait alors certifié qu’on “[lui] a dit de faire comme ça”.
Après un mois de bataille, Claude obtient finalement l’annulation de son contrat et une compensation de Darty, en guise d’excuse : un bon d’achat de 150 euros à valoir sur son prochain achat.
Des pratiques commerciales recyclées
Les exemples de Claude et de Anna sont loin d’être isolés. Sur 573 dossiers de plaintes étudiés en 2018 par le Médiateur national de l’énergie, 26 concernaient des pratiques commerciales déloyales chez Darty, à propos d’offres Engie. Sachant qu’un consommateur sur cinq ne connaît pas même l’existence du Médiateur, selon les estimations de l’autorité elle-même, on peut penser que le nombre de client abusés est plus important. “On retrouve de vieilles pratiques commerciales recyclées, qui visent à tromper le client en lui donnant de fausses informations”, regrette Jean Gaubert, le Médiateur national de l’énergie.
Et le procédé ne daterait pas d’hier. Selon une ancienne employée d’EDF dont nous avons recueilli le témoignage, l’opérateur historique a vu s’accumuler les plaintes de clients qui découvraient avec surprise la résiliation de leur abonnement chez EDF, au profit d’un concurrent. “Lorsque je suis arrivée dans la branche commerciale en 2005, nous étions dix employés dans la cellule de réclamation, raconte-t-elle. En 2010, cinq ans plus tard, nous étions 250. Les premières remontées de clients dupés concernaient des migrations vers Engie, dès 2007 ou 2008.”
Le point commun de ces affaires ? Les clients s’étaient pour la plupart rendus en magasin Darty et avaient acheté de l’électroménager. “Les consommateurs ne comprenaient pas comment Darty procédait et ils nous envoyaient même leurs relevés de comptes bancaires pour nous prouver leur achat en magasin, détaille l’ancienne employée d’EDF. A partir de là, EDF nous programmait des formations au questionnement des clients victimes de pratiques douteuses. Nous avions comme mission de comprendre l’arnaque”. Aujourd’hui, l’opérateur historique recense annuellement quelques 30.000 réclamations de ses clients victimes de pratiques commerciales abusives de concurrents.
Cas isolés ou vraie stratégie ?
Face à ces accusations, Engie dément formellement mener des pratiques visant à entretenir une confusion avec EDF. Contactée par Capital, la société assure agir “dans le strict respect des règles commerciales” et se dit même extrêmement surprise que “quelques cas isolés donnent lieu à une généralisation”. Pour Jean Gaubert, il y a pourtant la preuve d’une politique commerciale trompeuse : “Je ne peux pas croire à une somme d’erreurs individuelles. Je ne connais pas les rémunérations des vendeurs Darty, mais c’est certain qu’elles dépendent en partie des ventes d’abonnements réalisées au cours du mois”. De son côté, Darty affirme axer sa politique de rémunération autour de la “qualité des ventes effectuées”, mesurée notamment via le taux de rétractation. Le groupe assure par ailleurs focaliser la formation de ses vendeurs sur la distinction entre EDF et Engie.
Le Médiateur s’inquiète désormais du virage amorcé par le marché de l’énergie. L’arrivée de nouveaux acteurs de la grande distribution dans la fourniture d’électricité fait craindre une généralisation des abus. D’un côté, certains fournisseurs de gaz ou d’électricité ont du mal à approcher les consommateurs. De l’autres, les enseignes de distribution les reçoivent tous les jours chez elles. “D’où la nécessité d’être plus agressif encore, avance le Médiateur. Certains opérateurs vont être contraints de passer des partenariats avec d’autres enseignes de distribution pour rivaliser avec ces nouveaux arrivants”. A la manière du kilo de pomme de terre dont on vous annonce la promotion dans tout le magasin, des arrivages exceptionnels de kilowatts d'électricité pourront bientôt être bradées pendant un très court laps de temps. Avec comme objectif de presser le client qui, lui, est toujours aussi mal informé. Le Médiateur national de l’énergie rappelle dans son dernier baromètre annuel que seul un français sur deux est au courant qu’il peut changer de fournisseur d’électricité.
« Je regrette l’Europe aux anciens parapets. » Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre »
« Faire l’Europe » ? Elle existe déjà. Ce qu’il faut, c’est construire notre regard. Umberto Eco disait que « la langue de l’Europe, c’est la traduction » et il est vrai que l’Europe géographique, avec 35 langues officielles, enrichies de 225 langues secondaires a toujours été pour les eurosceptiques un mythe, pour les Européens convaincus un rêve.
C’est dans cette faille que s’inscrit le Brexit. Boris Johnson, dans le Telegraph du 15 mai 2016, déclarait de manière ultra-provocatrice :
« L’Union européenne poursuit un but similaire à celui d’Hitler en tentant de créer un puissant super-Etat ! […] Si les bureaucrates de Bruxelles utilisent des méthodes différentes de celles du dictateur nazi, ils partagent le même but d’unifier l’Europe sous une seule “autorité”. »
et, plus loin :
« Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont déjà tenté cela et cela s’est terminé tragiquement. L’Union européenne est une tentative d’y parvenir par des méthodes différentes. Mais fondamentalement ce qui manque est l’éternel problème, il n’existe pas de loyauté à l’idée d’Europe. Il n’y a pas d’autorité unique que tout le monde respecte et comprenne. C’est ce qui cause cet énorme vide démocratique. »
L’idée européenne est née de la tragédie des guerres. Victor Hugo, dans son discours lyrique du Congrès de la Paix du 21 août 1849 s’exclamait :
« Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. – Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand Sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre, ce que la Diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée législative est à la France ! »
Un héritage culturel commun
Les deux guerres mondiales contribueront à relancer l’idée européenne. Stefan Zweig fait l’apologie d’une Europe cultivée, humaniste et pacifiste à laquelle il donne les traits d’Érasme. À Vienne, en 1926, se tient une grande conférence dans le prolongement de la publication en 1923 de l’ouvrage Paneuropa par le comte Richard Coudenhove-Kalergi. Elle réunit plus 2000 délégués de 24 nations dont Adenauer. Y est développée la vision d’une Europe de 300 millions d’âmes dont seraient exclus la Russie, trop orientale, et… la Grande Bretagne tournée vers son Empire.
Le temps a passé. Crise de l’euro, tragédie des migrants. Les uns s’attristent d’une Europe en crise, les autres déplorent et quelquefois se réjouissent qu’elle n’existe déjà plus.
Sortons de ce discours du « rêve » européen, d’une démarche utopiste synonyme d’efforts pour atteindre à un but ou d’amères déceptions de ne pas y parvenir, et adoptons une approche clinique. L’Europe, tout simplement, existe. L’identité européenne est beaucoup plus puissante que n’importe quelle identité nationale. De quoi s’agit-il ?
Lors d’une conférence donnée à l’université de Zurich le 15 novembre 1922, Paul Valéry décrit l’Europe comme la résultante de l’héritage culturel grec, du droit romain et de l’unité chrétienne.
« Partout où les noms de César, de Gaius, de Trajan et de Virgile, partout où les noms de Moïse et de Saint Paul, partout où les noms d’Aristote, de Platon et d’Euclide ont eu une signification et une autorité simultanées, là est l’Europe. Toute race et toute terre qui a été successivement romanisée, christianisée et soumise, quant à l’esprit, à la discipline des Grecs, est absolument européenne. […] On en trouve qui n’ont reçu qu’une ou deux de ces empreintes. Il y a donc quelque trait bien distinct de la race, de la langue même et de la nationalité, qui unit et assimile les pays de l’Occident et du centre de l’Europe. Le nombre des notions et des manières de penser qui leur sont communes, est bien plus grand que le nombre des notions que nous avons de communes avec un Arabe ou un Chinois… »
La Chine comme miroir
La Chine, justement, tel un miroir, permet de comprendre l’Europe. C’est l’expérience de François Julien décrite par Paul Ricœur :
« Sa thèse que je ne discute pas, mais que je prends comme hypothèse de travail, est que le chinois est l’autre absolu du grec – que la connaissance de l’intérieur du chinois équivaut à une déconstruction par le dehors, par l’extérieur, du penser et du parler grec. »
Écoutons à présent François Jullien :
« […] En organisant un vis-à-vis entre les pensées chinoise et européenne, je les conduis à se réfléchir l’une dans l’autre, l’une par l’autre. C’est-à-dire à sonder dans l’autre ses propres partis-pris théoriques, les choix enfouis à partir desquels elle a pensé, bref à remonter dans son impensé. Chacune ainsi se “dé-construit” à travers l’autre. J’appelle “impensé” ce à partir de quoi on pense et que, par là-même, on ne pense pas : à quoi sa pensée est adossée. »
Les concepts, non pas de la culture chinoise qui est diverse, mais de la « langue-pensée » chinoise au sens où l’entend Jullien font apparaître une vision du monde totalement différente de celle issue de la Grèce des Européens. À commencer par la dé-construction de l’ontologie : « Car vous savez ce fait majeur que la langue chinoise ne dit pas l’« Être » au sens absolu du « je suis », to be or not to be, mais seulement la prédication. »
Ce n’est pas que l’individu n’existe pas en Chine mais comme le rappelle Yuzhi Ouyang dans sa thèse « La culture traditionnelle chinoise et la culture occidentale contemporaine » :
« La Chine […] méprise l’individu, l’individualisme est une donnée fondamentale dans la culture occidentale, une composante tellement cardinale dans le système de valeurs occidentales que parfois les Occidentaux en oublient l’importance » […] Chez les Grecs jusqu’aux stoïciens, la vie avait en effet pour but le perfectionnement de l’individu. Mais le salut, le but de la foi chrétienne, est lui aussi l’individu. Je peux dire que, dans la culture occidentale, dès son origine, c’est l’individu qui prime. Par contre, dans la culture chinoise, dès son origine, c’est au contraire le collectif qui est valorisé. »
De même, le concept d’amour entre les hommes est à mettre en abîme avec celui de ren que décrit Ouyang : « Le ren incite à agir tout en restant sensible aux relations entre les personnes. Par conséquent, le ren a conduit les Chinois à se positionner toujours dans les relations, dont Confucius a défini les cinq principales : père/fils ; souverain/ministres ; époux/épouse ; frère aîné/frère cadet ; ami/ami. Quand il y a conflit entre la collectivité et l’individualité, l’individualité se soumet toujours à la collectivité. »
François Jullien développe sa pensée selon trois notions clés :
Le concept grec de beau, qui ne se retrouve pas en Chine. Il n’y a pas de nu dans l’art chinois, il n’y a pas non plus d’incarnation de l’Être, ousia ou parousia. « […] En Chine, le corps est plutôt un sac, quasiment informe, de souffle-énergie dont il convient de suivre le plus minutieusement la circulation (ainsi dans l’acuponcture) ».
La pensée chinoise privilégie l’ouïe à la vue. « Pour dire “intelligent”, on dit “entendant-voyant” (cong-ming), l’ouïe avant la vue. Car la vue va chercher dans le monde ce qui est “jeté” devant elle et lui fait obstacle : son “ob-jet” ; mais l’ouïe recueille comme un cornet – c’est pourquoi il faut prêter l’oreille aux transformations silencieuses qui font discrètement leur chemin, continûment et globalement, sans alerter. »
« Le stratège chinois opérera par transformation silencieuse, ce pourquoi il “n’agit pas”, mais fait (laisse) mûrir la situation : quand celle-ci est parvenue à maturation, il n’y a qu’à récolter (li en chinois), sans qu’il y ait à proprement parler de “visé” (skopos dit le grec) fixant méthodiquement à l’avance des “buts” à atteindre (telos), en les détachant de la processualité des choses, et quitte à vouloir forcer tragiquement le destin ».
Comme le souligne Claude Hagège, la Chine joue le rôle d’un grand opérateur théorique : « Il fallait se mettre en position d’étudier la pensée grecque à partir d’une autre pensée, la chinoise ».
Le détour chinois nous permet donc de voir les peuples d’Europe qui se sentent si différents les uns des autres… alors qu’ils sont unis par une métaphysique, une sensibilité, des valeurs et un rapport au monde qui opèrent comme un ciment bien plus fort que les forces centripètes auxquelles l’attention s’attache à vouloir conférer une importance qui, comme l’aurait dit Jonathan Swift, rapportée à l’essentiel relèvent de guerres picrocholines.
Construire une Europe de la culture et des valeurs
D’où vient donc la difficulté de créer les circonstances d’une Europe juridique et institutionnelle ? Peut-être d’un problème de méthode. On se souvient de la fameuse phrase apocryphe de Jean Monnet, père fondateur de l’Union européenne : « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture » (en réalité un effet rhétorique d’un discours de Mme Hélène Ahrweiler indiquant ce qu’aurait pu s’écrier Jean Monnet et non pas ce qu’il avait réellement dit). Ce qui est intéressant c’est le succès de cette « citation » qui ne s’est jamais démenti car elle touche évidemment une corde sensible.
L’Europe s’est construite sur l’économie et le politique, beaucoup moins sur la culture et les valeurs. Le modèle conscient ou inconscient de ses promoteurs a toujours été calqué sur celui des États-Unis, les États-Unis d’Europe comme pendant des États-Unis d’Amérique, comme l’exposait Victor Hugo en 1849 :
« Un jour viendra où l’on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd’hui un instrument de torture, en s’étonnant que cela ait pu être ! Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu ! »
Or, s’il relève de l’habitude de réunir l’Europe et les États-Unis au sein du concept plus large d’Occident (voir par exemple Samuel P. Huntington, une différence essentielle subsiste.
Huntington, en effet, définit la civilisation en accordant une prévalence à la notion de religion. Il cite Christopher Dawson (« Les grandes religions sont les fondements des grandes civilisations ») et estime que « Parmi les cinq « religions du monde » selon Weber, quatre – le christianisme, l’islam, l’hindouisme et le confucianisme sont associées à de grandes civilisations » tout en s’expliquant sur l’exclusion de ces catégories des religions bouddhiste et juive. Or l’Europe n’est pas chrétienne. Comme l’écrit l’auteur Israélien Yuval Noah Harari, elle a inventé une nouvelle religion, celle de l’Homme.
« En Europe, à l’aube des Temps modernes, on pensait que les meurtriers violaient et déstabilisaient l’ordre cosmique. Le rétablissement de l’équilibre passait par la torture et l’exécution publique du criminel en sorte que tout le monde pût voir l’ordre rétabli. Les exécutions macabres étaient un passe-temps favori des Londoniens et des Parisiens à l’époque de Shakespeare et de Molière. Dans l’Europe d’aujourd’hui, le meurtre est perçu comme une violation de la nature sacrée de l’humanité. Pour rétablir l’ordre, les Européens ne torturent ni n’exécutent plus les criminels. Ils punissent le meurtrier de la façon, à leurs yeux, la plus « humaine » possible, sauvegardant ainsi, voire reconstituant sa sainteté humaine. »
Les États-Unis sont plus éloignés de la notion de laïcité. Bien que le premier amendement de la constitution inspiré par Thomas Jefferson garantisse la séparation de l’Église et de l’État et que John Quincy Adams déclarât dix ans plus tard que le gouvernement des États-Unis n’était pas fondé sur la religion chrétienne, on imagine mal figurer sur nos euros « In God we trust » ou nos responsables politiques terminer leurs discours par « God bless Europe ».
L’apport essentiel de l’Europe, à partir des Lumières, a consisté à installer l’Homme plutôt que Dieu au centre de l’univers.
Certes, cet humanisme est issu de la religion chrétienne elle-même. L’appréhension du père, du fils et du Saint-Esprit dans une vision dynamique et non statique est vertigineuse de modernité : Dieu s’incarne en Homme pour devenir Esprit. Il se défait de sa déité, devient mortel pour devenir intemporel. Génie du christianisme, vision sublime qui préfigure celle de faire de l’Homme la valeur suprême de nos sociétés.
C’est ce pas supplémentaire qu’a franchi l’Europe. Elle a su se dégager de la religion en la sublimant. N’en déplaise aux eurosceptiques, l’Europe a une âme et cette âme c’est son humanisme.
Vents contraires
Hélas, des vents contraires se sont levés. À l’est et au centre ont émergé des démocraties il-libérales (Hongrie, Pologne, Slovaquie, etc.) auxquelles Alain Finkielkraut a consacré une émission. Les invités y expliquent qu’il s’agit de nations sans état qui se sont construites sur une identité culturelle et qui non seulement s’opposent au libéralisme politique mais aussi au libéralisme sociétal (mariage gay, avortement et multiculturalisme). Ces pays se vivent – plus dans un conflit de paradigmes que civilisationnel – comme les derniers défenseurs d’une Europe conservatrice (famille, nation, valeurs chrétiennes). Elles s’opposent à la religion humanitaire qui est la nôtre et qui les inquiète. Ainsi, le rejet par ces pays de quotas de migrants que souhaite leur imposer Bruxelles s’explique non par un nationalisme buté mais par des raisons symboliques : le refus d’un avenir multiculturel qui aurait échoué et qui aboutirait à une remise en cause de leur identité. C’est sur fond d’un recul de l’état de droit et d’une résurgence de l’antisémitisme qu’un divorce est en train d’être consommé à l’intérieur de l’Europe.
Découvrons-nous en Europe à travers les Lumières qui nous rassemblent et depuis peu nous divisent ! Tentons, Européens, le pari d’emprunter aux Chinois leur approche de la stratégie, celle « des transformations silencieuses ». Peut-être faut-il renoncer à l’idée de construction européenne et s’orienter vers celle de reconnaissance de l’identité européenne, renoncer à donner une forme à l’Europe pour en révéler les contours véritables. L’avantage serait de s’unir autour de ce qui existe plutôt que d’imaginer ce qui n’existe pas ou d’en dénoncer le caractère utopiste.
Les intérêts économiques peuvent diverger, les approches politiques aussi, le socle de valeurs communes est lui beaucoup plus stable. Plutôt que de rêver à l’Europe des mille normes, dessillons nos yeux et voyons apparaître belle et triomphante, mais surtout bien réelle, l’Europe de l’humanisme, celle du droit et de la culture. Comme une apparition inouïe.
The Conversation
Jean-Jacques Neuer est un des fondateurs d'EuraChine, une association qui a pour objet la promotion de l’art et de la culture entre l’Europe et le monde Chinois. Il est avocat d'affaires, spécialiste de l'Art et de la Culture. Il est cofondateur de l'Association Française pour la Démocratisation de l'Art, une institution philanthropique à but culturel. Il a été membre du Conseil d'administration du Centre National du Théâtre et du Conseil d’administration du Musée Guimet, musée national des Arts Asiatiques. Il a également été membre du Comité des Affaires Juridiques de l'ICOM - Conseil International des Musées.
Qu’est-ce qui empêche la transformation des organisations? Plus généralement, qu’est-ce qui empêche de changer face à une évolution de son environnement? Les causes sont multiples, mais parmi elles figure en bonne place la façon dont on perçoit le monde et dont on se perçoit soi-même, c’est à dire son modèle mental. L’importance du modèle mental est particulièrement frappante dans un cas historique important, celui de la disparition de la colonie norvégienne du Groenland.
Les norvégiens ont colonisé le Groenland en 984, établissant plusieurs colonies sur place. Après une période florissante, les colonies déclinent progressivement jusqu’aux alentours de l’an 1400, quand toute trace vivante de la colonie disparaît. Les fouilles archéologiques ont montré que les habitants sont morts de faim et de froid, mangeant à la fin leurs chiens et leurs jeunes animaux, brûlant tout ce qui pouvait se brûler.
Ils sont morts de faim alors qu’ils habitaient au bord d’une mer grouillant de poissons et de phoques faciles à pêcher. Le géographe Jared Diamond affirme que les colons se sont refusés à pêcher du poisson jusqu’à la fin, mais des recherches scientifiques récentes montre que, plus exactement, la consommation de poisson, très faible au début de la colonie, a progressivement augmenté jusqu’à représenter 80% de l’alimentation. Mais il était trop tard.
L’effondrement de l’établissement norvégien est d’autant plus étonnant que les Inuits, habitants historiques situés plus au nord, se sont parfaitement adaptés aux circonstances même s’ils ont connu eux aussi des périodes difficiles. Les Inuits étaient d’excellents pêcheurs. On sait qu’il y a eu des contacts entre les deux populations; donc l’idée de pêcher non seulement n’était pas difficile à imaginer, mais l’exemple des Inuits était là pour en montrer la possibilité et l’intérêt. Et pourtant il a fallu 400 ans aux colons pour faire le pas qui nous semble si évident, se transformer en pêcheurs.
Identité européenne
Qu’est-ce qui explique cet entêtement? En un mot: l’identité européenne et le modèle mental qu’elle implique. En tant que colons, les norvégiens méprisaient les Inuits qu’ils considéraient comme sous-développés. Sans surprise, les relations n’étaient pas bonnes entre les deux populations, et tout ce que faisaient les Inuits était de facto considéré comme suspect. Le refus d’adopter des pratiques des Inuits, pourtant experts en survie dans ce milieu hostile, est devenu une marque de fabrique de la colonie, constitutive de son identité. On a ainsi retrouvé très peu d’objets inuits dans les fouilles. Il n’y a eu pratiquement aucun mariage mixte.
Ce comportement n’est pas irrationnel ou stupide: Isolés aux confins de l’Europe chrétienne, il était important pour les colons d’affirmer leur identité européenne et surtout chrétienne pour maintenir un lien vital. La construction d’églises a pris ainsi une grande importance, mobilisant des ressources pourtant rares: des bras, qui manquaient alors pour les récoltes, mais aussi des pierres et surtout des arbres en quantité gigantesque, ce qui a entraîné une forte dégradation de l’écosystème. Se refusant longtemps à consommer du poisson, les colons se sont obstinés à développer l’élevage bovin, pourtant très mal adapté au climat, car ils se voyaient comme paysans-éleveurs. La construction d’étables, source de prestige dans une culture d’éleveur, a ainsi consommé des ressources rares.
Il était également important pour leur survie que les colons reçoivent de l’aide du roi de Norvège et pour cela ils devaient avoir un évêque pour rester membre de la chrétienté, ce qu’ils obtiennent en 1118. Tous les évêques seront des européens, et viendront avec une identité fortement européenne. Ils imposeront un maintien strict de l’identité chrétienne et européenne, empêchant tout mélange avec les Inuits païens et imposant des constructions coûteuses.
Jusqu’au bout, l’affirmation de leur identité, clé de leur survie dans un monde qui leur semble si hostile et face à des Inuits qui leur répugnent, empêchera les colons de s’adapter à la réalité de leur environnement, et principalement de cesser de consommer de la viande et de se tourner vers le poisson, abondant autour d’eux. Passer d’éleveurs à pêcheurs a pris un temps infini car cela a nécessité de remettre fondamentalement en question cette identité, c’est à dire tous les modèles mentaux qui la constituent. La pression sociale et surtout religieuse pour s’y opposer a dû être très forte.
Il en va des organisations comme des individus et des sociétés humaines: le changement radical n’est pas difficile parce que l’environnement extérieur est incompris ou invisible. Il est souvent parfaitement compris. Le changement est difficile parce qu’il revient à remettre fondamentalement en question ce qui nous constitue. Henry Ford a bâti son incroyable succès avec la Ford T sur un modèle en rupture avec les pratiques de l’époque: une voiture simple et pas chère. Dans les années 20 le marché évolue et les clients veulent plus de choix. Ford refuse ce changement et continue avec sa voiture simple et pas cher, persistant à voir le nouveau monde avec son modèle mental de l’ancien monde. L’entreprise passera à deux doigts de la faillite avant de se reprendre.
Ainsi le changement de modèle mental est doublement difficile: il est difficile d’une part parce qu’il implique un changement au plus profond de ce qui nous définit, et d’autre part parce qu’il s’agit de changer ce qui a fait notre succès jusque-là , et qui peut-être continue de faire notre succès. Il faut donc accepter de sacrifier sa position actuelle et faire un grand saut en avant. Imaginons que la colonie norvégienne, disons aux alentours de 1300, consciente de l’échec de son modèle, décide de tout changer. Elle se rapproche des Inuits, tout est pardonné, et devient « native » pour employer un terme colonial qui a perduré jusque récemment, et qui traduisait l’horreur ressentie par le colon vis à vis de celui qui adoptait les mœurs locales. Les ponts auraient été immédiatement coupés avec l’Europe et le changement de mode de vie aurait certainement suscité un traumatisme: les femmes apprenant à coudre les peaux de phoques pour faire des kayaks, les hommes à pêcher, et tous ensemble condamnés par leur religion. C’est pratiquement inconcevable. Cela explique pourquoi l’adoption de la pêche a été si lente, et donc n’a pu sauver la colonie.
La question dès lors devient: qu’est-ce qui peut permettre de faire ce grand saut en avant? Ou peut-être peut-on éviter ce grand saut et s’adapter progressivement? En tout état de cause, tout programme de transformation qui ne prenne pas en compte cette notion centrale de modèle mental est voué à l’échec.
L’action en justice intentée contre Google par un Californien, qui lui reproche de continuer à le géolocaliser contre sa volonté, rappelle qu’à l’ère du smartphone, les utilisateurs sont suivis à la trace, bien souvent sans le savoir.
Par GPS ou via le réseau, toujours localisé
La géolocalisation est aussi ancienne que l’apparition du téléphone mobile. Avant même l’arrivée des smartphones, il y a plus de 10 ans, il était possible de géolocaliser une personne grâce à son téléphone portable. Afin de fonctionner, le téléphone est sans arrêt en contact avec les antennes relais les plus proches. Or, avec trois bornes téléphoniques, il est possible de localiser l’émetteur d’un appel, c’est ce qu’on appelle la triangulation.
Avec l’apparition du smartphone, la géolocalisation s’est affinée, combinant d’un côté la triangulation via le réseau mobile, de l’autre le GPS, désormais intégré sur tous les modèles.
Le boom à partir de 2007
Dès l’apparition des smartphones, en 2007, avec le tout premier iPhone, la question de la géolocalisation a été intégrée. Et dès 2009, employée par la plupart des grands acteurs du secteur, Apple, Google, Yahoo! ou Microsoft.
Mais la géolocalisation est également utilisée par les industriels de la téléphonie. Les opérateurs téléphoniques peuvent potentiellement savoir à tout moment qui est connecté au réseau et où. En France, ils ont d’ailleurs obligation, depuis 2006, de conserver un an ces données, en cas de requête de la part de la justice dans le cadre d’enquêtes. Les fabricants également suivent le cheminement de leurs appareils.
75% des applications concernées
La géolocalisation est intégrée dans les usages quotidiens. Via les applications de cartographie, parmi les plus utilisées sur mobiles, mais surtout via une multitude de services : transports avec les sociétés de VTC, livraisons de repas, rencontres amoureuses, etc. Ou même simplement des jeux, à l’image du très populaire Pokémon GO en 2016. Sans oublier le tourisme, avec le développement d’applications permettant de parcourir une ville ou un territoire en découvrant ses trésors cachés.
La géolocalisation est évidemment une aubaine pour cibler les contenus publicitaires. C’est la raison pour laquelle, lorsqu’un usager de smartphone voyage à l’étranger, il verra apparaître sur son smartphone des publicités en lien avec le pays où il se trouve.
En 2014, une étude réalisée par le gendarme français d’Internet, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), et par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) estimait qu’entre un quart et un tiers des applications téléchargées sur smartphone avaient accès à la localisation de l’appareil. En 2017, une étude réalisée par l’université de Yale a repéré des «trackeurs» de localisation, en général publicitaires, sur plus de 75% des applications.
Des mises en garde récurrentes
De nombreux organismes tentent régulièrement d’alerter sur l’intrusion de la vie privée que représente ce qu’ils estiment être une traque constante. L’étude réalisée par la Cnil en 2014 soulignait que certaines applications accédaient au positionnement du smartphone plus d’un million de fois durant les trois mois d’étude, soit un accès par minute.
En juillet dernier, ce sont des chercheurs des Pays-Bas qui ont alerté à propos d’une application de suivi des activités physiques, Polar, permettant de collecter des données sensibles sur des soldats et membres de services de renseignement de 69 pays. L’application a alors désactivé ses fonctions de localisation.
Alerté par des analystes spécialisés, le Pentagone avait lui revu en janvier dernier les règles d’utilisation d’une autre application pour sportifs, Strava, car elle permettait de révéler les mouvements de militaires sur les bases américaines dans le monde.
Le problème est plus complexe encore s’agissant d’applications qui n’ont, a priori, aucunement besoin de la géolocalisation pour fonctionner. Certaines applications lampe-torche sont ainsi régulièrement pointées du doigt comme étant de véritables aspirateurs à données.
Voici la liste a priori exhaustive des opérateurs de syntaxe avancée de Google, avant d'aller plus vite dans vos recherches mais également dans votre travail de référencement au quotidien...
Le saviez-vous ? Google propose une syntaxe d'interrogation avancée assez complète (quoi qu'elle connaisse parfois quelques hoquets assez importants) qui vous permettra, dans de nombreux cas, de mener à bien vos recherche beaucoup plus rapidement, mais aussi en SEO, par exemple pour obtenir une liste d'URL en HTTPS ou pour mesurer le niveau de concurrence d'une requête, etc.
Nous avons essayé de regrouper, dans le tableau ci-dessous, les différentes possibilités proposées par le moteur de recherche. D'autres syntaxes circulent sur le Web, mais en général, elles ne fonctionnent pas. Attention également : certaines directives ne fonctionnent plus lorsqu'elles sont combinées les unes avec les autres. Bref, il faut tester, comme d'habtude. Rien n'est jamais simple avec ces opérateurs qui ne fournissent d'ailleurs quasiment jamais des résultats exhaustifs. Mais ils facilitent cependant grandement certaines de nos tâches quotidiennes.
Et n'oubliez pas : les opérateurs doivent être saisis sans espace à droite ou à gauche du ":". Ainsi, la recherche "site:www.abondance.com" fonctionnera, alors que "site: www.abondance.com" ou "site : www.abondance.com", par exemple, donneront des résultats erronés.
Exemple : moteur -automobile recherche les pages qui contiennent moteur mais qui ne contiennent pas automobile.
Joker
L'astérique remplace n'importe quel mot. Exemple : george bush trouvera george bush, george w. bush et george william bush.
Expressions
Guillemets.
Exemple : "moteur de recherche" recherche cette expression, les trois mots les uns à côté des autres et dans cet ordre.
Troncature
Non
Il n'est pas possible de faire des recherches en utilisant la troncature sur Google.
Le moteur recherche toujours exactement le mot demandé. mot ne trouve pas mots ni moteur.
L'astérique (*) ne peut pas être utilisé. Google tient cependant parfois compte de la troncature, sans qu'il soit possible pour l'internaute de décider quand.
Synonymes
Tilde (~)
Ne fonctionne plus depuis 2013.
Recherche sur le nom de domaine du site
site:
Exemple : moteur site:www.honda.com recherchera les documents qui contiennent le mot moteur et qui sont disponibles sur le site www.honda.com. Le chiffre indiqué pour le nombre de pages est indicatif.
Recherche sur les adresses des liens
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Chez Orange, la fin programmée du téléphone fixe traditionnel
lci.fr/societe/a-relire-la-fin-des-lignes-fixes-chez-orange-c-est-pour-2023-2096522.html
FIN D'UNE EPOQUE - Reliques d’un temps où les smartphones n’existaient pas, les bonnes vieilles ligne de téléphone fixes ne passant pas par internet sont en passe de disparaître. Une bascule technologique qui n’est pas sans conséquences pour des millions de Français.
25 août 23:51 - La rédaction de TF1
Les téléphones portables avait déjà relégué les cabines téléphoniques aux oubliettes. C’est désormais au tour des lignes fixes de faire des frais de l'évolution technologique. Dans le cadre de la modernisation de son réseau, l’opérateur Orange a annoncé en début de semaine qu’il cesserait de vendre des abonnements dès le 15 novembre prochain, avant d’y mettre fin définitivement, de manière progressive, à partir de 2023.
Pourtant, un peu moins de 10 millions de Français utiliseraient encore leur combiné, sans passer par Internet, selon les derniers chiffres de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). "Des gens peu habitués aux nouvelles technologies, notamment les personnes âgées, vont se retrouver sans téléphone", s’alarme Olivier Gayraud, juriste à l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV), interrogé par Le Parisien.
Vers une hausse des tarifs de la téléphonie fixe ?
En effet, pour continuer à avoir le téléphone, de nombreux Français seront contraints d’installer un modem chez eux. Or, comme le souligne Olivier Gayraut, cela aura un coût pour les consommateurs et il faudra accompagner ces personnes. Enfin, selon lui, il sera important de veiller à ce que cette bascule technologique ne s’accompagne pas d’une hausse des tarifs de la téléphonie fixe.
Les ventes de téléphones mobiles sans connexion à internet ont augmenté de 5% l’année dernière.
Après avoir été éclipsé par l’iPhone depuis 2007 et le développement de l’homo digitalis, le «dumbphone» –contraction des mots anglais dumb (idiot) et phone (téléphone), en opposition à smartphone (téléphone intelligent)– fait son retour sur la scène internationale. Ces appareils, non connectés à internet et qui permettent uniquement à leurs utilisateurs et utilisatrices de téléphoner et d’échanger des SMS, semblent regagner leurs lettres de noblesse.
Le quotidien britannique The Independent rapporte que si la vente de smartphones augmentait de 2% l’année dernière, celle des dumbphones gonflait de 5%. Ne nous emballons pas pour autant: les smartphones restent leader du marché, même si la tendance confirme la bonne progression des appareils vintage.
Une solution à notre addiction aux smartphones
Le phénomène n’étonne pas Tanya Goodin, autrice de Stop Staring at Screens [«Arrêtez de regarder vos écrans»]: «Depuis quelques années, j’observe un nombre croissant de personnes qui passent, au moins partiellement, aux dumbphones, afin d’avoir un peu de répit dans cette stimulation incessante du monde numérique.»
«Alors que les logiciels travaillent de plus en plus dur pour nous stimuler face à nos écrans et que notre volonté ne semble plus assez forte, il semble que nous sommes tous sensibilisés au fait qu’éteindre nos appareils est le seul moyen de décrocher», dénonce-t-elle.
Des statistiques récentes semblent nuancer cette prise de conscience collective. Deux personnes sur cinq ont pleinement conscience du fait qu’elles passent trop de temps sur leurs appareils. Des recherches ont montré que 78% des Britanniques estiment ne pas pouvoir vivre sans smartphone. Et selon l'Ofcom, l'autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni, 92% d’entre elles et eux pensent qu’avoir un téléphone connecté à internet est essentiel.
La psychologue Daria Kuss a décrypté ce phénomène pour Sky News: «[Les utilisateurs et utilisatrices de smartphone] ont pleine conscience du fait de beaucoup trop utiliser ces appareils, mais elles et ils ne peuvent pas s’en passer [...] et craignent de rater quelque chose sur leurs réseaux. C’est pourquoi elles et ils l’utilisent de manière compulsive».
Si vous vous sentez esclaves de votre smartphone, de nombreux types de téléphones basiques existent encore. L’un des plus populaires, le Nokia 3310, a été remis sur le marché par la marque. Tout est là pour que nous mettions cette addiction de côté, encore faut-il réussir à faire le pas.
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