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 La revue de web de Kat

Alexa et Google Home : de nouvelles failles exploitées par des pirates pour vous écouter

Mon 21 Oct 2019 - 15:17

Des chercheurs en sécurité ont découvert qu'il était possible d'espionner des conversations en ajoutant du code dans les applications des enceintes connectées d'Amazon et de Google. Il s'agit d'une forme de phishing vocal pour obliger les utilisateurs à donner des infos confidentielles comme un mot de passe ou une adresse email, mais aussi pour les enregistrer à leur insu.

enceintes-connectées sécurité Vie-privée
https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/objets-connectes-alexa-google-home-nouvelles-failles-exploitees-pirates-vous-ecouter-68518/#xtor%3DRSS-8

Entre chien et loup : histoire du chien | Dossier

Fri 18 Oct 2019 - 08:38

Le regard que l'on peut porter sur l'animal doit être admiratif, dans le sens où le chien a, de tout temps, été un auxiliaire irremplaçable pour l'Homme. Son intelligence, son courage et son dévouement exemplaires n'ont pas d'équivalent dans le monde animal. Je vous invite à remonter le temps, et à partir à la découverte du compagnon fidèle de l'Homme.

chiens
https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-chien-loup-histoire-chien-863/

Maladies : le rôle de l'alimentation | Dossier

Fri 18 Oct 2019 - 08:01

L’augmentation de fréquence de beaucoup de maladies est provoquée par les variations néfastes des facteurs environnementaux. L’alimentation est la première variable environnementale. L’alimentation industrialisée, qui a permis de nourrir en quantité suffisante l’Occident, a poussé ses habitants à la « surconsommation » et à fermer les yeux sur la qualité de ce qu’ils ingurgitent.

alimentation nature
https://www.futura-sciences.com/sante/dossiers/medecine-maladies-role-alimentation-1017/

Surveillance : "L'État s'immisce un peu trop dans nos vies privées", selon Olivier Bost

Fri 18 Oct 2019 - 07:39

Est-on tous surveillés ? Le gouvernement veut mettre en place deux mesures qui vont dans ce sens. Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, aimerait bien que le fisc puisse surveiller les réseaux sociaux pour scruter votre train de vie. Quant au secrétaire d’État au numérique, Cédric O, il voudrait faciliter les expérimentations de reconnaissance faciale pour la vidéo-surveillance.

L’État s’immisce un peu trop dans nos vies privées. Quand on vous dit que Google lit vos mails, pour y détecter vos envies d’achats ou de voyages, que Facebook stocke tous vos échanges à jamais, est-ce plus choquant que lorsqu’on vous dit que l’État français veut aller espionner vos activités sur les réseaux sociaux et qu’il veut surveiller vos allers et venues partout ?

Dire les choses comme ça peut apparaître comme caricatural, totalement exagéré, mais rien de ce qui vient d'être décrit n’est aujourd’hui de la science-fiction. Que veut exactement autoriser le gouvernement ?
Industrialiser des contrôles fiscaux d'un nouveau genre
Concrètement, si vous postez des selfies au bord d’une piscine dans une grande villa alors que vous gagnez 1.000 euros par mois, c’est suspect. Avec des capacités de calculs toujours plus grandes et l’intelligence artificielle, on peut industrialiser ces contrôles fiscaux d’un nouveau genre. Ce n’est plus votre voisin qui vous dénonce, c’est vous-même, avec votre propre vie numérique.

Se dirige-t-on vers une surveillance généralisée ?

Le gouvernement voudrait aussi expérimenter une autre technologie en plein boom : la reconnaissance faciale. Pour s’identifier dans des démarches administratives, il suffit d’enregistrer votre visage. Comme toutes les innovations ça doit vous simplifier la vie sauf que derrière ça ouvre des questions vertigineuses notamment la possibilité d’une surveillance généralisée, à portée de technologie.

Le gouvernement voudrait aussi ouvrir un peu plus les expérimentations de reconnaissance faciale dans la vidéo surveillance. Si on possède votre profil, on peut vous identifier dans une foule ou dans les transports. Dans une ville comme Nice, qui détient le record de caméra au mètre carré, tous vos mouvements pourront être suivis en temps réel et enregistrés. Que vous soyez d’accord ou pas, honnête ou pas.

Quelles sont les raisons du gouvernement ?

La première raison est économique et stratégique. Nous avons des champions de la reconnaissance faciale comme Idemia, leader mondial de la biométrie inconnu du grand public, ou le groupe Thales. Leurs concurrents sont des entreprises chinoises. Cet argument de la compétitivité de nos entreprises est toujours un peu bizarre. Nos derniers champions de l’espionnage de masse ont vendu à des pays comme la Libye ou l’Égypte des moyens de surveillance pour traquer leurs opposants politiques. C’est une drôle de compétitivité.

La deuxième raison qui pousse le gouvernement à vouloir autoriser la reconnaissance faciale c’est la pression de la police et de la gendarmerie, qui rêvent à voix haute "d’un contrôle d’identité permanent et général." Circulez, on vous surveille sans rien vous demander.

Est-ce un progrès pour la sécurité ?

On ne passe pas d’une société de liberté à une société totalitaire forcément du jour au lendemain. Mais dans l’époque un peu agitée dans laquelle nous sommes, il faut faire attention et toujours penser à après-demain. Si on se rapproche d’un régime illibéral, comme on dit aujourd’hui, entre les mains de qui aurons-nous mis demain tous ces outils de fichage généralisé ultra puissants ? Le gouvernement a compris qu’il fallait en débattre. Est-ce pour limiter ces technologies ou les rendre acceptables ? C’est déjà un premier débat.

liberté reconnaissance-faciale surveillance
https://www.rtl.fr/actu/politique/surveillance-l-etat-s-immisce-un-peu-trop-dans-nos-vies-privees-selon-olivier-bost-7799245001

Martin Drago : « La reconnaissance faciale est l’outil final de surveillance de masse » - regards.fr

Wed 16 Oct 2019 - 06:25

En novembre, la France veut lancer son dispositif ALICEM de reconnaissance faciale pour accéder eux services publics en ligne. Pour la Quadrature du net, mais aussi la CNIL, ce dispositif n’est pas compatible avec le règlement général sur les données personnelles. Nos libertés sont-elles en danger ? Martin Drago, juriste et membre de la Quadrature du Net, est l’invité de #LaMidinale.

Sur l’usage des technologies à reconnaissance faciale

« Il y en a déjà dans les aéroports et l y a eu une expérience lors du carnaval de Nice pendant trois jours - première expérimentation de reconnaissance faciale sur la voie publique ! La police peut accéder et faire de la reconnaissance faciale avec un fichier… et il y a cette expérimentation dans les lycées qui arrive. »
« Ce qui a motivé notre recours, c’est qu’il faut commencer à réfléchir à l’interdiction, voire à un moratoire sur le développement de cette technologie. »

Sur les motivations liées au développement de cette technologie

« On entend beaucoup, de la part de la gendarmerie et de la police, qu’on serait en train de perdre la course à l’armement par rapport à la Chine ou aux Etats-Unis et qu’il nous faut un champion français. »
« [La gendarmerie et la police] nous expliquent qu’on a déjà des champions français mais qu’ils ne peuvent pas expérimenter leur technologie en France et qu’ils doivent aller l’expérimenter dans des pays étrangers ou le cadre des libertés va être un peu moins stricte. »
« Ce qui motive ces expérimentations, c’est de faire de la France l’une des pionnières de ces technologies. »

Sur la fiabilité de ces technologies

« Un des premiers problèmes des dispositifs de reconnaissance faciale, c’est que ça ne marche pas très bien. Comme tous les dispositifs d’intelligence artificielle, il y a des biais. »
« Il faut aller au-delà de la critique de ces biais et s’interroger intrinsèquement sur la technologie elle-même : est-ce qu’elle n’est pas trop dangereuse pour exister ? »
« Que cette technologie marche ou pas ? On s’en fout, on n’en veut pas. »

Sur le projet ALICEM qui pourrait se déployer dès novembre en France

« ALICEM n’est pas une expérimentation, c’est un dispositif finalisé. »
« ALICEM sert à créer une identité numérique sur Internet pour accéder à certains services publics (…) et quand vous voulez créer cette identité numérique, vous êtes obligé de passer par un dispositif de reconnaissance faciale. »
« Pour l’instant, ça n’est que pour les gens qui disposent d’un téléphone Androïd et un passeport biométrique : il faut scanner avec le téléphone la puce du passeport biométrique et ensuite il faut prendre une vidéo de soi. »
« Le problème, c’est que le gouvernement nous explique que pour le faire, on a le consentement des gens (…), ce qui n’est pas le cas parce que vous êtes obligé de passer par un dispositif de reconnaissance faciale. »

Sur les dérives possibles du dispositif

« Le problème, c’est ce que veut faire le gouvernement des données liées à la reconnaissance faciale : le gouvernement ne respecte pas le RGPD [règlement général sur les données personnelles] sur cette notion de “consentement libre” car on ne peut pas contraindre les gens à utiliser leurs données personnelles. »
« Il y a le discours du gouvernement, notamment celui de Christophe Castaner qui fait le lien entre la haine, l’anonymat en ligne et le dispositif ALICEM. »
« Aujourd’hui, ALICEM n’est pas encore obligatoire pour tout le monde mais le risque c’est : que se passe-t-il demain ? »
« Avec ALICEM, la CNIL dit que le gouvernement ne respecter par le RGPD. Le gouvernement n’en a pas tenu compte et a publié le décret d’application ce qui nous a motivés à l’attaquer. »

Sur les libertés individuelles

« La reconnaissance faciale, telle qu’elle est voulue, c’est l’outil final de reconnaissance et de surveillance de masse dans la rue. »
« Contrairement l’ADN ou les empreintes, on sait quand on vous les prend. S’agissant du visage, on ne sait pas quand une caméra va vous repérer ou vous identifier. »
« C’est un dispositif qui peut être partout dans la rue et c’est une possibilité notamment dans le cadre des Jeux Olympiques de 2024 que le gouvernement voudrait mettre en place. »
« Ce dispositif a un effet énorme sur les libertés d’aller et venir, sur notre vie privée et aussi sur notre liberté d’expression et de manifester : si vous savez qu’en allant manifester, vous aller être identifié, vous n’allez peut-être pas manifester de la même façon. »
« Cette technologie est un normalisme : elle existe déjà sur certains téléphone portable et si vous l’utilisez pour accéder aux services publics ou pour entrer dans votre établissement scolaire, ça normalise la technologie et quand ça va arriver dans l’espace public, vous n’allez plus tellement réfléchir aux dangers pour les libertés. »

Sur l’acceptation sociale de cette technologie face à l’insécurité

« Le gouvernement va utiliser l’argument de la peur et du terrorisme pour pousser ces technologies. »
« On parle de reconnaissance faciale mais il y existe aussi une assemblée de nouveaux outils, de nouvelles technologies de surveillance qui se développent, comme la vidéo de surveillance intelligente - qui va repérer certains comportements dans la foule - ou des micros - comme à Saint-Etienne qui vont repérer certains bruits. »
« On a lancé le mouvement Technopolis qui permet de se renseigner, de bien comprendre ces technologies, de les analyser, de voir les dangers sur les libertés. »
« C’est pas parce qu’on est frappé par un attentat qu’on a envie d’avoir ces technologies. »

Sur le modèle chinois

« Il ne faut pas faire la comparaison avec le modèle chinois parce qu’en France, il se passe déjà des choses assez graves : la vidéo surveillance intelligente a déjà lieu à Valenciennes et à Toulouse. La reconnaissance faciale ainsi que des micros sont déjà en place dans certaines rues. »
« On a tendance à dire qu’en France, on n’en est pas encore comme en Chine. Alors que si, en France, il se passe des choses très graves. »

liberté reconnaissance-faciale Vie-privée
http://www.regards.fr/la-midinale/article/martin-drago-la-reconnaissance-faciale-est-l-outil-final-de-surveillance-de

La France : premier pays d'Europe à généraliser la reconnaissance faciale

Sun 13 Oct 2019 - 15:37

La nouvelle application d’identité numérique lancée par le gouvernement

On assiste en France à de plus en plus d’expérimentations sur la reconnaissance faciale, les portiques biométriques dans les lycées, au carnaval de Nice, ou encore dans les aéroports… Le Ministère de l’Intérieur et l’Agence Nationale des Titres Sécurisés lance une nouvelle application sur Android : Alicem. Elle propose aux citoyens de se créer une identité numérique pour tout ce qui est procédure administrative en ligne et ce, à partir de la reconnaissance faciale. Selon les révélations de Bloomberg hier, elle sera lancée dès novembre.

La France sera donc le premier pays de l’Union Européenne à utiliser la reconnaissance faciale pour donner aux citoyens une identité numérique. Mais cela pose de nombreuses questions, notamment sur la protection des données personnelles. Nous avons tenté de joindre le Ministère de l’intérieur qui n’a pas pu répondre à nos questions. Interview avec Martin Drago, juriste à la Quadrature du net, l’association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Il engage une action en justice contre l’État

Écouter sur le site l'interview de Martin Drago.

reconnaissance-faciale RGPD Vie-privée
https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-sciences/le-journal-des-sciences-du-vendredi-04-octobre-2019

Reconnaissance faciale : le grand malaise - Science & Vie

Sun 13 Oct 2019 - 11:32

Que ce soit pour circuler, consommer ou accéder à des données, le visage sert de plus en plus de passeport. Or, la reconnaissance faciale ne s'arrête pas à l'authentification : elle peut aussi servir à contrôler les gens à distance et même à décrypter leur caractère ou leur orientation sexuelle. Une "inquisition" qui inquiète jusqu'aux chercheurs en I.A.

TROIS DATES CLÉS

3 nov. 2017
Apple sort un iPhone doté d'un système de reconnaissance faciale (Face ID) permettant de le déverrouiller, d'authentifier des achats, d'accéder à des applis… Cette fonction pose des questions de sécurité et de respect de la vie privée - notamment sur le lieu de stockage des visages numérisés…
14 mai 2019
Le conseil municipal de San Francisco vote l'interdiction de l'utilisation de la reconnaissance faciale dans ses rues par les forces de police. Motif : "La propension de cette technologie à mettre en danger les libertés civiles surpasse substantiellement ses bénéfices supposés. "
Sept. 2019
Deux lycées de la région Paca, Ampère à Marseille et Les Eucalyptus à Nice, filtrent désormais l'entrée des élèves avec un système d'authentification faciale - le consentement des parents étant nécessaire pour chaque élève. Une initiative très critiquée, qui fait l'objet de recours en justice.
626 millions
Le nombre de caméras de vidéosurveillance que devrait compter la Chine en 2020 - contre moins de 2 millions en France. Le marché chinois de la reconnaissance faciale croît de 20 % par an.

Lire la suite sur Science et vie

De l'authentification…
DANS LES SMARTPHONES, À LA DOUANE, À LA CAISSE…
Partout, la reconnaissance faciale est en train de remplacer - ou de compléter - nos codes secrets et nos empreintes digitales. Cette technique désormais très fiable nécessite le consentement de la personne… Mais il arrive parfois qu'aucune alternative ne soit proposée.

liberté reconnaissance-faciale Vie-privée
https://www.science-et-vie.com/technos-et-futur/reconnaissance-faciale-le-grand-malaise-51397

2020 : « 1984 » de George Orwell est-il encore une dystopie ? (Réflexions secondes !)

Sat 12 Oct 2019 - 00:25

1984 Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et sur le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu .

2020 - Le dernier comptage effectué en 2012 par la CNIL (Commission nationale informatique et libertés) faisait état de 935 000 caméras de surveillance installées sur notre territoire. Le nombre doit maintenant dépasser allègrement le million. Où sont-elles ? Partout ! Aux guichets de banque, dans les bureaux de tabac, les parkings, les couloirs de métro et même sur les lieux de travail. Avant un nouveau comptage, la dynamique ne n’infléchit pas sur le territoire : En 2018, 23 nouvelles caméras de vidéosurveillance ont été installées à Tours, le nombre de caméras dans cette ville ayant quadruplé en quatre ans. À Béziers, la mairie à fait savoir, dans un communiqué en janvier 2019, que la ville allait doubler le nombre de caméras de vidéosurveillance d’ici deux ans, passant de 90 début 2019, à 200 fin 2020, appuyant cette volonté d’un tweet et de mots dont je vous laisse juge.

L’efficacité réelle ? le grand mystère !

Dès 2011, la Cour des comptes s’agaçait de l’absence d’évaluation de l’efficacité de cette approche sur la voie publique : « Les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie ne démontrent pas globalement l’efficacité de la vidéosurveillance de la voie publique », s’inquiétait-elle même dans son rapport. Le flot d’images qu’elles diffusent est humainement impossible à regarder ! Et l’analyse automatique reste expérimentale.

En 2010, Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, répondait lors d’une audition publique à un questionnement de la mairie de Toulouse qui souhaitait savoir si la vidéosurveillance était un bon moyen pour lutter contre les problèmes de délinquance et d’incivilités. En s’appuyant sur les recherches internationales et sur des évaluations locales réalisées en France des rapports publics, six constats ont été formulés :

1 - La vidéosurveillance de voie publique est une technologie qui présente à l’heure actuelle un faible intérêt comme outil de lutte contre la délinquance, tant en termes préventifs que répressifs.

2 - Elle se heurte à des limites inhérentes à la réalité délinquante, ainsi qu’à des limites en termes de coût financier, de carence doctrinale et de déficit chronique de coordination des différentes catégories d’agents publics (voire privés) concernés.

3 - Son principal impact est sans doute symbolique : la vidéosurveillance peut rassurer certaines personnes plus sujettes que d’autres au sentiment d’insécurité (commerçants du centre-ville, personnes âgées, etc.), elle peut aussi servir à des élus à afficher une politique de sécurité.

4 - Son coût est tel qu’il oblige fatalement à abandonner d’autres dépenses et à renoncer à d’autres types d’embauche d’agents contribuant à la tranquillité publique.

5 - La pression que l’État exerce actuellement sur les collectivités territoriales par le biais de l’incitation financière ainsi que par la mobilisation des préfets et des fonctionnaires de police et de gendarmerie a nécessairement d’autres raisons que la recherche d’une meilleure efficacité de la politique de sécurité. Le contexte de désengagement de l’État et de réduction des fonctionnaires en fait partie. La volonté d’affichage d’une politique permettant de masquer la persistance du haut niveau des problèmes de délinquance me semble également une hypothèse légitime. Les liens avec le monde de la sécurité privée seraient à explorer.

6 - Le pays européen le plus vidéosurveillé – le Royaume-Uni – est en train de faire machine arrière en parvenant à peu près aux mêmes constats. C’est ce qu’ont déclaré à plusieurs reprises ces dernières années les policiers londoniens et c’est ce qu’a entériné récemment le nouveau premier ministre Boris Johnson. En conclusion, un chercheur indépendant ne peut que mettre en garde les élus contre ce « mirage technologique » et rappeler qu’il existe bien d’autres façons d’essayer de réduire le niveau de délinquance dont souffrent l’ensemble de nos concitoyens.

Et Laurent Mucchielli de conclure :

« Un chercheur indépendant ne peut que mettre en garde les élus contre ce « mirage technologique » et rappeler qu’il existe bien d’autres façons d’essayer de réduire le niveau de délinquance dont souffrent l’ensemble de nos concitoyens. »

En 2018, le sociologue évoquait à nouveau dans son ouvrage, Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de… la vidéosurveillance un gaspillage de l’argent public déniant toutes les recherches et études sérieuses. « Depuis plus de vingt ans, le monde scientifique, par la voix de chercheurs français et étrangers, ne cesse de juger, chiffres à l’appui, l’impact très limité de la vidéosurveillance sur l’insécurité ! »

À l’approche de 2020 la poursuite de la fuite en avant de certaines municipalités, démontre que la science à peu d’effet, sur des postures électoralistes.

Pour contre-argumenter, les fervents adeptes de l’utilisation de caméras évoquent le fait que le manque d’efficience régulièrement pointée – hier comme aujourd’hui – est, entre autres, lié au fait que cette dernière gagnerait en efficacité si elle était couplée à de la reconnaissance faciale. C’est désormais chose faite en France, mais pour l’instant de façon parcimonieuse. Pour rappel, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a autorisé la reconnaissance faciale avant d’embarquer dans l’Eurostar à la gare du Nord. Dans la même dynamique « pour fluidifier (Ndla : argument mis en avant) les contrôles aux frontières », des sas à reconnaissance faciale sont opérationnels depuis juillet 2018 dans les aéroports parisiens.

Pour autant, la CNIL n’est pas favorable à la généralisation de la reconnaissance faciale dans tous les lieux publics :

« Si cette technologie n’en est qu’à ses balbutiements, il importe de comprendre que son caractère intrusif est croissant puisque la liberté d’aller et venir anonymement pourrait être remise en cause. »

Les similitudes et analogies entre l’ouvrage « 1984 » et notre société contemporaine pourraient se multiplier. Mais je doute que le lecteur lise une chronique de 300 pages.

La vidéosurveillance ne connaît pas la crise

L’entretien de la peur fait recette pour la surveillance dans une époque où, tant pour le politique que pour certains secteurs d’activités liés à la protection des personnes : ici pour légitimer des lois controversées, là pour multiplier les offres de produits sécurisants le citoyen chez lui. Si nous pouvons pointer des arguments fallacieux niant les conclusions d’experts sur des dérives d’usages à fin électoraliste, nous ne pouvons pourtant pas nier la recrudescence des cambriolages. Depuis le 1er janvier dernier (Ndla 2019), les cambriolages en France ont augmenté de 1,15 %, passant ainsi de 114 917 à 116 237 faits qui ont été dénoncés auprès des autorités.

Dans ce contexte, le marché de la vidéosurveillance (partie intégrante du domaine de la sécurité) se porte bien. Comme le souligne une étude de MSI publiée en mai 2019, cette croissance – même si elle se ralentie du fait du non renouvellement d’usagers déjà équipés – est « favorisée par le maintien d’un sentiment d’insécurité important, mais également par la diminution de la réticence à l’installation de caméras tant dans l’espace public que privé ».

En 2020, « 1984 » n’a pas perdu son statut de chef d’œuvre. Celui de dystopie est devenu plus discutable. La dystopie est presque devenue réalité, mais une dystopie… dysfonctionnelle : problématique de tri des données récoltées, de l’efficacité des outils de surveillance… avec la complicité des citoyens (par exemple, le développement de la possibilité de vendre ses données personnelles). Pour combien de temps le sera-t-elle encore (dysfonctionnelle) ? Je l’ignore. De là ou George Orwell observe Londres, la ville où il est décédé le 21 janvier 1950 et qui compte aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de caméras, ce dernier doit songer aux vers d’Alfred de Musset (La Coupe et les lèvres, 1831) :

Je hais comme la mort l’état de plagiaire ;
Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre
C’est bien peu, je le sais, que d’être homme de bien,
Mais toujours est-il vrai que je n’exhume rien. »

caméras surveillance Vie-privée
https://theconversation.com/2020-1984-de-george-orwell-est-il-encore-une-dystopie-reflexions-secondes-124019

Nice : Caméra, reconnaissance faciale, détecteur de bruits… Un collectif lancé pour « résister à la surveillance »

Sat 12 Oct 2019 - 00:06

SECURITE La Quadrature du Net, la Ligue des droits de l’Homme, CGT Educ’Action des Alpes-Maritimes et la Fédération des conseils de parents d’élèves s’associent. Le mouvement entend « résister à la surveillance totale de nos villes et de nos vies ».

Dans une petite salle sans fenêtre du centre-ville de Nice, ça cause « big data », « smart-city » et « intelligence artificielle ». Des mots qui, accolés aux questions de sécurité, inquiètent les responsables de la Quadrature du Net, de la Ligue des droits de l'Homme, de la FCPE 06 et de la CGT 06. Ces quatre organisations lancent « Technopolice », une campagne « contre la surveillance technologique de l’espace urbain à des fins policières ». Le mouvement entend « résister à la surveillance totale de nos villes et de nos vies ».

Si le collectif Technopolice a choisi Nice pour lancer sa campagne, ce n’est pas vraiment un hasard. C’est ici que la reconnaissance faciale a été expérimentée lors du carnaval et qu’un lycée va tester les portiques intelligents. C’est aussi dans la capitale azuréenne que la détection des émotions dans le tram est en projet et que le programme Safe-city met en relation toutes ces données.

« On a constaté un développement de ces dispositifs de surveillance sans vraiment de contrôle, sans aucun débat public, sans réflexion sur les droits fondamentaux, explique Martin Drago de la Quadrature du Net. Les questions de libertés ne sont pas assez abordées. Or, on ne va pas sortir manifester dans la rue de la même façon si on sait qu’on va être identifié. La notion de consentement, la finalité du traitement de nos données, l’anonymisation des données personnelles sont des questions importantes. »

Contactée, la ville de Nice n’a pas souhaité réagir.

« Il y a toujours ce flou »

Ces quatre associations s’étaient déjà réunies. C’était en février pour une procédure commune. Ensemble, ils ont saisi le tribunal administratif pour s'opposer à l’expérimentation de la reconnaissance faciale dans les lycées de la région Sud.

Désormais rassemblées en collectif, elles ont créé un site web avec un forum, une base de données documentaires et une plateforme afin de coordonner les recherches et les actions autour de la « surveillance technologique ». « On dénonce l’opacité de ces projets. Qu’est-ce que ça va donner ? Quand ça va commencer ? On ne comprend pas, affirme Martin Drago. Il y a toujours ce flou où c’est à nous d’aller creuser pour savoir ce qui va se passer. » Technopolice a déjà tracté devant le lycée Ampère de Marseille, toujours au sujet des portiques de sécurité.

Le collectif s’inquiète de la confidentialité et de la marchandisation des données. « On est convaincus que les enfants sont de futurs citoyens, pointe Laetitia Siccardi de la FCPE 06. La question des libertés fondamentales n’est pas à mettre de côté. Il faut que nos enfants soient conscients qu’ils ont des libertés et que c’est précieux. »

surveillance Vie-privée
https://www.20minutes.fr/nice/2605395-20190917-nice-camera-reconnaissance-faciale-detecteur-bruits-collectif-lance-resister-surveillance

À l'ère de la reconnaissance faciale, faut-il aussi protéger nos visages ? - CNET France

Sat 12 Oct 2019 - 00:04

Nos visages méritent-ils d'être autant protégés que nos informations personnelles ? La reconnaissance faciale débarque, sans réel encadrement, et la protection des données biométriques reste plus que jamais essentielle...

caméras reconnaissance-faciale Vie-privée
https://www.cnetfrance.fr/news/l-ere-de-la-reconnaissance-faciale-faut-il-aussi-proteger-nos-visages-39890833.htm

Les Américains accidentels attaquent la France à Bruxelles - Capital.fr

Thu 3 Oct 2019 - 18:58

L'association des américains accidentels a porté plainte contre la France auprès de la Commission européenne pour violation du droit de l'Union européenne. Elle accuse la législation américaine Fatca, qui oblige les banques européennes à transmettre au fisc américain les données bancaires de leurs clients nés aux États-Unis, de ne pas respecter le droit communautaire en matière de protection des données.

C'est une nouvelle étape dans le combat mené par les américains accidentels. L'Association des américains accidentels a annoncé avoir déposé, ce jeudi 3 octobre, une plainte contre la France auprès de la Commission européenne, après avoir été déboutée en juillet par le Conseil d'Etat du refus de ses membres d'être assujettis à une réglementation fiscale. Cette réglementation, le Foreign account tax compliance act (Fatca), adopté par Washington en 2010 et appliqué en France depuis 2014, permet à l'administration fiscale américaine de demander aux banques étrangères des informations sur leurs clients considérés comme des "personnes américaines".

L'association considère que l'accord intergouvernemental franco-américain du 14 novembre 2013, qui permet l'application du Fatca en France, "viole le règlement général de l'UE sur la protection des données" en autorisant le stockage et la transmission massifs aux Etats-Unis des données personnelles", selon un communiqué. Selon les "Américains accidentels", le mécanisme de transmission de données "ne tient pas compte du fait que la plupart de ces personnes n'ont aucun lien avec les États-Unis" et "ne permet pas aux personnes concernées d'accéder aux données qu'elles ont transmises ni de corriger les erreurs qui pourraient s'y glisser".

Le Conseil d'Etat avait pour sa part estimé lors d'une audience début juillet que le Fatca ne présentait pas de défaut d'exécution "avéré" mais tout au plus "des difficultés techniques de mise en oeuvre". Selon le communiqué de l'association, "la Commission européenne dispose d'un délai de 12 mois à compter du 3 octobre pour examiner l'affaire et décider s'il y a lieu d'engager une procédure formelle d'infraction contre la France." La Fédération bancaire française (FBF) avait pour sa part prévenu fin juillet que les banques françaises "pourraient être contraintes de fermer 40.000 comptes d'ici à la fin 2019 faute d'accord sur l'application d'une règlementation fiscale américaine". En refusant de transmettre les informations demandées par les autorités américaines, les banques s'exposeraient à des sanctions à hauteur de 30% de leurs flux financiers avec les Etats-Unis, avait expliqué le patron de la FBF, Laurent Mignon.

En 2017, les Etats-Unis avaient accepté un moratoire valide jusqu'à la fin décembre 2019, stipulant qu'il n'y aurait pas infraction si, faute d'un identifiant fiscal, les banques fournissaient la date de naissance des clients concernés et leur demandaient chaque année des identifiants fiscaux. Mais cette dérogation prendra fin au 1er janvier 2020, "y compris pour les comptes ouverts avant cette date", selon la FBF. Il y a donc urgence à trouver une solution.

banque Europe RGPD USA
https://www.capital.fr/votre-argent/les-americains-accidentels-attaquent-la-france-a-bruxelles-1351945

Omerta sur une catastrophe industrielle majeure aux portes de Paris, par Marc Laimé (Les blogs du Diplo, 27 septembre 2019)

Tue 1 Oct 2019 - 08:53

En plein été, une installation stratégique de la plus grande station d’épuration des eaux usées d’Europe est totalement détruite par le feu à trente kilomètres de la capitale. Il faudra entre trois et cinq ans pour la reconstruire, au prix, dans l’intervalle, d’une pollution gravissime de la Seine. Ce site n’a cessé d’enregistrer des sinistres de plus en plus graves depuis plusieurs années. Sa gestion est entachée par des dévoiements sans précédent en matière de marchés publics. Un désastre absolu, qui ne suscite qu’une inquiétante indifférence.

pollution écologie
https://blog.mondediplo.net/omerta-sur-une-catastrophe-industrielle-majeure

Rentrée littéraire : malaise dans les "Civilizations", de Laurent Binet

Sat 28 Sep 2019 - 21:53

Civilizations de Laurent Binet imagine l’échec de l’expédition de Christophe Colomb et la conquête de l’Europe par les Incas. En attendant Nadeau a demandé à l’écrivain Frédéric Werst, qui dans la série des Ward (Seuil, 2011 et 2014) a inventé une civilisation et a traduit sa langue, de lire ce roman, qui pose question. L’inversion de l’histoire par la fiction est-elle réussie d’un point de vue littéraire ? À quel discours cette uchronie peut-elle mener si elle est uniquement centrée sur l’Europe ?

Laurent Binet, Civilizations. Grasset, 384 p., 22 €

Civilization est le nom d’un célèbre jeu vidéo de Sid Meier. Les amateurs auront fait le rapprochement. Pour les autres, disons que ce jeu de stratégie consiste à incarner et à développer une « civilisation » historique, le but étant de surpasser les civilisations concurrentes. Le roman de Laurent Binet pourrait raconter une partie de Civilization : dans ce jeu, rien n’empêche les Incas de vaincre les pays européens, ce qui est, en gros, le scénario choisi par l’auteur.

En plaçant son livre sous le patronage de ce jeu vidéo, Binet semble en indiquer l’intention ludique. De fait, il s’agit de jouer avec l’histoire et de rejouer l’histoire : autrement dit, le projet est « uchronique ». Le genre a lui-même une longue histoire et la question de l’Amérique en a tenté plus d’un : dans Civilizations, Christophe Colomb ne découvre pas le Nouveau Monde ; l’excellente Réfutation majeure de Pierre Senges (2004) visait à démontrer l’inexistence de ce continent.

Le roman de Binet se révèle en effet ludique, divertissant, romanesque, souvent épique. Pour peu que le lecteur ait une honnête connaissance du XVIe siècle, il pourra s’amuser de retrouver les figures historiques de l’époque, mais jetées dans une intrigue entièrement inédite. Car c’est ici l’Inca Atahualpa qui mène le jeu, secondé de ses généraux et de son alliée, la princesse taïno Higuénamota.*

Le talent narratif de l’auteur est évident. L’organisation du texte en chapitres assez brefs lui confère une grande vivacité. Les titres des chapitres sont souvent fonction des lieux traversés. On voyage donc de Chichen Itza (sic) à Cuba, de Lisbonne à Tolède, d’Alger à Wittenberg, etc. C’est plaisant.

Sa nature uchronique impliquait que Civilizations soit le récit d’un perpétuel déplacement. Non seulement entre les pays, mais encore entre les mots qui nommeront les choses. Dans la troisième partie du roman (de loin la plus étendue), le regard inca nous donne à voir un monde renversé. Tout y est déplacement : l’Europe est « le Nouveau Monde », ses habitants sont des « Levantins », les moutons deviennent de « petits lamas blancs », le vin s’appelle le « breuvage noir », les moines catholiques sont des « tondus », et ainsi de suite. Ce jeu de décentrement, qui n’est au fond que le vieux procédé des Persans de Montesquieu, est amusant. Binet le renouvelle en usant d’un lexique quechua, moins familier aux lecteurs que la terminologie orientaliste : partout, il est question d’ayllus (lignages), d’amautas (poètes-philosophes), de curacas (seigneurs), de huacas (fétiches, lieux sacrés), etc. Ce dépaysement linguistique contribue à la dimension aventureuse du roman.

Le texte se recommande aussi par sa polygraphie. Divers régimes d’écriture s’y succèdent : pastiche de saga islandaise ; journal de Christophe Colomb ; Chroniques d’Atahualpa, évidemment fictives ; poèmes ; correspondances (entre Érasme et Thomas More, notamment) ; histoire de Cervantès et du Greco ; et même une parodie des « 95 thèses » de Luther. C’est aussi un voyage entre les genres littéraires qui nous est proposé.

Disons-le : la parodie, les réécritures et les allusions littéraires sont omniprésentes. Selon les lecteurs, c’est un parti pris qui suscitera jubilation ou saturation. Les Incas débarquent-ils au Portugal, aussitôt nous voici dans Candide : un tremblement de terre a ravagé tout Lisbonne. S’ensuit, sans surprise, le récit d’un autodafé. C’est toute la Renaissance qui défile sous nos yeux, mais en quelque sorte à l’envers et de travers. Veut-on une Saint-Barthélemy ? Binet fait massacrer les catholiques de Tolède par Atahualpa et ses amis. Est-il question du Louvre ? On apprend que les Aztèques ont érigé une pyramide dans la cour du palais… Le jeu de l’uchronie est infini, et l’inventivité de Binet presque inépuisable, dans ses rapprochements cocasses, ses renversements ironiques, ses contrepieds anachroniques. Parfois, la littérature et l’histoire s’entrechoquent de façon plus saugrenue : l’Inca sera finalement assassiné par un certain Lorenzo de Médicis… qui n’oubliera pas, bien sûr, de citer le Lorenzaccio de Musset. Les dernières paroles d’Atahualpa seront la parodie de celles du duc, même si le fameux « C’est toi, Renzo ? » devient « C’est toi, Laurent ? » – peut-être un hommage de l’auteur à… lui-même ?

Certes, le souffle parodique qui inspire ce roman s’avère parfois un peu court. Binet réécrit ainsi quelques strophes des Lusiades de Camoens, afin de célébrer en vers classiques le périple glorieux des Incas. Cependant, certains de ses alexandrins sont faux : « Et moi, fils d’un père, entre les dieux Auguste » (p. 178 [1]). De même, son Atahualpa paraphrase Montaigne : « il y avait parmi les habitants des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, et leurs semblables étaient mendiants à leur porte » (p. 134), sauf que les « cannibales » qui parlent ainsi dans les Essais sont des Tupinambas dont la société est égalitaire et non étatique. Prêter ces mêmes réflexions à l’Inca, qui règne sur un Empire très hiérarchisé, paraît douteux, sauf à considérer qu’un Indien sud-américain en vaut bien un autre.

Au point de vue historiographique, le goût de Binet pour la réécriture et la citation masquée participe à la crédibilité de son récit. Le « Journal de Christophe Colomb » est ainsi, pour son premier tiers, composé entièrement de phrases que l’auteur a extraites mot pour mot du journal de bord du navigateur, d’ailleurs œuvre de Las Casas.

De même, on trouvera au sujet des Incas quantité de faits qui proviennent de sources écrites remontant à la conquête. Il n’est pas jusqu’au « manteau en duvet de chauve-souris » (p. 104) qui ne soit attesté, l’anecdote ayant été rapportée par Pedro Pizarro. Dans ce domaine, le roman est bien documenté.

Ailleurs, on a parfois des inadvertances. Ainsi, la devise de Charles Quint n’est pas du latin (« le langage savant des amautas », p. 152) mais du français, la langue natale de ce roi. D’autre part, le nom de l’Albaicín, quartier de Grenade, ne signifie pas « misérables » (p. 150) comme l’indique Binet, qui recopie l’erreur du Wikipédia français : aucun site espagnol n’évoque cette hypothèse.

Ces peccadilles peuvent conduire à de vraies méprises. Par exemple, page 158 : « Après tout, “Allah est le plus grand” ne veut pas dire que seul Allah est grand. Leur devise même permettrait peut-être la coexistence de leur dieu unique avec des divinités secondaires. » Seule la méconnaissance de l’islam peut inspirer cette réflexion. D’abord, Allah akbar n’est pas une « devise » ! Ensuite, il existe dans l’islam la shahâda, qui dit justement : « Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu »… Les morisques de Binet ne peuvent tout simplement pas penser ce qu’on leur fait penser.

Bizarrement, c’est quand il fait parler des humanistes européens que Binet sonne le plus faux. Par exemple, quand Érasme écrit à More que la venue d’Atahualpa est « une chance pour l’Europe » (p. 192)… On croirait une affiche électorale. Au demeurant, le mot « Europe » est anachronique : on ne l’emploie au XVIe siècle que dans un sens cosmographique, jamais culturel ni politique. Dans le Plaidoyer pour la paix, quand Érasme veut dire « Europe », au sens moderne de « civilisation européenne », il dit christiani. De même, se peut-il que More, dans une lettre de 1534, redoute de voir la chrétienté sombrer dans l’« athéisme » (p. 187), quand ce mot n’existe pas encore [2] ?

C’est qu’il ne suffit pas de semer quelques moult de-ci de-là pour se mettre à penser comme un homme de la Renaissance. Les humanistes de Binet pensent et parlent en gens du XXIe siècle. Tout comme ses Incas pensent en Européens. À peine arrivé au Portugal, Atahualpa envisage de « conquérir ce Nouveau Monde » (p. 110) : le renversement est peut-être ironique, mais qui nous assure que les Incas eussent été des conquistadors ? Les peindre à notre image, n’est-ce pas, une fois de plus, les nier ?

De même, n’est-il pas scabreux d’imaginer Atahualpa haranguant ses troupes indiennes en leur donnant pour modèles héroïques Roland, Léonidas ou Hannibal (p. 142-143), comme si la culture inca n’avait pas ses propres héros ? Ou de voir son frère Huascar réclamer des « peintures magiques qui donnent l’illusion de la profondeur » (p. 179), comme si la perspective inventée par les Européens était le nec plus ultra de l’art universel ?

On aurait donc tort de voir dans Civilizations une quelconque réflexion sur le colonialisme ou la mondialisation. Malgré ses atours « humanistes », ce roman est chargé d’ethnocentrisme. On nous raconte en effet que les Incas colonisent l’Europe, certes, mais que c’est grâce au fer et aux chevaux qui leur ont jadis été apportés par… des Vikings ! Et pourquoi pas des Africains ou des Asiatiques ? Voilà d’où part toute l’histoire. Et pour aboutir à quoi ? À ceci : Cervantès et le Greco sont finalement envoyés au Mexique dont les empereurs « recherchent peintres et gens de lettres, car peinture et écriture sont deux domaines où ces empires formidables, si puissants soient-ils, ne peuvent encore se prévaloir de leur supériorité sur nous autres du vieux monde » (p. 376). Qu’on se rassure : la « civilisation » européenne demeure l’alpha et l’oméga. On se demande au passage quel besoin les Aztèques peuvent bien avoir d’un Cervantès qui ne connaît même pas le nahuatl…

Mais bon, Laurent Binet ne met-il pas en scène des Incas sans savoir lui-même leur langue, sans connaître intimement leur culture ? En cela aussi, son roman s’inscrit dans la grande tradition ethnocentrique : celle qui consiste, pour l’Occident, à s’approprier les civilisations étrangères, à en annexer la pseudo-altérité, à en exploiter le « romanesque » – nonobstant les génocides bien réels que ces peuples ont subis. Mieux encore : en imaginant la conquête de l’Europe par des Incas, Binet part du postulat, historiquement discutable, que le colonialisme serait en quelque sorte un invariant de la « nature humaine », dont toute civilisation serait porteuse, et non un fait spécifiquement occidental.

S’aveugler sur son propre ethnocentrisme, prêter aux autres civilisations ses propres rêves coloniaux : on pourrait attendre autre chose d’un roman européen du XXIe siècle. Mais c’est uchronique ! C’est parodique ! C’est ludique ! C’est ironique !

La momie d’Atahualpa, si elle existe, doit être morte de rire.

j-ai-lu uchronie
https://www.en-attendant-nadeau.fr/2019/08/17/malaise-civilizations-binet/

Ce que nous avions à dire à ceux qui bâtissent la technopolice – La Quadrature du Net

Sat 28 Sep 2019 - 05:05

Rappel : La reconnaissance faciale s’apprête à déferler en France. Pour documenter et résister à ces déploiements, rendez-vous sur technopolice.fr et son forum !

Mardi 24 septembre, La Quadrature était conviée à la « vingt-quatrième journée technico-opérationnelle de la sécurité intérieure », qui se tenait dans un amphithéâtre bondé de la Direction générale de la gendarmerie nationale. Ces rencontres sont organisées tous les six mois par le ministère de l’intérieur, et celle-ci avait pour thème : « reconnaissance faciale : applications – acceptabilité – prospective ».

Les rencontres « technopolice » sont marquées par un fort entre-soi, mêlant fonctionnaires du ministère de l’intérieur, chercheurs et industriels de la sécurité (à l’exception de la Quadrature, un avocat critique était également invité, ainsi que deux personnes de la CNIL qui s’en sont tenu à un simple rappel du droit applicable). Et dans cette atmosphère feutrée, notre intervention semble avoir détonné, comme en témoigne le compte-rendu de cette journée publié par l’Essor, le journal des gendarmes.

Nous étions sincèrement reconnaissants de l’invitation, et contents d’assister à des présentations fournissant des informations de première main qui sont autrement très difficiles d’accès pour les militants ou chercheurs travaillant sur ces questions. Nous l’avons rappelé en introduction de notre propos. Mais pour nous, l’enjeu était aussi de faire valoir une parole dissonante et de rappeler que, au moment où la reconnaissance faciale s’apprête à déferler dans nos sociétés, ces échanges entre opérationnels et développeurs industriels devaient faire l’épreuve de la controverse.

Voici donc une sorte de verbatim plus ou moins fidèle de notre intervention…

—

« Merci de votre invitation. De tels échanges sont trop rares. Et en dépit des désaccords fondamentaux, ils ont le mérite de créer un peu de porosité entre nos mondes.

La Quadrature du Net est une association fondée en 2008 pour résister aux formes de contrôle d’Internet qui allaient à l’encontre des libertés publiques. Aujourd’hui, nous nous rendons pleinement compte de la justesse des combats des années 1960 et 1970, où des groupes militants associaient l’informatique à la domination bureaucratique. Ils l’associaient à un régime technocratique plutôt que démocratique, non pas fondé sur l’autonomie et la liberté mais sur l’expertise alléguée de quelques hauts pontes formés dans les écoles d’élite.

Ce régime technocratique est toujours le nôtre. L’insistance mise sur le critères d’efficacité lors de cette journée l’illustre de bien, de même que l’extrême faiblesse de la prise en compte des aspects non seulement juridiques et éthiques, mais aussi proprement politiques de technologies comme la reconnaissance faciale.

La domination technocratique évite la confrontation démocratique. Ces 24ème rencontres « Technopolice » en fournissent là encore un exemple : aucune information ne doit filtrer, les participants étant astreints à un « engagement de non-divulgation ». De même, la présence en ligne de ces rencontres qui existent depuis années est quasi nulle. De fait, aucune information ne filtre. Une confidentialité qui entache tout ce dont on discute ici d’un grave déficit de légitimité démocratique, alors même que tout cela est incontestablement d’intérêt public.

Indirectement, l’extrême discrétion qui entoure ces rencontres nous a été utile, nous permettant d’utiliser le mot « technopolice » pour lancer, avec d’autres acteurs associatifs, notre propre campagne le 16 septembre dernier. En inscrivant le terme dans un moteur de recherche pour voir si nous étions les premiers à vouloir l’utiliser, nous avions découvert des traces de ces rencontres, mais si peu nombreuses que nous avions alors pensé que ce n’était pas un problème que de reprendre ce terme à notre compte (et ce n’est que quelques mois plus tard que nous recevions votre invitation à venir ici aujourd’hui…).

En écoutant vos présentations, nous mesurons une nouvelle fois le fossé qui sépare la réalité des usages de l’informatique dans le cadre de la surveillance d’État, et les informations publiques qui filtrent à son sujet. C’est justement contre ce secret que notre campagne vise à documenter les projets technopoliciers, et à permettre à chacun de se mobiliser pour dire notre refus collectif de ces technologies de contrôle qui essaiment partout en France.

Ces technologies sont très largement développées dans le cadre de la recherche publique, parfois avec le contournement explicite du cadre juridique applicable en Europe. C’est par exemple le cas lorsque des chercheurs français travaillent avec des homologues chinois pour perfectionner leurs algorithmes de reconnaissance faciale grâce aux bases de données de visages de citoyens chinois. Ou, comme on l’a appris ce matin, quand le gouvernement français passe un accord de sécurité avec celui de Singapour afin qu’un industriel français puisse passer outre les réserves de la CNIL et expérimenter le scan en temps réel sur les visages d’une foule dans un hub de transport de la ville-État. On ne peut s’empêcher de voir dans ces manœuvres un écho pas si lointain des expérimentations et mesures d’exception pratiquées à l’époque coloniale sur les peuples colonisés, avant d’être réimportées en métropole.

Outre la recherche publique, ces développements technologiques sont pilotés par des personnes en situation relevant plus ou moins directement du conflit d’intérêt, avec de nombreux croisements et hybridations entre secteur public et privé. Ils aboutissent aujourd’hui à des expérimentations locales hautement subventionnées pour assurer la compétitivité des industriels français sur ce marché porteur. Le tout, là encore, sans information transparente ni vrai débat public. Rien ne doit entraver le progrès de la technopolice.

La question de la légalité de ces outils est aussi largement éludée. Et quand elle est abordée, c’est toujours pour évoquer les restrictions que le cadre juridique existant imposerait à leur développement, et non sur les atteintes graves et injustifiables que ces outils portent à nos libertés fondamentales. Nos libertés d’expression, de manifestation, d’aller et venir sont pourtant bien en jeu ici, tout comme notre droit à la vie privée. Il faut s’interroger sur l’atteinte intrinsèquement disproportionnée à nos libertés que représente un outil comme la reconnaissance faciale, disproportion que souligne d’ailleurs la ville de San Francisco dans son ordonnance qui en interdit l’usage à ses policiers : « La propension de la technologie de reconnaissance faciale à mettre en danger les droits civils et les libertés civiles l’emporte largement sur les avantages escomptés (…) ». Il faut aussi s’interroger sur la compatibilité des dispositifs fantasmés par la Préfecture de police de Paris et bien d’autres avec la jurisprudence du Conseil Constitutionnel qui soulignait, déjà en 1993, l’illégalité de « pratique de contrôles d’identité généralisés et discrétionnaires ».

C’est pour cette raison que nous avons déjà déposé deux recours, pour lutter contre la normalisation et la banalisation d’un tel outil : l’un contre la délibération de la Région Sud autorisant une expérimentation de portiques biométriques dans deux lycées, l’autre contre l’application AliceM, développée par le ministère de l’Intérieur, et qui veut faire de la reconnaissance faciale une la clé de voûte d’une future identité numérique.

Sans doute aimeriez-vous que, face à l’inéluctabilité de nouvelles lois destinées à encadrer les dispositifs présentés aujourd’hui, nous puissions offrir des conseils sur ce que seraient des lois « socialement acceptables » et « juridiquement soutenables » ? Le Forum Économique Mondial et le Conseil national du numérique nous ont eux aussi proposé de participer à une série de dialogues sur l’encadrement de la reconnaissance faciale.

Un peu plus de transparence, un semblant de contrôle par la CNIL, une réduction des biais racistes et autres obstacles apparemment « techniques » auxquels se heurtent ces technologies, et l’on croit possible d’assurer un compromis « éthique » entre la défense technologique de l’ordre public et l’État de droit. Ces projets de loi viendront. Le pouvoir politique y sera réticent car, sauf à instrumentaliser les enjeux de sécurité (ce dont il est certes désormais coutumier), il n’y a généralement pas grand-chose à gagner à faire passer des lois de surveillance.

Pour notre part, il est probable nous soyons une nouvelle fois contraints de travailler sur ces projets de loi sécuritaires, pour défendre les droits humains et limiter la casse. Pour utiliser le droit dans le but d’entraver au maximum l’usage de ces technologies.

Mais nous vous le disons tout net : après y avoir réfléchi, nous considérons que la reconnaissance faciale et autres technologies technopolicières doivent être proscrites. Elles mènent l’humanité vers une pente dangereuse : ces technologies permettent d’insidieuses formes de contrôle au bénéfice de quelques maîtres seul capable de « réviser les paramètres » des machines à son service.

Plutôt que de discuter des modalités d’un « encadrement approprié », nous exprimons donc notre refus vis-à-vis de de ces technologies policières. Nous pensons à nos grand-mères et à nos grand-pères qui, s’ils avaient du vivre au début des années 1940 dans un monde saturé des technologies que vous fabriquez, n’auraient pas survécu plus de trois semaines dans la clandestinité, et n’auraient donc pas pu organiser des réseaux de solidarité dissidents pour résister au régime nazi.

Nous disons notre refus car pour nous, la sécurité c’est d’abord des logements dignes, un air sain, la paix économique et sociale, l’accès à l’éducation, la participation politique, l’autonomie patiemment construite. Et que ces technologies n’apportent rien de tout cela. Elles semblent d’abord et avant tout conçues pour vider nos régimes politiques de tout essence démocratique en assurant un téléguidage de nos conduites. Sous prétexte d’efficacité, elles aboutissent à déshumaniser encore davantage les rapports qu’entretiennent les bureaucraties policières avec la population.

C’est peut être l’une des premières fois que, vous tous qui travaillez depuis longtemps sur ces déploiements technologiques, vous êtes confrontés a une opinion réellement dissonante. Peut être y verrez-vous le signe de l’inutilité de ce type d’échanges. Nous espérons qu’au contraire, vous comprendrez qu’il s’agit d’une confrontation nécessaire trop longtemps retardée – retardée jusqu’à nous mettre pratiquement dans la situation du fait accompli. Et nous espérons que vous comprendrez que ce débat, vous ne pourrez plus y échapper. Vous devez entendre notre refus ».

reconnaissance-faciale technopolice Vie-privée
https://www.laquadrature.net/2019/09/27/ce-que-nous-avions-a-dire-a-ceux-qui-batissent-la-technopolice/

Si Greta Thunberg concentre tant de haine, c'est parce qu'elle déroge à ce qu'elle devrait être | Slate.fr

Sat 28 Sep 2019 - 04:30

Au fond, les gens qui vomissent sur la jeune activiste n'ont pas un problème avec ce qu'elle dit, mais avec qui elle est.
Le rapport du GIEC rendu public mercredi 25 septembre, qui se concentre sur les océans et la cryosphère, rappelle que même si on arrêtait tout de suite les émissions de CO2, le monde ne redeviendrait pas comme avant. Les premiers changements sont déjà constatés par les scientifiques et l'effort doit maintenant se concentrer pour en limiter les effets. Ce n'est pas de la science-fiction ou un scénario plus ou moins probable, ça a déjà commencé. C'est en cours.

Mais au lieu de discuter des mesures à prendre immédiatement, on peut aussi insulter Greta Thunberg.
On peut se demander comment on modifie l'économie mondiale en quelques mois, si chaque pays doit commencer à s'organiser individuellement pour tenter d'assurer sa préservation ou si on doit privilégier des négociations internationales sans fin.
Ou bien, on vomit sur une ado de 16 ans.

Vous me direz, c'est plus facile de déblatérer sur l'adolescence que sur des sujets scientifiques dont la plupart des éditorialistes n'ont pas le début d'une connaissance. Vous imaginez s'il fallait se farcir des rapports de climatologues pour pouvoir commenter l'actualité? Alors que vous pouvez vous contenter de regarder intensément la photo d'une ado et de vous demander ce qu'elle vous évoque aux tréfonds de vous-même et si vous aimez son regard.

Sorcière moderne

Au début, je m'étais dit que je n'allais pas faire comme les vomisseurs. Je n'allais pas parler des vomisseurs qui vomissent sur Greta Thunberg au lieu de parler de la situation écologique. Et puis, comme je suis encore une douce enfant innocente, j'ai été estomaquée devant la violence des attaques dont elle est la cible. Ça me paraissait fou, délirant, incompréhensible. L'ampleur et la virulence de la logorrhée. On aurait dit que ces gens déféquaient par la bouche. Peut-être qu'il y a quelque chose à en dire tout de même, de cette haine brûlante.
Évidemment, avec mon prisme habituel, j'ai commencé par me demander si les réactions auraient été aussi épidermiques si Greta avait été Sven. C'est impossible à démontrer, mais je suis intimement convaincue que non. Je pense qu'une partie de la haine anti-Thunberg s'explique par la réactivation d'une vieille figure: la sorcière.
Greta, c'est leur sorcière moderne. Il n'y a pas si longtemps, ils l'auraient tout simplement cramée.
Déjà, ils sont convaincus qu'elle est possédée. (Elle est manipulée par des forces extérieures, des lobbys, dont elle est l'outil.) (Parce que forcément, une gamine de 16 ans ne peut pas avoir fait tout ça d'elle-même.) Preuve supplémentaire: elle porte la marque physique du malin. On sait que les inquisiteurs cherchaient partout sur le corps des femmes un indice de leur rencontre avec le diable.
Avec Greta, pas besoin de chercher bien loin. Ils sont convaincus de voir dans son visage, dans son regard, quelque chose de l'ordre de la possession démoniaque. Ils ont décidé que son visage était une preuve qui témoignait contre elle. C'est d'une violence absolue.

Jeune + femme + autiste

Greta Thunberg déroge aussi à ce qu'elle devrait être, et même trois fois. Elle trahit d'abord son identité de femme. Elle n'est clairement pas là pour être agréable, douce, séductrice. Pour un peu, on dirait même qu'elle se contrefout de ce qu'on peut penser de son corps –ce qui constitue une forme de trahison de l'ordre social.
En prime, elle ne tient pas sa position d'ado. Les jeunes doivent être plein d'espoir et écouter les grandes personnes. Elle, elle se permet d'engueuler les dirigeants des plus grandes puissances mondiales.
Elle trahit enfin le stéréotype attendu concernant l'autisme. Pour les vomisseurs, elle est autiste = elle est malade ou handicapée, donc par déduction, elle devrait être privée de parole et s'entraîner à compter le nombre d'allumettes dans une boîte. Le vomisseur s'étrangle: depuis quand on laisse des gens comme ça donner leur avis sur l'état du monde?
Le problème, ce n'est pas ce que Greta Thunberg dit (qu'on peut résumer grosso modo par «écoutez les scientifiques») mais qui elle est, ou encore plus précisément: comment, en étant ce qu'elle est, c'est-à-dire jeune/femme/autiste, elle peut oser prendre cette parole et cette place. Son identité devrait lui interdire l'accès à la parole sous cette forme-là.
Ce qu'il y a de plus révolutionnaire à mes yeux chez elle, c'est qu'elle ne s'excuse pas de parler. Elle parle sur un pied d'égalité. Elle parle haut et fort en piétinant les assignations de genre et d'identité diverses.
Parce que la seule chose qui compte à ses yeux, c'est son sujet.
Parce que le réchauffement entraîne la fonte du permafrost, qui va provoquer la libération de centaine de milliards de tonnes de gaz à effet de serre.
Parce que face au plus grand danger que l'espèce humaine ait eu à affronter, il y a autre chose à foutre que de reprocher à une jeune femme sa colère.

greta-thunberg
http://www.slate.fr/story/182208/titiou-greta-thunberg-ecologie-haine-jeune-femme-autiste-assignation-genre-identite

Affichage des actualités : le gouvernement en pétard contre Google

Thu 26 Sep 2019 - 15:42

La décision de Google pour l'affichage par défaut des actualités avec seulement les titres et les liens - pour ne pas avoir à payer de droits voisins - suscite la colère du gouvernement.

La réponse de Google à la directive européenne et sa transposition dans la législation française en créant un droit voisin pour des agences de presse et éditeurs de presse était presque évidente. Les signes avant-coureurs avaient été suffisamment clairs.

Pourtant, la surprise semble de mise pour le gouvernement qui ne décolère pas, le ministre de la Culture en tête. Pour Franck Riester, " les déclarations de Google sur la question de la rémunération ne sont pas admissibles. […] La proposition de Google n'est évidemment pas acceptable. "

Avec les résultats de recherches en rapport l'actualité, Google a décidé qu'il n'affichera plus par défaut des aperçus d'articles avec quelques lignes ou les petites images. Un moyen de se soustraire à un paiement de droits voisins.

Le cas échéant, les éditeurs et agences de presse pourront donner l'autorisation d'afficher des contenus enrichis, mais sans rémunération en contrepartie.

La décision de @Google n’est pas que regrettable. Elle est irrespectueuse de l’esprit de la directive européenne et du droit français. >https://t.co/WruTHkiEJy
— Cédric O (@cedric_o) 25 septembre 2019

Secrétaire d'État en charge du Numérique, Cédric O estime que la décision de Google est " irrespectueuse de l'esprit de la directive européenne et du droit français. " Franck Riester indique qu'il va prochainement s'entretenir avec ses homologues européens " pour remédier à la situation. " Dans le même temps, il appelle à " une véritable négociation globale entre Google et les éditeurs. "

Google a déjà fait valoir ses initiatives en faveur du soutien à la presse pour développer de nouvelles sources de revenus, en plus " d'orienter les internautes vers les sites d'information qui en tirent un revenu supplémentaire. " Autrement dit, en générant du trafic sur les sites.

directive-copyright directive-droit-d-auteur directive-européenne Google
https://www.generation-nt.com/google-affichage-actualites-droit-voisin-presse-gouvernement-actualite-1968916.html

Ce qu’il y a de Martin Luther King dans le discours historique de Greta Thunberg | Le Huffington Post

Thu 26 Sep 2019 - 15:00

Dans "I have a dream", Martin Luther King avait transmis ses convictions chargées de ses émotions. Avec "How dare you?", les larmes et la rage de Greta Thunberg nous bouleversent là où un énième plan désincarné aurait échoué.

Jacky Isabello
Co-Fondateur de l'agence CorioLink, spécialiste de communication politique et auteur, administrateur du Think Tank SYNOPIA

La catilinaire “How dare you?” lancée par la jeune activiste suédoise Greta Thunberg le 23 septembre à l’occasion du “climate action summit” organisé à la demande du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres disposera-t-elle de la même place au Panthéon des grands discours, que la proclamation “I have a dream” du pasteur King en août 1963? Je le pense!

Simon Sinek dans sa théorie des golden circle, explique ce qui fonde les actes mobilisant, les marques engageantes, les paroles transcendantes. La proclamation de Martin Luther King est passée à la postérité, alors qu’il n’était pas le seul noir américain, prêcheur de talent, à s’engager en faveur de la défense des civil rights, parce qu’à la différence d’autres, plus enclin à dresser un catalogue de mesures, M. King fut le premier à instiller dans son adresse, nous dit Sinek, ses convictions intimes, chargées essentiellement de ses émotions. Il a offert à son auditoire la possibilité de réaliser que les rêves de M. King étaient aussi les leurs. S’il recourt au même principe avec un ton certes bien différent, le discours de Greta Thunberg entrera lui aussi dans l’histoire. Un jour, il sera étudié dans les manuels scolaires.
Un discours qui secoue les tripes!

Certes, le ton est moins positif que celui du Docteur King. Il passe par le canal de la colère plutôt que celui de l’espérance. Car M. King aurait été immédiatement embastillé s’il avait osé s’adresser aux puissants de son époque sur le ton employé par la jeune militante suédoise. “How dare you” à l’instar de “I have a dream” transpirent d’une intense émotion. Par sa triste et colérique authenticité Greta fit de son épouvante l’expression de notre désarroi. Et ainsi #JeSuisGreta!

Quel panel d’émotions quand elle lance les larmes aux yeux et les gestes tremblants: “Yet you all come to us young people for hope”. Puis vint la honte: “I shouldn’t be up here. I should be back in school on the other side of the ocean”. Enfin entremêlées émergèrent la peur et la colère: “We are in the beginning of a mass extinction, and all you can talk about is money and fairy tales of eternal economic growth. How dare you?”

Lorsque King mobilise l’espérance de toute une communauté de citoyens dont les droits ont été bafoués des centaines d’années durant, par une Nation que Tocqueville a louée pour son modèle de démocratie, Greta Thunberg reste factuelle dans ses reproches; et en cela elle nous terrorise et nous absorbe. Ses propos terrorisent et absorbent chaque parent; ils terrorisent et absorbent chaque salarié; ils terrorisent et absorbent chaque touriste.
Discours contre action

Historique ce discours car il n’est pas que parole. Il est bâti de mots qui sont des pavés. Quand Brune Poirson affirme sur France inter: “Viens Greta, maintenant on s’assied autour de la table, on se retrousse les manches et on voit comment on fait” elle accuse à tort Melle Thunberg de passivité. Sartre disait “Parler c’est agir”. Il soulignait ainsi le concept un peu abscons de performativité cher à la philosophie. L’arc-boutant de son discours est déjà constitué des troupes de millions de jeunes citoyens militants du monde entier, soucieux de voir les dirigeants s’engager concrètement en direction de la préservation de la planète.
La force des émotions pour combattre l’impossible

Ce que Greta dénonce montre que le modèle de décroissance qu’elle préconise est impossible à bâtir. Et ceci quelle que soit la puissance du dirigeant qui administrerait ce remède à nos sociétés dopées à la dette et contrainte à la croissance économique. C’est en cela que la colère de la jeune Greta Thunberg est salvatrice. Ainsi elle nous adjure de faire. Ses paroles sont des ordres. Malgré son apparence gracile, sa posture est celle d’une cheffe militaire. Pour nous convaincre, car c’est évident que Greta possède quelque chose à nous vendre, elle commande à son auditoire d’éprouver un inextinguible désir de s’engager à assumer une part de la mission. Plus fort encore, elle ordonne aux commandeurs des armées les plus puissantes du monde moderne. Pour captiver, Sinek rappelle que: “Luther King a dit I have a dream et pas I have a plan”. À un énième plan désincarné auquel personne n’accorderait d’attention, seules les larmes et la rage sombre de Greta peuvent bouleverser quelque chose chez chacun d’entre nous. Il existe un “cerveau des émotions” révélé par les travaux de l’anatomiste Franz Josef Gall (1758-1828). Puis les travaux de Paul MacLean ont démontré que le circuit cérébral des émotions peut être indépendant de celui de la cognition. Sinek de résumer cela simplement: “les mots n’ont qu’un faible poids dans l’acte de décision”. Dans le cas de Greta Thunberg, sa posture était offerte aux seuls besoins de la télévision. Ces grands gestes partant de ce petit corps, cette immense colère et ces larmes qui nimbaient des yeux insondables, furent la combinatoire d’une émotion chargée d’une exceptionnelle puissance politique. Sa communication verbale et paraverbale est digne des principes révolutionnaires admis par l’actors studio.

Qu’on aime ou pas, elle est forte cette jeune fille! À la résignation et aux jérémiades d’un vieil écolo ancien animateur de télévision peu enclin à résister à la technostructure d’un ministère qui devait être taillé pour lui, je préfère défendre une espèce de Jeanne d’Arc d’airain, que j’aime penser indestructible. Et qui en quelques discours pousse l’ensemble des chefs d’État à se justifier. En cela elle est déjà plus efficace que quiconque avant elle. Pour toute une jeunesse, je la perçois en héroïne nietzschéenne. Une Uber Fräulein; ses dieux sont morts car elle invente de nouvelles règles. Elle est devenue ce qu’elle était, et enfin son handicap qui ne l’a pas tué l’a rendu oh combien plus forte!!!

*concepts les plus connus de la philosophie de Friedrich Nietzsche

communication greta-thunberg écologie
https://www.huffingtonpost.fr/entry/ce-quil-y-a-de-martin-luther-king-dans-le-discours-historique-de-greta-thunberg_fr_5d8b908ae4b01c02ca624d3e

Le blog officiel de Google France: Nouvelles règles de droit d’auteur en France : notre mise en conformité avec la loi.

Thu 26 Sep 2019 - 14:34

L'application de la directive Droit d'auteur selon Google.
Fin octobre entrera en vigueur la nouvelle loi française sur le droit d’auteur qui accorde davantage de droits aux éditeurs de presse présents sur internet. Cette loi est la première transposition de la directive européenne sur le droit d’auteur, qui fut adoptée il y a quelques mois. Suite à cela, nous allons procéder à des changements dans la manière dont les résultats d’actualités apparaîtront dans notre moteur de recherche. Si vous êtes en France, vous verrez que certains résultats apparaîtront différemment.

A l'heure actuelle, lorsque nous affichons les résultats de recherches liées à l’actualité, vous voyez un titre, dont le lien renvoie directement vers le site d’information concerné. Dans certains cas, nous proposons également un aperçu de l’article, par exemple quelques lignes de texte ou une petite image appelée « vignette ». Ces titres et aperçus vous aident à décider si le résultat correspond à votre recherche et si vous souhaitez cliquer dessus.

Lorsque la loi française entrera en vigueur, nous n’afficherons plus d’aperçu du contenu en France pour les éditeurs de presse européens, sauf si l’éditeur a fait les démarches pour nous indiquer que c’est son souhait. Ce sera le cas pour les résultats des recherches effectuées à partir de tous les services de Google.

Les éditeurs ont toujours eu la possibilité de choisir s’ils voulaient ou non que leurs contenus soient accessibles via le moteur de recherche de Google ou sur Google Actualités. Nous venons de mettre en place des réglages plus granulaires pour les webmasters grâce auxquels les éditeurs peuvent indiquer la quantité d’information qu’ils souhaitent voir apparaître sous forme d’aperçu dans les résultats de la recherche. Les éditeurs du monde entier peuvent ainsi utiliser ces nouveaux réglages afin de choisir le type d’aperçu le mieux adapté pour attirer les internautes vers leur site.

Google investit dans l’information

Avec internet, le choix et la diversité de l’information n’ont jamais été aussi vastes. Face à une telle offre, les utilisateurs peuvent avoir du mal à trouver l’actualité qui les intéresse. Et tous les types d’éditeurs — qu’ils soient grand ou petit, éditeur de presse traditionnel, nouvel acteur numérique, site d’actualités locales ou publication spécialisée — ont intérêt à ce que les lecteurs soient orientés vers leurs contenus.

Nous avons conçu Google de manière à assurer à chacun les mêmes conditions d’accès à l’information, ce qui suppose notamment d’aider l’internaute à trouver les contenus d’actualités les plus pertinents. Dans le secteur de la presse écrite, les éditeurs paient pour que leurs journaux, quotidiens ou magazines, soient proposés à une clientèle qui ne les connaît peut-être pas. Ce service, Google l’offre aux éditeurs gratuitement. Cette approche est créatrice d’une valeur tangible pour les éditeurs. Rien qu’en Europe, Google est à l’origine de plus de 8 milliards de visites par mois sur les sites des éditeurs de presse, ce qui représente plus de 3 000 visites chaque seconde. Les éditeurs peuvent ainsi attirer un nouveau public et augmenter leur chiffre d’affaires au moyen de la publicité et des abonnements. Le cabinet d’études Deloitte a estimé que chaque clic renvoyé par Google vers les grands éditeurs de presse représentait un potentiel de revenus supplémentaires compris entre 4 et 6 centimes d’euro.

En plus d’orienter les internautes vers les sites d’information, qui en tirent un revenu supplémentaire, Google continue de contribuer à l’essor du journalisme en ligne. Nous cherchons constamment de nouveaux moyens de valoriser des contenus de haute qualité sur nos produits. Nous investissons 300 millions de dollars sur trois ans dans la Google News Initiative. Ce programme aide les éditeurs à développer de nouvelles sources de revenus et à explorer de nouvelles manières innovantes de présenter l’information. Cela englobe notamment des centaines de projets destinés à favoriser la vérification des informations, à mieux décrypter les médias et à délivrer près de 300 000 formations à des journalistes en Europe.

Avec le développement d’internet, le comportement des consommateurs a changé. Nous sommes nombreux à nous connecter pour obtenir des informations et des services à partir de sites spécialisés et de places de marché en ligne. Le vaste choix d’informations sur internet induit une concurrence qui représente un véritable défi pour les éditeurs de presse, qui par conséquent doivent adapter leurs modèles économiques. Nous prenons très au sérieux notre collaboration actuelle avec les organes et éditeurs de presse, quelle que soit leur taille et quelle que soit leur ancienneté, pour les aider à s’adapter à l’ère du numérique. C’est en travaillant main dans la main que nous pourrons avancer.

Richard Gingras, Vice President of News, Google Inc.

directive-copyright directive-droit-d-auteur directive-européenne google
https://france.googleblog.com/2019/09/comment-nous-respectons-le-droit-dauteur.html

#Dieuleveut ! – Actuel Moyen Âge

Thu 26 Sep 2019 - 13:55

L’une des choses fascinantes avec les réseaux sociaux, c’est la rapidité de diffusion des informations qu’ils autorisent. Une prof agressée par un élève ? En quelques heures, le hashtag #PasdeVague réunit des dizaines de milliers de témoignages de profs. Les réseaux sociaux permettent de toucher un immense public d’une façon quasi immédiate : face à la perquisition de son domicile, Jean-Luc Mélenchon se « branche » sur facebook live, et la nouvelle fait aussitôt le tour du web. Les pouvoirs médiévaux auraient probablement souhaité disposer d’un moyen aussi efficace : on imagine déjà le pape Urbain II tweetant un #Dieuleveut pour appeler à une croisade… Mais, en l’absence de ces réseaux, comment s’y prenait-on au Moyen Âge pour toucher autant de gens d’un coup ?

Des pigeons voyageurs à l’oiseau de twitter

Pas de comparaison abusive : clairement, si on s’intéresse à la question de la rapidité de la diffusion des informations, il n’y a pas photo, le Moyen Âge est loin derrière. Un cheval ne fait guère qu’une centaine de kilomètres par jour au mieux. Un pigeon voyageur, s’il évite flèche et faucons, en fera dix fois plus. Un homme beaucoup moins. Entre tout ça, les nouvelles cheminent à leur rythme.

Prenons l’exemple de la prise de Jérusalem en 1187 : il s’agit d’une nouvelle cruciale, et pourtant elle met au moins 5 semaines à atteindre Rome, d’où elle est ensuite diffusée dans toute la chrétienté. Ce qui est très lent, on est bien d’accord… mais en même temps assez rapide finalement à une époque où il faut un mois pour faire l’aller-retour entre Paris et Lyon ! (oui oui, vous avez bien lu, un mois. Pensez-y la prochaine fois que vous râlez contre les 10 minutes de retard de la Sncf).

De l’importance des places

Cela dit, il reste compliqué de diffuser un message rapidement à un grand nombre de personne. Or, pour l’Église, c’est une priorité forte. Du coup celle-ci innove : alors qu’auparavant la prédication avait lieu durant la messe, donc dans une église, devant un nombre forcément limité de personnes, on commence à partir du XIIe siècle à prêcher à l’extérieur, devant toute la foule rassemblée.

Cela suppose des adaptations nombreuses, dont les ordres mendiants deviennent les spécialistes. D’abord, il faut prêcher en langue vulgaire, et pas en latin – même si on a des exemples, plus tardifs, de grands prédicateurs capables de toucher les foules en parlant en latin. Ensuite, il faut perfectionner ses talents oratoires, et notamment insérer des petites histoires dans son sermon : ce sont les exempla, et on aura même des recueils de milliers d’exempla dans lesquels les clercs vont pouvoir venir piocher.

Et puis il faut des innovations techniques. Pour que les gens puissent se rassembler devant l’église, il faut qu’il y ait de la place… et on va donc ouvrir de grandes places urbaines devant les cathédrales. Celles-ci, qui modifient profondément le tissu urbain et la physionomie de la ville, se multiplient au XIIIe siècle. Mais, en l’absence de micro, comment faites-vous pour vous faire entendre d’une foule de milliers de personnes sans hurler à vous casser la voix ? Très simple : vous disposez au milieu de la foule des crieurs qui répètent votre discours au fur et à mesure. Comme des relais radios, ou comme des milliers de tweets relayant un même message pour en assurer la diffusion rapide. Et, évidemment, vous travaillez votre gestuelle, afin de communiquer à la foule des émotions même quand on ne vous entend pas.

Qui diffuse l’information ?

Dès cette époque, il existe des professionnels de l’information : marchands, ambassadeurs, espion, etc. Ce sont d’ailleurs les marchands qui sont à l’origine des premiers journaux ! Mais à côté de ces canaux, on est mal renseignés sur les réseaux plus horizontaux qui jouent probablement un rôle-clé : artistes, pèlerins, étudiants, brigands véhiculent nouvelles, informations, rumeurs sur les routes du monde. En quelques mois, une nouvelle peut faire le tour de la chrétienté.

Prenons l’exemple de la prédication de la croisade. D’un côté, on a des canaux officiels : bulles du pape, légats pontificaux, archevêques organisant la prédication ou la levée des fonds, etc. On pourrait comparer ça au journal de 20h, quand le président vient expliquer ses prochaines mesures politiques. Et puis à côté on a une prédication diffuse, en réseau : en 1320, ce seraient ainsi plusieurs prêtres, plus ou moins subversifs, qui lancent sur les routes des milliers de Pastoureaux dans une croisade totalement non-officielle (et d’ailleurs condamnée par l’Église). Ça, ce serait plutôt l’équivalent d’un mouvement comme #metoo, lancé à l’horizontal, sans passer par des canaux de communication classiques. (bon, sauf que #metoo n’a pas invité à brûler des villes et à convertir de force des juifs, mais vous m’avez compris).

Le nombre très élevé de gens qui s’engagent dans cette « croisade des Pastoureaux » souligne que, dès le Moyen Âge, les foules savent s’organiser et se mobiliser autour de grandes causes, sans attendre forcément des incitations venues d’en haut. Ça a été le cas il y a peu avec l’appel pour la « marche pour le climat » du 8 septembre 2018, lancé par un anonyme sur Facebook et qui a rencontré un succès mondial. Et les autorités sont souvent dépassées par le succès de ces mouvements : en 1095, le pape est le premier surpris du nombre de croisés qui partent vers Jérusalem.

Pas besoin donc d’attendre les réseaux sociaux pour voir apparaître des causes « virales », enflammant la société. Les échelles temporelles et géographiques ne sont évidemment pas les mêmes : #metoo fait le tour du monde, de l’Amérique à l’Australie, en quelques jours, alors que l’organisation de la troisième croisade prend… 4 ans. Mais il s’agit là d’une différence de degré : même sans twitter, les sociétés médiévales savaient déjà faire circuler les informations et mobiliser les foules, à une très large échelle.

#Dieuleveut Actuel-moyen-âge communication propagande réseaux
https://actuelmoyenage.wordpress.com/2019/09/26/dieuleveut/

Google : le "droit à l'oubli" se limite à l'UE, selon la justice européenne

Tue 24 Sep 2019 - 14:12

Selon la justice européenne, le "droit à l'oubli" des internautes européens n'a pas de portée mondiale pour les moteurs de recherche comme Google.

publié le 24/09/2019 à 13:01

La plus haute juridiction européenne a tranché. Le "droit à l'oubli" des internautes européens n'a pas de portée mondiale pour les moteurs de recherche comme Google, mais concerne cependant la totalité des États membres de l'UE, a estimé mardi la justice européenne.

Cette décision donne raison à Google dans son litige, en France, face à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), qui lui a infligé en 2016 une amende de 100.000 euros, lui reprochant de limiter ce "droit à l'oubli" aux seules versions européennes du moteur de recherche.

Dans son litige face à Google, le régulateur français estimait que les suppressions de liens devaient s'appliquer sur toutes les versions du moteur de recherche dans le monde pour être efficaces.

Le groupe américain, soutenu par plusieurs organisations de défense des droits, avait répondu qu'il respectait le "droit à l'oubli" non seulement dans le pays des demandeurs européens mais sur tout le territoire de l'UE. Et qu'aller au-delà aurait engendré des risques pour la liberté d'expression.

Cela aurait aussi permis à des pays autoritaires d'utiliser ce précédent pour restreindre l'accès à certaines informations. Google avait donc contesté sa condamnation devant le Conseil d'État français, plus haute juridiction administrative du pays, qui a dans la foulée sollicité l'avis de la CJUE.

droit-à-l'oubli Europe Google
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/google-le-droit-a-l-oubli-se-limite-a-l-ue-selon-la-justice-europeenne-7798364399
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