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 La revue de web de Kat

Gallery | Web Design Museum

Tue 18 Sep 2018 - 11:16

The museum exhibits screenshots of unique-design websites that were created between 1995 and 2005.

style tf web
https://www.webdesignmuseum.org/gallery?page=1&year=&category=&style=&order=popular

La directive Copyright n’est pas une défaite pour l’Internet Libre et Ouvert ! – – S.I.Lex –

Mon 17 Sep 2018 - 14:46

Qu’est-ce qu’une victoire et qu’est-ce qu’une défaite ? En un peu plus de 10 ans de militantisme pour les libertés dans l’environnement numérique, j’ai souvent eu l’occasion de me poser cette question. Et elle surgit à nouveau de la plus cruelle des manières, suite au vote du Parlement européen en faveur de la directive sur le Copyright, alors même que le précédent scrutin en juillet avait fait naître l’espoir d’une issue différente.

L’expérience m’a cependant appris que rien n’est plus trompeur que les votes parlementaires pour apprécier si l’on a « gagné » ou « perdu ». En 2012, lorsque le Parlement européen avait rejeté l’accord anti-contrefaçon ACTA, nous pensions avoir remporté une victoire historique qui changerait le cours des choses. Et nous avons ensuite sincèrement œuvré en ce sens, pensant que ce serait le premier acte d’une réforme positive du droit d’auteur. Mais le recul nous montre qu’il s’agissait en réalité d’une simple séquence au sein d’un ensemble plus vaste, qui a progressivement conduit au revers de cette semaine.

Les votes dans les assemblées nous abusent telles des illusions d’optique, parce qu’ils ressemblent à ce que les spécialistes de stratégie appellent des « batailles décisives ». Pendant des siècles, les généraux ont cherché à obtenir cet ultime Graal de l’art militaire : un unique affrontement ayant la faculté de mettre fin à la guerre en désignant sans ambiguïté un gagnant et un perdant. Mais les historiens ont montré que la bataille décisive constituait aussi un mythe dangereux, dont la poursuite pouvait devenir la cause même de la défaite. En 1941, au début de l’opération Barbarossa, l’armée nazie remporte ainsi sur les soviétiques une série de victoires comptant parmi les plus spectaculaires de toute l’histoire. Mais ces succès ne l’empêchèrent pas ensuite de connaître un échec cuisant devant Moscou, qui marquera le point de départ d’un lent déclin les conduisant à une déroute totale en 1945. Or une des grandes différences entre l’Armée allemande et l’Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale, c’est que la seconde avait compris qu’il lui fallait arrêter de chercher à remporter une bataille décisive pour espérer gagner la guerre, tandis que les nazis se sont accrochés jusqu’au bout à ce mythe qui a fini par les perdre.

Or il y a un parallèle à faire entre cette histoire et celle de la lutte pour les libertés numériques. Trop souvent, nous avons concentré nos énergies sur des combats législatifs, hypnotisés par l’idée que le décompte des voix conduirait à une sorte « d’ordalie démocratique ». Cela nous a donné plusieurs fois l’illusion d’avoir remporté quelque chose, comme au moment du rejet de l’ACTA, alors que les racines du problème restaient intactes. Mais heureusement en sens inverse, si la victoire n’est jamais acquise en cas de succès législatif, il en est de même pour la défaite. Et rien ne serait plus faux que de penser que le vote de cette semaine sur la directive Copyright constitue la fin de l’histoire, sous prétexte que nous aurions encaissé là une défaite décisive !
Nous avons pas « perdu Internet » !

Certes les articles 11 et 13 du texte, qui instaurent une obligation de filtrage automatisé des plateformes et une taxe sur les liens hypertextes au profit des éditeurs de presse, représentent des monstruosités contre lesquelles il était nécessaire de lutter. Mais il convient à présent d’apprécier exactement la portée de ces mesures, pour réadapter très rapidement notre stratégie en conséquence à partir d’une appréhension claire de la situation. Or cette « vision stratégique d’ensemble » est à mon sens précisément ce qui a manqué tout au long de cette campagne dans le camp des défenseurs des libertés numériques et il est inquiétant de constater que ces erreurs de jugement n’ont pas disparu maintenant que l’heure est venue d’analyser les conséquences du scrutin.

On a pu voir par exemple cette semaine l’eurodéputée du Parti Pirate Julia Reda expliquer sur son blog que ce vote constituait un « coup dur porté à l’internet libre et ouvert » (Today’s decision is a severe blow to the free and open internet). De son côté, Cory Doctorow a écrit un article sur le site de l’EFF, où il affirme que « l’Europe a perdu Internet » (Today, Europe lost the Internet). Sur Next INpact, Marc Rees déplore dans la même veine « une mise au pilori du Web tel que nous le connaissons, un affront à la liberté d’expression. » Ces appréciations font écho au mot d’ordre qui fut celui des défenseurs des libertés en campagne contre les articles 11 et 13 de la Directive : Save Your Internet (Sauvez votre Internet).

Or lorsqu’on lit attentivement ces articles, tels qu’amendés par le vote des eurodéputés, on se rend compte qu’ils ne visent pas pas « l’Internet » ou « le Web » tout entier, mais seulement une catégorie d’acteurs déterminés, à savoir les plateformes centralisées à but lucratif. Ce n’est donc pas « l’Internet libre et ouvert » qui va être frappé par cette directive, mais plutôt exactement ce qui représente son antithèse ! A savoir cette couche d’intermédiaires profondément toxiques qui ont dénaturé au fil du temps les principes sur lesquels Internet et le Web s’appuyaient à l’origine pour nous faire basculer dans la « plateformisation ». Pour se convaincre que ces acteurs n’ont absolument plus rien à voir avec un Internet « libre et ouvert », il est bon de relire ce que Tim Berners-Lee, l’inventeur du web, en disait au mois d’août dernier :

Nous avons démontré que le Web avait échoué au lieu de servir l’humanité, comme il était censé le faire, et qu’il avait échoué en de nombreux endroits. La centralisation croissante du Web, dit-il, a fini par produire – sans volonté délibérée de ceux qui l’ont conçu – un phénomène émergent à grande échelle qui est anti-humain.

Or le grand mensonge sur lesquels s’appuient les GAFAM – principaux responsables de cette centralisation -, c’est de chercher à faire croire qu’ils représentent à eux-seuls l’Internet tout entier, comme si rien ne pouvait plus exister en dehors de leur emprise. En ce sens quand j’entends Cory Doctorow dire que nous « avons perdu Internet » à cause de mesures ciblant les acteurs centralisés lucratifs, je ne peux que frémir. Avec tout le respect que je peux avoir pour ce grand monsieur, ses propos paraissent avoir incorporé la prétention des GAFAM à recouvrir le web et c’est particulièrement grave. Car c’est précisément cela qui constituerait la défaite finale des défenseurs des libertés : se résigner à cet état de fait et ne pas agir sur les marges dont nous disposons encore pour briser cette hégémonie.

Voilà pourquoi il faut aujourd’hui l’affirmer avec force : non, la directive Copyright n’est donc pas une défaite pour l’Internet Libre et Ouvert ! C’est notre vision même du sens de la lutte qu’il faut aujourd’hui urgemment reconfigurer, pour sortir de l’ornière au fond de laquelle nous sommes en train de nous enfermer et qui ne peut nous conduire qu’à de nouvelles défaites plus cuisantes encore que celle-ci.
Sortir d’une conception « formelle » de la liberté d’expression

Sur Next INpact, Marc Rees identifie avec raison le changement le plus profond que ce texte va amener : il remet en question la distinction classique entre hébergeurs et éditeurs, issue de la directive eCommerce de 2000. Jusqu’à présent, les hébergeurs bénéficiaient d’une responsabilité atténuée vis-à-vis des actes commis par leurs utilisateurs. Au lieu de cela, la directive Copyright introduit une nouvelle catégorie d’intermédiaires dits « actifs » qui devront assumer la responsabilité des contenus qu’ils diffusent, même s’ils ne sont pas directement à l’origine de leur mise en ligne. Mais il est important de regarder quels critères la directive utilise pour identifier ce nouveau type d’acteurs :

La définition du prestataire de services de partage de contenus en ligne doit, au sens de la présente directive, englober les prestataires de services de la société de l’information dont l’un des objectifs principaux consiste à stocker, à mettre à la disposition du public ou à diffuser un nombre appréciable de contenus protégés par le droit d’auteur chargés ou rendus publics par leurs utilisateurs, et qui optimisent les contenus et font la promotion dans un but lucratif des œuvres et autres objets chargés, notamment en les affichant, en les affectant de balises, en assurant leur conservation et en les séquençant, indépendamment des moyens utilisés à cette fin, et jouent donc un rôle actif. 

On voit que le « rôle actif » se déduit de trois éléments : la taille de l’acteur, son but lucratif et la hiérarchisation automatisée de contenus. Ce sont donc bien des plateformes centralisées lucratives, type Facebook ou YouTube, qui devront assumer cette nouvelle responsabilité. Pour y échapper, elles devront conclure des accords de licence pour rémunérer les ayant droits et, à défaut, déployer un filtrage automatisé des contenus a priori. En pratique, elles seront certainement toujours obligées de mettre en place un filtrage, car il est quasiment impossible d’obtenir une licence capable de couvrir l’intégralité des œuvres pouvant être postées.

Nous avons combattu en lui-même le filtrage automatique, car c’était une mesure profondément injuste et disproportionnée. Mais une question mérite d’être posée : au nom de quoi les défenseurs d’un « Internet Libre et Ouvert » devraient-ils s’émouvoir de ce que les plateformes centralisées et lucratives perdent le bénéfice de la quasi-immunité dont elles bénéficiaient jusqu’à présent ? La directive a par ailleurs pris le soin de préciser que les « prestataires sans finalité commerciale, comme les encyclopédies en ligne de type Wikipedia » ainsi que les « plateformes de développement de logiciels Open Source » seraient exclus du champ d’application de l’article 13, ce qui donne des garanties contre d’éventuels dommages collatéraux.

Marc Rees nous explique que cette évolution est dangereuse, parce que l’équilibre fixé par la directive eCommerce constituerait le « socle fondamental du respect de la liberté d’expression » sur Internet. Mais cette vision me paraît relever d’une conception purement « formelle » de la liberté d’expression. Peut-on encore dire que ce qui se passe sur Facebook ou YouTube relève de l’exercice de la liberté d’expression, alors que ces acteurs soumettent leurs utilisateurs à l’emprise d’une gouvernance algorithmique de plus en plus insupportable, que cible précisément la notion de « rôle actif » ?

Il est peut-être temps de tirer réellement les conséquences de la célèbre maxime « Code Is Law » de Lawrence Lessig : le droit n’est qu’une sorte de voile dans l’environnement numérique, car c’est le soubassement technique sur lequel s’appuie les usages qui conditionne réellement l’exercice des libertés. Quoi que dise la directive eCommerce, il n’y a quasiment plus rien qui relève de l’exercice de la liberté d’expression sur les plateformes centralisées lucratives, sinon une grotesque parodie qui salit le nom même de la liberté et nous en fait peu à peu perdre jusqu’au sens !

En le lisant « en creux », l’article 13 dessine au contraire l’espace sur Internet où la liberté d’expression peut encore réellement s’exercer : le réseau des sites personnels, celui des hébergeurs ne jouant pas un rôle actif et – plus important encore – les nouveaux services s’appuyant sur une fédération de serveurs, comme Mastodon ou Peertube.
Se doter (enfin) d’une doctrine économique claire

Allons même plus loin : en introduisant le critère de la lucrativité, l’article 13 donne aux défenseurs des libertés sur Internet l’occasion de revoir leur doctrine économique, qui m’a toujours paru constituer un sérieux talon d’Achille dans leurs positions…

Les eurodéputés ont introduit une autre exception afin que l’article 13 ne s’applique pas aux « micro, petites et moyennes entreprises« . Personnellement, je ne me réjouis pas du tout de cette insertion, car sur Internet, « micro-entreprises » veut souvent dire « start-up » et l’on sait que ces jeunes pousses aux dents longues aiment à se construire sur des modèles extrêmement toxiques de captation des utilisateurs et de prédation des données personnelles. Le critère de la taille n’est pas en lui-même pertinent, car tous les Léviathans du numérique ont commencé par être petits avant de grossir. Ce qu’il importe, c’est justement qu’aucun acteur ne soit plus en mesure d’enfler jusqu’à atteindre une taille hégémonique, et pour cela, c’est bien sur le critère de la lucrativité qu’il faut jouer.

Dans son article sur le site de l’EFF, Cory Doctorow estime que l’Union européenne s’est tirée une balle dans le pied avec cette directive Copyright, car elle aurait imposé des contraintes insurmontables à ses propres entreprises, qui ne pourraient plus espérer désormais rattraper les géants américains ou chinois. Mais ces propos me paraissent reposer sur une vision complètement « enchantée » de la concurrence, comme s’il était encore possible de croire qu’un « marché sain » est en mesure de nous sauver des monstruosités qu’il a lui-même engendrées.

Ce qui va se passer à présent avec l’obligation de filtrage automatisée, c’est que les grandes plateformes centralisées lucratives, type YouTube ou Facebook, vont sans doute devenir des espaces où les utilisateurs éprouveront le poids d’une répression « à la chinoise » avec la nécessité de se soumettre à un contrôle algorithmique avant même de pouvoir poster leurs contenus. Le contraste n’en sera que plus fort avec les espaces restant en dehors du périmètre de l’article 13, que les créateurs et leur public seront d’autant plus incités à rejoindre. Doit-on réellement le déplorer ?

Il faut bien voir en outre que le fait de ne pas poursuivre un but lucratif ne signifie pas que l’on ne puisse plus inscrire son activité dans la sphère économique. C’est exactement ce que fait depuis plus d’un siècle l’économie sociale et solidaire, en renonçant volontairement pour des raisons éthiques à poursuivre un but lucratif ou en limitant statutairement sa lucrativité. Voilà donc l’occasion d’en finir par le mythe selon lequel « l’Internet libre et ouvert » serait compatible avec les principes mêmes du capitalisme. C’est précisément cette illusion qui a enclenché le processus fatal de centralisation et cette dérive ne pourra être combattue qu’en revenant à la racine économique du problème.

On retrouve ici le problème de « l’agnosticisme économique » dont j’ai déjà parlé sur ce blog à propos du fonctionnement même des licences libres. En refusant de discriminer selon les types d’usages économiques, les défenseurs du Libre se sont en réalité privés de la possibilité de développer une réelle doctrine économique. C’est ce même aveuglement aux questions économiques qui conduit à des aberrations de positionnement comme celles que l’on a vu au cours de cette campagne contre la directive Copyright. Comment mobiliser autour du mot d’ordre « Save Your Internet », alors que cet « Internet » que l’on a voulu faire passer pour « le notre » comprend en réalité les principaux représentants du capitalisme de surveillance ? C’est le sens même de nos luttes qui disparaît si nous ne nous donnons pas les moyens d’opérer des distinctions claires parmi les acteurs économiques.
Et maintenant, que faire ?

En juin dernier, c’est-à-dire avant même le premier vote sur la directive, La Quadrature du Net a commencé à développer ce type d’analyses, en suggérant de ne pas s’opposer à l’introduction du critère du « rôle actif » des plateformes pour au contraire le retourner comme une arme dans la lutte contre la centralisation :

Tous ces enjeux connaissent un ennemi commun : la centralisation du Web, qui a enfermé la très grande majorité des internautes dans des règles uniques et rigides, qui n’ont que faire de la qualité, de la sérénité ou de la pertinence de nos échanges, n’existant que pour la plus simple recherche du profit de quelques entreprises.

L’une des principales causes de cette centralisation est le frein que le droit a longtemps posé contre l’apparition de son remède – le développement d’hébergeurs non-centralisés qui, ne se finançant pas par la surveillance et la régulation de masse, ne peuvent pas prendre le risque de lourds procès pour avoir échoué à retirer « promptement » chaque contenu « illicite » qui leur serait signalé. Des hébergeurs qui, souvent, peuvent à peine prendre le risque d’exister.

La condition du développement de tels services est que, enfin, le droit ne leur impose plus des règles qui depuis vingt ans ne sont presque plus pensées que pour quelques géants. Prévoir une nouvelle catégorie intermédiaire dédiée à ces derniers offre l’espoir de libérer l’Internet non-centralisé du cadre absurde dans lequel juges et législateurs l’ont peu à peu enfermé.

Dans sa réaction au vote de mercredi, Julia Reda rappelle qu’il ne s’agit pas de la fin du processus et qu’il reste encore une phase de trilogue avec la Commission et le Conseil, ainsi qu’un dernier vote au Parlement, sans doute au Printemps. Elle estime qu’il resterait encore une carte à jouer, en appelant les citoyens à se mobiliser pour faire pression sur leurs gouvernements en espérant que cela puisse encore conduire au retrait de l’article 13. Mais outre que cette hypothèse paraît hautement improbable étant donné les équilibres politiques, elle me paraît relever d’une certaine forme de désarroi, comme s’il y avait encore lieu de chercher à remporter une « bataille décisive » alors que les paramètres stratégiques du combat ont profondément évolué.

L’enjeu n’est pas de chercher – sans doute vainement – à supprimer l’article 13, mais de réussir à délimiter clairement son périmètre pour s’assurer qu’il ne s’appliquera qu’à des acteurs centralisés lucratifs procédant à une hiérarchisation des contenus. Manœuvrer ainsi ferait peser sur les GAFAM une charge écrasante, tout en préservant un espace pour développer un réseau d’acteurs éthiques non-centralisés et inscrits dans une logique d’économie solidaire. Il n’y a qu’au sein d’une telle sphère que l’on puisse encore espérer œuvrer pour un « Internet Libre et Ouvert ».


Il faut aussi sortir de l’urgence immédiate imposée par cette série de votes pour se replacer dans le temps long. De toutes façons, quelle que soit l’issue des dernières négociations, il restera encore plusieurs années (3, 4, peut-être plus ?) avant que la directive ne soit transposée dans les pays de l’Union. C’est un délai appréciable qui nous laisse encore le temps de travailler au développement de cette sphère d’acteurs alternatifs.

Du coup, si vous voulez concrètement faire quelque chose pour « l’Internet Libre et Ouvert », je ne vous conseillerai pas d’appeler votre député, mais plutôt d’aller faire un don à l’association Framasoft, car ce sont eux qui ont sans doute le mieux compris et anticipé les changements nécessaires à opérer dans notre stratégie. Avec PeerTube, l’alternative fédérée à YouTube qu’ils sont en train de bâtir, ils plantent une graine en laquelle nous pouvons encore placer nos espoirs. Et avec le collectif d’hébergeurs alternatifs CHATONS qu’ils ont fait émerger, ils ont déjà préfiguré ce que pourrait être cette alliance du Libre et de l’Economie Sociale et Solidaire dont nous avons besoin pour rebooter le système sur des bases économiques saines.

« Une bataille perdue est une bataille que l’on croit perdue » – Napoléon.

Licence CC0

directive-européenne droit-d-auteur Internet
https://scinfolex.com/2018/09/15/la-directive-copyright-nest-pas-une-defaite-pour-linternet-libre-et-ouvert/

Directive sur le droit d’auteur : les droits voisins, petite meute entre amis

Mon 17 Sep 2018 - 13:58

approche de l’examen au Parlement européen de la proposition de directive sur le droit d’auteur est source d’une certaine hystérie chez ses partisans. Entre les manifestations non loin du ministère de la Culture, les différentes tribunes et autres articles à charge, les esprits s’échauffent quand la pudeur recule.

Mercredi, un peu au-delà de midi, les eurodéputés procèderont au vote de la directive sur le droit d’auteur. Le texte dessine un avenir doré pour les industries culturelles et les sociétés de gestion collective.

Deux piliers attisent leurs convoitises. L’article 11, d'une part, qui instaure un droit voisin au profit des éditeurs de presse en ligne, soit une rémunération payée par les plateformes comme Google News à une société de perception, à charge pour elle de les redistribuer aux heureux bénéficiaires.

L’article 13, d’autre part, qui veut faciliter la signature de licences entre les sociétés de perception et les acteurs comme YouTube, Dailymotion, Facebook ou Twitter, sous le règne d’un quasi-filtrage généralisé des contenus mis en ligne par les internautes.

Réunies ce 6 septembre par la Sacem, plusieurs dizaines de représentants de l’industrie culturelle se sont retrouvés derrière le ministère de la Culture pour plaider ces deux causes.

La scène plantée, ne restait plus que sa théâtralisation. C’est Emily Loizeau qui s’y est pliée, dégommant l’appétit des géants du Net, qualifiés d’« ogres incontestables ». Selon cette artiste engagée, qui a perçu en 2016 et 2017 plus de 84 000 euros de soutien de la part des sociétés de gestion collective (au titre des 25 % de la copie privée), « l’obscurité est l’atout des ogres. Ils n’aiment pas la lumière. Ils n’aiment pas être dérangés ».
Ciselé, son « appel du Palais Royal » se résume malgré tout facilement : les plateformes sont accusées de faire de la création « de la pâte à publicité », ne rémunérant pas le secteur, ou si peu, mais gagnant des « milliards » avec « cette nourriture ». Le temps est donc venu de redéfinir le partage de la valeur entre contenant (débiteur) et contenus (créditeur).
Des journalistes appelés par la Sacem au chevet de l’industrie culturelle

Pour gagner une bataille juridique, le champ médiatique est toujours un bon levier. Un texte qui réunit l’industrie culturelle et les géants des médias a toutes les chances d’occuper l’espace-temps jusqu'à saturer les canaux mainstream.

Dans cette fête à la perception, Jean-Noël Tronc, numéro un de la Sacem, a donc pris le micro pour défendre cette activité, sans s’épargner d’un bel appel du pied : « Je voudrais juste dire aux journalistes qui sont avec nous et la presse que c’est d’abord leur combat. Cela fait des années que des pays d’Europe, l’Espagne, l’Allemagne, ont essayé d’adopter une rémunération normale pour que Google ou Facebook, qui s’enrichit grâce à la presse, rémunère aussi votre travail. Ce n’est toujours pas le cas. Il n’y aura pas de solution nationale. Il doit y avoir une solution européenne. C’est aussi et d’abord ça qui se joue mercredi prochain. Voilà, tous ensemble, merci ! »

Le représentant de la société de gestion collective, qui n’a cessé de fustiger le lobbying des plateformes dans ce dossier, a donc demandé sans rougir aux journalistes venus couvrir la manifestation de les rejoindre dans cette opération d'influence. Eux, au chevet du droit voisin en matière de presse, les sociétés de perception, au chevet du filtrage et des licences sur les plateformes.

Une manière élégante de les inciter à oublier leur impartialité ou au moins leur libre arbitre, avec le droit voisin comme nuage de fumée. Certes, le patron de la Sacem a oublié quelques fondamentaux. Par exemple, rappeler à ces plumitifs que le flux du droit voisin profitera d’abord aux éditeurs, sans garanties de retombées pour les pigistes ou salariés. Mais dans une grande campagne, il n’est pas rare que les menus détails passent à la trappe.

Un sondage sur le sentiment des Européens

Profitant de cette fenêtre, le directeur de la Sacem a également secoué les résultats d’un sondage mené dans huit États membres. L’étude avait été préalablement sulfatée auprès des rédactions, dont Next INpact, via le cabinet Élan Edelman, une agence de communication et de stratégie.

Mis en œuvre par Harris Interactive, elle a été commandée par la plateforme Europe for Creators, une émanation du Gesac, le Groupement européen des sociétés d'auteurs et compositeurs, où Jean-Noël Tronc occupe le poste de vice-président.

Que dit-elle ? « Une très large majorité de répondants (87 %) soutient une législation qui protège les droits des créateurs vis-à-vis des géants de l’Internet ». En outre, « 67 % des répondants estiment que les plateformes ont plus de pouvoirs que l’Union européenne et 61 % que la souveraineté et l’indépendance des pays européens sont compromises par l’influence des plateformes numériques ».

Mieux : « 66 % des répondants estiment que les plateformes numériques ne partagent pas correctement les revenus avec les créateurs dont le contenu est publié sur leurs sites ». Parmi eux, « les Français (76 %) et les Allemands (72 %) sont les plus catégoriques sur le déséquilibre actuel dans le partage des revenus. 81 % des sondés pensent que les plateformes devraient mieux rémunérer les organes de presse. L’Allemagne (43 %) et la Roumanie (41 %) comptent le plus grand nombre de personnes en faveur de cette mesure ».

Ce sondage réalisé en France, République tchèque, Allemagne, Grèce, en Italie, Pologne, Roumanie et Espagne, scrute donc le ressenti et les estimations d’un panel de 6 600 personnes. Il a eu un certain succès : rien qu’en France, ses commanditaires ont pu s’enorgueillir de reprises dans Le Parisien, Franceinfo ou encore Le Figaro.

Si toutes les personnes interrogées s’accordent à dire que les créateurs doivent finalement être rémunérés pour leur travail – quelle révolution ! –, aucune des questions n’a abordé la problématique phare : le moyen d’arriver à cet objectif quand est abordée la question des plateformes.

Au-delà de cette approche émotionnelle, il aurait donc été précieux de demander aux sondés si, au prix de cette généreuse redistribution des cartes, ils étaient d’accord pour voir leurs contenus filtrés. Ou plus benoitement, s’ils avaient lu et compris la proposition de directive, sans compter ses nombreux amendements visant à industrialiser ce tamis ou à instaurer un droit voisin...

De fait, jamais l’influent Gesac n’a osé soulever à leurs oreilles les conséquences d’une remise en cause du statut des hébergeurs, impliquant autant d’atteintes à la liberté d’expression. Dommage. Certes, ces points sont beaucoup moins sexy, extrêmement techniques, mais cela montre avant tout que légiférer sous le coup des bons sentiments est toujours casse-cou.

Le droit voisin garantira l’indépendance des médias dépendants des « GAFA »

Présente lors de cette manifestation organisée à quelques mètres de la Rue de Valois, la ministre de la Culture a également pris sa plume ce week-end dans le JDD pour tenter d’influer sur les eurodéputés.

D’abord payant – un comble –, le texte cosigné par plus de 200 personnalités invoque un « combat décisif » pour la diversité culturelle, le pluralisme des médias et « l’indépendance de la presse ».

« À l’heure où prolifèrent les campagnes de manipulation de l’information, écrit la ministre, la création d’un droit voisin pour les éditeurs et agences de presse est décisive pour l’équilibre économique, et donc pour l’indépendance et le pluralisme du secteur : c’est un enjeu démocratique ».

Il s’agirait même d’une question de souveraineté : « Cette réforme s’inscrit dans le prolongement du règlement général sur la protection des données (RGPD) sur internet (…) Ces textes prouvent que l’Europe peut gagner des batailles décisives face aux géants numériques et bâtir un cadre protecteur pour ses artistes, ses entreprises, ses citoyens ».

Indépendance de la presse ? Si la directive est votée, des médias, du moins les heureux éligibles à cette manne auprès d’une société de gestion collective, verront leurs ressources intimement liées à l’activité des plateformes qu’ils ne pourront donc que soutenir « harder better faster stronger ».

L’avènement d’une presse sous toujours plus de perfusions, après celles de la Rue de Valois, n’est pas un vain scénario. Plus les créditeurs plébisciteront les débiteurs, plus importantes seront leurs retombées. Mieux, dans ce lien incestueux, les grandes plateformes risquent finalement de sortir renforcées, tout comme les grands médias, mais pas forcément la presse en général, et encore moins les journalistes en particulier.
Quand la ministre couple directive et RGPD

Quant à l’invocation du RGPD, elle est pour le moins malaisée. Peut-on secouer cet étendard quand plusieurs grands titres utilisent tous les artifices possibles pour stocker leurs cookies (entre autres) sans consentement des lecteurs ?

Où est cette belle indépendance quand ces mêmes acteurs multiplient des accords avec les réseaux sociaux pour sauver leur visibilité technologique, au prix de trackers et autres boutons « J’aime » mitraillés chez les visiteurs ?

Sur ce point précis, un maigre salut pourrait venir de la CJUE, qui se demande si ces boutons n’entraînent pas une coresponsabilité entre réseaux sociaux et sites...
L'allégorie du Musée et de la RATP

La présentation même du droit voisin n’est pas exempte de critiques chez ceux qui espèrent en être bénéficiaires. Hier, Le Parisien a publié un article pour en vanter les charmes. L’accroche est faite de béton armé : « Ils profitent des contenus de presse, mais ne versent pas un sou. La directive « Copyright », qui vise à faire payer les GAFA, sera à nouveau soumise au vote des députés européens mercredi ».

On a beau lire et relire, pas une seule fois, n’est expliquée la logique juridique d’un tel droit : pourquoi les intermédiaires devraient-ils payer pour une indexation autorisée par les sites d’éditeur ?

Revenons sur sa mécanique : les géants (et les plus petits) de l’intermédiation auraient à payer parce qu’ils indexent, exploitent et promeuvent les titres et extraits d’articles, à l’image de Google News.

Il est indéniable que Google tire profit de ces fréquentations. Même si la page en question ne comporte aucune publicité, les visiteurs s’habituent à vivre dans la bulle américaine. Par ricochet, Google amplifie ses fréquentations sur l’ensemble de ses services, en capacité de maximiser ses revenus publicitaires. « Business as usual ».

Néanmoins, la logique montre ses limites. Que dirait-on si le Musée du Louvre demandait une rente à la RATP, au motif que la régie de transport engrange chaque année des revenus avec des millions de visiteurs drainés devant des œuvres d’art ? Allons plus loin : demandons aussi aux fournisseurs d’accès voire d’électricité de subvenir à une presse en mal de subsides puisque des octets et de l’énergie sont vendus sur le dos des pauvres journalistes…

Les géants ont été dépeints comme des voleurs, des profiteurs, mais personne ne s’est souvenu de l’utilité de l’indexation et ses retombées. Oui, les moteurs profitent d’une fréquentation accrue dans leur environnement grâce à la presse, mais celle-ci doit bien en profiter, non ? Si tel n’était pas le cas, la solution est là, sans directive, ni loi ni décret : que les mécontents activent les bonnes options du fichier Robots.txt à la racine de leur site pour couper les ponts avec Google, Qwant ou Bing. Fin de la spoliation.
Comment profiter gratuitement des contenus mis en ligne

Le plus piquant dans cet article du Parisien se trouve peut-être dans l’illustration, accompagnée de cette petite phrase : « Actuellement, les GAFA tels que Google et Facebook profitent entièrement gratuitement du contenu mis en ligne par les médias, qui génère du trafic sur leurs plateformes ».

D’où vient cette image ? De Pixabay, une plateforme d’images en CC0 Creative Commons, libres pour un usage commercial, sans attribution requise.

Donc, quand les « GAFA » profitent de contenu mise en ligne gratuitement par les sites de presse qui ont autorisé l’indexation de leurs contenus, c’est mal. Mais il est naturel que Le Parisien pioche dans cette base pour illustrer ses articles. Et c’est même normal : la plateforme a opté pour la diffusion plutôt que l’occultation. Elle ne réclame rien, et surtout pas de rente des médias.
« Il faut que tu le fasses en ton nom »

Pour finir, un article de TéléObs révèle les coulisses de l’intervention de Sammy Ketz. La plume de ce grand reporter, reconnu, directeur du bureau de l’AFP à Bagdad, a fait mouche fin août.

Reprise en chœur par Le Monde et Le Parisien / Les Échos (très actifs sur la question, voir ici ou là), elle fait le procès de Google et Facebook, ces géants qui « se servent sans payer », sans employer de journaliste, ni ne produire « aucun contenu éditorial » alors qu’ils « se rémunèrent par la publicité associée au contenu que les journalistes produisent ». Et celui-ci de plaider pour le droit voisin.

Mais comment un grand reporter a pu s’intéresser à un tel débat ? Explications de l’Obs : « Sa science sur les "droits voisins" est (…) extrêmement récente. Il n’en avait jamais entendu parler jusqu’au mariage de Christine Buhagiar la directrice de l’AFP pour l’Europe. Celle-ci, inquiète du vote de juillet, lui lance : "Tu es grand reporter, tu devrais raconter cette histoire… Les conséquences pour notre métier de cette absence de rémunération… Il faut que tu le fasses en ton nom". »

Ainsi, c’est la directrice de l’AFP qui a demandé au reporteur de monter au front européen, « en son nom ». Cette mission accomplie, sa tribune s’est aussi retrouvée sur le site de cette agence, dont la charte éditoriale vante l’impartialité et l’équité.

La problématique générale de ces développements se focalise finalement sur le trésor de guerre des grands acteurs du numérique. Plutôt que de faire un bruit équivalent en faveur d’une réforme de la fiscalité ou de la distribution numérique de la presse, les sociétés de gestion collective ne plaident finalement que pour leur boutique.

Avec un vote favorable au droit voisin ou aux licences couplées au filtrage, ces flux dorés resteront dans leurs tuyaux. Soit tout le contraire d’une profonde réforme de la territorialité fiscale dont les retombées profiteraient au bien commun, ou d'un travail sur la mise en avant des contenus d'information de qualité, quels que soient leur modèle économique.

droit-d-auteur lobby
https://www.nextinpact.com/news/107014-directive-sur-droit-dauteur-droits-voisins-petite-meute-entre-amis.htm

Copyright numérique : stériliser pour mieux tuer - Libération

Mon 17 Sep 2018 - 13:20

Le Parlement européen se prononcera mercredi sur la directive relative au «droit d’auteur dans le marché unique numérique». L’article 13, qui veut imposer l’utilisation d’algorithmes et automatiser la détection d’infractions au droit d’auteur, est une menace contre le partage et la créativité en ligne.

Le 12 septembre, nos députés européens auront à se prononcer sur la directive relative au «droit d’auteur dans le marché unique numérique», que les Etats membres ont déjà validé. Dès le préambule du texte, le cadre est fixé : il est question d’œuvres, d’auteurs, de patrimoine. Le texte veut clarifier le «modèle économique» qui définira dans quelles conditions les «consommateurs» (le mot apparaît quatre fois dans l’introduction) pourront faire usage de ces œuvres.

Le monde est ainsi découpé simplement : d’un côté, les artistes et les titulaires de droits d’auteurs, et parfois les structures et les institutions connexes (musées, universités, éditeurs) ; de l’autre, la grande masse des anonymes. La porosité entre les uns et les autres n’est pas de mise : le cas d’une personne écoutant des concerts sur Internet et publiant ses interprétations d’un prélude de Chopin n’est pas évoqué. Les médiateurs entre propriétaires (de droits, de licences) et locataires-utilisateurs sont les Etats, chargés de faire respecter la future loi, et les «prestataires de services en ligne» (les hébergeurs). Là encore, nulle place pour les auteurs-éditeurs de sites web altruistes, qui publient leurs analyses, leurs découvertes, leurs concerts de rock entre amis. On reste dans une logique traditionnelle où l’Etat et l’Union européenne régulent le fonctionnement d’industriels qui seraient laxistes en matière de propriété artistique ou intellectuelle.
Une volée de récriminations

Mais comment appliquer une telle loi ? Grâce à de gigantesques algorithmes. L’article 13 précise que les prestataires de services, en étroite coopération avec les titulaires de droits, développeront des techniques de reconnaissance des contenus. Les acteurs hors Facebook, Sacem ou équivalents seront censurés, donc éliminés du Web. Ulrich Kaiser, professeur de musique allemand, l’a vérifié. Il a mis en ligne quelques interprétations de son fait de morceaux de Schubert, tombé depuis longtemps dans le domaine public, et a vérifié comment le logiciel de vérification de droits d’auteur de YouTube (Content ID) réagissait. Il a vite reçu une volée de récriminations prétendant qu’il violait des droits d’auteur. Et ses arguments étaient systématiquement rejetés. En bref, pour qui n’est pas adossé à une agence de droits d’auteur, il y aura toujours un robot ou un digital worker payé au clic qui lui interdira toute publication, au motif qu’il copie une œuvre, même s’il a le droit pour lui. Belle inversion juridique où nous devons faire la preuve de notre innocence, quand sa présomption figure dans notre Constitution.

Le second souci est que ces algorithmes coûtent très cher (de l’ordre de 50 millions d’euros), et sont évidemment très protégés par… le copyright. Nous sommes ici bien loin des logiciels libres façonnés par des poignées de bénévoles, et qui font vivre Internet. Et notre Union européenne, qui veut protéger les big industries du numérique et de la culture, ne réalise pas qu’elle se transforme en bourgeois de Calais, au seul bénéfice des Etats-Unis, puisqu’elle ne sait produire ces logiciels et bases de données associées.
La peur du don

Ainsi, du haut de Bruxelles, on ne fait pas que penser le contemporain avec des catégories obsolètes, aux dépens des citoyens et de leur créativité. On se trompe.

Apparaît d’abord une étrange peur du don. Le don, ce phénomène social total, qui structure nos sociétés via l’échange, qui nourrit nos idées : celles-ci se confortent et s’affinent au contact d’autrui. Tenter de les censurer, d’en vérifier systématiquement l’authenticité, c’est aller contre l’éducation, contre le développement personnel : la science et la création se nourrissent d’emprunts, d’appropriations, de détournements.

Ensuite, supposer que la technique va sauver ou protéger la culture relève de l’erreur. De tout temps technique et culture forment une tresse inséparable. Nos films sont faits avec des caméras, qui fonctionnent à l’électricité, désormais montés sur ordinateur. Nous appelons nos ponts (du Gard ou de Tancarville) des «ouvrages d’art». Et avec l’informatique, nous prenons conscience de la dimension technique de l’écriture, qui nous sert autant à développer un raisonnement, à jeter les bases d’une nouvelle loi qu’à déguster un Rimbaud qui a peu profité de ses droits d’auteur. La grande majorité des productions informatiques relèvent de ces jeux d’écriture où copier, coller, emprunter, détourner, articulent recettes, banales applications et imagination.
Façonner le monde

Et enfin, l’idée qu’un algorithme puisse se substituer au jugement humain est erronée. Un algorithme est écrit par des humains, qui y injectent leur subjectivité, leurs représentations du monde, leurs valeurs morales, comme le montre le philosophe Andrew Feenberg. Il n’est pas neutre. Un algorithme l’est d’autant moins s’il appartient à une firme, qui va évidemment l’adapter à ses intérêts économiques. La chose est manifeste quand il s’appuie sur des bases de données massives pour produire du deep learning. C’est le principe même de l’apprentissage : si nous apprenons à des ordinateurs à modéliser le climat, nous ne pouvons leur confier des opérations chirurgicales sur des humains. Et l’idée que les machines puissent résoudre des problèmes moraux (liés au vol, à l’invention) signale avant tout une démission politique. La volonté de déléguer à ces machines des questions qui méritent d’être débattues par tous : démocratiquement.

C’est toute la question du «numérique»: cette technique a plus que jamais le pouvoir de façonner le monde. Y compris politiquement. Avec les réseaux sociaux, nous ressentons, non pas son pouvoir, mais ses effets sur nos sociétés. L’histoire de l’écriture nous rappelle que ces effets sont lents, variés, particulièrement dépendants de ce que nous voulons qu’ils soient. Moins que jamais, la technique est éloignée de nous. Sauf si nous déléguons à quelques managers le formatage de nos sociétés par le biais de leurs chimères. Souvent, celles-ci se réduisent à quelques croyances, qui confinent à la numérologie. Il s’agit de projeter toute la complexité humaine, ses variations multidimensionnelles, sur une droite, où chacun.e d’entre nous serait évaluable. Avec une seule note entre 0 et 20.

Le numérique, c’est politique. Ça se pratique aussi, ça s’apprend. Comme l’écriture. Ça se débat. Il est urgent de l’enseigner à toutes les générations, à tous les corps de métier ; d’en expérimenter les facettes actuelles, d’en inventer les futures. Les artistes, les historiens, les physiciennes usent tous de l’écriture. Il en est de même pour le «numérique». Jeunes et vieux, Chinois, Français et Californiens prenons le temps de penser le numérique, au-delà de nos moules et frontières disciplinaires. La technique nous appartient. A nous tous d’en convaincre nos députés.

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https://www.liberation.fr/debats/2018/09/09/copyright-numerique-steriliser-pour-mieux-tuer_1677568

L’Europe vote pour le filtrage des contenus et la taxe des liens : y a-t-il encore une chance de revenir en arrière ?

Thu 13 Sep 2018 - 00:29

Le Parlement européen a voté mercredi 12 septembre en faveur du projet de réforme de la directive sur le droit d'auteur, qui contient deux articles polémiques. D'autres étapes vont suivre.

La mobilisation dans plusieurs villes d’Europe n’aura donc pas suffi : malgré l’intense activisme des opposants au projet de réforme de la directive sur le droit d’auteur, y compris dans la dernière ligne droite, le Parlement européen a choisi d’approuver la proposition de directive à une confortable majorité : 438 voix pour, 226 contre et 39 abstentions.

La Commission européenne, qui soutient cette révision depuis plusieurs années, a évidemment partagé sa satisfaction. « Nous nous félicitons du vote […]. C’est un signal fort et positif et une étape essentielle pour atteindre notre objectif commun de modernisation des règles du droit d’auteur », déclarent les deux responsables du numérique, Andrus Ansip et Mariya Gabriel.

À l’inverse, les critiques de la réforme ont déploré un rendez-vous manqué, à l’image de Julia Reda, eurodéputée qui est issue des rangs du Parti pirate : « le Parlement n’a pas écouté les préoccupations des citoyens et des experts » sur les deux dispositions du texte les plus critiquées, à savoir les articles 11 (droit voisin pour la presse sur le web) et 13 (filtrage automatique des contenus mis en ligne).

Le vote survenu le mercredi 12 septembre tranche avec celui organisé le 5 juillet dernier. Là aussi réuni en séance plénière, le Parlement européen avait désapprouvé le mandat de négociations confié à la commission des affaires juridiques concernant la réforme du droit d’auteur au sein de l’Union. Le rejet du mandat s’était obtenu dans un vote relativement serré, par 313 voix contre 278.

Si le scrutin survenu mi-septembre constitue une étape clé dans le parcours de ce texte, il n’en constitue pas le point final. D’autres étapes sont prévues. Les députés vont en particulier devoir négocier un compris avec le Conseil de l’Union européenne. Cette phase doit avoir lieu au cours du mois de novembre 2018. Ensuite, un vote définitif, encore par le Parlement européen, doit survenir, vraisemblablement au printemps 2019.

« Maintenant que le Parlement et le Conseil ont adopté leurs positions, nous aurons une dernière chance de rejeter les articles 11 et 13 ors du vote final sur la directive après le trilogue [une réunion tripartite entre le Parlement, le Conseil et la Commission, ndlr], probablement au printemps. Interpellez vos gouvernements en attendant ! », a réagi Julia Reda à l’issue du scrutin.

La Commission européenne espère toutefois un calendrier plus rapide : « la Commission est prête à travailler […] afin que la directive puisse être approuvée dès que possible, idéalement d’ici la fin de 2018 ». « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider les co-législateurs à parvenir à un accord d’ici la fin de l’année », a ainsi réagi Mariya Gabriel, qui a la charge de l’économie et la société numériques à Bruxelles.

Sauf coup de théâtre, il paraît improbable que l’une des trois parties impliquées dans ce trilogue fasse machine arrière. Pour la société civile, le seul angle d’attaque possible reste celui du Parlement européen, qui pourrait faire chavirer le texte dans sa dernière ligne droite. Mais au regard du vote survenu le 12 septembre, cette hypothèse n’est désormais plus celle qui tient la corde.

Un vote favorable mettra un point final aux débats. La France aura alors l’obligation de se mettre au travail pour transposer la directive dans son droit national.

En effet, son application n’est pas immédiate (à la différence, par exemple, du RGPD). Cette marge de manœuvre, qui laisse un délai aux gouvernements, est inscrite dans les règles de fonctionnement de l’Union : « la directive lie tout État membre destinataire quant au résultat à atteindre, tout en laissant aux instances nationales la compétence quant à la forme et aux moyens ».

droit-d-auteur Europe libre logiciel-libre
https://www.numerama.com/politique/417195-leurope-vote-pour-le-filtrage-des-contenus-et-la-taxe-des-liens-y-a-t-il-encore-une-chance-de-revenir-en-arriere.html

Directive droit d'auteur : l'industrie culturelle et la presse réclament les miettes de l'économie de la surveillance de masse | La Quadrature du Net

Wed 12 Sep 2018 - 19:07

12 septembre 2018 - Le Parlement européen vient d'adopter la directive droit d'auteur, qu'il avait pourtant repoussée une première fois cet été. En ayant fait adopter cette directive, les industries culturelles et de la presse réclament les miettes de l'économie de la surveillance de masse. Plutôt que de combattre cette capitulation devant les GAFAM, le gouvernement français l'a vigoureusement encouragée.

En 20 ans, l'industrie culturelle française n'a jamais su s'adapter à Internet. Aujourd'hui, elle est folle de rage devant le succès de Netflix ou d'Amazon. Donc elle exige les miettes du gâteau. Elle veut contraindre les géants du Web, tels que Youtube ou Facebook, à partager avec elle les revenus de la publicité ciblée associée aux œuvres dont ils sont les ayants-droits.

Mais la publicité ciblée consiste surtout à surveiller tout le monde, partout, tout le temps, sans notre consentement libre. Depuis le 25 mai et le RGPD, c'est illégal, et c'est bien pourquoi nous avons attaqué chacun des GAFAM au printemps dernier devant la CNIL, dans des plaintes collectives réunissant 12 000 personnes.

Pourtant, ayant échoué à évoluer, l'industrie culturelle française est aujourd'hui prête à s'associer à ce modèle illégal. Avec le vote d'aujourd'hui, le financement de la culture se soumet à l'économie de la surveillance de masse. Et il est injustifiable que le gouvernement français, en soutenant lui aussi cette directive, ait consacré la toute puissance illicite des géants du Web, plutôt que de combattre leur modèle de surveillance pour nous en protéger.

Hélas, le débat ne s'arrête pas là. À côté, on retrouve les éditeurs de presse qui, eux non plus, pour la plupart, n'ont jamais su s'adapter. Du coup, ils exigent aujourd'hui que Facebook et Google les financent en les payant pour chaque extrait d'article cité sur leur service. Mais quand les revenus du Monde ou du Figaro dépendront des revenus de Google ou de Facebook, combien de temps encore pourrons-nous lire dans ces journaux des critiques de ces géants ? Plutôt que de s'adapter, les éditeurs de presse préfèrent renoncer entièrement à leur indépendance, sachant par ailleurs que bon nombre d'entre eux mettent en œuvre des pratiques tout aussi intrusives que celles des GAFAM en matière de publicité ciblée (relire notre analyse de leurs pratiques et de leurs positions sur le règlement ePrivacy).

Ici encore, le gouvernement français a encouragé cette capitulation générale face aux géants du Web, qui passent encore davantage pour les maîtres de l'Internet. Pourtant, ils ne sont les maîtres de rien du tout. Internet n'a pas besoin de Google ou de Facebook pour nous permettre de communiquer. Au contraire, ces géants nuisent à nos échanges, pour mieux vendre leur publicité.

Le vote d'aujourd'hui est le symptôme de l'urgence qu'il y a à changer de cadre. Le gouvernement français doit accepter qu'Internet ne se résume pas à une poignée de monopoles. Il doit renoncer aux multinationales du numérique et, enfin, commence à promouvoir le développement d'un Internet décentralisé - seul capable de respecter nos droits et libertés. Maintenant.

copyright droit-d-auteur libre logiciel-libre TF
https://www.laquadrature.net/fr/droit_auteur_12_sept

Une université japonaise offre des études gratuites aux plus de 100 ans | Slate.fr

Tue 11 Sep 2018 - 11:42

Au Japon, le vieillissement de la population est une mauvaise nouvelle pour les universités. Plusieurs établissements ont fermé ces dernières années, les admissions sont devenues moins sélectives et les facs se battent pour attirer les étudiants et étudiantes. Pour compenser le manque de jeunes, la Hanazono University de Kyoto a décidé de cibler les seniors.

La direction de ce petit établissement offre désormais une réduction de 50% pour les plus de 50 ans et la gratuité des études pour les plus de 100 ans. Avec ce nouveau système, les quinquagénaires payent 50% de moins que les jeunes, les sexagénaires 60% de moins, les septuagénaires 70% et ainsi de suite. Jusqu'à la gratuité pour les plus de 100 ans.

Pour des études de quatre ans à Hanazano, un ou une jeune paiera 24.000 euros, contre 10.000 euros pour un ou une étudiante de 62 ans. Certains jeunes ont assez mal pris la nouvelle –se demandant pourquoi ils ne pourraient pas obtenir au moins une réduction de 20% après 20 ans.

Les premiers bénéficiaires de cette bourse commenceront les classes le printemps prochain. L'université pense les attirer avec un message optimiste: «Si vous vous changez vous-mêmes, vous changez le monde.»

Le Japon est déjà habitué aux vieux étudiants. En 2016, un homme de 96 ans a obtenu sa licence de beaux-arts à l'université de Kyoto et a été reconnu par le Guinness des records comme le plus vieil étudiant au monde.

apprendre senior
http://www.slate.fr/story/167054/universite-japon-etudes-gratuites-seniors

Une vidéo restaurée et inédite des attentats du 11 septembre dévoilée

Fri 7 Sep 2018 - 20:44

Le 11 septembre 2001, près de 3000 personnes ont été tuées dans les attentats frappant le World Trade Center, le Pentagone et la Pennsylvanie.

Par Lucie Cayrol

ATTENTAT - Cela fera bientôt 17 ans jour pour jour. Le 11 septembre 2001, près de 3000 personnes ont été tuées et plus de 6000 blessées dans les attentats frappant le World Trade Center, le Pentagone et la Pennsylvanie. Ce 31 août, des images vidéos restaurées encore jamais diffusées ont été publiées sur le site Youtube et montrent un point de vue inédit.

C'est Mark LaGanga, journaliste et cameraman pour CBS News en 2001, qui a décidé de publier ces vidéos. Au plus près de la catastrophe, il en livre un témoignage glaçant, presque immédiatement après la première collision qui a provoqué l'effondrement de l'une des tours jumelles.

11-septembre
https://www.huffingtonpost.fr/2018/09/07/une-video-restauree-et-inedite-des-attentats-du-11-septembre-devoilee_a_23520094/

Levothyrox : ce mépris pour les patients qui suinte entre les lignes du rapport commandé par la ministre de la santé | Atlantico.fr

Wed 5 Sep 2018 - 11:38

Le rapport Kierzek-Léo ne fera pas date pour les propositions qu’il formule, d’une timidité et d’une complexité confondantes face aux enjeux posés par le dossier du Lévothyrox. On notera par exemple la proposition de créer une « plateforme » d’information sur les médicaments à destination du public. Le réflexe français très solutionniste du « un problème, une solution technique de plus dans le mille-feuilles » a encore agi. Pour le reste, la mission propose de confier à l’Agence Nationale de Sécurité de Médicament (ANSP) la fonction de communiquer sur tous ces sujets.

La même ANSM qui est au coeur de l’affaire Mediator ou de l’affaire Depakine.

Avec ces propositions, on est donc certain que la situation n’est pas près d’évoluer!

Silence presque total sur l’accès aux données de santé

L’ensemble du rapport reste à peu près muet sur la question de l’ouverture des données de santé, qui demeurent encore et toujours une propriété jalousement gardée par l’Etat, avec les conséquences que l’on connaît. Les scandales sanitaires récents ont tous mis en exergue les limites d’un monde où l’information et le traitement des données de santé est rationné par l’État.

Malgré ces évidences, les pouvoirs publics s’obstinent à verrouiller l’accès à des données qu’ils se montrent incapables de traiter correctement. Et le rapport Kierzek-Léo ne trouve pas grand chose à redire à ce sujet. On notera jusque cette phrase: « À plus long terme, ouvrir plus largement l’accès aux données », qui en dit long sur le manque d’ambition du rapport, et sur le sous-dimensionnement des mesures proposées. On est très loin de l’ouverture large et rapide dont la santé a besoin en France pour sortir de sa préhistoire.

La question du mépris médical et des pouvoirs publics au coeur du rapport

Mais il faut reconnaître au rapport le mérite de reconnaître une réalité qui est au coeur du dossier du Levothyrox: les pouvoirs publics sanitaires, en accord avec la communauté médicale, ont foulé aux pieds la parole des patients et n’ont pas pris la mesure de l’évolution qui touche la société dans son ensemble. On lira donc dans le rapport quelques phrases châtiées qui résument assez bien le sujet:

« L’approche principalement réglementaire de l’information sur le médicament a pour conséquence de reléguer au second plan la réflexion sur son appropriation par le public et les professionnels de santé. La dimension « utilisateurs » de l’information a ainsi été délaissée pour répondre principalement au besoin de « se couvrir » au plan médico-légal. (…)

Le primat, dans l’ensemble des dispositifs informationnels, de la rationalité scientifique et de l’expertise a, en outre, peu intégré la richesse spécifique de l’information ascendante. Ses « remontées » dans les dispositifs de veille sanitaire (comme l’ouverture aux usagers de la plateforme de signalement des événements indésirables) ne semblent intéresser les pouvoirs publics que dès lors qu’elle répond aux canons de l’imputabilité « classique ». Cefaisant, les autorités sanitaires se privent d’informations de « vie réelle » pourtant cruciales et utiles à l’évaluation des médicaments (courriers des lecteurs de la presse écrite, remontées aux associations de patients, réseaux sociaux, questions fréquentes en officine, etc.). »

Les médecins et les pouvoirs publics ne tireraient donc aucun profit de la parole des malades? Le fait qu’un rapport officiel l’écrive est déjà un bon point. Mais au rythme où vont les choses, la surdité des principaux intéressés n’est pas prête de guérir.

lévothyrox
http://www.atlantico.fr/decryptage/levothyrox-mepris-pour-patients-qui-suinte-entre-lignes-rapport-commande-ministre-sante-eric-verhaeghe-3496613.html

Tout ce qu'il faut savoir sur la mort prochaine du téléphone fixe historique - Tech - Numerama

Mon 3 Sep 2018 - 20:51

Orange a planifié l'arrêt du réseau téléphonique commuté, qui est devenu vieillissant et dont les fonctions sont aujourd'hui concurrencées par le réseau IP. Cet arrêt, annoncé en 2016, s'étalera toutefois sur plusieurs années.

Les lignes téléphoniques telles que nous les connaissons sont amenées à connaitre le même destin que la télévision hertzienne : la disparition au profit d’une nouvelle façon de faire transiter les communications. En chef d’orchestre de cette bascule se trouve Orange, qui planifie depuis plusieurs années l’abandon du réseau téléphonique commuté (RTC), afin de passer à l’ère du tout-IP.

Évoquée en 2014 par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), la disparition du RTC a été officialisée début 2016 que l’opérateur historique (ex-France Télécom), dans son principe. À terme, il sera donc impossible d’utiliser un téléphone fixe directement branché à la prise téléphonique : à la place, il faudra systématiquement passer par une box Internet.
Qu’est-ce que le RTC ?

Sigle pour réseau téléphonique commuté, le RTC est le réseau historique d’Orange. Il repose sur des paires de cuivre « dans lequel un poste d’utilisateur final est relié à un central téléphonique par une paire de fils », explique le régulateur des télécoms. Orange a découpé la métropole en 18 zones contenant chacune un commutateur de transit, auquel sont branchés plusieurs commutateurs d’abonnés.

Cette organisation hiérarchique à plusieurs niveaux de commutation visait à « réduire les distances d’acheminement du trafic entre deux points (mais aussi, par ailleurs, pour gérer le nombre important d’utilisateurs) ». Quant à la commutation, elle signifie que la liaison est établie provisoirement quand on appelle son correspondant. Elle s’oppose au principe de la liaison permanente.

Plus concrètement, le RTC apparaît aux yeux de l’abonné par la prise téléphonique murale qui se trouve dans n’importe quel logement. En branchant un téléphone fixe dessus, il est alors possible de passer un coup de fil à un correspondant, à condition d’avoir souscrit un abonnement. Aujourd’hui toutefois, le téléphone fixe est davantage branché à la box d’un opérateur, ce qui fait transiter la voix par Internet.
Schéma de l’Arcep présentant l’architecture RTC d’Orange.
Pourquoi abandonner le RTC ?

Orange justifie sa décision de délaisser le RTC par l’impossibilité — ou plutôt la difficulté croissante — d’entretenir correctement l’infrastructure de ce réseau, qui a vieilli. Les réparations et les interventions deviennent complexes à effectuer, parce que les équipementiers ne produisent plus forcément certaines pièces requises pour le bon fonctionnement des installations.

En outre, il y a une perte de compétence qui s’observe avec le départ à la retraite d’ingénieurs et de techniciens capables d’intervenir pour régler certains problèmes. Certes, Orange pourrait organiser la transmission du savoir-faire, mais cela nécessiterait de puiser dans les nouveaux contingents d’experts en télécoms pour les former à une infrastructure désuète.

C’est en constatant cette réalité que le gendarme des télécoms a déclaré, en septembre 2014, qu’il « ne s’opposera pas, le moment venu, à la volonté d’Orange de rationaliser son réseau téléphonique historique, par exemple en fermant le RTC sur tout ou partie du territoire », à condition qu’il laisse un délai suffisamment long — d’au moins cinq ans — au secteur concerné pour qu’il puisse s’adapter.
Quel calendrier pour la fin du RTC ?

Le pourcentage de lignes qui ne possèdent qu’un abonnement RTC ne cesse de se réduire avec la génération de la communication par IP. « Le nombre d’abonnements à un service téléphonique sur les réseaux fixes baisse depuis le milieu de l’année 2010 », observait l’Arcep début juillet. Dans le cas du RTC, le nombre d’abonnements à la téléphonie traditionnelle s’établit à 9,9 millions, en baisse de 1, 3 million en un an.

Si vous possédez l’une de ces lignes encore en service, sachez toutefois que le réseau ne va pas simplement disparaitre du jour au lendemain. Orange doit laisser au minimum cinq ans de marge entre l’annonce d’une coupure et la coupure effective. De plus, cette coupure est fragmentée en « plaques », c’est-à-dire en groupe de communes. Selon le calendrier actuel d’Orange, les premières déconnexions sont planifiées pour… 2023.

En clair, les personnes potentiellement affectées par cette politique ont plusieurs années devant elles pour trouver une solution alternative. Les nouvelles souscriptions de lignes seront par contre impossibles après quatrième trimestre 2018. Le calendrier prévisionnel publié par la Fédération française des télécoms offre un résumé général du plan de transition vers le réseau IP.
Les modalités de l’arrêt du RTC.
Que faire face à cette transition ?

À partir du 15 novembre 2018, Orange cessera la vente d’abonnements fondés sur le téléphone fixe traditionnel. En cas de déménagement après cette date, la clientèle devra impérativement opter pour une offre incluant ou non un accès à Internet. À partir de 2023, n’importe qui pourra être potentiellement concerné, en fonction des coupures planifiées groupe de communes par groupe de communes.

Le plus simple sera de prendre une box, chez Orange ou auprès d’un fournisseur d’accès à Internet concurrent. Cependant, comme le pointe France Info, il est prévu la mise en vente « d’équipements simplifiés pour les personnes âgées » et aussi, précise Europe 1, d’offres épurées sans Internet et sans télévision. Cet abonnement sera facturé 17,96 euros par mois, au même prix que la formule actuelle.

Quant à la box, elle sera en principe prêtée par l’opérateur ; celle-ci devra être rendue en cas de résiliation du contrat.
Des difficultés à prévoir ?

Le principal problème lié à l’arrêt du RTC concerne les services d’urgence. En effet, beaucoup d’entre eux utilisent encore une ligne RTC qui présente l’avantage de rester opérationnelle même lors d’une coupure de courant. Les lignes de secours des ascenseurs et des alarmes sont les principales concernées et leurs exploitants devront trouver des solutions alternatives d’ici les prochaines années.

Ces difficultés ne sont pas ignorées : la Fédération française des télécoms invite les particuliers ayant des équipements en RTC (fax, alarmes, équipements de télésurveillance, etc.) à se tourner vers leur fournisseur pour déterminer quelle est la solution qui vous sied en réseau IP. Ce conseil est également dispensé aux entreprises et administrations, qui sont invitées à recenser leurs accès RTC.

communication TF tout-fout-le-camp téléphone
https://www.numerama.com/tech/146594-orange-annonce-la-mort-prochaine-des-lignes-fixes-historiques.html

Supprimer le contenu de vos appareils avant de les vendre – Les Infos de Ballajack

Mon 3 Sep 2018 - 20:38

Vous avez craqué pour le dernier iPhone ou décidé de changer de PC ? Avant de vendre vos anciens appareils sur des sites comme Leboncoin ou PriceMinister, ou de les offrir à vos proches, prenez soin d’effacer vos données personnelles.

Le marché de l’occasion se porte bien. Si votre appareil n’est pas trop dépassé et qu’il fonctionne parfaitement, vous trouverez sans peine des acheteurs sur les sites de petites annonces ou de vente aux enchères.

Mais avant de le céder à un inconnu ou à un membre de votre famille, quelques précautions s’imposent.

Coordonnées bancaires, mots de passe, historiques de navigation, documents professionnels, photos, e-mails… le disque dur d’un ordinateur, ou la mémoire d’un smartphone fourmillent de données que vous ne souhaitez pas voir tomber entre des mains étrangères.

Pour une tablette ou un téléphone, le plus simple consiste souvent à revenir aux paramètres d’usine, ce qui efface l’ensemble des données et des applications que vous aviez installées.

Mais si vous préférez laisser en place des applications ou certains réglages pour ne pas livrer un appareil complètement nu, suivez les étapes de cette check-list.

sécurité TF Vie-privée
http://www.ballajack.com/supprimer-contenu-appareils

Agir avant le 12 septembre pour sauver Internet du filtrage généralisé des contenus

Fri 31 Aug 2018 - 21:27
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Mercredi 12 septembre 2018 se tiendra un vote déterminant pour la défense d'un Internet libre et ouvert, neutre et acentré : le Parlement européen réuni en formation plénière va amender et voter la proposition de révision de la directive droit d'auteur de la Commission européenne dont l'article 13 imposerait aux plateformes de partage le filtrage des contenus mis en ligne par leurs utilisateurs et utilisatrices. Une mesure liberticide que les parlementaires doivent absolument rejeter. Il est donc fondamental de se mobiliser pour garantir ce vote de rejet.

Europe Internet libre
https://www.april.org/files/saveyourinternet/saveyourinternet-banniere-512x256.png

Le marché des panneaux solaires, pas encore tout à fait vert

Fri 31 Aug 2018 - 07:38

Si dans l’inconscient collectif, une énergie renouvelable – produite, par exemple, grâce à la biomasse, aux biofuels, aux éoliennes ou aux panneaux solaires – est forcément verte, qu’en est-il dans les faits ? Car pour une énergie authentiquement verte, son cycle de vie entier doit être pris en compte et notamment le recyclage des matières premières. Or ce domaine est encore en voie de structuration, comme l’illustre le secteur des panneaux solaires.

Selon PV Cycle, organisme public chargé du recyclage des panneaux solaires, il est possible de recycler 100 % des modèles aux silicium cristallin, majoritaires sur le marché mondial du photovoltaïque. Encore faut-il avoir les infrastructures pour…

recyclage solaire écologie
https://theconversation.com/le-marche-des-panneaux-solaires-pas-encore-tout-a-fait-vert-101865

Médias, ce n’est pas le moment d’abandonner les commentaires, ni l’interaction avec vos lecteurs !

Thu 30 Aug 2018 - 12:51

Les commentaires et les interactions sur les sites d’information sont en voie de disparition. Mauvaise nouvelle pour les médias qui ne font ainsi qu’accentuer leurs difficultés, sur le long terme.

Le mouvement est assez général, en France ou francophonie et dans le monde. De nombreux éditeurs, effrayés par la mauvaise qualité des interactions – grossièretés, insultes, fausses nouvelles… ont décidé depuis environ deux ans, de supprimer les commentaires de leurs sites.

Une fois de plus, l’utopie Internet d’une société revitalisée par la technologie, en prend un coup. Non, il ne suffit pas de donner aux gens le pouvoir de s’exprimer pour créer une démocratie participative.

Tout comme le libre accès aux “autoroutes de l’information” n’a pas contribué à rendre les gens plus curieux, ni plus cultivés, ni plus solidaires, contrairement à ce que nous promettaient les opérateurs téléphoniques des années 1990-2000 (pour mieux nous vendre leurs abonnements).

Les outils sans l’éducation sont inutiles, comme l’a appris Laurent Fabius.. Rappelez-vous de l’échec du plan « informatique pour tous » décidée par le Premier ministre en 1985. Des dizaines de milliers d’ordinateurs sont restés dans leurs cartons ou furent bien mal utilisés, faute d’avoir formé les enseignants à s’en servir.

Aujourd’hui, on retrouve donc de plus en plus un web 1.0, unidirectionnel, largement aux mains des géants d’Internet (Facebook, Google) et des commerçants (Amazon notamment). Ce qui a fait dire le 8 août 2018, à son inventeur, Tim Berners-Lee, qu’il était dévasté par ce qu’était devenu son bébé.

communication media TF
https://www.frenchweb.fr/medias-ce-nest-pas-le-moment-dabandonner-les-commentaires-ni-linteraction-avec-vos-lecteurs/333927

Créer un journal avec le logiciel de PAO Scribus – Les Infos de Ballajack

Thu 30 Aug 2018 - 12:24

Pour créer une petite publication que vous diffuserez dans une association ou au sein d’un club par exemple, les outils de mise en pages de Word ne suffisent pas. En revanche, l’application gratuite Scribus offre toutes les fonctions d’un logiciel de PAO professionnel.

Word permet de composer des documents avec des textes et des images. Mais le traitement de texte de la suite Office ne peut rivaliser avec les logiciels spécialisés dans la mise en pages.

Inutile pourtant d’acheter InDcsign ou QuarkXPress, les références du genre. Profitez plutôt de Scribus : il est gratuit et disponible pour Mac, Windows ou Linux.

Comme avec tout bon outil de PAO (publication assistée par ordinateur), les éléments placés sur le document (colonnes de texte, images, titres…) peuvent être ajustés et personnalisés dans les moindres détails. Malgré une interface un peu vieillotte, Scribus sera à la hauteur de vos exigences si vous domptez ses outils et sa logique.

libre logiciel open-source PAO TF
http://www.ballajack.com/creer-journal-logiciel-pao-scribus

Électricité et gaz : Engie et Darty accusés de vente forcée - Capital.fr

Thu 30 Aug 2018 - 07:23

Exclusif - Capital a recueilli différents témoignages de consommateurs qui racontent avoir vu leur abonnement migrer d’EDF à Engie à leur insu, suite à un achat chez Darty.

Une nouvelle affaire de pratiques commerciales déloyales pour Engie ? Déjà épinglé pour des pratiques commerciales trompeuses au domicile des particuliers, l’ex-GDF-Suez est aujourd’hui soupçonné d’avoir également dérapé en magasin, en l'occurrence chez l’un de ses partenaires de longue date : Darty. Plusieurs témoignages recueillis par Capital font état de pratiques trompeuses, dissimulées derrière de l’étourderie et des erreurs individuelles.
“Je m’étais simplement rendue chez Darty pour acheter un lave-linge, raconte par exemple Claude, une habitante du Jura. Le lendemain, je recevais un courriel d’Engie me souhaitant la bienvenue et me remerciant d’avoir souscrit à son offre d’électricité. Je n’avais pourtant rien signé !”. Même expérience pour Anna, venue en magasin pour acheter un ventilateur, à Cannes : “Le vendeur Darty m’a promis des économies d’énergie et des tarifs bloqués pendant un an. Il m’a détaillé l’offre et m’a rendu un lourd dossier comprenant de la documentation. Huit jours plus tard, je recevais un courrier de Engie me demandant mes coordonnées bancaires pour procéder au premier prélèvement”.

Le procédé change d’un cas à l’autre, mais le discours reste le même : Darty vous promet de larges économies d’énergie si vous souscrivez aux offres de Engie, en complément de l’achat d’un équipement électroménager. Sauf que dans la plupart des cas, le vendeur reste flou sur l’identité de son partenaire. “Lorsque j’ai demandé qui était Engie, on m’a répondu que c’était pareil qu’EDF, que c’était même une branche de l’entreprise, confie Anna, qui croyait qu’on lui présentait de nouvelles offres de son fournisseur. Je ne me suis donc pas inquiétée. Les vendeurs Darty joueraient donc sur la mauvaise connaissance du marché de leurs clients pour leur vendre des abonnements.

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Pire encore que du démarchage, les pratiques rapportées s’apparentent à de la vente forcée. “Lorsque j’ai compris que j’avais changé de fournisseur, je suis retournée chez Darty. Le vendeur m’a alors assuré que je pouvais me rétracter via formulaire, si le contrat ne me convenait pas. Mais pourquoi résilier un contrat que je n’ai pas signé ?”, s’encolère Claude. Après plusieurs appels à EDF, son ancien fournisseur, et à Enedis, Claude acquiert la conviction que le vendeur, qui disposait d’une tablette au moment de la présentation de l’offre en magasin, a signé électroniquement le contrat à sa place. Elle menace alors Darty de porter l’affaire devant la justice. Selon Claude, le vendeur lui aurait alors certifié qu’on “[lui] a dit de faire comme ça”.
Après un mois de bataille, Claude obtient finalement l’annulation de son contrat et une compensation de Darty, en guise d’excuse : un bon d’achat de 150 euros à valoir sur son prochain achat.
Des pratiques commerciales recyclées

Les exemples de Claude et de Anna sont loin d’être isolés. Sur 573 dossiers de plaintes étudiés en 2018 par le Médiateur national de l’énergie, 26 concernaient des pratiques commerciales déloyales chez Darty, à propos d’offres Engie. Sachant qu’un consommateur sur cinq ne connaît pas même l’existence du Médiateur, selon les estimations de l’autorité elle-même, on peut penser que le nombre de client abusés est plus important. “On retrouve de vieilles pratiques commerciales recyclées, qui visent à tromper le client en lui donnant de fausses informations”, regrette Jean Gaubert, le Médiateur national de l’énergie.

Et le procédé ne daterait pas d’hier. Selon une ancienne employée d’EDF dont nous avons recueilli le témoignage, l’opérateur historique a vu s’accumuler les plaintes de clients qui découvraient avec surprise la résiliation de leur abonnement chez EDF, au profit d’un concurrent. “Lorsque je suis arrivée dans la branche commerciale en 2005, nous étions dix employés dans la cellule de réclamation, raconte-t-elle. En 2010, cinq ans plus tard, nous étions 250. Les premières remontées de clients dupés concernaient des migrations vers Engie, dès 2007 ou 2008.”
Le point commun de ces affaires ? Les clients s’étaient pour la plupart rendus en magasin Darty et avaient acheté de l’électroménager. “Les consommateurs ne comprenaient pas comment Darty procédait et ils nous envoyaient même leurs relevés de comptes bancaires pour nous prouver leur achat en magasin, détaille l’ancienne employée d’EDF. A partir de là, EDF nous programmait des formations au questionnement des clients victimes de pratiques douteuses. Nous avions comme mission de comprendre l’arnaque”. Aujourd’hui, l’opérateur historique recense annuellement quelques 30.000 réclamations de ses clients victimes de pratiques commerciales abusives de concurrents.
Cas isolés ou vraie stratégie ?

Face à ces accusations, Engie dément formellement mener des pratiques visant à entretenir une confusion avec EDF. Contactée par Capital, la société assure agir “dans le strict respect des règles commerciales” et se dit même extrêmement surprise que “quelques cas isolés donnent lieu à une généralisation”. Pour Jean Gaubert, il y a pourtant la preuve d’une politique commerciale trompeuse : “Je ne peux pas croire à une somme d’erreurs individuelles. Je ne connais pas les rémunérations des vendeurs Darty, mais c’est certain qu’elles dépendent en partie des ventes d’abonnements réalisées au cours du mois”. De son côté, Darty affirme axer sa politique de rémunération autour de la “qualité des ventes effectuées”, mesurée notamment via le taux de rétractation. Le groupe assure par ailleurs focaliser la formation de ses vendeurs sur la distinction entre EDF et Engie.

Le Médiateur s’inquiète désormais du virage amorcé par le marché de l’énergie. L’arrivée de nouveaux acteurs de la grande distribution dans la fourniture d’électricité fait craindre une généralisation des abus. D’un côté, certains fournisseurs de gaz ou d’électricité ont du mal à approcher les consommateurs. De l’autres, les enseignes de distribution les reçoivent tous les jours chez elles. “D’où la nécessité d’être plus agressif encore, avance le Médiateur. Certains opérateurs vont être contraints de passer des partenariats avec d’autres enseignes de distribution pour rivaliser avec ces nouveaux arrivants”. A la manière du kilo de pomme de terre dont on vous annonce la promotion dans tout le magasin, des arrivages exceptionnels de kilowatts d'électricité pourront bientôt être bradées pendant un très court laps de temps. Avec comme objectif de presser le client qui, lui, est toujours aussi mal informé. Le Médiateur national de l’énergie rappelle dans son dernier baromètre annuel que seul un français sur deux est au courant qu’il peut changer de fournisseur d’électricité.

consommation
https://www.capital.fr/votre-argent/vente-electricite-et-de-gaz-engie-et-darty-pratiqueraient-ils-la-vente-forcee-1304360

Quand la Chine nous aide à penser l’identité européenne

Thu 30 Aug 2018 - 06:13
« Je regrette l’Europe aux anciens parapets. » Arthur Rimbaud, « Le Bateau ivre »

« Faire l’Europe » ? Elle existe déjà. Ce qu’il faut, c’est construire notre regard. Umberto Eco disait que « la langue de l’Europe, c’est la traduction » et il est vrai que l’Europe géographique, avec 35 langues officielles, enrichies de 225 langues secondaires a toujours été pour les eurosceptiques un mythe, pour les Européens convaincus un rêve.

C’est dans cette faille que s’inscrit le Brexit. Boris Johnson, dans le Telegraph du 15 mai 2016, déclarait de manière ultra-provocatrice :

« L’Union européenne poursuit un but similaire à celui d’Hitler en tentant de créer un puissant super-Etat ! […] Si les bureaucrates de Bruxelles utilisent des méthodes différentes de celles du dictateur nazi, ils partagent le même but d’unifier l’Europe sous une seule “autorité”. »

et, plus loin :

« Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont déjà tenté cela et cela s’est terminé tragiquement. L’Union européenne est une tentative d’y parvenir par des méthodes différentes. Mais fondamentalement ce qui manque est l’éternel problème, il n’existe pas de loyauté à l’idée d’Europe. Il n’y a pas d’autorité unique que tout le monde respecte et comprenne. C’est ce qui cause cet énorme vide démocratique. »

L’idée européenne est née de la tragédie des guerres. Victor Hugo, dans son discours lyrique du Congrès de la Paix du 21 août 1849 s’exclamait :

« Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. – Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand Sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre, ce que la Diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée législative est à la France ! »

Un héritage culturel commun

Les deux guerres mondiales contribueront à relancer l’idée européenne. Stefan Zweig fait l’apologie d’une Europe cultivée, humaniste et pacifiste à laquelle il donne les traits d’Érasme. À Vienne, en 1926, se tient une grande conférence dans le prolongement de la publication en 1923 de l’ouvrage Paneuropa par le comte Richard Coudenhove-Kalergi. Elle réunit plus 2000 délégués de 24 nations dont Adenauer. Y est développée la vision d’une Europe de 300 millions d’âmes dont seraient exclus la Russie, trop orientale, et… la Grande Bretagne tournée vers son Empire.

Le temps a passé. Crise de l’euro, tragédie des migrants. Les uns s’attristent d’une Europe en crise, les autres déplorent et quelquefois se réjouissent qu’elle n’existe déjà plus.

Sortons de ce discours du « rêve » européen, d’une démarche utopiste synonyme d’efforts pour atteindre à un but ou d’amères déceptions de ne pas y parvenir, et adoptons une approche clinique. L’Europe, tout simplement, existe. L’identité européenne est beaucoup plus puissante que n’importe quelle identité nationale. De quoi s’agit-il ?

Lors d’une conférence donnée à l’université de Zurich le 15 novembre 1922, Paul Valéry décrit l’Europe comme la résultante de l’héritage culturel grec, du droit romain et de l’unité chrétienne.

« Partout où les noms de César, de Gaius, de Trajan et de Virgile, partout où les noms de Moïse et de Saint Paul, partout où les noms d’Aristote, de Platon et d’Euclide ont eu une signification et une autorité simultanées, là est l’Europe. Toute race et toute terre qui a été successivement romanisée, christianisée et soumise, quant à l’esprit, à la discipline des Grecs, est absolument européenne. […] On en trouve qui n’ont reçu qu’une ou deux de ces empreintes. Il y a donc quelque trait bien distinct de la race, de la langue même et de la nationalité, qui unit et assimile les pays de l’Occident et du centre de l’Europe. Le nombre des notions et des manières de penser qui leur sont communes, est bien plus grand que le nombre des notions que nous avons de communes avec un Arabe ou un Chinois… »

La Chine comme miroir

La Chine, justement, tel un miroir, permet de comprendre l’Europe. C’est l’expérience de François Julien décrite par Paul Ricœur :

« Sa thèse que je ne discute pas, mais que je prends comme hypothèse de travail, est que le chinois est l’autre absolu du grec – que la connaissance de l’intérieur du chinois équivaut à une déconstruction par le dehors, par l’extérieur, du penser et du parler grec. »

Écoutons à présent François Jullien :

« […] En organisant un vis-à-vis entre les pensées chinoise et européenne, je les conduis à se réfléchir l’une dans l’autre, l’une par l’autre. C’est-à-dire à sonder dans l’autre ses propres partis-pris théoriques, les choix enfouis à partir desquels elle a pensé, bref à remonter dans son impensé. Chacune ainsi se “dé-construit” à travers l’autre. J’appelle “impensé” ce à partir de quoi on pense et que, par là-même, on ne pense pas : à quoi sa pensée est adossée. »

Les concepts, non pas de la culture chinoise qui est diverse, mais de la « langue-pensée » chinoise au sens où l’entend Jullien font apparaître une vision du monde totalement différente de celle issue de la Grèce des Européens. À commencer par la dé-construction de l’ontologie : « Car vous savez ce fait majeur que la langue chinoise ne dit pas l’« Être » au sens absolu du « je suis », to be or not to be, mais seulement la prédication. »

Ce n’est pas que l’individu n’existe pas en Chine mais comme le rappelle Yuzhi Ouyang dans sa thèse « La culture traditionnelle chinoise et la culture occidentale contemporaine » :

« La Chine […] méprise l’individu, l’individualisme est une donnée fondamentale dans la culture occidentale, une composante tellement cardinale dans le système de valeurs occidentales que parfois les Occidentaux en oublient l’importance » […] Chez les Grecs jusqu’aux stoïciens, la vie avait en effet pour but le perfectionnement de l’individu. Mais le salut, le but de la foi chrétienne, est lui aussi l’individu. Je peux dire que, dans la culture occidentale, dès son origine, c’est l’individu qui prime. Par contre, dans la culture chinoise, dès son origine, c’est au contraire le collectif qui est valorisé. »

De même, le concept d’amour entre les hommes est à mettre en abîme avec celui de ren que décrit Ouyang : « Le ren incite à agir tout en restant sensible aux relations entre les personnes. Par conséquent, le ren a conduit les Chinois à se positionner toujours dans les relations, dont Confucius a défini les cinq principales : père/fils ; souverain/ministres ; époux/épouse ; frère aîné/frère cadet ; ami/ami. Quand il y a conflit entre la collectivité et l’individualité, l’individualité se soumet toujours à la collectivité. »

François Jullien développe sa pensée selon trois notions clés :

Le concept grec de beau, qui ne se retrouve pas en Chine. Il n’y a pas de nu dans l’art chinois, il n’y a pas non plus d’incarnation de l’Être, ousia ou parousia. « […] En Chine, le corps est plutôt un sac, quasiment informe, de souffle-énergie dont il convient de suivre le plus minutieusement la circulation (ainsi dans l’acuponcture) ».

La pensée chinoise privilégie l’ouïe à la vue. « Pour dire “intelligent”, on dit “entendant-voyant” (cong-ming), l’ouïe avant la vue. Car la vue va chercher dans le monde ce qui est “jeté” devant elle et lui fait obstacle : son “ob-jet” ; mais l’ouïe recueille comme un cornet – c’est pourquoi il faut prêter l’oreille aux transformations silencieuses qui font discrètement leur chemin, continûment et globalement, sans alerter. »

« Le stratège chinois opérera par transformation silencieuse, ce pourquoi il “n’agit pas”, mais fait (laisse) mûrir la situation : quand celle-ci est parvenue à maturation, il n’y a qu’à récolter (li en chinois), sans qu’il y ait à proprement parler de “visé” (skopos dit le grec) fixant méthodiquement à l’avance des “buts” à atteindre (telos), en les détachant de la processualité des choses, et quitte à vouloir forcer tragiquement le destin ».

Comme le souligne Claude Hagège, la Chine joue le rôle d’un grand opérateur théorique : « Il fallait se mettre en position d’étudier la pensée grecque à partir d’une autre pensée, la chinoise ».

Le détour chinois nous permet donc de voir les peuples d’Europe qui se sentent si différents les uns des autres… alors qu’ils sont unis par une métaphysique, une sensibilité, des valeurs et un rapport au monde qui opèrent comme un ciment bien plus fort que les forces centripètes auxquelles l’attention s’attache à vouloir conférer une importance qui, comme l’aurait dit Jonathan Swift, rapportée à l’essentiel relèvent de guerres picrocholines.
Construire une Europe de la culture et des valeurs

D’où vient donc la difficulté de créer les circonstances d’une Europe juridique et institutionnelle ? Peut-être d’un problème de méthode. On se souvient de la fameuse phrase apocryphe de Jean Monnet, père fondateur de l’Union européenne : « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture » (en réalité un effet rhétorique d’un discours de Mme Hélène Ahrweiler indiquant ce qu’aurait pu s’écrier Jean Monnet et non pas ce qu’il avait réellement dit). Ce qui est intéressant c’est le succès de cette « citation » qui ne s’est jamais démenti car elle touche évidemment une corde sensible.

L’Europe s’est construite sur l’économie et le politique, beaucoup moins sur la culture et les valeurs. Le modèle conscient ou inconscient de ses promoteurs a toujours été calqué sur celui des États-Unis, les États-Unis d’Europe comme pendant des États-Unis d’Amérique, comme l’exposait Victor Hugo en 1849 :

« Un jour viendra où l’on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd’hui un instrument de torture, en s’étonnant que cela ait pu être ! Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu ! »

Or, s’il relève de l’habitude de réunir l’Europe et les États-Unis au sein du concept plus large d’Occident (voir par exemple Samuel P. Huntington, une différence essentielle subsiste.

Huntington, en effet, définit la civilisation en accordant une prévalence à la notion de religion. Il cite Christopher Dawson (« Les grandes religions sont les fondements des grandes civilisations ») et estime que « Parmi les cinq « religions du monde » selon Weber, quatre – le christianisme, l’islam, l’hindouisme et le confucianisme sont associées à de grandes civilisations » tout en s’expliquant sur l’exclusion de ces catégories des religions bouddhiste et juive. Or l’Europe n’est pas chrétienne. Comme l’écrit l’auteur Israélien Yuval Noah Harari, elle a inventé une nouvelle religion, celle de l’Homme.

« En Europe, à l’aube des Temps modernes, on pensait que les meurtriers violaient et déstabilisaient l’ordre cosmique. Le rétablissement de l’équilibre passait par la torture et l’exécution publique du criminel en sorte que tout le monde pût voir l’ordre rétabli. Les exécutions macabres étaient un passe-temps favori des Londoniens et des Parisiens à l’époque de Shakespeare et de Molière. Dans l’Europe d’aujourd’hui, le meurtre est perçu comme une violation de la nature sacrée de l’humanité. Pour rétablir l’ordre, les Européens ne torturent ni n’exécutent plus les criminels. Ils punissent le meurtrier de la façon, à leurs yeux, la plus « humaine » possible, sauvegardant ainsi, voire reconstituant sa sainteté humaine. »

Les États-Unis sont plus éloignés de la notion de laïcité. Bien que le premier amendement de la constitution inspiré par Thomas Jefferson garantisse la séparation de l’Église et de l’État et que John Quincy Adams déclarât dix ans plus tard que le gouvernement des États-Unis n’était pas fondé sur la religion chrétienne, on imagine mal figurer sur nos euros « In God we trust » ou nos responsables politiques terminer leurs discours par « God bless Europe ».

L’apport essentiel de l’Europe, à partir des Lumières, a consisté à installer l’Homme plutôt que Dieu au centre de l’univers.

Certes, cet humanisme est issu de la religion chrétienne elle-même. L’appréhension du père, du fils et du Saint-Esprit dans une vision dynamique et non statique est vertigineuse de modernité : Dieu s’incarne en Homme pour devenir Esprit. Il se défait de sa déité, devient mortel pour devenir intemporel. Génie du christianisme, vision sublime qui préfigure celle de faire de l’Homme la valeur suprême de nos sociétés.

C’est ce pas supplémentaire qu’a franchi l’Europe. Elle a su se dégager de la religion en la sublimant. N’en déplaise aux eurosceptiques, l’Europe a une âme et cette âme c’est son humanisme.
Vents contraires

Hélas, des vents contraires se sont levés. À l’est et au centre ont émergé des démocraties il-libérales (Hongrie, Pologne, Slovaquie, etc.) auxquelles Alain Finkielkraut a consacré une émission. Les invités y expliquent qu’il s’agit de nations sans état qui se sont construites sur une identité culturelle et qui non seulement s’opposent au libéralisme politique mais aussi au libéralisme sociétal (mariage gay, avortement et multiculturalisme). Ces pays se vivent – plus dans un conflit de paradigmes que civilisationnel – comme les derniers défenseurs d’une Europe conservatrice (famille, nation, valeurs chrétiennes). Elles s’opposent à la religion humanitaire qui est la nôtre et qui les inquiète. Ainsi, le rejet par ces pays de quotas de migrants que souhaite leur imposer Bruxelles s’explique non par un nationalisme buté mais par des raisons symboliques : le refus d’un avenir multiculturel qui aurait échoué et qui aboutirait à une remise en cause de leur identité. C’est sur fond d’un recul de l’état de droit et d’une résurgence de l’antisémitisme qu’un divorce est en train d’être consommé à l’intérieur de l’Europe.

Découvrons-nous en Europe à travers les Lumières qui nous rassemblent et depuis peu nous divisent ! Tentons, Européens, le pari d’emprunter aux Chinois leur approche de la stratégie, celle « des transformations silencieuses ». Peut-être faut-il renoncer à l’idée de construction européenne et s’orienter vers celle de reconnaissance de l’identité européenne, renoncer à donner une forme à l’Europe pour en révéler les contours véritables. L’avantage serait de s’unir autour de ce qui existe plutôt que d’imaginer ce qui n’existe pas ou d’en dénoncer le caractère utopiste.

Les intérêts économiques peuvent diverger, les approches politiques aussi, le socle de valeurs communes est lui beaucoup plus stable. Plutôt que de rêver à l’Europe des mille normes, dessillons nos yeux et voyons apparaître belle et triomphante, mais surtout bien réelle, l’Europe de l’humanisme, celle du droit et de la culture. Comme une apparition inouïe.
The Conversation

Jean-Jacques Neuer est un des fondateurs d'EuraChine, une association qui a pour objet la promotion de l’art et de la culture entre l’Europe et le monde Chinois. Il est avocat d'affaires, spécialiste de l'Art et de la Culture. Il est cofondateur de l'Association Française pour la Démocratisation de l'Art, une institution philanthropique à but culturel. Il a été membre du Conseil d'administration du Centre National du Théâtre et du Conseil d’administration du Musée Guimet, musée national des Arts Asiatiques. Il a également été membre du Comité des Affaires Juridiques de l'ICOM - Conseil International des Musées.

culture Europe
https://theconversation.com/quand-la-chine-nous-aide-a-penser-lidentite-europeenne-102231

Comment le modèle mental s’oppose au changement: la tragédie des colons du Groenland

Sun 26 Aug 2018 - 09:55

Qu’est-ce qui empêche la transformation des organisations? Plus généralement, qu’est-ce qui empêche de changer face à une évolution de son environnement? Les causes sont multiples, mais parmi elles figure en bonne place la façon dont on perçoit le monde et dont on se perçoit soi-même, c’est à dire son modèle mental. L’importance du modèle mental est particulièrement frappante dans un cas historique important, celui de la disparition de la colonie norvégienne du Groenland.

Les norvégiens ont colonisé le Groenland en 984, établissant plusieurs colonies sur place. Après une période florissante, les colonies déclinent progressivement jusqu’aux alentours de l’an 1400, quand toute trace vivante de la colonie disparaît. Les fouilles archéologiques ont montré que les habitants sont morts de faim et de froid, mangeant à la fin leurs chiens et leurs jeunes animaux, brûlant tout ce qui pouvait se brûler.

Ils sont morts de faim alors qu’ils habitaient au bord d’une mer grouillant de poissons et de phoques faciles à pêcher. Le géographe Jared Diamond affirme que les colons se sont refusés à pêcher du poisson jusqu’à la fin, mais des recherches scientifiques récentes montre que, plus exactement, la consommation de poisson, très faible au début de la colonie, a progressivement augmenté jusqu’à représenter 80% de l’alimentation. Mais il était trop tard.

L’effondrement de l’établissement norvégien est d’autant plus étonnant que les Inuits, habitants historiques situés plus au nord, se sont parfaitement adaptés aux circonstances même s’ils ont connu eux aussi des périodes difficiles. Les Inuits étaient d’excellents pêcheurs. On sait qu’il y a eu des contacts entre les deux populations; donc l’idée de pêcher non seulement n’était pas difficile à imaginer, mais l’exemple des Inuits était là pour en montrer la possibilité et l’intérêt. Et pourtant il a fallu 400 ans aux colons pour faire le pas qui nous semble si évident, se transformer en pêcheurs.

Identité européenne

Qu’est-ce qui explique cet entêtement? En un mot: l’identité européenne et le modèle mental qu’elle implique. En tant que colons, les norvégiens méprisaient les Inuits qu’ils considéraient comme sous-développés. Sans surprise, les relations n’étaient pas bonnes entre les deux populations, et tout ce que faisaient les Inuits était de facto considéré comme suspect. Le refus d’adopter des pratiques des Inuits, pourtant experts en survie dans ce milieu hostile, est devenu une marque de fabrique de la colonie, constitutive de son identité. On a ainsi retrouvé très peu d’objets inuits dans les fouilles. Il n’y a eu pratiquement aucun mariage mixte.

Ce comportement n’est pas irrationnel ou stupide: Isolés aux confins de l’Europe chrétienne, il était important pour les colons d’affirmer leur identité européenne et surtout chrétienne pour maintenir un lien vital. La construction d’églises a pris ainsi une grande importance, mobilisant des ressources pourtant rares: des bras, qui manquaient alors pour les récoltes, mais aussi des pierres et surtout des arbres en quantité gigantesque, ce qui a entraîné une forte dégradation de l’écosystème. Se refusant longtemps à consommer du poisson, les colons se sont obstinés à développer l’élevage bovin, pourtant très mal adapté au climat, car ils se voyaient comme paysans-éleveurs. La construction d’étables, source de prestige dans une culture d’éleveur, a ainsi consommé des ressources rares.

Il était également important pour leur survie que les colons reçoivent de l’aide du roi de Norvège et pour cela ils devaient avoir un évêque pour rester membre de la chrétienté, ce qu’ils obtiennent en 1118. Tous les évêques seront des européens, et viendront avec une identité fortement européenne. Ils imposeront un maintien strict de l’identité chrétienne et européenne, empêchant tout mélange avec les Inuits païens et imposant des constructions coûteuses.

Jusqu’au bout, l’affirmation de leur identité, clé de leur survie dans un monde qui leur semble si hostile et face à des Inuits qui leur répugnent, empêchera les colons de s’adapter à la réalité de leur environnement, et principalement de cesser de consommer de la viande et de se tourner vers le poisson, abondant autour d’eux. Passer d’éleveurs à pêcheurs a pris un temps infini car cela a nécessité de remettre fondamentalement en question cette identité, c’est à dire tous les modèles mentaux qui la constituent. La pression sociale et surtout religieuse pour s’y opposer a dû être très forte.

Il en va des organisations comme des individus et des sociétés humaines: le changement radical n’est pas difficile parce que l’environnement extérieur est incompris ou invisible. Il est souvent parfaitement compris. Le changement est difficile parce qu’il revient à remettre fondamentalement en question ce qui nous constitue. Henry Ford a bâti son incroyable succès avec la Ford T sur un modèle en rupture avec les pratiques de l’époque: une voiture simple et pas chère. Dans les années 20 le marché évolue et les clients veulent plus de choix. Ford refuse ce changement et continue avec sa voiture simple et pas cher, persistant à voir le nouveau monde avec son modèle mental de l’ancien monde. L’entreprise passera à deux doigts de la faillite avant de se reprendre.

Ainsi le changement de modèle mental est doublement difficile: il est difficile d’une part parce qu’il implique un changement au plus profond de ce qui nous définit, et d’autre part parce qu’il s’agit de changer ce qui a fait notre succès jusque-là , et qui peut-être continue de faire notre succès. Il faut donc accepter de sacrifier sa position actuelle et faire un grand saut en avant. Imaginons que la colonie norvégienne, disons aux alentours de 1300, consciente de l’échec de son modèle, décide de tout changer. Elle se rapproche des Inuits, tout est pardonné, et devient « native » pour employer un terme colonial qui a perduré jusque récemment, et qui traduisait l’horreur ressentie par le colon vis à vis de celui qui adoptait les mœurs locales. Les ponts auraient été immédiatement coupés avec l’Europe et le changement de mode de vie aurait certainement suscité un traumatisme: les femmes apprenant à coudre les peaux de phoques pour faire des kayaks, les hommes à pêcher, et tous ensemble condamnés par leur religion. C’est pratiquement inconcevable. Cela explique pourquoi l’adoption de la pêche a été si lente, et donc n’a pu sauver la colonie.

La question dès lors devient: qu’est-ce qui peut permettre de faire ce grand saut en avant? Ou peut-être peut-on éviter ce grand saut et s’adapter progressivement? En tout état de cause, tout programme de transformation qui ne prenne pas en compte cette notion centrale de modèle mental est voué à l’échec.

changement culture
https://www.frenchweb.fr/comment-le-modele-mental-soppose-au-changement-la-tragedie-des-colons-du-groenland/333736

La géolocalisation, omniprésente à l'ère du smartphone

Sun 26 Aug 2018 - 08:41

L’action en justice intentée contre Google par un Californien, qui lui reproche de continuer à le géolocaliser contre sa volonté, rappelle qu’à l’ère du smartphone, les utilisateurs sont suivis à la trace, bien souvent sans le savoir.

Par GPS ou via le réseau, toujours localisé

La géolocalisation est aussi ancienne que l’apparition du téléphone mobile. Avant même l’arrivée des smartphones, il y a plus de 10 ans, il était possible de géolocaliser une personne grâce à son téléphone portable. Afin de fonctionner, le téléphone est sans arrêt en contact avec les antennes relais les plus proches. Or, avec trois bornes téléphoniques, il est possible de localiser l’émetteur d’un appel, c’est ce qu’on appelle la triangulation.

Avec l’apparition du smartphone, la géolocalisation s’est affinée, combinant d’un côté la triangulation via le réseau mobile, de l’autre le GPS, désormais intégré sur tous les modèles.
Le boom à partir de 2007

Dès l’apparition des smartphones, en 2007, avec le tout premier iPhone, la question de la géolocalisation a été intégrée. Et dès 2009, employée par la plupart des grands acteurs du secteur, Apple, Google, Yahoo! ou Microsoft.

Mais la géolocalisation est également utilisée par les industriels de la téléphonie. Les opérateurs téléphoniques peuvent potentiellement savoir à tout moment qui est connecté au réseau et où. En France, ils ont d’ailleurs obligation, depuis 2006, de conserver un an ces données, en cas de requête de la part de la justice dans le cadre d’enquêtes. Les fabricants également suivent le cheminement de leurs appareils.
75% des applications concernées

La géolocalisation est intégrée dans les usages quotidiens. Via les applications de cartographie, parmi les plus utilisées sur mobiles, mais surtout via une multitude de services : transports avec les sociétés de VTC, livraisons de repas, rencontres amoureuses, etc. Ou même simplement des jeux, à l’image du très populaire Pokémon GO en 2016. Sans oublier le tourisme, avec le développement d’applications permettant de parcourir une ville ou un territoire en découvrant ses trésors cachés.

La géolocalisation est évidemment une aubaine pour cibler les contenus publicitaires. C’est la raison pour laquelle, lorsqu’un usager de smartphone voyage à l’étranger, il verra apparaître sur son smartphone des publicités en lien avec le pays où il se trouve.

En 2014, une étude réalisée par le gendarme français d’Internet, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), et par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) estimait qu’entre un quart et un tiers des applications téléchargées sur smartphone avaient accès à la localisation de l’appareil. En 2017, une étude réalisée par l’université de Yale a repéré des «trackeurs» de localisation, en général publicitaires, sur plus de 75% des applications.

Des mises en garde récurrentes

De nombreux organismes tentent régulièrement d’alerter sur l’intrusion de la vie privée que représente ce qu’ils estiment être une traque constante. L’étude réalisée par la Cnil en 2014 soulignait que certaines applications accédaient au positionnement du smartphone plus d’un million de fois durant les trois mois d’étude, soit un accès par minute.

En juillet dernier, ce sont des chercheurs des Pays-Bas qui ont alerté à propos d’une application de suivi des activités physiques, Polar, permettant de collecter des données sensibles sur des soldats et membres de services de renseignement de 69 pays. L’application a alors désactivé ses fonctions de localisation.

Alerté par des analystes spécialisés, le Pentagone avait lui revu en janvier dernier les règles d’utilisation d’une autre application pour sportifs, Strava, car elle permettait de révéler les mouvements de militaires sur les bases américaines dans le monde.

Le problème est plus complexe encore s’agissant d’applications qui n’ont, a priori, aucunement besoin de la géolocalisation pour fonctionner. Certaines applications lampe-torche sont ainsi régulièrement pointées du doigt comme étant de véritables aspirateurs à données.

géolocalisation smartphone TF
https://www.frenchweb.fr/la-geolocalisation-omnipresente-a-lere-du-smartphone/333818

Google : la syntaxe d'interrogation avancée complète - Actualité Abondance

Sun 26 Aug 2018 - 07:04

Voici la liste a priori exhaustive des opérateurs de syntaxe avancée de Google, avant d'aller plus vite dans vos recherches mais également dans votre travail de référencement au quotidien...

Le saviez-vous ? Google propose une syntaxe d'interrogation avancée assez complète (quoi qu'elle connaisse parfois quelques hoquets assez importants) qui vous permettra, dans de nombreux cas, de mener à bien vos recherche beaucoup plus rapidement, mais aussi en SEO, par exemple pour obtenir une liste d'URL en HTTPS ou pour mesurer le niveau de concurrence d'une requête, etc.

Nous avons essayé de regrouper, dans le tableau ci-dessous, les différentes possibilités proposées par le moteur de recherche. D'autres syntaxes circulent sur le Web, mais en général, elles ne fonctionnent pas. Attention également : certaines directives ne fonctionnent plus lorsqu'elles sont combinées les unes avec les autres. Bref, il faut tester, comme d'habtude. Rien n'est jamais simple avec ces opérateurs qui ne fournissent d'ailleurs quasiment jamais des résultats exhaustifs. Mais ils facilitent cependant grandement certaines de nos tâches quotidiennes.

Et n'oubliez pas : les opérateurs doivent être saisis sans espace à droite ou à gauche du ":". Ainsi, la recherche "site:www.abondance.com" fonctionnera, alors que "site: www.abondance.com" ou "site : www.abondance.com", par exemple, donneront des résultats erronés.

Minuscules / majuscules
Idem : Google ne tient pas compte de la casse des lettres.
Exemple : ibm trouve ibm, IBM ou Ibm.
Ibm trouve Ibm, ibm ou IBM.
IBM trouve IBM, ibm ou Ibm.
Lettres accentuées
Important : electricite et électricité ne donnent pas le même résultat, même si les différences sont souvent minimes.
Ordre des mots
Important : paris dakar donne un résultat différent de dakar paris.
Une plus grande importance est donnée au premier mot choisi.
OU
OR
Exemple : engine OR directory. L'opérateur doit être saisi en majuscules obligatoirement.
ET
Opérateur par défaut
Exemple : moteur recherche recherche les pages qui contiennent à la fois moteur ET recherche.
Le signe + pour demander une orthographe spécifique n'est plus actif.
SAUF

Exemple : moteur -automobile recherche les pages qui contiennent moteur mais qui ne contiennent pas automobile.
Joker

L'astérique remplace n'importe quel mot. Exemple : george
bush trouvera george bush, george w. bush et george william bush.
Expressions
Guillemets.
Exemple : "moteur de recherche" recherche cette expression, les trois mots les uns à côté des autres et dans cet ordre.
Troncature
Non
Il n'est pas possible de faire des recherches en utilisant la troncature sur Google.
Le moteur recherche toujours exactement le mot demandé. mot ne trouve pas mots ni moteur.
L'astérique (*) ne peut pas être utilisé. Google tient cependant parfois compte de la troncature, sans qu'il soit possible pour l'internaute de décider quand.
Synonymes
Tilde (~)
Ne fonctionne plus depuis 2013.
Recherche sur le nom de domaine du site
site:
Exemple : moteur site:www.honda.com recherchera les documents qui contiennent le mot moteur et qui sont disponibles sur le site www.honda.com. Le chiffre indiqué pour le nombre de pages est indicatif.
Recherche sur les adresses des liens
link:
Ne fonctionne plus depuis 2017 (mais n'a jamais vraiment fonctionné).
Recherche de sites similaires
related:
Exemple : related:www.abondance.com trouvera des sites similaires à Abondance.
Recherche dans le cache
cache:
Exemple : cache:www.abondance.com trouvera la version du site Abondance dans le cache du moteur.
Informations sur le site
info:
Exemple : info:www.abondance.com proposera un certain nombre d'informations sur le site www.abondance.com.
Ne fonctionne plus vraiment (plus d'infos spécifiques affichées).
Recherche sur la date
daterange:
Exemple : google daterange:2452640-2452779. Les dates doivent être indiquées au format Julien.
Recherche sur le type de fichier
filetype:
Exemple : css filetype:pdf. Plusieurs formats sont possibles.
Recherche sur les mots
define:
Exemple : define:engine trouvera sur le Web des définitions du mot engine.
Recherche d'informations boursières
stocks:
Exemple : stocks:goo trouvera desinformations boursières relatives à la société Google.
Recherche dans le titre (1)
allintitle:
Exemple : allintitle:abondance moteur trouvera les pages qui contiennent les mots abondance ET moteur dans leur titre.
Recherche dans le titre (2)
intitle:
Exemple : intitle:abondance moteur trouvera les pages qui contiennent le mot abondance dans leur titre et le mot moteur dans la page.
Recherche dans l'url (1)
allinurl:
Exemple : allinurl:abondance moteur trouvera les pages qui contiennent les mots abondance ET moteur dans leur adresse (url).
Recherche dans l'url (2)
inurl:
Exemple : inurl:abondance moteur trouvera les pages qui contiennent le mot abondance dans leur url et le mot moteur dans la page.
Recherche dans le texte
intext:
Exemple : intext:IBM trouvera les pages qui contiennent le mot IBM dans le texte de la page et pas obligatoirement dans le titre, l'en-tête et le texte des liens.
Ne fonctionne pas toujours.
Recherche d'un prix
$ ou ..
Exemple : ipad $100 trouvera les pages qui proposent un produit ipad autour des 100 $.
Autre possibilité avec ".." : ipad $50..$100 trouvera les pages proposant des ipad entre 50 et 100 $.
Ne fonctionne pas toujours.

Google recherche TF
https://www.abondance.com/actualites/20180824-19595-google-la-syntaxe-dinterrogation-avancee-complete.html
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