La généalogie c’est bien. Mais ça nous transforme un peu… Quand le généalogiste est en société, il est alors l’objet de curiosité, entre fascination et répulsion.
L’an dernier mon frère s’est marié et j’ai été son témoin. Ravi du mariage et d’être choisi pour témoin, il m’est quand même venu une pensée bizarre que je ne partage qu’avec vous, chers lecteurs. J’allais signer sur un acte de mariage.
Oui. J’allais être témoin.
Et j’ai pensé à ces générations futures qui, faisant de la généalogie, me noteraient en témoin de mariage. Du coup, quand j’ai signé, en mairie et à l’église, j’ai fait une belle signature pour la postérité.
Si je dis ça à mon frère, pour qui la généalogie est la lubie de son frère, il va me regarder étrangement, lever un sourcil puis, après hésitations, me dire : « Hein ? J’ai rien compris. »
Car nous sommes bizarres. Les généalogistes sont bizarres.
Les gens normaux, quand vous dites que vous faites de la généalogie, vous posent des questions comme :
« T’es remonté jusqu’où ? »
« Tu descends de Jeanne d’Arc ? parce que moi, oui »
« T’es noble ? »
« Pourquoi tu fais ça ? Tu veux hériter de quelqu’un ? »
« C’est quoi l’intérêt ? »
« Et sinon, tu peux me passer le sel ? »
Et faut surtout pas répondre sérieusement. Ni se moquer. Ni bouder. Dans l’idéal, faut prendre un air détaché et dire que c’est un passe-temps, que non, c’est une légende j’ai pas de blog.
Ou dire, sur un ton hipster : « oui, je m’intéresse à l’anthropologie familiale à l’époque moderne, aux systèmes d’alliance en zones rurales et urbaines ; d’ailleurs, tu savais que tatie Ursule était née à Roquefort-la-Bédoule et pas à Althen-les-Paluds ?!!! Dingue hein ! C’est qui ? Euh… »
C’est la raison pour laquelle cet article me semble important. Donner les clés au généalogiste pour interagir avec le Monde Normal, celui des non-initiés.
Faut être compréhensif. Quand l’oncle Ernest vous parle de sa passion pour les sifflets imitant tous les oiseaux, dont la Talève sultane ! et que vous levez les yeux au ciel en priant pour être foudroyé, il faut vous dire que vous pouvez avoir le même effet sur les autres, y compris tonton Ernest !!
D’où quelques conseils, à suivre pour votre propre sécurité.
Si on vous pose une question sur la généalogie, pensez que la personne en face a peut-être une curiosité limitée.
Si au bout d’un quart d’heure, vous répondez toujours à la question et que votre interlocuteur a un regard vide, arrêtez-vous immédiatement. Même si vous êtes au milieu d’une phrase car de toute façon, personne écoute. Si l’autre sourit et vous répond « c’est intéressant », surtout, surtout !!, ne pensez pas que ça veut dire « dis m’en plus ».
Si on ne vous pose pas de question sur la généalogie, n’y répondez pas.
Ça paraît absurde, mais non. Ou peut-être. Enfin, bon…
Tout sujet de discussion n’est pas l’occasion de placer une anecdote généalogique.
Ainsi, si votre interlocuteur a passé de ravissantes vacances à Locmariaquer, inutile de préciser qu’une cousine au 7e degré y a vécu de 1726 à 1729 et de raconter ensuite toute sa vie, y compris que la brave Perrine Leglouec s’est mariée avec son cousin et qu’il a fallu une dispense de consanguinité du 3e au 4e degré, d’ailleurs vous savez comment ça marche en droit canonique ? Je vais vous dire.
Photographier des tombes pour sauvegarder le patrimoine, c’est bien. Attention de ne pas le faire au moment d’un enterrement.
Tout est dans les deux phrases ci-dessus. Je précise : même si c’est l’enterrement de la belle-mère, c’est pas une raison.
Si on vous dit que la généalogie c’est pour les vieux, que ça sert à rien ou autre, restez zen.
Pensez d’abord positivement, que vous êtes dans la nature à l’ombre d’un majestueux arbre aux ramifications multiples. Puis… non en fait, je conseille le crochet du droit. C’est un blog de généalogie ici, je vais pas donner des conseils de survie pour les non-initiés ! Le temps du dialogue viendra plus tard avec les échanges de politesse, La généalogie ça sert rien, Parce que toi tu sers à quelque chose ?, Je suis ta mère !, etc. Bref.
En somme, suivez ces conseils pour votre propre bien-être. Ou alors, faites ce que vous voulez, à vos risques et périls !
Si vous avez des suggestions pour le Guide de survie, n’hésitez pas à les partager en commentaire, ici ou ailleurs, ou par télépathie si vous aussi vous êtes blasés d’écrire parce que franchement, écrire ça fait tellement 2014, c’est mieux YouTube.
Merci de m’avoir lu et à très vite pour un autre article futile à votre survie !
Trottoir interdit, casque obligatoire, vitesse limitée... Dès la rentrée, les trottinettes électriques et autres mini-engins motorisés seront censés être strictement encadrés dans l’Hexagone. Pour faire face aux déplacements anarchiques des trottinettes électriques et autres mono-roues et hoverboard, une nouvelle réglementation entre en vigueur en septembre.
C’est un phénomène de société. Même Usain Bolt s’y met ! L’ancienne star du sprint mondial a récemment fait la promotion, à Paris, de sa propre marque de trottinettes électriques. A Marseille, A Nice, comme dans la capitale, les engins de déplacement personnel motorisés (EDPM) sont même disponibles en libre-service, en deux clics.
Devant la croissance exponentielle des usagers motorisés, le gouvernement s’est penché sur les nouvelles règles à inscrire au Code de la route. Objectif : définir un cadre plus sécurisé pour les municipalités, utilisateurs et plateformes de location.
C’est la fin du feuilleton législatif. Adopté par le Sénat le 3 avril, le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM) est examiné depuis mardi dernier par l’Assemblée nationale en dernière lecture. Objectif : contrecarrer la « loi de la jungle » des EDPM avancée par la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Et aussi légiférer sur de multiples sujets comme le forfait mobilité, ou encore la régulation des plateformes de VTC, etc.
Focus sur les mesures qui seront applicables à la rentrée prochaine.
Qui est concerné ?
Tous les utilisateurs de trottinettes électriques, gyroroues, overboards ou autres vélos à assistance électrique, sont concernés... Toutefois, certaines catégories d’âge ne pourront plus conduire de petits bolides, puisque l’âge minimum est fixé à 8 ans.
Enfin, les rodéos en tandem sont terminés : une seule personne sera autorisée à circuler sur un EDPM.
Quel équipement obligatoire?
Dans un souci de protection, les utilisateurs âgés de moins de 12 ans seront obligés de porter un casque, comme les cyclistes.
Afin d’accentuer leur visibilité sur les voies adaptées, ils seront désormais contraints de porter un équipement rétro-réfléchissant. Et ce, de jour comme de nuit. Il peut s’agir d’un brassard, d’un gilet ou encore de bandes réfléchissantes incorporées à une tenue vestimentaire.
Toujours dans une logique de visibilité, des feux avant et arrière sont obligatoires sur l’engin, tous comme des dispositifs rétroréfléchissants (appelés dans le milieu les catadioptres).
Autre dispositif obligatoire, un frein et un avertisseur sonore.
Attention aux inconditionnels de la musique « au guidon » : les écouteurs et autres appareils susceptibles d’émettre du son seront proscrits.
Où peut-on rouler ?
Au revoir le trottoir... Cette interdiction concerne bel et bien tous les mini-engins. Pas uniquement les trottinettes.
La circulation pourrait néanmoins être autorisé à une seule condition : que le maire prenne des dispositions et les autorise dans un périmètre établi par arrêté.
Sur les trottoirs, l’usager doit tenir son engin en main sans faire usage du moteur.
Dans les agglomérations, ils doivent, si possible, rouler sur les pistes et bandes cyclables. Ou alors sur des routes limitées à 50 km/h.
En dehors des agglomérations, il leur sera interdit de rouler sur la chaussée. Seules les voies vertes et les pistes cyclables sont autorisées.
En ce qui concerne le stationnement, il peut se faire sur le trottoir, à la stricte condition qu’il ne gêne pas la circulation des piétons.
Quelles sanctions prévues ?
Il y a trois types de contraventions prévues pour les usagers commettant des infractions.
La première est de 35 euros, pour un simple manquement aux règles de circulations. Le niveau supérieur concerne la circulation sur les trottoirs sans y être autorisé. Une amende de 135 euros (classe 4) est prévue à cet effet. Certaines villes pourront néanmoins autoriser les usagers à rouler dessus.
La plus élevée culmine à 1 500 euros (infraction de classe 5) pour un dépassement de la vitesse maximale autorisée : 25 km/h.
À Londres, en Angleterre, un homme a été arrêté après avoir tenté d'échapper aux caméras de reconnaissance faciale. La police avait pourtant indiqué dans un communiqué que "quiconque refusera d'être scanné ne sera pas nécessairement considéré comme suspect".
L'homme en question se serait couvert le visage lorsqu'il passait devant les caméras déployées par la ville, rapporte le journal britannique The Independant. Alerté par un homme qui avait vu des pancartes avertissant le public que des caméras les filmaient, il aurait alors relevé le haut de son pull afin de camoufler son identité. Arrêté par la police, il a été condamné à payer une amende de 90 livres, soit un peu plus de 100 euros.
Selon un porte-parole de la police, "des policiers ont arrêté un homme soupçonné d’agir dans le centre-ville de Romford lors du déploiement de la technologie de reconnaissance faciale. Après avoir été arrêté, l’homme est devenu agressif et a menacé les agents. En conséquence, un avis de pénalité pour désordre public lui a été délivré".
Considérant que la reconnaissance faciale était une atteinte à la liberté individuelle et la vie privée des gens, certaines villes ont décidé de la bannir. C'est le cas de San Francisco, première ville d'Amérique du Nord, à interdire à la police et autres agences gouvernementales de se servir de ce système. Le Conseil municipal entend ainsi garantir les droits civils des habitants.
TECHNOLOGIE - San Francisco est devenue mardi 14 mai la première ville des États-Unis à interdire l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale par la police et d’autres agences gouvernementales.
Huit des neuf membres du conseil municipal de San Francisco se sont prononcés en faveur de cette nouvelle réglementation, qui doit encore faire l’objet d’un vote de procédure la semaine prochaine avec néanmoins peu de probabilité que cela change la donne. Cette interdiction ne concerne pas les aéroports ni les sites régulés par les autorités fédérales.
“La propension à ce que la technologie de reconnaissance faciale mette en danger les droits civils et les libertés civiques contrebalance de manière importante ses soi-disant bénéfices”, relève la décision, estimant que cette technologie “va exacerber l’injustice raciale et menacer notre capacité à vivre libre de toute surveillance permanente par le gouvernement”.
Empiètement sur la vie privée et mauvais coupables
Cette interdiction s’inscrit dans le cadre d’une réglementation plus vaste sur l’utilisation des systèmes de surveillance et l’audit des politiques en la matière, avec des conditions plus strictes et la nécessité d’une approbation préalable du conseil pour les agences municipales concernant de tels systèmes. Une mesure similaire d’interdiction est envisagée à Oakland, de l’autre côté de la baie de San Francisco.
La surveillance par reconnaissance faciale suscite chez certains des craintes liées au risque que des personnes innocentes soient identifiées à tort comme étant des délinquants et que ces systèmes empiètent au quotidien sur la vie privée.
Mais d’autres estiment que cette technologie peut aider la police à lutter contre la criminalité et à rendre les rues plus sûres. L’arrestation de criminels par la police a été portée à son crédit mais elle est également responsable d’identifications erronées.
L’exemple du profilage racial en Chine
“La reconnaissance faciale peut être utilisée pour la surveillance générale en association avec des caméras vidéos publiques et peut être utilisée d’une manière passive ne requérant pas la connaissance, le consentement ou l’adhésion de la personne concernée”, a relevé l’Association de défense des droits civiques (ACLU) sur son site internet. “Le plus grand danger est que cette technologie soit utilisée pour des systèmes de surveillance classiques et haut dessus de tout soupçon”, a-t-elle poursuivi.
Selon le New York Times, les autorités chinoises se servent de cette technologie intégrée aux vastes réseaux de caméras du surveillance du pays pour repérer les membres de la minorité musulmane des Ouïghours, après avoir été programmée avec leurs caractéristiques physiques pour ne chercher qu’eux.
Ce serait le premier exemple connu de l’utilisation par un gouvernement de l’intelligence artificielle pour faire du profilage racial.
Source de premier ordre pour les généalogistes, les recensements de population viennent d'être publiés sur le portail des archives du Morbihan. Ces listes nominatives en provenance des collections communales s’étendent sur 70 ans, de 1836 à 1906, soit 15 opérations de recensement.
Dans un premier temps, il s'agit des collections des communes allant d’Allaire à Muzillac, soit un peu plus de 100.000 pages numérisées, représentant environ 200.000 personnes recensées. Les registres peuvent être interrogés par commune ou par date, via un formulaire de recherche. Malheureusement, ils comportent de nombreuses lacunes, aussi bien dans les collections communales que dans celles de la préfecture, très disparates.
Pour aider le chercheur à se repérer, les archives départementales ont concocté un panorama des recensements de population du 19e siècle à 1975, disponible en ligne. Il détaille par commune et par année sous quelle forme les listes sont consultables : sous forme numérique, sous forme de microfilm, ou consultation papier en salle de lecture.
L'opération de numérisation des recensements a commencé en 2011, elle se poursuit pour les communes restantes qui feront l’objet d’une mise en ligne progressive. Mais cela prend du temps, puisqu'une restauration préalable des documents est quasiment nécessaire pour chaque volume, afin d'obtenir une bonne qualité d’image et de lecture. L'objectif est de parvenir à tout mettre en ligne pour 2021.
Liens
Portail des archives du Morbihan
Accès aux recensements
Panorama des recensements de population du 19e siècle à 1975 (PDF)
Bataille des versions, bataille des chiffres ce qui se passe en manifestation est souvent déformé. Mais au Moyen Âge aussi, on colportait volontiers des versions différentes du même événement.
Les lendemains de manifestations sont toujours propices à une véritable bataille des versions et des chiffres : l’écart entre les effectifs « selon la police » et « selon les manifestant.e.s » peut parfois prêter à rire et, dans tous les cas, ne rend pas les choses faciles pour s’informer. Or on retrouve cette importance accordée aux chiffres pendant le Moyen Âge, notamment quand il s’agit de partir en croisade !
La première Croisade (1095-1099), pèlerinage armée vers la Terre Sainte, a souvent laissé l’image de grandes masses humaines, progressant sur de longues distances vers Jérusalem. Il faut dire qu’en retraçant l’événement, les chroniqueurs de l’époque ont souvent tendance à mentionner d’importants effectifs mobilisés. Au départ de l’expédition en Orient, on peut compter 400 000 hommes selon Albert d’Aix ou encore 300 000 d’après Daimbert de Pise. L’un des témoignages intéressants est celui de Foucher de Chartres qui participa à la croisade et entreprit d’en raconter les événements. Dans son récit, il estime l’effectif de l’entreprise à 600 000 hommes capables de combattre et, sans s’arrêter à ce chiffre déjà impressionnant, il ajoute : « si tous ceux qui abandonnèrent leurs maisons, et entreprirent le pèlerinage qu’ils avaient fait vœu d’accomplir, étaient venus jusqu’à Nicée [ville d’Asie Mineure], nul doute qu’il y eût six millions de combattants réunis ». Un tel nombre est bien sûr complètement improbable, ne serait-ce que du fait de la démographie européenne de l’époque. Pour autant, derrière ces chiffres astronomiques proposés par Foucher de Chartres, on peut lire un message fort : celui selon lequel toute la chrétienté est appelée à prendre la croix vers la Terre Sainte et à surmonter les épreuves du trajet.
Les chiffres sont ainsi souvent des instruments du discours politique, idéologique ou religieux car ils frappent aisément l’esprit et prennent l’apparence de la réalité concrète et objective. La guerre des chiffres n’est pas prête de se terminer car elle reste au cœur de la bataille d’idées.
Quoiqu’il en soit, face à des effectifs aussi impressionnants, la tâche de l’historien.ne n’est pas facile, d’autant plus que les sources proposent des chiffres qui divergent d’un texte à un autre. Par ailleurs, certains chroniqueurs se plaisent à mentionner les bataillons de chevaliers, mais oublient d’énumérer les sergents à pied, les anciens chevaliers qui ont perdu leur monture pendant l’expédition et, surtout, les femmes, enfants et vieillards qui suivirent les croisés. Par mesure de précaution, plusieurs historiens soucieux d’estimer la taille de la première Croisade ont pris pour référence, dans les sources, les effectifs les moins élevés. La plupart s’accordent sur un total de 35 000 guerriers au départ de l’expédition. D’autres rehaussent ce comptage et y ajoutent les civils pour une estimation entre 60 000 et 100 000 personnes. Enfin, certains estiment qu’il ne pouvait y avoir qu’une dizaine de milliers de croisés car un nombre supérieur aurait dépeuplé l’Occident.
Il ne faudrait pas conclure trop vite de ces approximations que les auteurs médiévaux étaient terriblement mauvais en calcul – surtout lorsque l’on constate comment nos propres comptages contemporains peuvent être imparfaits et sujets à contestation. En effet, les dénombrements proposés par les chroniqueurs ne sont pas seulement une pure fantaisie mais obéissent à une certaine logique. Ces auteurs savent très bien qu’ils ne peuvent pas compter avec précision les participant.es d’un événement dont ils ne furent d’ailleurs pas nécessairement témoins. Ils ne cherchent pas à donner un chiffre exact, impossible à atteindre, mais plutôt un ordre de grandeur. À partir de ce qu’ils ont vu ou entendu, ils constituent cet ordre de grandeur en deux étapes : ils choisissent d’abord s’il faut compter en dizaines, en centaines, en milliers, etc. ; puis, ils appliquent un coefficient, souvent compris entre 1 et 4, ce qui donner des nombres comme 300, 4 000 ou 100 000. Ils proposent ainsi à leur public une idée générale du nombre d’individus ayant pris part à la croisade.
D’autre part, les chroniqueurs médiévaux savent parfois aussi critiquer les chiffres avancés par un autre : Guibert de Nogent se permet ainsi de critiquer à plusieurs reprises les inexactitudes de Foucher de Chartres et reproche à « ce prêtre » de s’être montré « fort exagéré dans ses calculs, comme, par exemple, lorsqu’il ose dire que ceux qui se rendirent à Jérusalem étaient au nom de six millions d’individus ». Enfin, on a pu dire que les chroniqueurs exagéraient les pertes humaines tout au long de la croisade : sur les 100 000 participant.es potentiel.le.s en 1096, ce serait un peu plus de 10 000 qui arrivent à Jérusalem en 1099 à en croire la plupart des récits. Une telle déperdition peut choquer. Toutefois, il est indéniable que l’expédition fut particulièrement meurtrière – entre les combats, l’épuisement ou la faim, les maladies ainsi que les défections. De la sorte, les chroniqueurs de l’époque ont sans doute cherché à insister sur l’importance des pertes humaines.
Nous sommes Légion ?
Il existe pour autant des œuvres médiévales sur la croisade où les chiffres sont bel et bien complètement fantaisistes ou alors utilisés de manière symbolique. Les armées musulmanes sont ainsi souvent présentées comme gigantesques. C’est le cas lors de la bataille de Dorylée en 1097 contre les Turcs. Selon « l’Anonyme normand », un participant de la croisade qui aurait tenu un genre de journal de bord : « les nôtres se demandaient avec étonnement d’où avait pu sortir une pareille multitude de Turcs, d’Arabes, de Sarrasins et autres impossibles à énumérer ». On observe ici le cliché d’une armée orientale innombrable, où se mélangent de nombreuses ethnies – dont certaines sont inventées – ce qui est présenté comme source d’indiscipline et d’impureté. En face, se tient l’armée croisée, ordonnée, unie et bénie par Dieu. On retrouve encore aujourd’hui une telle opposition caricaturale dans un film comme 300. Toutefois, ce sont surtout les chansons de geste qui mettent en scène des armées aux effectifs irréalistes. Après avoir mentionné des armées de 400 000, 600 000 et 900 000 soldats, La chanson d’Antioche présente l’armée du Turc Kaburqa comme composée de 32 bataillons de 60 000 hommes chacun ! Les auteurs de ces œuvres de fiction destinées à émouvoir le public cherchent surtout à montrer des armées de plus en plus grandes au fur et à mesure que l’action s’intensifie. Une véritable mine d’inspiration pour les blockbusters !
Pourtant, les chiffres avancés par les chroniqueurs servent également à faire passer un message. Quand Foucher de Chartres présente la mobilisation croisée, il n’hésite pas à grossir les effectifs pour montrer que l’appel à Dieu a été largement entendu à travers l’Occident. Par contre, lorsque cet auteur mentionne les croisés restés sur place après la prise de Jérusalem et la création des États latin d’Orient, il mentionne des chiffres très bas : « nous n’avions pas alors, en effet, plus de 300 chevaliers et autant de piétons ». Si les Latins installés en Orient furent effectivement peu nombreux – quelques milliers pour toute la Syrie-Palestine – un tel chiffre est volontairement faible. Foucher, resté en Orient, souhaitait sans doute y faire venir de nouveaux pèlerins et guerriers en Terre Sainte afin de tenir les récentes conquêtes face aux potentielles contre-attaques musulmanes.
Les chiffres sont ainsi souvent des instruments du discours politique, idéologique ou religieux car ils frappent aisément l’esprit et prennent l’apparence de la réalité concrète et objective. Malgré le vœu pieux de « retrouver l’innocence du chiffre » qu’a pu formuler le président du cabinet de comptage « Occurrence », la guerre des chiffres n’est pas prête de se terminer car elle reste au cœur de la bataille d’idées. À partir de là, sachons quand rejoindre la foule et quand s’en méfier !
Pour aller plus loin
Steven Runciman, Histoire des croisades, en 2 tomes, coll. « Texto », Paris, 2013.
Jean Flori, Chroniqueurs et propagandistes. Introduction critique aux sources de la première croisade, Genève, Droz, 2010.
Jean Flori, « Un problème de méthodologie. La valeur des nombres chez les chroniqueurs du Moyen Âge. À propos des effectifs de la première Croisade », dans Jean Flori, Croisade et chevalerie, Paris, 1998.
John France, Victory in the East, Cambridge, 1994.La Quadrature du Net publie et analyse les documents obtenus auprès de la mairie de Saint-Etienne sur son projet de « Safe City ». Micros couplés à la vidéosurveillance, drones automatisés, application de dénonciation citoyenne… Ils révèlent la ville sous-surveillance telle que fantasmée par son maire, Gaël Perdriau.
Au début du mois de mars, nous apprenions que la mairie de Saint-Étienne prévoyait d’installer, au titre d’une expérimentation, plusieurs dizaines de microphones dans un quartier de la ville afin d’en capter les « bruits suspects » et d’aider à l’intervention plus rapide des services de police.
Cette expérimentation ressemblant fortement aux projets de Smart Cities sécuritaires que nous dénonçons depuis plus d’un an, nous avons aussitôt fait une demande de communication des documents administratifs, nous adressant non seulement à la ville mais aussi la CNIL qui avait été abondamment citée dans les articles de presse. Il y a une semaine, nous avons eu les réponses à nos demandes. Tandis que la CNIL nous indique n’avoir rien à nous transmettre, la ville de Saint-Étienne nous a communiqué plus de deux cent pages de rapports, compte-rendus de réunions, courriers électroniques que nous publions ici (après un peu de caviardage pour protéger les données personnelles – voir la liste à la fin de l’article).
Ces documents permettent bien de dévoiler la « Safe City » telle que fantasmée par le maire Les Républicain de la ville, Gaël Perdriau : capteurs sonores couplés à la vidéosurveillance, drones automatisés, application type « Reporty » … le tout sous couvert de « tranquillité urbaine », d’ « attractivité du territoire » et surtout d’ « innovation technologique ». Ces documents mettent en lumière les similitudes que nous commençons à percevoir entre ces différents projets : surveillance accrue et déshumanisation de l’espace public, transformation de la ville en un terrain d’expérimentation pour des sociétés privées (ici Verney-Carron, une société spécialisée dans l’armement), subventionnement public de ces nouvelles technologies sécuritaires (ici par l’intermédiaire surprenant de l’ANRU – « Agence nationale pour la rénovation urbaine »), caractère secret et volontairement opaque de leur mise en place…
NOUVELLES TECHNOLOGIES - ”Ça, c’est l’avenir [...] gros, gros danger.” Face à un assistant vocal, Alain Damasio fait de la prospective, et le tableau n’est pas des plus joyeux. Ceux qui connaissent les oeuvres de l’écrivain savent que l’auteur des Furtifs entretient un rapport complexe avec la technologie. Dans la vidéo en tête de cet article, nous l’avons confronté à différents objets du quotidien, devenus pour certains essentiels dans la vie de tous les jours.
Du smartphone, dont il a jusqu’ici réussi à se passer (“je ne supportais pas l’idée d’être géolocalisé en permanence”), jusqu’au casque de réalité virtuelle qu’il juge “absolument pas abouti”, Alain Damasio n’est pas vraiment émerveillé par le monde des nouvelles technologies. Sans pour autant les rejeter toutes, l’écrivain les évalue à l’aune des valeurs qui traversent ses écrits: celle de “l’empuissantement” individuel en particulier.
Pouvoir contre puissance
Certes, explique-t-il, ces inventions qui ont changé notre manière de nous déplacer, de communiquer ou de nous informer, ont souvent permis d’externaliser des actions, de les confier à la machine, donnant aux humains du “pouvoir supplémentaire”. Mais cette délégation a un coût élevé: “En faisant ça, on perd en puissance. On perd en capacité de faire, nous, directement.” À l’image du GPS qui, en nous permettant de nous déplacer plus facilement, nous donne du pouvoir, mais nous fait perdre, à l’usage, la puissance de nous repérer par nous-mêmes.
“C’est un problème philosophique et psychologique” auquel nous confrontent ces innovations, séduisantes et souvent pratiques, à l’image des assistants personnels, dans lesquels Damasio voit une forme encore inaboutie du futur de la relation homme-machine. “On revient à l’interface ultime pour l’être humain, qui est le langage”, donnant une facilité d’accès à l’intelligence artificielle encore jamais vue. “C’est la convergence de tout sur une seule interface, le rêve des GAFA” prévient-il, construisant un futur où la technologie nous enferme.
À l’arrivée, “une espèce d’alter ego digital, de jumeau digital, sur lequel on va projeter [...] nos fantasmes, nos envies, nos besoins...”. Esclave docile et taillé sur mesure par nos données personnelles, l’assistance sera devenue indispensable, et modifiera notre rapport au monde. “On aura du mal à comprendre que notre copine, que notre père...ne sache pas tout sur nous, et tout sur ce dont on a besoin, comme le sait l’IA”.
Le salut par le bricolage
À ce tableau sombre, Damasio oppose pourtant certains objets qui permettent, eux, “l’empuissantement”, et non seulement le pouvoir. Il a bien sûr l’ordinateur portable, compagnon inestimable d’un écrivain qui rature, reprend, réorganise ses textes en permanence. Mais d’autres outils ont droit à son indulgence, comme le Rapsberry Pi, bien connu des technophiles tendance bricolage.
Il faut dire que le petit ordinateur entièrement programmable correspond tout à fait à la philosophie développée par l’écrivain: “Il faut redonner aux gens la puissance sur l’outil, de le bricoler, de se le réapproprier [...] de redevenir autonome”. Une approche qui oppose machines “ouvertes” et “fermées”, où l’homme ne peut intervenir qu’en surface, sans en changer le fonctionnement. “Si tu m’avais montré une tablette, j’aurais hurlé. Je ne supporte pas les tablettes, notamment les tablettes Apple”. On l’a échappé belle.
L’intérêt du logiciel libre1 c’est de pouvoir se réapproprier les outils et les connaissances et c’est important de ne pas dissocier les deux parce les outils sont aussi des connaissances et qu’aujourd’hui, dans un monde qui est de plus en plus numérique, où la télévision est numérique, le téléphone est numérique, la musique est numérique, les livres sont numériques, il est important de pouvoir comprendre comment fonctionne un peu tout ça. Donc ce n’est pas seulement comprendre comment fonctionne Internet, ce qui pourtant la base, c’est aussi comprendre comment fonctionnent les logiciels, par qui est-ce qu’ils sont faits, dans quel but, comment est-ce qu’ils contribuent à la société et comment est-ce que nous on peut contribuer, finalement, à ces logiciels de façon à ce qu’ils puissent améliorer la société.
Le modèle du logiciel libre ce n’est pas seulement un modèle technique de production du logiciel, c’est aussi tout un ensemble de valeurs éthiques et sociales qui sont portées par ce mouvement depuis plus de 30 ans maintenant et qui vise non seulement à rester maître de ses données, maître de ses logiciels, mais aussi de se dire que les outils ne sont pas neutres et que si on veut pouvoir en avoir la maîtrise, en tout cas en ce qui concerne les biens communs numériques, le logiciel libre est probablement la seule réponse concrète, efficace, utilisable tout de suite, qui nous permet de se poser la question de l’éthique et des valeurs sociales qui sont transmises au travers du logiciel aujourd’hui.
Je puis définir le logiciel libre en trois mots : liberté, égalité, fraternité.
Richard Stallman2 qui est le fondateur du mouvement du logiciel libre arrive souvent en conférence avec un accent anglais alors qu’il parle très bien français, mais il a un accent anglais assez prononcé, en disant : « Je puis définir le logiciel libre en trois mots : liberté, égalité, fraternité » ; d’habitude la salle se lève et l’applaudit. C’est assez juste, du coup, de pouvoir définir le logiciel libre comme ça, c’est-à-dire c’est à la fois les libertés qui sont accordées à l’utilisateur, parce que dans le logiciel libre ce n’est pas le logiciel qui est libre, c’est l’utilisateur ou l’utilisatrice ; l’égalité c’est parce qu’il n’y a pas de différence, il n’y a pas de discrimination sur qui va utiliser le logiciel en question ; et enfin la fraternité c’est quelque chose qui pour nous est important, c’est la capacité, finalement, à s’entraider pour coconstruire ensemble du bien commun numérique qu’est du logiciel libre, donc le fait de partager les bonnes recettes de cuisine du logiciel, mais aussi le fait de pouvoir aider quelqu’un qui est dans la mouise à un moment donné et qui n’arrive pas à s’en sortir, on peut poser la question. Donc un des avantages du logiciel libre ou un des slogans du logiciel libre ça peut être : « Si tu ne sais pas demande et si tu sais partage ! »
Si tu ne sais pas demande et si tu sais partage !
Il s’agit d’abord de faire connaître le logiciel libre, donc on a choisi de le faire connaître, nous, par la base, c’est-à-dire en intervenant dans des MJC [Maisons des jeunes et de la culture], dans des bibliothèques, dans des médiathèques et petit à petit que chaque personne puisse se dire : mais en fait moi aussi je peux contribuer au logiciel libre ; moi aussi je peux participer au bien commun ; moi aussi je peux m’investir dans une association ; moi aussi je vais pouvoir contribuer à Wikipédia. Et petit à petit ces personnes vont se rendre compte d’abord de la valorisation qu’il y a à travailler pour l’intérêt général, parce que c’est quelque chose de valorisant.
Ce qui nous3, nous intéresse c’est que ces logiciels puissent exister pour tout le monde, qu’ils puissent participer à développer un secteur de la société de contribution et notamment celui des biens communs pour qu’on ne reste pas cantonnés, finalement, à se dire : ah ben là c’est bon, il y a une alternative en Libre qui existe, on ne s’en occupe pas. Ce qu’on veut c’est construire et coproduire des logiciels libres au service de la société de contribution.
Si vous voulez développer des biens communs, il faut être prêt à y participer. C’est une société de l’effort, c’est évident, ce n’est pas ce qui nous est vendu évidemment en face ; on est plutôt dans une société du confort avec la société de surconsommation.
Si vous voulez développer des biens communs, il faut être prêt à y participer. C’est une société de l’effort, c’est évident, ce n’est pas ce qui nous est vendu évidemment en face ; on est plutôt dans une société du confort avec la société de surconsommation. La société de contribution est une société de l’effort qui va nécessiter de prendre du temps, de prendre sur soi, de mettre de l’énergie dans le maintien et le développement de ces biens communs.
Il est difficile aujourd’hui, quand on regarde cette société de la surconsommation, de se dire qu’elle a un avenir d’égalité et de fraternité pour beaucoup de gens. Concrètement dans cinq ans, dans dix ans, si jamais on ne développe pas le logiciel libre, on aura quoi ? On aura un « Googleternet » sur lequel vous pourrez consommer des vidéos, sur lequel vous pourrez publier des contenus, mais tous ces contenus seront validés, monétisés et on va vous encourager à produire des contenus qui n’existent pas ou qui ne sortent pas trop du cadre. Donc finalement, on va se retrouver enfermés dans une espèce de bulle intellectuelle qui aura été conçue par les algorithmes de Google ou de Facebook qui vous diront : « Dormez tranquilles braves gens, demain vous irez regarder votre vidéo de chatons plutôt que de vous intéresser à ce qui se passe sur la loi travail. »
Moi évidemment, ce dont j’ai envie c’est qu’on puisse construire un monde avec plus de solidarité, où les données puissent être contrôlées par les utilisateurs, mais c’est aussi un monde où les médicaments ne seraient pas brevetés par exemple. Ça c’est la vision que j’ai du monde, mais je ne prétends pas que c’est la bonne. Par contre, pour arriver à ça, il faut pouvoir coconstruire des outils sous forme de logiciels libres ; il faut pouvoir lutter ou en tout cas expliquer les dérives de la propriété intellectuelle : un médicament qui est breveté sur un certain nombre d’années, potentiellement évidemment il a un coût, ce qui est parfaitement compréhensible, en recherche et développement, il faut bien que l’entreprise puisse rentrer dans ses frais, mais d’un autre côté, s’il est protégé pendant 20 ans, qui va faire le calcul du nombre de personnes qui sont en souffrance parce qu’elles n’ont pas accès à ce médicament-là ?
Il faut surtout planter des graines dans les esprits pour que les gens puissent se rendre compte de ce que c’est que le bien commun, de ce que c’est que la contribution, des efforts que ça va leur demander, mais de pourquoi est-ce qu’ils vont le faire. Qu’est-ce que nous, on a envie de construire comme société ? Comment est-ce qu’on a envie de la construire ? Quels sont nos objectifs ? Et avec qui est-ce qu’on veut la construire ? Parce que, encore une fois, il ne s’agit pas de dire que c’est nous contre eux, il s’agit de dire : qu’est-ce que nous on veut inventer ?
Nous on ne parle pas de convergence des luttes, on parle de convergence des buts.
Finalement c’est assez important pour nous, aujourd’hui, de réfléchir avec les personnes qui sont intéressées par cette société de contribution. Qui veut, avec le logiciel libre, avec le développement durable, avec les innovations démocratiques, sociales et politiques qui peuvent exister, avec les médecines dites alternatives, pouvoir inventer une autre société qui ne soit pas juste celle de la consommation.
En fait les gens qui ont construit l’Internet l’ont fait de manière ouverte entre eux, donc on a une communauté des développeurs qui ont fait l’Internet et ils l’ont fait pour que cet Internet serve de support à des applications qui allaient être libres, ouvertes, que personne n’allait décider, mais qui allaient se mettre en place sur ce commun de l’Internet qu’ils avaient construit. C’était leur philosophie de travail. Ce qu’ils n’avaient pas prévu c’est qu’il y aurait beaucoup d’argent à gagner sur les applications, parce que c’est venu beaucoup plus tard, c’est venu à partir du milieu des années 90, à partir de la création de Amazon, par exemple, en 1994 et peut-être un symptôme de ça c’est : on va passer non plus d’un échange entre des individus sur un mode horizontal, mais bien sur une entreprise qui a un objectif visant de la population, visant des individus usagers, pour capter à son bénéfice au début leur commerce, puis leurs données, puis l’ensemble de leur activité, de leurs traces humaines dans la vie.
Un programme informatique aujourd’hui il enregistre. Toutes les connaissances, les savoirs du monde sont quelque part dans les systèmes informatiques. Or, on le voit bien avec les médias sociaux par exemple, nous agissons dessus, nous croyons voir, mais nous ne voyons que la surface. Toute l’utilisation des traces qui se réalise en dessous, toutes les interprétations qui sont faites par des algorithmes nous échappent, parce que le système n’est pas libre, parce que personne ne sait réellement ce que fait Facebook avec nos usages et nos pratiques.
L’intérêt du logiciel libre1 c’est justement d’être transparent sur ce qui va être fait et donc de garantir qu’il n’y a pas des chevaux de Troie installés à l’intérieur d’un logiciel, qu’il n’y a pas des choses qui vont être contraires à la liberté d’usage de l’utilisateur.
En fait, quand on prive les gens du savoir, quand on les prive du droit d’usage sur des produits qu’y compris ils ont achetés, les gens ne le supportent pas. Ils ont envie de hacker le système. Et ce qu’il y a de bien avec l’informatique, avec les logiciels libres au démarrage, c’est qu’ils peuvent le faire ; il suffit d’apprendre à faire de l’informatique pour hacker le système. Ce qui a fait que des milliers et des milliers de personnes ont créé des sites web au tout début des années 90 à partir de savoirs qui étaient transmis comme ça, qui n’avaient été prévus par personne.
C’est ce qui fait qu’aujourd’hui les paysans ont de plus en plus envie de savoir ce qu’ils plantent, de maîtriser leur chaîne de production et donc d’utiliser des semences fermières, de créer un réel commun de la semence qui ne soit pas dépendant de grandes entreprises où on ne sait plus trop quelle est la qualité, l’adaptation du produit.
C’est le succès des fab labs2 dont il faut tenir compte. Les gens ont envie d’apprendre à faire des choses et ils le font, c’est ça qui est intéressant. On voit des tas de communs se développer dans tous les domaines d’activité. On voit des gens qui créent des activités coopératives, des jardins partagés à l’intérieur des villes, qui créent des villes résilientes et ça, ça construit du commun. Et les gens le font de manière plus ou moins spontanée, souvent sans utiliser le mot. Le mot « commun » c’est nous universitaires qui le mettons quand on regarde des pratiques très diverses, mais les gens font leurs échanges de graines, ils font leurs fab labs, ils font leurs fabrications coopératives, ils font les jardins partagés, ils le font sans mettre un mot dessus.
C’est important d’avoir aussi des intellectuels qui regardent les choses et qui disent : « Là il y a des ressemblances, il y a tout un mouvement, toute une dynamique par en bas qui dit "nous voulons nous réapproprier le monde". » Et ça c’est la dynamique du commun. Et nous voulons le réapproprier de manière coopérative, collaborative, ensemble, pas tout seuls. Ça existe, ça promet une nouvelle société. Ouvrons les yeux et servons-nous-en pour nous coordonner.
S’il y a un retour des communs aujourd’hui c’est parce que le numérique nous a remis cette question du partage, cette question d’échange au goût du jour.
L'Inria propose une nouvelle version de sa formation en ligne gratuite à la protection des données personnelles dans le monde numérique.
A une époque où le numérique a envahi tous les pans de notre société, et où les scandales relatifs aux abus sur les données personnelles se multiplient, il est essentiel de bien comprendre l'importance des informations que l'on partage via Internet et, surtout, de savoir les protéger si l'on tient à préserver un tant soit peu sa vie privée. C'est précisément dans ce but que l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) a élaboré l'an dernier un cours en ligne gratuit ouvert à tous (un Mooc, pour Massive Open Online Course). Lancé en février 2018, ce Mooc revient aujourd'hui dans une nouvelle édition avec des mises à jour et de nouveaux modules.
Accessible à tous, sans pré-requis, cette formation s'adresse à tous ceux qui souhaitent comprendre les enjeux de la protection de la vie privée sur Internet et maîtriser les outils numériques sur le plan des données personnelles. Réalisé par des enseignants-chercheurs de l'Inria, il se compose de six modules thématiques aux intitulés clairs, qui couvrent les différents aspects du sujet : Données personnelles et législation ; Protéger ses données et son identité numérique ; Smartphones et vie privée ; Protéger ses emails ; Navigation et traçage sur le Web ; et Consommation et vie privée.
Attention : si le cours est diffusé en vidéo, avec une approche résolument pédagogique, il réclame un véritable investissement personnel. Il faut en effet compter une quinzaine d'heures pour le visionnage complet et environ deux heures de travail par semaine pour en tirer réellement parti. Rien à voir donc avec un simple tuto publié sur YouTube. Mais le jeu en vaut clairement la chandelle car, si les experts n'apprendront sans doute pas grand chose, il permet de prendre conscience des mécanismes mis en place par les acteurs du numérique pour récolter des données personnelles et d'apprendre à contrôler les informations partagées, aussi bien sur ordinateur que sur smartphone, sur le Web, sur les réseaux sociaux et dans des applications. Et si le rythme est libre, il convient de ne pas trop traîner pour suivre cette formation ô combien utile, le cours n'étant en ligne que jusqu'au 30 juillet 2019.
Confrontées à la pression des consommateurs, des associations et de certains gouvernements, les grandes entreprises de la tech espèrent démontrer qu’elles sont prêtes à protéger la vie privée de leurs utilisateurs. Jusqu'à tenter de se différencier les unes des autres sur cette question sensible.
Saviez-vous que votre téléphone est capable de détecter l’instant où vous sortez d’une voiture et de communiquer l’information à Google? Dans le salon d’un palace parisien, jeudi 11 avril, c’est la démonstration que fait une équipe du géant américain des services informatiques Oracle. L’entreprise a mis sur pied une expérience. Acheter un smartphone fonctionnant avec Android, le système d’exploitation mobile de Google, n’y installer aucune carte SIM, le démarrer et ensuite, observer. «Nous l’avons allumé, accepté les paramètres par défaut comme l’aurait fait ma maman et ensuite nous n’avons lancé aucune application, passé ou reçu aucun appel, SMS ou email, nous n’avons pas navigué sur Internet. Nous n’avons strictement rien fait», explique Ken Glueck, vice-président exécutif d’Oracle, alors que s’affichent des lignes de texte sur un écran d’ordinateur, comme un journal détaillé de ce qui se passe quand on ne fait «strictement rien» avec un smartphone.
L’âge de l’utopie numérique semble être à son crépuscule. Dans la longue nuit qui s’annonce, les activistes de tout bord vont essayer de se saisir du potentiel d’internet pour leur cause. Si la fracture de l’activisme numérique continue de s’élargir, l’aube va nous amener à un âge ou seulement quelques citoyens pourront se faire entendre. Cela n’éteindra pas seulement le rêve que la technologie puisse être une force de progrès, cela éteindra aussi la possibilité d’une société purement démocratique
Sinister secret backdoor found in networking gear perfect for government espionage: The Chinese are – oh no, wait, it's Cisco again
Better ban this gear from non-US core networks, right?
By Iain Thomson in San Francisco
2nd May 2019 07:02 GMT
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Right on cue, Cisco on Wednesday patched a security vulnerability in some of its network switches that can be exploited by miscreants to commandeer the IT equipment and spy on people.
This comes immediately after panic this week over a hidden Telnet-based diagnostic interface was found in Huawei gateways. Although that vulnerability was real, irritating, and eventually removed at Vodafone's insistence, it was dubbed by some a hidden backdoor perfect for Chinese spies to exploit to snoop on Western targets.
Which, of course, comes as America continues to pressure the UK and other nations to outlaw the use of Huawei gear from 5G networks over fears Beijing would use backdoors baked into the hardware to snatch Uncle Sam's intelligence.
Well, if a non-internet-facing undocumented diagnostic Telnet daemon is reason enough to kick Huawei kit out of Western networks, surely this doozy from Cisco is enough to hoof American equipment out of British, European and other non-US infrastructure? Fair's fair, no?
US tech giant Cisco has issued a free fix for software running on its Nexus 9000 series machines that can be exploited to log in as root and hijack the device for further mischief and eavesdropping. A miscreant just needs to be able to reach the vulnerable box via IPv6. It's due to a default SSH key pair hardcoded into the software, as Cisco explained:
A vulnerability in the SSH key management for the Cisco Nexus 9000 Series Application Centric Infrastructure (ACI) Mode Switch Software could allow an unauthenticated, remote attacker to connect to the affected system with the privileges of the root user.
The vulnerability is due to the presence of a default SSH key pair that is present in all devices. An attacker could exploit this vulnerability by opening an SSH connection via IPv6 to a targeted device using the extracted key materials. An exploit could allow the attacker to access the system with the privileges of the root user.
The blunder, labeled CVE-2019-1804, was discovered and reported by Oliver Matula of ERNW Enno Rey Netzwerke in cooperation with ERNW Research.
It's one of 40-odd security patches Cisco emitted on Wednesday, fixing all sorts of holes from privilege escalation flaws to denial-of-service weaknesses in its products. And it's not the first time Cisco's had to patch over security shortcomings in its gear.
Yes, everything has bugs, from Cisco to Huawei, and Ericsson to Siemens kit. It's important they get fixed. It's just rather odd to see the US administration lean on its allies to ditch Huawei gear apparently out of fears of Chinese snooping via backdoors when its own homegrown offerings are just as flawed and open to remote access.
It's one thing for a nation to say it only wants gear it can trust on its networks; it's another to publicly pressure other countries into dumping their hardware providers. It just adds weight to the argument that America is simply upset its corporations are being undercut by Huawei and other manufacturers in China. ®
Thanks to “data inference” technology, companies know more about you than you disclose.
People concerned about privacy often try to be “careful” online. They stay off social media, or if they’re on it, they post cautiously. They don’t share information about their religious beliefs, personal life, health status or political views. By doing so, they think they are protecting their privacy.
But they are wrong. Because of technological advances and the sheer amount of data now available about billions of other people, discretion no longer suffices to protect your privacy. Computer algorithms and network analyses can now infer, with a sufficiently high degree of accuracy, a wide range of things about you that you may have never disclosed, including your moods, your political beliefs, your sexual orientation and your health.
There is no longer such a thing as individually “opting out” of our privacy-compromised world.
The basic idea of data inference is not new. Magazine subscriber lists have long been purchased by retailers, charities and politicians because they provide useful hints about people’s views. A subscriber to The Wall Street Journal is more likely to be a Republican voter than is a subscriber to The Nation, and so on.
But today’s technology works at a far higher level. Consider an example involving Facebook. In 2017, the newspaper The Australian published an article, based on a leaked document from Facebook, revealing that the company had told advertisers that it could predict when younger users, including teenagers, were feeling “insecure,” “worthless” or otherwise in need of a “confidence boost.” Facebook was apparently able to draw these inferences by monitoring photos, posts and other social media data.
Facebook denied letting advertisers target people based on those characteristics, but it’s almost certainly true that it has that capacity. Indeed, academic researchers demonstrated last year that they were able to predict depression in Facebook users by analyzing their social media data — and they had access to far less data than Facebook does. Even if Facebook does not now market its ability to glean your present or future mental health from your social media activity, the fact that it (and any number of other, less visible actors) can do this should worry you.
It is worth stressing that today’s computational inference does not merely check to see if Facebook users posted phrases like “I’m depressed” or “I feel terrible.” The technology is more sophisticated than that: Machine-learning algorithms are fed huge amounts of data, and the computer program itself categorizes who is more likely to become depressed.
Consider another example. In 2017, academic researchers, armed with data from more than 40,000 Instagram photos, used machine-learning tools to accurately identify signs of depression in a group of 166 Instagram users. Their computer models turned out to be better predictors of depression than humans who were asked to rate whether photos were happy or sad and so forth.
Used for honorable purposes, computational inference can be a wonderful thing. Predicting depression before the onset of clinical symptoms would be a boon for public health, which is why academics are researching these tools; they dream of early screening and prevention.
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But these tools are worrisome, too. Few people posting photos on Instagram are aware that they may be revealing their mental health status to anyone with the right computational power.
Computational inference can also be a tool of social control. The Chinese government, having gathered biometric data on its citizens, is trying to use big dataClose X and artificial intelligenceClose X to single out “threats” to Communist rule, including the country’s Uighurs, a mostly Muslim ethnic group.
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Such tools are already being marketed for use in hiring employees, for detecting shoppers’ moods and predicting criminal behavior. Unless they are properly regulated, in the near future we could be hired, fired, granted or denied insurance, accepted to or rejected from college, rented housing and extended or denied credit based on facts that are inferred about us.
This is worrisome enough when it involves correct inferences. But because computational inference is a statistical technique, it also often gets things wrong — and it is hard, and perhaps impossible, to pinpoint the source of the error, for these algorithms offer little to no insights into how they operate. What happens when someone is denied a job on the basis of an inference that we aren’t even sure is correct?
Another troubling example of inference involves your phone number. It is increasingly an identifier that works like a Social Security number — it is unique to you. Even if you have stayed off Facebook and other social media, your phone number is almost certainly in many other people’s contact lists on their phones. If they use Facebook (or Instagram or WhatsApp), they have been prompted to upload their contacts to help find their “friends,” which many people do.
Once your number surfaces in a few uploads, Facebook can place you in a social network, which helps it infer things about you since we tend to resemble the people in our social set. (Facebook even keeps “shadow” profiles of nonusers and deploys “tracking pixelsClose X” situated all over the web — not just on Facebook — that transmit information about your behavior to the company.)
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Last year, an investigation led by Senator Ron Wyden, Democrat of Oregon, revealed that Verizon, T-Mobile, Sprint and AT&T were selling people’s real-time location dataClose X. An investigative report last year by The New York Times and a separate inquiry by the security analyst Will Strafach also showed that weather apps including the Weather Channel, AccuWeather and WeatherBug were selling their users’ location data. This kind of data isn’t useful just for tracking you but also for inferring things about you. What were you doing at a cancer clinic? Why were you leaving the house of a woman who is not your wife at 5 a.m.?
The journalist Kashmir Hill has reported on cases in which Facebook suggested to a psychiatrist’s patients that they were potential “Facebook friends,” suggested that people “friend” the person with whom their spouse was having an affair and outed prostitutes’ real identities to their clients. We don’t want corporations (or governments) to make such connections, let alone exploit this to “grow” their platform.
What is to be done? Designing phones and other devices to be more privacy-protected would be start, and government regulation of the collection and flow of data would help slow things down. But this is not the complete solution. We also need to start passing laws that directly regulate the use of computational inference: What will we allow to be inferred, and under what conditions, and subject to what kinds of accountability, disclosure, controls and penalties for misuse?
Until we have good answers to these questions, you can expect others to continue to know more and more about you — no matter how discreet you may have been.
À l'ère du Big data et de l’intelligence artificielle, les chercheurs du Québec comme ceux du monde entier souhaitent plus que jamais avoir accès aux renseignements personnels de santé des citoyens afin de réaliser des études novatrices en se basant sur des données probantes.
Avoir accès aux données de santé est essentiel pour l’avancement des connaissances et pour le bien commun de notre société.
Or il n’est pas toujours facile de savoir qui a accès à quelles données (dossiers médicaux, hospitalisations, revenus), pour quelles raisons, ni comment celles-ci peuvent faire progresser la science et favoriser le bien commun.
Quand nos données sont comparées à une vraie mine d’or pouvant résoudre tous les maux de notre société, il y a probablement lieu de s’interroger, voire de s’inquiéter des motifs justifiant un engouement aussi important.
Un consentement difficile à obtenir
Au Québec, comme ailleurs dans le monde, les renseignements personnels de santé sont nécessaires pour la surveillance des maladies infectieuses, pour la gestion d’épisodes de soins ou encore pour le développement des connaissances. Lorsqu’il s’agit de recherche, les chercheurs doivent solliciter notre consentement libre et éclairé pour avoir accès à nos renseignements personnels, une étape primordiale qui témoigne du respect accordé aux participants. D’ailleurs, le respect de la personne (de son autonomie et de son autodétermination) constitue le premier des grands principes de l’éthique de la recherche.
Mais que se passe-t-il si vous êtes décédé ou que vous faites partie d’une population si imposante qu’il est impossible de solliciter votre consentement? Dans un tel contexte, le législateur a prévu des exceptions à l’obtention du consentement des personnes de manière à rendre possible la recherche. Par exemple, des instances légales comme la Commission d’accès à l’information du Québec ou le directeur des services professionnels d’un centre hospitalier peuvent, sans consentement, autoriser la communication de renseignements personnels à des fins de recherche.
Pour justifier cette brèche au principe éthique du respect de la personne, il faut démontrer la nécessité de réaliser une telle étude, dans l’intérêt du public, et promettre de protéger la confidentialité des renseignements recueillis. Il faut également conserver les données de manière sécuritaire pendant toute la durée de l’étude et les détruire à son aboutissement.
En cet ère des Facebook et Google, il devient de plus en plus difficile d’obtenir le consentement des personnes et d’imposer des conditions et des limites quant à la conservation des renseignements. La technologie permet désormais d’entreposer des tonnes de renseignements, de les croiser avec d’autres données et de les conserver pendant plusieurs années pour la recherche ou pour d’autres raisons (ex. gains financiers par des entreprises d’informatique, d’assurances ou pharmaceutiques).
Quel bien commun?
Ainsi, que présuppose cette quête de « bien commun »?
Pour les chercheurs du secteur public et des universités, où la recherche est valorisée, le bien commun vise notamment à favoriser le bien-être et la santé des citoyens. Il vise également le maintien d’une société libre et démocratique, où il y a un juste équilibre entre l’intérêt personnel et collectif, en permettant de concilier vie privée et recherche en santé publique.
Mais pour atteindre cet équilibre, des balises sont nécessaires, et face aux récentes dérives d'usages inappropriés des données par des entreprises privées (ex. Cambridge Analytica), la rhétorique aveugle de l’accès ubiquitaire, ou libre accès, aux données personnelles convient de moins en moins, plus particulièrement si la compréhension de la notion de bien commun n’est pas partagée socialement.
Pour mieux saisir l’importance des enjeux liés à la notion de bien commun, prenons l’exemple du dossier médical électronique au Québec, lequel contient plusieurs renseignements personnels de santé.
Ces données sont de plus en plus enregistrées dans les centres de recherche des établissements de santé avec l’autorisation du directeur des services professionnels, mais sans notre consentement. De même, les compagnie privées, qui emmagasinent ces renseignements sur leur serveurs pour les organismes publics, semblent s’en servir à d’autres fins.
Ces renseignements sont exploités pour la recherche et certains gestionnaires de données ne se gênent pas pour les offrir à d’autres chercheurs, les présenter en public (moyennant certains frais) lors de conférences scientifiques, au nom du bien commun.
Si vous faites partie des milliers de personnes qui n’ont jamais consenti à faire partie de ces banques de données publiques ou privées, vous aurez probablement envie d’affirmer haut et fort que vos renseignements de santé ne sont pas à vendre.
Cet exemple illustre qu’il est peut-être venu le temps d’ajouter quelques balises législatives aux lois en vigueur au Québec et ailleurs afin de mieux assurer la protection de la vie privée de la population. À priori, il semble urgent que nous puissions identifier qui (les chercheurs issus des secteurs publics ou privés ou les deux?) devrait avoir accès à nos données personnelles (de santé et d’autres formes) et, socialement, comment concevons-nous le bien commun?
Puisque la protection de la vie privée fait encore partie des valeurs fondamentales de notre société, toute dérogation au consentement de la personne devrait-elle se justifier par la démonstration d’un potentiel réel de contribution au bien commun ou sociétal? Devrions-nous exiger des redditions de compte et plus de transparence de la part de ceux qui détiennent tous ces renseignements en notre nom?
En l’absence d’information facilement accessible à propos des détenteurs de nos renseignements, de qui y a accès et pour quelles raisons et quelles seront les retombées positives attendues pour la société, il semble que ce proverbe africain d’auteur inconnu soit pertinent : « Ce que tu peux faire pour moi, sans moi, tu le fais contre moi ».
Many companies are now offering direct to consumer genetic testing. Which means the police has now access to more DNA data than ever before.
In April 2018, California police finally arrested a man suspected of being the Golden State killer, a mysterious individual accused of having raped and murdered a dozen women in the 1970s and 1980s before vanishing into thin air. The news made headlines, not only because the police had been looking for the serial killer for so long, but also because of how they caught him. They did so by entering his DNA into the genealogy website GEDmatch. They were then able to identify the unknown killer’s relatives who had submitted their DNA to the database on their own. If the use of DNA by the police is not new, it was the first time that DNA collected from consumer genetic testing companies had been used to arrest a suspect.
2018 was, without a doubt, the year when DNA tests really took off and reached a mainstream audience. As many people purchased consumer DNA tests in 2018 as in all previous years combined, according to MIT Technology Review. It is estimated that 26 million people have now taken an at-home ancestry test in the US, and if the market keeps growing at the same pace, this figure could reach 100 million by early 2021. Surging public interest in learning more about ancestry and health, increasing amount of easy to use, affordable services, and intensive campaigns of TV and online marketing from these companies has led to a spectacular surge in popularity for at-home DNA testing.
The human genome was sequenced for the first time in 2003. Since then, the cost of DNA-based technology has been dramatically decreasing, and the number of companies offering direct to consumer genetic testing has skyrocketed. Leading companies in the field include Ancestry, FamilyTreeDNA and 23andMe. These tests use DNA to tell people which geographic area their ancestors are from and to locate family members, including distant cousins. Your genome can also give you some precious information about your health, such as your risk of developing a certain type of cancer.
But besides ancestry and health, there’s a third field in which DNA testing is starting to make a change: chasing criminals. Since the arrest of the alleged Golden State killer, in April 2018, genetic genealogy has helped lead to 24 other suspect identification in the US, according to CeCe Moore, a chief genetic genealogist with Parabon NanoLabs. This DNA technology company has been working with the police to chase criminals using DNA-and-family-tracing techniques. This has proved particularly useful to resolve “cold cases”, these unsolved criminal investigations that remain open, sometimes for years or even decades (two of the cases that Parabon helped crack were more than 30 years old), pending the discovery of new evidence.
The process is simple. The police takes the unknown killer’s DNA from a crime scene and scrolls through the huge, ever-expanding genealogy database of those direct to consumer DNA testing services. They are then (hopefully) able to match the killer’s DNA with some of its relatives and narrow their research. Some direct-to-consumer DNA companies, including AncestryDNA and 23AndMe, do not allow their DNA samples to be directly searched by authorities. However, they do allow users to download their raw data. The police takes this data, and then uploads it to a third-party genealogy database, like GEDmatch, which makes it possible to compare DNA results obtained from different commercial testing companies. They are then able to do their research. But there are also some companies, such as FamilyTreeDNA, that allow law-enforcement agencies to directly access their database.
And not everyone is happy about it. Especially as FamilyTreeDNA hasn’t been totally transparent regarding this process. Users who shared their DNA with the company had no idea that their information would be made accessible to the FBI and other law-enforcement agencies. When Buzzfeed News recently revealed that the company had chosen to do so without consulting customers, it, of course, generated a backlash. The company had to react and make a public statement in which they announced that customers would now have the ability to prevent the police from accessing their information. “Users now have the ability to opt out of matching with DNA relatives whose accounts are flagged as being created to identify the remains of a deceased individual or a perpetrator of a homicide or sexual assault, also referred to as Law Enforcement Matching (LEM),” the company said in an email outlining changes to its terms and conditions for users.
"Our DNA is essentially like a blueprint to ourselves"
But FamilyTreeDNA followed up with a really smart PR move. They released a TV spot where, in order to turn the table on critics, they urged consumers to help them catch criminals, by agreeing to make their DNA available to the police. This TV spot highlights the complexity of the debate. On the one hand, these new tools can prove incredibly useful to catch murderers and improve our safety. But they can also directly threaten our privacy, and civil liberties defenders are now expressing their concerns.
"Our DNA is essentially like a blueprint to ourselves," Vera Eidelman, a staff attorney with the American Civil Liberties Union (ACLU), told ABC News. "DNA can tell us about hereditary diseases potentially, our ancestry... there are already attempts to tie genetic information to personality traits, to mental health, to other predictors of life outcomes. So giving that deeply detailed information over to government investigators is troubling in that it just exposes so much information about ourselves." In the current situation, people may be sharing their genetic information for one specific purpose (finding their distant cousins or getting insights about their health), which information could end up being used for a totally different things (like, catching one of their relatives who broke the law). For now, law enforcement is only using DNA data to catch murderers and rapists, but what if the technology became much more prevalent and the police started using it for all kinds of infractions?
As the market of direct to consumer DNA testing has just recently become mainstream, it is still widely unregulated. But there is no doubt that privacy-related questions will be more and more debated over the last few months, and that regulations will end up being put into place to find a compromise between privacy and security.
our une raison ou une autre, les projets de fichage géant se multiplient à travers le monde. En Inde par exemple, le gouvernement a mis en place une gigantesque base de données biométriques et un système d'identification pour faciliter l'utilisation de ses services par les populations. Présenté à l'origine comme fonctionnant sur la base du volontariat et destiné à fournir à tout Indien une pièce d'identité, le programme baptisé Aadhaar est devenu obligatoire ces dernières années pour un nombre croissant de services comme des subventions publiques, le paiement d'impôts ou l'ouverture d'un compte en banque. Et le gouvernement aimerait l'étendre à bien d'autres opérations courantes.
En France, un système similaire est en train d'être mis en œuvre à travers le fichier des titres électroniques sécurisés (TES). Par un décret publié fin octobre 2016, le gouvernement français s'est vu accordé l'autorisation de créer une base de données regroupant les données biométriques (visage, empreintes digitales, noms, domicile, sexe, couleur des yeux, taille, etc.) de la quasi-totalité de la population, avec comme objectif affiché, la simplification des démarches administratives liées à la délivrance des cartes d'identité et des passeports ainsi que la lutte contre leur falsification et contrefaçon.
Au nom des libertés publiques, des organisations et des particuliers ont demandé à la plus haute juridiction administrative la suppression de ce « monstre », généralisé à l’ensemble du territoire en mars 2017 et qui vise à regrouper les informations personnelles des titulaires d’un passeport ou d’une carte d’identité, soit environ 60 millions de Français. Mais en octobre dernier, le Conseil d'État, qui a statué sur la question, a approuvé le fichier TES, estimant que sa création ne constituait pas une « atteinte disproportionnée » au droit des personnes au respect de leur vie privée.
On rencontre ce genre de systèmes en Chine, mais aussi États-Unis, où le Département des douanes et de la protection des frontières (CBP) et le FBI collectent des données biométriques dans le cadre de leurs activités. Au niveau européen, le Parlement vient à son tour de donner son feu vert à la création d'une gigantesque base de données biométriques.
Sur son site officiel, le Parlement européen a effet annoncé l'adoption « de nouvelles mesures visant à améliorer l'échange de données entre les systèmes d'information de l'UE pour gérer les frontières, la sécurité et les migrations ». Et d'ajouter que « les nouvelles règles rendront les systèmes d'information de l'UE utilisés dans la gestion de la sécurité, des frontières et des migrations interopérables, permettant ainsi l'échange de données entre les systèmes. Cela facilitera les tâches des gardes-frontières, des agents des migrations, des policiers et des autorités judiciaires en leur fournissant un accès plus systématique et plus rapide à divers systèmes d'information de l'UE sur la sécurité et le contrôle des frontières. »
Les principaux éléments de la nouvelle législation sont les suivants :
un portail de recherche européen permettant des recherches simultanées dans plusieurs systèmes, plutôt que d'interroger chaque système individuellement ;
un service de données biométriques partagé pour mettre en correspondance les empreintes digitales et les images faciales de plusieurs systèmes ;
un référentiel d’identité commun (en anglais Common identity repository ou CIR) fournissant des informations biographiques telles que les dates de naissance et les numéros de passeport pour une identification plus fiable ;
un détecteur d'identités multiples, détectant si une personne est enregistrée sous plusieurs identités dans différentes bases de données.
« Les systèmes couverts par les nouvelles règles comprendraient le système d'information Schengen, Eurodac, le système d'information sur les visas (VIS) et trois nouveaux systèmes : le système européen de casiers judiciaires des ressortissants de pays tiers (ECRIS-TCN), le système d'entrée/sortie (EES) et le système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages (ETIAS) », ont déclaré des responsables de l’UE.
Les nouvelles règles ont été adoptées par le Parlement européen le 16 avril dernier, lors de deux votes séparés. Les règles d'interopérabilité entre les systèmes d'information de l'UE axés sur le contrôle des frontières et les visas ont été adoptées par 511 voix contre 123, avec 9 abstentions. Et la législation sur l'interopérabilité entre les systèmes d'information de l'UE axés sur la coopération policière et judiciaire, l'asile et les migrations a été approuvée par 510 voix contre 130, avec 9 abstentions.
Les nouvelles règles avaient déjà été approuvées par les négociateurs du Parlement et du Conseil en février dernier. Et après l’approbation officielle du Conseil, les États membres disposeront de deux ans pour adopter les nouvelles règles.
Pour les législateurs de l'UE, il s'agit d'améliorer l'échange de données entre les systèmes d'information de l'Union. Ils assurent que ce projet ne cible que les citoyens non membres de l'UE et ont promis que des « garanties appropriées » seront mises en place pour protéger les droits fondamentaux et l'accès aux données. Mais pour les défenseurs de la vie privée, l'UE a atteint un point de non-retour dans la création d'une « base de données centralisée européenne Big Brother ».
Trois principales critiques ont été faites à l'égard de ce projet. D'abord, les législateurs parlent d'« interopérabilité » des systèmes d'information, alors que dans la pratique, il s'agit plutôt de la création d'une base de données européenne centralisée incorporant les bases de données nationales décentralisées existantes et futures.
Ensuite, l'une des utilisations les plus controversées de la base de données centralisée consistera pour la police et les gardes-frontières à utiliser le CIR pour vérifier les identités biométriques et donc les détails biographiques d'une personne faisant l'objet d'une vérification d'identité par des agents. Or, le contrôle d'identité peut et ne sera clairement pas limité aux citoyens de pays tiers. Mais on assistera plutôt à une utilisation généralisée et discriminatoire de ce nouveau pouvoir, d'après Statewatch, une organisation à but non lucratif qui surveille l'État, la justice et les affaires intérieures, la sécurité et les libertés civiles dans l'Union européenne.
En plus, en avril 2018, la Commission européenne a présenté une proposition pour la réglementation des cartes d'identité nationales afin d'inclure de manière obligatoire les données biométriques (empreintes digitales et images faciales) ; laquelle proposition couvrirait plus de 370 millions de citoyens européens. Statewach craint que ces données biométriques soient ajoutées à la base de données centralisée à l'avenir. En résumé, une fois opérationnelle, la base de données centralisée de l'UE pourrait devenir l'un des plus gros systèmes de suivi des citoyens au monde, juste derrière les systèmes utilisés par le gouvernement chinois et le système indien Aadhar.
e navigateur Brave propose désormais d'être rémunéré pour voir des pubs respectueuses de la confidentialité.
(CCM) — Lancé par le créateur de Javascript en 2016, Brave est un navigateur Internet centré sur la protection de la vie privée et son fonctionnement est un peu spécial puisque pour accélérer le chargement des pages, il filtre les publicités et le tracking... mais aussi vous offre des récompenses si vous visualiser des publicités plus respectueuses de votre vie privée. Aujourd'hui, Brave va plus loin en lançant sa propre régie publicitaire, Brave Ads.
"Encore de la pub, en quoi c'est intéressant ?" vous demandez-vous. Et bien la régie Brave Ads est dans la droite lignée du programme de récompense Brave Rewards. En l’occurrence, pour chaque publicité regardée vous gagnez quelques Basic Attention Tokens (BAT), une sorte de cryptomonnaie. Si vous acceptez de visualiser quelques publicités - uniquement affichées sporadiquement et de façon discrète - issues de la régie Brave Ads, vous pourrez alors récupérer 70% des revenus pour le premier affichage puis 15% pour les suivants.
Bien sûr, les revenus ne vous seront pas reversés en monnaie sonnante et trébuchante, mais dans ces fameux BAT. Ces tokens pourront alors être reversés à des créateurs de contenus que vous appréciez, comme des Youtubers ou des sites médias partenaires par exemple. Cependant, il se pourrait qu'à l'avenir les BAT puissent être convertis en d'autres cryptomonnaies ou en euros.
Enfin, les contenus publicitaires Brave Ads sont bien proposés suivant votre profil, mais celui-ci est généré anonymement et de façon confidentielle directement par le navigateur. Malheureusement, cette nouveauté ne concerne que la version PC pour le moment, et devrait arriver dans les mois qui viennent sur les version iOS et Android. Rendez-vous sur le site de Brave si vous voulez tenter l'expérience.
Avec des millions de téléchargements depuis un an, Brave est le petit navigateur qui monte. Sa spécificité ? Il reverse aux internautes 70 % de ses revenus lorsqu'une publicité s'affiche. Une somme qui doit permettre aussi de financer les sites gratuits.
Déjà adopté par six millions d’internautes, Brave a pour ambition d’être le plus sûr et le plus sécurisé des navigateurs, mais aussi celui qui veut révolutionner le business model des sites gratuits. Comment ? En offrant la possibilité aux internautes de rémunérer les sites gratuits qu’ils visitent chaque jour.
Pour cela, Brave se comporte comme un ad-blocker, en bloquant la publicité et les outils de tracking des régies, et il n’affiche que des publicités à la demande. À chaque fois qu’un internaute visionne une publicité, Brave le rémunère. L'internaute a alors le choix de reverser une partie de la somme au site qu’il vient de visiter.
70 % des revenus pour le visiteur
C’est innovant, et l’éditeur du navigateur vient de dévoiler sa propre régie de publicité dont il détaille le fonctionnement. Du côté des annonceurs, il s’agit d’un système de jetons basé sur Ethereum, système d’applications décentralisé. L'achat et la vente des publicités se font via Basic Attention Token (BAT), une monnaie virtuelle. Brave reverse 70 % à l’internaute et conserve donc une marge de 30 %. Ensuite, l’internaute est libre de conserver l’intégralité de cette monnaie virtuelle ou d’en reverser une partie au site visité, qui lui-même s'est inscrit dans la régie Brave Ads.
Le site gratuit peut aussi décider d’afficher ses propres publicités. Auquel cas, il s’engage à verser 15 % aux visiteurs et 15 % à Brave. Pour l’instant, cette régie publicitaire est lancée aux États-Unis, au Canada, mais aussi en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Pour l’internaute, cette monnaie virtuelle récoltée peut ensuite être échangée et utilisée à d’autres fins. À terme, Brave proposera de la transformer en bons plans ou de la convertir en devises.