Les technologies qui permettent la décentralisation du Web suscitent beaucoup d’intérêt et c’est tant mieux. Elles nous permettent d’échapper aux silos propriétaires qui collectent et monétisent les données que nous y laissons.
Vous connaissez probablement Mastodon, peerTube, Pleroma et autres ressources qui reposent sur le protocole activityPub. Mais connaissez-vous les projets Aragon, IPFS, ou ScuttleButt ?
Aujourd’hui nous vous proposons la traduction d’un bref article introducteur à une technologie qui permet de produire et héberger son site web sur son ordinateur et de le diffuser sans le moindre serveur depuis un navigateur.
L’article original est issu de la série Dweb (Decentralized Web) publiée sur Mozilla Hacks, dans laquelle Dietrich Ayala met le projecteur sur toutes les initiatives récentes autour du Web décentralisé ou distribué.
Traduction Framalang : bengo35, goofy
Le berger australien a été le chien préféré des Français en 2018, détrônant le berger belge qui se contente de la deuxième place devant le "staffie" ou staffordshire bull terrier, a annoncé mercredi la Société centrale canine (SCC).
Parmi les changements marquants du classement des 20 principales races de chiens en France: le berger allemand quitte pour la première fois depuis 1946 le trio de tête, et passe en 5e position.
Avec 12.906 inscriptions au Livre des origines français (LOF), le berger australien, qui en dépit de son nom est une race américaine, se hisse sur la plus haute marche du podium, pour la première fois. 11.729 bergers belges et 10.983 "staffies" ont trouvé un maître l'an dernier.
Le berger australien, robuste car c'est avant tout un chien de travail, de taille moyenne, à la robe attrayante et au caractère enjoué, a été reconnu par la Fédération cynologique internationale (FCI) seulement en 1996, bien que son élevage en France ait commencé depuis les années 80.
La cote de ce chien, qui peut avoir les yeux vairons (yeux de couleurs différentes) et les yeux particolores (plusieurs couleurs dans le même oeil), n'a cessé de croître depuis son arrivée sur le territoire français.
Le "Staffie" monte lui pour la première fois sur le podium, le bouledogue français passe de la 10e à la 8e place devançant le cavalier king charles 9e et le chihuahua 10e.
Et les chiens de race sont de plus en plus nombreux dans les foyers français. 234.073 chiens de race ont été inscrits au LOF en 2018, contre 162.698 en 2002, soit une progression de plus de 40 %, relève la SCC.
Sur les 94 pays membres de la FCI, la France caracole en 3e position derrière la Russie (1er) et le Japon (2e) en termes d'inscriptions de chiens de race.
AFP via Free.fr
Encore une fois, l’émission Envoyé Spécial sur France 2 ne fait pas preuve d’une grande rigueur intellectuelle.
Par Laurent Pahpy.
Un article de l’Iref-Europe
Un cas d’école d’obscurantisme journalistique. C’est ce que l’on pourra retenir de l’émission « Envoyé Spécial » de jeudi soir sur le glyphosate. Durant les deux heures du reportage, Élise Lucet aura réussi à cumuler les théories du complot, la promotion d’un scientifique discrédité, l’instrumentalisation d’un enfant handicapé et de personnes malades, le tout dans une ambiance anxiogène et malhonnête.
Présenté comme un monstre à éliminer à tout prix, le glyphosate inquiète légitimement les consommateurs français. Soumis à un battage médiatique incessant et accusatoire depuis plusieurs années, il est parfaitement normal de s’inquiéter de l’utilisation massive de cet herbicide.
L’IREF avait déjà étudié cette question dans plusieurs articles en rappelant l’état du consensus scientifique, à savoir le caractère non cancérogène de cette molécule lorsqu’elle est utilisée de manière conventionnelle.
Le reportage commence par une immersion chez Vincent, utilisateur et défenseur du glyphosate sur son exploitation, et Olivier, producteur en agriculture dite « biologique ». Ce dernier aurait éliminé « tout pesticide chimique ». Première erreur d’une longue liste.
Tous les pesticides sont chimiques, car toute substance est chimique, comme l’eau ou le sel de table. L’agriculteur fait probablement référence aux pesticides de synthèse. La culture « bio » fait elle aussi appel à des pesticides, synthétiques (par dérogation), comme « naturels ». 99,99 % des pesticides que nous consommons sont produits naturellement par les plantes. La distinction « chimique »/« naturel » n’a aucun intérêt lorsqu’on aborde la toxicité d’un produit.
Olivier affirme ne pas être à l’aise lors de l’épandage du glyphosate. Son discours est basé sur des émotions et ne suit pas une démarche rationnelle. Son alternative est le labour, présentée comme une technique « ancestrale ». Seule une phrase est énoncée pour dire que cette méthode est « controversée ». Il aurait été pertinent de détailler un peu plus cette question.
Le labour détruit la vie microbiologique des sols et accélère son érosion. Le glyphosate permet l’agriculture de conservation des sols qui limite la consommation de fertilisants de synthèse, le labour, la consommation d’énergie tout en favorisant la biodiversité.
« Je ne veux pas qu’on impose le « bio » à la cantine » : Vincent pose ici une bonne question. Rien n’empêche Olivier de produire en « bio » sans glyphosate ni à ses consommateurs d’en acheter. Plusieurs formes d’agricultures peuvent coexister. Vincent et Olivier en sont la preuve. Ils ne sont pas en confrontation et cohabitent. Ce que réclame Vincent est parfaitement légitime. Laissons chacun choisir. À partir du moment où rien ne démontre que ce produit génère des nuisances externes sur le reste de la population, il est de la responsabilité de chacun de faire son arbitrage dans son mode de consommation.
Pour alimenter le climat anxiogène du reportage, Élise Lucet propose à plusieurs personnes, dont des personnalités, de mesurer la quantité de glyphosate dans leur urine. Le taux le plus élevé mesuré est de 1,26 microgramme par litre. Mais donner une concentration sans autre élément n’a aucun intérêt si ce n’est alimenter la peur, car c’est la dose qui fait le poison.
Une des personnes demande d’ailleurs comment le taux mesuré se situe par rapport à la norme. Réponse d’Élise Lucet :
On est incapable de fixer un seuil au-delà duquel c’est dangereux.
C’est un mensonge éhonté. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixe la dose aiguë de référence (DARf) pour le glyphosate à 0,5 milligramme par kilogramme de poids corporel, soit près de 400 fois la concentration mesurée dans l’urine.
Ce point est essentiel, car il touche à la distinction risque/danger. Le risque, c’est la probabilité d’être exposé multipliée par la dangerosité du produit. Un produit dangereux auquel on n’est pas exposé ou seulement à des doses minimes n’est pas forcément risqué. Un crash d’avion est très dangereux, mais très rare, ce qui en fait le moyen de transport le plus sûr au kilomètre parcouru.
La classification de l’herbicide en « probablement cancérogène pour l’homme » (catégorie 2A) par le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) fait débat dans le milieu scientifique. Dans tous les cas, cette catégorisation caractérise le danger et non le risque.
Distinction essentielle qui est manifestement passée sous silence. Toutes les grandes agences sanitaires du monde, qui évaluent le risque, ne réclament pas l’interdiction du glyphosate. La consommation de charcuterie est « cancérogène pour l’homme » (catégorie 1) selon le CIRC, ce n’est pas pour autant qu’elle doit être interdite.
« Envoyé Spécial » s’attarde ensuite sur la terrible maladie de Dewayne Johnson qui a gagné un retentissant procès face à Monsanto cet été (Monsanto fait appel). Si son cancer désormais incurable ne peut laisser personne de marbre, il n’en reste pas moins que la science ne permet pas d’affirmer qu’il a été causé par son utilisation professionnelle du glyphosate. Le jury en avait pourtant jugé autrement. Nous avions expliqué dans un article en quoi cette décision est une dérive dangereuse du droit et une négation grave de la science.
L’affaire des Monsanto Papers a révélé des pressions de la firme sur les agences sanitaires et des cas de ghostwriting consistant à faire signer par des scientifiques réputés des articles largement rédigés par les toxicologues de Monsanto.
Ces pratiques, éthiquement critiquables et méthodologiquement discutables, ne permettent néanmoins pas de remettre en cause les conclusions scientifiques sur la cancérogénicité de l’herbicide selon l’EFSA car elles ne concernent que des éléments mineurs. Cela pose toutefois de vraies questions sur la nécessaire transparence des procédures d’évaluation et de mise sur le marché des intrants agricoles.
« Envoyé Spécial » frappe fort en donnant la parole pendant de longues minutes à Gilles-Éric Séralini, un scientifique largement discrédité suite à la publication d’une étude sur la cancérogénicité d’un maïs OGM résistant au glyphosate.
Depuis rétractée par le journal, cette étude a été très critiquée par la communauté scientifique sur sa méthodologie et a été jugée inadéquate par le CIRC. C’est à peine si le reportage annonce que ces résultats ont été contredits depuis par quatre expériences (Marlon, GRACE, G-TwYST et GMO 90+) qui montrent toutes l’absence d’effet sur le cancer. Mais le mal est fait. Gilles-Éric Séralini peut désormais vendre de la peur très lucrative dans ses livres et avoir l’oreille attentive d’Élise Lucet.
Théo, un enfant de 11 ans souffrant d’une anomalie congénitale est interviewé. Sa mère affirme que son handicap est apparu suite à son utilisation de l’herbicide lorsqu’elle était enceinte. Comme dans le cas de Dewayne Johnson, rien ne permet d’affirmer un lien de causalité. Élise Lucet se livre ici à une instrumentalisation révoltante de la situation de cet enfant.
Une instrumentalisation de plus au Sri Lanka. Cette fois-ci, le glyphosate serait coupable d’une épidémie de maladie rénale. Envoyé Spécial s’appuie sur des études réalisées par Channa Jayasumana pour l’affirmer (ici et ici). Ces articles restent hypothétiques et ne démontrent pas de causalité. Plusieurs facteurs sont avancés par les scientifiques, dont le glyphosate, mais l’OMS juge que ce n’est pas démontré.
Ce passage de l’émission « Envoyé Spécial » montre d’ailleurs que sans glyphosate, la seule alternative crédible est de revenir au désherbage manuel ou mécanique. Une solution qui peut coûter très cher et aller à contre-courant des gains de productivité agricoles qui permettent aux populations des pays pauvres de sortir de la misère et de la faim. L’interdiction du glyphosate a d’ailleurs été annulée en 2018 pour toutes les cultures au Sri Lanka, contrairement à ce qu’affirme le reportage.
Élise Lucet tiendrait-elle un scoop ? L’Assemblée nationale est une caisse d’enregistrement des décisions du président. Ce n’est pas comme si l’on découvrait l’utilité limitée de cette institution.
Ce passage a le mérite de montrer l’embarras des politiques qui, au mépris de la science et du droit, refusent de rappeler le consensus scientifique porté par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES).
François de Rugy, ministre de l’Écologie affirme qu’il y aura une alternative pour « en finir avec le glyphosate en 2021 ». La promesse est aisée, l’art est difficile. L’Institut national de recherche agronomique (INRA) estime qu’aucune alternative ne puisse faire aussi simple, efficace, peu toxique et peu coûteux que cette molécule. Il est peu probable qu’une meilleure solution soit trouvée et mise sur le marché d’ici 2021.
Oui le glyphosate est dangereux. Oui son utilisation doit être faite avec les précautions qui s’imposent. Oui, les méthodes de Monsanto, intégré depuis à Bayer, sont critiquables et éthiquement discutables.
Mais la science est très claire sur le sujet. L’utilisation du glyphosate de manière conventionnelle ne présente à ce jour pas de risques significatifs connus.
Élise Lucet entretient une désinformation anti-science cumulant des conditionnels, des théories du complot, des instrumentalisations révoltantes, des images-chocs, une musique anxiogène, des interviewés acculés, des chiffres présentés sous forme effrayante, mais qui n’apportent rien, des mensonges et des lacunes graves pour traiter d’un sujet pourtant essentiel.
La liberté de la presse ne dispense ni de contradicteurs ni de rigueur intellectuelle. La question des pesticides est complexe, car elle implique un arbitrage entre protection de l’environnement, maintien de la productivité agricole et sécurité sanitaire pour les producteurs et les consommateurs.
Sans vouloir minimiser les inquiétudes et les précautions concernant l’utilisation de ces intrants agricoles, l’IREF estime que le sujet aurait dû être traité de manière moins manichéenne et faire appel à des scientifiques et des spécialistes reconnus pour leur expertise en agronomie, en nutrition et en toxicologie.
Attaché à une liberté inconditionnelle de la presse, l’IREF milite pour la privatisation de France Télévisions. Cela permettra à chacun de choisir librement quel média il souhaite financer sans être forcé de subventionner les émissions comme « Envoyé Spécial » d’Élise Lucet, payée 25 000 €/mois, par la redevance audiovisuelle publique.
Peut-on écrire le verbe « entraîner » sans accent circonflexe ? Non, pense encore une bonne partie de nos concitoyens. Pourtant, depuis 1990, ce signe n’est plus obligatoire sur les lettres « i » et « u », sauf dans les terminaisons verbales (exemple : qu’il dût, qu’il fût) et les cas où cela induirait une confusion de sens (exemple : mûr/mur).
Cette évolution fait partie d’un ensemble de modifications de l’orthographe publiées au Journal officiel en 1990, dont voici une synthèse :
Résumé des rectifications orthographiques de 1990. Journal Officiel de la République française

Les rectifications touchent quatre points précis : le trait d’union, le pluriel des noms composés, l’accent circonflexe et le participe passé des verbes pronominaux. Dans le détail, on peut signaler aussi :
la généralisation du trait d’union à tous les numéraux formant un nombre complexe
l’emploi du È pour transcrire le son « e ouvert » pour tous les verbes se terminant en -eler ou -eter (à l’exception de appeler et jeter)
la graphie nénufar, qui a fait couler beaucoup d’encre, alors que ce mot s’est écrit ainsi jusqu’en 1932.
Bref, des modifications raisonnables et très limitées, visant à rendre l’orthographe plus régulière et donc la langue écrite accessible à tous. Mais comme le souligne une enquête menée en 2010, les étudiants et enseignants français sont assez peu nombreux à les connaitre, en tout cas nettement moins nombreux que les Belges, Suisses et Canadiens. Et ils sont peu nombreux à les appliquer.
Cela provient du fait qu’une fois ces modifications actées, le pouvoir politique français n’a pas fait beaucoup d’effort pour les promouvoir auprès des enseignants. Or, si les professeurs ne les transmettent pas en classe, comment cette nouvelle orthographe pourrait-elle se retrouver dans l’usage ? On peut aussi signaler que les dictionnaires usuels ont mis un certain temps à les faire apparaitre et qu’aucun journal de référence français ne les applique. Et la virulente campagne de dénigrement relayée par les journaux, chaines de télévision et radio a eu un fort impact négatif.
Deux événements importants ont été à l’origine des rectifications de 1990. Tout d’abord, une prise de position de la part de professeurs d’écoles et de collèges réclamant une simplification de l’orthographe. Ensuite, un appel en faveur d’une modernisation de l’orthographe est signé par dix linguistes et paru dans le journal Le Monde en 1989. Le pouvoir politique s’empare alors de la question par l’entremise du premier ministre de l’époque, Michel Rocard.
Pour arbitrer, il fait appel à trois instances, à savoir l’Académie française, le Conseil supérieur de la langue française et un comité d’experts. Michel Rocard prend une position active et volontariste dans l’entreprise. Le comité d’experts se met au travail le 12 décembre 1989 et rend un rapport quatre mois plus tard. Ce rapport contient les propositions de rectifications que les membres du comité d’experts jugent pertinentes. L’Académie française l’approuve à l’unanimité des présents. Le premier ministre les soutient également.
Il est alors prévu que ces rectifications soient enseignées dès la rentrée 1991. Sans toutefois les imposer aux adultes qui pourront conserver l’ancienne orthographe en attendant que la nouvelle se généralise. Le texte est publié au Journal officiel le 6 décembre 1990. Les réactions médiatiques hostiles furent presque immédiates. Allant jusqu’à un retournement spectaculaire de la position des membres de l’Académie française.
Pour finir, la circulaire ne fut pas publiée, contrairement à ce qui était prévu. Il faudra attendre 18 ans pour que les rectifications apparaissent timidement dans les programmes scolaires. Et 8 ans de plus pour que les manuels scolaires les adoptent, ce qui a eu pour conséquence de relancer les hostilités.
Ces écueils ne représentent pas des exceptions. Depuis plus d’un siècle, toutes les propositions de modification de l’orthographe se sont heurtées à des campagnes de dénigrement. Or il faut bien voir que des strates de rectifications ont été empilées au cours des siècles sans vue d’ensemble.
Cela a abouti à de multiples sous-systèmes pas toujours cohérents entre eux. D’où l’importance d’actualiser périodiquement notre orthographe afin de la rendre plus régulière. Sans parler du fait que si on ne le fait pas, on s’éloigne lentement mais sûrement de la prononciation.
Pour des raisons historiques, le français avait une orthographe très proche du latin, dont il est issu. C’est la raison pour laquelle il possède un certain nombre de lettres étymologiques muettes. Certaines de ces lettres étymologiques ont d’ailleurs été réintroduites alors qu’elles avaient disparu ou bien ont été supprimées. C’est le cas dans tiLtre et aDvocat. De plus, l’alphabet du français est directement hérité de celui du latin. Or, le français comporte plus de sons que le latin. Pour compenser cela, on y a ajouté quelques lettres ainsi que des accents et la cédille.
Ces ajouts ont été décidés par des grammairiens et imprimeurs codifiant la transcription de notre idiome. Il faut en plus ajouter, aux divers procédés orthographiques utilisés, le recours à la combinaison des lettres pour transcrire un son : CH, EAU, OU, ON, etc. Et aussi l’importance accordée à la différenciation des homographes, c’est-à-dire au fait de distinguer, par la forme graphique, des mots se prononçant de la même façon comme vert, verre, vers, ver. La liste des mots possédant un pluriel irrégulier est également touchée par ces choix, ainsi qu’un ensemble de règles d’orthographe grammaticale : conjugaisons des verbes, absence d’accord quand on a affaire à un substantif épithète (des rideaux orangE)…
Ce très rapide tour d’horizon montre bien que l’orthographe française est le résultat de choix, et non d’une évolution naturelle. Bien sûr, on peut critiquer, à raison, tel ou tel cas modifié en 1990. Par exemple, on peut se demander pourquoi le comité d’experts a décidé de conserver certaines exceptions plutôt que d’élaborer des règles systématiques. Mais il ne faut jamais perdre de vue que l’on a besoin de rendre notre orthographe plus régulière et donc plus accessible. C’est un enjeu démocratique majeur à une époque où l’écrit est indispensable et où l’on souhaite agrandir la famille de la francophonie.
Vous ignorez tout de ce territoire bosnien qui fait de la région de Dubrovnik une enclave croate? Logique: sa frontière ne fait que vingt kilomètres de long.
Comment est-ce possible que pendant 60 ans, nous ayons pris la pilule d'une manière non-optimale pour faire plaisir au pape?"
Rédaction du HuffPost
Si la pilule contraceptive a été pensée avec un arrêt de 7 jours, c'était pour que l'Église catholique l'accepte.
PhotoAlto/Frederic Cirou via Getty Images
Si la pilule contraceptive a été pensée avec un arrêt de 7 jours, c'était pour que l'Église catholique l'accepte.
CONTRACEPTION - Vous prenez une pilule contraceptive que vous devez arrêter sept jours entre deux plaquettes? Une pratique sans bienfaits reconnus et historiquement mise en place... pour faire plaisir au pape.
Alors que la Faculté de santé en matière de sexualité et de reproduction du National Health Service (NHS), le système de santé du Royaume-Uni a rappelé le 20 janvier que les femmes ne prenaient aucun risque en prenant une pilule en continu, elle est aussi remontée à l'étrange origine de la pause de sept jours habituellement observée entre deux plaquettes.
La pilule combinée, qui se prend pendant 21 jours et s'arrête pendant une semaine, permettant le déclenchement de règles artificielles, aurait été introduite pour la première fois dans les années 60 dans l'espoir que l'Église catholique "accepte" une telle forme de contraception.
John Guillebaud, professeur émérite en santé reproductive, interrogé par The Telegraph, retrace cette histoire. "Le gynécologue John Rock l'a conçue parce qu'il espérait que le pape accepterait la pilule, et la rendrait acceptable pour les Catholiques", explique-t-il. "Rock estimait qu'en imitant le cycle naturel, le pape l'accepterait. Quand sa campagne auprès du pape a échoué, il a tout simplement cessé d'être Catholique après avoir été croyant toute sa vie."
Il s'interroge ensuite: "Comment est-ce possible que pendant 60 ans, nous ayons pris la pilule d'une manière non-optimale pour faire plaisir au pape?"
Aucune recommandation officielle ne dit que prendre la pilule en continu représente plus de dangers qu'une pilule qu'on interrompt. Comme le rappelle sur Twitter le médecin Martin Winckler spécialiste de ces questions, le seul risque est d'avoir quelques "saignements intermittents".
Oui vous pouvez prendre une pilule estroprogestative en continu. S'il s'agit d'une pilule dont les comprimés ne contiennent *pas tous* la même dose d'ep, vous risquez cependant d'avoir des saignements (spottings) intermittents. Plus d'infos : https://t.co/br5mb0X2hn
Sur son site, il expliquait en 2013 que la pilule en continu était en plus confortable pour certaines femmes, celles qui ont des migraines la semaine d'arrêt de leur pilule, celles qui souffrent de symptômes prémenstruels ou encore celles qui souffrent d'endométriose.
Dans ses nouvelles recommandations, la NHS explique qu'il n'existe pas de bienfaits pour la santé à interrompre sa pilule pendant sept jours. Et que certaines femmes, pour éviter d'avoir mal au ventre, peuvent prendre la pilule en continu. Le mieux étant quoi qu'il en soit de demander conseil à son gynéco.
Des résultats tronqués, où ne s’affichent ni les titres ni les images des articles de presse… Voilà ce à quoi, selon Google, pourrait ressembler le moteur de recherche si la directive européenne sur le droit d’auteur était mise en œuvre.
Certains internautes français ont eu la surprise de découvrir, ces derniers jours, des résultats de recherche Google à l’apparence étrange en tapant certains mots-clés. Des pages parfois très dépouillées, où les articles de presse remontant sur Google n’avaient plus d’images ni de titres, remplacés par des espaces vides, selon nos constatations.
Depuis que l'application GPS Waze a fait de sa ville un itinéraire intelligent, le maire de Lieusaint fait tout pour revenir en arrière. Ses riverains se plaignent de nombreuses nuisances.
Depuis plus d’un an et demi, les 12 000 habitants de Lieusaint, une ville située en Seine-et-Marne, subissent des nuisances quotidiennes. Parce que l’application GPS Waze a fait de leurs rues un itinéraire « intelligent », ils voient passer sous leurs fenêtres des flots ininterrompus de voitures. Le maire de la ville, Michel Bisson (PS), raconte cette histoire à Numerama.
Numerama : Que se passe-t-il exactement à Lieusaint depuis un an et demi ?
Michel Bisson : Il y a un peu plus d’un an et demi, on a commencé à voir arriver beaucoup de voitures dans Lieusaint. C’était tous les matins, entre 8 et 9 heures. Il faut savoir que la ville est bordée par l’autoroute A5 et la Francilienne, deux axes routiers majeurs. On a rapidement compris que l’application GPS Waze conseillait aux automobilistes qui s’y trouvaient de passer plutôt par Lieusaint pour gagner du temps.
Le problème, c’est que toutes ces voitures passent depuis 18 mois dans des quartiers résidentiels. Cela amène des nuisances sonores, de la pollution. Il arrive que les bus soient ralentis par ce nouveau trafic, et que des gens arrivent en retard ou ratent un train de ce fait.
Il y a enfin un problème de sécurité. Ce sont des quartiers dans lesquels passent des papas et mamans qui amènent des enfants à l’école et où il y a un collège, donc des enfants qui traversent. Fort heureusement, pour le moment, nous n’avons eu ni accident, ni d’augmentation significative du nombre d’infractions constatées.
Vous avez pris des mesures pour tenter de tromper l’algorithme de Waze. Lesquelles ?
Dès que l’on a compris d’où le problème venait, on s’est mis à organiser des réunions publiques. Nous nous sommes mis d’accord sur des solutions relatives à l’aménagement. On a par exemple transformé des voies à double-sens en voies à sens unique.
Il y a 6 ou 8 mois environ, on a également installé des feux tricolores supplémentaires. C’était assez délicat, car il fallait qu’ils ralentissent les utilisateurs de Waze, mais qu’ils ne pénalisent pas les riverains, sinon c’eut été une double-peine…
On les a donc placés dans des endroits relativement improbables. Il y en a par exemple à l’entrée de la ville, au niveau d’un passage piéton en bordure d’une forêt. On l’a volontairement réglé pour qu’il soit long : il reste une minute au rouge.
À l’inverse, on a fait en sorte de ne pas mettre de feu tricolore à la sortie de la ville, pour que les voitures qui y entrent puissent vite ressortir et désengorger les rues.
Waze a-t-il réagi ?
Pas vraiment. J’ai envoyé deux courriers : un au début de l’été 2018, puis le second à la fin de l’été. Je n’ai pas eu de réponse, mais c’est peut-être aussi parce qu’ils sont une petite équipe en France, et qu’ils n’ont pas beaucoup de pouvoir sur les algorithmes.
Puis quand on a commencé notre installation de feux tricolores à des endroits bizarres, les médias ont commencé à s’intéresser à notre histoire. J’ai alors réussi à entrer en contact avec un cartographe indépendant, qui travaille bénévolement pour Waze. Ensemble, on a cherché des solutions. Il m’a dit qu’on ne pouvait effectivement pas changer grand-chose à l’algorithme, mais qu’on pouvait le tromper un peu en ajoutant des paramètres.
Il a d’abord changé des voiries de catégorie. Sur Waze, il y a différentes catégories de routes, qui vont de la catégorie 1, les autoroutes, à la catégorie 6, de petites routes résidentielles. On a passé des routes en catégorie 6 et depuis, on a effectivement un peu moins de flux.
Une autre mesure efficace, ça a été de sélectionner d’autres trajets que ceux passant par Lieusaint comme étant des trajets « attractifs ». Dès le lendemain, on en mesurait les effets.
Au total, on a réussi à réduire le trafic de 40 à 50 % environ. Ce n’est pas réglé pour autant, alors on prévoit encore d’ajouter sur la carte des équipements publics comme les écoles, afin que l’algorithme se « dise » : ok, on va éviter les flux massifs dans le coin. Cela deviendra opérationnel en 2019 et on espère que les effets seront là. Sinon, nous avons prévu de baisser la limitation de vitesse de certaines rues.
Jusqu’où irez-vous ?
Je crois que l’important c’est de ne pas oublier l’intérêt général. Une ville aux États-Unis a interdit des routes aux non-riverains. Nous l’avons envisagé, mais ça nous semblait trop extrême. On a aussi pensé à passer des rues en sens interdit de 8 à 9 heures, mais il nous faudrait l’aval de la préfecture. En tant que commune, on ne fait pas non plus ce qu’on veut.
Pensez-vous que les collectivités ou le gouvernement devraient agir ?
Je sais que c’est un problème qui ne touche pas que Lieusaint. Il y a eu des problèmes de la sorte à Chateaufort, dans les Yvelines, à Versailles quand il y avait d’importants travaux dans le centre, et j’ai aussi été contacté par le maire du 7e arrondissement de Paris pour un souci avec Waze, dont je ne connais pas les détails.
À première vue, ça a l’air d’un micro-phénomène, mais je pense que c’est bien plus que ça. Ça pose la question de la maîtrise de l’espace public. Garantir la sécurité dans l’espace public, c’est un devoir pour nous. Les nouvelles technologies comme Waze apportent beaucoup de choses très positives, mais parfois, elles ont des effets pervers. Dans le cas présent, c’est le désordre dans l’espace public.
Il y a du coup un véritable enjeu pour les collectivités, qui me semblent dans un premier temps bien indiquées pour agir, plus que le gouvernement. Nous avons besoin d’instances de régulation.
Que se passera-t-il si on laisse faire les choses ?
Le risque, c’est que nos villes deviennent des villes servicielles. Aujourd’hui, on est davantage dans un système de villes citoyennes, où le public prime sur le privé. Si des applications comme Waze ont plus de pouvoir que nous sur l’espace public, ce rapport va s’inverser peu à peu.
Vous n’avez donc aucun pouvoir sur Waze ?
Non, puisque nous n’avons avec l’entreprise aucune relation contractuelle. De ce fait, on ne peut pas leur reprocher de ne pas respecter un contrat avec nous.
Contacté, Waze n’a pour le moment pas répondu à nos sollicitations.
Les articles 11 et 13 de la directive européenne sur les droits d'auteur font débat depuis des mois. Parmi ceux qui discutent du texte, des voix s'élèvent également contre eux, au point de suspendre les discussions.
Les discussions à propos de la directive européenne sur les droits d’auteur sont en pause. Une réunion qui devait avoir lieu prochainement pour en discuter a été annulée, a rapporté The Verge vendredi 18 janvier. Ceci est lié aux doutes émis par plusieurs représentants d’États membres de l’Union européenne à propos des articles 11 et 13.
Des dispositions difficiles à mettre en œuvre
Ces deux articles cristallisent depuis quelques mois maintenant l’essentiel des critiques faites sur la directive. L’article 11 doit créer un droit voisin au droit d’auteur pour les éditeurs de presse. L’objectif est de donner à ces derniers plus de poids pour pouvoir négocier l’utilisation de leurs contenus dans divers services en ligne.
copyright directive juri
Discussions sur la directive // Source : Julia Reda
L’article pose question, car il semble difficilement applicable. Il obligerait par exemple les internautes souhaitant ajouter en guise de source un lien vers un article de presse dans Wikipedia à d’abord demander au média de le citer. Pour les défenseurs des libertés numériques, une telle idée est déraisonnable, même si l’hypothèse d’une dérogation pour Wikipedia a été évoquée : d’autres projets similaires sur Internet pourraient être mis en danger. Ce texte selon certains, va même à l’encontre de ce qu’est le web, à savoir des pages hébergées sur des sites et reliées les unes aux autres par des liens hypertextes.
L’article 11 déplaît également à Google, qui pourrait se voir imposer une sorte de « taxe Google Actualités ». Celle-ci avait été mise en place en Espagne, et Google a préféré à l’époque fermer son service Google News dans le pays.
L’article 13, qu’on vous expliquait en détails dans un article, concerne lui les plateformes d’hébergement en ligne. Il a pour objectif de mieux protéger les ayants droit, c’est-à-dire les personnes ou entités qui détiennent des droits d’auteur.
L’article 13 de la directive européenne sur les droits d’auteurs fait peur aux vidéastes. // Source : Numerama / Pixabay
En l’état, il modifie le degré de responsabilité des plateformes comme YouTube, qui a mené une large campagne contre l’article 13. Il indique que l’entreprise, et d’autres, seront responsables des contenus qui sont publiés sur leur plateformes, et donc du respect des droits d’auteur dessus. Jusqu’à présent, les plateformes sont considérées comme de simples hébergeurs de contenus, et ne sont obligées de supprimer des contenus violant les droits d’auteur que s’ils lui sont signalés.
Comme l’article 11, l’article 13 pose de nombreuses questions, et pas seulement à YouTube. Sa mise en application semble pour le moment délicate, voire impossible.
Deux articles jugés trop restrictifs en l’état
Les représentants de 11 États membres semblent avoir entendu ces critiques. Ils ont annulé un sommet à venir en expliquant que la directive, notamment dans ses articles 11 et 13, était trop restrictive, et qu’elle risquait de pénaliser les créateurs en ligne.
Au mois de juillet, le Parlement européen avait déjà exprimé ses doutes concernant les deux articles controversés. Cependant, une version plus nuancée avait été approuvée au mois de septembre.
Les représentants des États ont jusqu’à la fin du mois de février pour valider une nouvelle version du texte.
Pierre-Yves Beaudouin est le président de l’association Wikimédia France.
Durant les débats de ces derniers mois, Wikipedia a été présenté comme un anti-droit d’auteur par de nombreux partisans de l’article 13. Née en pleine période de piratage massif de la musique, l’encyclopédie Wikipédia repose sur un système juridique basé sur le droit d’auteur et la création de son propre contenu. Le piratage n’a jamais été la règle et la communauté passe de nombreuses heures à expliquer et faire respecter le droit d’auteur. Les wikipédiens sont des créateurs comme les autres et sont régulièrement victimes de plagiat.
Les articles 11 et 13 de la directive Copyright n’en finissent plus de se mettre à dos les internautes. Après les chercheurs en informatique, les jeunes artistes, les bibliothécaires, les universitaires, les pères fondateurs d’Internet, les forges de logiciel open source, les makers ou de nombreux sites web (Medium, Qwant, Redditt, Twitch, Twitter, Vimeo, Youtube…) et la mobilisation des rédacteurs de Wikipédia, ce sont les Youtubeurs eux-même qui invitent les eurodéputés à ne pas généraliser à l’ensemble d’Internet le système de filtrage à l’œuvre sur Youtube. Pour couronner le tout, la pétition citoyenne n’en finit pas de grimper : 4,3 millions de signataires.
Malgré ces nombreuses protestations, le législateur et les gouvernements européens refusent de revoir leur projet. Au final l’article 13 va se traduire par la mise en place de solutions de filtrage automatique du contenu posté sur les plateformes par les internautes et restreindre la possibilité de diffuser du contenu, ce, au détriment de la possibilité de s’exprimer et de la liberté d’expression. Pire il ne prévoit pas de mécanismes suffisants pour permettre aux internautes de contester facilement les suppressions et les démonétisations de contenus injustifiées.
À force de compromis et tentatives de passages en force du texte, on ne voit plus très bien à quoi sert la directive. À l’origine, la Commission européenne a proposé de mettre à jour et d’harmoniser certains aspects de l’accès en ligne à l’information et à la connaissance dans l’Union européenne. Selon le législateur, l’émergence de nouveaux services, la possibilité de partager des informations et l’utilisation croissante de l’apprentissage automatique pour extraire des connaissances nécessitent une révision du cadre juridique de la législation européenne sur le droit d’auteur. Nous partageons ce point de vue et le mouvement Wikimedia est impliqué depuis 2016 dans les différentes phases d’élaboration de la directive.
Or il n’est plus question d’harmoniser le droit d’auteur au sein de l’Union européenne. Pas plus de le moderniser vraiment (règles concernant la fouille de texte incohérentes, exception User Generated Content et prise en compte de la culture du remix improbables, etc.) ou de favoriser l’innovation et l’émergence de nouveaux acteurs. La réforme du droit d’auteur sur Internet semble avoir été détournée de son objet initial pour simplement servir à réguler et obtenir plus d’argent de Youtube pour l’industrie musicale. Est-ce vraiment le but d’une directive européenne qui va s’appliquer dans l’espace économique européen pendant une vingtaine d’années ? Le seul article, le -14, qui fut rajouté lors des débats au Parlement européen, qui assurait une proportionnalité de revenus aux auteurs par rapport à l’argent créé autour d’un contenu posté est lui remis en cause lors des discussions du Trilogue entre Commission, Parlement et Conseil européen. Cela ne va pas en s’améliorant au fur et à mesure des versions du texte issues des discussions, c’est même de pire en pire.
L’exemption des startups et PME qui avait été proposée par le parlement, serait elle aussi remise en cause. Incohérent avec tous les discours tenus à longueur d’année sur l’importance d’avoir des plateformes européennes compétitives et de favoriser l’éclosion de champions européens. La responsabilisation immédiate des plateformes des contenus postés par les internautes est un frein énorme pour toute création de nouvelle plateforme. La réforme européenne souhaite imposer la technologie imparfaite de filtrage utilisée sur Youtube pourtant décriée à longueur de journée par les utilisateurs de la plateforme. De nombreux partisans de l’article 13 reconnaissent que cette technologie ContentID n’est pas au point et ne peut être généralisée à l’ensemble du contenu sur Internet : Ils estiment que la main invisible du progrès permettra à l’humanité d’avoir une technologie au point dans le futur qui reconnaîtrait les exceptions au droit d’auteur, fondamentales pour notre démocratie (information, éducation, parodie, remix, etc.). Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle voit le jour d’ici une vingtaine d’années (durée d’application probable de cette directive) et non dans un siècle. Un pari dangereux.
Concrètement, vous souhaitez diffuser un article ou une illustration sur une plateforme, il y aura un risque que la solution de filtrage automatique, déployée pour respecter la directive, rejette votre contenu ou bloque votre compte au bout de plusieurs tentatives alors que le contenu est parfaitement légal. Des vidéos de Bach ont bien été supprimées de Youtube, il est donc tout à fait imaginable qu’à l’avenir des tableaux de Léonard de Vinci ou des citations de Victor Hugo soient supprimées.
Pour construire Wikipédia, les bénévoles utilisent souvent du contenu posté sur d’autres plateformes (Internet Archive, Flickr, Youtube, etc.). Dès le niveau de la création de contenu, la directive va poser problème en terme de sources et restreindre l’accès des créateurs à un large public.
Selon moi, une directive réussie devrait permettre l’émergence d’un futur Wikipédia dans 5, 10 ou 20 ans. Si ce n’est pas le cas, c’est que la directive est néfaste à l’intérêt général. Je déplore que le débat n’ai pas reposé en France sur les bonnes questions et permis la préservation des piliers de l’éco-système d’Internet. C’est une question de préservation de l’environnement numérique qui a permis ce qu’Internet propose aujourd’hui de meilleur. Une génération entière d’européens s’oppose à la directive car elle en comprend les enjeux. Il semble que les législateurs de l’Union européenne en sont moins conscients et n’écoutent pas les questions légitimes de ceux qui font Internet, au jour le jour.
Plus d'information
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Pour la troisième année consécutive, le Ministère de la Culture organise la Nuit de la lecture le 19 janvier. Plus de 5 000 événements sont recensés sur le site dédié. Cette opération donne l’occasion de s’interroger sur le statut actuel de la lecture dans notre société contemporaine.
Et d’abord pourquoi faut-il une fête de la lecture ? Si on définit la lecture par l’activité de déchiffrage de texte, nos contemporains ne cessent de lire. Que ce soit dans la ville (signalétique, publicités), à leur domicile (factures, recettes, etc.) ou partout sur leur téléphone portable, ils passent leur temps à lire. La dernière enquête de Médiamétrie montre qu’en novembre 2018, 69 % de la population française s’est connectée tous les jours à Internet. Et le temps consacré aux écrans connectés est loin d’être négligeable puisqu’en moyenne, parmi les Français de 2 ans et plus, il est estimé chaque jour à 33 minutes sur ordinateur et 52 minutes sur téléphone portable.
Bien sûr, ils ne font pas que lire, ils accèdent à des vidéos, communiquent, écoutent de la musique, etc. Mais pour faire tout cela, ils ont recours à la lecture même si les assistants vocaux se développent. La lecture est donc omniprésente sur un support qui ne lui est pas historiquement associé. La lecture est en effet soutenue et défendue par le monde du livre. Le magazine Livres-Hebo (plus exactement son site web) relayait récemment l’estimation de Charles Chu selon laquelle les Américains pourraient lire plus de 200 livres par an avec le temps qu’ils consacrent aux réseaux sociaux. Sur France-Culture, Guillaume Erner pointait récemment la « disparition » dans les cinq dernières années de plus de 6 millions d’acheteurs de livres en Allemagne et leur migration vers les vidéos diffusées en streaming.
C’est que la lecture demeure largement reliée à l’imprimé et en particulier au support du livre. Des années 1960 à 90, elle a été pensée comme concurrencée par la télévision et aujourd’hui, le succès des écrans connectés auprès de toutes les générations constitue la nouvelle « menace ». La Nuit de la lecture prend donc place dans ce contexte de contestation à l’état pratique des formes institutionnalisées de la lecture par nombre de nos contemporains.
Au lieu de les laisser s’abandonner à l’appel d’Internet, il s’agit de leur rappeler les charmes et les vertus du papier. Notre nouveau ministre de la culture ne s’y trompe pas en décrivant la Nuit de la lecture comme « une fête ouverte à tous les lecteurs, quels que soient leur âge et leurs goûts ; une fête ouverte à tous les livres, quels que soient leur genre et leur format ». Il n’y a plus de mauvais livres ou de « mauvais genres » comme il en existait encore au temps où la lecture de romans policiers était vue avec mépris. Il s’agit de célébrer l’universalité de la lecture de livres.
Il faut dire que depuis 1973 les déclarations de pratiques intensives de lecture de presse et de livres connaissent une érosion régulière. Les enquêtes Pratiques culturelles des Français ont montré par ailleurs que chaque nouvelle génération lisait moins (de livres) que la précédente. Ce repli du livre est donc une tendance qui aura du mal à s’inverser.
Plus globalement, c’est le statut de la lecture dans notre société qui est remise en question. La culture littéraire ne fait plus partie des pratiques constitutives de la formation, du recrutement et de la vie des élites. Certes, notre ministre de l’Economie et des finances vient de faire paraître un récit, mais il est obligé d’expliquer qu’il l’a rédigé sur le temps de ses vacances et n’en tirera pas une légitimité supplémentaire.
Le fait est que le bac littéraire ne représente même plus un dixième du total des bacheliers en 2015. Les formations élitistes supposent des compétences mathématiques, juridiques, économiques. La lecture n’en est pas absente mais elle remplit une fonction instrumentale d’accès aux connaissances et n’est ni sa propre fin ni une source évidente de reconnaissance. Rares sont les romans faisant l’objet de débats au-delà du cercle du milieu littéraire. Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu en a fait partie au bénéfice du mouvement des gilets jaunes mais le dernier Michel Houellebecq, pourtant lancé à grand renfort de presse, a quitté bien vite l’actualité générale.
La Nuit de la lecture apparaît comme une réponse (modeste) à cet affaiblissement symbolique du livre dans notre société. Le monde du livre entend montrer et démontrer les charmes de la lecture. Comme les manifestations littéraires qui émaillent le territoire au printemps et à l’automne, au creux de l’hiver, elle vient rassembler les croyants et pratiquants du livre et au premier chef dans les lieux qui lui sont traditionnellement dédiés (bibliothèques, librairies, CDI). La Nuit sera donc avant tout un moment de communion des croyants et pratiquants autour d’une sorte de fétiche, pour les professionnels comme pour les amateurs. L’enquête sur les manifestations littéraires pour le Centre National du Livre montre que les publics de ces événements ont « plutôt le goût de la lecture et de la culture ».
Comment peut-on être lecteur ?
Si donc la lecture n’est plus une condition de la participation aux élites, pourquoi la lecture serait-elle encore d’actualité ? Si le livre n’est plus un support constitutif du statut des élites, il peut faire l’objet d’un investissement à titre personnel, encore plus facilement qu’avant. D’une pratique issue d’une contrainte sociale, la lecture devient un choix personnel. Et plusieurs sociologues n’excluent pas que l’érosion de la lecture soit en partie en trompe l’œil. Elle est en effet mesurée à travers la baisse des lectures déclarées. D’ailleurs, si le marché du livre tend à s’éroder ces dernières années (on attend -2 % pour 2018 d’après les dernières données GfK citées récemment par Livres-Hebdo), il ne s’est pas écroulé depuis les années 1970.
Nous serions confrontés à un affaiblissement de la place symbolique du livre autant (mais peut-être plus, ou moins) qu’à un recul de la lecture. Le repli de l’injonction à lire ouvre la voie à l’engagement personnel dans la lecture. Et la Nuit de la lecture cherche à s’adresser aux lecteurs par-delà leurs statuts. Le recours à l’idée même de nuit renvoie à ce moment de la vie où, avec l’obscurité, peut émerger une identité plus ouverte que celle du jour. Et sans surprise, de nombreuses animations auront lieu autour de l’idée de proposer aux lecteurs de choisir un livre qui leur est cher pour le lire en public, pour le faire découvrir à d’autres ou tout simplement pour l’emprunter dans un acte de liberté personnelle.
De la culture pour tous à la lecture pour chacun
Débarrassés de toute pression à la lecture, les adultes (parce que les jeunes sont toujours sous l’emprise du « il faut lire ») peuvent construire leur pratique à travers la diversité de ce qui les constitue (histoire personnelle, rencontres, loisirs, etc.). Certains cherchent à en faire le cadre d’un partage mais tous participent à un éclatement des références collectives. Derrière les quelques titres phares se cache une diversité considérable non seulement dans la production éditoriale (plus de 68 000 titres publiés l’année dernière) mais aussi dans les lectures telles que nous les révèlent les statistiques de ventes ou d’emprunt.
Olivier Donnat a montré que les livres vendus à moins de 10 000 exemplaires représentaient 63 % du total des ventes de livre en 2016. De son côté, le palmarès des prêts et des acquisitions en bibliothèque 2017 révèle que les 1 000 titres de livres les plus empruntés ne représentent que 12 % du total des 13 millions de prêts étudiés. Comme notre société dans son ensemble, la lecture est confrontée au défi de conjuguer les échelons individuels et collectifs.
Beaucoup de gens aujourd'hui changent de métier au moins une fois dans leur vie. Mais qu'en était-il au Moyen Âge?
«Que chacun reste dans sa profession sans jamais en changer.» Ainsi s'ouvre l'un des capitulaires de Charlemagne, émis dans les premières années du IXe siècle.
Aujourd'hui, les reconversions professionnelles n'ont jamais été si nombreuses: environ 9% des actifs et actives ont au moins une fois dans leur vie changé de métier. Derrière ce phénomène, on devine évidemment les effets délétères de la crise –près d'un tiers des reconversions se font après un licenciement– mais aussi la volonté d'un grand nombre de personnes d'avoir un travail qui leur plaise. Selon les statistiques officielles, plus de la moitié des reconversions sont en effet volontaires, même si ce pourcentage change beaucoup en fonction des domaines professionnels et de l'âge de celles et ceux qui changent de travail.
Qu'aurait donc pensé Charlemagne? Il faut réinscrire l'interdiction dans son contexte: à quoi pense l’empereur d’Occident lorsqu’il interdit ainsi à quiconque de faire un autre métier? Le terme latin utilisé est professio qui désigne au Moyen Âge une déclaration publique, et en particulier une déclaration de religion (c'est la «profession de foi»). Autrement dit, ce que vise Charlemagne ici, ce sont les clercs: ceux-ci ont en effet prononcé des vœux qui leur interdisent de quitter leur habit.
Cela dit, la suite du cartulaire précise immédiatement que les laïcs doivent eux aussi rester dans leur condition. Avec cette double précision, Charlemagne ne cherche pas à empêcher les reconversions professionnelles, mais à limiter au maximum la mobilité sociale. C'est bien ça qui fait peur: qu'un cordonnier devienne boulanger, tout le monde s'en moque (sauf ceux qui achètent son pain, mais c'est une autre histoire). Mais qu'un paysan devienne artisan, un artisan chevalier ou un clerc laïc: là est le danger. De tels changements brouillent en effet les frontières sociales, et risquent de conduire le monde au chaos. Si vous songez à vous reconvertir, aucune pression...
On connaît de nombreux exemples d'ascension sociale au Moyen Âge, en particulier à la fin de la période: des hommes partent de rien et, à force d'études, de travail, avec un coup de chance par-ci et un mariage habile par-là, obtiennent des postes importants, souvent synonymes de richesse et de gloire. Ainsi d'Audoin Chauveron, qui devient prévôt de Paris en 1381 ou encore Marco Polo, qui prétend que ses compétences linguistiques valent qu'on l'appelle «messire».
Mais cette mobilité sociale, importante, est généralement très mal vue. La société médiévale est une société d'ordres très attentive aux distinctions sociales et aux signes qui permettent de les repérer.
En interdisant les changements, Charlemagne fixe donc un idéal de stabilité: tout le monde à sa place, aucun changement, aucune évolution. Cet idéal, jamais atteint, participe de la construction de l'empire carolingien et contribue évidemment à mettre en valeur l'autorité du souverain: si personne n'a jamais le droit de changer de statut, cela revient à dire que le souverain ne craindra jamais aucune révolte ni aucun coup d'État –idée très importante pour les Carolingiens qui ont eux-mêmes pris le trône après un renversement politique. Cet idéal de stabilité est donc également un idéal de hiérarchie: quand tout le monde occupe une place fixe, il est facile de savoir qui est au-dessus de qui.
La méfiance profonde envers la mobilité professionnelle dure plusieurs siècles: au XVIIIe, Diderot écrit encore que «rien n'est plus funeste à la société que ces émigrations insensées» d'un métier à un autre. Au contraire, la pensée révolutionnaire va placer la mobilité sociale au cœur de la construction d'une société juste, composée de personnes égales. Comme l'écrit Rousseau, «tous les états sont indifférents, pourvu qu'on puisse en sortir: les gueux sont malheureux parce qu'ils sont toujours gueux».
Pouvoir changer de métier est donc une chance énorme. La mobilité professionnelle met en évidence notre liberté individuelle dans la construction de nos vies: on peut, plus ou moins facilement certes mais en tout cas sans blocage juridique, exercer n'importe quel métier.
Mais elle indique également que nous savons, plus aisément que les gens du Moyen Âge, prendre une certaine distance par rapport aux hiérarchies sociales et politiques: même si les inégalités économiques sont beaucoup plus importantes aujourd'hui qu'au Moyen Âge, le nombre de reconversions indique que nous refusons de figer ces hiérarchies. N'importe qui peut devenir n'importe quoi. À nous de savoir, pour parler comme Rousseau, sortir des états qui nous rendent malheureuses ou malheureux.
Exit les cavernes d’Ali Baba où tissus, rubans, ciseaux et pelotes de laine s’entassaient dans les cartons et la poussière. Un temps menacée de disparition définitive, la mercerie se réinvente quitte à viser un marché bien différent des origines.
La mercerie n’est pas morte. Mais elle revient de loin. De très loin même. Le métier remonte au Moyen Âge. «Marchand de tout, faiseur de rien», le mercier, à la différence des artisans qui ne commercialisent que leur production, vend les articles fabriqués par d’autres. Ce privilège fait son originalité, sa force et sa fortune. La mercerie est une corporation mais, cela tient presque de l’oxymore, une «corporation ouverte». Ouverte aux hommes comme aux femmes, ouverte aux Français comme aux étrangers, ouverte à la couture et à la broderie comme à la joaillerie et à la quincaillerie.
Sa diversité et son esprit d’ouverture lui permettent de surmonter avec succès l'abrogation des corporations par la Révolution. De ce premier acte de la libéralisation du marché français, la mercerie sort quasi indemne et pleine d’espoirs. Le développement de la mode et des premières maisons de couture au début du XIXe siècle lui ouvre même des perspectives de développement a priori sans limite. N’est-elle pas la forme la plus aboutie du commerce, un commerce généraliste, définitivement détaché de l’artisanat?
Incontestablement. À une réserve près: l’histoire du commerce moderne est riche en remises en cause brutales des positions acquises. La mercerie en fait l’amère expérience avec l’apparition du grand magasin, un redoutable concurrent. Même métier, mais à une autre échelle. Le changement semble aussi spectaculaire que celui de la grande distribution dans les années 1970-1980 ou du e-commerce dans les années 2000.
C’est bien simple: Au Bon Marché se présente comme la super-mercerie du XIXe siècle. Des clientes émerveillées découvre sous un même toit un choix inédit et incroyable de soieries, bonneteries, dentelles... Stupéfaits, les merciers pensent leur dernière heure arrivée. Heureusement pour la profession, les grands magasins s’adressent surtout à la bourgeoisie présente dans les plus grandes villes. Les perspectives ne sont plus aussi riantes qu’avant mais la mercerie résiste.
En fait, le plus difficile reste à venir. Après l’apparition de l’industrie textile au XIXe siècle et du grand magasin, la profession subit un second choc, bien plus terrible, avec l’essor du prêt-à-porter et de la distribution spécialisée à la fin du XXe siècle. Jusque-là, le sort de la mercerie est intimement lié à au marché de la confection artisanale. On a du mal à l’imaginer aujourd’hui mais depuis des siècles, le peuple fabrique et reprise ses habits quand les plus riches les font faire. Cette réalité alimente l’activité des merciers mais aussi des tailleurs et des couturières.
Encore en 1950, la confection en série ne représente qu’un quart de la production de vêtements aux États-Unis et ce n’est qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que le concept révolutionnaire du ready-to-wear fait son apparition en Europe. Changement d’ère. Plus la peine de fabriquer ou de faire fabriquer ses vêtements, l’industrie s’en charge, et pour pas cher. Une révolution au moins aussi considérable que la machine à laver! La France passe de près de 6.000 merceries dans les années 1980 à seulement une poignée au début des années 2000.
Mais les merciers ont la mémoire courte. Pour eux, comme pour tous les métiers aujourd’hui éprouvés, les grandes surfaces sont toutes désignées pour fournir d’excellents coupables. Maryvonne Le Gac, mercière à Belle-Île-en-Mer dans le Morbihan comme sa mère et sa grand-mère, témoignait en 2016 dans Ouest-France: «Jusqu’aux années 1970, il y avait vingt-six épiceries, cinq boucheries, quatre charcuteries, quatre drogueries, six magasins de vêtements et de tissus. La première grande surface s’est construite en 1971. Tout s’est dégradé, les boutiques ont commencé à fermer». Un réflexe compréhensible mais qui oublie un peu vite que c’est avant tout le prêt-à-porter qui a plongé le métier dans la crise.
Et pourtant. Après avoir frisé les cimes du succès, la mercerie sait aussi repriser les bas. Depuis quelques années, une embellie pointe le bout de son nez. Des merceries refont leur apparition dans les centres-villes en surfant sur la vague du do it yourself (DIY). Ce n’est plus la nécessité qui fait loi mais celle du plaisir. Ce nouveau hobby venu de la culture anglo-saxonne a pris, ces dernières années, une véritable ampleur dans l’Hexagone et pousse de plus en plus de gens à customiser, relooker, créer des objets en tout genre. Cette pratique se retrouve aussi bien dans la mode que dans le bricolage, la décoration...
D’après un sondage OpinionWay réalisé en 2013, 61% des Français et Françaises pratiquent le fait main. Les raisons? Occuper leur temps de manière agréable (32%), réaliser des objets personnalisés (50%) mais surtout faire des économies pour 52% des personnes sondées. En ces temps de crise, le recours au DIY est effectivement un bon moyen d’alléger l’addition. C’est particulièrement vrai en matière de bricolage. Les garages solidaires en sont une parfaite illustration. Dans ces structures, les adhérentes et adhérents peuvent entretenir ou réparer leurs véhicules eux-mêmes sous le regard judicieux de mécaniciennes et mécaniciens professionnels à moindre coût.
Spécifique aux merceries, le tricot fait aussi des adeptes. Loin des vieux clichés de grands-mères tricotant sur leurs rocking chairs, de nombreuses personnes se passionnent de nouveau pour l’art de la laine et du fil. Cette activité connaît bel et bien un second souffle, et notamment sous l’influence des célébrités qui avouent ce penchant. «Que les stars s’y mettent et le fassent savoir comme Julia Roberts, tout de suite, cela devient plus glamour», commente Isabelle Pollet, responsable de projets chez Carlin International dans un article des Echos. Grazia révélait même, il y a quelques années, que l'acteur américain Ryan Gosling s’adonnait parfois à quelques rangs de mailles. Parce que oui, les femmes ne sont pas les seules amatrices de cette activité: une étude Ipsos révèle que 51% des hommes désireraient apprendre le tricot! Quelle manne pour les merceries!
Du commerce pour tous au commerce pour les bobos
S’il est vrai que la tendance DIY a mis la lumière sur les merceries, cela ne suffit pas, loin de là. Ambitionnant de conquérir un public beaucoup plus jeune qu’auparavant, elles ont dû innover pour tirer leur épingle du jeu. Du coup, les merceries d’aujourd’hui sont bien différentes des capharnaüms d’antan. La monoactivité n’est plus forcément la norme.
Parallèlement à leur activité principale de vente d’objets de couture, certaines de ces merceries d’un nouveau type proposent aussi bien des cours pour les novices que des espaces de détente où la clientèle peut profiter d’un thé. À Paris, La Mercerie fine située dans le XIe arrondissement s’inscrit dans cette tendance. La boutique propose par exemple trois types d’ateliers: des cours de couture, de tricot et de crochet.
Côté couture, les workshops s’animent sur différents plans, selon les besoins: coudre pour bébé, accompagnement de projet… et sur des thématiques comme réaliser un sac de sport ou encore coudre un tote bag, chouchou de la mode parisienne. Si la soif vous gagne après quelques crochets, la mercerie propose également un espace café décoré de coussins confectionnés par la gérante. On est donc loin de l’image vieillotte du bazar de couture.
À l’heure du e-commerce, les merceries ont également investi la toile. Elles sont de plus en plus nombreuses à s’ouvrir à la vente en ligne. Des exemples? La célèbre Maison Sajou pour ouvrages de dames créée en 1805. Près de 200 ans après son ouverture, en 2005, la mercerie parisienne connaît une renaissance grâce à son site internet.
Autre cas illustratif: l’entreprise Paritys fondée en 1946, devenue Frou-Frou Mercerie Contemporaine. Disposant de deux points de vente dans Paris, la mercerie familiale dispose d'un site sur lequel toute une gamme de produits et de tutoriels sont proposés. Les réseaux de mercerie ne restent pas à la marge de ce phénomène.
Phildar, détenteur de 1.250 points de vente en France, Belgique et aux Pays-Bas, a aussi entamé sa mue depuis le début des années 2000. Leader français du fil à tricoter, la marque a lancé en avril 2003 une nouvelle version de son site. Ce dernier met en situation les consommatrices qui se lancent dans le tricot. Des fiches sont régulièrement publiées: certaines proposent jusqu’à l’intégralité des informations nécessaires pour réaliser un modèle, d’autres sont des compléments d’explication pour des modèles présentés dans des magazines comme Femme Actuelle. Tous les ustensiles et conseils nécessaires à la création sont par ailleurs disponibles à l’achat en ligne.
Reste à relativiser la portée de ce nouveau rebond de la mercerie. Les commerces renaissent dans les villes d’une certaine taille, la plupart du temps dans des quartiers fréquentés par une population disposant d’un pouvoir d’achat élevé. Il n’est pas permis à tout le monde de pouvoir s’offrir un cours de couture avoisinant les quarante euros (prix pour coudre un tote bag à La Mercerie fine). Alors, dernier snobisme pour bobos des villes? Sans doute un peu. Il n’en reste pas moins que le marché reprend confiance en lui. A Little Market, une petite start-up française spécialisée dans le fait main qui a vu le jour en 2008, a été rachetée en 2014 pour 75 millions d’euros par Etsy, le géant américain du secteur.
Finis les essais gratuits qui se transforment en abonnement ! MasterCard demandera désormais des autorisations.
(CCM) — Si cela ne vous est jamais arrivé vous connaissez sans doute quelqu'un qui a connu cette mésaventure bien trop courante : après l'essai gratuit d'un service, on se retrouve soudainement prélevé sur son compte bancaire de la somme d'un abonnement non-désiré et dont il est bien difficile de se débarrasser… Face à cette désagréable pratique, MasterCard a décidé d'imposer de nouvelles règles aux commerçants.
Dans son communiqué de presse (lien en anglais), l'entreprise américaine de système de paiement indique que les commerces - qu'il soient en ligne ou non - devront bientôt demander une autorisation spéciale pour tout prélèvement régulier sur le compte du détenteur d'une carte bancaire Mastercard. Une fois l'autorisation donnée, le commerçant devra envoyer avant chaque échéance un courriel ou un texto indiquant la date du prochain prélèvement, son montant ainsi que des informations pour se désabonner si l'on ne souhaite plus être prélevé.
Une très bonne nouvelle pour toutes les personnes victimes d'une arnaque ou qui se sont rendues compte trop tard qu'elles ont fait le mauvais choix, ou plus simplement pour toutes les têtes-en-l'air qui oublient fréquemment de se désabonner. En revanche, Mastercard n'a pas indiqué à partir de quand ce changement serait effectif, ni s'il serait accessible à tous ses clients dans le monde. Quoiqu'il en soit, on ne peut que saluer cette très bonne idée et souhaiter que d'autres services de cartes bancaires comme Visa ou American Express fassent de même.
Le Défenseur des droits met en garde contre une dématérialisation à "marche forcée" des services publics et certaines "dérives" dans le passage progressif au tout numérique, qui se traduit "pour beaucoup d'usagers par un véritable recul de l'accès" aux droits.
Car si ce "processus inéluctable et fondamentalement positif" constitue un "progrès", il ne doit "laisser personne de côté", surtout pas les plus vulnérables, personnes âgées et détenus en tête, juge dans son rapport "dématérialisation et inégalités d'accès aux services publics" le Défenseur des droits Jacques Toubon, autorité indépendante notamment chargée de veiller au respect des droits et libertés par l'administration.
Dans ce rapport qui sera présenté jeudi et dont l'AFP s'est procuré copie, il s'appuie sur les milliers de réclamations reçues de la part des usagers pour étayer, de façon très détaillée, les insuffisances parfois "inacceptables" des administrations en ligne et le retard dans la mise en ?uvre du plan gouvernemental qui prévoit le passage de l'intégralité des services publics sur internet à l'horizon 2022.
Cet "objectif ne sera pas atteint si l'ambition (...) se résume à pallier la disparition des services publics sur certains territoires et à privilégier une approche budgétaire", tacle ainsi M. Toubon. A fortiori, souligne le rapport, si la transformation "est mise en place à +marche forcée+, sans tenir compte des difficultés bien réelles d'une partie de la population".
Il évoque par exemple la "fracture numérique" particulièrement évidente dans les 541 communes classées en "zone blanche" et donc dépourvues de toute connexion à internet, ce qui entraîne une "rupture d'égalité" et une "entrave à l'accès aux services publics" dans des zones par ailleurs enclavées.
Le Défenseur des droits prend ainsi l'exemple d'un homme radié de Pôle emploi après deux rendez-vous manqués avec son conseiller. "Or, Monsieur X. réside dans un secteur qualifié de +zone blanche+ et n'a jamais reçu à temps les mails de convocation et les SMS sur son téléphone portable."
De fait, dans un pays où l'on consacre 1H50 par mois aux démarches administratives, comment franchir le cap lorsqu'on n'a pas d'ordinateur (comme 19% des Français) ou d'accès à internet?
Un couple de personnes âgées en Guadeloupe, illustre le rapport, n'a ainsi jamais pu consulter la notification de suspension de son allocation aux adultes handicapés, et les deux seniors de 75 et 86 ans n'ont donc pas pu formuler de recours à temps.
Parfois, les situations sont tout simplement kafkaïennes: comme pour ce demandeur de certificat d'immatriculation qui n'a jamais pu transmettre ses justificatifs car les pièces jointes étaient limitées à un volume d'1 Mo (méga-octet) tandis que ses documents en faisaient 1,2. Ou ce détenu à qui l'on demande une photo d'identité, omettant, peut-être, qu'il n'y a pas de cabine photographique en prison.
Face aux dysfonctionnements décrits sur 71 pages, l'autorité indépendante émet plusieurs recommandations, dont la principale va à l'encontre du principe-même du tout numérique: conserver une alternative, pour qu'aucune démarche administrative ne soit accessible "uniquement par voie dématérialisée".
Le Défenseur des droits réclame aussi une "clause de protection" permettant à l'usager de ne pas être tenu pour "responsable" en cas de problème technique ou encore de repérer les personnes "en difficulté avec le numérique" grâce à des tests lors de la journée défense et citoyenneté.
En particulier, il souligne l'importance de ne pas marginaliser davantage les sans-abris, les handicapés, les étrangers, cette "file invisible" en ligne qui "parvient encore moins qu'auparavant à accéder aux guichets".
Car, résume le rapport, "un service public dématérialisé reste un service public avec tout ce que cela impose de contraintes". File d'attente comprise.
Free diffuse une mise à jour pour le Freebox Delta Server. Elle corrige essentiellement plusieurs problèmes.
Ce n'est pas la première mise à jour de maintenance du Freebox Delta Server à proprement parler, mais c'est la première à être signaler par un billet de blog des développeurs Freebox. La raison est qu'elle corrige des soucis qui avaient fait largement réagir.
Une correction concerne ainsi l'Internet hybride présenté comme l'intégration de la technologie 4G et l'agrégation avec le xDSL afin d'obtenir le meilleur débit possible sur une ligne de cuivre. Il s'agit essentiellement d'une répartition de charge (sur laquelle l'utilisateur n'a pas la main) pour une amélioration de la bande passante le cas échéant.
Selon les notes de version, un problème corrigé empêchait l'agrégation 4G de se déclencher quand le débit DSL était trop faible, tandis qu'un autre rendait impossible la connexion au serveur avec la 4G activée.
Un autre bug était en rapport avec l'activation du mode Bridge qui ne fonctionnait pas correctement pour le Freebox Delta Server en FTTH. Un tel mode permet une utilisation comme un modem, sans routeur.
Freebox-Delta-Server
Outre les corrections, il est en outre mentionné une amélioration avec le support du mode 160 Mhz sur le Wi-Fi. La mise à jour est estampillée 4.0.4 et sera appliquée après redémarrage.
Les corrections citées :
Agrégation 4G ne se déclenche pas quand le débit DSL est trop faible
Accès externe non fonctionnel si agrégation activé
Mode Bridge sur Delta (FTTH) ne fonctionne pas correctement
VPN client non fonctionnel sur le service Téléchargement
Certificat OpenVPN server renouvelé à chaque redémarrage du serveur Delta
Etat du signal LTE rapporté erroné et états incohérents
Module absent détecté dans slot
Pas de détection du pont ou ampoules HUE
Somfy RTS
Perte synchro SOMFY RTS
Freebox et Somfy / IO / TahomaEntre les bugs en série, les tarifs confus et les retards de livraison, la sortie de la nouvelle Freebox a été assez mouvementée. Mais les choses s'améliorent.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'accouchent de la nouvelle Freebox – nom de code V7, nom officiel Delta – ne n'est pas déroulé sans douleur. Attendue depuis des années, retardée à de multiples reprises, elle a finalement été présentée le 4 décembre dernier avec la promesse d'être au pied du sapin. Las, si la nouvelle box haut de gamme de Free a agréablement surpris par ses caractéristiques techniques, elle a très vite suscité des critiques, notamment en raison de son tarif, à la fois confus et élevé (voir actualité).
Le fait de devoir non seulement acheter la boîtier Player – signé Devialet – mais aussi s'acquitter de frais de mise en service et de migrations – pour les anciens abonnés – a immédiatement engendré la grogne de nombreux utilisateurs, et rapidement attiré les foudres de l'UFC-Que Choisir (voir actualité), qui a sommé Free de revoir sa politique tarifaire. Avec des signes évidents de panique, l'opérateur a heureusement rectifié le tir assez rapidement en revoyant son offre avec des tarifs plus clairs et allégés, grâce à des options (voir actualité). Tout en proposant une formule sans Player, la Delta S, pour répondre à la demande de clients déjà équipés d'un boîtier multimédia (voir actualité).
Pour autant, les premiers utilisateurs de la Freebox Delta ont eu droit à quelques mauvaises surprises, avec des dysfonctionnements parfois gênants (voir actualité). Pire, les anciens abonnés qui avaient choisi de migrer en troquant leur "vieille" Freebox contre la nouvelle ont visiblement été servis bien après les nouveaux clients, fraîchement appâtés. Y compris ceux qui avaient passé commande dès le premier jour ! Certains n'avaient toujours rien reçu la semaine dernière, un mois après le lancement. Face à ce manque de réactivité et de reconnaissance de fidélité, une pétition a même été mise en ligne sur le site Change-org. Là encore, Free, qui pratiquait l'autruche durant cette période délicate, a fini par envoyer un mail d'excuses à ces fidèles clients, expliquant que le retard était du à une demande supérieure aux prévisions, et surtout, indiquant que les frais de migration seraient offerts aux lésés. Un geste qui semble avoir calmé les esprits.
Dans le même temps, on a commencé à voir apparaître sur des sites spécialisés comme LeBonCoin des annonces proposant des boîtiers Devialet d'occasion "quasi neufs". Et pour cause : elles émanent d'abonnés de la première heure, déjà équipés d'un système multimédia de qualité, qui avaient passé commande avant la disponibilité de l'offre Delta S sans player, et qui se retrouvaient donc avec du matériel en doublon. Avec des prix variant entre 350 et 500 euros – contre 480 euros pour le modèle neuf –, pas certain que ces boîtiers trouvent preneur, d'autant que rien n'est prévu pour la garantie et que certains services liés à la ligne ne fonctionnent pas ailleurs que chez l'abonné initial...
Mais la période de trouble semble toucher à sa fin, et les problèmes commencent à se régler. Ainsi, Free vient de publier une première mise à jour "majeure" pour la Freebox Delta, qui corrige de nombreux bugs de jeunesse concernant aussi bien la fameuse agrégation ADSL-4G que le Wi-Fi ou les objets connectés (voir la liste complète et détaillée sur le site des développeurs de Free).
Par ailleurs, signalons que le site Univers Freebox a lancé un site dédié à la Freebox Delta pour regrouper toutes les infos et les astuces liées à cette box résolument différente. De quoi soutenir activement les pionniers.
Les formes de mobilisations actuelles sont la conséquence des défaites sociales des dernières années, après des grèves et des manifestations qui mobilisaient pourtant des millions de personnes, sur les retraites, le code du travail ou la SNCF.
Tribune. L’état de droit est consubstantiel à la démocratie, tout comme le sont les mouvements sociaux, nul n’en doute. Or, au moment où le gouvernement cherche à accroître l’arsenal répressif pour contrer certains effets de la mobilisation sociale, une confusion importante s’installe qui empêche de voir clairement.
Un mouvement social ne se réduit pas à la manifestation d’une idée. Le mouvement social doit pouvoir agir sur un double terrain. D’une part, il manifeste dans l’espace public afin de convaincre les autres citoyens, la presse, le gouvernement, d’autres acteurs collectifs comme les associations, les partis, les syndicats, les organisations patronales. D’autre part, il descend dans l’arène défendre ses intérêts, doit pouvoir établir un rapport de forces avec un autre agent avec lequel il entre en conflit, le gouvernement, un autre groupe social, un autre acteur plus ou moins institué. Ainsi, les mouvements écologistes agissent à la fois sur l’opinion afin de faire prendre conscience de leur cause, et en même temps font barrage à des projets industriels, agricoles, gouvernementaux. Les agriculteurs bloquent parfois des routes et réclament des aides pour des activités menacées. Les étudiants occupent leurs institutions et manifestent dans la rue en opposition à une réforme.
La grève, acquis majeur de la démocratie contemporaine
Le mouvement ouvrier s’est constitué dans la maîtrise de ces deux cordes et il a réussi à intégrer ce double visage de la mobilisation dans le droit : la manifestation et la grève. Très tôt, les travailleurs ont compris que le seul mouvement d’opinion ne suffisait pas. Leur cause a rendu nécessaire un autre mode d’action. La grève reconnue par le droit est l’un des acquis majeurs des démocraties contemporaines. Elle a permis aux travailleurs de retirer leur contribution à la vie sociale, ou si l’on préfère à la production du bien commun. Mettant la production et les services en panne lorsqu’il ne travaille pas, le travailleur peut, en conséquence, exiger une rétribution qu’on considère plus juste. Mais la grève repose sur la possibilité de vaincre la volonté du patron ou du gouvernement, de leur faire opposition.
Les formes adoptées aujourd’hui par les mobilisations sociales sont en grande partie la conséquence des défaites sèches subies ces dernières années par les mouvements sociaux. Manifestations et grèves n’ont pas réussi à arrêter la réforme du système des retraites ou du code du travail, le statut de la SNCF ou des universités, même lorsqu’elles ont mobilisé des millions de personnes. La débâcle du mouvement social s’explique par des facteurs économiques et politiques. Parmi les premiers, les changements dans la valorisation du capital grâce aux évolutions technologiques et à la mobilité résultant de la libéralisation des échanges économiques ont rendu le capital difficile à toucher. Parmi les seconds, la détermination des gouvernements, le transfert des décisions à des instances supra-gouvernementales comme l’Union européenne, l’impossibilité de prendre en compte l’abstention électorale et la montée en puissance de la parole technocrate devant la parole politique. Et quand la grève s’est montrée efficace, comme dans le cas des grèves de transports, une attaque politique directe s’est déployée accusant le mouvement social de «prendre les usagers en otage».
Les gilets jaunes ont réussi là où les banlieues ont échoué
Des lois ont été votées pour limiter l’efficacité de la grève, comme la loi n°2007-1224 de 2007 «sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs». Là où les conditions économiques ne se suffisaient pas pour affaiblir la grève, comme dans l’industrie, les gouvernements ont cherché à réduire l’efficacité de l’action collective. La démocratie se perd quand on coupe l’une des deux ailes du mouvement social. Il est de plus en plus difficile d’établir un rapport de forces par la mobilisation collective. Et la grève mise à part, toute action visant à établir un rapport de forces a été rendue illégale. Les espaces du mouvement social sont réduits à néant. Seule la manifestation des opinions dans l’espace public semble permise. Mais nombreux sont ceux qui ont le sentiment de ne pas être écoutés.
L’une des causes de la violence qui éclate devant nous se trouve dans cette quasi-impossibilité d’établir un bras de fer avec un adversaire identifié. Elle n’est pas exclusive aux «gilets jaunes», nous l’avions déjà observée au sein des «banlieues» et ailleurs. Si les premiers ont jusqu’ici réussi c’est parce qu’ils sont parvenus à rétablir les deux versants de la mobilisation : rapport de forces et manifestation publique. La grève ayant perdu son efficacité, ils occupent le territoire et coupent les ronds-points. Le barrage vient dire, «tant qu’il ne nous sera pas faite une place juste et digne dans l’avenir, nous ne libérerons pas la route». Ils se rendent visibles par leur gilet et manifestent violemment dans les quartiers qui représentent le luxe et le pouvoir. Or, comme dans le cas des banlieues, la violence a ici une fonction notamment expressive bien qu’elle ne soit pas totalement déconnectée du bras de fer. C’est pourquoi elle a lieu aux Champs Elysées et non pas dans le rond-point. Les gilets jaunes ont réussi là où les banlieues ont échoué. Eparpillés dans tout le territoire national ils ont trouvé un symbole qui leur confère une identité, ont désigné clairement un adversaire (le gouvernement, les technocrates et les riches), ont inventé un mode d’action qui redonne à la mobilisation les deux lignes d’action qui lui sont indispensables. Ils donnent le sentiment que la démocratie française est habitée par un peuple dont il faut tenir compte.
Le gouvernement risque de nuire à la légitimité de la loi
Incapable d’articuler une réponse politique sans abandonner son projet de libéralisation de la société et de l’Etat, le gouvernement s’apprête à redoubler l’arsenal répressif. Mais les classes populaires qui se sont intégrées à la démocratie contemporaine grâce à l’institutionnalisation de l’Etat social ne peuvent se résigner à la défaite et à l’acceptation pure et simple d’un modèle économique, social et politique qui leur est imposé. Le gouvernement invoque l’état de droit et la démocratie représentative. Or, il rétrécit le droit autant qu’il étend l’espace de ce qui est illégal. Il risque de nuire à la légitimité de la loi, d’éroder la légitimité d’exercice de la force publique, d’instrumenter la police en corps de défense de l’ordre.
Il voudrait réduire l’opposition sociale à la seule manifestation d’une opinion et rendre impossible toute action de force. Il gagnera peut-être ainsi la bataille. Mais non seulement il condamnera durablement les perdants de la mondialisation à la défaite, apprenti sorcier, il mettra en péril la démocratie et créera les conditions de confrontations de plus en plus violentes dont il sera difficile de sortir. L’espace de la démocratie se resserre sous nos yeux.
Denis Merklen professeur de sociologie, Université Sorbonne Nouvelle
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POLITIQUE - Enfin une polémique soigneusement évitée. En s'exprimant devant des maîtres-boulangers à l'occasion de la traditionnelle galette des rois de l'Élysée, ce vendredi 11 janvier, Emmanuel Macron a certes provoqué un début controverse. L'interprétation d'une phrase alambiquée évoquant "le sens de l'effort" des Français oppose en effet les partisans et les adversaires politiques du président de la République. Mais avant de disserter sur les vertus du travail et du mérite, Emmanuel Macron s'est bien gardé d'enflammer un autre sujet qui, lui aussi, divise le pays.
Doit-on dire "pain au chocolat" ou "chocolatine"? En évoquant cette question clivante devant les boulangers, le chef de l'État s'est bien gardé de mettre les pieds dans le plat. "Je ne veux pas ici rentrer dans la polémique ô combien trop difficile pour moi entre la chocolatine et le pain au chocolat" s'est-il défaussé. Et Emmanuel Macron de faire valoir l'unité du pays en s'abritant derrière une confortable "position de neutralité".
Pourtant à l'Assemblée en mai dernier et au Sénat en juin, son gouvernement avait pris parti contre "l'amendement chocolatine" déposé par des parlementaires LR. "Est-ce vraiment une question du niveau du Parlement?", s'était demandé le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, lors de discussions expéditives dans les hémicycles qui rappelaient les dialogues... d'une parodie de Star Wars mis en ligne sur Youtube en septembre 2017 dans laquelle Obi-Wan, pro pain au chocolat, tente de raisonner Anakin de la team chocolatine, comme le montre notre montage vidéo.
Autre indice montrant que l'Élysée manque vraiment de neutralité en la matière: Guillaume Gomez, chef des cuisines à l'Élysée et parisien de naissance, a lui aussi pris parti en faveur de la team pain au chocolat, en publiant en novembre sur Twitter une photo de viennoiseries accompagnée du hashtag "#TeamPainAuChocolat". La riposte du camp sudiste ne s'est guère faite attendre. Les chefs étoilés Michel Sarran et Hélène Darroze, accompagnés de Philippe Etchebest, ont aussitôt pris la défense du terme chocolatine.
À l'avenir, si Emmanuel Macron souhaite maintenir un semblant de consensus, il devra rester aussi évasif au sujet des viennoiseries que de l'épiphanie, en ménageant autant que possible la susceptibilité des amateurs de galette à la frangipane et ceux du gâteau brioché.