En octobre, plus de deux ans après la disparition du dernier caribou de la vallée de la Maligne dans le parc national de Jasper, Parcs Canada a annoncé un plan provisoire de reproduction en captivité des caribous. Les femelles d’autres troupeaux seront rassemblées et enfermées dans une installation près de la ville de Jasper.
Le plan doit d’abord être évalué par des experts, ce qui aura probablement lieu en janvier. Mais Stan Boutin, biologiste à l’Université d’Alberta, voit ces solutions de dernier recours comme étant nécessaires pour sauver les troupeaux de caribous.
Il ne reste plus que trois troupeaux dans le parc national de Jasper. Aucun d’entre eux ne se porte bien. Le troupeau de Tonquin, qui compte 45 têtes, a diminué du tiers depuis 2010. Celui de Brazeau ne compte plus que 15 caribous et aucun ne compte assez de femelles pour faire croître la population. Le dernier bastion est le troupeau À la Pêche, avec 150 caribous migrateurs à l’extrémité nord du parc.
Parcs Canada cherche des moyens de sauver les caribous depuis des décennies. En 2002, la société d’État a proposé un plan de fermeture de la route Maligne, qui mène à la base de l’aire d’hivernage alpine du caribou, afin de rendre cette zone plus difficile d’accès pour les loups prédateurs.
Mais les fonctionnaires ont abandonné l’idée quatre jours après que le plan ait été rendu public et que le monde des affaires s'en soit plaint. Le plan de rétablissement du caribou n’a jamais atteint la phase de consultation publique. Le monde des affaires s’en est félicité tandis que les biologistes du parc en ont été fort attristés.
Les scientifiques s’inquiétaient qu’un animal noble comme le caribou puisse disparaître d’un parc national au Canada, comme ce fut le cas pour le troupeau de Banff en 2009. Dans le magazine Conservation Biology, plusieurs ont fait remarquer que le dernier caribou forestier du sud du parc national de Banff est mort le jour où la physe des fontaines de Banff, un petit escargot, devenait la seule espèce, sur les 449 inscrites, à bénéficier du processus de conservation complet prévu dans les lois canadiennes sur les espèces en péril.
La législation fédérale oblige le gouvernement à protéger les espèces en péril, et en 2011, il a lancé un programme de reproduction en captivité du caribou des montagnes du sud avec Parcs Canada, le gouvernement de la Colombie-Britannique et le zoo de Calgary. Ce programme devait être un nouveau départ et la pierre angulaire de la stratégie de conservation du caribou, mais l’accord a pris fin en 2015.
Les programmes de conservation fondés sur la science dans les parcs en montagne se sont longtemps opposés au tourisme. Le responsable de la conservation des ressources de Jasper a été licencié en 2015 et plusieurs soupçonnent que c’était parce qu’il avait fait pression pour publier un rapport sur la façon dont l’expansion des pistes de ski de Jasper affecterait le troupeau de caribous menacé du Tonquin.
Son départ a coïncidé avec un projet d’hébergement touristique dans la vallée de Maligne.
Il n’y a pas que les caribous de Jasper, Banff et d’autres parcs nationaux qui ont souffert. Dans les années 1970, Parcs Canada a hésité à mettre un terme au grave déclin du caribou forestier dans le parc national Pukaskwa, sur les rives du lac Supérieur.
Il n’y avait alors qu’environ 24 caribous, et la population est passée à seulement cinq individus en 2009, avant de disparaître complètement. Les caribous n’étaient pas si présents à Pukaskwa, mais ne rien faire en observant leur disparition ne devrait pas non plus être une option.
Une personne tenant une antenne en l’air près d’un lac avec en toile de fond des montagnes enneigées
Parcs Canada a fait son effort pour les espèces menacées et la reconstitution de la faune. Les bisons, parexemple, ont été réintroduits avec succès à Banff récemment,mais cette espèce peut s’adapter à presque tous les écosystèmes. Parcs Canada a également réussi l'opération délicate d’éliminer l’omble de fontaine, une espèce de truites invasive en introduisant un pesticide dans certains lacs, ce qui aurait pu être un cauchemar en matière de relations publiques.
Les caribous sont différents. Tout comme les ours polaires, ce sont des animaux qui subissent les effets du climat. Ils ont besoin de zones montagnardes, de tourbières et de marais boisés pour échapper aux prédateurs, fuir les feux de forêt et trouver de la nourriture.
Ils ont du mal à le faire en dehors des parcs nationaux, où les tourbières situées sur des sites d’exploitation pétrolière et gazière, d’exploitation forestière et d’extraction du charbon sont scindées et grugées par les routes, les lignes sismiques et les opérations d’exploitation des sables bitumineux.
En 1992, le naturaliste Ben Gadd a prédit que les caribous disparaîtraient de Jaspersi Parcs Canada ne mettait pas en place deux grandes zones d’exclusion pour les protéger. Lui et d’autres membres de la Jasper Environmental Association avaient l’oreille des biologistes du parc à l’époque, mais pas le soutien d’Ottawa.
Les hauts fonctionnaires se sont toujours pliés à la volonté des milieux d’affaires d’agrandir les pistes de ski et de construire des routes et des monuments, dont le monstrueux monument Mère Canada dans le parc national du Cap-Breton, même si cela violait l’esprit de la Loi sur les parcs nationaux.
Les ministres viennent rarement à la rescousse, car peu d’entre eux restent longtemps en poste. Depuis 1971,30 ministres ont été responsables de Parcs Canada. Deux seulement ont duré plus de trois ans,et16 ont occupé le poste pendant moins d’un an ou un peu plus.
En 2018, réalisant que la société d’État avait perdu son âme, Catherine McKenna, ex-ministre de l’Environnement, avait déclaré qu’il était temps de remettre Parcs Canada sur la voie de la conservation. Alors que McKenna est maintenant ministre de l’Infrastructure, les juges et les groupes environnementaux tentent de tenir Parcs Canada et le gouvernement fédéral imputables.
Le programme de rétablissement des caribous à Jasper est grandement nécessaire, mais il fait probablement trop peu, trop tard. Il n’y a tout simplement plus assez de caribous pour faire grossir les troupeaux.
Cela suggère également qu’il est plus facile pour le gouvernement canadien d’élever des caribous en captivité que de s’occuper de ce qui les menace dans la nature. Et c’est un triste constat sur une société d’État dont la « priorité » est de protéger « les patrimoines naturel et culturel de nos zones sensibles et de s’assurer de leur intégrité »
Le Premier ministre Justin Trudeau n’a rien déclaré sur l’intégrité écologique des parcs nationaux lorsqu’il a confié à Jonathan Wilkinson le mandat de supervision d’Environnement Canada et de Parcs Canada. Il faut maintenant un conseil consultatif national doté de pouvoirs légaux et contraignants, qui puisse assurer l’indépendance de Parcs Canada et le protéger de l’ingérence politique. En cette ère de changements climatiques, le maintien du statu quo n’est pas un gage de succès.
(Re)définir la publicité
La page Wikipédia la concernant est éloquente, elle commence ainsi « La publicité est une forme de communication de masse, dont le but est de fixer l’attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) afin de l’inciter à adopter un comportement souhaité : achat d’un produit, élection d’une personnalité politique, incitation à l’économie d’énergie, etc. »1fr.wikipedia.org/wiki/Publicité. Elle ne s’éloigne pas des définitions plus classiques où l’on retrouve toujours le fait « d’inciter », de « promouvoir », « d’exercer sur le public une influence, une action psychologique afin de créer en lui des besoins, des désirs »2Voir la définition du Larousse ou même du Trésor de la langue française.
Il est important de poser ces définitions pour sortir des chaussetrappes où la publicité serait entendue, dans son sens étymologique, comme le fait de rendre quelque chose « public », de le faire connaitre et serait assimilée à de la simple communication, voire à de l’information du public. Non, la publicité n’est pas là pour échanger ni pour informer, elle est là pour inciter. Elle agit sur nos schémas cognitifs, nos pensées et nos rêves, sur nos « temps de cerveaux disponibles »3Selon la formule de 2004 de Patrick Le Lay alors PDG de TF1. pour les modifier, majoritairement dans des logiques de consommation commerciale voire de propagande politique.
Ainsi, une personne qui tire des revenus de la publicité tire des revenus de la modification des processus cognitifs des individus et donc quasi systématiquement de leurs manipulations dans des actes de consommation potentiellement inutiles et néfastes.
Le deuxième point important à rappeler est que la publicité ne crée pas en soi de valeur et toute l’énergie qui y est investie peut être perçue comme gaspillée. Elle est susceptible de créer des besoins ou peut réorienter des pratiques, mais cela sans faire appel à des choix conscients ou informés. Elle joue sur les désirs, sur les fonctionnements cognitifs, sur nos peurs, etc.
À l’échelle sociétale, la publicité est un surcout de paiement. On subit la publicité dans la rue comme sur Internet et on paye ces influences mentales, majoritairement non souhaitées, quand on achète un bien ou un service.
La publicité est donc payée aussi bien cognitivement que monétairement.
Une définition sarcastique en creux de la publicité pourrait donc être : le symptôme d’une société malade qui paye une industrie parasite pour se faire manipuler.
Pour en résumer brièvement quelques-uns, la publicité a pour cout sociétaux :
La modification des comportements orientée par des logiques mercantiles et adressée surtout aux personnes qui sont les plus vulnérables à ces influences, et notamment aux enfants ;
La création de besoins et les conséquences notamment environnementales et sociales qui les accompagnent, par la surconsommation de biens (nouvel ordiphone, voiture…) ;
Des utilisations à des fins de propagande politique et donc de perversion de l’idéal des logiques démocratiques ;
Des liens de contrôle des médias, dont les informations seront influencées par ce lien de dépendance4La dépendance de nombreux vidéastes aux revenus de NordVpn en témoigne assez clairement, même quand ceux-ci restent caustiques à ce sujet cela reste très édulcoré, voir par exemple « Pourquoi NordVPN est partout ?! », Un créatif, 30 mai 2019, publié sur https://www.youtube.com/watch?v=9X_2rNC6nKA ;
La construction ou la reproduction de normes sociales par des pratiques de communication de masse qui viennent influencer et polluer nos imaginaires.
Malheureusement, la publicité a trouvé avec Internet un terrain de jeu sans égal qui n’a fait que renforcer ses conséquences.
Le modèle publicitaire, le péché originel d’Internet
Internet n’a pas été pensé et spécialement conçu pour des pratiques économiques. Facilité de transmission de l’information et de son partage, pratiques décentralisées, numérisation des contenus et une reproduction à cout marginal… En dehors des couts d’accès à Internet qui étaient eux onéreux (matériel informatique et abonnements liés au débit), la navigation en ligne et même les premiers services numériques ne requéraient aucun paiement. Les premiers temps d’Internet témoignent ainsi de nombreuses pratiques bénévoles, amatrices, libres, d’expérimentation, de partage, etc. un certain idéal paradisiaque5Attention, tout était loin d’être parfait sur bien d’autres sujets. pour nombre des premiè·res internautes. La déclaration d’indépendance du cyberespace6John Perry Barlow, « A declaration of the independance of Cyberspace », 8 fév. 1996, Davos, https://www.eff.org/cyberspace-independence de John Perry Barlow témoigne de cet enthousiasme et on peut pourtant voir un certain tournant symbolique dans le fait qu’elle ait été réalisée dans le cadre du Forum économique mondial de Davos.
Les entreprises ont ensuite saisi l’importance de ce nouveau média et ont commencé à l’investir. Elles se sont toutefois confrontées à un problème : un rejet majeur de toute possibilité de paiement en ligne dû aussi bien à des craintes (plutôt justifiées) liées à la sécurité des données bancaires, mais aussi, et surtout, à des pratiques déjà ancrées d’accès gratuit. Pourquoi payer pour une information alors qu’elle est déjà présente en accès libre sur un autre site ? Pourquoi débourser une somme pour un service alors que tel prestataire me l’offre « gratuitement » ?
Assez naturellement de nombreuses personnes se sont tournées vers la publicité pour obtenir des revenus en ligne, le modèle était connu et malgré quelques premières réticences des annonceurs les audiences étaient en pleine croissance et ils se sont ainsi laissés convaincre.
Le développement de la publicité sur Internet n’a pas été exempt de tout heurt, le tout premier mail publicitaire (spam) en 1978 a, par exemple, connu une vive réaction d’indignation.7Brad Templeton, « Reaction to the DEC Spam of 1978 », https://www.templetons.com/brad/spamreact.html De la même façon, les bloqueurs de publicité, petits outils qui bloquent techniquement les différents affichages publicitaires sont apparus et ont été rapidement adoptés au moment où la publicité a commencé à inonder de nombreux sites pour maximiser les « impressions publicitaires ». L’invasion publicitaire est devenue trop forte et les internautes avertis se protègent ainsi des multiples « popups », affichages conduisant vers des sites malveillants, renvois et rechargements intempestifs, etc.
Le déluge publicitaire a envahi ce « paradis » et l’a durablement déséquilibré. La gratuité bénévole et altruiste des débuts a été remplacée par une apparence de gratuité. Rares sont les services en ligne (et très spécifiques) qui réussissent, même aujourd’hui, à obtenir un paiement direct de la part de leurs utilisateurs-clients face à la distorsion de concurrence induite par ce trou noir de la gratuité publicitaire et l’exploitation des biais psychologiques des utilisateurs-produits par la publicité.
Cela a pu faire dire à Ethan Zuckerman, chercheur sur les questions touchant aux libertés à l’ère du numérique et activiste, mais qui a également participé à la création du popup publicitaire : « L’état de déchéance de notre internet est une conséquence directe, involontaire, de choisir la publicité comme modèle par défaut pour les contenus et services en ligne. »8Ethan Zuckerman, « The Internet’s Original Sin », 14 août 2014, https://www.theatlantic.com/technology/archive/2014/08/advertising-is-the-internets-original-sin/376041/, la citation en anglais « The fallen state of our Internet is a direct, if unintentional, consequence of choosing advertising as the default model to support online content and services. »
Ce noir constat s’appuie aussi sur les conséquences de la deuxième vague du développement publicitaire en ligne : la publicité « ciblée ».
Les dérives illégales de la surveillance publicitaire
Citant Ethan Zuckerman, Hubert Guillaud résume ainsi les conséquences néfastes de la publicité en ligne9Hubert Guillaut, « Comment tuer la pub, ce péché originel de l’internet ? », 13 nov. 2014, http://www.internetactu.net/2014/11/13/comment-tuer-la-pub-ce-peche-originel-de-linternet/ :
« La surveillance et le développement de la surveillance (comme le dit Bruce Schneier, la surveillance est le modèle d’affaires d’internet 10Bruche Schneier, « Surveillance as a Business Model », 25 nov. 2013, https://www.schneier.com/blog/archives/2013/11/surveillance_as_1.html ;
Le développement d’une information qui vise à vous faire cliquer, plutôt qu’à vous faire réfléchir ou à vous engager en tant que citoyens ;
Le modèle publicitaire favorise la centralisation pour atteindre un public toujours plus large. Et cette centralisation fait que les décisions pour censurer des propos ou des images par les entreprises et plates-formes deviennent aussi puissantes que celles prises par les gouvernements :
Enfin, la personnalisation de l’information, notre récompense, nous conduit à l’isolement idéologique, à l’image de la propagande personnalisée […] »
On en ajoutera quelques-unes, mais la plus importante est désormais bien connue. Pour sortir des logiques inefficaces de matraquage publicitaire, des entreprises ont fait le choix de développer des outils permettant de surveiller les internautes au travers de leurs navigations pour mieux les profiler et ainsi leur fournir des publicités plus « ciblées », au meilleur endroit au meilleur moment pour ainsi essayer de les manipuler le plus efficacement possible dans des actes de consommation.11Et oui, la publicité marche sur tout le monde, voir Benjamin Kessler et Steven Sweldens, « Think You’re Immune to Advertising ? Think Again », 30 janv. 2018, https://knowledge.insead.edu/marketing/think-youre-immune-to-advertising-think-again-8286
C’est une évolution relativement logique de « l’économie de l’attention », pour éviter la perte d’attention induite par la surmultiplication publicitaire, on a développé des outils pour les rendre beaucoup plus efficaces.
Ces outils ont toutefois un cout sociétal colossal : ils impliquent une surveillance de masse et quasi constante des internautes dans leurs navigations. La publicité a financé et continue de financer le développement de ces outils de surveillance qui viennent cibler les consommateurs et les traquer. Les deux entreprises championnes de cette surveillance sont incontestablement Google/Alphabet et Facebook12Voir par ex. Nicole Perrin, « Facebook-Google Duopoly Won’t Crack This Year » , 4 nov. 2019, https://www.emarketer.com/content/facebook-google-duopoly-won-t-crack-this-year et rappelons que les fondateurs de Google ont pourtant pu exprimer certains des réels problèmes de la dépendance publicitaire, Sergei Brin et Lawrence Page, « The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine », 1998, http://infolab.stanford.edu/~backrub/google.html : « To make matters worse, some advertisers attempt to gain people’s attention by taking measures meant to mislead automated search engines. » ou encore : « we expect that advertising funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers. » dont la quasi-totalité des revenus proviennent de la publicité et qui représentent à elles deux désormais bien plus de 50% de tout le secteur de la publicité en ligne. Ce ne sont (malheureusement ?) pas les seuls acteurs de ce système et bien d’autres (géants du numérique, courtiers en données, etc.) cherchent à se partager le reste du gâteau. Le développement de ces nombreuses entreprises s’est ainsi totalement orienté vers la captation de données personnelles par la surveillance et vers la maximisation de l’exploitation des temps de cerveaux disponibles des internautes.
Ce problème est ainsi résumé par la chercheuse Zeynep Tufekci : « on a créé une infrastructure de surveillance dystopique juste pour que des gens cliquent sur la pub »13Zeynep Tufekci, « We’re building a dystopia just to make people click on ads », sept. 2017 https://www.ted.com/talks/zeynep_tufekci_we_re_building_a_dystopia_just_to_make_people_click_on_ads. Cette infrastructure est colossale, les outils de surveillance qui ont été développés et le marché de la surveillance publicitaire en ligne sont d’une grande complexité14L’Avis n° 18-A-03 du 6 mars 2018 portant sur l’exploitation des données dans le secteur de la publicité sur internet de l’Autorité de la concurrence, https://www.autoritedelaconcurrence.fr/sites/default/files/commitments//18a03.pdf en témoigne. et n’hésitent pas à utiliser la moindre faille possible.15Voir par exemple la technique du « Web Beacon », https://en.wikipedia.org/wiki/Web_beacon Le système publicitaire a su pleinement tirer profit de l’informatique pour automatiser la surveillance des individus et les manipuler. Il espère même maintenant pouvoir importer cette surveillance dans nos rues avec les panneaux numériques.16Résistance à l’Agression Publicitaire, « JCDecaux colonise la Défense avec ses mobiliers urbains numériques », sept. 2014, https://antipub.org/jcdecaux-colonise-la-defense-avec-ses-mobiliers-urbains-numeriques/
Sans insister ici sur ce point, cette surveillance a assez naturellement attiré la convoitise des différents gouvernements qui ne pouvaient rêver d’un tel système de surveillance et ne se privent pas d’essayer d’en bénéficier à des fins de contrôle et de répression dans ce que l’on pourrait appeler un « partenariat public-privé de la surveillance. »17En témoigne notamment les révélations d’Edward Snowden du programme « PRISM ».
Il y a là une atteinte majeure au droit au respect de la vie privée des personnes, une liberté pourtant fondamentale, ainsi qu’à la législation européenne sur la protection des données personnelles. Ainsi, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) couplé à la directive e-privacy impose un consentement « libre, éclairé, spécifique et univoque » pour la majorité des opérations de collecte de données personnelles à des fins publicitaires. Or, la quasi-totalité de ces outils de surveillance ne satisfont pas à ces critères qui impliqueraient par défaut que les données ne soient pas collectées. C’est seulement si l’internaute acceptait volontairement et spécifiquement d’être traqué à des fins publicitaires qu’il pourrait l’être. C’est pourquoi La Quadrature du Net a lancé18Voir notre site de campagne https://gafam.laquadrature.net/ et par exemple la plainte contre Google https://gafam.laquadrature.net/wp-content/uploads/sites/9/2018/05/google.pdf, dès l’entrée en application du RGPD, des plaintes collectives contre les fameux « GAFAM » pour leurs violations de ces règles. Malheureusement, plus d’un an et demi après ces plaintes, ces pratiques continuent de proliférer et seul Google a été sanctionné d’une timide amende de 50 millions d’euros qui ne s’appuyait malheureusement pas sur tous les griefs. Même aux États-Unis la législation COPPA (Children’s Online Privacy Protection Act), interdit la collecte à des fins publicitaires sur des enfants de moins de 13 ans et n’a fait jusqu’en 201919Google semble toutefois s’être fait rappelé à l’ordre et a annoncé devoir supprimer les publicités pour les chaines s’adressant à un public enfantin. Sur ce sujet, voir par exemple, « Game Theory : Will Your Favorite Channel Survive 2020 ? (COPPA) », 22 nov. 2019, https://www.youtube.com/watch?v=pd604xskDmUqu’être assez sciemment contournée face à la manne publicitaire de la manipulation des plus jeunes…
Malgré l’illégalité flagrante, ces pratiques de surveillance continuent donc de violer chaque jour nos libertés.
Si les internautes averti·es peuvent configurer certains outils, dont leur bloqueur de publicités, pour limiter ces abus (par exemple en suivant les informations sur https://bloquelapub.net/) c’est encore dans une guerre continue entre l’ingéniosité pervertie20Les ingénieur-es de Facebook font preuve d’une malice certaine aussi bien pour traquer les internautes que pour les forcer à voir leurs publicités (il suffit de regarder le code source des contenus « sponsorisés » pour en être convaincu…). des ingénieurs publicitaires pour contourner ou bloquer les bloqueurs de pubs et celles des hackeur·ses qui y résistent. Quoi qu’il en soit, la publicité et la surveillance publicitaire demeurent pour la majorité des personnes.
Une lourde addition des couts sociétaux de la publicité en ligne
La surveillance publicitaire est la dérive la plus flagrante de la publicité, elle est inacceptable et il est nécessaire de la combattre pour la faire disparaitre si l’on veut caresser l’espoir de retrouver des pratiques commerciales plus saines sur Internet, mais cela semble loin de suffire. La publicité en elle-même est un problème : elle induit une dépendance économique aux annonceurs, mais aussi technique aux systèmes publicitaires.
Les problématiques liées à la dépendance économique publicitaire sont très claires quand la publicité constitue la seule source de revenus d’un acteur. Cette problématique est aussi mise en valeur avec les vidéastes qui s’appuient sur la plateforme de Google « Youtube » qui sont devenu·es de fait totalement dépendant·es du bon vouloir de celle-ci pour leurs revenus ou encore avec les éditeurs de presse qui ne font depuis plus de 10 ans que de subir des revers pour obtenir les miettes des revenus publicitaires de Google.
Côté dépendance technique, pour les gestionnaires de site Internet, insérer un système publicitaire revient à laisser une porte ouverte à des acteurs tiers et constitue donc une faille en puissance. Il y a là un réel cout de confiance et de dépendance. L’encart publicitaire peut être utilisé pour faire exécuter des éléments de code d’un prestataire publicitaire ou d’un tiers qui l’aurait compromis, on ne contrôle pas nécessairement le contenu des publicités qui s’afficheront…
La publicité est également un surcout énergétique dans l’affichage de la page, qui peut rester faible, mais peut aussi largement alourdir une page si l’on parle par exemple de publicité vidéo21 Gregor Aisch, Wilson Andrew and Josh Kelleroct « The Cost of Mobile Ads on 50 News Websites », 1 oct. 2015,https://www.nytimes.com/interactive/2015/10/01/business/cost-of-mobile-ads.htmlou de multiplication des traqueurs et dispositifs de contrôle.
Le gaspillage énergétique, les dépendances multiples des acteurs dont le modèle économique repose sur la publicité, la dystopie de surveillance, l’influence mentale subie des personnes qui voient leurs pensées parasitées pour leur faire consommer plus ou voter autrement…
La publicité apparait bien comme une cause majeure de perversion d’Internet vers plus de centralité, plus de contrôle et de surveillance des géants du numérique, plus de contenus piège à clic et de désinformation au lieu de productions de qualité et de partage…
L’addition des conséquences sociétales de la publicité en ligne est salée comme la mer d’Aral22Le parallèle pourrait même être poussé plus loin, voir Professeur Feuillage, « Aral, ta mer est tellement sèche qu’elle mouille du sable », 31 janv. 2018, https://www.youtube.com/watch?v=uajOhmmxYuc&feature=emb_logo&has_verified=1. La supprimer en même temps que la surveillance publicitaire participerait très largement à résoudre de nombreuses atteintes aux libertés fondamentales et aux équilibres démocratiques.
Twitter a annoncé fin octobre 201923Par des déclarations de Jack Dorsay son PDG, https://twitter.com/jack/status/1189634360472829952 supprimer les publicités politiques de son réseau social et en explique les raisons :
« Nous avons pris la décision d’arrêter toutes les publicités politiques sur Twitter. Nous pensons que la portée d’un message politique doit se mériter, pas s’acheter. »
La démarche est louable, mais pour arrêter les publicités politiques sur Twitter ne faut-il pas arrêter la publicité tout court ? Edward Bernays (neveu de Freud, considéré comme le père de la propagande politique et des « relations publiques ») comme Cambridge Analytica24Edward Bernays, Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie, (trad. Oristelle Bonis, préf. Normand Baillargeon), Zones / La Découverte, 2007 (1re éd. 1928) ; concernant Cambridge Analytica, avant que le scandale n’éclate la page d’accueil du site affichait fièrement : « Data drives all we do, Cambridge Analytica uses data to change audience behavior. Visit our Commercial or Political divisions to see how we can help you ». avaient bien compris que la publicité a les mêmes effets qu’il s’agisse de biens de consommation ou d’idées. Mais au-delà de ça, « tout est politique » : les publicités sexistes ou pour des véhicules polluants, des nouveaux gadgets technologiques, des voyages lointains, de la nourriture de mauvaise qualité… jouent largement sur de grands enjeux politiques25Voir Emily Atkin, Exxon climate ads aren’t « political, » according to Twitter But a Harvard researcher says Exxon’s ads « epitomize the art » of political advertising, 5 nov. 2019, https://heated.world/p/exxon-climate-ads-arent-political et Résistance à l’agression publicitaire (RAP), En refusant de réglementer la publicité, le gouvernement sacrifie l’écologie, 10 décembre 2019, https://reporterre.net/En-refusant-de-reglementer-la-publicite-le-gouvernement-sacrifie-l-ecologie. La publicité est en soi une idéologie politique26Pour en saisir l’ampleur, voir l’ouvrage de Naomi Klein, No Logo : la tyrannie des marques, (trad. Michel Saint-Germain), Actes Sud, 2001, et celui du Groupe Marcuse, De la misère humaine en milieu publicitaire : comment le monde se meurt de notre mode de vie, la Découverte, 2004., adossée au capitalisme, qu’il soit de surveillance ou non.
À La Quadrature du Net nous refusons l’exploitation de ces temps de cerveaux disponibles et de profiter de ces revenus publicitaires, même quand ils sont si « gentiment » proposés par des sociétés telles que Lilo, Brave ou Qwant27Lilo ne servant que d’emballage de blanchiment aux recherches et aux publicités de Microsoft – Bing en vendant l’image de marque des associations tout en se gardant 50% des revenus publicitaires reversés par Microsoft. S’agissant de Brave, les montants versés directement par les internautes constituent une piste intéressante de financement des contenus et services en ligne, mais les logiques de remplaçement des publicités présentes sur les sites par celles de la régie Brave où « Les publicités sont placées en fonction des opportunités, et les utilisateurs deviennent des partenaires et non des cibles » pour qu’une partie soit reversée à des acteurs tiers est à minima douteuse… C’est la même logique absurde que l’option « Qwant Qoz » qui permet si elle est activée à l’utilisateur-produit de voir deux fois plus de publicités pour que son surplus d’exploitation cérébrale soit reversé à des associations…
qui derrière une vitrine d’« éthique » restent dans cette logique d’exploitation et ne servent qu’à faire accepter ces logiques publicitaires.
Nous refusons ces manipulations et espérons des pratiques saines où les biens ou des services sont vendus directement pour ce qu’ils valent, nous souhaitons avoir une liberté de réception sur les informations auxquelles nous accédons et que les plus riches ne puissent pas payer pour être plus entendus et modifier nos comportements.
Nous ne voulons plus que nos cerveaux soient des produits !
https://bloquelapub.net/
References[+]
↑1 fr.wikipedia.org/wiki/Publicité
↑2 Voir la définition du Larousse ou même du Trésor de la langue française.
↑3 Selon la formule de 2004 de Patrick Le Lay alors PDG de TF1.
↑4 La dépendance de nombreux vidéastes aux revenus de NordVpn en témoigne assez clairement, même quand ceux-ci restent caustiques à ce sujet cela reste très édulcoré, voir par exemple « Pourquoi NordVPN est partout ?! », Un créatif, 30 mai 2019, publié sur https://www.youtube.com/watch?v=9X_2rNC6nKA
↑5 Attention, tout était loin d’être parfait sur bien d’autres sujets.
↑6 John Perry Barlow, « A declaration of the independance of Cyberspace », 8 fév. 1996, Davos, https://www.eff.org/cyberspace-independence
↑7 Brad Templeton, « Reaction to the DEC Spam of 1978 », https://www.templetons.com/brad/spamreact.html
↑8 Ethan Zuckerman, « The Internet’s Original Sin », 14 août 2014, https://www.theatlantic.com/technology/archive/2014/08/advertising-is-the-internets-original-sin/376041/, la citation en anglais « The fallen state of our Internet is a direct, if unintentional, consequence of choosing advertising as the default model to support online content and services. »
↑9 Hubert Guillaut, « Comment tuer la pub, ce péché originel de l’internet ? », 13 nov. 2014, http://www.internetactu.net/2014/11/13/comment-tuer-la-pub-ce-peche-originel-de-linternet/
↑10 Bruche Schneier, « Surveillance as a Business Model », 25 nov. 2013, https://www.schneier.com/blog/archives/2013/11/surveillance_as_1.html
↑11 Et oui, la publicité marche sur tout le monde, voir Benjamin Kessler et Steven Sweldens, « Think You’re Immune to Advertising ? Think Again », 30 janv. 2018, https://knowledge.insead.edu/marketing/think-youre-immune-to-advertising-think-again-8286
↑12 Voir par ex. Nicole Perrin, « Facebook-Google Duopoly Won’t Crack This Year » , 4 nov. 2019, https://www.emarketer.com/content/facebook-google-duopoly-won-t-crack-this-year et rappelons que les fondateurs de Google ont pourtant pu exprimer certains des réels problèmes de la dépendance publicitaire, Sergei Brin et Lawrence Page, « The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine », 1998, http://infolab.stanford.edu/~backrub/google.html : « To make matters worse, some advertisers attempt to gain people’s attention by taking measures meant to mislead automated search engines. » ou encore : « we expect that advertising funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers. »
↑13 Zeynep Tufekci, « We’re building a dystopia just to make people click on ads », sept. 2017 https://www.ted.com/talks/zeynep_tufekci_we_re_building_a_dystopia_just_to_make_people_click_on_ads
↑14 L’Avis n° 18-A-03 du 6 mars 2018 portant sur l’exploitation des données dans le secteur de la publicité sur internet de l’Autorité de la concurrence, https://www.autoritedelaconcurrence.fr/sites/default/files/commitments//18a03.pdf en témoigne.
↑15 Voir par exemple la technique du « Web Beacon », https://en.wikipedia.org/wiki/Web_beacon
↑16 Résistance à l’Agression Publicitaire, « JCDecaux colonise la Défense avec ses mobiliers urbains numériques », sept. 2014, https://antipub.org/jcdecaux-colonise-la-defense-avec-ses-mobiliers-urbains-numeriques/
↑17 En témoigne notamment les révélations d’Edward Snowden du programme « PRISM ».
↑18 Voir notre site de campagne https://gafam.laquadrature.net/ et par exemple la plainte contre Google https://gafam.laquadrature.net/wp-content/uploads/sites/9/2018/05/google.pdf
↑19 Google semble toutefois s’être fait rappelé à l’ordre et a annoncé devoir supprimer les publicités pour les chaines s’adressant à un public enfantin. Sur ce sujet, voir par exemple, « Game Theory : Will Your Favorite Channel Survive 2020 ? (COPPA) », 22 nov. 2019, https://www.youtube.com/watch?v=pd604xskDmU
↑20 Les ingénieur-es de Facebook font preuve d’une malice certaine aussi bien pour traquer les internautes que pour les forcer à voir leurs publicités (il suffit de regarder le code source des contenus « sponsorisés » pour en être convaincu…).
↑21 Gregor Aisch, Wilson Andrew and Josh Kelleroct « The Cost of Mobile Ads on 50 News Websites », 1 oct. 2015,https://www.nytimes.com/interactive/2015/10/01/business/cost-of-mobile-ads.html
↑22 Le parallèle pourrait même être poussé plus loin, voir Professeur Feuillage, « Aral, ta mer est tellement sèche qu’elle mouille du sable », 31 janv. 2018, https://www.youtube.com/watch?v=uajOhmmxYuc&feature=emb_logo&has_verified=1
↑23 Par des déclarations de Jack Dorsay son PDG, https://twitter.com/jack/status/1189634360472829952
↑24 Edward Bernays, Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie, (trad. Oristelle Bonis, préf. Normand Baillargeon), Zones / La Découverte, 2007 (1re éd. 1928) ; concernant Cambridge Analytica, avant que le scandale n’éclate la page d’accueil du site affichait fièrement : « Data drives all we do, Cambridge Analytica uses data to change audience behavior. Visit our Commercial or Political divisions to see how we can help you ».
↑25 Voir Emily Atkin, Exxon climate ads aren’t « political, » according to Twitter But a Harvard researcher says Exxon’s ads « epitomize the art » of political advertising, 5 nov. 2019, https://heated.world/p/exxon-climate-ads-arent-political et Résistance à l’agression publicitaire (RAP), En refusant de réglementer la publicité, le gouvernement sacrifie l’écologie, 10 décembre 2019, https://reporterre.net/En-refusant-de-reglementer-la-publicite-le-gouvernement-sacrifie-l-ecologie
↑26 Pour en saisir l’ampleur, voir l’ouvrage de Naomi Klein, No Logo : la tyrannie des marques, (trad. Michel Saint-Germain), Actes Sud, 2001, et celui du Groupe Marcuse, De la misère humaine en milieu publicitaire : comment le monde se meurt de notre mode de vie, la Découverte, 2004.
↑27 Lilo ne servant que d’emballage de blanchiment aux recherches et aux publicités de Microsoft – Bing en vendant l’image de marque des associations tout en se gardant 50% des revenus publicitaires reversés par Microsoft. S’agissant de Brave, les montants versés directement par les internautes constituent une piste intéressante de financement des contenus et services en ligne, mais les logiques de remplaçement des publicités présentes sur les sites par celles de la régie Brave où « Les publicités sont placées en fonction des opportunités, et les utilisateurs deviennent des partenaires et non des cibles » pour qu’une partie soit reversée à des acteurs tiers est à minima douteuse… C’est la même logique absurde que l’option « Qwant Qoz » qui permet si elle est activée à l’utilisateur-produit de voir deux fois plus de publicités pour que son surplus d’exploitation cérébrale soit reversé à des associations…
Nous sommes les élus. Dans chaque famille, il en est un qui semble appelé à retrouver les ancêtres, à redonner de la matière à ces fantômes et à les faire revivre, à raconter l'histoire de la famille et à sentir que d'une certaine manière, ils le savent et approuvent.
Pour moi, faire de la généalogie n'est pas une froide collecte de faits, plutôt une renaissance de tous ceux qui nous ont précédés.
Nous sommes les narrateurs de la tribu. Toutes les tribus en ont un.
Nous avons été appelés par nos gènes. Ceux qui nous ont précédés nous en conjurent : racontez notre histoire. C'est ce que nous faisons. En les retrouvant, nous nous retrouvons nous-mêmes, en quelque sorte.
Cela va au-delà du simple exposé de faits. Il s'agit de savoir qui je suis et pourquoi je fais les choses que je fais. Je suis fière de ce que nos ancêtres ont pu accomplir, de leur contribution à ce que nous sommes aujourd'hui. Écrire leur histoire, c'est respecter leurs épreuves et leurs peines, leur résistance et leur constance, leur détermination à continuer et à construire une vie pour leur famille.
J'écris aussi leur histoire parce que j'ai compris qu'ils l'avaient fait pour nous. Pour que nous puissions naître tels que nous sommes. Et que nous puissions nous souvenir d'eux.
Et c'est ce que nous faisons. Avec respect et bienveillance, en décrivant chaque pas de leur existence, parce que nous sommes eux et qu'ils sont nous. Ainsi, comme un scribe que l'on convoque, je raconte l'histoire de ma famille. C'est maintenant à l'élu de la génération suivante de répondre à l'appel et de prendre sa place dans la longue lignée des conteurs de famille.
Voilà pourquoi je fais de la généalogie, et voilà ce qui incite les jeunes, et les moins jeunes, à s'engager et à redonner vie à ceux qui nous ont précédés.
Librement traduit et inspiré d'un poème en prose anglaise aux origines obscures, souvent cité sur les sites de généalogie anglophones, mais généralement attribué à Della M. Cummings Wright
Dans cet article issu du mook Dune, dont Numerama est partenaire, Catherine Dufour décrypte l’ordre du Bene Gesserit par le prisme du féminisme. Les femmes de cette sororité fictive sont-elles des « sorcières » au sens mis en avant par Mona Chollet ?
Dune a mis en scène la plus puissante et la plus agaçante sororité de l’histoire de la littérature : l’ordre du Bene Gesserit. Revoyons tout d’abord quelques fondamentaux. Le nom même du Bene Gesserit vient du latin et signifie peu ou prou : « bien se comporter ». L’ordre a été fondé par une femme de la Maison Atréides (ce que nous apprennent les préquelles écrites par Brian Herbert et Kevin J. Anderson), famille régnante dont est issu le principal protagoniste du cycle : Paul, connu plus tard sous le nom de Muad’Dib ; le Héros.
Chaque membre du Bene Gesserit s’entraîne corps et âme pendant des années pour parfaire un éventail de compétences à la fois physiques et psychiques : art du combat, concentration, mémoire, habileté sexuelle et aptitudes sensorielles qui leur aiguisent les cinq sens jusqu’à développer un sens de l’observation digne de Sherlock Holmes. Elles excellent également dans l’art de l’éloquence et maîtrisent ce qu’elles nomment « la Voix », grâce à laquelle elles subjuguent leurs interlocuteurs.
Enfin, les Bene Gesserit ont un contrôle de leur métabolisme tel qu’elles peuvent se soigner elles-mêmes, détecter les poisons qu’on glisse dans leur soupe et décider de leur fertilité, voire du sexe de leur progéniture. Ces capacités, jointes à un profond esprit de corps et au noyautage systématique des familles dirigeantes, permettent à l’ordre d’exercer un pouvoir politique majeur au sein de l’Imperium, mais un pouvoir qui demeure dans l’ombre, parce qu’il est mis au service de buts internes aussi grandioses qu’obscurs.
Fatalement, des compétences si étonnantes qu’elles côtoient la magie valent à ces femmes d’être qualifiées de sorcières, surtout par leurs ennemis.
Les membres du Bene Gesserit sont, dans l’ordre hiérarchique : les Postulantes, les Acolytes, et enfin les Sœurs. Les dirigeantes, elles, sont appelées Révérendes Mères, qui désignent l’une d’entre elles pour être la patronne de l’ordre : la Mère supérieure. Ne se croirait-on pas dans un couvent ? Ou un pensionnat catholique. À l’instar de leurs consœurs chrétiennes, les sœurs du Bene Gesserit ont choisi, pour façade sociale, l’enseignement. Les familles des Grandes Maisons y ont toutes recours pour leurs filles.
Une fois formées, ces jeunes filles de haute naissance deviennent épouses ou concubines dans d’autres familles régnantes, propageant les desseins du Bene Gesserit dans tout l’Imperium. Mais le Bene Gesserit n’agit pas qu’au niveau individuel : il intervient aussi au niveau macro, par exemple en lançant des « fake news » religieuses, des corpus de légendes destinées à influencer des groupes sociaux précis pour réaliser la fameuse Missionaria Protectiva.
Cependant – spoiler –, le Bene Gesserit échouera dans son plus grand projet, qui est aussi le plus secret : la création d’un Kwisatz Haderach, homme supérieur obtenu par sélection génétique. Planifié de longue date par les Révérendes Mères, le Kwisatz Haderach naîtra hors de leur programme, et restera toujours hors de leur contrôle. Son arrivée inopinée une génération plus tôt que prévu représente le point de départ de la saga Dune. La raison ? L’amour que Dame Jessica voue à son mari Léto Atréides la pousse à donner naissance à un fils plutôt qu’à une fille. Quand l’amour d’une femme pour un homme met en échec les plans machiavéliques des femmes, faut-il y voir un triomphe de la liberté individuelle sur l’oppression politique, ou autre chose un peu moins progressiste ?
Le terme « sorcière », que les ennemis du Bene Gesserit utilisent comme un anathème, a connu depuis une sévère revalorisation, notamment par la voix de Mona Chollet, auteure en 2018 du cultissime Sorcières : la puissance invaincue des femmes. Qu’en dit-elle ? « Si vous êtes une femme et que vous osez regarder à l’intérieur de vous-même, alors vous êtes une sorcière. » Sur ce plan, pas de doute, les Bene Gesserit, avec leur sens de l’observation et de l’introspection, sont des sorcières. Mais sur d’autres, carrément moins.
L’ordre se positionne davantage comme un outil de domination que comme un facteur de libération
Pour Mona Chollet, « la sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ». Or l’ordre se positionne davantage comme un outil de domination que comme un facteur de libération. Les membres du Bene Gesserit doivent obéir, et l’injonction majeure consiste à se mettre en couple avec un homme haut placé puis à enfanter judicieusement. Là où la journaliste féministe américaine Gloria Steinem affirme qu’elle refuse de se marier parce qu’elle « n’arrive pas à [s]’accoupler en captivité », Dame Jessica gémit interminablement de n’être que la concubine du Duc Léto.
Ainsi, le jour où arrive la Princesse Irulan, vouée pour des raisons politiques à épouser son fils Paul, Jessica glisse à Chani, l’amante de Paul : « Vois donc cette princesse, là-bas, si hautaine, si confiante. On dit qu’elle a des prétentions littéraires. Espérons que cela remplit son existence car elle n’aura que peu de choses en dehors. […] Pense à cela, Chani, pense à cette princesse qui portera le nom mais qui sera moins qu’une concubine, qui ne connaîtra jamais un instant de tendresse avec l’homme auquel elle est liée. Alors que nous, Chani, nous que l’on nomme concubines… l’Histoire nous appellera : épouses. » Bonjour la sororité.
Autre zone d’ombre : le Bene Gesserit ne s’intéresse guère aux arpètes, aux mal-nées, bref, aux sans-dents. Fasciné par la haute société, l’ordre est un concentré de ce que nous, en 2020, appelons les « white fem’ » – cette branche vieillotte du féminisme qui ne se préoccupe que des soucis des femmes privilégiées en occultant les combats des autres. Heureusement, les Bene Gesserit ont une qualité immense : leur orgueil luciférien. Enfin des femmes qui ne sont pas accablées par le « syndrome de l’imposteure ». Les sorcières de Frank Herbert se considèrent ni plus ni moinscomme « les bergères de l’humanité ». Ce n’est pas très démocratique mais, s’agissant d’une communauté féminine, c’est féministe.
Jamais le Bene Gesserit n’a l’idée de sortir de l’ombre, ni de réclamer le pouvoir pour ses membres : pour les femmes. L’agacement nous submerge.
Ici, pas d’humilité, pas de mignonitude, pas d’effacement. Les Bene Gesserit veulent le pouvoir, elles le prennent et elles le gardent. Hélas, ce n’est que pour l’offrir au Kwisatz Haderach, cet homme supérieur qui est, eh bien, un homme. Jamais le Bene Gesserit n’a l’idée de sortir de l’ombre, ni de réclamer le pouvoir pour ses membres : pour les femmes. L’agacement nous submerge.
Mais cessons de bouder notre plaisir. Comme le dit judicieusement Étienne Augé dans son article « Cinquante ans après sa sortie, il est temps de (re) lire Dune » : « Il faut surtout se concentrer sur la formidable analyse de la religion que Herbert fournit, notamment avec la Missionaria Protectiva, le bras armé du Bene Gesserit, chargé d’implanter des superstitions qui se transformeront en prophéties autoréalisatrices. Herbert démontre comment la religion peut être exploitée à des fins politiques […]. La science-fiction possède cette capacité de faire réfléchir en avertissant des dangers qui menacent notre monde à court et long terme. »
Partenaire du mook Dune, publié en librairies chez L'Atalante et Leha, Numerama vous livre un extrait en avant-première de l'entretien avec Brian Hebert et un avant-goût exclusif de celui avec Denis Villeneuve.
Œuvre littéraire culte signée Frank Herbert, Dune est en cours d’adaptation au cinéma par la réalisateur Denis Villeneuve. On retrouvera Timothée Chalamet dans le rôle de Paul Atréides ou encore Zendaya dans le rôle de Chani. En raison de la pandémie, Warner a décidé de décaler le film, initialement programmé pour décembre 2020.
Il n’en reste pas moins que la production de l’adaptation a remis un coup de projecteur sur l’univers monumental de Frank Herbert. Il fallait donc un mook tout aussi massif pour en aborder l’étendue. C’est ainsi qu’est né le mook Dune, imaginé par le journaliste Lloyd Chéry (C’est plus que de la SF), et dont Numerama est partenaire depuis le crowdfunding. Au fil de 256 pages, des figures littéraires, des scientifiques et des journalistes se relaient pour décrypter toutes les branches et toute la complexité de Dune.
On y retrouve également des entretiens rares, avec Denis Villeneuve, seule interview qu’il ait accordé à un journaliste français pour l’instant sur ce film, mais aussi avec Brian Herbert, fils de Frank Herbert, qui perpétue l’œuvre de son père. « Il était important d’avoir Brian Herbert avec nous. Sa présence légitime notre projet car Brian est le garant du Frank Herbert’s estate. Son accord a été nécessaire pour avoir le soutien de Warner Bros. Il connaît mieux que tout le monde la saga et nous voulions mettre en avant tous ceux qui avaient travaillé sur Dune », nous explique Lloyd.
L’écologie dans Dune : « J’y vois une porte d’espoir pour notre futur », explique Denis Villeneuve
À la veille de la sortie du mook en librairies, Numerama vous partage un extrait exclusif de cet entretien avec l’héritier de Frank Herbert. « Je souhaitais l’interroger sur la face sombre de son père, qu’il décrit lui-même dans sa biographie et qu’il tempère finalement dans notre interview », précise Lloyd. On retrouve aussi, dans cette interview, un lien tout sauf anodin avec celle de Denis Villeneuve : la portée environnementale de l’œuvre.
Le réalisateur confie, dans le mook, une partie de son approche pour son film à venir : l’écologie. Pour Villeneuve, Frank Herbert aborde cet aspect à la fois avec une « précision toute scientifique » et en tant que « source d’inspiration d’une spiritualité ». Puisque Dune imagine un peuple ayant une « relation sacrée très sophistiquée » avec son environnement, « c’est donc par un rapport sacré au monde naturel que j’aborde l’écologie dans le film. J’y vois une porte d’espoir pour notre futur », raconte-t-il à Lloyd Chéry. Nous vous parlions aussi de cet aspect écologique en décryptant les premières images du film. En définitive, Dune n’a peut-être jamais été autant actuel.
L’entretien avec Brian Herbert : extrait
Brian Herbert : C’était en 1962. Nous vivions dans un quartier pauvre de San Francisco. Mon père travaillait depuis quelques années sur ce projet. Il était assis dans la salle à manger de l’appartement à côté de ma mère Beverly. Il lui narrait la scène du gom jabbar. À l’époque, c’était elle qui faisait vivre la famille. Elle a été un soutien de tous les instants pour mon père. Elle avait elle aussi des talents d’écriture et elle relisait tous ses romans.
B.H. : Bien sûr ! C’est même elle qui a trouvé le titre « Dune ». Elle conseillait mon père sur la psychologie féminine de ses personnages en lui disant : « Une femme ne pense pas comme ça » (rire). Elle était incroyable. Un jour que mon père était interviewé par Jim French, un animateur de radio de Seattle assez connu, au début des années 1980, le producteur de l’émission lui a dit avant que l’interview commence : « Ne pose pas de questions stupides et interroge-le plutôt sur l’importance de Beverly dans son œuvre. » Ce qu’il fit, pour le plus grand plaisir de mon père. Il ne s’était pas trompé, ma mère a été extrêmement importante pour la création de l’univers de Dune.
« Mon père aimait analyser l’être humain »
B.H. : Il n’avait pas de côté sombre, il était humain. Il ne faut pas oublier qu’il a eu une enfance et une relation compliquée avec ses propres parents. La discipline que son père policier instaurait à la maison était dure et ce ne fut pas toujours rose. Il a été enfant dans les années 1930, pendant la Grande Dépression. Je crois qu’il a fait sincèrement ce qu’il pouvait. Nous sommes des produits de notre époque. Je lui ai pardonné pour tout qui ne s’était pas bien passé. Si on regarde dans son intégralité sa bibliographie, mon père aimait analyser l’être humain.
B.H. : Le roman a su capter son époque dans les années 1960 avec l’épice. Il a d’abord séduit les étudiants des campus américains. Mais Dune est avant tout un grand livre écologiste qui parle de la raréfaction des ressources, dont l’eau. C’est aussi un formidable roman d’aventures centré sur Paul Atréides et son chemin initiatique, qui suit très fidèlement le parcours imaginé par Joseph Campbell. On peut tout autant lire Dune pour ce qu’il dit sur la politique et sur la religion. Enfin, Dune ne cesse d’évoquer la cause des femmes et comment elles finissent par diriger l’univers. C’est pour toutes ces raisons que ce roman restera un classique.
Dans la presse ce matin, il y a des hommes qui font la pluie et le beau temps et on ne pensait pas lire ça dans Philosophie Magazine, qui nous raconte une scène observée plusieurs fois en Saône-et-Loire. Après des semaines de sécheresse, des nuages sombres s'amassent enfin dans le ciel. Le vent se lève, les oiseaux se taisent, c'est sûr, ça va craquer. Et puis d'un coup, comme par magie, les cumulonimbus se désagrègent, la lumière revient.
Il n'est pas tombé une goutte. L'orage était là, et c'est comme s'il avait été aspiré. Parlez-en aux éleveurs, ils vous disent: "Ben oui, avec tout l'iodure d'argent qu'ils balancent dans l'atmosphère, il ne pleut plus. Moi je n'ai plus de fourrage". De l'iodure d'argent? "Bah oui", dit l'éleveur, "à cause de leurs générateurs. Bien sûr qu'en France on bricole la météo ! C'est officiel, tapez ANELFA sur Google, vous verrez".
De fait, il existe bien une Association nationale d'étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques. L'ANELFA, fondée en 1951 par des agriculteurs, des agronomes, des physiciens et des élus. Leur objectif : réduire les dégâts causés par la grêle et éliminer les orages. Aujourd'hui, on compte plus de 800 stations anti-grêle dans toute la France, surtout dans les régions viticoles. Ceux qui paient sont ceux qui en ont besoin, les chambres d'agriculture, les assureurs, et aussi les communes et les départements.
Pour tuer la grêle, il faut donc envoyer dans l'atmosphère de l'iodure d'argent, ce qui casse le processus de formation des grêlons. C'est ce qu'on appelle l'ensemencement des nuages. Le sorcier des cumulonimbus s'appelle Jean Dessens, physicien de l'atmosphère à Toulouse, comme son père qui a fondé l'Anelfa. Il est formel, l'iodure d'argent, c'est cher. Donc on l'utilise en petite quantité, et donc ce n'est pas toxique.
Certains scientifiques restent sceptiques, comme Jean Grizard, retraité de l'Institut National de la Recherche Agronomique. Pour lui, il y a forcément des retombées qui contaminent l'air et les écosystèmes. Et même une dégradation des particules qui deviennent alors aussi dangereuses que le mercure. Il faudrait des études indépendantes, mais vu les quantités utilisées, elles ne sont pas obligatoires.
L'autre débat, c'est la sécheresse, éloigner la pluie quand on se désole de la sécheresse et du réchauffement climatique, est-ce bien raisonnable ? Accusation injustifiée, assure Jean Dessens. On ne diminue que de 1% la masse d'eau présente dans les nuages". Réponse de Jean Grizard: "Les agriculteurs sont d'excellents observateurs de la nature, on devrait les écouter".
Michel est éleveur, il fait des relevés de pluviométrie depuis des années. "Depuis que les générateurs fonctionnent, dit-il, les mois d'été, on est passé de 350 à 200 litres par mètre carré, pour nous, c'est désastreux". Michel a été démarché il y a trois ans par un vigneron et un technicien de l'Anelfa. "On s'était seulement parlé. Quelques jours plus tard, un camion arrive dans ma cour avec un sigle 'produits dangereux'. Il voulait m'en laisser 200 litres. Le chauffeur m'a expliqué que c'était juste très inflammable. Là j'ai tiqué. On a essayé de me forcer la main. Ils m'ont envoyé ces produits sans contrat, sans garantie". Sans compensation, aussi. "C'est du bénévolat", dit Michel, "ils m'ont seulement promis que j'aurai un repas annuel et une caisse de vin".
Autre son de cloche avec Serge, pépiniériste dans le Lot et Garonne. Un département qui a perdu plusieurs récoltes avant de se tourner vers les générateurs de l'Anelfa.. "Il y a entre 10 et 15 alertes par an", dit-il, "mais depuis six ans, nous n'avons plus perdu de raisin, les générateurs ont été hyper efficaces. Pour un coût dérisoire, 50 centimes par hectare. Les viticulteurs sont contents, les automobilistes aussi". Pour la sécheresse, ils se sont organisés, ils ont créé des retenues d'eau et des lacs. "On peut tenir toute la saison avec nos pompes, on ne dépend pas des nuages".
Et c'est là que le problème devient politique, et même philosophique. Est-ce qu'on peut changer le temps qu'il fait juste parce que ça nous arrange ? À qui appartient le ciel ? Pour la réponse, rendez-vous donc dans Philosophie Magazine.
Plaidoyer en faveur d’un logiciel de relations épistolaires électroniques, échanges sacrifiés au culte de l’instantanéité.
J’aime l’email. Je ne me lasse pas de m’émerveiller sur la beauté de ce système qui nous permet d’échanger par écrit, de manière décentralisée. D’entretenir des relations épistolaires dématérialisées à l’abri des regards (si l’on choisit bien son fournisseur). Je l’ai déjà dit et le redis.
Pourtant, l’indispensable email est régulièrement regardé de haut. Personne n’aime l’email. Il est technique, laborieux. Il est encombré de messages. Alors toute nouvelle plateforme nous attire, nous donne l’impression de pouvoir communiquer plus simplement qu’avec l’email.
Beaucoup trop d’utilisateurs sont noyés dans leurs emails. Ils postposent une réponse avant que celle-ci ne soit noyée dans un flux incessant de sollicitation. Entrainant, effet pervers, une insistance de l’expéditeur.
Désabusé, la tentation est grande de se tourner vers cette nouvelle plateforme aguichante. Tout semble plus simple. Il y’a moins de messages, ils sont plus clairs. La raison est toute simple : la plateforme est nouvelle, les échanges entre les utilisateurs sont peu nombreux. Dès le moment où cette plateforme sera devenue particulièrement populaire, votre boîte à messages se retrouvera noyée tout comme votre boîte à email. Tout au plus certaines plateformes s’évertuent à transformer vos boîtes en flux, de manière à vous retirer de la culpabilité, mais entrainant une perte d’informations encore plus importante.
C’est pour cela que l’email est magnifique. Après des décennies, il est toujours aussi utile, aussi indispensable. Nous pouvons imaginer un futur sans Google, un futur sans Facebook. Mais un futur sans email ?
L’email pourrait être merveilleux. Mais aucun client mail ne donne envie d’écrire des mails.
Je rêve d’un client mail qui serait un véritable logiciel d’écriture. Pas d’options et de fioriture. Pas de code HTML. Écrire un email comme on écrit une lettre. En mettant l’adresse du destinataire en dernier, comme on le fait pour une enveloppe.
Un logiciel d’écriture d’email qui nous aiderait à retrouver un contact avec sa correspondance plutôt qu’à permettre l’accomplissement d’une tâche mécanique. Un logiciel qui nous encouragerait à nous désabonner de tout ce qui n’est pas sollicité, qui marquerait des mails les correspondances en attente d’une réponse. Qui nous encouragerait à archiver un mail où à le marquer comme nécessitant une action plutôt qu’à le laisser moisir dans notre boîte aux lettres.
Bref, je rêve d’un client mail qui me redonne le plaisir d’interagir avec des personnes, pas avec des fils de discussions ou des onomatopées.
D’un autre côté, j’abhorre ces tentatives de classement automatique qui fleurissent, par exemple sur Gmail. Outre qu’elles augmentent le pouvoir de ces algorithmes, elles ne font que cacher le problème sans tenter d’y remédier. Si les mails doivent être triés comme « promotions » ou « notifications », c’est la plupart du temps que je n’avais pas besoin de les voir en premier lieu. Que ces emails n’auraient jamais dû être envoyés.
Enfin, un véritable logiciel de correspondance devrait abandonner cette notion de notification et de temps réel. Une fois par jour, comme le passage du facteur, les courriels seraient relevés, m’indiquant clairement mes interactions pour la journée.
De même, mes mails rédigés ne seraient pas envoyés avant une heure fixe du soir, me permettant de les modifier, de les corriger. Mieux, je devrais être forcé de passer en revue ce que ‘envoie, comme si je me rendais au bureau de poste.
En poussant le bouchon un peu plus loin, les mails envoyés pourraient prendre une durée aléatoire pour être remis. Un lecteur de mon blog a même imaginé que cette durée soit proportionnelle à la distance, comme si le courriel était remis à pied, à cheval ou en bateau.
Car l’immédiateté nous condamne à la solitude. Si un mail est envoyé, une réponse reçue instantanément, l’ubiquité du smartphone nous oblige presque à répondre immédiatement. Cela même au milieu d’un magasin ou d’une activité, sous peine d’oublier et de penser paraitre grossier.
La réponse à la réponse sera elle aussi immédiate et la conversation s’achèvera, les protagonistes comprenant que ce ping-pong en temps réel ne peut pas durer plus de quelques mots.
Paradoxalement, en créant l’email, nous avons détruit une fonctionnalité majeure des relations épistolaires : la possibilité pour chacune des parties de répondre quand l’envie lui prend et quand elle est disponible.
Jusqu’au 20e siècle, personne ne s’étonnait de ne pas recevoir de réponse à sa lettre pendant plusieurs jours voire pendant des semaines. Écrire une lettre de relance était donc un investissement en soi : il fallait se souvenir, garder l’envie et prendre le temps de le faire.
Cette temporisation a permis une explosion de la créativité et de la connaissance. De grands pans de l’histoire nous sont accessibles grâce aux relations épistolaires de l’époque. De nombreuses idées ont germé lors d’échanges de lettres. Pouvez-vous imaginer le 21e siècle vu par les yeux des historiens du futur à travers nos emails ?
Une lettre était lue, relue. Elle plantait une graine chez le destinataire qui méditait avant de prendre sa plume, parfois après plusieurs brouillons, pour rédiger une réponse.
Une réponse qui n’était pas paragraphe par paragraphe, mais bien une lettre à part entière. Une réponse rédigée en partant du principe que le lecteur ne se souvenait plus nécessairement des détails de la lettre initiale. Aujourd’hui, l’email nous sert à essentiellement à « organiser un call » pour discuter d’un sujet sur lequel personne n’a pris le temps de réfléchir.
Des parties d’échecs historiques se sont déroulées sur plusieurs années par lettres interposées. Pourrait-on imaginer la même chose avec l’email ? Difficilement. Les échecs se jouent désormais majoritairement en ligne en temps réel.
Pourtant, le protocole le permet. Il s’agit simplement d’un choix des concepteurs de logiciel d’avoir voulu mettre l’accent sur la rapidité, l’immédiateté, l’efficacité et la quantité.
Il ne faudrait pas grand-chose pour remettre au centre des échanges écrits la qualité dont nous avons cruellement besoin.
Nous utilisons le mail pour nous déresponsabiliser. Il y’a une action à faire, mais en répondant à l’email, je passe la patate chaude à quelqu’un d’autre. Répondre le plus rapidement, si possible avec une question, pour déférer le moment où quelqu’un devra prendre une décision. Tout cela au milieu d’un invraisemblable bruit publicitaire robotisé. Nous n’échangeons plus avec des humains, nous sommes noyés par le bruit des robots tout en tentant d’échanger avec des agents administratifs anonymes. Nous n’avons plus le temps de lire ni d’écrire, mais nous croyons avoir la pertinence de prendre des décisions rapides. Nous confondons, avec des conséquences dramatiques, efficience et rapidité.
Pour l’interaction humaine, nous nous sommes alors rabattus sur les chats. Leur format nous faisait penser à une conversation, leur conception nous empêche de gérer autrement qu’en répondant immédiatement.
Ce faisant, nous avons implicitement réduit l’interaction humaine à un échange court, bref, immédiat. Une brièveté et une rapidité émotive qui nous pousse à agrémenter chaque information d’un succédané d’émotion : l’émoji.
Nous en oublions la possibilité d’avoir des échanges lents, profonds, réfléchis.
Parfois, je rêve d’abandonner les clients mails et les messageries pour un véritable client de correspondances. De sortir de l’immédiateté du chat et de la froideur administrative du mail pour retrouver le plaisir des relations épistolaires.
OpenStreetMap (OSM) est maintenant au centre d’une alliance contre nature des plus grandes et des plus riches entreprises technologiques au monde. Les sociétés les plus importantes au monde considèrent OSM comme une infrastructure critique pour certains des logiciels les plus utilisés jamais écrits. Les quatre sociétés du cercle restreint, Facebook, Apple, Amazon et Microsoft, se retrouvent maintenant à investir et à collaborer avec OSM à une échelle sans précédent.
The first time I spoke with Jennings Anderson, I couldn’t believe what he was telling me. I mean that genuinely — I did not believe him. He was a little incredulous about it himself. I felt like he was sharing an important secret with me that the world didn’t yet know.
If I write it here, I probably wrote it first on Twitter.
The open secret Jennings filled me in on is that OpenStreetMap (OSM) is now at the center of an unholy alliance of the world’s largest and wealthiest technology companies. The most valuable companies in the world are treating OSM as critical infrastructure for some of the most-used software ever written.
The four companies in the inner circle— Facebook, Apple, Amazon, and Microsoft— have a combined market capitalization of over six trillion dollars.¹ In almost every other setting, they are mortal enemies fighting expensive digital wars of attrition. Yet they now find themselves eagerly investing in and collaborating on OSM at an unprecedented scale (more on the scale later).
What likely started as a conversation in a British pub between grad students in 2004 has spiraled out of control into an invaluable, strategic, voluntarily-maintained data asset the wealthiest companies in the world can’t afford to replicate.
I will admit that I used to think of OSM as little more than a virtuous hobby for over-educated Europeans living abroad — a cutesy internet collectivist experiment somewhere on the spectrum between eBird and Linux. It’s most commonly summarized with a variant of this analogy:
OSM is to an atlas as Wikipedia is to an encyclopedia.
OSM acolytes hate this comparison in the much same way baseball players resent when people describe the sport as “cricket for fat people.” While vaguely truthful, it doesn’t quite get to the spirit of the thing.
OSM is incomparable. Over 1.5M individuals have contributed data to it. It averages 4.5M changes per day.
You can think of OSM in several ways:
It’s hard to get people to agree on what exactly OSM is, but almost everyone agrees on one thing: it’s extraordinarily valuable and important.
For those paying attention, none of what I outline below will be news. However — outside of a relatively small cluster of weirdos who pay attention to trends in geospatial technology— almost no one seems to be paying attention.
That’s mostly because so few people have even heard of OpenStreetMap, despite the fact that hundreds of millions of people rely on it during any given month. If you’ve ever opened Snap Maps or Apple Maps or Bing Maps or even just peeked at the dash of your obnoxious neighbor’s new Tesla…you’ve used OSM.
In May of 2019, Jennings co-authored a paper with Dipto Sarkar and Leysia Palen titled, Corporate Editors in the Evolving Landscape of OpenStreetMap. If you prefer the research in presentation form, this talk is a fabulous summary of their findings:
Dr. Anderson’s talk at State of the Map 2019, “Corporate Editors in the Evolving Landscape of OpenStreetMap: A Close Investigation of the Impact to the Map & Community.”
In that talk, Jennings outlines the findings presented in his research. Not only was there already significant corporate investment happening in OSM in 2018, but in many cases corporate editors were responsible for the majority of edits in the specific geographies they were focused on. For instance:
For areas where corporate teams are active, on average, the non-corporate editors are now responsible for less than 25% of total road editing activity, which is down from closer to 70% in 2017.
Jennings noted, importantly, that as of 2018 non-corporate editors were still responsible for the majority of activity on OSM (about 70% of all edits) and were significantly more active on edits to buildings, places of interest, and amenities.
In a more recent talk from State of the Map in July 2020, Jennings presented updated figures showing that the torrent of corporate contributions only increased from 2018 to 2019 and beyond with Amazon and Apple trending along the steepest slope.
Seriously, watch the entire talk, it’s amazing: Curious Cases of Corporations in OpenStreetMap
Also interesting to note is Mapbox’s apparent decision to stop investing significantly into direct OSM edits and contributions. Apple was responsible for more edits in 2019 than Mapbox accounted for in its entire corporate history…I don’t have a good explanation for that. I wonder if they decided their effort could be more highly leveraged on core web mapping technology rather than manual digitization.
I’m in no position to comment on most of the things I write about. But in this instance, I’m particularly unqualified — OSM has amassed a long-lived, fantastically diverse, and inherently fragmented community. I’ve never even commented in one of the forums.
But one thing that is clear even to a casual observer like me: one of the consequences of increased corporate involvement in OSM is a significant backlash from members within the OSM community that feel the community (and data) is being irreversibly adulterated by these profiteering intruders.
At the last OSM annual conference Frederik Ramm, a prominent and quite thoughtful OSM community member, summarized the attitude toward corporate contributors this way:
“[…] none of these companies is essential to OpenStreetMap. They are contributors, but OpenStreetMap could work perfectly well without them […] the mainstay of OpenStreetMap is the millions of hobbyists, individuals that contribute to OpenStreetMap.
A vocal minority of voluntary contributors to OSM seem to have a bit of a chip on their shoulder when it comes to the suits. A consistent undercurrent that I’ve noticed is skepticism about the motivations and incentives of for-profit firms. Here’s a typical sentiment excerpted from Serge Wroclawski’s magnificently controversial blog post, Why OpenStreetMap is in Serious Trouble (published in February of 2018).
Many of the founders of the project, as well as others, have launched commercial services around OSM. Unfortunately, this creates an incentive to keep the project small and limited in scope to map up the gap with commercial services which they can sell.
I think the playing field has changed significantly since Serge wrote those words — he was likely referring to projects like CloudMade (now defunct) and Mapbox ,which sought to offer generic map services on top of OSM’s dynamic map database (rather than enhance in-house products where mapping is ancillary to their core value proposition like it is for FAAM). He makes an interesting argument that OSM itself should be offering these services rather than letting companies piggyback on the efforts of countless volunteers while capturing all of the economic value.
I wrote earlier this year about the concept of “Commoditizing Your Complement,” in my explanation of why Facebook acquired Mapillary and then gave away all the data they had just purchased for free.
The concept is simple: undermine your competitors’ intellectual property advantage by collaborating with aligned entities to cheapen it with a free and openly licensed alternative.
I would wager that corporate participation in OSM is less about directly monetizing souped-up versions of OSM data provided as modern web services and more about desperately avoiding the existential conflict of having to pay Google for the privilege of accessing their proprietary map data.⁵
Whatever the motivations of these mega-corporations, they’ve succeeded in carving out a niche for themselves within the OSM community whether the hobbyists like it or not. I’d like to highlight a nuance often lost in this discussion — just exactly who are these companies hiring to add data to the map? They are often already-active, enthusiastic contributors to OSM. These are people living the open data fanatic’s dream: getting paid to do a job they find so fulfilling they would otherwise do it for free in their spare time.
There’s obviously a lot more to it than just sticking it to Google. Facebook, for instance, has ambitions of building new types of digital experiences that interplay with the real world (as evidenced by their focus on augmented reality and acquisition of novel user interface technology like CTRL-labs). Apple has added LiDAR to its new line of iPhones and iPods allowing customers to scan the 3D world in high fidelity among other exciting uses:
These firms have outgrown your office and your living room. They want to be with you literally every where you go, and constantly seduce you with entertaining and immersive experiences. The more of your attention they can monopolize, the more money they can make from selling chunks of it to advertisers and people developing software on their platforms.
Whether you like their motivations or not, the result is a desire to map the world in higher fidelity and at larger scale than even they can afford to accomplish independently. And that has, for better or worse, brought their interests into alignment with the grassroots OSM community.
Well, anytime the wealthiest institutions in history are quietly collaborating on something, I think it’s worth noting. I’m not sure there is a precedent for such a collaboration — if you know of a case where otherwise embittered mega-corporations worked with a global community of volunteers on a public dataset…let me know. I’d love to learn about it.
The question on my mind is how idiosyncratic this situation really is. Does OSM represent a model for strategic corporate sponsorship of public goods moving forward? Or is it tragically inimitable?
For instance: I work for a company called Azavea that, among many noble efforts, maintains Cicero. It’s a database of elected officials and legislative districts in several countries around the world that gets updated daily. You can imagine that this should be a public good — like, doesn’t the government already have this information? Turns out…nah. Cicero requires ceaseless, grueling work to keep updated, and that means serious investment of time and money.
One of the key differences between Cicero and OSM is a community of contributors. Community is what makes OSM special. Without it, the project is “default dead,” as they say in Silicon Valley. Much like elected official information, map data goes stale fairly quickly and therefore requires constant life support.
OSM’s community seems conflicted about whether or not corporate participation is ok (let alone good) for the future of the project. And yet the community is precisely what attracts corporate contributors. OSM provides two advantages over just buying privately collected data:
Existing data is free and growing apace
Some may squirm at the idea that their contributions to OSM help FAAM…after all, do they really need the help? But what’s beautiful is that FAAM is contributing (rather than passively mooching) because of the compounding value of having any/all data make it into the community’s growing number of hands.
I’m kind of shocked to be saying it, but somehow — almost inexplicably — the goals of the OSM community and corporate contributors seem to be largely aligned. They all want an accurate, ubiquitous map of the world that can be maintained in perpetuity as sustainably as possible.
It’s the opposite of the Tragedy of the Commons — all of the private property holders, acting in their own self interest, are enriching the common resource rather than depleting it.contributors account for ~90% of the edits to OSM. This roughly adheres to something called the 1% rule of online communities which states that, “1% of Internet users are responsible for creating content, while 99% are merely consumers of that content.”
Written by Joe Morrison
Google sait où vous êtes, les annonceurs aussi.
Avec un milliard d'utilisateurs actifs par mois, Google Maps sait tout. Non seulement les noms de toutes les rues, cafés, bars et magasins, mais aussi les endroits où les gens se rendent. Mais s’il a le pouvoir de suivre chacun de nos pas, cela ne veut pas forcément dire qu'il abuse de ce pouvoir. Mais il pourrait le faire s’il le voulait, ce qui est un problème en soi, d'autant plus que le siège de Google se trouve aux États-Unis, où la législation sur la vie privée est moins stricte qu'en Europe et où les agences de renseignement ont l'habitude de surveiller les particuliers (on vous voit, la NSA).
Oui, Google Maps est incroyablement utile. Mais voici quelques raisons qui vous inciteront à vérifier vos paramètres de confidentialité et à vous demander quelle quantité de données personnelles vous êtes prêt à sacrifier au nom de la commodité.
Dans les paramètres, il est dit que l’option « Activité sur le Web et les applications » permet à l’utilisateur de bénéficier d’une expérience plus rapide et plus personnalisée. En clair, cela signifie que chaque endroit que vous consultez dans l'application – qu'il s'agisse d'un club de strip-tease, d'un kebab ou de la localisation de votre dealer – est enregistré et intégré dans l'algorithme du moteur de recherche de Google pendant une période de 18 mois.
Google sait bien que tout cela est un peu flippant. C'est pourquoi l'entreprise utilise des dark patterns, c'est-à-dire des interfaces utilisateur conçues pour nous tromper ou nous manipuler, par exemple en mettant en évidence une option avec certaines polices ou des couleurs plus vives.
Nous avons donc créé un nouveau compte Google pour tenter de repérer ces dark patterns. Après avoir cliqué sur « Créer un compte », une fenêtre pop-up nous indique que le compte est « configuré pour inclure des fonctions de personnalisation » en petites lettres grises. En cliquant sur « Confirmer », nous acceptons d’activer l’option « Activité sur le Web et les applications » mentionnée ci-dessus. L’autre bouton, « Plus d'options », est moins visible et redirige vers une nouvelle page avec des explications denses et compliquées. Nous devons désactiver l’option manuellement.
Si vous ouvrez l’application Google Maps, vous verrez un cercle avec votre photo de profil dans le coin supérieur droit qui indique que vous êtes connecté à votre compte Google. Ce n'est pas nécessaire, et il vous suffit de vous déconnecter. Évidemment, le bouton pour se déconnecter de votre compte est légèrement caché, mais vous pouvez le trouver comme ceci : cliquez sur le cercle > Paramètres > faites défiler vers le bas > Se déconnecter de Google Maps.
Autre fonctionnalité problématique : « Vos trajets Google Maps » qui « affiche une estimation des lieux que vous avez visités et des itinéraires que vous avez empruntés d’après l’historique de vos positions. » Cette fonction vous permet de consulter les informations figurant dans vos trajets, y compris les modes de transports utilisés, comme en voiture ou à vélo. L'inconvénient, bien sûr, est que tous vos déplacements sont connus de Google et de toute personne ayant accès à votre compte.
Et il n’y a pas seulement les hackers dont vous devez vous méfier ; Google peut aussi fournir vos données à des agences gouvernementales comme la police. Sur sa page FAQ à ce sujet, Google indique que son équipe juridique évalue chaque cas individuellement. Tous les six mois, l'entreprise publie un rapport de transparence, mais rien n'est disponible pour 2020. Entre juillet et décembre 2019, Google a reçu 81 785 demandes de divulgation d'informations concernant 175 715 comptes dans le monde entier et a répondu favorablement à 74 % d’entre elles.
Si votre « historique des positions » est activé, votre téléphone « indique les positions des appareils sur lesquels vous êtes connecté à votre compte ». Cette fonction est utile si vous perdez votre téléphone, mais elle en fait surtout un véritable dispositif de suivi.
Les avis Google peuvent être très utiles, mais une recherche rapide peut révéler des informations sensibles que les utilisateurs ont oubliées par inadvertance. Un exemple est celui d'un utilisateur (qui semble utiliser son vrai nom) qui a écrit la critique suivante sur un supermarché à Berlin : « Depuis quatre ans, j'y vais deux ou trois fois par semaine pour faire les courses pour ma famille. » Il va sans dire que le fait de partager ce type d'informations avec tout le monde peut être risqué.
Google Maps demande souvent aux utilisateurs de partager une évaluation publique rapide. « Comment était le Berlin Burger ? », demande l’application après votre dîner. Cette question a priori désinvolte et légère donne l’impression d’aider les autres, mais toutes ces informations sont stockées sur votre profil Google et toute personne qui le lira pourra facilement savoir si vous avez été quelque part pendant une courte période (par exemple en vacances) ou si vous vivez à proximité.
Si vous finissez par regretter un avis, Google vous donne au moins la possibilité de le rendre privé après l’avoir publié. Pour ce faire : Photo de profil > Modifier le profil > Profil et confidentialité > Faites défiler vers le bas > Profil limité. Si vous activez cette option, vous devrez approuver les personnes qui peuvent suivre votre profil et voir vos avis.
Vous vous souvenez de la navigation GPS ? Elle était peut-être maladroite et lente, mais il n’était pas nécessaire d'être connecté à Internet pour être dirigé. En fait, d'autres applications offrent une navigation sans connexion Internet. Dans l'application Google, vous pouvez télécharger les cartes, mais la navigation hors ligne n'est disponible que pour les voitures. Il semble assez improbable que le géant de la technologie ne soit pas en mesure de guider les piétons et les cyclistes sans Internet.
« La mission de Google consiste à proposer des expériences utiles et enrichissantes, pour lesquelles les données de localisation jouent un rôle essentiel », explique l'entreprise sur son site. Elle utilise ces données pour toutes sortes de choses utiles, comme la « sécurité » ou les « paramètres linguistiques ». Et, bien sûr, pour vendre des annonces. Google offre également aux annonceurs la possibilité de « mesurer le degré de notoriété de leur marque ».
Parfois, il existe de bonnes alternatives aux applications problématiques. C'est vrai pour WhatsApp, par exemple, mais pas pour Google Maps. Apple Maps a une politique de confidentialité plus stricte, mais elle n'est pas disponible pour Android. Des applications comme Here WeGo collectent aussi des données et ne sont pas aussi bonnes, mais si vous êtes un marcheur qui préfère rester hors ligne, OsmAnd et Maps.me peuvent au moins vous montrer le chemin sans passer par Internet.
Les navigateurs web étaient faits pour… naviguer.
Aujourd’hui on ne navigue plus sur internet, il n’y a plus d’exploration.
On reste entre des murailles bien définis. Celles de quelques gros écosystèmes, Facebook, Google…
Naviguer le web à perdu son sens, parce qu’il n’y a plus de navigation.
Pourtant, il existe encore quelque chose en dehors de ces murailles.
Un web sauvage, naturel, appelle-le comme tu veux.
Mais ce qui est sûr c’est qu’il y a beaucoup plus à découvrir, on y trouve beaucoup plus de liberté, de créativité qu’à l’intérieur des murailles...
Il est à la Une de tous les médias, fait naître des théories complotistes, interroge sur ses possibles mutations et son devenir... Microscopique, mille fois plus petit que les bactéries, le SARS-CoV-2 fait cependant parler de lui depuis des mois. Pour mieux l'expliquer, un chercheur s'est glissé dans la peau de ce coronavirus. Dialogue avec cet intrus qui menace notre santé et empiète sur notre liberté au quotidien.
Depuis des mois, on ne parle que de lui... sans jamais cependant entendre son point de vue ! Franck Courchamp, directeur de recherche au CNRS et titulaire de la Chaire Axa sur la biologie des invasions (Université Paris-Saclay), s'est glissé le temps d'une interview imaginaire dans la peau de ce coronavirus SARS-CoV-2 qui affole la planète. Au-delà de l'aspect ludique de cette « rencontre », c'est aussi une façon pour le scientifique de nous faire changer de perspective sur les enjeux de la pandémie et des enseignements qu'il serait heureux d'en tirer.
Je commencerais par dire, modestement, que je suis le King. Le roi. Après tout, corona en latin signifie « couronne », vous le reconnaissez donc vous-même en me donnant ce nom. Je suis un petit bijou de l'évolution, pourtant, je suis resté assez simple. Paradoxalement, cette simplicité est une source d'incompréhension pour vous. Vous avez déjà du mal à vous décider sur un point aussi basique que de savoir si je suis ou non vivant... À votre décharge, vous vous posez la même question pour tous mes autres confrères virus.
Personnellement, cela m'importe peu de savoir où vous me classez. Il est vrai que mon fonctionnement diffère sensiblement de celui des êtres vivants. Vous pouvez voir en moi une sorte de machine biologique microscopique. Mon programme est très simple : survivre et me reproduire pour perdurer d'une génération à l'autre. En cela, j'ai exactement le même objectif que toutes les espèces vivantes.
La différence est sûrement que je n'ai pour cela besoin que du strict minimum : je m'introduis dans les cellules de mon hôte, et j'y emprunte tout ce qu'il faut pour fonctionner. En détournant la machinerie des cellules que j'infecte, je fabrique des copies de moi-même, je me réplique autant que je peux. Mes semblables, des particules virales toutes neuves, sont ensuite relâchées partout autour, et partent à l'assaut d'autres cellules. Nous, les coronavirus, produisons 1.000 virus par cellule infectée, en à peine dix heures !
Et pourtant, je ne suis pas grand. Mon diamètre est de l’ordre de la centaine de nanomètres, soit un dix-millième de millimètre.
Je suis donc mille fois plus petit que les bactéries, elles-mêmes 10 à 100 fois plus petites qu'une cellule humaine. 50.000 milliards de fois plus petit qu'une goutte d'eau. À mon échelle, vos cellules sont bien plus grandes pour moi que ne le sont vos villes pour vous.
C'est une question étrange. Les gens sont mon habitat, mon écosystème, et mes ressources. C'est comme si je vous demandais pourquoi vous vivez dans cette plaine ou sur cette montagne.
Cependant, contrairement à vous, je n'ai pas une vie facile de sédentaire. Je suis un nomade, car mon vaisseau (vous, ou les animaux que j'infecte) n'est pas immortel. Afin de me perpétuer, je dois donc sans cesse passer à un autre hôte avant que le premier ne disparaisse. Il faut reconnaître que parfois, nous y sommes un peu pour quelque chose : certains de nos hôtes ne supportent pas nos proliférations, qui peuvent avoir tendance à abîmer leurs organes. Mais il arrive aussi que nos hôtes soient victimes de la guerre que nous livre leur système immunitaire, qui finit parfois hors de contrôle.
Comment nous infectez-vous ?
En ce qui me concerne, mes moyens sont simples et vous avez déjà percé certains de mes secrets, comme celui qui consiste à voyager dans les gouttelettes de postillons, d'éternuement, et à rester sur les mains ou les objets manipulés par les gens qui ont touché leur salive ou leur morve.
Je peux caser 100 milliards de mes congénères par millilitre dans un crachat et je peux tenir 5 jours sur du plastique ou 7 jours sur un masque chirurgical. Je ne suis pas très sophistiqué, mais efficace. Comme tous les autres virus en fait. L'efficacité, ça nous connaît, nos adaptations n'ont pas de limites.
Prenons, par exemple, la difficulté majeure de la transmission à un autre hôte. Pourquoi croyez-vous que lorsque vous êtes infectés, vous éternuez ? Une fois contaminé, vous voilà transformé en puissant spray capable de nous transporter à plus de 50 km/h dans un nuage de dizaines de milliers de gouttelettes vers nos nouvelles victimes (ou dans vos mains, que vous mettez ensuite un peu partout).
Autre exemple : pas facile de bouger quand on n'a pas de pied. Heureusement, vous avez de la morve, et vous en produisez d'autant plus quand nous vous infectons, nous les virus respiratoires. Pas étonnant : c'est un moyen de transport bien pratique pour nous transmettre plus facilement... Certains autres virus choisissent des fluides différents, liquéfient vos selles et vous donnent la diarrhée. Résultat : une transmission de masse très efficace également... Aucun contact avec personne ? Qu'à cela ne tienne : nous pouvons nous loger dans vos fluides séminaux et nous transmettre lors des rapports sexuels. Vous pouvez vous isoler tant que vous voudrez, en tant qu'espèce, vous êtes bien obligés de passer par la reproduction à un moment ou à un autre...
Quant aux virus qui font changer les comportements pour permettre une transmission plus facile, comme la rage, qui désoriente et rend agressif, prêt à mordre, difficile de lutter contre ça, n'est-ce pas...
Il ne faut pas être si nombriliste. Nous ne vous en voulons pas, nous n'éprouvons aucun sentiment, ni bon ni mauvais, envers vous. Vous êtes juste des vaisseaux de choix.
Car il faut dire qu'en tant qu'hôtes, les humains sont parfaits. Ils nous facilitent les choses à de nombreux points de vue. Déjà, ils vivent souvent dans des lieux très denses, et leur population globale est interconnectée. Ce qui nous donne à nous autres virus presque systématiquement accès à la totalité des hôtes disponible, d'un bout à l'autre de la planète !
“
En théorie, en moins d’une semaine, je peux créer des foyers d’infection sur tous les continents
Je l'ai bien démontré ces derniers mois : parti d'une région quelconque de Chine, j'ai très rapidement (et sans petites pattes), réussi à m'inviter sur tous les continents, et jusque dans les coins les plus reculés du globe. Les autres populations animales sont généralement fragmentées, ce qui limite notre potentiel de dispersion et nous cantonne à de petites régions. On y tourne un peu en rond. Mais avec les humains, c'est autre chose ! Plus une mer, plus une montagne ne nous arrête. Nous voyageons d'un hôte à l'autre par bateau, par avion : des perspectives sans frontières, sans limites ! En théorie, en moins d'une semaine, je peux créer des foyers d'infection sur tous les continents.
En outre, vous nous facilitez les choses : les êtres humains maintiennent une grande partie de leur population dans des conditions sanitaires assez déplorables, ce qui facilite grandement notre transmission. Sans parler des comportements de certains de vos dirigeants, qui n'ont soit pas la moralité soit pas l'intelligence d'agir avec responsabilité. Tout cela crée pour nous des opportunités incroyables dans certains coins du monde, où l'épidémie est officiellement minimisée pour ne pas avoir à être contrôlée...
Effectivement, j'étais à l’origine inféodé à d’autres espèces animales. Mais pour toutes les raisons que je viens d'expliquer, nous, les virus qui infectons d’autres animaux que l'être humain, avons de quoi être jaloux de ceux qui ont su s'adapter à un tel hôte ! Toutefois, à force de nous copier et nous recopier au sein des cellules que nous infectons, il se trouve que de temps à autre, une de nos répliques mute, et devient légèrement différente des autres. Et, de temps en temps, un de ces mutants tire le gros lot : sa mutation le rend capable de survivre dans - et de se transmettre via - d'autres animaux que ceux que ses congénères infectent habituellement. Cette nouvelle souche de virus est alors prête à changer d'hôte.
Mais cette situation est très rare. D'autant plus rare qu'il ne s'agit pas seulement d'acquérir la capacité à infecter une nouvelle espèce animale : encore faut-il en être assez proche pour pouvoir l'infecter ! La probabilité que ces événements coïncident est assez infime, mais deux facteurs jouent pour nous.
D'une part, nous sommes très, très nombreux. Vous êtes environ 5.000 espèces de mammifères ? Nous avons environ 320.000 virus différents infectant les mammifères ! Une bien belle panoplie de possibilités, puisque plus il y a de virus, plus il y a de mutations.
D'autre part, vous les humains nous facilitez la chose en multipliant les contacts avec les autres espèces, et donc les chances que l'on a de vous rencontrer, et de passer chez vous. Entre toutes ces incursions brutales que vous effectuez dans les territoires fragilisés d'espèces déjà stressées par la chasse, le manque d'habitat et de ressources, la pollution ou le climat, et toutes les espèces sauvages que vous chassez, encagez, entassez sur vos marchés, mangez plus ou moins bien cuites, à raison de millions de tonnes par an, les opportunités de vous infecter sont de plus en plus fréquentes. C'est ainsi que le VIH, le SRAS, l'Ebola, le Zika ou le MERS sont passés chez vous ces dernières années.
On peut d'ailleurs ajouter que lorsqu'un virus ne tombe pas sur l'humain, mais sur une de ses espèces domestiques, le résultat est assez similaire. Lorsque vous grignotez le territoire des chauves-souris et installez aux pieds de leurs habitats dévastés des élevages intensifs de porcs, vous augmentez les chances qu'un virus de chauve-souris (au hasard, le Nipah) passe au porc lorsque celui-ci entre en contact avec leur salive ou leurs déjections (dans lesquels les virus sont présents). Comme ces porcs vivent en très grande densité et en conditions sanitaires appauvries, les chances de transmissions augmentent et rien ne nous arrête.
Imaginez des hôtes côte à côte, à perte de vue, affaiblis, stressés, vivants dans leurs déjections et parmi les cadavres déjà tombés, pour un virus, c'est buffet à volonté ! C'est ainsi que les copains de la grippe aviaire H5N1 et de la grippe porcine ont pris d'assaut les élevages de volailles et de porcs il y a quelques années. Ces concentrations d'hôtes en mauvaise santé mènent à des concentrations extraordinaires de virus. Cela augmente nos chances de passer ensuite de l'animal domestique à l'humain. Comme le Nipah (qui entraîne de 40 à 75 % de mortalité chez vous), ou le H5N1.
Et comme je l'ai dit plus haut, la difficulté (toute relative maintenant) est d'infecter le premier humain. Après, votre système de mondialisation fait le reste. À croire que vous avez créé tout cela pour la libre circulation des virus ! Donc, merci beaucoup, thank you very much, danke schöne, 衷心感谢, muchas gracias, большое спасибо, etc.
Nous ne vous voulons pas plus de mal qu'un mouton ne voudrait du mal à une touffe d'herbe. Si l'on avait le choix, évidemment on préférerait que nos humains infectés ne meurent jamais et continuent à nous abriter indéfiniment. Ça nous faciliterait grandement la vie, croyez-moi. Mais leur caractère mortel nous pousse parfois à nous répliquer rapidement pour pouvoir infecter un autre humain avant que le premier ne meure. Cette réplication intense crée des symptômes qui leur sont parfois nocifs, voire fatals. Un des problèmes est que si nous restons tranquilles et faisons profil bas, nos faibles effectifs de départ risquent d'être rapidement submergés par vos défenses immunitaires, si nous ne parvenons pas à nous cacher assez bien dans votre corps. Entre survivre sans trop nuire et être éliminé, l'équilibre n'est pas facile à trouver !
Quoi qu'il en soit, nous les virus et les espèces que nous infectons sommes la plupart du temps liés par des centaines de milliers d'années de coévolution, si bien qu'au final nous sommes généralement bien « adaptés » les uns aux autres, avec dans la grande majorité des cas, peu de dégâts d'un côté ou de l'autre.
Surtout, il ne faut pas oublier que nous autres virus jouons un rôle régulateur important sur les populations des autres êtres vivants (des micro-organismes aux plantes en passant par les animaux). Si nous disparaissions tous du jour au lendemain, il est possible que celles-ci finiraient par être en surpopulation, risquant de mourir de faim après avoir tellement augmenté qu'elles en épuiseraient leurs ressources... D'ailleurs, on dit que nous sommes d'une importance majeure pour l'écologie et l’évolution du monde vivant.
Et puis, nombre de virus sont bénéfiques pour vous, par exemple parce qu'ils tuent des bactéries que vous n'appréciez pas non plus vraiment. Certains envisagent même de les utiliser pour suppléer aux antibiotiques ! Par ailleurs, n'oublions pas que les virus peuvent avoir un effet qu'on pourrait qualifier de « neutre ». Chez l'humain, toujours, puisqu'il n'y a que cela qui vous intéresse, on recense environ 5.000 virus différents, mais moins de 3 % d'entre eux provoquent une maladie, autrement dit sont « pathogènes ». Ce n'est finalement pas tant que ça...
Enfin, il y a tous les virus qui s'intéressent tellement peu à vous que vous ne vous y intéressez pas non plus. Présents dans le sol, en suspension dans l'air, flottant dans l'eau, ils infectent les plantes, les insectes ou les étoiles de mer... On trouve par exemple un million de virus en suspension dans un litre d'eau de mer. En fait, il y a tellement de virus en suspension dans les océans que, mis bout à bout et malgré leur taille ridiculement minuscule, la longueur obtenue représenterait une distance dépassant les galaxies voisines de la nôtre.
Encore une fois, les virus sont partout, même si vous ne les voyez pas... Et parfois, ils sont sous vos yeux, et vous ne les reconnaissez pas, comme ces extraordinaires virus géants, plus gros que certaines bactéries, avec qui on les a initialement confondus...
D’ailleurs, d’où venez-vous, vous autres virus ?
J'imagine que vous voulez dire de quand venons-nous ? En fait, nous avons toujours été là. En tout cas depuis que les humains existent, et même bien avant vos premiers ancêtres animaux. Certains disent que nous sommes plus anciens que les bactéries les plus anciennes.
Déjà présents à l'origine du vivant, nous avons joué un rôle essentiel dans l'évolution, notamment en permettant des transferts de gènes non pas d'une génération à l'autre, mais bien entre les espèces. Nous sommes tellement anciens que certains d'entre nous se sont intégrés dans vos génomes ici et là, pour finalement faire partie intégrante de vous.
Au total, pas loin de 10 % de votre génome est de l'ADN de virus assimilé dans vos chromosomes. Et de tous ces nouveaux gènes que nous vous avons offerts, certains sont importants, voire essentiels. Chez les mammifères par exemple, l'embryon n'est accepté par le système immunitaire de la mère malgré son caractère étranger (c'est un hybride entre le père et la mère), que par l'existence du placenta, dont l'origine est due à un virus intégré dans votre génome. Alors, merci qui ?
Quelle espèce mes ancêtres infectaient avant de passer chez vous ? Je ne le sais pas. Mais chauve-souris, pangolin, singe, ou autre, qu'importe ? Que feriez-vous si vous le découvriez ? Vous arrêteriez de braconner et dévorer cette espèce ? Vous l'extermineriez ? Feriez-vous pareil pour toutes les espèces dont vous risqueriez d'attraper les virus ? Impossible évidemment, il s'agirait de pratiquement tous les animaux...
Et pourquoi cherchez-vous des coupables quand ils sont tout désignés ? Les coupables ne sont-ils pas plutôt ceux qui « vont chercher » les virus en perturbant des systèmes virus-animal relativement hermétiques depuis des millions d'années ? Si vous vous faites griffer par un chat que vous embêtez, vous allez éliminer tous les chats ? Ne devriez-vous pas plutôt apprendre à cesser de leur tirer la queue ?
En théorie c'est assez simple. Il suffit de concevoir les épidémies comme des incendies de forêt. L'un et l'autre sont des phénomènes naturels, mais lorsque vous jouez avec les lois de la nature, ils peuvent devenir hors de contrôle.
Les incendies sont, par exemple, favorisés par une accumulation de conditions favorables (comme du bois mort qui s'entasse). Après une flambée rapide, ils disparaissent généralement : soit parce qu'ils arrivent dans des zones où les arbres sont trop éloignés pour que les flammes passent de l'un à l'autre (l'équivalent de votre distanciation sociale), soit parce qu'ils arrivent dans des zones où les espèces d'arbres sont moins inflammables (ils sont immunisés contre le feu).
Dans le cas des épidémies naturelles, la situation est relativement similaire. Elles émergent puis se propagent jusqu'à ce que la contagion soit freinée parce que la plupart des infectés échouent à contaminer d'autres personnes. Cela peut être dû au fait qu'ils n'en rencontrent plus (à cause de la mise en place de mesures de distanciation sociale, de quarantaine...), ou parce que ceux qu'ils rencontrent sont immunisés (immunité acquise lors d'une infection passée, ou grâce à la vaccination). Si le rythme des infections diminue, alors l'épidémie s'atténue, jusqu'à disparaître.
La question importante est donc plutôt de savoir comment ne pas attraper le prochain de vos congénères virus ?
Effectivement, car il ne s'agit pas de savoir « si » un nouveau virus dangereux pour l'être humain émergera à partir d'une autre espèce, mais « quand ».
Serez-vous prêts ? Mieux vaut être capable de répondre rapidement, car les épidémies venant d'animaux sauvages se multiplient depuis quelques années, et vos sociétés ont déjà goûté à mes cousins virus sur plusieurs continents... Nous les virus émergents avons tué des millions des vôtres, frappant parfois vos congénères au hasard, ou nous attaquant à des catégories très ciblées (comme ici les plus vulnérables physiquement). Nous avons mis à mal vos systèmes économiques et politiques, nous vous avons enfermés chez vous, terrorisés, avons fait naître les théories complotistes les plus absurdes... Qu'en avez-vous retenu ?
Je serais bien en peine de vous le dire : moi et ma prolifique descendance nous allons au hasard des infections et des mutations.
Si vous survivez à mon passage dans votre organisme, serez-vous immunisés contre mon retour, une fois guéris ? Je ne sais pas, et ce n'est pas mon problème. Serez-vous capables de me maintenir à distance à coups de masques et de distanciation physique lors de la seconde vague hivernale ? Nous allons le découvrir ensemble.
Une chose est sûre : je ne resterai pas absolument identique d'une année sur l'autre. Rappelez-vous, nous les virus, nous mutons. Et si nous sommes très nombreux - comme, par exemple, quand des millions d'humains sont infectés, ce qui est le cas actuellement - alors ces mutations sont plus nombreuses aussi.
La Dordogne est devenue une voie naturelle d’échanges et ce, depuis l’époque Gallo-Romaine. Il faut dire que les ressources ne manquaient pas, les forêts pour le bois de construction et le chauffage, les merrains pour la tonnellerie, les carassonnes (piquet de vignes en châtaigniers). En plus du bois, on transportait les fromages d’Auvergne, les peaux des tanneries de Bort-les-Orgues, les châtaignes (qui pouvaient également partir vers l’Angleterre et la Hollande), les « soustres » pierres destinées aux meules, le charbon d’Argentat, le genièvre, le vin, les céréales, les papeteries et diverses marchandises telles que les tuiles, les poteries…
On peut même dire qu’elle a fait vivre et parfois prospérer bon nombre de riverains.
C’est ainsi qu’on a construit des « gabarres » ou « gabares » tout le long de la rivière. Parfois les chantiers étaient éphémères sur l’exploitation d’une coupe de bois. C’étaient des barques à fond plat ou « sole » qui permettait avec un faible tirant d’eau de porter un maximum de charge car elles étaient destinées au transport de marchandises. Elles pouvaient même être gréées. Sous ce terme, on désignait plusieurs sortes de bateaux fluviaux. Le courpet est un ancien type de gabare, utilisé en haute Dordogne depuis Argentat en Corrèze (le nom « d’Argentat » était également utilisé pour le désigner), bien que généralement construit à Spontour (commune de Soursac) ou Saint-Projet. L’élan du bateau était impulsé par une rame ou « pallas » et le gabarrier, juché sur le chargement afin de pouvoir observer, dirigeait la manœuvre, à l’aide d’un grand aviron ou « plume » ou « gober ». Il fallait une autre personne pour écoper. A usage souvent unique, il était fabriqué avec du « bois pauvre » comme le hêtre, le tremble, l’aulne, le bouleau, le peuplier…Arrivé à destination il était alors « déchiré » (désassemblé) et vendu avec le chargement comme bois de chauffage.
On disait alors de cette navigation qu’elle était à bateau perdu car il était très difficile de remonter à contre-courant surtout en l’absence de chemin de halage. Les gabariers rentraient alors à pied ou sur de légers « couralins ». L'activité des courpets était saisonnière, et se concentrait sur une période d'environ 27 jours, période appelée par les gabariers : « eau marchande » ou « eau de voyage ». C’était à la fin du printemps avec les eaux de neige ou au début de l’automne avec les grosses pluies que l’eau était assez haute pour passer les hauts fonds sans trop de difficulté car les passages périlleux étaient nombreux (appelés localement « malpas »), bien connus et redoutés par les gabariers. Le trajet entre Argentat et Libourne en Gironde s'effectuait en 5-6 jours par beau temps, mais nécessitait néanmoins que plusieurs courpets partent en convoi. Ces parcours nécessitaient « une protection divine » et le départ donnait toujours lieu à une cérémonie religieuse. Le restant de l’année les hommes exerçaient un autre métier (charpentiers, mérandiers…)
D’autres argentats descendaient la Dordogne, les couajadours qui pouvaient être réutilisés ainsi que les gabarots (petites gabarres). Certains gabarots et les batelets étaient utilisés pour la pêche. Quant aux naus ils servaient pour aller d’une rive à l’autre. Le coureau (ou courreau, courau) était un type de gabare de transport traditionnelle de fret à fond plat originaire de la Gironde et de la Dordogne, relevé aux extrémités aux formes allongées pointues et étroites. A l’arrière de l’embarcation, un long aviron « la plume » servait de gouvernail. Le mat qui supporte la voilure était repliable pour passer sous les ponts. La cale à marchandise était à ciel ouvert. Les coureaux de Dordogne, longs de 15 à 20m environ pour 4,50m de large pour un tonnage de 25 à 50 tonnes Une cale ouverte servait d’abri à l’équipage.
Les couralins étaient semblables aux coureaux, ils avaient une voile carrée, le logement du gabarier était sous le pont arrière. Le tonnage était inférieur à 15 tonnes. Ils étaient destinés à naviguer en moyenne Dordogne et à la remonte. La remonte, permettait d'alimenter le "haut pays" en sel, poissons séchés ou salés (sardines, morues), huile d’olive, savon, sucre, café, soie et bois exotiques…Elle était cependant moins importante que la descente. Elle se faisait avec l'aide de la marée, du vent (voiles) notamment sur la partie aval. En amont, après Castillon, il était fréquent d'avoir recours à la tire ou halage. Le chemin de halage longeait la rivière, les tireurs pouvaient être au nombre de 20 à 30, de 80 à 100 quand il fallait franchir des passages difficiles. Au XVIIIe siècle les tireurs ont été remplacés par des bœufs.
Florissante du XVIIe siècle à une bonne partie du XIXe siècle, la batellerie a réduit son activité par la suite, à cause notamment des épidémies de phylloxéra et l’arrivée du train.
Le tourisme fluvial et de plaisance a remplacé cette vieille navigation, c’est un facteur majeur de développement économique.
La chanson des gabariers.
C'était le temps des gabariers, Qui descendaient au fil de la Dordogne Sur leurs bateaux qu'ils conduisaient Du haut pays jusqu'en basse Gascogne Le beau voyage en vérité Entre les bois dans les gorges profondes Le beau voyage au fil de l'onde Au temps des Gabariers En ce temps-là notre belle rivière Coulait gaiement sous les ponts de chez nous On aimait voir folâtrer son eau claire Reflets d'argent dansant sur les cailloux Je me souviens on chargeait les gabares A Spontour au pied de notre maison Les fiers lurons en larguant les amarres Nous quittaient en chansons C'était le temps des gabariers, Qui descendaient au fil de la Dordogne Sur leurs bateaux qu'ils conduisaient Du haut pays jusqu'en basse Gascogne Le beau voyage en vérité Entre les bois dans les gorges profondes Le beau voyage au fil de l'onde Au temps des Gabariers Quand ils disaient que l'eau était marchande Le moment était venu de partir Ils quittaient Jeanne, Marie ou Fernande Mais quand on part c'est pour mieux revenir Les échalas charges sur les gabares Ils s en allaient au fil des hautes eaux Pendant trois jours et sans lâcher la barre Ils voguaient vers Bordeaux C'était le temps des gabariers, Qui descendaient au fil de la Dordogne Sur leurs bateaux qu'ils conduisaient Du haut pays jusqu'en basse Gascogne Le beau voyage en vérité Entre les bois dans les gorges profondes Le beau voyage au fil de l'onde Au temps des GabariersLes zones humides littorales constituent des espaces naturels essentiels en raison de la diversité des fonctions qu’elles supportent : écologiques en supportant une biodiversité remarquable, climatiques en piégeant le CO2, antiérosives en créant une zone tampon pour briser l’assaut de vagues ou encore de protection contre les inondations.
Très présentes sur les littoraux nord-européens, elles ont été asséchées et aménagées par l’homme au cours des siècles pour des usages agricoles. Ces terres gagnées sur la mer ou les estuaires ont été transformées en marais salants grâce à l’entrée régulière d’eau de mer ou en terres arables drainées et déconnectées du rythme des marées. Les marais salés comme les marais doux sont tous abrités derrière des digues, elles-mêmes reliées à des systèmes de gestion plus ou moins complexe des niveaux d’eau, comprenant écluses, portes à flots, chenaux, fossés ou bassins.
Ces espaces sont à l’échelle européenne gérés par des structures très différentes : collectivités, associations, établissements publics… Cette diversité d’acteurs complexifie la naissance d’une politique de gestion à grande échelle. Depuis une vingtaine d’années, sous l’effet du changement climatique, les phénomènes extrêmes (tempêtes, crues, submersions marines…) s’intensifient, provoquant des brèches dans les digues construites par l’homme. À ces événements ponctuels s’ajoute une autre menace : l’élévation graduelle du niveau de la mer.
Pour se préparer à ces nouvelles menaces, les gestionnaires des espaces naturels côtiers sont confrontés à un choix cornélien : consolider les digues ou les laisser se dégrader. La question de l’arbitrage entre maintien ou abandon des digues permet de s’interroger sur la place que l’homme est prêt à laisser à la nature et donc sur la relation qu’il entretient avec elle.
Pour appréhender cette problématique, il faut mêler sciences du milieu et sciences humaines et sociales, ce qui n’est pas toujours aisé. Alors que l’écologie s’attache à comprendre le fonctionnement des milieux à partir des relations qu’entretiennent faune et flore avec leur habitat, la géographie cherche à comprendre les relations que les hommes entretiennent avec les milieux dits naturels ou non. La composante humaine est faible pour l’une, indispensable pour l’autre, mais la place de la nature est centrale dans les recherches des deux disciplines.
Dans le cas de la gestion des zones humides littorales, l’écologue s’intéresse aux poissons et la géographe aux acteurs impliqués dans le territoire. Pendant que l’une pêche et analyse la façon dont les poissons s’alimentent, l’autre réalise des entretiens auprès des acteurs sur le terrain et les retranscrit. Une fois leurs matériaux récoltés et saisis, les deux les analysent : analyse quantitative pour l’une, qualitative pour l’autre.
Enfin, elles appuient leurs recherches sur des terrains. Ainsi, l’écologue a travaillé sur l’île Nouvelle, au cœur de l’estuaire de la Gironde, géré par le département. La géographe a quant à elle investi la Réserve naturelle nationale de Lilleau des Niges sur l’île de Ré, gérée par la Ligue de protection des oiseaux. Leurs échanges vont apporter des éléments de réponse autour du dilemme actuel entre maintien et abandon des digues.
Historiquement, les digues ont été construites pour se protéger des assauts de la mer. Derrière elles, l’agriculture s’est développée pendant des siècles : aquaculture, saliculture, élevage, polyculture. Avec le temps, les enjeux côtiers ont évolué, les remparts dressés pour protéger les activités économiques et les espaces naturels défendent aussi les habitations, de plus en plus présentes en raison d’une urbanisation littorale galopante.
Si la législation impose la préservation des habitations et activités économiques, il n’en est pas de même des espaces naturels. Sur l’île de Ré, la communauté de communes a décidé de laisser les murs en l’état au niveau de la réserve naturelle de Lilleau des Niges. Un jour, elle sera submergée et les niveaux d’eau ne pourront plus être gérés.
C’est pourtant grâce à cette gestion des niveaux d’eau que les oiseaux peuvent venir se reposer et se nourrir derrière les digues au moment des marées hautes et des marées de vives eaux. Elles assurent ainsi le maintien de la fonctionnalité écologique perçue comme la plus importante de la réserve par ses gestionnaires : celle de zone de reposoir. « Une lame d’eau dans quelques bassins permet aux oiseaux de se poser et de se sentir en sécurité, car bien que ce soient des oiseaux d’eau, ils aiment avoir pied ! ». C’est pourquoi ces derniers fréquentent aussi les marais salants, où il est possible de les observer autant que dans la réserve. Ce sont les mêmes arguments qui priment pour la gestion des niveaux d’eau sur la partie endiguée du sud de l’île Nouvelle.
L’autre option est de laisser les digues se dégrader, au risque de livrer peu à peu les îles estuariennes et côtières, qui ne perdurent que grâce à leur présence, à la montée des mers.
L’île de Ré par exemple est une île d’agriculteurs, qui ont su tirer profit de la mer pour se nourrir et pour produire du sel grâce à l’existence des digues. Depuis leur mise en place à la fin du Moyen-Âge, elles étaient reconstruites, renforcées, rebouchées à chaque tempête. Avec le temps et l’oubli du risque, elles se sont dégradées faute d’entretien. La tempête Xynthia en 2010 a révélé leurs mauvais états en les attaquant violemment. Les abandonner est pourtant impensable aujourd’hui, puisque les activités qu’elles protègent se perpétuent.
Si la relation qu’entretiennent les Rétais avec leur marais paraît à première vue économique (sel, huître, gambas, algue, pêche à pied…), elle est surtout affective et sensible. Ceux qui y travaillent et les modèlent louent leur « argile très plastique, qui imprime le caractère du saunier », ceux qui les préservent sont « attentifs à la lumière, à l’arrivée des migrateurs, aux bernaches cravants qui amènent l’automne ». Et ceux qui en profitent admirent « les oiseaux qui s’envolent de partout, les goélands, l’herbe, les huîtres dans le marais » et aimeraient que leurs « enfants continuent à voir tout ça ».
Sur l’île Nouvelle, il n’y a plus d’habitants ni d’agriculture depuis une trentaine d’années. Le contexte est propice à une expérience de restauration grandeur nature : au nord, les digues ont cédé pendant la tempête Xynthia, et la brèche n’a pas été réparée à dessein.
Depuis, les eaux de l’estuaire entrent et sortent librement grâce à la coursive nouvellement formée. Le milieu évolue en réponse aux marées et le cycle naturel des marais s’observe du ciel : les vasières ont d’abord reconquis les espaces et se couvrent aujourd’hui peu à peu de végétation. Les poissons estuariens et migrateurs se rencontrent à nouveau dans le chenal, laissant présager un retour de fonctionnalités écologiques perdues, à l’avantage des zones en eau et de la biodiversité aquatique.
Le dilemme entre le maintien ou l’abandon des digues exprime la complexité de notre relation à la nature. L’homme a conquis des espaces sur la mer, aujourd’hui il fait marche arrière, souvent pour des questions économiques. Une digue coûte cher, des choix doivent être faits. Sur l’île Nouvelle et l’île de Ré, des remparts ont été maintenus, d’autres abandonnés.
Que ce soit sur l’île Nouvelle ou l’île de Ré, s’étendent derrière les digues des espaces naturels. Dans les deux cas, elles jouent un rôle d’interface entre la terre et la mer ou l’estuaire. À la fois fragiles et robustes, elles révèlent nos propres fragilités et forces, mais aussi notre distanciation avec la nature. Elles mettent à distance la mer, et lorsqu’elles sont détruites, la connexion entre le marais et la mer ou l’estuaire est rétablie quotidiennement. Quand elles sont maintenues, la connexion ne survient que lors des marées de vives eaux, une fois par mois, parfois moins.
La mer monte, pouvons-nous continuer à « construire des digues jusqu’au ciel » ? Ou faut-il laisser la nature reprendre sa place ?
Histoire de la misogynie, paru le 22 octobre aux éditions Arkhê, se veut l'archéologie d'un mépris, celui de la femme et de la féminité, tel qu'il s'exprime depuis la haute Antiquité. Un terrible constat s'impose sur la longévité et la ténacité des regards péjoratifs portés sur les femmes et la féminité. Ces regards sont ceux des hommes, parfois intériorisés par des femmes; ils sont puissamment ancrés dans les mentalités par le langage, les images, les théories et les croyances, la littérature, la médecine et le droit.
Comment comprendre la misogynie? Procède-t-elle uniquement d'habitudes profondément ancrées en nous? Est-elle partie intégrante de la masculinité?
Autant de questions qu'étudient Adeline Gargam et Bertrand Lançon dans cet ouvrage dont nous publions les bonnes feuilles. Voici un extrait du chapitre «La faute à Ève».
Dans les sociétés juives et chrétiennes, mais aussi musulmanes, autrement dit dans les sociétés qui tiennent la Bible pour un livre inspiré, le livre de la Genèse a été abondamment exploité, de l'Antiquité tardive à l'époque moderne, pour façonner la femme originelle, Ève, en être coupable devant susciter la méfiance. Le texte sacré a servi de support à une double interprétation misogyne. D'abord du point de vue de la création et ensuite de celui de la «chute», déterminant ainsi un fondement scripturaire et religieux à la conviction d'une infériorité et d'une culpabilité féminines.
La figure d'Ève apparaît toujours aujourd'hui comme l'image originelle de la femme sujette à la tentation et à la curiosité transgressive, et à son tour tentatrice et fauteuse de la chute de l'homme. Ève proposant la «pomme» à Adam appartient à une vulgate iconographique et culturelle qui est aussi solidement ancrée qu'elle est dévoyée par rapport au texte biblique. De ce fait, Ève comme source du péché est une figure mythologique de la misogynie, mais cette misogynie-là s'est construite par une cristallisation spécieuse, opérée au détriment du texte de la Genèse. Autrement dit, la Bible a été convoquée de manière fallacieuse pendant des siècles afin de légitimer des fantasmes misogynes dont elle n'était pas porteuse.
La femme, ayant été modelée à partir de la côte de l'homme endormi, Adam, lui-même façonné dans la terre par la main d'Élohim, a été regardée comme tirée de l'homme. Le récit de la Genèse a, de ce fait, donné lieu à une extrapolation tenace: puisque la femme est postérieure à l'homme et qu'elle est tirée de lui, elle n'aurait été qu'une création secondaire de Dieu et une auxiliaire de l'homme. En d'autres termes, plus philosophiques, secondaire dans l'ordre chronologique, elle le serait aussi dans l'ordre ontologique. Sans compter que la postérité serait aussi un critère d'infériorité ontologique, ce qui est une extrapolation puisque l'homme, dans le processus de création, est lui-même postérieur à la terre, au ciel et aux animaux!
Rappelons le texte. Le façonnement de la femme y procède d'une constatation qui est à la fois celle de l'homme et celle de Dieu lui-même: aucun être créé par Dieu dans les espèces animales ne procure à Adam une aide suffisante à ses besoins, ce qui le renvoie à la solitude. Dans le texte, la raison pour laquelle Dieu façonne une compagne à l'homme est très claire: il s'agit de lui donner, par elle, un être véritablement capable de l'extraire de cette solitude et de l'aider. L'infériorité ontologique de la femme par rapport à l'homme est donc un jugement de valeur qui considère l'aidant comme inférieur à l'aidé, ce qui est une vue de l'esprit tout à fait discutable.
À cela s'ajoute le rôle joué par Ève dans la tentation et la chute. Dans l'Éden, elle est séduite par le discours du serpent, qui l'incite à goûter le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. C'est elle qui convainc Adam de faire de même. Par là même, Ève a été érigée en être influençable par le malin, en être à la fois indocile et curieux, étendant sa tentation à l'homme. Bref, en être par qui le malheur arrive. Condamné au travail, à l'enfantement douloureux et à la mortalité, le couple primordial se trouve chassé de l'Éden avec le poids de sa faute.
Ce n'est pas tant la Genèse qui pèse que les interprétations fallacieuses qui ont fleuri sur elle. Dès les premiers siècles, mais surtout au cours du Moyen Âge, le texte a été extrapolé vers l'infériorité et la subordination de la femme à l'homme et vers la responsabilité première du péché et des douleurs qui en découlent. Perçue comme étant d'un statut inférieur à lui, elle représente en outre la menace de conduire à la faute envers Dieu. Tel est le fondement, soi-disant scripturaire, d'une perception misogyne terriblement tenace.
Dans les sociétés considérées, le texte biblique faisant autorité incontestable, ces interprétations, qui ne sont autres que des lectures spécieusement conduites par la logique, obéissent en fait à une forme de diabolisation de la femme qui n'est autre que la misogynie. Une misogynie fondée par l'Écriture, justifiée par elle et donc fondée en vérité, et verrouillée par des fondements religieux. La conséquence est terrible: compagne seconde et défaillante de l'homme, Ève reçoit la plus grande part des malédictions prononcées à l'égard du couple par celui que la Bible n'appelle pas encore Yahvé.
Étant perçues comme des êtres dangereux, elles étaient considérées comme devant être soumises, écartées et mises hors d'état de nuire.
Sans être plus misogyne que ses contemporains, saint Paul énonce, au milieu du Ier siècle, un certain nombre de ces interprétations dans ses Épîtres. À la fin du IIe, Tertullien, le premier écrivain parmi les Pères latins, l'accrédite en faisant de la femme, dans son traité sur l'âme, la porte du diable. Il insiste encore sur ce point dans son livre contre la toilette des femmes, en vilipendant le maquillage, considéré à la fois comme une attention excessive portée au corps et une propension à la tentation séductrice de la chair. On prendra cependant garde à ne pas assimiler les assertions de Tertullien avec celles de l'ensemble des chrétiens: celui-ci avait en effet rejoint le courant des Montanistes, qui, dans sa méfiance envers les faiblesses du corps, prônait et pratiquait une ascèse radicale.
La compagne d'Adam n'est nommée Ève qu'en deux occurrences dans la Bible. D'abord dans Genèse 3, 20, où Adam la nomme Hawwāh (= vivante, vie). Ensuite, deux fois par saint Paul. On a façonné au Moyen Âge une origine fantaisiste de ce nom en lui prêtant une étymologie latine fortement misogyne: Eva viendrait de extra vadens («qui s'égare») parce que la femme était supposée sortir par nature de la voie de la sagesse et de la raison. La conséquence de cette misogynie n'a cessé de peser ensuite sur les femmes. Étant perçues comme des êtres dangereux, elles étaient dès lors considérées comme devant être soumises, écartées et, par l'organisation sociale, mises hors d'état de nuire.
Une lecture attentive, dans la Genèse, des passages qui peuvent se prêter à une interprétation misogyne nous donne à voir tout autre chose. Le premier récit de la Création indique: «Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.» On ne voit ici aucune antériorité de l'homme sur la femme, mais une simultanéité, puisque le texte ne fait aucun distinguo chronologique. Par ailleurs, on n'y trouve aucune hiérarchisation entre îsh (l'homme) et ishshah (la femme), qui sont présentés comme deux déclinaisons du même être.
Le second récit de la Création se montre plus précis. Élohim modèle l'homme avec de la glaise du sol, et le nom qui lui est donné, âdam, vient du mot hébreu désignant le sol, adâmah. C'est la raison pour laquelle André Chouraqui, dans sa traduction littérale de la Bible, traduit âdam par «le glébeux». Dieu insuffle dans ses narines une haleine de vie, qui lui permet de devenir un être vivant. Il l'établit dans le jardin d'Éden pour qu'il le cultive et le garde, lui faisant toutefois interdiction de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal.
Élohim crée alors des animaux pour fournir à âdam une aide assortie, mais celui-ci ne la trouva pas parmi ceux-ci. De cette constatation d'inachèvement, il fait tomber l'homme dans un profond sommeil, prend l'une de ses côtes, referme sa chair, façonne une femme de cette côte et l'amène à l'homme. Celui-ci l'appelle alors ishshah, car tirée de îsh, ce qui est un jeu sur l'homophonie des termes.
Adam apparaît comme une sorte de prototype imparfait et c'est Ève qui vient, par la main de Dieu, parachever l'être humain.
L'affirmation qui suit est explicite: c'est pour cette raison que l'homme s'attache à sa femme et qu'ils deviennent une seule chair, ce qu'ils sont effectivement. Autrement dit, la femme apparaît dans le second récit de la Création comme un correctif à l'inachèvement, un perfectionnement destiné à parfaire l'être humain en le complétant. On est donc bien loin d'une quelconque misogynie puisque la femme est aussi façonnée par Dieu, dans la même matière que l'homme, la sienne. N'en procède aucune infériorité, car elle n'est pas une apostille: c'est par elle que l'homme devient pleinement homme, et donc pleinement l'image de son créateur. Adam apparaît comme une sorte de prototype imparfait et c'est Ève qui vient, par la main de Dieu, parachever l'être humain.
Aboutissement de la Création, elle a donc été l'objet, de la part de toute une exégèse approximative ou malintentionnée, de dérives interprétatives misogynes. Au XIIIe siècle, Thomas d'Aquin était, semble-t-il, bien conscient de ce problème d'interprétation. Il écrit ainsi qu'Ève aurait pu être considérée comme inférieure à Adam si elle avait été tirée de son pied, et comme supérieure à lui si elle avait été tirée de sa tête. Les traducteurs de la Genèse se sont aussi demandé si elle avait été tirée de la «côte» (costa) ou du flanc (latus) d'Adam.
Adam et Ève sont donc deux êtres issus d'une seule création. C'est pourquoi l'Évangile de Jean désigne Jésus non pas comme anèr (homme) mais comme anthropos (homme, au sens d'être humain): cela se traduit dans quelques représentations androgynes du Christ dans l'art médiéval, tel ce vitrail roman du XIIe siècle de la cathédrale du Mans, dans lequel il possède de toute évidence une poitrine féminine.
Relisons maintenant le passage qui concerne la faute dans la traduction faite par l'École biblique de Jérusalem en 1964. Ève voit dans l'arbre défendu un arbre séduisant car «désirable pour acquérir l'entendement». Il ne s'agit donc pas d'une curiosité malsaine, mais du désir humain de connaître et comprendre, que l'on peut interpréter comme la conséquence de la création de l'être humain achevé. Un désir qui résonne comme le prodrome de la «rage d'apprendre» des femmes de l'époque moderne. Ève mange du fruit et en donne à Adam, qui en mange également sans émettre la moindre protestation.
Lorsque Élohim découvre l'infraction à son commandement, le texte évoque une suite de déresponsabilisations: Adam rejette la faute sur Ève qui lui a donné le fruit; Ève la rejette sur le serpent, qui lui a assuré qu'elle ne mourrait pas si elle en mangeait. Elle n'était pourtant pas mortelle, alors, et cela traduit un manque de confiance, inexplicable dans le cadre de l'Éden. Il est remarquable qu'à la suite de ce double aveu, Dieu commence par maudire le serpent. Il étend ensuite sa malédiction sur la femme, qui enfantera désormais dans la peine et qui, poussée vers son mari, sera dominée par lui; et sur l'homme, condamné à peiner pour manger et promis à retourner à la terre d'où il a été tiré. Il condamne donc la femme à donner la vie dans la peine et l'homme à la mort après une vie de peines. On le voit, le châtiment diffère, puisqu'il évoque le don de la vie pour la femme et la mortalité pour l'homme.
À tout le moins, il est remarquable que la responsabilité de la faute n'incombe pas à la femme seule. La déclinaison des malédictions remonte la chaîne des causalités, du serpent à l'homme en passant par la femme. Celle-ci n'est aucunement désignée comme la responsable de la faute, qui est partagée par son alter ego masculin. Une fois chassé du jardin d'Éden, le couple conçoit Caïn. Or, le texte n'évoque en rien la peine, mais une jubilation d'Ève en l'honneur de Dieu: «J'ai acquis un homme de par Élohim», dit-elle. Ce qui devait être son châtiment, son asservissement à l'homme et les peines de la grossesse, devient, par la maternité, la capacité de faire des hommes. Et si Dieu agrée l'offrande du puîné, Abel, il n'agrée pas celle de Caïn, le premier-né. Par la reproduction, la femme reçoit un pouvoir similaire à celui de la création divine, tandis que, dans ce passage, Adam est le grand absent. Il revient ensuite dans le texte comme fondateur d'une lignée, la patrilinéarité mésopotamienne reprenant ses droits.
On le voit, c'est donc bien une lecture misogyne de la Genèse qui s'est ancrée dans la tradition, et non la Genèse elle-même, qui a conduit à grever Ève d'infériorité et de culpabilité. Celle-ci a déterminé une perception négative de la femme, de l'Antiquité à nos jours.
"Fluctuat nec mergitur"? La Bibliothèque de la Pléiade publie jeudi une "Anthologie bilingue de la poésie latine", alors que peu de lecteurs savent encore lire la langue de Cicéron.
Rares sont les langues ayant eu l'honneur d'entrer dans la collection de prestige des éditions Gallimard: outre l'ancien français, il n'y a eu que l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'italien et le latin, déjà, avec les oeuvres complètes de Virgile en 2015.
Face à quatre langues bien vivantes, la question se pose ex abrupto: ce XXIe siècle fera-t-il du latin une langue vraiment morte, privée ad vitam aeternam de locuteurs?
"Non", répond à l'AFP Philippe Cibois, sociologue, qui suit les tendances de l'enseignement de rosa, rosam, rosae. "En moyenne, toutes classes confondues, 12 ou 13% des élèves font des langues anciennes, surtout du latin maintenant, très peu du grec. C'est un roc solide dans l'enseignement et les 7.000 profs de latin en France sont très actifs pour promouvoir leur matière".
"Je suis certain qu'il y aura beaucoup de lecteurs qui aimeront avoir cette Pléiade dans leur bibliothèque", parie-t-il.
Sans forcément beaucoup lire la page de gauche, en VO: "C'est tout le bénéfice du sous-titrage. On apprécie une langue sans avoir besoin d'être très performant".
Le volume couvre bien sûr la littérature romaine, en commençant par Livius Andronicus (IIIe siècle avant Jésus-Christ), en passant par les classiques Ovide ou Catulle.
Mais aussi le Moyen Âge, où Alain de Lille a pour alias Alanus de Insulis, la période moderne... et contemporaine, avec des vers de Pascal Quignard publiés en 1979, "Inter aerias fagos" ("Parmi les hêtres aériens").
Comme l'écrit dans une note introductive Philippe Heuzé, professeur de littérature latine à Sorbonne Nouvelle, la poésie latine "a la particularité remarquable de courir sur deux mille trois cents ans".
"Des auteurs du XIXe ont une production originale en latin, comme Baudelaire, ou Rimbaud qui avait remporté un premier prix de vers latins. C'est presque militant que de rappeler que des auteurs aussi importants sont des poètes bilingues", relève Pierre-Alain Caltot, maître de conférence en langue et littératures latines de l'Université d'Orléans.
Le poème de Rimbaud s'appelle "Ver erat" ("C'était le printemps", 1868), et semble préfigurer "Le Dormeur du val" (1870). "Iacui uiridanti in fluminis ora": "Je me couchai sur la rive verdoyante d'une rivière".
"J'ai une vraie espérance pour l'avenir de la langue, non dénuée d'inquiétude, mais fondée sur l'idée qu'on ne peut pas se passer de latin, que sans connaissance du latin on ne peut pas comprendre ce que sont par exemple l'épopée, la satire, même l'écriture de l'histoire", dit M. Caltot. "La question se pose toujours de savoir à quoi ça sert, à une époque où tout doit payer immédiatement, et j'allais dire que ça ne sert à rien directement. Sauf à cultiver son jardin".
Mais c'est un combat quotidien, quand il faut convaincre les parents de collégiens d'ajouter une matière optionnelle à des programmes déjà chargés.
Philippe Cibois ferait presque son mea culpa. "J'ai fait du latin de la 6e à la 1re, au lycée classique. Au début ça allait, mais à la fin j'étais noyé: après mes études je me disais que le latin, il fallait supprimer ça, que ça amenait des élèves à l'échec... Et puis, quand ma fille a eu l'âge d'en faire, je me suis dit qu'on ne pouvait pas la priver de cette culture-là". Nolens volens.
Le musée d'histoire de Nantes a indiqué lundi 12 octobre qu'il reportait une exposition consacrée à l'histoire de Gengis Khan et de l'empire mongol en raison du "durcissement" de "la position du gouvernement chinois à l'encontre de la minorité mongole".
publié le 13/10/2020 à 16:11
Au premier semestre 2021, le Château des ducs de Bretagne, à Nantes, devait accueillir dans ses murs, une "exposition consacrée à l’un des plus grands conquérants de l’Histoire" : le Mongol Gengis Khan, rapporte Ouest-France. Mais s'était sans compter sur une pression inattendue exercée par la Chine, selon le directeur du musée d’Histoire de Nantes, qui a annoncé lundi 12 octobre devoir "reporter" l'évènement.
"Nous sommes aujourd’hui contraints de reporter cette exposition en octobre 2024 en raison du durcissement, cet été, de la position du gouvernement chinois à l’encontre de la minorité mongole", indique Bertrand Guillet dans un communiqué. "Nous avons pris la décision de stopper cette production au nom des valeurs humaines, scientifiques et déontologiques que nous défendons".
Une décision prise après que les autorités chinoises ont exercé différentes pressions. Elles auraient ainsi d'abord exigé de "faire disparaitre de l’exposition des éléments de vocabulaire (les mots Gengis Khan, empire et mongol)", avant de demander un droit de regard sur les contenus eux-mêmes.
"Une annonce de modification du contenu de l’exposition accompagnée d’une demande de contrôle de l’ensemble de nos productions (textes, cartographies, catalogue, communication) ont été formulées", a fait savoir le directeur du musée nantais qui parle de "censure à l’égard du projet initial".
Le "nouveau synopsis proposé, écrit par le bureau du patrimoine de Pékin (...) comporte notamment des éléments de réécriture tendancieux visant à faire disparaître totalement l'histoire et la culture mongole au bénéfice d'un nouveau récit national", précise encore le communiqué.
La Chine compte 1,4 milliard d'habitants et 56 groupes ethniques. Les Hans y sont majoritaires à 92%. Les quelque 6,5 millions de Mongols habitent principalement en Mongolie intérieure, vaste région chinoise constituée de prairies, de déserts et de forêts. Mais en Mongolie voisine, la nouvelle politique linguistique chinoise, qui veut accroître l'enseignement du mandarin au détriment du mongol, provoque un tollé dans l'opinion et suscite de large manifestations.
Le projet, à l'instar de précédentes expositions présentées avec le concours de musées grec, colombien ou suédois ces dernières années, était prévu en partenariat avec le musée de Mongolie Intérieure à Hohhot (Chine). Le musée d'histoire affirme qu'une nouvelle exposition "nourrie de collections européennes et américaines" sera bientôt reconstruite en "conservant le premier synopsis".
La CNIL a adopté des lignes directrices modificatives ainsi qu’une recommandation portant sur l’usage de cookies et autres traceurs. L’évolution des règles applicables marque un tournant pour les internautes, qui pourront désormais exercer un meilleur contrôle sur les traceurs en ligne.
01 octobre 2020
L’article 82 de la loi Informatique et Libertés transpose en droit français l’article 5.3 de la directive 2002/58/CE « vie privée et communications électroniques » (ou « ePrivacy »). Il prévoit notamment l’obligation, sauf exception, de recueillir le consentement des internautes avant toute opération d’écriture ou de lecture de cookies et autres traceurs.
En 2013, la CNIL adoptait une première recommandation pour guider les acteurs dans la mise en œuvre des textes régissant à l’époque les opérations de lecture et d’écritures par des cookies.
Le 25 mai 2018, l’entrée en application du règlement général sur la protection des données (RGPD) est venue renforcer les exigences en matière de validité du consentement, rendant obsolète une partie de cette recommandation.
Dans le cadre de son plan d’action sur le ciblage publicitaire, la CNIL a donc entrepris d’actualiser en deux temps ses cadres de référence.
Le 4 juillet 2019, la CNIL a ainsi adopté des lignes directrices rappelant le droit applicable. Celles-ci ont été ajustées le 17 septembre 2020 pour tirer les conséquences de la décision rendue le 19 juin 2020 par le Conseil d’Etat.
En parallèle, la CNIL a également décidé d’établir, à l’issue d’une concertation avec les professionnels et la société civile, un projet de recommandation. Sans être prescriptive, la recommandation joue le rôle de guide pratique destiné à éclairer les acteurs utilisant des traceurs sur les modalités concrètes de recueil du consentement de l’internaute.
Ce projet a été soumis, le 14 janvier dernier, à une consultation publique, dont les apports ont permis d’enrichir la version finalement adoptée le 17 septembre 2020.
L’évolution des règles applicables
L’évolution des règles applicables, clarifiées par les lignes directrices et la recommandation, marque un tournant tant pour le secteur de la publicité en ligne que pour les internautes, qui pourront désormais exercer un meilleur contrôle sur les traceurs en ligne.
la simple poursuite de la navigation sur un site ne peut plus être considérée comme une expression valide du consentement de l’internaute ;
les personnes doivent consentir au dépôt de traceurs par un acte positif clair (comme le fait de cliquer sur « j’accepte » dans une bannière cookie). Si elles ne le font pas, aucun traceur non essentiel au fonctionnement du service ne pourra être déposé sur leur appareil.
Les utilisateurs devront être en mesure de retirer leur consentement, facilement, et à tout moment.
Refuser les traceurs doit être aussi aisé que de les accepter.
- elles doivent clairement être informées des finalités des traceurs avant de consentir, ainsi que des conséquences qui s’attachent à une acceptation ou un refus de traceurs ;
- elles doivent également être informées de l’identité de tous les acteurs utilisant des traceurs soumis au consentement.
Les organismes exploitant des traceurs doivent être en mesure de fournir, à tout moment, la preuve du recueil valable du consentement libre, éclairé, spécifique et univoque de l’utilisateur.
Certains traceurs sont cependant exemptés du recueil de consentement, comme par exemple les traceurs destinés à l’authentification auprès d’un service, ceux destinés à garder en mémoire le contenu d’un panier d’achat sur un site marchand, certains traceurs visant à générer des statistiques de fréquentation, ou encore ceux permettant aux sites payants de limiter l’accès gratuit à un échantillon de contenu demandé par les utilisateurs.
Les recommandations de la CNIL
Par ailleurs la CNIL recommande que l’interface de recueil du consentement ne comprenne pas seulement un bouton « tout accepter » mais aussi un bouton « tout refuser ».
Elle suggère que les sites internet, qui généralement conservent pendant une certaine durée le consentement aux traceurs, conservent également le refus des internautes pendant une certaine période, afin de ne pas réinterroger l’internaute à chacune de ses visites.
En outre, pour que l’utilisateur soit bien conscient de la portée de son consentement, la CNIL recommande que, lorsque des traceurs permettent un suivi sur des sites autres que le site visité, le consentement soit recueilli sur chacun des sites concernés par ce suivi de navigation.
Afin de répondre aux questions des acteurs concernés et des internautes, la CNIL propose une FAQ accompagnement la publication des lignes directrices et de la recommandation.
Vers une mise en conformité des acteurs concernés
La CNIL invite tous les acteurs concernés à s’assurer de la conformité de leurs pratiques aux exigences du RGPD et de la directive ePrivacy.
Comme elle l’avait annoncé, elle estime que le délai de mise en conformité aux nouvelles règles ne devra pas dépasser six mois, soit au plus tard fin mars 2021.
Si la CNIL tiendra compte des difficultés opérationnelles des opérateurs pendant cette période durant laquelle elle privilégiera l’accompagnement sur les contrôles, elle se réserve la possibilité, conformément à la jurisprudence du Conseil d’Etat, de poursuivre certains manquements, notamment en cas d'atteinte particulièrement grave au droit au respect de la vie privée (CE, 16 octobre 2019, n° 433069, Rec.). En outre, la CNIL continuera à poursuivre les manquements aux règles relatives aux cookies antérieures à l’entrée en vigueur du RGPD, éclairées par sa recommandation du 5 décembre 2013.
Certains équipements appartenant à l'Etat peuvent désormais être offerts à des associations. Le but: promouvoir l'économie circulaire. AFP
ASSOCIATIONS- Chaises de bureaux, ordinateurs, imprimantes: lorsqu’ils ne sont plus utilisés, certains équipements appartenant à l’État peuvent désormais être offerts à des associations. Une opération qui se réalise via une plateforme internet présentée ce jeudi 8 octobre par le gouvernement qui entend ainsi promouvoir “l’économie circulaire”.
Une table basse, quatre fauteuils et un guichet d’accueil, “le tout en très bon état”, à venir récupérer dans le Val-de-Marne; une cinquantaine d’ordinateurs avec écrans, également dans le Val-de-Marne; un ensemble de mobilier de couleur acajou à saisir à Nantes: tous ces objets sont proposés, photos à l’appui, sur dons.encheres-domaine.gouv.fr.
Ce site, lancé fin 2019 mais qui a fait l’objet de peu de publicité jusqu’à présent, permet aux responsables d’administration de se débarrasser d’équipements mobiliers - de faible valeur - dont ils n’ont plus l’usage, en les donnant à d’autres administrations, ou à des associations reconnues d’utilité publique, ont expliqué les responsables de cette initiative lors d’une conférence au ministère des Finances.
“On a trop de biens aujourd’hui qui sont stockés pour rien, il faut avoir le réflexe de donner” plutôt que de jeter, a souligné Alain Caumeil, directeur national des interventions domaniales.
“Avec cette plateforme, vous montrez l’exemple”, s’est félicitée de son côté la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et solidaire, Olivia Grégoire, qui a officialisé le don d’une cinquantaine d’ordinateurs, offerts par l’administration fiscale, au foyer socio-éducatif d’un collège des Hauts-de-Seine.
Depuis novembre dernier, plus de 120 annonces ont été mises en ligne, et environ la moitié des objets proposés ont trouvé preneurs. Parmi ce bric-à-brac, on trouve même des présentoirs et autres vitrines proposés par le Musée du Louvre, et susceptibles d’intéresser d’autres musées.
Des procédures assouplies
“Certains de ces biens auraient été détruits si on n’avait pas eu la possibilité de les donner”, a observé M. Caumeil, vantant une démarche “vertueuse” sur les plans économique et environnemental.
Le dispositif reste très encadré: seuls les biens dont la valeur à la revente paraît “dérisoire” peuvent être cédés gratuitement, et les véhicules motorisés sont exclus. Certains objets doivent être d’abord proposés à d’autres administrations, puis dans un second temps seulement à des associations si aucun service public n’a fait part de son intérêt.
Les associations bénéficiaires doivent en principe venir chercher elles-mêmes leurs meubles ou ordinateurs, et n’ont pas le droit de les revendre.
Pour les responsables des services administratifs - mais également des musées ou agences nationales - qui souhaitent se débarrasser de leurs objets, les procédures, autrefois contraignantes, ont été assouplies. Mais pourraient l’être encore davantage, observe M. Caumeil, qui souligne que, pour l’heure, l’État ne peut donner à des collectivités locales, ni les collectivités à des associations.
Vous avez certainement déjà entendu les sirènes assourdissantes des entraînements aux alertes ou des ambulances. Si ces sirènes sont si efficaces, c'est parce qu'elles imitent parfaitement le hurlement du loup, qui a lui-même été sélectionné comme meilleur son possible pour parcourir les plus grandes distances. Un exemple parfait de biomimétisme involontaire.
N'avez-vous jamais remarqué que les chiens se mettent à hurler lorsqu'une sirène d'alarme se déclenche ? Ce comportement exaspérant ne doit rien au hasard : c'est parce que ces sirènes émettent les mêmes sons que ceux de hurlements des loups, révèle une nouvelle étude parue dans Acta Biotheoretica.
Les chercheurs ont analysé le son d'une trentaine de sirènes telles que celles des alertes d’urgence, des ambulances ou des alertes aux tornades aux États-Unis, et les ont comparées avec différents enregistrements de hurlements de loups. Ils ont alors constaté des similitudes troublantes en superposant leurs spectres de fréquences, 89,6 % de sons étant similaires sur cinq paramètres différents.
Pourtant, cette ressemblance ne serait pas délibérée, mais le fruit de la sélection des meilleurs sons possibles pour communiquer sur la plus grande distance possible, explique Hynek Burda, chercheur à l'université tchèque de sciences naturelles et principal auteur de l'étude. Chez le loup, le hurlement sert ainsi à indiquer sa position aux autres membres de la meute de façon à obtenir leur position en retour. Ce signal sonore est notamment crucial pendant la chasse, car il annonce aux autres loups que la zone est déjà occupée par une meute.
Les loups alpha (les meneurs de la meute) commencent sur de basses fréquences, puis les loups bêta poursuivent sur un ton plus haut. Leurs variations hétérogènes servent à donner l'impression d'une meute très nombreuse. Selon les chercheurs, l'évolution naturelle aurait favorisé chez le loup les hurlements avec le meilleur compromis entre l'audibilité (qui augmente lorsque l'intensité de la pression acoustique s'accroît) et la capacité à voyager sur de longues distances, qui s'obtient en diminuant la fréquence.
Mais ce n'est pas tout. Certains animaux ont appris à reconnaître le hurlement du loup comme un signal de danger ou à l'interpréter comme tel. Les faons voient ainsi leur fréquence cardiaque s'accélérer lorsqu'ils entendent le loup, tandis que les charognards sont au contraire attirés, le hurlement signalant qu'une proie a été capturée.
L'Homme pourrait-il lui aussi avoir été sélectionné par l'évolution pour interpréter le son des hurlements (et donc des sirènes) comme signal de danger ? « Bien qu'il n'existe pas de prédateur spécialisé de l'Homme aujourd'hui, les loups représentaient une menace majeure il n'y a pas si longtemps. Les humains auraient donc pu apprendre à interpréter les signaux acoustiques intraspécifiques des loups comme un signal d'avertissement » et donc à les privilégier pour le son des alarmes, suggèrent les auteurs. Une précédente étude a, par exemple, montré que les fœtus voient leur cœur accélérer lorsque les sirènes d'alarme se déclenchent en Israël.
« Nous suggérons que (par hasard) l'efficacité du son des sirènes comme signal d'alerte a été renforcée par une prédisposition sensorielle naturelle (innée) des humains à être alertés par le hurlement des loups, concluent Hynek Burda et ses collègues. Il s'agit là d'un exemple intéressant de biomimétisme acoustique ».
Beaucoup se demandent quel peut bien être le secret du garde des Sceaux pour occuper ainsi à lui tout seul la quasi-totalité de la scène médiatique. La Voix du Nord vous met au parfum : en réalité, ils sont deux !
Il n'aura pas fallu longtemps à votre serviteur (dont, faut-il le rappeler, les initiales sont B. D.) pour remarquer que Castex, ça commence comme Casterman. Dès lors, son gouvernement, faute de nous promettre la Lune, ne pouvait que marquer le grand retour des Dupondt. Marianne aura achevé de nous mettre la puce à l'oreille. Dans un article publié cette semaine, l'hebdomadaire note d'abord que « lentement, mais sûrement, Éric Dupond-Moretti s'installe dans un bras de fer avec les magistrats ». Mais, dès le paragraphe suivant, c'est un Éric Dupont-Moretti qui, lentement toujours, « s'avance sur le gravier du ministère ». La preuve que cette fois, et contrairement à ce qui se passe chez un spécialiste reconnu de l'aménagement, il y en a bien deux !
Pourtant, pour distinguer au premier coup d'œil le Dupont avec « t » du Dupond avec « d », c'est tintin ! Le dernier nommé, le jumeau dominant à n'en pas douter, fait l'essentiel du taf. Mais, occasionnellement, on n'en a pas moins croisé l'autre, celui avec « t », dans les colonnes du Monde, du Figaro, du Journal du dimanche, de Valeurs actuelles, de Gala, d'Ouest-France, de Charente libre, de Sud-Ouest, de L'Indépendant, du Midi libre, du Dauphiné libéré, de La Nouvelle République, de L'Est républicain, de L'Union... et même de votre journal préféré !
C'est mon moyen mnémotechnique, et je le partage volontiers : pour s'assurer (trêve de plaisanterie !) que le seul, le vrai, est bien le Dupond avec « d », il suffit de se souvenir que notre homme est avocat et qu'il a consacré sa vie à la défense, avec un « d » là aussi. Mettons-nous à la place d'un homme qui croyait naïvement s'être fait un nom, et qui doit traîner comme un boulet (merci au correcteur automatique de ne pas écrire ici Boulay) ce déficit de reconnaissance. Car je n'en démords pas, quoi qu'en disent d'aucuns pour s'absoudre de leurs propres négligences : défigurer un nom propre est aussi grave que d'estropier un nom commun. Ça l'est même davantage. En ces jours d'égoïsme forcené, le respect d'autrui commence par celui de son patronyme. Si le masque est un mal nécessaire, n'allons pas lui en faire porter un second.
Pas question pour autant que Matignon reconnaisse l'existence d'une doublure : « Botus et mouche cousue », c'est leur devise !