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 La revue de web de Kat

30 ans du Web : quand la prédiction d'Arthur Clarke prenait corps

Tue 12 Mar 2019 - 08:11

Si Arthur Clarke a échoué à prédire le futur de la conquête spatiale pour le début du XXIe siècle il y a 50 ans, on ne peut qu'être impressionné par sa clairvoyance en ce qui concerne le monde des télécommunications qui est le nôtre. Une bonne occasion de s'en souvenir alors que l'on fête sur la toile, ce 12 mars 2019, les 30 ans de la naissance du Web au Cern.

Il y a longtemps déjà Arthur Clarke avait avancé la thèse que tout comme les États-Unis avaient été unifiés grâce au télégraphe et au train, l'Humanité et la Terre le seraient grâce aux satellites de télécommunications et aux avions de ligne. Dès les années 1960, on le voyait préciser cette thèse avec des prédictions visionnaires lors d'une émission de la BBC et encore au début des années 1970 comme le montre la vidéo ci-dessous. Lui faisait écho, dès 1962, la fameuse expression de « village global » que l'on doit au philosophe et sociologue des médias canadien Marshall McLuhan. Les deux hommes pensaient que les progrès des télécommunications et de l'informatique allaient aider l'Humanité à développer une conscience et une culture planétaires.

On peut constater dans cette vidéo datant de 1976 qu'Arthur Clarke anticipait clairement non seulement le World Wide Web et les utilisations que l'on en fait, d'arXiv à Skype en passant par Amazon et Google, mais aussi les téléphones portables connectés au World Wide Web qui nous permettent, par exemple, d'écouter des documentaires d'Haroun Tazieff au sommet du Vulcano dans les îles éoliennes. Nous pouvons également assister en direct aux 30 ans du World Wide Web ce 12 mars 2019, avec une manifestation au Cern qui sera notamment retransmise en direct sur les chaînes Facebook et YouTube du célèbre centre de recherche européen où l'on a fait la découverte du boson de Brout-Englert-Higgs.

Internet est né aux États-Unis mais le World Wide Web au Cern

Rappelons en effet que c'est au Cern, en mars 1989, que le Britannique Tim Berners-Lee (anobli depuis) a commencé à rédiger le contenu de sa proposition d'« un système hypertexte basé sur Internet permettant de relier différents ordinateurs et d'accéder ainsi à des informations », comme l'explique le communiqué du Cern pour les 30 ans de la toile. Si Internet, c'est-à-dire des protocoles de communication entre ordinateurs, remonte en fait aux années 1960 et est essentiellement une création anglo-saxonne principalement portée aux États-unis par l'Armée avec la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa) qui va donner naissance à Arpanet (Advanced Research Projects Agency Network), le jeune informaticien, qui était venu au Cern quelques années auparavant pour travailler sur le fameux Proton Synchrotron, va le conduire à une métamorphose qui, aujourd'hui, impacte plusieurs milliards de personnes sur Terre.

Mais à la base, il s'agissait de rendre disponible une même information centralisée à toute la communauté mondiale en physique des hautes énergies, que ce soit en Europe, aux États-Unis ou encore au Japon. Pour cela, Tim Berners-Lee va être amené à introduire des éléments qui nous sont désormais familiers comme le langage html, le protocole http avec URL et bien sûr les premiers serveur, navigateur et éditeur web. Il fut aidé à ses débuts par l'ingénieur et informaticien belge Robert Cailliau qui cosigna notamment avec Tim Berners-Lee, en novembre 1990, un document désormais entré dans l'Histoire et intitulé « WorldWideWeb : Proposition pour un projet hypertexte ».

L'Histoire se mettra vraiment en marche le 30 avril 1993 lorsque le Cern mettra gratuitement dans le domaine public la dernière version du logiciel derrière le World Wide Web. Et cela, conformément au statut même du Cern depuis sa fondation qui a pour principe de diffuser librement, in fine, les découvertes scientifiques et les avancées technologiques, et pas seulement entre les nations qui sont membres du laboratoire.

En France, le Web s'installe au début des années 1990 grâce à deux ingénieurs du CNRS travaillant à Lyon au Centre de calcul de l'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (plus connu sous le sigle de l'IN2P3) : Wojciech Wojcik et Daniel Charnay.

web
https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/internet-30-ans-web-prediction-arthur-clarke-prenait-corps-75294/

Jacques Toubon inquiet d'un "renforcement de la répression" en France | Le Huffington Post

Tue 12 Mar 2019 - 08:09

Le Défenseur des droits s'inquiète d'un "affaissement" des libertés dans son rapport annuel.

FRANCE - Des étrangers aux gilets jaunes en passant par la lutte antiterroriste, le Défenseur des droits pointe un "renforcement (...) de la répression" en France et s'inquiète d'un "affaissement" des libertés inspiré par l'état d'urgence de 2015, selon son rapport annuel publié ce mardi 12 mars.

"En France, (...) s'est implantée une politique de renforcement de la sécurité et de la répression face à la menace terroriste, aux troubles sociaux et à la crainte d'une crise migratoire alimentée par le repli sur soi", pointe cette autorité indépendante chargée notamment de défendre les citoyens face à l'administration. "Nous sommes dans un pays crispé", dit-il aussi dans une interview au Parisien.

Dans son rapport 2018, qui couvre la période d'éclosion du mouvement des gilets jaunes, l'institution présidée par l'ancien ministre de droite Jacques Toubon s'interroge notamment sur "le nombre 'jamais vu' d'interpellations et de gardes à vue intervenues 'de manière préventive'" lors de certaines manifestations.

Selon ce document, les directives des autorités pour gérer la contestation sociale "semblent s'inscrire dans la continuité des mesures de l'état d'urgence", décrété après les attentats du 13 novembre 2015.

Ce régime d'exception, resté en vigueur pendant deux ans et dont certaines dispositions ont été conservées dans la loi, a agi comme une "pilule empoisonnée" venue "contaminer progressivement le droit commun, fragilisant l'État de droit", estime le rapport.

"Un nouvel ordre juridique, fondé sur la suspicion"

Pour le Défenseur, il a "contribué à poser les bases d'un nouvel ordre juridique, fondé sur la suspicion, au sein duquel les droits et libertés fondamentales connaissent une certaine forme d'affaissement".

Cette logique sécuritaire imprègne également le droit des étrangers, selon le rapport du Défenseur qui estime que la France mène "une politique essentiellement fondée sur la 'police des étrangers', reflétant une forme de 'criminalisation des migrations'".

En 2018, ce sont toutefois les réclamations liées aux services publics qui ont le plus occupé le Défenseur des droits: elles représentent 93% des dossiers traités par une institution toujours plus sollicitée. Avec 96.000 dossiers en 2018, le Défenseur des droits a vu les réclamations augmenter de 6,1% en un an.

Retards dans le versement de certaines retraites, suppression du guichet dans les préfectures pour délivrer le permis de conduire, "déserts médicaux"... Le rapport s'alarme d'un "repli des services publics".

Un tableau noir que le Défenseur relie au ras-le-bol fiscal exprimé par les gilets jaunes. Selon lui, "en s'effaçant peu à peu, les services publics qui, en France, constituent un élément essentiel du consentement à l'impôt, hypothèquent la redistribution des richesses et le sentiment de solidarité, sapant progressivement la cohésion sociale".

liberté liberté-d-expression
https://www.huffingtonpost.fr/2019/03/12/jacques-toubon-inquiet-dun-renforcement-de-la-repression-en-france_a_23690045/

L'UE veut nous empêcher d'installer des applications non certifiées sur nos smartphones - PhonAndroid.com

Tue 12 Mar 2019 - 06:29

L’Union Européenne veut nous protéger des logiciels dangereux et envisage d’obliger les fabricants d’équipements de radiocommunication (comme les smartphones) à certifier les applications et services qui peuvent être installés sur nos appareils. Une menace pour le logiciel libre et la concurrence ainsi qu’une restriction de choix pour les utilisateurs.

L’Union Européenne prépare une nouvelle réglementation concernant les équipements radio. Une catégorie d’appareils qui comprend nos smartphones, mais aussi les routeurs, les TV connectées et les autres produits capables de se connecter à un réseau domestique (WiFi), mobile ou GPS. Cette directive prévoit notamment le verrouillage des radiocommunications pour plus de sécurité pour les consommateurs, avec comme conséquence l’impossibilité d’installer des logiciels personnalisés ou applications non certifiées par les constructeurs. En d’autres termes, bienvenue chez Apple et iOS. Un cauchemar.

Le logiciel libre en péril à cause de l’UE ?

Une situation qui alerte la Free Software Foundation Europe (FSFE), la fondation européenne pour le logiciel libre. L’organisme dénonce « des effets foncièrement néfastes sur les droits des utilisateurs et le Logiciel Libre, la libre concurrence, l’innovation, l’environnement, et le volontariat – le tout, hélas, sans réel bénéfice pour la sécurité ».

L’objectif de la réforme est de protéger les utilisateurs en les empêchant d’installer un programme susceptible de nuire à leurs données personnelles, à leur appareil, voire à leur santé. Les fabricants devraient alors vérifier tous les logiciels et certifier ceux qu’ils ne jugent pas dangereux. Ceux qui ne sont pas certifiés, même s’ils tout à fait inoffensifs, seraient alors bloqués. Mais ce faisant, le choix d’applications et services sera très fortement restreint, entraînant au passage un défaut de concurrence. Un comble alors que l’UE ne lâche pas Google sur le dossier antitrust Android.

Il ne s’agit pas seulement d’un fardeau pour ceux qui sont touchés mais il s’agit également d’une violation du droit des utilisateurs au libre choix. Les utilisateurs seront forcés d’utiliser le logiciel du fabricant car ils ne pourront plus choisir indépendamment le matériel et le logiciel », estime la FSFE. « Le status quo crée de hautes barrières pour les utilisateurs qui voudraient contrôler leur matériel et logiciel .

Ce cas nous rappelle le fameux article 13 sur le droit d’auteur que combattent férocement les plateformes de partage comme YouTube. Dans les deux situations, l’UE veut responsabiliser les entreprises plutôt que les utilisateurs des services et produits. Et dans les deux cas, une telle loi semble très difficilement applicable et au final au détriment des consommateurs malgré d’apparentes bonnes intentions.

Europe logiciel-libre
https://www.phonandroid.com/lue-veut-nous-empecher-dinstaller-des-applications-non-certifiees-sur-nos-smartphones.html

De l'oxygène pour les 30 ans du web

Tue 12 Mar 2019 - 06:22

Créé dans un idéal d’échange libre et gratuit il y a trente ans, le web est désormais dominé par des géants marchands. Alors, quelle place pour la collaboration sur la Toile ?

On le connaît aujourd’hui sous son petit nom, « trois w ». Il y a trente ans, le 12 mars 1989, Tim Berners-Lee, chercheur britannique au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève en Suisse, mettait au point le world wide web pour permettre l’échange d’informations sur Internet dans le monde entier – et non entre réseaux locaux seulement. Aidé de son collègue belge Robert Caillaud, il invente le premier serveur web (info.cern.ch), le protocole http pour localiser les informations et le langage HTML pour créer les pages. En 1993, devant le succès de ces outils, le CERN livre le code source du www et le fait tomber dans le domaine public.

2001 Lancement de l’encyclopédie interactive et gratuite Wikipedia, grâce à la technologie wiki, permettant une modification par ses utilisateurs.

Mais les services marchands ont vite pris le dessus avec l’arrivée d’Amazon en 1995 ou de Google en 1998. La tendance est à une centralisation du réseau, certains acteurs devenant incontournables par leur taille et le nombre de leurs services. « Chaque invention vient avec son ombre, résume Flore Vasseur, journaliste et auteur du livre “ Ce qu’il reste de nos rêves ” (éd. des Équateurs). L’outil web est neutre, mais les nobles intentions perdent face aux lobbies très organisés du profit et de la manipulation. Il n’y a pas de lobby du bien commun. C’est ce que défendait Aaron Swartz [un génie de l’informatique américain, il s’est suicidé sous la menace d’un procès fédéral en 2013, NDLR], auquel je consacre mon livre, qui incarnait la défense du bien, ce qu’internet produit de mieux : l’accès libre au savoir, contre le flicage qu’on voit à l’œuvre désormais. »

2002 Dans l’Hexagone, année où Legifrance met en ligne gratuitement une grande partie de la donnée juridique disponible.

L’application prochaine de la législation européenne – article 13 et article 11, qui rend responsables les plateformes internets de contenus qu’elles offrent, au risque de fortes amendes – menace aussi la liberté de création sur YouTube, selon Dead Will (alias Wilfried Kaiser), Tourangeau qui vulgarise des concepts sociétaux grâce à des extraits de films. « Les plateformes ne vont pas rendre de risque et ne feront pas du cas par cas. On risque de ne plus pouvoir utiliser les œuvres, ce qui dans mon cas est impossible. Même si j’ai déjà recours à Wikimedias pour avoir des contenus libres de droits. » Face à cette nouvelle situation menaçant une liberté d’expression, deux attitudes sont possibles : croire à un bluff de YouTube qui ne fera pas vraiment la chasse et ne rien changer, soit espérer que la plateforme passe des accords, avec Allocine par exemple.

Ce sont des entreprises toxiques pour nos vies et ce n’est pas ça que le web voulait au départ.
Pierre-Yves Gosset, délégué général de Framasoft

Mais des villages résistent toujours à l’envahisseur, en créant des logiciels libres. Pierre-Yves Gosset, délégué général de Framasoft, explique que son site associatif s’est créé « sur une idée de partage des savoirs, de transparence et d’entraide. Par exemple Wikipedia qu’on peut modifier, partager ou enrichir librement, à condition de citer l’auteur. » L’association existe depuis dix-huit ans et s’est fixée comme objectif, en 2014 de dégoogliser internet en proposant des services alternatifs. Avec les révélations d’Edouard Snowden, en 2013, sur le programme d’espionnage américain PRISM, « nous avons découvert qu’internet était aussi un outil de surveillance. Nous avons réorienté notre action vers plus de pédagogie, pour expliquer aux gens que les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) sont un aspirateur à données personnelles. Ce sont des entreprises toxiques pour nos vies et ce n’est pas ça que le web voulait au départ. » Framasoft prépare l’avenir en pariant sur un retour aux logiciels libres après un basculement du modèle du web vers une sobriété nouvelle. 30 ans, l’âge de la maturité, devrait voir éclore « une certaine lucidité des citoyens sur l’utilité d’internet » comme l’invoque aussi Flore Vasseur. Alors, Happy birthday, Tim !

Tipeee, la plateforme alternative
Il y a cinq ans, des Youtubeurs français ont créé la plateforme Tipeee, start-up dont les internautes rétribuent les vidéos – « tip » signifie pourboire en anglais. Ce modèle permet de s’affranchir de la publicité, une alternative efficace au monopole de YouTube. « C’est un bon moyen pour ne pas dépendre de la publicité, indique Dead Will, vulgarisateur en concepts sociétaux, Tourangeau lui aussi. On revient aux fondements du web pour la diffusion de la connaissance. » Des journalistes de Thinkerview, des dessinateurs ou récemment des podcasteurs ont choisi ce mode de diffusion direct.

Centre-Val de Loire en pointe sur l’Open Data

Outre la publication des comptes rendus de session plénière et de délibérations de l’exécutif, la Région Centre-Val de Loire livre aussi des études dynamiques sur des thématiques précises. Par exemple, elle est la première en France à fournir, en accès libre, les données de ponctualité des trains régionaux, disponibles son portail en open data. « Nous avons fait le choix de ce portail, ouvert en octobre, pour rendre la donnée intelligible, détaille Laurent Ollivier, directeur du numérique à la Region. Ce n’est pas tout de satisfaire les obligations réglementaires en libérant de la donnée, encore faut-il qu’elle soit utile. C’est vertueux pour le public mais aussi en interne, pour réfléchir à la place des données qu’on gère. »

À la tête d’une petite équipe transversale, il pilote les thèmes qui pourraient être abordés, puis le bureau exécutif les valide. « Nous travaillons autour du tourisme, mais aussi du patrimoine, continue Laurent Ollivier. Nous avons des données de qualité qui représentent un potentiel colossal pour le tourisme par exemple. Les acteur privés pourraient s’en servir pour faire du business. »

TF web
https://www.lanouvellerepublique.fr/france-monde/de-l-oxygene-pour-les-30-ans-du-web

Nous devons nous passer de Chrome – Framablog

Thu 7 Mar 2019 - 12:52

Il y a dix ans, nous avons eu besoin de Google Chrome pour libérer le Web de l’hégémonie des entreprises, et nous avons réussi à le faire pendant une courte période. Aujourd’hui, sa domination étouffe la plateforme même qu’il a autrefois sauvée des griffes de Microsoft. Et personne, à part Google, n’a besoin de ça.

Nous sommes en 2008. Microsoft a toujours une ferme emprise sur le marché des navigateurs web. Six années se sont écoulées depuis que Mozilla a sorti Firefox, un concurrent direct d’Internet Explorer. Google, l’entreprise derrière le moteur de recherche que tout le monde aimait à ce moment-là, vient d’annoncer qu’il entre dans la danse. Chrome était né.

Au bout de deux ans, Chrome représentait 15 % de l’ensemble du trafic web sur les ordinateurs fixes — pour comparer, il a fallu 6 ans à Firefox pour atteindre ce niveau. Google a réussi à fournir un navigateur rapide et judicieusement conçu qui a connu un succès immédiat parmi les utilisateurs et les développeurs Web. Les innovations et les prouesses d’ingénierie de leur produit étaient une bouffée d’air frais, et leur dévouement à l’open source la cerise sur le gâteau. Au fil des ans, Google a continué à montrer l’exemple en adoptant les standards du Web.

Avançons d’une décennie. Le paysage des navigateurs Web est très différent. Chrome est le navigateur le plus répandu de la planète, faisant de facto de Google le gardien du Web, à la fois sur mobile et sur ordinateur fixe, partout sauf dans une poignée de régions du monde. Le navigateur est préinstallé sur la plupart des téléphones Android vendus hors de Chine, et sert d’interface utilisateur pour Chrome OS, l’incursion de Google dans les systèmes d’exploitation pour ordinateurs fixe et tablettes. Ce qui a commencé comme un navigateur d’avant-garde respectant les standards est maintenant une plateforme tentaculaire qui n’épargne aucun domaine de l’informatique moderne.

Bien que le navigateur Chrome ne soit pas lui-même open source, la plupart de ses composantes internes le sont. Chromium, la portion non-propriétaire de Chrome, a été rendue open source très tôt, avec une licence laissant de larges marges de manœuvre, en signe de dévouement à la communauté du Web ouvert. En tant que navigateur riche en fonctionnalités, Chromium est devenu très populaire auprès des utilisateurs de Linux. En tant que projet open source, il a de nombreux adeptes dans l’écosystème open source, et a souvent été utilisé comme base pour d’autres navigateurs ou applications.

Tant Chrome que Chromium se basent sur Blink, le moteur de rendu qui a démarré comme un fork de WebKit en 2013, lorsque l’insatisfaction de Google grandissait envers le projet mené par Apple. Blink a continué de croître depuis lors, et va continuer de prospérer lorsque Microsoft commencera à l’utiliser pour son navigateur Edge.

La plateforme Chrome a profondément changé le Web. Et plus encore. L’adoption des technologies web dans le développement des logiciels PC a connu une augmentation sans précédent dans les 5 dernières années, avec des projets comme Github Electron, qui s’imposent sur chaque OS majeur comme les standards de facto pour des applications multiplateformes. ChromeOS, quoique toujours minoritaire comparé à Windows et MacOS, s’installe dans les esprits et gagne des parts de marché.

Chrome est, de fait, partout. Et c’est une mauvaise nouvelle
Don’t Be Evil

L’hégémonie de Chrome a un effet négatif majeur sur le Web en tant que plateforme ouverte : les développeurs boudent de plus en plus les autres navigateurs lors de leurs tests et de leurs débogages. Si cela fonctionne comme prévu sur Chrome, c’est prêt à être diffusé. Cela engendre en retour un afflux d’utilisateurs pour le navigateur puisque leurs sites web et applications favorites ne marchent plus ailleurs, rendant les développeurs moins susceptibles de passer du temps à tester sur les autres navigateurs. Un cercle vicieux qui, s’il n’est pas brisé, entraînera la disparition de la plupart des autres navigateurs et leur oubli. Et c’est exactement comme ça que vous asphyxiez le Web ouvert.

Quand il s’agit de promouvoir l’utilisation d’un unique navigateur Web, Google mène la danse. Une faible assurance de qualité et des choix de conception discutables sont juste la surface visible de l’iceberg quand on regarde les applications de Google et ses services en dehors de l’écosystème Chrome. Pour rendre les choses encore pires, le blâme retombe souvent sur les autres concurrents car ils « retarderaient l’avancée du Web ». Le Web est actuellement le terrain de jeu de Google ; soit vous faites comme ils disent, soit on vous traite de retardataire.

Sans une compétition saine et équitable, n’importe quelle plateforme ouverte régressera en une organisation dirigiste. Pour le Web, cela veut dire que ses points les plus importants — la liberté et l’accessibilité universelle — sont sapés pour chaque pour-cent de part de marché obtenu par Chrome. Rien que cela est suffisant pour s’inquiéter. Mais quand on regarde de plus près le modèle commercial de Google, la situation devient beaucoup plus effrayante.

La raison d’être de n’importe quelle entreprise est de faire du profit et de satisfaire les actionnaires. Quand la croissance soutient une bonne cause, c’est considéré comme un avantage compétitif. Dans le cas contraire, les services marketing et relations publiques sont mis au travail. Le mantra de Google, « Don’t be evil« , s’inscrivait parfaitement dans leur récit d’entreprise quand leur croissance s’accompagnait de rendre le Web davantage ouvert et accessible.

Hélas, ce n’est plus le cas.
Logos de Chrome

L’intérêt de l’entreprise a dérivé petit à petit pour transformer leur domination sur le marché des navigateurs en une croissance du chiffre d’affaires. Il se trouve que le modèle commercial de Google est la publicité sur leur moteur de recherche et Adsense. Tout le reste représente à peine 10 % de leur revenu annuel. Cela n’est pas forcément un problème en soi, mais quand la limite entre navigateur, moteur de recherche et services en ligne est brouillée, nous avons un problème. Et un gros.

Les entreprises qui marchent comptent sur leurs avantages compétitifs. Les moins scrupuleuses en abusent si elles ne sont pas supervisées. Quand votre navigateur vous force à vous identifier, à utiliser des cookies que vous ne pouvez pas supprimer et cherche à neutraliser les extensions de blocage de pub et de vie privée, ça devient très mauvais1. Encore plus quand vous prenez en compte le fait que chaque site web contient au moins un bout de code qui communique avec les serveurs de Google pour traquer les visiteurs, leur montrer des publicités ou leur proposer des polices d’écriture personnalisées.

En théorie, on pourrait fermer les yeux sur ces mauvaises pratiques si l’entreprise impliquée avait un bon bilan sur la gestion des données personnelles. En pratique cependant, Google est structurellement flippant, et ils n’arrivent pas à changer. Vous pouvez penser que vos données personnelles ne regardent que vous, mais ils ne semblent pas être d’accord.

Le modèle économique de Google requiert un flot régulier de données qui puissent être analysées et utilisées pour créer des publicités ciblées. Du coup, tout ce qu’ils font a pour but ultime d’accroître leur base utilisateur et le temps passé par ces derniers sur leurs outils. Même quand l’informatique s’est déplacée de l’ordinateur de bureau vers le mobile, Chrome est resté un rouage important du mécanisme d’accumulation des données de Google. Les sites web que vous visitez et les mots-clés utilisés sont traqués et mis à profit pour vous offrir une expérience plus « personnalisée ». Sans une limite claire entre le navigateur et le moteur de recherche, il est difficile de suivre qui connaît quoi à votre propos. Au final, on accepte le compromis et on continue à vivre nos vies, exactement comme les ingénieurs et concepteurs de produits de Google le souhaitent.

En bref, Google a montré à plusieurs reprises qu’il n’avait aucune empathie envers ses utilisateurs finaux. Sa priorité la plus claire est et restera les intérêts des publicitaires.
Voir au-delà

Une compétition saine centrée sur l’utilisateur est ce qui a provoqué l’arrivée des meilleurs produits et expériences depuis les débuts de l’informatique. Avec Chrome dominant 60 % du marché des navigateurs et Chromium envahissant la bureautique sur les trois plateformes majeures, on confie beaucoup à une seule entreprise et écosystème. Un écosystème qui ne semble plus concerné par la performance, ni par l’expérience utilisateur, ni par la vie privée, ni par les progrès de l’informatique.

Mais on a encore la possibilité de changer les choses. On l’a fait il y a une décennie et on peut le faire de nouveau.

Mozilla et Apple font tous deux un travail remarquable pour combler l’écart des standards du Web qui s’est élargi dans les premières années de Chrome. Ils sont même sensiblement en avance sur les questions de performance, utilisation de la batterie, vie privée et sécurité.

Si vous êtes coincés avec des services de Google qui ne marchent pas sur d’autres navigateurs, ou comptez sur Chrome DevTools pour faire votre travail, pensez à utiliser Vivaldi2 à la place. Ce n’est pas l’idéal —Chromium appartient aussi à Google—, mais c’est un pas dans la bonne direction néanmoins. Soutenir des petits éditeurs et encourager la diversité des navigateurs est nécessaire pour renverser, ou au moins ralentir, la croissance malsaine de Chrome.

Je me suis libéré de Chrome en 2014, et je n’y ai jamais retouché. Il est probable que vous vous en tirerez aussi bien que moi. Vous pouvez l’apprécier en tant que navigateur. Et vous pouvez ne pas vous préoccuper des compromissions en termes de vie privée qui viennent avec. Mais l’enjeu est bien plus important que nos préférences personnelles et nos affinités ; une plateforme entière est sur le point de devenir un nouveau jardin clos. Et on en a déjà assez. Donc, faisons ce que nous pouvons, quand nous le pouvons, pour éviter ça.
Sources & Lectures supplémentaires

“Parts de marché des navigateurs web”, https://fr.wikipedia.org/wiki/Parts_de_march%C3%A9_des_navigateurs_web, Wikipédia.
“Chrome is Not the Standard”, https://www.chriskrycho.com/2017/chrome-is-not-the-standard.html, Chris Krycho.
“Why I’m done with Chrome”, https://blog.cryptographyengineering.com/2018/09/23/why-im-leaving-chrome/, Matthew Green.
“Browser Diversity Starts with US”, http://www.zeldman.com/2018/12/07/browser-diversity-starts-with-us/, Jeffrey Zeldman.

Je sais que, après les retours négatifs des utilisateurs, Chrome 70 a retiré certaines de ces parties. Cependant, mon raisonnement tient toujours.
Opera et Brave sont deux autres alternatives, mais le premier est détenu par un consortium publicitaire et vidéoludique implanté en Chine, tandis que le second expérimente des modèles économiques non-conventionnels basés sur la publicité.
Chrome Google no-google TF web
https://framablog.org/2019/03/07/nous-devons-nous-passer-de-chrome/

220 – L’expédition du navire L`Hélène pour le Canada en 1670 – Le blogue de Guy Perron

Thu 7 Mar 2019 - 12:25

La flotte de 1670 à destination de Québec et Percé est composée de cinq navires : quatre de La Rochelle (L’Hélène, L’Hirondelle, La Nouvelle-France et Le Saint-Pierre) et un de Dieppe (Le Saint-Jean-Baptiste).

La frégate L’Hélène (100 tx) est le sujet du présent article

Acadie Canada
https://lebloguedeguyperron.wordpress.com/2019/03/06/220-lexpedition-du-navire-lhelene-pour-le-canada-en-1670/

La justice a tranché, les milliers de victimes du médicament Levothyrox ne seront pas indemnisées - Nice-Matin

Tue 5 Mar 2019 - 19:39

La justice a débouté mardi les 4.113 malades de la thyroïde qui avaient assigné le laboratoire Merck pour "défaut d'information" autour du changement de formule de son médicament Levothyrox.

Sur la demande principale "tendant à établir l'existence d'une faute délictuelle" du laboratoire allemand, le Tribunal d'instance de Lyon a débouté les plaignants, estimant notamment que Merck avait œuvré dans les règles et de concert avec les autorités sanitaires françaises.

Le tribunal a également retenu dans son jugement que "la qualité et la valeur thérapeutique du médicament nouvelle formule" étaient "certaines" et que sa notice contenait des informations "suffisamment précises et pertinentes" pour les patients concernés.

La justice estime ainsi que le laboratoire n'a commis aucune faute. "Le juge a reconnu la pertinence, au regard du cadre réglementaire en vigueur, du dispositif d'information mis en place lors de la transition, entre mars et septembre 2017, de l'ancienne à la nouvelle formule du Levothyrox", s'est félicité le directeur juridique de la filiale française Florent Bensadoun dans un communiqué.

La nouvelle formule du Levothyrox, prescrit contre l'hypothyroïdie, a été incriminée, entre mars 2017 et avril 2018, par quelque 31.000 patients victimes d'effets secondaires (fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, etc.).

Au cours de l'audience, délocalisée le 3 décembre dans un centre de congrès de la banlieue de Lyon en raison du très grand nombre de requérants, les avocats des plaignants regroupés dans une action collective via une plateforme en ligne avaient réclamé une indemnisation de 10.000 euros pour chacun d'eux, soit plus de 41 millions au total.

L'affaire fait par ailleurs l'objet, au pénal, d'une information judiciaire contre X instruite par le pôle santé du TGI de Marseille.

Ouverte le 2 mars 2018 pour tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui, elle a été élargie depuis par le parquet au chef "d'homicide involontaire".

Au total, trois millions de patients prennent ce médicament en France (premier marché mondial) et 2,5 millions de malades utilisent la nouvelle formule, selon Merck.

La France a été le premier pays où la nouvelle formule a été introduite.

Depuis, la Suisse a suivi sans rencontrer de difficultés et Merck a prévu de la lancer dans 21 pays de l'Union européenne.

lévothyrox
https://www.nicematin.com/sante/la-justice-a-tranche-les-milliers-de-victimes-du-medicament-levothyrox-ne-seront-pas-indemnisees-303589

L'Azuréenne à l'origine de la première plainte réagit après le déboutement de plus de 4.000 victimes du Levothyrox - Var-Matin

Tue 5 Mar 2019 - 19:38

La justice a débouté mardi les 4.113 malades de la thyroïde qui avaient assigné le laboratoire Merck pour "défaut d'information" autour du changement de formule de son médicament Levothyrox. Anne-Catherine Colin-Chauley, la présidente de l'association Alerte Thyroïde, se dit déçue mais pas étonnée par cette issue.

Elle avait déposé la première plainte en France contre le laboratoire Merck, fin août 2017, pour "mise en danger de la vie d'autrui". La Mouginoise Anne-Catherine Colin-Chauley, avocate au barreau d'Ajaccio, a réagi ce mardi après-mardi après le déboutement des 4.113 malades qui avaient assigné le laboratoire Merck.

Un jugement "bien malheureux pour tous les patients qui se sont engouffrés dans ce genre de procédure mais ceci était prévisible, explique-t-elle à Nice-Matin. Car le défaut d'information provient de l'ANSM (agence nationale de sécurité du médicament, NDLR) et non du laboratoire Merck".

Selon elle, il aurait été "plus judicieux de solliciter l'annulation du brevet nouvelle formule pour manque d'action inventive par rapport à l'ancienne formule", voire aller "au pénal pour tromperie sur le médicament".

RELIRE. La justice a tranché, les milliers de victimes du médicament Levothyrox ne seront pas indemnisées

Le Tribunal d'instance de Lyon a débouté ce mardi matin les plaignants, estimant notamment que le laboratoire Merck avait œuvré dans les règles et de concert avec les autorités sanitaires françaises.

Aucune faute du laboratoire

Le tribunal a également retenu dans son jugement que "la qualité et la valeur thérapeutique du médicament nouvelle formule" étaient "certaines" et que sa notice contenait des informations "suffisamment précises et pertinentes" pour les patients concernés.

La justice a ainsi estimé que le laboratoire n'avait commis aucune faute.

La nouvelle formule du Levothyrox, prescrit contre l'hypothyroïdie, a été incriminée, entre mars 2017 et avril 2018, par quelque 31.000 patients victimes d'effets secondaires (fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, etc.).

Au cours de l'audience, délocalisée le 3 décembre dans un centre de congrès de la banlieue de Lyon en raison du très grand nombre de requérants, les avocats des plaignants regroupés dans une action collective via une plateforme en ligne avaient réclamé une indemnisation de 10.000 euros pour chacun d'eux, soit plus de 41 millions au total.

L'affaire fait par ailleurs l'objet, au pénal, d'une information judiciaire contre X instruite par le pôle santé du TGI de Marseille. Ouverte le 2 mars 2018 pour tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui, elle a été élargie depuis par le parquet au chef "d'homicide involontaire".

lévothyrox
https://www.varmatin.com/sante/lazureenne-a-lorigine-de-la-premiere-plainte-reagit-apres-le-deboutement-de-plus-de-4000-victimes-du-levothyrox-303601

Un mois pour donner de la voix : voter pour l'article 13, c'est attaquer nos libertés | April

Mon 4 Mar 2019 - 14:25

Mardi 26 février 2019 la commission JURI, ou « affaires juridiques », a validé le texte de proposition de directive sur le droit d'auteur issu des négociations interinstitutionnelles. Sans surprise la dernière ligne de défense sera le vote final en séance plénière qui devrait avoir lieu lors de la session parlementaire du 25-28 mars. Mobilisons-nous d'ici là afin qu'une majorité absolue de parlementaires se montre à la hauteur de l'enjeu et rejette ce texte liberticide.

Par un vote à 16 contre 9, la commission JURI a approuvé le texte issu des négociations interinstitutionnelles1, dans lequel la version de l'article 13 est considérée comme une des pires, voire la pire des versions à ce jour. L'ensemble des parlementaires français a voté en faveur. La prochaine et ultime étape sera donc le vote en séance plénière où l'ensemble des parlemenaires européens, 750 au total, sera amené à se prononcer sur la directive, dont le liberticide article 13. Ce vote est annoncé pour la session parlementaire du 25-28 mars, mais ça ne serait pas une première dans l'histoire de cette directive s'il devait être reporté.

Ce vote sera donc crucial, il inscrira dans le droit européen la négation de nos valeurs, ou il enverra ce projet de directive dans les corbeilles de l'histoire. Le résultat de ce vote sera structurant pour la manière dont nous accéderons, produirons et partagerons à l'avenir de la connaissance en ligne, dans toute ses formes.

Nous devons rester mobilisés pour contacter et convaincre une majorité absolue de parlementaires de se montrer à la hauteur de l'enjeu et de voter contre cette directive !

Le 23 mars est annoncée comme une journée européenne de mobilisation. La campagne semble notamment très forte en Allemagne, où de nombreux rassemblements sont d'ores et déjà prévus, ou ont déjà eu lieu.

À quelques mois des élections européennes de mai, une campagne spécifique a été lancée pour interpeller les parlementaires européens avec un message clair : « Si vous votez pour l'article 13, nous ne voterons pas pour vous ». Le site pledge2019 offre pour cela un outil simple pour appeler les législateurs, et propose une vidéo très réussie2 pour expliciter les dangers de l'article 13. Elle fait intelligement le lien avec les menaces similaires contenues dans le projet de règlement européen de censure sécuritaire (voir la campagne de La Quadrature du Net contre ce texte).

Pour résumer l'enjeu en quelques mots : cet article préconise de fait la généralisation du filtrage automatisé rendu de facto obligatoire par une responsabilisation disproportionnée des plateformes de partage sur les contenus publiés par leurs utilisateurs et utilisatrices. Avec pour seuls garde-fous des injonctions contradictoires et hors-sol. Un système qui conduira à l'assèchement de tout ce qui fait la richesse, le sel d'Internet.

La campagne pledge2019 s'affiche comme complémentaire à celle, plus ancienne mais toujours active, de saveyourinternet.eu. Campagne qui propose de nombreuses ressources argumentaires ainsi qu'une liste des parlementaires, avec informations de contact et position sur l'article 13 lors du vote du 12 septembre 2018 préalable aux négociations interinstitutionnelles.

Mesdames et Messieurs les parlementaires européens, le constat est simple et sans appel : si vous votez pour cette directive, vous vous placez en adversaire de nos libertés et il n'y aura pas de pardon. Nous resterons mobilisés jusqu'au bout pour être sûrs que vous l'entendiez.

directive-droit-d-auteur directive-européenne
https://www.april.org/un-mois-pour-donner-de-la-voix-voter-pour-l-article-13-c-est-attaquer-nos-libertes

Les défis éthiques de l’identité numérique

Mon 4 Mar 2019 - 06:00

Si le RGPD est entré en application récemment, en plaçant l’Europe à l’avant-garde de la protection des données à caractère personnel, il ne doit pas nous dissuader de nous interroger en profondeur sur la question des identités, dont les contours se sont redéfinis à l’ère numérique. Il s’agit bel et bien de porter une réflexion critique sur des enjeux éthiques et philosophiques majeurs, au-delà de la seule question de la protection des informations personnelles et de la privacy.

Les politiques actuelles sur la protection des données mettent l’accent sur les droits de la personne. Mais elles ne prennent pas la mesure de la manière dont l’exercice de notre libre arbitre se voit de plus en plus empêché au sein d’environnements technologiques complexes, et encore moins des effets de la métamorphose numérique sur les processus de subjectivation, le devenir-soi de l’individu. On considère le plus souvent, dans ces textes, un sujet déjà constitué, capable d’exercer ses droits, sa propre volonté et ses principes. Or, le propre des technologies numériques – telle est la thèse ici défendue – est de participer à la formation des subjectivités selon un mode nouveau : en redistribuant sans cesse le jeu des contraintes et des incitations, elles créent les conditions d’une plus grande malléabilité des individus. Nous détaillons ces processus dans notre ouvrage Les identités numériques en tension.

Si les moyens mis en place par le RGPD sont clairement nécessaires pour soutenir l’initiative et l’autonomie de l’individu dans la gestion de sa vie numérique, il faut cependant souligner que les notions mêmes de consentement et de contrôle par l’utilisateur vis-à-vis de ses données, et sur lesquels le mouvement actuel repose, restent problématiques. Et cela parce que deux logiques, distinctes mais concordantes, sont aujourd’hui à l’œuvre.

Nouvelle visibilité des individus

Si une certaine sensibilité des utilisateurs aux traces laissées volontairement ou involontairement au cours de leurs activités en ligne, et dont il peut avoir connaissance (comme, par exemple, des métadonnées de connexion), semble s’accroître, et peut servir de support à l’approche basée sur le consentement, cette dynamique rencontre assez vite ses limites.

Tout d’abord, la multiplication des informations récoltées rend irréaliste l’exercice systématique du consentement et le contrôle par l’utilisateur, ne serait-ce qu’en raison de la surcharge cognitive que cet exercice effectif exigerait de sa part. Ensuite, le changement de nature des moyens techniques de collecte, exemplifiée par l’avènement des objets connectés, conduit à la démultiplication des capteurs qui collectent les données sans même que l’utilisateur puisse s’en rendre compte, comme le montre l’exemple, de moins en moins hypothétique, de la vidéo-surveillance couplée à la reconnaissance faciale et, plus amplement, le cas de toutes les connaissances que les opérateurs acquièrent sur la base de ces données. Il s’agit ici d’une couche de l’identité numérique dont le contenu et de nombreuses exploitations possibles sont absolument inconnus de la personne qui en est la source.

Qui plus est, une forte tendance des acteurs, étatiques et privés, consiste à vouloir décrire l’individu de manière exhaustive et totale, en créant le risque de le réduire à un ensemble de plus en plus complet d’attributs. Dans ce nouveau régime de pouvoir, le visible se réduit à ce qui peut être saisi en données, à ce qui relève de la mise à disposition immédiate des êtres, comme s’il s’agissait en fin de compte de simples objets.

Les ambiguïtés du contrôle

La deuxième logique à l’œuvre dans nos sociétés hypermodernes touche à l’inscription de ce paradigme basé sur la protection et le consentement dans les mécanismes de la société néolibérale. La société contemporaine conjugue en effet deux aspects en matière de privacy : il s’agit de considérer l’individu comme étant visible de manière permanente, et comme étant responsable individuellement pour ce qui est vu de lui. Un tel ensemble de normes sociales se consolide à chaque fois que l’utilisateur exerce le consentement – ou l’opposition – à l’utilisation de ses données. En effet, à chaque itération, l’utilisateur renforce sa compréhension de soi-même comme l’auteur et le responsable de la circulation des données. Il endosse aussi l’injonction à la maîtrise des données alors même que cette dernière est le plus souvent illusoire. Surtout, il endosse l’injonction à calculer les bénéfices que le partage des informations peut lui apporter. En ce sens, l’application stricte et croissante du paradigme de consentement peut être considérée comme étant corrélative d’une conception de l’individu qui devient non seulement l’objet d’une visibilité quasi-totale, mais aussi – et surtout – un agent économique rationnel, à même d’analyser son agir en termes de coûts et de bénéfices.

Cette difficulté fondamentale fait que les enjeux futurs des identités numériques ne se réduisent pas à donner plus de contrôle explicite, ou plus de consentement éclairé. Il convient bel et bien de trouver d’autres voies complémentaires, qui se situent sans doute du côté des pratiques (et non simplement des « usages ») des utilisateurs, à condition que de telles pratiques mettent en place des stratégies de résistance pour contourner l’impératif de visibilité absolue et de définition de l’individu comme agent économique rationnel.

De telles pratiques digitales doivent en outre nous inciter à dépasser la compréhension de l’échange social – numérique ou non – sous le régime du calcul des bénéfices que l’on en retire ou des externalités. Ainsi, les enjeux soulevés par les identités numériques dépassent largement les enjeux de protection de l’individu ou les enjeux des « modèles d’affaires », et touchent à la manière même dont la société dans son ensemble conçoit la signification de l’échange social. Dans un tel horizon, il est primordial d’affronter les ambivalences et les jeux de tension qui sont intrinsèques aux technologies numériques, en examinant les nouveaux modes de subjectivation qui sont induits dans ces opérations. C’est à partir d’un tel exercice de discernement que pourra advenir un mode de gouvernance des données plus responsable.

big-data données-personnelles droit faciale identité numérique reconnaissance RGPD technologies TF vidéo-surveillance Vie-privée éthique
https://theconversation.com/les-defis-ethiques-de-lidentite-numerique-111881

Retrouver une branche familiale inconnue grâce à l’ADN – 6 – Chroniques d'antan et d'ailleurs

Sun 3 Mar 2019 - 20:47

Une partie des clients des sociétés qui proposent des tests de généalogie génétique sont des personnes à la recherche de leurs parents – ou grands parents – biologiques. Certaines sociétés, comme MyHeritage, ont même une branche spécifique qui dans certains cas fait les analyses gratuitement. Et régulièrement, des familles dispersées qui se sont retrouvées après avoir fait ces tests sont mises à l’honneur dans les médias, ce qui augmente encore l’envie et l’espoir de ceux qui n’ont pas encore tenté l’expérience.

Cette possibilité, non légale en France et qui n’ouvre donc aucune suite juridique possible, est une des raisons que les opposants à l’ouverture du marché de l’ADN généalogique en France mettent souvent en avant. Vous qui avez eu une vie agitée lorsque vous étiez jeune, vous pourriez vous retrouver avec une flopée d’héritiers venant frapper à votre porte … Grosse angoisse …

Disons que c’est une plaisanterie malvenue, et passons …

En tant que généalogistes, nous sommes à la recherche d’indices pour savoir qui était l’arrière arrière grand père à la génération n, et pourtant certains d’entre nous refusent à d’autres personnes la possibilité de savoir qui étaient leurs parents biologiques. Pendant que nous farfouillons de registres en registres, à la recherche de notre lointaine histoire familiale, près de nous, des enfants, qui n’avaient rien demandé, n’ont pas le droit d’avoir accès à leur histoire familiale la plus proche. Où est la logique ?

Plusieurs lecteurs de ce blog m’ont déjà interrogée sur la façon dont on peut retrouver quelqu’un grâce à ces kits d’analyse. Je commence toujours par leur dire que ça n’est pas forcément simple, et surtout que quelque soit le résultat de leur recherche, ils ne pourront en aucun cas l’utiliser pour une quelconque action légale. Mieux encore, si la personne retrouvée et contactée décide de porter plainte, au nom de la protection de sa vie privée, il est vraisemblable que les tribunaux en France lui donnent raison.

La loi changera peut-être un jour.

En attendant, si vous habitez hors de France, ou si la curiosité est la plus forte, et qu’un simple nom, un enchainement de circonstances, vous suffiront, je vous propose une méthodologie pour essayer de retrouver vos parents biologiques.
...

Généalogie génétique
http://www.chroniquesdantan.com/retour-dexperience/retrouver-une-branche-familiale-inconnue-grace-a-ladn-6

Levothyrox: la justice civile tranche mardi sur l'indemnisation des victimes - Free Actu

Sun 3 Mar 2019 - 08:47

Les utilisateurs du Levothyrox ont-ils été suffisamment informés sur le changement de formule du médicament de Merck, soupçonné de leur avoir occasionné des troubles ? La justice tranche mardi dans le volet civil de ce vaste dossier.

A l'audience, le 3 décembre près de Lyon où le groupe pharmaceutique allemand a son siège français, les avocats de 4.113 malades de la thyroïde ayant utilisé ce traitement ont réclamé une indemnisation de 10.000 euros pour chacun d'eux.

"J'accuse Merck de savoir que le changement de formule allait avoir des conséquences néfastes, de faire peu de cas des malades et de privilégier les intérêts financiers de ses actionnaires", a lancé Me Christophe Lèguevaques devant le tribunal d'instance, délocalisé pour l'occasion dans un centre de congrès à Villeurbanne en raison d'une nombreuse assistance - quelque 200 requérants étaient présents au procès, en majorité des femmes.

"Depuis le début, nous disons que le sujet ce n'est pas le médicament mais l'information autour du médicament", a poursuivi Me Lèguevaques.

Mise sur le marché au printemps 2017, une nouvelle formule du Levothyrox, prescrit contre l'hypothyroïdie et fabriqué par le laboratoire Merck Serono, a été incriminée, entre mars 2017 et avril 2018, par quelque 31.000 patients victimes d'effets secondaires (fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, etc.).

Le fabricant nie toute sous-information: un plan de communication "extrêmement large", consistant en l'envoi de "300.000 communications par courrier, fax et mail auprès de 100.000 professionnels de santé", avait été engagé au moment du lancement en France, fait-il valoir.

L'un des avocats du laboratoire, Me Jacques-Antoine Robert, a assuré dans sa plaidoirie que "pas une réglementation n'a été violée", tout en critiquant l'action collective lancée par la partie adverse. "Dans 200 dossiers, il y a zéro pièce. Des milliers d'autres sont incomplets et pour 800, il y a lieu de se poser la question", a estimé le conseil, hué à la clôture des débats.

  • Mystère -

Selon l'agence du médicament (ANSM) qui avait réclamé la nouvelle formule du Levothyrox à Merck dès 2012 - afin, selon elle, de rendre le produit plus stable - quelque 2,2 millions de malades de la thyroïde suivent ce traitement.

Avec l'ancienne formule, la teneur en lévothyroxine (une hormone de synthèse) pouvait varier d'un lot à l'autre, voire au sein du même lot avec le temps. Le changement apporté ne porte pas sur le principe actif mais sur d'autres substances, les excipients. Principale modification: le lactose a été remplacé par le mannitol, très courant dans l'alimentation et d'autres médicaments.

Trois rapports de pharmacovigilance successivement remis à l'ANSM n'ont pas permis de percer le mystère des effets indésirables dénoncés par les victimes.

Le 20 décembre, le ministère de la Santé a fait état d'une étude selon laquelle la prise du nouveau Levothyrox n'a pas entraîné "d'augmentation de problèmes de santé graves" mais s'est traduite par une "augmentation notable" des consultations médicales. Il a ajouté que des analyses réalisées par l'ANSM sur de nouveaux lots de médicaments confirmaient leur "bonne qualité".

Autant de conclusions contestées par l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT), pour qui le doute doit persister compte tenu de l'ampleur des signalements.

La France a été le premier pays où la nouvelle formule a été introduite. Depuis, la Suisse a suivi, sans connaître pareille crise. Merck a prévu de la lancer dans 21 pays de l'Union européenne, après "avis positif" des instances sanitaires, tout en continuant à fournir l'ancienne formule - importée d'Allemagne sous le nom d'Euthyrox - aux patients français en 2019.

L'affaire fait aussi l'objet, au pénal, d'une information judiciaire contre X instruite par le pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille. Ouverte le 2 mars 2018 pour tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui, elle a été élargie depuis par le parquet au chef "d'homicide involontaire".

lévothyrox
http://portail.free.fr/actualites/france/8027501_20190303_levothyrox-la-justice-civile-tranche-mardi-sur-l39indemnisation-des-victimes.html

L'écriture inclusive reste bannie des textes officiels

Fri 1 Mar 2019 - 19:07

Le Conseil d'État a rejeté des recours demandant l'annulation d'une circulaire d'Édouard Philippe, publiée en novembre 2017. Il demandait à proscrire l'écriture inclusive dans les communications ministérielles.

langue écriture-inclusive
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/l-ecriture-inclusive-reste-bannie-des-textes-officiels-7797089402

L'Académie française adopte la féminisation des noms de métiers | Le Huffington Post

Thu 28 Feb 2019 - 20:06

Les "Immortels" disent "oui" à la féminisation des noms de métiers. Une évolution "naturelle de la langue", selon l'Académie française.

CULTURE - L'Académie française a adopté ce jeudi 28 février, à "une large majorité", le rapport sur la féminisation des noms de métiers soulignant qu'il n'existait "aucun obstacle de principe" à la féminisation" des noms de métiers et de professions.

"Celle-ci relève d'une évolution naturelle de la langue, constamment observée depuis le Moyen Âge", explique le texte adopté par les académiciens.

Gardienne sourcilleuse du bon usage de la langue française, l'Académie française avait mis jeudi à son ordre du jour l'examen d'un rapport préconisant la féminisation des noms de métiers, sujet longtemps tabou au sein de l'institution fondée au XVIIe siècle par Richelieu.

"S'agissant des noms de métiers, l'Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd'hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées", indique le rapport rédigé par une commission présidée par l'historien Gabriel de Broglie, 87 ans, et composée de la romancière et essayiste Danièle Sallenave, du poète d'origine britannique Michael Edwards et de l'écrivaine et biographe Dominique Bona.
Professeure et autrice

L'Académie française ne compte pas "dresser une liste exhaustive des noms de métiers et de leur féminisation inscrite dans l'usage ou souhaitable" ni "édicter des règles de féminisation des noms de métiers" en arguant que ce serait "une tâche insurmontable".

"Il convient de laisser aux pratiques qui assurent la vitalité de la langue le soin de trancher", a indiqué l'Académie qui a retenu dans son rapport des mots jusqu'à présent tabous comme "professeure".

"L'emploi de ces formes en 'eure', qui fait débat, et cristallise certaines oppositions au mouvement naturel de la féminisation de la langue, ne constitue pas une menace pour la structure de la langue ni un enjeu véritable du point de vue de l'euphonie, à condition toutefois que le 'e' muet final ne soit pas prononcé", a tranché l'Académie qui accepte également "auteure", "autrice" et "écrivaine".

langue
https://www.huffingtonpost.fr/2019/02/28/academie-francaise-feminisation-noms-metiers_a_23680691/

Emmanuel Macron : «La french langue doit être la préoccupation number one de notre start up nation» — Le Gorafi.fr Gorafi News Network

Wed 27 Feb 2019 - 20:21

Alors que les anglicismes ont envahi les médias, Emmanuel Macron a tenu à réaffirmer l’importance de la langue française lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion.

« La french langue doit être la préoccupation number one de notre start up nation » a annoncé d’emblée le président de la République avant de préciser : « Le process sera peut-être long et hard mais il faut savoir être control freak dans ses speach si on veut être du côté des winners. La french langue est notre copyright, elle participe à la team ambiance de notre start up nation. Je vais vous parler cash : l’anglais, c’est good, mais il faut pas que ça devienne open bar. On doit trouver la balance et protect notre langue. ce n’est qu’à cette condition qu’on pourra disrupter le pays et construire une new France ».

Une stratégie à long terme

« Mais pour ça, j’ai besoin de la task force de tous mes helpers » a poursuivi le chef de l’Etat. Puis d’ajouter : « Ça ne se fera pas tout seul, il faudra investir de la money, lever des fonds en equity, étudier le venture capital, peut-être même pivoter notre business model mais surtout réaliser des audit, brainstormer en coworking et favoriser le teambuilding pour mutualiser nos ressources et drafter un projet. Ensuite, la next step sera de faire asap des bons feedback, checker la to-do list, updater les changements et se fixer une deadline raisonnable pour faire du français la langue la plus bottom up de la Terre ».

Gorafi! langue
http://www.legorafi.fr/2019/02/27/emmanuel-macron-la-french-langue-doit-etre-la-preoccupation-number-one-de-notre-start-up-nation/

Administration : un Français sur trois ne pourra pas gérer la dématérialisation

Wed 27 Feb 2019 - 12:56

Il ne faut pas que ça se fasse à marche forcée au détriment d'une partie de la population qui n'arriverait pas à suivre... C'est ce que dit en substance le rapport que Jacques Toubon a remis au Premier ministre mardi 26 février. Et pour lancer cet avertissement, il se base sur les milliers de requêtes qui remontent jusqu'à lui venant d'administrés qui se plaignent des démarches en ligne.

On sait aussi que c'est un sujet qui revient constamment dans le grand débat. Les "gilets jaunes" réclament le retour des services publics dans les territoires, mais leur crainte c'est que ça se fasse sous forme dématérialisée. La e-administration représente pourtant l'avenir et a beaucoup d'avantages, tout le monde est d'accord là-dessus.

La dématérialisation des démarches administratives permet à l'État de faire des économies. N'est ce pas ce que l'on recherche en ce moment ? Pour les citoyens, c'est un gain de temps (plus besoin de se déplacer ou d'envoyer un courrier). Le formulaire en ligne peut-être pré-rempli à distance par l'administration et en quelques clics, la demande est faite.

Pourquoi le Défenseur des droits freine le mouvement ?

Parce qu'il estime que la France n'est pas prête. Pas prête en tout cas pour un basculement complet en 4 ans à peine. On a l'impression aujourd'hui que tout le monde ou presque a accès aux nouvelles technologies et sait s'en servir. Eh bien ce n'est pas vrai !

Prés de 30 % de la population adulte passe encore à côté. C'est pourquoi Jacques Toubon demande au gouvernement d'avancer prudemment pour ne laisser personne en chemin. Il ne faut pas que dématérialisation des services publics accentue la fracture numérique.
Au moins 25 millions de personnes concernées

Ces personnes qui ne sont pas prêtes à passer au tout numérique dans leurs échanges avec l'administration, on peut les diviser en 3. Et on retrouve certaines d'entre elles dans plusieurs catégories. Il y a ceux qui sont fâchés avec l'informatique. Il y a un terme qui a été inventé : on parle maintenant d'illectronisme (c'est la version informatique de illettrisme). Le rapport donne un chiffre : en France, 18 millions de personnes admettent ne pas savoir ou mal savoir se servir d'un ordinateur.

Ensuite, il y a ceux qui n'ont pas les moyens de s'équiper. Un ordinateur, un smartphone, un abonnement internet, éventuellement une imprimante, ce n'est pas à la portée de toutes les bourses : 7 millions de personnes ne sont pas connectés à internet.

Et puis dernière catégorie, ce sont ceux qui voudraient bien mais qui ne peuvent pas : 500.000 français vivent dans des zones blanches, c'est à dire dans des endroits où internet ne passe pas. Et près de 10 millions de personnes habitent des zones grises, des communes où les connections ne sont pas toujours faciles et de bonne qualité.

D'où le message du Défenseur des Droits dans dans son rapport : ne pas confondre vitesse et précipitation, se hâter lentement en veillant à n'oublier personne. Jacques Toubon préconise notamment de toujours conserver un 2e accès à l'administration, en plus d'internet, un guichet, une adresse postale ou un numéro de téléphone vers lesquels les citoyens en délicatesse avec leur ordinateur pourraient se rabattre.

dématérialisation illectronisme services-publics TF
https://www.rtl.fr/actu/conso/administration-un-francais-sur-trois-ne-pourra-pas-gerer-la-dematerialisation-7797064593

219 – Les engagés levés pour l’Acadie en 1606 – Le blogue de Guy Perron

Mon 25 Feb 2019 - 11:43

En 1606, la levée d’engagés pour la Nouvelle-France (Acadie) est l’affaire de Pierre Dugua de Monts, mais aussi des marchands rochelais Samuel Georges et Jean Macain.

Gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi et son lieutenant général au pays de la Nouvelle-France, Pierre Dugua de Monts rentre en France, en septembre 1605, où il apprend que plusieurs marchands s’efforcent de faire annuler son monopole. Il décide donc de rester en France pour mieux défendre les intérêts de sa compagnie.

Avec l’appui des marchands rochelais Samuel Georges et Jean Macain, Dugua expédie le navire Le Jonas (150 tx) pour l’Acadie. Parti de La Rochelle le 13 mai, le navire est chargé d’approvisionnement et une cinquantaine de colons, dont vingt-quatre engagés, sous le commandement de Jean de Biencourt, baron de Poutrincourt et de Saint-Just.

Des vingt-quatre engagés connus, un seul est recruté à La Rochelle et les vingt-trois autres sont enrôlés à Paris.

C’est dans l’étude du notaire rochelais Jacques Cousseau que se présente Élie Petit, le 25 février 1606[1], pour convenir de ses conditions d’engagement avec les marchands Samuel Georges et Jean Macain. Ainsi, il promet de s’embarquer dans un navire pour aller au pays de Canada servir de chaussetier et de chaunier, pour une année, à ceux à qui il sera employé moyennant un salaire de 96lt dont 32lt lui sont avancées.

Macain et Georges vont défrayer les dépenses d’Élie Petit au Canada ainsi que ses frais de retour à La Rochelle dans un navire de 1607. Ils promettent aussi de faire nourrir, coucher et loger Petit et lui fournir tous les outils nécessaires à son métier.

Voici le contrat d’engagement d’Élie Petit en 1606.
...

Acadie Généalogie
https://lebloguedeguyperron.wordpress.com/2019/02/25/219-les-engages-leves-pour-lacadie-en-1606/

Orthographe, origine : ce qu'il faut savoir sur les jours de la semaine

Sat 23 Feb 2019 - 16:26

Jean-Louis qui m’a écrit sur langue@RTL.fr se pose une question que l'on me pose souvent, je ne sais pas très bien pourquoi. Il me demande si les noms des jours de la semaine se mettent au pluriel. Par exemple : "'Tous les samedis de février' : avec ou sans s à samedi ?", s’interroge-t-il.

Les noms des jours ne sont pas des noms propres, ce sont des noms communs comme les autres, donc "tous les samedis" prend un s à "samedi". En revanche, et c'est peut-être ce qui conduit nombre de personnes à se poser des questions, on écrira "tous les samedis matin", avec un s à "samedi" mais pas de s à "matin".

On peut considérer cette formule comme une ellipse : "tous les samedis au matin", "tous les dimanches au soir" (donc "tous les dimanches soir", s à "dimanche", pas de s à "soir" non plus, bien entendu).

L'origine des jours

Mais puisque nous en parlons, vous êtes-vous jamais demandé d'où viennent les noms des jours de la semaine ? Le mot "semaine" lui-même vient du latin septimana, "septième". D'ailleurs on disait "sepmaine" à une époque, en ancien français.

Les noms des jours, comme les noms des mois dont j'avais expliqué l'origine la saison dernière, nous viennent des Romains, qui s'appuyaient eux-mêmes sur des découvertes des Mésopotamiens, remontant au VIIe siècle avant notre ère. Ils avaient repéré dans le ciel sept astres, et attribué chacun à un dieu : la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et le Soleil. Chaque jour était l'occasion de célébrer une de ces divinités. Et "jour", c'est dies, diem en latin. Comme dans carpe diem qui veut dire "profite du jour présent".

Ce "diem" a donné le "di" que l'on retrouve dans le nom de chaque jour en français : lundi, mardi, mercredi... Lundi, c'est lunis diem, le jour de la déesse de la Lune, mardi c'est martis diem, le jour de Mars, mercredi c'est mercuris diem, le jour de Mercure, jeudi c'est jovis diem, le jour de Jupiter, vendredi c'est veneris diem, le jour de Vénus. Quant à samedi, la logique voudrait que ce soit le jour de Saturne, et dimanche le jour du Soleil... Mais bien sûr, il n'en est rien !

Samedi, c'est sambati diem, qui veut dire "jour du sabbat", un nom qui est venu remplacer dies saturni, la référence à Saturne, avec l'avènement du christianisme. Autrement, nous serions peut-être aujourd'hui "saturdi" 23 février. De même, dimanche est devenu à la même époque le "jour du Seigneur", diem domenicus, au lieu du "jour du Soleil". Vous remarquerez que les Anglo-Saxons, eux, ont conservé les références à Saturne et au Soleil (Saturday, Sunday, c'est littéralement "jour de Saturne" et "jour du Soleil"). Sur ce, je vous souhaite un bon "saturdi" !

langue
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/orthographe-origine-ce-qu-il-faut-savoir-sur-les-jours-de-la-semaine-7797028872

Vers l’automatisation de la censure politique – La Quadrature du Net

Fri 22 Feb 2019 - 14:10

Nous sommes à un tournant de la longue histoire de la censure. Ce tournant, c’est celui de la censure privée et automatisée. Il acte une rupture radicale avec les garanties associées à la liberté d’expression que les luttes démocratiques du XIXème siècle nous avaient léguées en héritage.
L’héritage démocratique-libéral piétiné

La loi de 1881 sur la liberté de la presse – aujourd’hui interprétée à la lumière de la Convention européenne des droits de l’Homme – est certes pleine de lacunes, et on a trop souvent tendance à exagérer son libéralisme. Mais elle n’en demeure pas moins une boussole fondamentale pour la liberté d’expression, prévoyant par exemple des règles procédurales spéciales pour juger a posteriori des abus de cette liberté, et consacrant la compétence exclusive du juge judiciaire dans le cadre de procédures publiques.

Ces dernières années, cet héritage a été piétiné. Les protections associées à la liberté d’expression reculent partout : dans la rue, dans la presse mais aussi et surtout sur Internet. Si le phénomène est ancien, le contexte actuel de crise (anti)terroriste et la dérive autoritaire qu’oppose le pouvoir aux mouvements sociaux y contribuent grandement. Pour ne prendre qu’un sujet qui nous intéressera ici, rappelons par exemple qu’en 2014, le législateur a estimé que l’« apologie du terrorisme » sur Internet n’aurait à ce point rien à voir avec la liberté d’expression qu’elle pourrait faire l’objet d’une censure secrète du ministère de l’intérieur. Cette évolution aura d’ailleurs conduit fin 2016 à la censure de communiqués revendiquant des actes de destruction matérielle de véhicules policiers, en réponse à l’inculpation de personnes arrêtées en lien avec les manifestations contre la loi travail de 2016.

Par le même vote de 2014, le Parlement jugeait également l’apologie du terrorisme indigne de la loi de 1881 et de ses garanties, et bien plus à sa place dans le code pénal. En contournant les garanties procédurales attachées à la loi de 1881, cette évolution aura conduit aux comparutions immédiates et à des condamnations totalement disproportionnées de dizaines de provocateurs au lendemain des attentats de janvier 2015.
De l’expérimentation à la législation

Cette fuite en avant est en train d’atteindre un point de bascule. Depuis 2015, les gouvernements français, britannique, allemand et étasunien n’ont eu cesse de mettre les multinationales de l’économie numérique sous pression pour les inviter à faire la police sur leurs plateformes. De visites ministérielles dans la Silicon Valley en sommets « États-plateformes » sur le terrorisme, Google, Facebook et consorts ont accepté ces collaborations visant à massifier la censure de la propagande terroriste dans un cadre extra-judiciaire.

Après de nombreuses expérimentations menées ces dernières années, notamment par Interpol ou encore le ministère de l’intérieur français, ces nouveaux agencements public-privé sont en passe d’être couronnés par l’adoption à marche forcée d’un règlement européen dédié à la lutte contre la propagande terroriste, présenté en septembre dernier par la Commission Juncker.

La France est, avec l’Allemagne, directement à l’origine de ce texte. Le 12 avril dernier, le ministre de l’intérieur Gérard Collomb et son homologue allemand écrivaient à la Commission européenne pour l’intimer d’agir au plus vite pour présenter et faire adopter ce texte. Celle-ci a donc obtempéré, présentant son projet en catimini le 12 septembre – le jour où le Parlement européen adoptait le fameux article 13 de la directive copyright, dont les obligations en matière de censure automatique nourrissaient alors la controverse.

Dans sa version initiale, ce projet de règlement antiterroriste tient en quelques articles :

L’article 4 prévoit une obligation pour tout fournisseur de service Internet (hébergeurs web, fournisseurs de messagerie, etc.), quelque soit sa taille ou son fonctionnement (il ne s’agit pas seulement des grosses plateformes), de retirer dans un délai d’une heure les contenus signalés par les autorités, sous peine d’importantes sanctions financières.
L’article 5 permet également à ces mêmes autorités d’imposer une telle censure non sur la base du droit national applicable (par exemple, en France, le décret Cazeneuve de février 2015 sur la censure administrative d’Internet), mais sur la base des conditions d’utilisation des plateformes. Les polices européennes pourront donc, comme le fait déjà le ministère de l’intérieur français ou Europol, signaler des contenus haineux ou terroristes pour exiger leur censure, sur la base du droit privé.
L’article 6 impose enfin aux hébergeurs d’adopter des mesures « proactives » pour lutter contre la propagande terroriste (article 6). Comme dans la directive copyright, il s’agit en réalité de déployer des filtres informatiques scannant l’ensemble des contenus mis en ligne par les utilisateurs d’un service pour bloquer ceux correspondants à certains critères arrêtés par ces firmes. Une forme de censure préalable, mise en œuvre par des acteurs privés via des outils automatiques qui pourront être paramétrés en partenariat avec les États.

La censure automatique bientôt généralisée

De la lettre d’avril 2018 émanant des ministres de l’intérieur français et allemand, il ressort deux choses, depuis confirmées par les informations glanées ces dernières semaines dans différents ministères.

D’abord, la certitude que le règlement est un pied dans la porte, une manière bien coutumière d’imposer des mesures controversées en invoquant des justifications supposées imparables – ici la lutte (anti)terroriste. Comme l’expliquent les ministres de l’intérieur dans cette missive :

« Il conviendra par la suite d’étendre les règles fixées aux contenus à caractère pédopornographique et à ceux relevant des discours de haine l‘incitation à la discrimination et à la haine raciale, atteinte à la dignité de la personne humaine…) ».

À terme, ce nouveau régime de censure a donc vocation à être généralisé. Il suffira de revoir les paramètres de ces outils de censure pour ajouter de nouvelles catégories de contenus.

Le deuxième enseignement de cette lettre des gouvernements français et allemand est que ces systèmes de censure automatique développés par les grandes plateformes devront être proposés à l’ensemble des acteurs visés par ce texte. Comme le soulignent les ministères dans leur missive :

« Les grandes entreprises [devront] apporter un soutien logistique aux plus petites plateformes, tant les moyens de celles-ci sont par trop limités pour apporter une réponse efficace à notre injonction de retirer rapidement les contenus à caractère terroriste ».

Il est vrai que ces systèmes sont coûteux : Content-ID, l’outil mis en place par YouTube pour détecter de possibles atteintes au droit d’auteur dans les vidéos mis en ligne par les utilisateurs du service, aura a lui seul coûté près de 100 millions de dollars en développement…
Macron en soutien

Début novembre 2018, lors du Forum sur la gouvernance d’Internet qui se tenait dans les locaux de l’Unesco à Paris, Emmanuel Macron est revenu sur ce règlement, un texte qu’il a dit « soutenir pleinement », espérant « son adoption rapide avant les élections européennes ». Soit en à peu près 6 mois, délai exceptionnellement court pour un texte sécuritaire qui institue une censure extra-judiciaire pour l’ensemble des acteurs du Net opérant au sein de l’Union européenne.

Or, dans son discours, Macron confirme le bien-fondé des craintes soulevées par le règlement. Assurant que la « régulation des contenus illicites ou indésirables » est « la prochaine frontière », il s’empresse de distinguer « deux blocs » :

« le premier concerne la lutte contre les contenus objectivement et gravement illégaux – le terrorisme, la pédopornographie ». Pour ces contenus, l’intelligence artificielle est « mûre », assure le président français. C’est bien le sens du règlement européen que d’en généraliser l’usage.
« le second rassemble les contenus dont le caractère illicite est soumis à une interprétation, souvent d’ailleurs différente d’un pays à l’autre – les contenus haineux, la diffamation, le harcèlement ». Pour ces derniers, Emmanuel Macron estime que l’intelligence artificielle « n’est pas encore assez fine pour distinguer l’ironie, la parodie ou au contraire reconnaître un sous-entendu abject sous un discours policé ».

« Pas encore », donc bientôt ? Cette perspective a récemment été confirmée par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique : en annonçant le plan de lutte contre les contenus haineux sur Internet, le 14 février dernier, celui-ci évoquait sans réserve la perspective de soumettre les « discours de haine » à la censure automatique.

Quant à la référence aux contenus « indésirables », signifie-t-elle que que le chef de l’État entend encourager l’extension de ces systèmes de censure à des contenus licites mais réputés nuisibles par le pouvoir ? Un projet qui, parmi tant d’autres choses, contredit frontalement l’image d’un homme politique prétendant incarner l’« axe humaniste » européen dressé contre la fascisation du continent…
L’intelligence artificielle, Saint Graal des États

Durant les trois jours du Forum sur la gouvernance d’Internet, l’« intelligence artificielle » (ou IA) était sur toutes les bouches. C’est bien elle, en réalité, la nouvelle frontière censée transformer toutes les bureaucraties. C’est bien elle qui, selon l’expression entendue à maintes reprises durant cet événement, permettra à la surveillance et à la censure de « passer à l’échelle » (« scale up », en anglais).

Les progrès réalisés ces dernières années en « Machine Learning » et en traitement automatique des textes et des images fait en effet figure de Saint Graal pour les États. Fin 2017, un conseiller de Theresa May expliquait que si les États avaient besoin des multinationales américaines pour faire le sale boulot, c’est qu’après tout, « ces entreprises ont les meilleurs cerveaux du monde ».

Ces firmes, réunies depuis juin 2017 au sein d’un consortium baptisé « Global Internet Forum to Counter Terrorism », mettent en avant des résultats impressionnants (quoique guère vérifiables) en matière d’automatisation de la détection des contenus terroristes : YouTube parle de 98% de contenus de ce type repérés automatiquement, tandis que Facebook explique que 99% des contenus liés à l’État islamique ou à Al-Qaïda sont retirés avant que quiconque ne le ait signalés.

Pour l’heure, ces outils de censure automatique n’opèrent souvent qu’un premier filtrage, et l’immense majorité des contenus censurés sont en réalité « modérés » par des prestataires établis en Inde, au Philippines ou au Maroc pour juger de la conformité de textes ou d’images aux conditions d’utilisation des plateformes. Ces petites mains de la censure qui travaillent dans des conditions déplorables se voient imposer des objectifs délirants de l’ordre de 2000 images par heure, soit une appréciation portée sur une image en moins de deux secondes. En 2017, Facebook annonçait porter ses équipes de modération de 3000 à 7500 personnes. Google envisageait dans le même temps de porter le nombre de modérateurs YouTube à plus de 10 000.

Ces chiffres rappellent que, malgré ses rapides progrès, la censure automatisée n’est encore que balbutiante. Mais compte tenu des milliards investis dans la recherche en IA et des pressions exercées par les États, sa généralisation est désormais à portée de main. La censure privée et automatisée, que des organisations comme La Quadrature du Net combattent depuis des années, est bien en passe de fonder un nouveau régime de censure.
La fusion État-GAFAM : actualisation de logiques anciennes

Si l’on pense l’État non pas comme un bloc aux contours clairement identifiés (à la manière des juristes) mais davantage comme un ensemble de pratiques et une rationalité que Michel Foucault désignait comme la « gouvernementalité », alors il est clair que ce que ces évolutions donnent à voir, c’est l’incorporation de ces acteurs privés à l’État ; c’est la cooptation de leurs infrastructures et la diffusion de leurs savoirs-faire dans le traitement et l’analyse de masses de données désormais cruciales dans les formes contemporaines de gouvernement. C’est donc une fusion qui s’opère sous nos yeux, bien plus qu’une concurrence entre les États et les GAFAM qui chercheraient à se substituer aux gouvernements.

Ces logiques de cooptation d’acteurs privés par l’État sont récurrentes dans l’histoire de la censure. À partir du XVIè siècle, alors que le développement de l’imprimerie joue un rôle clé dans la propagation de doctrines politiques et religieuses subversives, l’État moderne en gestation recourait déjà aux partenariats public-privé dans la surveillance et la censure des communications.

En France par exemple, le cardinal de Richelieu conclut au début du XVIè siècle une alliance avec les libraires parisiens qui réclament un monopole perpétuel sur l’édition des livres pour écraser la concurrence. Ils se voient octroyer des privilèges à durée quasiment illimitée en échange de la conduite d’une mission de surveillance des publications et la docte application des règlements en matière de censure. Cette politique bientôt élargie à l’ensemble du royaume, permettra à une trentaine d’imprimeurs-libraires de maîtriser tant bien que mal la production et la distribution des livres. Cela n’étouffait évidemment pas totalement l’édition clandestine, mais permettait de maîtriser un tant soit peu les effets politiques de l’imprimerie, d’affermir l’absolutisme tout en remplissant les caisses de quelques hommes d’affaires.

Lors de leur apparition au tournant des années 1980, les réseaux informatiques – et Internet en particulier – se sont donnés à penser comme une technologie radicalement subversive des formes de contrôle des communications qui s’étaient institutionnalisées dans le giron de l’État moderne, et transposées aux différentes techniques de communication apparues depuis l’imprimerie. Ils allaient bientôt induire la massification des flux transfrontières d’information, l’anonymat relatif des communications numériques, l’appropriation de ces technologies par des groupes contestataires et marginalisés dans l’espace public traditionnel, et plus généralement la démocratisation de la capacité d’expression publique au delà du petit cercle des personnes ayant jusqu’alors accès aux médias traditionnels. Tout cela déstabilisait les modalités de contrôle de l’espace public et, plus encore, la souveraineté des États. Internet était donc perçu comme un espace dangereux. Il fallait donc réarmer la police de l’espace public ou, pour reprendre le vocable que Nicolas Sarkozy avait emprunté au parti communiste chinois, le « civiliser » (un terme encore repris récemment par Mounir Mahjoubi).

La solution est donc en passe d’être trouvée, et il aura fallu moins d’un quart de siècle. Aujourd’hui, au lieu d’une petite dizaines d’imprimeurs-libraires à l’échelle d’un pays, ce sont une poignée d’entreprises américaines qui sont cooptées par les bureaucraties d’État dédiées à la surveillance et à la censure. En dépit des discours lénifiants sur la « souveraineté numérique », les gouvernements préfèrent en fait renforcer la position dominante de ces multinationales, en obligeant l’ensemble des acteurs du numérique à leur acheter leurs systèmes de censure. Ceux qui ne pourront pas se le permettre ou qui refuseraient de se faire auxiliaires de censure – notamment ceux qui font encore vivre un Web indépendant, non-commercial, alternatif – seront poussés à mettre la clé sous la porte.
L’instrumentalisation de la lutte contre les discours de haine

On nous parle de lutter contre la propagande terroriste et les discours de haine. Mais il est désormais de plus en plus clair que cette lutte reposera sur des dispositifs de censure automatique qui resteront de véritables « boîtes noires », par définition secrètes, gérées par des partenariats publics-privés opaques. Ces derniers consentiront peut être à mettre en scène une certaine transparence, un peu d’autorégulation et des aménagements présentés comme autant de garanties – à l’image de Facebook qui nous promet aujourd’hui de mettre sur pied une « cour suprême » pour recevoir des plaintes d’utilisateurs victimes de sa politique de « modération ». Mais ils ne présenteront jamais les garanties offertes par des juridictions traditionnelles. Et pour cause : ces dispositifs sont conçus pour s’en affranchir. La censure automatique des communications a cet avantage pour le pouvoir qu’elle est presque invisible, et donc pratiquement incontestable.

On nous parle de lutter contre les discours de haine via la censure d’Internet. Mais depuis plus de quarante ans que des incriminations existent pour réprimer les expressions incitant à la haine et aux discriminations, a-t-on vraiment fait des progrès en la matière ? De fait, l’intolérance se donne à voir au grand jour sur Internet, où elle s’abat sur des groupes structurellement discriminés. Pour autant, ces opprobres sont aussi quotidiennes dans les médias traditionnels, dans les cénacles politiques, et bien souvent dans les pratiques des institutions.

On nous parle de lutter contre les discours de haine. Mais il apparaît de plus en plus clairement que ce qui est aussi visé, c’est l’invisibilisation de tout discours associé de près ou de loin à des formes de violence politique qui risqueraient d’être perçues comme légitimes. C’est ce qu’illustre par exemple l’affaire déjà évoquée, lorsque fin 2016, au nom de la lutte contre le terrorisme, le ministère de l’intérieur enjoignait à deux sites participatifs de censurer un communiqué revendiquant l’incendie d’un hangar de gendarmerie, acte présenté par les auteurs comme une réponse à la répression policière (cette décision aura finalement été annulée début 2019 par la justice administrative, exceptionnellement saisie de cette affaire). Plus largement, c’est l’ensemble des discours politiques contestataires qui pourraient bientôt faire l’objet de cette censure secrète. La tentation du pouvoir est réelle, comme en témoigne les velléités récentes du ministère de l’intérieur de censurer un photomontage qui remplaçait le visage du général Pinochet et de ses sbires par ceux d’Emmanuel Macron, d’Édouard Philippe et de Christophe Castaner.

S’il était adopté, le règlement antiterroriste serait donc une pierre de plus dans la mise en place de ces nouveaux dispositifs dédiés à l’invisibilisation des expressions politiques contestataires. Rien qu’en s’en tenant à la catégorie de l’apologie du terrorisme, les outils de censure développés par les multinationales du numérique en lien avec les autorités trouveraient à s’appliquer à de nombreuses activités militantes : le sens du terme « terrorisme » est en effet tellement vague, ou lorsqu’une définition existe elle est tellement large, qu’il peut servir à justifier la censure de toute expression favorable à des actions politiques offensives ou violentes – y compris la destruction de biens matériels, le sabotage ou le blocage d’infrastructures.
Conjurer la re-féodalisation de l’espace public numérique

Si l’on se soucie de la liberté d’expression et de l’État de droit, si l’on se soucie de ménager un espace où le pouvoir pourra être critiqué, où nous pourrons débattre et nous organiser, où un peu de sens commun pourra se construire, ces nouvelles fores de censure doivent être tenues en échec.

Ce qu’il faut, c’est d’abord comprendre qu’une grande partie du problème lié aux discours haineux sur Internet tient à ce qu’est devenue l’économie politique de ce réseau. Le nœud du problème spécifique que pose Internet, c’est bien la manière dont les grandes entreprises du numérique conditionnent les régimes d’attention : les contenus attrape-clics, simplistes et sans nuance, jouant sur les émotions négatives ; les « bulles de filtres » qui nous enferment tout en donnant l’illusion de neutralité, et offrent un faux sentiment de sécurité en permettant aussi à des individus aux identités politiques radicalement adverses de venir nous agresser sur des plateformes ouvertes aux quatre vents.

Face aux « Fake News » et à la haine qui sévit aussi sur Internet, ceux qui prétendent nous gouverner se frottent les mains : le pourrissement de l’espace public numérique leur permet aujourd’hui de légitimer le retour de vieilles stratégies de contrôle. C’est tout le sens du discours de Macron au Forum sur la gouvernance d’Internet.

Ce n’est pourtant pas une fatalité. Ces dernières semaines, La Quadrature du Net a commencé à exposer des positions destinées à lutter par le droit contre ces infrastructures centralisées qui pervertissent le débat public, tout en favorisant l’éclosion d’îlots de communication communautaires et fédérés où pourront se redéployer les espaces d’expression, de conversation, et donc une partie du débat public. L’idée phare de ces propositions, c’est de casser le régime d’attention mis en place par les plateformes, fondé sur la collecte des données personnelles et la hiérarchisation des contenus à des fins commerciales, au sein d’infrastructures gigantesques pensées pour rendre les utilisateurs captifs.

L’objectif, c’est bien de promouvoir en lieu et place une nouvelle topologie de l’espace public numérique capable de protéger des lieux de discussion décentralisés mais pouvant être reliés les uns aux autres, laissant à chacun le choix de ses communautés et des limites données à la liberté d’expression, pour ainsi mieux maîtriser son degré d’exposition aux conflits qui traversent immanquablement l’espace public. L’espoir est d’ainsi réduire le risque de conflits interpersonnels non-souhaités. C’est de faire en sorte que la demande sociale de censure soit moins forte et que la censure préalable et automatique puisse ne plus apparaître comme la seule option valable ; que le principe d’une protection judiciaire de la liberté d’expression soit préservé.

L’urgence, c’est en tous cas de rompre l’alliance des appareils policiers et des grands marchands d’infrastructures numériques. C’est d’éviter que ne se consolident les fondements techniques et juridiques d’une société de contrôle nous enfermant imperceptiblement dans une cage de fer algorithmique.

Ce texte est adapté d’une intervention au colloque « Réglementer la liberté d’expression au nom du débat public », qui se tenait à l’Institut de Recherche Philosophiques de Lyon (IRPhiL) les 29 et 30 novembre 2018.

censure
https://www.laquadrature.net/2019/02/22/vers-lautomatisation-de-la-censure-politique/

Deux sites indispensables pour les geeks d’Ikea

Fri 22 Feb 2019 - 13:45

Le blog « Ikea stuff on TV » et le catalogue Ikex vont faire votre vendredi. Notice de montage non incluse.

Les meubles Ikea repérés dans les séries TV

Si vous vous demandiez si quelqu’un a déjà pris la peine de répertorier les meubles et accessoires Ikea utilisés dans les films et séries, et bien… la réponse est oui. De Friends à Sex Education en passant par Doctor Who, Black Mirror ou encore Fargo, tout le monde se meuble au même endroit apparemment. Alors le blog « Ikea stuff on TV » repère pour vous les pièces de design suédois qui apparaissent à l’écran. Parce que oui, vous avez forcément reconnu votre étagère ou votre coussin préféré dans la dernière série Netflix. « Ikea stuff on TV », c’est aussi un compte Instagram où il est possible d’envoyer un message privé pour soumettre vos propres repérages.

Ikex, le catalogue parodique

Encore plus barré : le graphiste Dominique Hermier mélange sa passion pour l’urbex avec un catalogue Ikea et « paf », ça fait Ikex. « Ce Catalogue à l’humour décalé, et aux textes facétieux, s’amuse à rire des codes marketing que nous connaissons tous, mais aussi, s’interroge sur la vraie pérennité des objets que nous produisons en série, voire sur l’absurdité de certaines utilités supposées. », comme il l’explique lui-même sur son site. Vous y découvrirez ainsi des pièces inédites comme ROÜLET l’extincteur de voyage, TRÖNE la chaise d’appoint ou la desserte POURAÄV. Bonne nouvelle : la version papier du catalogue Ikex peut encore être commandée sur Etsy, mais n’attendez pas trop.

décalé ikéa
https://www.commentcamarche.net/news/5872413-ikex-ikea-stuff-tv
page 38 / 96

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