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 La revue de web de Kat

Un mois pour donner de la voix : voter pour l'article 13, c'est attaquer nos libertés | April

Mon 4 Mar 2019 - 14:25

Mardi 26 février 2019 la commission JURI, ou « affaires juridiques », a validé le texte de proposition de directive sur le droit d'auteur issu des négociations interinstitutionnelles. Sans surprise la dernière ligne de défense sera le vote final en séance plénière qui devrait avoir lieu lors de la session parlementaire du 25-28 mars. Mobilisons-nous d'ici là afin qu'une majorité absolue de parlementaires se montre à la hauteur de l'enjeu et rejette ce texte liberticide.

Par un vote à 16 contre 9, la commission JURI a approuvé le texte issu des négociations interinstitutionnelles1, dans lequel la version de l'article 13 est considérée comme une des pires, voire la pire des versions à ce jour. L'ensemble des parlementaires français a voté en faveur. La prochaine et ultime étape sera donc le vote en séance plénière où l'ensemble des parlemenaires européens, 750 au total, sera amené à se prononcer sur la directive, dont le liberticide article 13. Ce vote est annoncé pour la session parlementaire du 25-28 mars, mais ça ne serait pas une première dans l'histoire de cette directive s'il devait être reporté.

Ce vote sera donc crucial, il inscrira dans le droit européen la négation de nos valeurs, ou il enverra ce projet de directive dans les corbeilles de l'histoire. Le résultat de ce vote sera structurant pour la manière dont nous accéderons, produirons et partagerons à l'avenir de la connaissance en ligne, dans toute ses formes.

Nous devons rester mobilisés pour contacter et convaincre une majorité absolue de parlementaires de se montrer à la hauteur de l'enjeu et de voter contre cette directive !

Le 23 mars est annoncée comme une journée européenne de mobilisation. La campagne semble notamment très forte en Allemagne, où de nombreux rassemblements sont d'ores et déjà prévus, ou ont déjà eu lieu.

À quelques mois des élections européennes de mai, une campagne spécifique a été lancée pour interpeller les parlementaires européens avec un message clair : « Si vous votez pour l'article 13, nous ne voterons pas pour vous ». Le site pledge2019 offre pour cela un outil simple pour appeler les législateurs, et propose une vidéo très réussie2 pour expliciter les dangers de l'article 13. Elle fait intelligement le lien avec les menaces similaires contenues dans le projet de règlement européen de censure sécuritaire (voir la campagne de La Quadrature du Net contre ce texte).

Pour résumer l'enjeu en quelques mots : cet article préconise de fait la généralisation du filtrage automatisé rendu de facto obligatoire par une responsabilisation disproportionnée des plateformes de partage sur les contenus publiés par leurs utilisateurs et utilisatrices. Avec pour seuls garde-fous des injonctions contradictoires et hors-sol. Un système qui conduira à l'assèchement de tout ce qui fait la richesse, le sel d'Internet.

La campagne pledge2019 s'affiche comme complémentaire à celle, plus ancienne mais toujours active, de saveyourinternet.eu. Campagne qui propose de nombreuses ressources argumentaires ainsi qu'une liste des parlementaires, avec informations de contact et position sur l'article 13 lors du vote du 12 septembre 2018 préalable aux négociations interinstitutionnelles.

Mesdames et Messieurs les parlementaires européens, le constat est simple et sans appel : si vous votez pour cette directive, vous vous placez en adversaire de nos libertés et il n'y aura pas de pardon. Nous resterons mobilisés jusqu'au bout pour être sûrs que vous l'entendiez.

directive-droit-d-auteur directive-européenne
https://www.april.org/un-mois-pour-donner-de-la-voix-voter-pour-l-article-13-c-est-attaquer-nos-libertes

Les défis éthiques de l’identité numérique

Mon 4 Mar 2019 - 06:00

Si le RGPD est entré en application récemment, en plaçant l’Europe à l’avant-garde de la protection des données à caractère personnel, il ne doit pas nous dissuader de nous interroger en profondeur sur la question des identités, dont les contours se sont redéfinis à l’ère numérique. Il s’agit bel et bien de porter une réflexion critique sur des enjeux éthiques et philosophiques majeurs, au-delà de la seule question de la protection des informations personnelles et de la privacy.

Les politiques actuelles sur la protection des données mettent l’accent sur les droits de la personne. Mais elles ne prennent pas la mesure de la manière dont l’exercice de notre libre arbitre se voit de plus en plus empêché au sein d’environnements technologiques complexes, et encore moins des effets de la métamorphose numérique sur les processus de subjectivation, le devenir-soi de l’individu. On considère le plus souvent, dans ces textes, un sujet déjà constitué, capable d’exercer ses droits, sa propre volonté et ses principes. Or, le propre des technologies numériques – telle est la thèse ici défendue – est de participer à la formation des subjectivités selon un mode nouveau : en redistribuant sans cesse le jeu des contraintes et des incitations, elles créent les conditions d’une plus grande malléabilité des individus. Nous détaillons ces processus dans notre ouvrage Les identités numériques en tension.

Si les moyens mis en place par le RGPD sont clairement nécessaires pour soutenir l’initiative et l’autonomie de l’individu dans la gestion de sa vie numérique, il faut cependant souligner que les notions mêmes de consentement et de contrôle par l’utilisateur vis-à-vis de ses données, et sur lesquels le mouvement actuel repose, restent problématiques. Et cela parce que deux logiques, distinctes mais concordantes, sont aujourd’hui à l’œuvre.

Nouvelle visibilité des individus

Si une certaine sensibilité des utilisateurs aux traces laissées volontairement ou involontairement au cours de leurs activités en ligne, et dont il peut avoir connaissance (comme, par exemple, des métadonnées de connexion), semble s’accroître, et peut servir de support à l’approche basée sur le consentement, cette dynamique rencontre assez vite ses limites.

Tout d’abord, la multiplication des informations récoltées rend irréaliste l’exercice systématique du consentement et le contrôle par l’utilisateur, ne serait-ce qu’en raison de la surcharge cognitive que cet exercice effectif exigerait de sa part. Ensuite, le changement de nature des moyens techniques de collecte, exemplifiée par l’avènement des objets connectés, conduit à la démultiplication des capteurs qui collectent les données sans même que l’utilisateur puisse s’en rendre compte, comme le montre l’exemple, de moins en moins hypothétique, de la vidéo-surveillance couplée à la reconnaissance faciale et, plus amplement, le cas de toutes les connaissances que les opérateurs acquièrent sur la base de ces données. Il s’agit ici d’une couche de l’identité numérique dont le contenu et de nombreuses exploitations possibles sont absolument inconnus de la personne qui en est la source.

Qui plus est, une forte tendance des acteurs, étatiques et privés, consiste à vouloir décrire l’individu de manière exhaustive et totale, en créant le risque de le réduire à un ensemble de plus en plus complet d’attributs. Dans ce nouveau régime de pouvoir, le visible se réduit à ce qui peut être saisi en données, à ce qui relève de la mise à disposition immédiate des êtres, comme s’il s’agissait en fin de compte de simples objets.

Les ambiguïtés du contrôle

La deuxième logique à l’œuvre dans nos sociétés hypermodernes touche à l’inscription de ce paradigme basé sur la protection et le consentement dans les mécanismes de la société néolibérale. La société contemporaine conjugue en effet deux aspects en matière de privacy : il s’agit de considérer l’individu comme étant visible de manière permanente, et comme étant responsable individuellement pour ce qui est vu de lui. Un tel ensemble de normes sociales se consolide à chaque fois que l’utilisateur exerce le consentement – ou l’opposition – à l’utilisation de ses données. En effet, à chaque itération, l’utilisateur renforce sa compréhension de soi-même comme l’auteur et le responsable de la circulation des données. Il endosse aussi l’injonction à la maîtrise des données alors même que cette dernière est le plus souvent illusoire. Surtout, il endosse l’injonction à calculer les bénéfices que le partage des informations peut lui apporter. En ce sens, l’application stricte et croissante du paradigme de consentement peut être considérée comme étant corrélative d’une conception de l’individu qui devient non seulement l’objet d’une visibilité quasi-totale, mais aussi – et surtout – un agent économique rationnel, à même d’analyser son agir en termes de coûts et de bénéfices.

Cette difficulté fondamentale fait que les enjeux futurs des identités numériques ne se réduisent pas à donner plus de contrôle explicite, ou plus de consentement éclairé. Il convient bel et bien de trouver d’autres voies complémentaires, qui se situent sans doute du côté des pratiques (et non simplement des « usages ») des utilisateurs, à condition que de telles pratiques mettent en place des stratégies de résistance pour contourner l’impératif de visibilité absolue et de définition de l’individu comme agent économique rationnel.

De telles pratiques digitales doivent en outre nous inciter à dépasser la compréhension de l’échange social – numérique ou non – sous le régime du calcul des bénéfices que l’on en retire ou des externalités. Ainsi, les enjeux soulevés par les identités numériques dépassent largement les enjeux de protection de l’individu ou les enjeux des « modèles d’affaires », et touchent à la manière même dont la société dans son ensemble conçoit la signification de l’échange social. Dans un tel horizon, il est primordial d’affronter les ambivalences et les jeux de tension qui sont intrinsèques aux technologies numériques, en examinant les nouveaux modes de subjectivation qui sont induits dans ces opérations. C’est à partir d’un tel exercice de discernement que pourra advenir un mode de gouvernance des données plus responsable.

big-data données-personnelles droit faciale identité numérique reconnaissance RGPD technologies TF vidéo-surveillance Vie-privée éthique
https://theconversation.com/les-defis-ethiques-de-lidentite-numerique-111881

Retrouver une branche familiale inconnue grâce à l’ADN – 6 – Chroniques d'antan et d'ailleurs

Sun 3 Mar 2019 - 20:47

Une partie des clients des sociétés qui proposent des tests de généalogie génétique sont des personnes à la recherche de leurs parents – ou grands parents – biologiques. Certaines sociétés, comme MyHeritage, ont même une branche spécifique qui dans certains cas fait les analyses gratuitement. Et régulièrement, des familles dispersées qui se sont retrouvées après avoir fait ces tests sont mises à l’honneur dans les médias, ce qui augmente encore l’envie et l’espoir de ceux qui n’ont pas encore tenté l’expérience.

Cette possibilité, non légale en France et qui n’ouvre donc aucune suite juridique possible, est une des raisons que les opposants à l’ouverture du marché de l’ADN généalogique en France mettent souvent en avant. Vous qui avez eu une vie agitée lorsque vous étiez jeune, vous pourriez vous retrouver avec une flopée d’héritiers venant frapper à votre porte … Grosse angoisse …

Disons que c’est une plaisanterie malvenue, et passons …

En tant que généalogistes, nous sommes à la recherche d’indices pour savoir qui était l’arrière arrière grand père à la génération n, et pourtant certains d’entre nous refusent à d’autres personnes la possibilité de savoir qui étaient leurs parents biologiques. Pendant que nous farfouillons de registres en registres, à la recherche de notre lointaine histoire familiale, près de nous, des enfants, qui n’avaient rien demandé, n’ont pas le droit d’avoir accès à leur histoire familiale la plus proche. Où est la logique ?

Plusieurs lecteurs de ce blog m’ont déjà interrogée sur la façon dont on peut retrouver quelqu’un grâce à ces kits d’analyse. Je commence toujours par leur dire que ça n’est pas forcément simple, et surtout que quelque soit le résultat de leur recherche, ils ne pourront en aucun cas l’utiliser pour une quelconque action légale. Mieux encore, si la personne retrouvée et contactée décide de porter plainte, au nom de la protection de sa vie privée, il est vraisemblable que les tribunaux en France lui donnent raison.

La loi changera peut-être un jour.

En attendant, si vous habitez hors de France, ou si la curiosité est la plus forte, et qu’un simple nom, un enchainement de circonstances, vous suffiront, je vous propose une méthodologie pour essayer de retrouver vos parents biologiques.
...

Généalogie génétique
http://www.chroniquesdantan.com/retour-dexperience/retrouver-une-branche-familiale-inconnue-grace-a-ladn-6

Levothyrox: la justice civile tranche mardi sur l'indemnisation des victimes - Free Actu

Sun 3 Mar 2019 - 08:47

Les utilisateurs du Levothyrox ont-ils été suffisamment informés sur le changement de formule du médicament de Merck, soupçonné de leur avoir occasionné des troubles ? La justice tranche mardi dans le volet civil de ce vaste dossier.

A l'audience, le 3 décembre près de Lyon où le groupe pharmaceutique allemand a son siège français, les avocats de 4.113 malades de la thyroïde ayant utilisé ce traitement ont réclamé une indemnisation de 10.000 euros pour chacun d'eux.

"J'accuse Merck de savoir que le changement de formule allait avoir des conséquences néfastes, de faire peu de cas des malades et de privilégier les intérêts financiers de ses actionnaires", a lancé Me Christophe Lèguevaques devant le tribunal d'instance, délocalisé pour l'occasion dans un centre de congrès à Villeurbanne en raison d'une nombreuse assistance - quelque 200 requérants étaient présents au procès, en majorité des femmes.

"Depuis le début, nous disons que le sujet ce n'est pas le médicament mais l'information autour du médicament", a poursuivi Me Lèguevaques.

Mise sur le marché au printemps 2017, une nouvelle formule du Levothyrox, prescrit contre l'hypothyroïdie et fabriqué par le laboratoire Merck Serono, a été incriminée, entre mars 2017 et avril 2018, par quelque 31.000 patients victimes d'effets secondaires (fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, etc.).

Le fabricant nie toute sous-information: un plan de communication "extrêmement large", consistant en l'envoi de "300.000 communications par courrier, fax et mail auprès de 100.000 professionnels de santé", avait été engagé au moment du lancement en France, fait-il valoir.

L'un des avocats du laboratoire, Me Jacques-Antoine Robert, a assuré dans sa plaidoirie que "pas une réglementation n'a été violée", tout en critiquant l'action collective lancée par la partie adverse. "Dans 200 dossiers, il y a zéro pièce. Des milliers d'autres sont incomplets et pour 800, il y a lieu de se poser la question", a estimé le conseil, hué à la clôture des débats.

  • Mystère -

Selon l'agence du médicament (ANSM) qui avait réclamé la nouvelle formule du Levothyrox à Merck dès 2012 - afin, selon elle, de rendre le produit plus stable - quelque 2,2 millions de malades de la thyroïde suivent ce traitement.

Avec l'ancienne formule, la teneur en lévothyroxine (une hormone de synthèse) pouvait varier d'un lot à l'autre, voire au sein du même lot avec le temps. Le changement apporté ne porte pas sur le principe actif mais sur d'autres substances, les excipients. Principale modification: le lactose a été remplacé par le mannitol, très courant dans l'alimentation et d'autres médicaments.

Trois rapports de pharmacovigilance successivement remis à l'ANSM n'ont pas permis de percer le mystère des effets indésirables dénoncés par les victimes.

Le 20 décembre, le ministère de la Santé a fait état d'une étude selon laquelle la prise du nouveau Levothyrox n'a pas entraîné "d'augmentation de problèmes de santé graves" mais s'est traduite par une "augmentation notable" des consultations médicales. Il a ajouté que des analyses réalisées par l'ANSM sur de nouveaux lots de médicaments confirmaient leur "bonne qualité".

Autant de conclusions contestées par l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT), pour qui le doute doit persister compte tenu de l'ampleur des signalements.

La France a été le premier pays où la nouvelle formule a été introduite. Depuis, la Suisse a suivi, sans connaître pareille crise. Merck a prévu de la lancer dans 21 pays de l'Union européenne, après "avis positif" des instances sanitaires, tout en continuant à fournir l'ancienne formule - importée d'Allemagne sous le nom d'Euthyrox - aux patients français en 2019.

L'affaire fait aussi l'objet, au pénal, d'une information judiciaire contre X instruite par le pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille. Ouverte le 2 mars 2018 pour tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui, elle a été élargie depuis par le parquet au chef "d'homicide involontaire".

lévothyrox
http://portail.free.fr/actualites/france/8027501_20190303_levothyrox-la-justice-civile-tranche-mardi-sur-l39indemnisation-des-victimes.html

L'écriture inclusive reste bannie des textes officiels

Fri 1 Mar 2019 - 19:07

Le Conseil d'État a rejeté des recours demandant l'annulation d'une circulaire d'Édouard Philippe, publiée en novembre 2017. Il demandait à proscrire l'écriture inclusive dans les communications ministérielles.

langue écriture-inclusive
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/l-ecriture-inclusive-reste-bannie-des-textes-officiels-7797089402

L'Académie française adopte la féminisation des noms de métiers | Le Huffington Post

Thu 28 Feb 2019 - 20:06

Les "Immortels" disent "oui" à la féminisation des noms de métiers. Une évolution "naturelle de la langue", selon l'Académie française.

CULTURE - L'Académie française a adopté ce jeudi 28 février, à "une large majorité", le rapport sur la féminisation des noms de métiers soulignant qu'il n'existait "aucun obstacle de principe" à la féminisation" des noms de métiers et de professions.

"Celle-ci relève d'une évolution naturelle de la langue, constamment observée depuis le Moyen Âge", explique le texte adopté par les académiciens.

Gardienne sourcilleuse du bon usage de la langue française, l'Académie française avait mis jeudi à son ordre du jour l'examen d'un rapport préconisant la féminisation des noms de métiers, sujet longtemps tabou au sein de l'institution fondée au XVIIe siècle par Richelieu.

"S'agissant des noms de métiers, l'Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd'hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées", indique le rapport rédigé par une commission présidée par l'historien Gabriel de Broglie, 87 ans, et composée de la romancière et essayiste Danièle Sallenave, du poète d'origine britannique Michael Edwards et de l'écrivaine et biographe Dominique Bona.
Professeure et autrice

L'Académie française ne compte pas "dresser une liste exhaustive des noms de métiers et de leur féminisation inscrite dans l'usage ou souhaitable" ni "édicter des règles de féminisation des noms de métiers" en arguant que ce serait "une tâche insurmontable".

"Il convient de laisser aux pratiques qui assurent la vitalité de la langue le soin de trancher", a indiqué l'Académie qui a retenu dans son rapport des mots jusqu'à présent tabous comme "professeure".

"L'emploi de ces formes en 'eure', qui fait débat, et cristallise certaines oppositions au mouvement naturel de la féminisation de la langue, ne constitue pas une menace pour la structure de la langue ni un enjeu véritable du point de vue de l'euphonie, à condition toutefois que le 'e' muet final ne soit pas prononcé", a tranché l'Académie qui accepte également "auteure", "autrice" et "écrivaine".

langue
https://www.huffingtonpost.fr/2019/02/28/academie-francaise-feminisation-noms-metiers_a_23680691/

Emmanuel Macron : «La french langue doit être la préoccupation number one de notre start up nation» — Le Gorafi.fr Gorafi News Network

Wed 27 Feb 2019 - 20:21

Alors que les anglicismes ont envahi les médias, Emmanuel Macron a tenu à réaffirmer l’importance de la langue française lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion.

« La french langue doit être la préoccupation number one de notre start up nation » a annoncé d’emblée le président de la République avant de préciser : « Le process sera peut-être long et hard mais il faut savoir être control freak dans ses speach si on veut être du côté des winners. La french langue est notre copyright, elle participe à la team ambiance de notre start up nation. Je vais vous parler cash : l’anglais, c’est good, mais il faut pas que ça devienne open bar. On doit trouver la balance et protect notre langue. ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra disrupter le pays et construire une new France ».

Une stratégie à long terme

« Mais pour ça, j’ai besoin de la task force de tous mes helpers » a poursuivi le chef de l’Etat. Puis d’ajouter : « Ça ne se fera pas tout seul, il faudra investir de la money, lever des fonds en equity, étudier le venture capital, peut-être même pivoter notre business model mais surtout réaliser des audit, brainstormer en coworking et favoriser le teambuilding pour mutualiser nos ressources et drafter un projet. Ensuite, la next step sera de faire asap des bons feedback, checker la to-do list, updater les changements et se fixer une deadline raisonnable pour faire du français la langue la plus bottom up de la Terre ».

Gorafi! langue
http://www.legorafi.fr/2019/02/27/emmanuel-macron-la-french-langue-doit-etre-la-preoccupation-number-one-de-notre-start-up-nation/

Administration : un Français sur trois ne pourra pas gérer la dématérialisation

Wed 27 Feb 2019 - 12:56

Il ne faut pas que ça se fasse à marche forcée au détriment d'une partie de la population qui n'arriverait pas à suivre... C'est ce que dit en substance le rapport que Jacques Toubon a remis au Premier ministre mardi 26 février. Et pour lancer cet avertissement, il se base sur les milliers de requêtes qui remontent jusqu'à lui venant d'administrés qui se plaignent des démarches en ligne.

On sait aussi que c'est un sujet qui revient constamment dans le grand débat. Les "gilets jaunes" réclament le retour des services publics dans les territoires, mais leur crainte c'est que ça se fasse sous forme dématérialisée. La e-administration représente pourtant l'avenir et a beaucoup d'avantages, tout le monde est d'accord là-dessus.

La dématérialisation des démarches administratives permet à l'État de faire des économies. N'est ce pas ce que l'on recherche en ce moment ? Pour les citoyens, c'est un gain de temps (plus besoin de se déplacer ou d'envoyer un courrier). Le formulaire en ligne peut-être pré-rempli à distance par l'administration et en quelques clics, la demande est faite.

Pourquoi le Défenseur des droits freine le mouvement ?

Parce qu'il estime que la France n'est pas prête. Pas prête en tout cas pour un basculement complet en 4 ans à peine. On a l'impression aujourd'hui que tout le monde ou presque a accès aux nouvelles technologies et sait s'en servir. Eh bien ce n'est pas vrai !

Prés de 30 % de la population adulte passe encore à côté. C'est pourquoi Jacques Toubon demande au gouvernement d'avancer prudemment pour ne laisser personne en chemin. Il ne faut pas que dématérialisation des services publics accentue la fracture numérique.
Au moins 25 millions de personnes concernées

Ces personnes qui ne sont pas prêtes à passer au tout numérique dans leurs échanges avec l'administration, on peut les diviser en 3. Et on retrouve certaines d'entre elles dans plusieurs catégories. Il y a ceux qui sont fâchés avec l'informatique. Il y a un terme qui a été inventé : on parle maintenant d'illectronisme (c'est la version informatique de illettrisme). Le rapport donne un chiffre : en France, 18 millions de personnes admettent ne pas savoir ou mal savoir se servir d'un ordinateur.

Ensuite, il y a ceux qui n'ont pas les moyens de s'équiper. Un ordinateur, un smartphone, un abonnement internet, éventuellement une imprimante, ce n'est pas à la portée de toutes les bourses : 7 millions de personnes ne sont pas connectés à internet.

Et puis dernière catégorie, ce sont ceux qui voudraient bien mais qui ne peuvent pas : 500.000 français vivent dans des zones blanches, c'est à dire dans des endroits où internet ne passe pas. Et près de 10 millions de personnes habitent des zones grises, des communes où les connections ne sont pas toujours faciles et de bonne qualité.

D'où le message du Défenseur des Droits dans dans son rapport : ne pas confondre vitesse et précipitation, se hâter lentement en veillant à n'oublier personne. Jacques Toubon préconise notamment de toujours conserver un 2e accès à l'administration, en plus d'internet, un guichet, une adresse postale ou un numéro de téléphone vers lesquels les citoyens en délicatesse avec leur ordinateur pourraient se rabattre.

dématérialisation illectronisme services-publics TF
https://www.rtl.fr/actu/conso/administration-un-francais-sur-trois-ne-pourra-pas-gerer-la-dematerialisation-7797064593

219 – Les engagés levés pour l’Acadie en 1606 – Le blogue de Guy Perron

Mon 25 Feb 2019 - 11:43

En 1606, la levée d’engagés pour la Nouvelle-France (Acadie) est l’affaire de Pierre Dugua de Monts, mais aussi des marchands rochelais Samuel Georges et Jean Macain.

Gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi et son lieutenant général au pays de la Nouvelle-France, Pierre Dugua de Monts rentre en France, en septembre 1605, où il apprend que plusieurs marchands s’efforcent de faire annuler son monopole. Il décide donc de rester en France pour mieux défendre les intérêts de sa compagnie.

Avec l’appui des marchands rochelais Samuel Georges et Jean Macain, Dugua expédie le navire Le Jonas (150 tx) pour l’Acadie. Parti de La Rochelle le 13 mai, le navire est chargé d’approvisionnement et une cinquantaine de colons, dont vingt-quatre engagés, sous le commandement de Jean de Biencourt, baron de Poutrincourt et de Saint-Just.

Des vingt-quatre engagés connus, un seul est recruté à La Rochelle et les vingt-trois autres sont enrôlés à Paris.

C’est dans l’étude du notaire rochelais Jacques Cousseau que se présente Élie Petit, le 25 février 1606[1], pour convenir de ses conditions d’engagement avec les marchands Samuel Georges et Jean Macain. Ainsi, il promet de s’embarquer dans un navire pour aller au pays de Canada servir de chaussetier et de chaunier, pour une année, à ceux à qui il sera employé moyennant un salaire de 96lt dont 32lt lui sont avancées.

Macain et Georges vont défrayer les dépenses d’Élie Petit au Canada ainsi que ses frais de retour à La Rochelle dans un navire de 1607. Ils promettent aussi de faire nourrir, coucher et loger Petit et lui fournir tous les outils nécessaires à son métier.

Voici le contrat d’engagement d’Élie Petit en 1606.
...

Acadie Généalogie
https://lebloguedeguyperron.wordpress.com/2019/02/25/219-les-engages-leves-pour-lacadie-en-1606/

Orthographe, origine : ce qu'il faut savoir sur les jours de la semaine

Sat 23 Feb 2019 - 16:26

Jean-Louis qui m’a écrit sur langue@RTL.fr se pose une question que l'on me pose souvent, je ne sais pas très bien pourquoi. Il me demande si les noms des jours de la semaine se mettent au pluriel. Par exemple : "'Tous les samedis de février' : avec ou sans s à samedi ?", s’interroge-t-il.

Les noms des jours ne sont pas des noms propres, ce sont des noms communs comme les autres, donc "tous les samedis" prend un s à "samedi". En revanche, et c'est peut-être ce qui conduit nombre de personnes à se poser des questions, on écrira "tous les samedis matin", avec un s à "samedi" mais pas de s à "matin".

On peut considérer cette formule comme une ellipse : "tous les samedis au matin", "tous les dimanches au soir" (donc "tous les dimanches soir", s à "dimanche", pas de s à "soir" non plus, bien entendu).

L'origine des jours

Mais puisque nous en parlons, vous êtes-vous jamais demandé d'où viennent les noms des jours de la semaine ? Le mot "semaine" lui-même vient du latin septimana, "septième". D'ailleurs on disait "sepmaine" à une époque, en ancien français.

Les noms des jours, comme les noms des mois dont j'avais expliqué l'origine la saison dernière, nous viennent des Romains, qui s'appuyaient eux-mêmes sur des découvertes des Mésopotamiens, remontant au VIIe siècle avant notre ère. Ils avaient repéré dans le ciel sept astres, et attribué chacun à un dieu : la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et le Soleil. Chaque jour était l'occasion de célébrer une de ces divinités. Et "jour", c'est dies, diem en latin. Comme dans carpe diem qui veut dire "profite du jour présent".

Ce "diem" a donné le "di" que l'on retrouve dans le nom de chaque jour en français : lundi, mardi, mercredi... Lundi, c'est lunis diem, le jour de la déesse de la Lune, mardi c'est martis diem, le jour de Mars, mercredi c'est mercuris diem, le jour de Mercure, jeudi c'est jovis diem, le jour de Jupiter, vendredi c'est veneris diem, le jour de Vénus. Quant à samedi, la logique voudrait que ce soit le jour de Saturne, et dimanche le jour du Soleil... Mais bien sûr, il n'en est rien !

Samedi, c'est sambati diem, qui veut dire "jour du sabbat", un nom qui est venu remplacer dies saturni, la référence à Saturne, avec l'avènement du christianisme. Autrement, nous serions peut-être aujourd'hui "saturdi" 23 février. De même, dimanche est devenu à la même époque le "jour du Seigneur", diem domenicus, au lieu du "jour du Soleil". Vous remarquerez que les Anglo-Saxons, eux, ont conservé les références à Saturne et au Soleil (Saturday, Sunday, c'est littéralement "jour de Saturne" et "jour du Soleil"). Sur ce, je vous souhaite un bon "saturdi" !

langue
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/orthographe-origine-ce-qu-il-faut-savoir-sur-les-jours-de-la-semaine-7797028872

Vers l’automatisation de la censure politique – La Quadrature du Net

Fri 22 Feb 2019 - 14:10

Nous sommes à un tournant de la longue histoire de la censure. Ce tournant, c’est celui de la censure privée et automatisée. Il acte une rupture radicale avec les garanties associées à la liberté d’expression que les luttes démocratiques du XIXème siècle nous avaient léguées en héritage.
L’héritage démocratique-libéral piétiné

La loi de 1881 sur la liberté de la presse – aujourd’hui interprétée à la lumière de la Convention européenne des droits de l’Homme – est certes pleine de lacunes, et on a trop souvent tendance à exagérer son libéralisme. Mais elle n’en demeure pas moins une boussole fondamentale pour la liberté d’expression, prévoyant par exemple des règles procédurales spéciales pour juger a posteriori des abus de cette liberté, et consacrant la compétence exclusive du juge judiciaire dans le cadre de procédures publiques.

Ces dernières années, cet héritage a été piétiné. Les protections associées à la liberté d’expression reculent partout : dans la rue, dans la presse mais aussi et surtout sur Internet. Si le phénomène est ancien, le contexte actuel de crise (anti)terroriste et la dérive autoritaire qu’oppose le pouvoir aux mouvements sociaux y contribuent grandement. Pour ne prendre qu’un sujet qui nous intéressera ici, rappelons par exemple qu’en 2014, le législateur a estimé que l’« apologie du terrorisme » sur Internet n’aurait à ce point rien à voir avec la liberté d’expression qu’elle pourrait faire l’objet d’une censure secrète du ministère de l’intérieur. Cette évolution aura d’ailleurs conduit fin 2016 à la censure de communiqués revendiquant des actes de destruction matérielle de véhicules policiers, en réponse à l’inculpation de personnes arrêtées en lien avec les manifestations contre la loi travail de 2016.

Par le même vote de 2014, le Parlement jugeait également l’apologie du terrorisme indigne de la loi de 1881 et de ses garanties, et bien plus à sa place dans le code pénal. En contournant les garanties procédurales attachées à la loi de 1881, cette évolution aura conduit aux comparutions immédiates et à des condamnations totalement disproportionnées de dizaines de provocateurs au lendemain des attentats de janvier 2015.
De l’expérimentation à la législation

Cette fuite en avant est en train d’atteindre un point de bascule. Depuis 2015, les gouvernements français, britannique, allemand et étasunien n’ont eu cesse de mettre les multinationales de l’économie numérique sous pression pour les inviter à faire la police sur leurs plateformes. De visites ministérielles dans la Silicon Valley en sommets « États-plateformes » sur le terrorisme, Google, Facebook et consorts ont accepté ces collaborations visant à massifier la censure de la propagande terroriste dans un cadre extra-judiciaire.

Après de nombreuses expérimentations menées ces dernières années, notamment par Interpol ou encore le ministère de l’intérieur français, ces nouveaux agencements public-privé sont en passe d’être couronnés par l’adoption à marche forcée d’un règlement européen dédié à la lutte contre la propagande terroriste, présenté en septembre dernier par la Commission Juncker.

La France est, avec l’Allemagne, directement à l’origine de ce texte. Le 12 avril dernier, le ministre de l’intérieur Gérard Collomb et son homologue allemand écrivaient à la Commission européenne pour l’intimer d’agir au plus vite pour présenter et faire adopter ce texte. Celle-ci a donc obtempéré, présentant son projet en catimini le 12 septembre – le jour où le Parlement européen adoptait le fameux article 13 de la directive copyright, dont les obligations en matière de censure automatique nourrissaient alors la controverse.

Dans sa version initiale, ce projet de règlement antiterroriste tient en quelques articles :

L’article 4 prévoit une obligation pour tout fournisseur de service Internet (hébergeurs web, fournisseurs de messagerie, etc.), quelque soit sa taille ou son fonctionnement (il ne s’agit pas seulement des grosses plateformes), de retirer dans un délai d’une heure les contenus signalés par les autorités, sous peine d’importantes sanctions financières.
L’article 5 permet également à ces mêmes autorités d’imposer une telle censure non sur la base du droit national applicable (par exemple, en France, le décret Cazeneuve de février 2015 sur la censure administrative d’Internet), mais sur la base des conditions d’utilisation des plateformes. Les polices européennes pourront donc, comme le fait déjà le ministère de l’intérieur français ou Europol, signaler des contenus haineux ou terroristes pour exiger leur censure, sur la base du droit privé.
L’article 6 impose enfin aux hébergeurs d’adopter des mesures « proactives » pour lutter contre la propagande terroriste (article 6). Comme dans la directive copyright, il s’agit en réalité de déployer des filtres informatiques scannant l’ensemble des contenus mis en ligne par les utilisateurs d’un service pour bloquer ceux correspondants à certains critères arrêtés par ces firmes. Une forme de censure préalable, mise en œuvre par des acteurs privés via des outils automatiques qui pourront être paramétrés en partenariat avec les États.

La censure automatique bientôt généralisée

De la lettre d’avril 2018 émanant des ministres de l’intérieur français et allemand, il ressort deux choses, depuis confirmées par les informations glanées ces dernières semaines dans différents ministères.

D’abord, la certitude que le règlement est un pied dans la porte, une manière bien coutumière d’imposer des mesures controversées en invoquant des justifications supposées imparables – ici la lutte (anti)terroriste. Comme l’expliquent les ministres de l’intérieur dans cette missive :

« Il conviendra par la suite d’étendre les règles fixées aux contenus à caractère pédopornographique et à ceux relevant des discours de haine l‘incitation à la discrimination et à la haine raciale, atteinte à la dignité de la personne humaine…) ».

À terme, ce nouveau régime de censure a donc vocation à être généralisé. Il suffira de revoir les paramètres de ces outils de censure pour ajouter de nouvelles catégories de contenus.

Le deuxième enseignement de cette lettre des gouvernements français et allemand est que ces systèmes de censure automatique développés par les grandes plateformes devront être proposés à l’ensemble des acteurs visés par ce texte. Comme le soulignent les ministères dans leur missive :

« Les grandes entreprises [devront] apporter un soutien logistique aux plus petites plateformes, tant les moyens de celles-ci sont par trop limités pour apporter une réponse efficace à notre injonction de retirer rapidement les contenus à caractère terroriste ».

Il est vrai que ces systèmes sont coûteux : Content-ID, l’outil mis en place par YouTube pour détecter de possibles atteintes au droit d’auteur dans les vidéos mis en ligne par les utilisateurs du service, aura a lui seul coûté près de 100 millions de dollars en développement…
Macron en soutien

Début novembre 2018, lors du Forum sur la gouvernance d’Internet qui se tenait dans les locaux de l’Unesco à Paris, Emmanuel Macron est revenu sur ce règlement, un texte qu’il a dit « soutenir pleinement », espérant « son adoption rapide avant les élections européennes ». Soit en à peu près 6 mois, délai exceptionnellement court pour un texte sécuritaire qui institue une censure extra-judiciaire pour l’ensemble des acteurs du Net opérant au sein de l’Union européenne.

Or, dans son discours, Macron confirme le bien-fondé des craintes soulevées par le règlement. Assurant que la « régulation des contenus illicites ou indésirables » est « la prochaine frontière », il s’empresse de distinguer « deux blocs » :

« le premier concerne la lutte contre les contenus objectivement et gravement illégaux – le terrorisme, la pédopornographie ». Pour ces contenus, l’intelligence artificielle est « mûre », assure le président français. C’est bien le sens du règlement européen que d’en généraliser l’usage.
« le second rassemble les contenus dont le caractère illicite est soumis à une interprétation, souvent d’ailleurs différente d’un pays à l’autre – les contenus haineux, la diffamation, le harcèlement ». Pour ces derniers, Emmanuel Macron estime que l’intelligence artificielle « n’est pas encore assez fine pour distinguer l’ironie, la parodie ou au contraire reconnaître un sous-entendu abject sous un discours policé ».

« Pas encore », donc bientôt ? Cette perspective a récemment été confirmée par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique : en annonçant le plan de lutte contre les contenus haineux sur Internet, le 14 février dernier, celui-ci évoquait sans réserve la perspective de soumettre les « discours de haine » à la censure automatique.

Quant à la référence aux contenus « indésirables », signifie-t-elle que que le chef de l’État entend encourager l’extension de ces systèmes de censure à des contenus licites mais réputés nuisibles par le pouvoir ? Un projet qui, parmi tant d’autres choses, contredit frontalement l’image d’un homme politique prétendant incarner l’« axe humaniste » européen dressé contre la fascisation du continent…
L’intelligence artificielle, Saint Graal des États

Durant les trois jours du Forum sur la gouvernance d’Internet, l’« intelligence artificielle » (ou IA) était sur toutes les bouches. C’est bien elle, en réalité, la nouvelle frontière censée transformer toutes les bureaucraties. C’est bien elle qui, selon l’expression entendue à maintes reprises durant cet événement, permettra à la surveillance et à la censure de « passer à l’échelle » (« scale up », en anglais).

Les progrès réalisés ces dernières années en « Machine Learning » et en traitement automatique des textes et des images fait en effet figure de Saint Graal pour les États. Fin 2017, un conseiller de Theresa May expliquait que si les États avaient besoin des multinationales américaines pour faire le sale boulot, c’est qu’après tout, « ces entreprises ont les meilleurs cerveaux du monde ».

Ces firmes, réunies depuis juin 2017 au sein d’un consortium baptisé « Global Internet Forum to Counter Terrorism », mettent en avant des résultats impressionnants (quoique guère vérifiables) en matière d’automatisation de la détection des contenus terroristes : YouTube parle de 98% de contenus de ce type repérés automatiquement, tandis que Facebook explique que 99% des contenus liés à l’État islamique ou à Al-Qaïda sont retirés avant que quiconque ne le ait signalés.

Pour l’heure, ces outils de censure automatique n’opèrent souvent qu’un premier filtrage, et l’immense majorité des contenus censurés sont en réalité « modérés » par des prestataires établis en Inde, au Philippines ou au Maroc pour juger de la conformité de textes ou d’images aux conditions d’utilisation des plateformes. Ces petites mains de la censure qui travaillent dans des conditions déplorables se voient imposer des objectifs délirants de l’ordre de 2000 images par heure, soit une appréciation portée sur une image en moins de deux secondes. En 2017, Facebook annonçait porter ses équipes de modération de 3000 à 7500 personnes. Google envisageait dans le même temps de porter le nombre de modérateurs YouTube à plus de 10 000.

Ces chiffres rappellent que, malgré ses rapides progrès, la censure automatisée n’est encore que balbutiante. Mais compte tenu des milliards investis dans la recherche en IA et des pressions exercées par les États, sa généralisation est désormais à portée de main. La censure privée et automatisée, que des organisations comme La Quadrature du Net combattent depuis des années, est bien en passe de fonder un nouveau régime de censure.
La fusion État-GAFAM : actualisation de logiques anciennes

Si l’on pense l’État non pas comme un bloc aux contours clairement identifiés (à la manière des juristes) mais davantage comme un ensemble de pratiques et une rationalité que Michel Foucault désignait comme la « gouvernementalité », alors il est clair que ce que ces évolutions donnent à voir, c’est l’incorporation de ces acteurs privés à l’État ; c’est la cooptation de leurs infrastructures et la diffusion de leurs savoirs-faire dans le traitement et l’analyse de masses de données désormais cruciales dans les formes contemporaines de gouvernement. C’est donc une fusion qui s’opère sous nos yeux, bien plus qu’une concurrence entre les États et les GAFAM qui chercheraient à se substituer aux gouvernements.

Ces logiques de cooptation d’acteurs privés par l’État sont récurrentes dans l’histoire de la censure. À partir du XVIè siècle, alors que le développement de l’imprimerie joue un rôle clé dans la propagation de doctrines politiques et religieuses subversives, l’État moderne en gestation recourait déjà aux partenariats public-privé dans la surveillance et la censure des communications.

En France par exemple, le cardinal de Richelieu conclut au début du XVIè siècle une alliance avec les libraires parisiens qui réclament un monopole perpétuel sur l’édition des livres pour écraser la concurrence. Ils se voient octroyer des privilèges à durée quasiment illimitée en échange de la conduite d’une mission de surveillance des publications et la docte application des règlements en matière de censure. Cette politique bientôt élargie à l’ensemble du royaume, permettra à une trentaine d’imprimeurs-libraires de maîtriser tant bien que mal la production et la distribution des livres. Cela n’étouffait évidemment pas totalement l’édition clandestine, mais permettait de maîtriser un tant soit peu les effets politiques de l’imprimerie, d’affermir l’absolutisme tout en remplissant les caisses de quelques hommes d’affaires.

Lors de leur apparition au tournant des années 1980, les réseaux informatiques – et Internet en particulier – se sont donnés à penser comme une technologie radicalement subversive des formes de contrôle des communications qui s’étaient institutionnalisées dans le giron de l’État moderne, et transposées aux différentes techniques de communication apparues depuis l’imprimerie. Ils allaient bientôt induire la massification des flux transfrontières d’information, l’anonymat relatif des communications numériques, l’appropriation de ces technologies par des groupes contestataires et marginalisés dans l’espace public traditionnel, et plus généralement la démocratisation de la capacité d’expression publique au delà du petit cercle des personnes ayant jusqu’alors accès aux médias traditionnels. Tout cela déstabilisait les modalités de contrôle de l’espace public et, plus encore, la souveraineté des États. Internet était donc perçu comme un espace dangereux. Il fallait donc réarmer la police de l’espace public ou, pour reprendre le vocable que Nicolas Sarkozy avait emprunté au parti communiste chinois, le « civiliser » (un terme encore repris récemment par Mounir Mahjoubi).

La solution est donc en passe d’être trouvée, et il aura fallu moins d’un quart de siècle. Aujourd’hui, au lieu d’une petite dizaines d’imprimeurs-libraires à l’échelle d’un pays, ce sont une poignée d’entreprises américaines qui sont cooptées par les bureaucraties d’État dédiées à la surveillance et à la censure. En dépit des discours lénifiants sur la « souveraineté numérique », les gouvernements préfèrent en fait renforcer la position dominante de ces multinationales, en obligeant l’ensemble des acteurs du numérique à leur acheter leurs systèmes de censure. Ceux qui ne pourront pas se le permettre ou qui refuseraient de se faire auxiliaires de censure – notamment ceux qui font encore vivre un Web indépendant, non-commercial, alternatif – seront poussés à mettre la clé sous la porte.
L’instrumentalisation de la lutte contre les discours de haine

On nous parle de lutter contre la propagande terroriste et les discours de haine. Mais il est désormais de plus en plus clair que cette lutte reposera sur des dispositifs de censure automatique qui resteront de véritables « boîtes noires », par définition secrètes, gérées par des partenariats publics-privés opaques. Ces derniers consentiront peut être à mettre en scène une certaine transparence, un peu d’autorégulation et des aménagements présentés comme autant de garanties – à l’image de Facebook qui nous promet aujourd’hui de mettre sur pied une « cour suprême » pour recevoir des plaintes d’utilisateurs victimes de sa politique de « modération ». Mais ils ne présenteront jamais les garanties offertes par des juridictions traditionnelles. Et pour cause : ces dispositifs sont conçus pour s’en affranchir. La censure automatique des communications a cet avantage pour le pouvoir qu’elle est presque invisible, et donc pratiquement incontestable.

On nous parle de lutter contre les discours de haine via la censure d’Internet. Mais depuis plus de quarante ans que des incriminations existent pour réprimer les expressions incitant à la haine et aux discriminations, a-t-on vraiment fait des progrès en la matière ? De fait, l’intolérance se donne à voir au grand jour sur Internet, où elle s’abat sur des groupes structurellement discriminés. Pour autant, ces opprobres sont aussi quotidiennes dans les médias traditionnels, dans les cénacles politiques, et bien souvent dans les pratiques des institutions.

On nous parle de lutter contre les discours de haine. Mais il apparaît de plus en plus clairement que ce qui est aussi visé, c’est l’invisibilisation de tout discours associé de près ou de loin à des formes de violence politique qui risqueraient d’être perçues comme légitimes. C’est ce qu’illustre par exemple l’affaire déjà évoquée, lorsque fin 2016, au nom de la lutte contre le terrorisme, le ministère de l’intérieur enjoignait à deux sites participatifs de censurer un communiqué revendiquant l’incendie d’un hangar de gendarmerie, acte présenté par les auteurs comme une réponse à la répression policière (cette décision aura finalement été annulée début 2019 par la justice administrative, exceptionnellement saisie de cette affaire). Plus largement, c’est l’ensemble des discours politiques contestataires qui pourraient bientôt faire l’objet de cette censure secrète. La tentation du pouvoir est réelle, comme en témoigne les velléités récentes du ministère de l’intérieur de censurer un photomontage qui remplaçait le visage du général Pinochet et de ses sbires par ceux d’Emmanuel Macron, d’Édouard Philippe et de Christophe Castaner.

S’il était adopté, le règlement antiterroriste serait donc une pierre de plus dans la mise en place de ces nouveaux dispositifs dédiés à l’invisibilisation des expressions politiques contestataires. Rien qu’en s’en tenant à la catégorie de l’apologie du terrorisme, les outils de censure développés par les multinationales du numérique en lien avec les autorités trouveraient à s’appliquer à de nombreuses activités militantes : le sens du terme « terrorisme » est en effet tellement vague, ou lorsqu’une définition existe elle est tellement large, qu’il peut servir à justifier la censure de toute expression favorable à des actions politiques offensives ou violentes – y compris la destruction de biens matériels, le sabotage ou le blocage d’infrastructures.
Conjurer la re-féodalisation de l’espace public numérique

Si l’on se soucie de la liberté d’expression et de l’État de droit, si l’on se soucie de ménager un espace où le pouvoir pourra être critiqué, où nous pourrons débattre et nous organiser, où un peu de sens commun pourra se construire, ces nouvelles fores de censure doivent être tenues en échec.

Ce qu’il faut, c’est d’abord comprendre qu’une grande partie du problème lié aux discours haineux sur Internet tient à ce qu’est devenue l’économie politique de ce réseau. Le nœud du problème spécifique que pose Internet, c’est bien la manière dont les grandes entreprises du numérique conditionnent les régimes d’attention : les contenus attrape-clics, simplistes et sans nuance, jouant sur les émotions négatives ; les « bulles de filtres » qui nous enferment tout en donnant l’illusion de neutralité, et offrent un faux sentiment de sécurité en permettant aussi à des individus aux identités politiques radicalement adverses de venir nous agresser sur des plateformes ouvertes aux quatre vents.

Face aux « Fake News » et à la haine qui sévit aussi sur Internet, ceux qui prétendent nous gouverner se frottent les mains : le pourrissement de l’espace public numérique leur permet aujourd’hui de légitimer le retour de vieilles stratégies de contrôle. C’est tout le sens du discours de Macron au Forum sur la gouvernance d’Internet.

Ce n’est pourtant pas une fatalité. Ces dernières semaines, La Quadrature du Net a commencé à exposer des positions destinées à lutter par le droit contre ces infrastructures centralisées qui pervertissent le débat public, tout en favorisant l’éclosion d’îlots de communication communautaires et fédérés où pourront se redéployer les espaces d’expression, de conversation, et donc une partie du débat public. L’idée phare de ces propositions, c’est de casser le régime d’attention mis en place par les plateformes, fondé sur la collecte des données personnelles et la hiérarchisation des contenus à des fins commerciales, au sein d’infrastructures gigantesques pensées pour rendre les utilisateurs captifs.

L’objectif, c’est bien de promouvoir en lieu et place une nouvelle topologie de l’espace public numérique capable de protéger des lieux de discussion décentralisés mais pouvant être reliés les uns aux autres, laissant à chacun le choix de ses communautés et des limites données à la liberté d’expression, pour ainsi mieux maîtriser son degré d’exposition aux conflits qui traversent immanquablement l’espace public. L’espoir est d’ainsi réduire le risque de conflits interpersonnels non-souhaités. C’est de faire en sorte que la demande sociale de censure soit moins forte et que la censure préalable et automatique puisse ne plus apparaître comme la seule option valable ; que le principe d’une protection judiciaire de la liberté d’expression soit préservé.

L’urgence, c’est en tous cas de rompre l’alliance des appareils policiers et des grands marchands d’infrastructures numériques. C’est d’éviter que ne se consolident les fondements techniques et juridiques d’une société de contrôle nous enfermant imperceptiblement dans une cage de fer algorithmique.

Ce texte est adapté d’une intervention au colloque « Réglementer la liberté d’expression au nom du débat public », qui se tenait à l’Institut de Recherche Philosophiques de Lyon (IRPhiL) les 29 et 30 novembre 2018.

censure
https://www.laquadrature.net/2019/02/22/vers-lautomatisation-de-la-censure-politique/

Deux sites indispensables pour les geeks d’Ikea

Fri 22 Feb 2019 - 13:45

Le blog « Ikea stuff on TV » et le catalogue Ikex vont faire votre vendredi. Notice de montage non incluse.

Les meubles Ikea repérés dans les séries TV

Si vous vous demandiez si quelqu’un a déjà pris la peine de répertorier les meubles et accessoires Ikea utilisés dans les films et séries, et bien… la réponse est oui. De Friends à Sex Education en passant par Doctor Who, Black Mirror ou encore Fargo, tout le monde se meuble au même endroit apparemment. Alors le blog « Ikea stuff on TV » repère pour vous les pièces de design suédois qui apparaissent à l’écran. Parce que oui, vous avez forcément reconnu votre étagère ou votre coussin préféré dans la dernière série Netflix. « Ikea stuff on TV », c’est aussi un compte Instagram où il est possible d’envoyer un message privé pour soumettre vos propres repérages.

Ikex, le catalogue parodique

Encore plus barré : le graphiste Dominique Hermier mélange sa passion pour l’urbex avec un catalogue Ikea et « paf », ça fait Ikex. « Ce Catalogue à l’humour décalé, et aux textes facétieux, s’amuse à rire des codes marketing que nous connaissons tous, mais aussi, s’interroge sur la vraie pérennité des objets que nous produisons en série, voire sur l’absurdité de certaines utilités supposées. », comme il l’explique lui-même sur son site. Vous y découvrirez ainsi des pièces inédites comme ROÜLET l’extincteur de voyage, TRÖNE la chaise d’appoint ou la desserte POURAÄV. Bonne nouvelle : la version papier du catalogue Ikex peut encore être commandée sur Etsy, mais n’attendez pas trop.

décalé ikéa
https://www.commentcamarche.net/news/5872413-ikex-ikea-stuff-tv

Les "Herbonautes", le site pour aider les chercheurs du plus important herbier du monde | Le Huffington Post

Fri 22 Feb 2019 - 06:51

PLANTES - L'Herbier national français est le plus important du monde. Hébergée par la galerie de Botanique au Jardin des Plantes, sa collection de plantes pressées du monde entier, qui appartiennent au Muséum national d'Histoire naturelle, n'est pas ouverte au public. En revanche, la collection numérique, faite de 6 millions de spécimens, est visible en ligne.

Et ce n'est pas tout. Depuis 2013, le site des Herbonautes permet au grand public de collaborer avec les chercheurs de l'Herbier. "C'est un herbier collectif citoyen, qui propose à n'importe qui de participer à l'élaboration de notre base de données scientifique", explique Marc Jeanson, responsable technique de l'Herbier dans la vidéo en tête d'article.

"Lorsqu'on a procédé à cette numérisation gigantesque, qui a abouti à la création de 6 millions d'images, c'est allé très vite, raconte Marc Jeanson. On ne pouvait pas demander aux techniciens sur ces plateformes de rentrer toutes les informations." Le Muséum décide alors de faire appel aux internautes, quels qu'ils soient.
300.000 spécimens traités par le grand public

Le processus est simple: il suffit de se créer un compte et d'observer les plantes en ligne et de saisir toutes les informations associées aux différents spécimens. "C'est vraiment ouvert à tous. On soumet aux gens les spécimens et on leur demande de lire l'étiquette et de rentrer à minima un lieu et une date de collecte de la plante", détaille-t-il.

Les participants ne sont pas jetés dans le bain directement: au début, le site leur propose de n'entrer qu'une seule information, comme par exemple le pays dont provient la plante. La même plante est analysée par cinq personnes différentes. Si tout le monde donne la bonne réponse, elle est validée. Si ce n'est pas le cas, elle est vérifiée par un technicien.

Pour l'instant, l'opération est un succès. "Sur les 6 millions de spécimens vasculaires de la base de données, près de 300.000 ont été traités par les Herbonautes, qui nous aident beaucoup et son très présents", se félicite Marc Jeanson. Environ 3.500 contributeurs réguliers participent au projet. Un engouement qui s'explique aussi par un regain d'intérêt plus général envers le monde végétal.
Les plantes sont partout

"Nous avons à peu près 350 à 400 ans de collecte de végétaux sur la surface entière du globe et ça nous permet aussi de documenter la façon dont la flore mondiale évolue", souligne le chercheur. Il encourage d'ailleurs chacun d'entre nous à collecter des plantes et à commencer un herbier, même si l'on vit en ville.

"Les plantes sont absolument partout, dans les petites fentes du bitumes, entre les pavés, sur les murs, dans les gouttières... Il faut simplement savoir les observer et savoir les prendre en compte, rappelle Marc Jeanson. C'est très instructif de se lancer dans l'aventure de l'herbier." Tous les jours, des herbiers privés sont d'ailleurs déposés au Muséum national d'Histoire naturelle et contribuent à l'élaboration sans fin de l'Herbier national.

collectif
https://www.huffingtonpost.fr/2019/02/21/les-herbonautes-le-site-pour-aider-les-chercheurs-du-plus-important-herbier-du-monde_a_23640372/

De la modération : enjeux, limites, remèdes | InternetActu.net

Fri 22 Feb 2019 - 06:45

Le dernier livre du chercheur Tarleton Gillespie (@TarletonG, blog), Custodians of the internet (Les gardiens de l’internet, 2018, Yale University Press, non traduit) livre une plongée très documentée dans le monde de la modération des plateformes des grands réseaux sociaux… et offre bien des prises pour comprendre les enjeux ce débat récurrent sur les règles et le droit qui doivent présider nos échanges en ligne.

La modération – cette invitation à la pondération, à trouver les bonnes règles d’échanges et de débats en ligne – désigne souvent cette capacité à gérer les communautés d’utilisateurs, le public (« l’ensemble de ceux qui sont affectés par les conséquences indirectes de transactions qu’il est jugé nécessaire de veiller systématiquement à ces conséquences », disait John Dewey dans Le public et ses problèmes) est une préoccupation centrale depuis le début du web. Des premiers forums aux listes de discussions sur Usenet, les communautés en ligne ont toujours eu besoin qu’on prenne soin d’elles, que ce soit en développant des formes de gouvernance pour les protéger, des procédures claires et démocratiques d’usages, ou en trouvant les modalités pour traiter les préjudices et infractions. Les plateformes n’échappent pas à ces règles ni à ces débats.

article11 censure directive-européenne liberté-d-expression modération TF
http://www.internetactu.net/2019/02/22/de-la-moderation-enjeux-limites-remedes/

La France peut-elle garder la main sur les données génétiques de sa population? | Slate.fr

Thu 21 Feb 2019 - 16:40

Des milliers de Françaises et Français passent outre la loi bioéthique en offrant leur ADN à de puissantes firmes étrangères. Des spécialistes s’alarment et proposent de sortir de cette impasse éthique, médicale, scientifique et économique.

Focalisés sur la PMA pour toutes, les derniers États généraux de bioéthique ont laissé dans l’ombre un sujet majeur mais peu connu du grand public: celui de la propriété, de l’exploitation et du devenir des données génétiques de chaque citoyen français. Cette omission est d’autant plus regrettable que ce sujet concerne un pays qui défend une conception originale des rapports entre le droit de propriété et le corps humain.

En France, le corps n’est pas une «chose» qui pourrait faire l’objet d’un contrat ou d’une convention. Une personne ne peut librement disposer d’elle-même. Ce principe dit d’indisponibilité se rattache à la notion de dignité de la personne; une notion inscrite depuis 1994 et les premières lois de bioéthique, à l'article 16-1 du Code civil

«Chacun a droit au respect de son corps. Le corps humain est inviolable. Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial.»

Il s’agit là d’une clé de voûte juridique sur laquelle reposent les interdits français concernant le commerce du sang, des organes ou des cellules sexuelles –de même que la condamnation de la pratique de la grossesse pour autrui (GPA).

GPA : incompatible avec les "principes d'indisponibilité du corps humain et de l'état des personnes" — Véronique Hunsinger (@vhunsinger) 11 juillet 2018

Mais cette conception de la dignité de la personne humaine entre aujourd’hui en conflit avec la quête de nouveaux droits (comme dans le cas de la GPA) de même qu’avec les considérables développements du décryptage génétique et moléculaire de l’humain. Il peut aussi s’opposer aux espérances médicales et scientifiques de la nouvelle génétique et, corollaire, aux appétits financiers qu’elles génèrent.

L'exploitation des données génétiques, entre légalité et enjeux financiers

C’est dans ce contexte qu’il faut situer les nouvelles et dérangeantes questions relatives à l’exploitation des données génétiques, un dossier dont les termes sont exposés par un groupe de recherche français dans la dernière livraison de la revue Médecine-Sciences.

En informatique, la donnée (data) correspond le plus souvent à une information numérisée, stockée sur des serveurs. La data est aussi devenue une véritable matière première d’une nouvelle économie libérale, à la fois numérique et mondiale. Cette donnée peut aussi être une information dont la valeur d’usage n’a pas encore été déterminée. Quant à la donnée génétique, elle peut avoir plusieurs valeurs d’usage: médicale, scientifique, économique, etc.

«Or ces données génétiques sont, d’une certaine façon, “marchandisables” aux États-Unis, et non en France, expliquent ces scientifiques à Slate.fr. Par certains côtés on pourrait faire le parallèle avec le sang et le plasma mais il faut en réalité tenir compte de plusieurs différences notables. Tout d’abord la production de sang et de plasma requiert des moyens significativement plus invasifs (prises de sang) que le fait de cracher dans un tube pour produire des données génétiques. D’autre part ces données sont duplicables, en théorie à l’infini, à la différence du sang et du plasma. Enfin, la donnée génétique s’inscrit dans une sorte de troisième révolution industrielle fondée sur les nouvelles technologies de l’information, de la communication et de l’intelligence artificielle.»

A 2016 study, which included data from 23andMe, found that there are more than 60 genetic variants associated with resting heart rate. #AmericanHeartMonthhttps://t.co/9gPilMbASp — 23andMe (@23andMe) 19 février 2019

De fait, le temps est révolu où les spécialistes du génome pouvaient, seuls, avoir accès aux informations contenues dans les patrimoines génétiques des personnes –et ce, à des fins médicales ou judiciaires. Cette activité est devenue un gigantesque commerce. «En l’espace de trois décennies, des biotechs principalement nord-américaines (Myriad Genetics, 23andMe, Ancestry DNA, Myheritage, etc.) sont devenues expertes dans la production, le traitement et l’analyse de volumes importants de données génétiques qui dépassent désormais ceux des plateformes académiques habituelles, expliquent Guillaume Vogt, généticien (Centre national de recherche en génomique humaine [CNRGH]) et Henri-Corto Stoeklé, bioéthicien (Laboratoire de génétique humaine négligée [CNRGH-CEA, Évry]). La majeure partie de leur succès tient aujourd’hui à l’appropriation d’un nouveau modèle économique: celui de “marché biface”.»

«Ici, l’entreprise privée, ou “plateforme biface”, offre “gratuitement”, sur la première face, différents services numériques aux consommateurs demandeurs, afin d’obtenir et de stocker différents types de données les concernant, qu’elle transforme en information valorisée (à la fois en termes d’échange et d’usage) sur la seconde face, auprès d’autres entreprises ou structures. Les bénéfices réalisés sur la seconde face de la plateforme doivent alors couvrir largement les pertes accusées sur la première.»

Les tests génétiques sanctionnés de 3.750 euros d'amende

Or on estime déjà à plus de quinze millions le nombre de de personnes dans le monde qui ont aujourd’hui eu recours aux tests génétiques commercialisés via internet par 23andMe, AncestryDNA ou MyHeritage. Il s’agit le plus souvent de tests génétiques censés fournir des éléments de prédisposition à certaines maladies ou à fournir des données généalogiques. Dans le même temps il faut compter avec une baisse drastique et continue du prix et du temps du séquençage des génomes.

Il n’existe pas, et pour cause, de données officielles mais on estime que, chaque année, près de 100.000 Françaises et Français se procurent un test ADN à visée généalogique et font analyser leurs gènes... à l'étranger. Il suffit ici de se procurer un kit et envoyer un échantillon de salive dans un pays où cela est autorisé. Cinq opérateurs proposent actuellement ce type de service, dont deux en langue française. Ces sociétés ne sont pas immatriculées en France, les analyses sont effectuées en Angleterre ou aux États-Unis et les résultats accessibles en ligne sur leurs bases de données qui sont hébergées outre-Atlantique. Pourtant, la loi française dispose que «le fait, pour une personne, de solliciter l'examen de ses caractéristiques génétiques ou de celles d'un tiers ou l'identification d'une personne par ses empreintes génétiques en dehors des conditions prévues par la loi est puni de 3.750 euros d'amende».

Sur la face cachée de 23andMe: une biobanque

L'opérateur 23andMe est un parfait exemple du phénomène, qui comptabilise aujourd’hui plusieurs millions de participantes et participants. Au départ, son offre de service ressemblait à celle d’un test génétique relatif à la santé et à l’ancestralité, en vente librement sur internet –sans l’intermédiaire (à la différence de la France) d’une ou d'un médecin ni de l'obligation d’une prescription médicale.

«Il s’agissait en fait d’un “two-sided-market” ou “plateforme biface’” expliquent les deux chercheurs français. Sur sa première face, l’entreprise a collecté et collecte toujours auprès du consommateur, quel qu’il soit, grâce à internet, des échantillons biologiques et des données personnelles via l’offre d’un test génétique à un prix particulièrement attractif. Mais, sur sa seconde face, ceci lui a permis de créer une biobanque (lieu de stockage des échantillons biologiques) ainsi qu’une base de données (lieu de stockage des données issues du séquençage, entre autres) considérable pour être valorisée (en termes d’usage et d’échange) auprès de la recherche et de l’industrie.»

«23andMe est devenu une sorte de “Facebook de l’ADN” où les usagers font circuler eux-mêmes leurs données génétiques en y ajoutant différentes données personnelles.» Guillaume Vogt, généticien et Corto Stoeklé, bioéthicien

«Aujourd’hui, 23andMe a commercialisé plusieurs millions de tests et baissé significativement son prix depuis sa création en 2006. Le test coûtait environ 1.000 dollars (à peu près 882 euros) à son arrivée sur le marché, et coûte aujourd’hui moins de 100 dollars (environ 88,2 euros) [...] L’entreprise a dû aussi parfaitement intégrer, au moins sur sa première face, et de façon systématique, les outils et les techniques du “social web”. 23andMe est devenu alors une sorte de “Facebook de l’ADN” où les usagers font circuler eux-mêmes leurs données génétiques en y ajoutant différentes données personnelles. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Google fut l’un de ses principaux et premiers investisseurs, et que désormais toute l’industrie du numérique cherche à investir dans la production, l’analyse et le stockage des données de santé.»

La politique de l'autruche des institutions françaises

23andMe s’est implantée en Europe, au Royaume-Uni, mais aussi au Danemark, en Finlande, aux Pays-Bas, en Irlande et en Suède. Et en dépit de leur stricte interdiction en France ces firmes produisent donc (et valorisent) une quantité importante de données génétiques françaises. «De nombreux Français achètent leurs tests génétiques; des chaînes de télévision françaises diffusent leurs films publicitaires; des hôpitaux, des universités ou des instituts français, et donc des chercheurs français, collaborent et publient avec elles», expliquaient il y a peu Messieurs. Vogt et Stoeklé dans Le Monde.

«Outre une méconnaissance de la loi, voire un délit volontaire, cette tendance à “l’infraction’’ souligne, qu’on le veuille ou non, une demande française importante et, surtout, l’échec total de notre politique en matière d’industrie génétique. Ces données ont donc un intérêt stratégique majeur, tant pour notre recherche que pour notre économie. Malheureusement, le monde académique et institutionnel français ne fait que critiquer ces firmes, sans proposer de solutions efficientes pour nos chercheurs et nos entreprises. Cessons cette “politique de l’autruche”.»

Généalogie génétique
http://www.slate.fr/story/173760/lutter-contre-fuite-genomes-francais-etranger-tests-genetique-revision-loi-bioethique

Le 6 avril, tous les GPS pourraient cesser de fonctionner...

Sun 17 Feb 2019 - 10:42

À l'instar du célèbre bug de l'an 2000 pour les ordinateurs, le système de positionnement américain GPS pourrait cesser de fonctionner le 6 avril prochain à cause d'un problème de dates. Voici comment l'éviter.
Une faiblesse du système de positionnement américain GPS risque d'empêcher bon nombre d'appareils GPS de fonctionner correctement après le 6 avril prochain. C'est ce qu'a découvert The Register, et la cause du dysfonctionnement est un compteur système indiquant la semaine qui arrive à sa limite et qui sera automatiquement réinitialisé. Le problème est similaire au fameux bug de l'an 2000.

Afin de calculer correctement la position, les systèmes de navigation doivent connaître la date. Lors des échanges, le système GPS communique la semaine en cours dans une variable de 10 bits. Cela signifie que cette variable peut prendre 2¹⁰ valeurs, autrement dit, compter de 0 à 1.023. Après 1.023 semaines, soit près de 20 ans, le compteur repasse à zéro et continue de compter. Le compteur a commencé en 1980 pour la première fois, puis a été remis à zéro en 1999. La prochaine réinitialisation arrivera le 6 avril 2019.
Une mise à jour est nécessaire

Le seul moyen pour les appareils plus anciens de retrouver la bonne date sera d'effectuer une mise à jour système. Cela concerne principalement les appareils fabriqués avant 2010, les plus récents ne devraient pas poser de problème si les fabricants ont bien suivi les normes. Cependant, certains d'entre eux ont contourné la difficulté en changeant la date de début, et donc certains appareils pourraient passer cette date sans encombre mais causer le même souci dans quelques années.

Ce problème ne devrait plus se rencontrer à l'avenir pour les nouveaux appareils. Le système intègre désormais de nouveaux formats de message CNAV et MNAV qui utilisent une variable 13 bits. Il devrait donc être valable pendant plus de 150 ans.

GPS logiciel TF
https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/tech-6-avril-tous-gps-pourraient-cesser-fonctionner-75029/

Accents, cédille, tilde... Petits signes, grandes passions

Sun 17 Feb 2019 - 10:40

Savez-vous ce que sont les signes diacritiques ? Leur nom sonne comme un symptôme de maladie, mais ça ne s’attrape pas, promis. Les signes diacritiques, du grec diakritikos, "qui distingue", ce sont tous ces petits signes qui sont ajoutés aux lettres pour en modifier la prononciation ou le sens.

Ils ne sont que cinq en français. Il y a ceux qui se placent au-dessus des lettres, les accents grave, aigu et circonflexe, mais aussi le tréma, comme sur le e de "Noël", et il y a la cédille, le seul signe diacritique qui se place sous une lettre.

Ces signes n’ont pas toujours existé, on a commencé à les introduire à la Renaissance, quand il est apparu que les lettres héritées du latin ne permettaient pas de reproduire assez fidèlement les sons du français. Le premier signe a été le "é".

Les règles de leur emploi sont strictes : on peut mettre sur un o ou un i un accent circonflexe, mais il ne vous viendrait pas à l’idée d’y mettre un accent aigu en français, alors que cela se fait en espagnol, par exemple. En revanche, jamais d’accent sur les consonnes en français, la seule qui puisse être équipée d’un signe diacritique étant le c avec sa petite cédille.

Le tilde existe-t-il en France ?

D’autres langues disposent donc d’autres signes diacritiques. Il y a le rigolo petit rond sur le a suédois, qui s’appelle joliment le "rond en chef". Il y a aussi le o barré en norvégien, et, plus connu chez nous, le tilde espagnol, cette petite vague sur le n qui fait qu’il se prononce "gne" au lieu de "ne". Et c’est justement lui qui m’a donné l’idée de vous parler diacritiques aujourd’hui.

Cette semaine, je corrigeais au journal Le Monde un article dans lequel il était question de Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur. Je suis allée vérifier l’orthographe de son nom parce qu’il me semblait qu’il avait un tilde sur le n, d’habitude. Là, il n’y était pas. Et alors, impossible de savoir ! On trouve des documents disant que Laurent Nuñes tient au tilde, et étrangement, sur le portail du gouvernement, son nom ne le porte pas.

Ce qui est amusant, c’est qu’il est entré au gouvernement à l’automne dernier, juste au moment où se jouait en Bretagne une tragédie judiciaro-familialo-bretonnante autour du tilde. Car figurez-vous que le tilde existe en breton, et que des parents qui voulaient appeler leur bébé Fañch, avec un tilde sur le n, se le sont vu interdire, au motif que ce signe n’est pas français. Ils sont pourtant parvenus à démontrer que le tilde existait en ancien français, et l’affaire est en appel. Mais c’est peut-être pour éviter que les Bretons puissent se servir de l’argument Nunez que celui-ci s’est scalpé le n en entrant au gouvernement. En tout cas, vous voyez que ces tout petits signes soulèvent parfois de grandes passions.

langue
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/accents-cedille-tilde-petits-signes-grandes-passions-7796967130

Copyright et contenus numériques : l'Europe tient enfin son accord

Fri 15 Feb 2019 - 13:57

Un texte commun de directive européenne vient d'être adopté. Il réforme les principes du droit d'auteur en ligne et les règles applicables aux plateformes de contenu. Décryptage.

(CCM) — La Commission européenne, le Conseil de l'UE et le Parlement européen viennent de se mettre d'accord sur un projet commun de directive sur le copyright et les droits d'auteur numériques. Cette proposition veut moderniser le droit européen, à l'heure de l'omniprésence du digital.

Comme l'indique Andrus Ansip le vice-président de la Commission Européenne en charge du marché unique digital dans son tweet (lien en anglais), les instances européennes veulent avec ce texte à la fois garantir les droits des utilisateurs de services numériques, moderniser les règles applicables aux plateformes de contenus en ligne et assurer la rémunération des producteurs de contenus. Réussir cette triple mission n'était pas gagné d'avance car en matière de droits d'auteur et de copyright, les intérêts des différents acteurs sont divergents la plupart du temps. Plusieurs points du texte font encore débat au sein de la communauté des experts en droit des contenus numériques.

En particulier, l'article 11 veut mettre en place une taxe sur les liens hypertextes sortants. Les créateurs de contenus numériques et les éditeurs de presse obtiennent le droit de demander une rémunération aux plateformes qui affichent un extrait – même « très court » – de leurs contenus. Les agrégateurs d'actualités et les moteurs de recherche sont directement visés, au premier rang desquels Google avait déjà prévenu que cet article 11 pourrait entraîner la fermeture de Google Actualités (cf. notre article sur le sujet). Reste à savoir comment seront interprétées les notions « d'extraits très courts » et d'agrégateurs de contenu. Sur ce dernier point, il se pourrait que même les blogs personnels tenus par des particuliers ou les sites associatifs à but non lucratif soient également concernés par la taxe sur les liens sortants.

Pour laisser le temps aux acteurs du digital de s'organiser, une période de protection de deux ans est prévue par le texte, pendant laquelle les liens hypertextes peuvent encore être utilisés librement. D'ici à 2021, les discussions promettent d'être vives pour négocier la mise en application du texte européen, consultable sur le site de la Commission.

copyright directive-copyright droit-d-auteur TF
https://www.commentcamarche.net/news/5872387-copyright-et-contenus-numeriques-l-europe-tient-enfin-son-accord

218 – L’expédition du navire La Nouvelle-France pour le Canada en 1670 – Le blogue de Guy Perron

Mon 11 Feb 2019 - 08:09

La flotte de 1670 à destination de Québec est composée de quatre navires : trois de La Rochelle (La Nouvelle-France, La Sainte-Hélène et Le Saint-Pierre) et un de Dieppe (Le Saint-Jean-Baptiste).

Le navire La Nouvelle-France (250 tx) est la propriété du marchand rochelais Pierre Gaigneur qu’il a acquit, le 5 avril 1667[1], avec quatorze pièces de canon, des marchands Gédéon Bion, Daniel Brians et Paul Bion en compagnie pour la somme de 15 700lt.

Canada Généalogie Québec
https://lebloguedeguyperron.wordpress.com/2019/02/10/218-lexpedition-du-navire-la-nouvelle-france-pour-le-canada-en-1670/

Sacrés Ancêtres !: Parrains, marraines: Comment les choisissait-on ? Quels rôles avaient-ils dans la vie de l'enfant ?

Sat 9 Feb 2019 - 12:11

Au baptême, l’enfant reçoit du parrain et de la marraine de nouveaux parents dits spirituels. Les historiens du droit, et notamment du droit canonique, se sont emparés au XIXe siècle de la thématique du baptême et ce n’est que dans les années 1990, grâce aux travaux pionniers d’Agnès Fine en France, puis, dans les années 2000, avec les travaux majeurs de l’italien Guido Alfani, que le baptême revient dans le giron de l’historien des familles. Une tâche ingrate, dans l’étude des parrains et marraines, consiste à dépouiller intégralement une commune, voire plusieurs, et à reconstituer les familles pour identifier les parents spirituels dans la parentèle et plus globalement dans la vie de la communauté. Ceci a été réalisé à quelques reprises, notamment par les membres du courant de la démographie historique (un numéro paru en 1995 des Annales de Démographie Historique traite justement de l’histoire de la famille). Pour ce mémoire, le même travail a été entrepris sur une commune, La Tour-d’Aigues, qui se trouve entre le village et la ville et que l’on pourrait qualifier de bourg. Dans la première partie de ce chapitre, nous reviendrons sur cette méthode employée (et ses limites). Le baptême est perçu par la susdite historiographie comme un acte « annexe ». Il serait un acte formel ne créant que de faibles liens avec le baptisé. Notre hypothèse de travail est presque à l’opposé de ce que les historiens ont étudié jusqu’à présent. Il est apparu, dans la documentation à notre disposition, que si le parrain et la marraine ne sont certes pas omniprésents, ils ont un rôle à jouer. Nous tenterons de définir ce rôle. Dans l’approche renouvelée de la parenté en histoire, avec les histoires des grands-parents et récemment les brillants travaux de Marion Trévisi sur les oncles et tantes, nous pensons que les parrains sont aussi, sinon au cœur de la parenté, du moins des membres clés de la famille élargie. Plus encore, le parrainage permet de renforcer des liens, soit dans l’entre-soi (avec des membres de sa famille, des amis proches, des voisins) soit dans l’hors-de-soi (avec des relations qui seraient donc mixtes, avec des liens clientélaires ou même des liens d’amitié entre personnes de milieux variés). Pour cela, dans un premier temps, nous présenterons la méthode et en indiquerons les limites (I). Nous nous questionnerons aussi sur le lien entre le baptisé, les parents de ce dernier et ses parrains (II). Bien sûr, il n’est pas question d’écarter les relations de clientèle au sein du réseau, donc des relations verticales (III), mais nous aimerions aussi, et peut-être surtout, nous intéresser, ne serait-ce que brièvement, à un aspect assez neuf dans l’étude du baptême, du moins d’après nos lectures : le baptême comme consolidation des fiançailles (IV). Voilà, en quelques mots, ce que nous allons étudier ci-après.

Généalogie
http://sacres-ancetres.blogspot.com/2019/02/parrains-marraines-comment-les.html
page 39 / 97

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