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 La revue de web de Kat

Doctolib ne veut plus voir vos données médicales - ZDNet

Mon 29 Jun 2020 - 08:52

Doctolib veut faire bonne figure : la plateforme de prise de rendez-vous médical en ligne a été récemment la cible de critiques à l’égard de son traitement des données de santé. Une enquête de France Info publiée en début d’année faisait le point sur le sujet et avait déjà poussé Doctolib à clarifier sa politique en matière de protection des données personnelles et de santé.

Pour enfoncer le clou, Doctolib a annoncé la semaine dernière la mise en place d’un dispositif de chiffrement de bout en bout sur sa plateforme, reposant sur la solution de chiffrement Tanker.io. « Jusqu’à présent, les données personnelles de santé des utilisateurs de Doctolib étaient chiffrées à deux niveaux, en transit et au repos. Le chiffrement de bout en bout garantit que les données personnelles de santé des patients qui utilisent Doctolib ne sont accessibles qu’aux patients et à leurs professionnels de santé en toutes circonstances », indique le communiqué. Doctolib précisait au passage que cette solution rendait l’accès aux données impossible pour un tiers « y compris dans les opérations d’assistance ou de maintenance ». L’enquête de France Info avait en effet révélé que Doctolib accédait parfois aux données des praticiens de santé dans le cadre d’opération de maintenance et d’assistance. De fait, si Doctolib se défendait d’accéder aux données de ses utilisateurs, il fallait donc les croire sur parole.

Le chiffrement, c'est maintenant

La solution retenue pour la mise en place de ce chiffrement assure que ce ne sera plus le cas. Comme l’explique Clément Ravouna, cofondateur de Tanker.io, « les clés appartiennent aux utilisateurs finaux puisque Tanker utilise un protocole de bout en bout et que les clés sont stockées sur les appareils des utilisateurs, ce qui a le mérite de loger physiquement cette propriété ». En d’autres termes, le chiffrement des données, la génération des clés et des pseudonymes se fait directement sur les appareils des utilisateurs grâce au SDK de Tanker.io embarqué dans l’application Doctolib.

« Avec ce déploiement, Doctolib ne sera pas en mesure d'accéder aux données de santé de ses utilisateurs et prestataires, car Doctolib n'aura pas les clés de chiffrement », nous précise Doctolib. Clément Ravouna de Tanker.io ajoute que seule « l'association de deux utilisateurs, via le protocole Tanker, permettra de déchiffrer les données. Lorsqu'un patient décide de partager une ressource avec un professionnel de santé via Doctolib, de nouvelles clés sont générées, utilisées et partagées via notre solution Tanker ». La solution de Tanker, décrite dans un livre blanc disponible sur leur site, permet une gestion des clés qui se veut invisible pour les utilisateurs et embarquée dans une application déjà existante. Tanker.io avait obtenu en 2017 une certification de sécurité de premier niveau auprès de l’Anssi.

Reste une interrogation, déjà soulevée par l’enquête de France Info : Doctolib ne peut pas vendre des données personnelles de santé, au sens où celles-ci pourraient permettre d’identifier de façon nominative les patients. Mais exploiter ces données anonymisées reste possible légalement. La solution de Tanker.io offre également la possibilité « d’anonymiser » les données via la génération de pseudonymes découplés des données brutes, comme le décrit son livre blanc. Interrogé à ce sujet, le service presse de Doctolib assure que « le modèle économique de Doctolib n'a rien à voir avec l'exploitation des données. Doctolib ne vend pas les données, Doctolib n'utilise pas les données pour faire de la publicité ou vendre des services ».

données-de-santé RGPD
https://www.zdnet.fr/actualites/doctolib-ne-veut-plus-voir-vos-donnees-medicales-39905667.htm

Le Conseil d’Etat a-t-il autorisé les sites à bloquer les utilisateurs qui refusent les cookies ? - Libération

Mon 29 Jun 2020 - 08:44

Dans ses lignes directrices, sur lesquelles le Conseil D’État vient de se prononcer, la Cnil jugeait le recours à des «cookies walls» contraire au règlement général sur la protection des données (RGPD).

Question posée sur Twitter le 22/06/2020

Bonjour,

Votre question fait référence à cet article du journal les Échos, selon lequel, «à l’avenir, les sites Internet pourront bloquer l’accès à tous les internautes qui refusent les cookies, ces traceurs informatiques controversés». Et ce en vertu d’une «décision du Conseil D’État publiée vendredi» où la plus haute juridiction administrative «donne raison aux éditeurs de sites contre la Cnil [Commission nationale de l’informatique et des libertés, ndlr], le gendarme français de la vie privée sur Internet, qui avait interdit une telle pratique».

Même son de cloche du côté d’une dépêche AFP sur le sujet (notamment reprise par le Monde) : «Selon la plus haute juridiction administrative, les éditeurs peuvent bloquer l’accès à leur site à un internaute qui refuserait les cookies, contrairement à ce que préconise le gendarme français des données personnelles dans ses lignes directrices sur le sujet publiées en 2019.»

En bref, le Conseil D’État «légaliserait» cette pratique, généralement appelée «cookies walls» (où il est nécessaire d’accepter les cookies pour accéder à un contenu, comme on parle de paywall lorsqu’il faut payer), à la suite d’une procédure menée par neuf associations qui représentent des entreprises françaises dans le domaine des médias, de la publicité et du commerce en ligne (Geste, SRI, IAB France, MMAF, Udecam, AACC, Fevad, UDM et SNCD).

«Droit souple»

Problème : selon plusieurs spécialistes des questions de vie privée et médias spécialisés, qui s’appuient sur le contenu de la décision, le Conseil d’État se prononce en fait sur la forme et non sur le fond. Sa décision ne permettrait donc pas, en l’état, de préjuger de la légalité ou non d’un «cookies walls».

On peut lire dans le communiqué de presse de la juridiction que «le Conseil D’État annule partiellement les lignes directrices de la Cnil relatives aux cookies et autres traceurs de connexion». Mais plus bas, on apprend que le Conseil D’État juge que «la Cnil a excédé ce qu’elle pouvait légalement faire dans le cadre d’un acte dit "de droit souple"». Les actes de droit souple désignant «les instruments, telles que les lignes directrices des autorités de régulation [comme la Cnil], qui ne créent pas de droit ou d’obligation juridique pour quiconque mais influencent fortement, dans les faits, les pratiques des opérateurs économiques».

Le Conseil D’État considère donc «que la Cnil ne pouvait, sous couvert d’un acte de droit souple, énoncer une telle interdiction générale et absolue» à propos des cookies walls. Tout en prenant bien soin de préciser qu’il se prononce sur cette question de forme «sans se prononcer sur le fond de la question», à savoir la légalité de bloquer l’accès à un contenu à un utilisateur qui refuserait les cookies.

Pour Bernard Lamon, avocat spécialiste des questions liées au règlement général sur la protection des données (RGPD), le Conseil D’État a simplement dit que sur un point très précis de ses lignes directrices, la Cnil avait franchi la ligne jaune puisque «dans des lignes directrices on ne peut pas dire que les cookies walls sont interdits de manière globale». «Mais le Conseil D’État ne s’est pas prononcé sur la légalité des cookies walls, contrairement à ce que prétendent certains qui se livrent à une bataille de communication. Pour savoir si c’est légal ou non, il faudra du contentieux, avec un examen concret, site par site», estime-t-il.

Pour Etienne Drouard, l’avocat du cabinet Hogan Lovells qui représente les associations requérantes, le Conseil D’État «rappelle que la Cnil doit analyser au cas par cas les alternatives proposées à l’utilisateur en contrepartie de l’accès au site de l’éditeur.» En d’autres termes, en proposant à l’internaute soit d’accéder gratuitement au contenu avec des cookies publicitaires, soit de se connecter via un compte, soit de payer, l’éditeur du site offre un choix au lecteur, «qui préserve la liberté du consentement prévue par le RGPD». «Ce qui n’est pas possible, c’est de conditionner l’accès au site à l’acceptation des cookies, sans offrir d’alternative», avance l’avocat, confirmant donc que le Conseil d’État n’a pas «légalisé» les cookies walls. Plus largement, il se félicite que le Conseil d’État rappelle qu’un «régulateur comme la Cnil ne peut pas, à la différence d’un législateur, créer des interdictions de principe».
«Retour à l’équilibre»

«La Cnil prend acte de cette décision et ajustera en conséquence ses lignes directrices et sa future recommandation pour s’y conformer», a indiqué la commission sur son site.

Sur le fond, la Cnil s’était alignée sur la position du comité européen de protection des données (CEPD), organe européen indépendant qui «contribue à l’application cohérente des règles en matière de protection des données au sein de l’Union européenne». Celui-ci considère en effet que les cookies walls ne sont pas «conformes» au RGPD puisque «les utilisateurs ne sont pas en mesure de refuser le recours à des traceurs sans subir des conséquences négatives (en l’occurrence l’impossibilité d’accéder au site consulté)».

Le Groupement des éditeurs de services en ligne (Geste), qui faisait partie des requérants, se satisfait de son côté de la décision du Conseil d’État qui permet «un retour à l’équilibre du RGPD» : «Nous avions la conviction que la Cnil avait surinterprété le RGPD. Nous défendons le droit pour les éditeurs de site de choisir leur modèle économique», avance son président, Bertrand Gié. Y compris le cookies walls donc, même si «à sa connaissance», aucun gros site français n’a pour le moment fait ce choix. Explicitement en tout cas : selon le blogueur Aeris, qui travaille «dans la sécurité informatique et plus précisément sur la vie privée», la pratique du cookies wall recouvre aussi les nombreux sites qui partent du principe que «si vous continuez à visiter ce site, vous consentez à recevoir des cookies» : «C’est tout aussi illégal, et en pratique le refus des cookies implique une impossibilité de visite du site», estime-t-il.

Dans la même décision, «le Conseil d’État donne raison à la Cnil sur tout le reste, que ce soit sur sa compétence ou les lignes directrices» relève par ailleurs l’avocat Bernard Lamon. Idem pour le média spécialisé Next Inpact qui juge que la décision du Conseil D’État va dans le sens de la commission, «même si cette dernière devra parfois ajuster sa manière de faire. C’est notamment le cas pour les cookies walls» : «Alors qu’éditeurs de presse et autres organismes publicitaires s’étant attaqués aux lignes directrices de la Cnil s’attendaient à une confirmation de leur position, cela n’a pas été le cas. […] Concernant le consentement [des utilisateurs] ses positions se trouvent renforcées par le Conseil D’État qui a "validé l’essentiel des interprétations ou recommandations" en la matière. Notamment que la gestion devait être symétrique (aussi simple à accorder qu’à refuser) et "porter sur chacune des finalités, ce qui implique notamment une information spécifique".»

CNIL cookies cookies-walls Libertés RGPD
https://www.liberation.fr/checknews/2020/06/23/le-conseil-d-etat-a-t-il-autorise-les-sites-a-bloquer-les-utilisateurs-qui-refusent-les-cookies_1792054

Liberté, Libertés chéries: La loi Avia, un désastre annoncé

Mon 29 Jun 2020 - 08:35

***La décision rendue par le Conseil constitutionnel le 18 juin n'est certainement pas une surprise. En censurant une large partie de la loi Avia visant à lutter contre les contenus haineux sur internet, le Conseil constitutionnel n'a fait qu'appliquer l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, selon lequel

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

En d'autres termes, ceux initiés il y a bien longtemps par Georges Morange, la liberté d'expression relève du régime répressif : chacun est libre de s'exprimer, sauf à rendre compte d'une éventuelle infraction a posteriori devant le juge pénal. En tout état de cause, la censure préventive, sans intervention d'un juge, n'est pas conforme à la Constitution.***

État de droit et procédure législative

Le plus triste est sans doute qu'il soit nécessaire de rappeler ce principe dans un État de droit. Or la catastrophe pouvait sans doute être évitée. Rappelons qu'il s'agissait d'une proposition de loi en principe portée par Laetitia Avia, mais ce texte n'aurait jamais vu le jour s'il n'avait bénéficié d'un fort soutien du gouvernement et du Président de la République. Le choix d'une proposition de loi permettait surtout d'éviter l'étude d'impact, qui aurait peut-être permis de mettre en lumière les problèmes juridiques posés par le texte. Le débat, quant à lui, a été précipité, le gouvernement ayant imposé la procédure accélérée, le texte ne faisant l'objet que d'une seule lecture dans chaque assemblée, et les amendement écartés sans réel débat.

Enfin, il faut reconnaître que l'avis du Conseil d'Etat était particulièrement complaisant à l'égard du texte, se bornant à constater que la lutte contre les contenus haineux sur internet serait sans doute plus efficace si elle trouvait son fondement juridique dans le droit européen. A part cela, il ne voyait rien de choquant dans le projet. Sans doute ne l'avait-il pas bien lu, contrairement à la Commission européenne qui, elle, a fait savoir que le texte violait plusieurs dispositions de la directive du 8 juin 2000 relative à certains aspects juridiques de la société de l'information et notamment au commerce électronique. Mais l'avertissement a été souverainement ignoré.

La loi a finalement été votée à l'Assemblée par une écrasante majorité de 434 voix, avec seulement 33 voix contre et 69 abstentions. Il ne s'est pas trouvé soixante députés pour saisir le Conseil, les intéressés imaginant sans doute que leurs électeurs les accuseraient d'être favorables aux discours de haine. Heureusement, le Sénat a témoigné d'une opposition d'autant plus résolue qu'il n'avait obtenu aucune concession lors de la commission mixte paritaire, et soixante sénateurs n'ont donc pas hésité à saisir le Conseil.

"Abus de la liberté" et contrôle de proportionnalité

Le Conseil constitutionnel rappelle que la liberté d'expression, comme d'ailleurs toutes les libertés sauf la liberté de penser, s'exerce dans le cadre des lois qui la réglementent. Le législateur peut certes voter des dispositions destinées "faire cesser des abus de l'exercice de la liberté d'expression et de communication", mais seulement dans la mesure où ces "abus" portent atteinte à l'ordre public et aux droits des tiers. Pour la première fois, le Conseil précise que ces "abus de la liberté d'expression" se réduisent à la diffusion d'images pédopornographiques et à la provocation à des actes de terrorisme ou à l'apologie de tels actes. Dans cette définition extrêmement étroite ne saurait rentrer la simple référence à un "discours de haine" dont la loi Avia ne donne aucune définition juridique.

Le Conseil exerce donc un contrôle de proportionnalité. Selon une formule qui figure déjà dans la décision du 8 septembre 2017 : "La liberté d'expression et de communication est d'autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés. Il s'ensuit que les atteintes portées à l'exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif poursuivi". On pourrait évidemment s'interroger sur le sens de cette formulation, et ce que signifie une procédure "adaptée" à son objectif. Sans doute le Conseil renvoie-t-il au principe déjà affirmé, selon lequel une mesure restreignant une liberté doit être a priori susceptible de permettre ou de faciliter la réalisation du but recherché par le législateur.

Exerçant ce contrôle de proportionnalité, le Conseil censure deux dispositions essentielles de la loi.

Le retrait dans l'heure

Il déclare d'abord non conformes à la Constitution les dispositions du paragraphe I de l'article 1er permettant à l'autorité de police de demander aux hébergeurs ou aux fournisseurs d'accès internet de retirer certains contenus à caractère terroriste ou pédopornographique dans un délai d'une heure après la demande. Le non-respect de ce délai était passible d'une peine d'emprisonnement d'un an et de 250 000 € d'amende.

La cessation de tels abus constitue, à l'évidence, une finalité licite. Mais en l'occurrence l'appréciation du caractère illicite des contenus repose exclusivement sur l'appréciation de la police. En effet l'exigence de l'administration doit immédiatement être satisfaite, ce qui signifie qu'un éventuel recours de la part de l'hébergeur n'est pas suspensif. Le juge n'intervient donc pas immédiatement dans la procédure, et la censure repose donc sur une simple décision administrative. Dans sa "porte étroite", La Quadrature du Net fait d'ailleurs observer que les hébergeurs et fournisseurs d'accès n'emploient pas nécessairement des webmasters disponibles 24 h sur 24, sept jours sur sept, pour répondre aux éventuelles demandes de retrait dans l'heure.

Le retrait dans les 24 heures

Le Conseil censure également le paragraphe II de ce même article 1er, imposant cette fois aux hébergeurs et fournisseurs d'accès de retirer ou de rendre inaccessibles, dans un délai de 24 heures, les contenus illicites en raison de leur caractère haineux ou sexuel, ou répondant à une qualification pénale dont la liste est fort longue (discrimination, contestation de crime contre l'humanité, incitation ou apologie de crimes, injure, harcèlement, etc).

L'absence d'intervention préalable d'un juge est sanctionnée, dans les mêmes termes que pour le paragraphe I, mais le Conseil se montre cette fois encore plus sévère. Il mentionne en effet les "difficultés d'appréciation du caractère manifestement illicite des contenus signalés dans le délai imparti". Sans être formellement mentionné, le principe de légalité des délits et des peines est directement en cause. La notion de "contenu haineux" est dépourvue de sens juridique, car le droit a vocation à encadrer, voire à sanctionner, des comportements, mais pas des sentiments. Quant à la liste des infractions, elle est fort longue et donne lieu à des jurisprudences souvent subtiles. Il est donc matériellement impossible que les opérateurs puissent déterminer en 24 heures si le contenu dont le retrait est demandé est licite ou illicite. Or cette fois, la demande peut émaner, non pas des autorités de police, mais de n'importe quelle personne qui s'estime victime d'un discours de haine, à la seule condition qu'elle fasse connaître son identité.

Cette fois, la censure est donc initiée par une personne privée, l'internaute, et exercée par une autre personne privée, l'hébergeur ou le fournisseur d'accès. Ce sont eux, et eux seuls, qui sont chargés de constater l'existence d'une infraction pénale et d'en tirer les conséquences. Dès lors que le délai de 24 heures est beaucoup trop court pour s'assurer du caractère licite ou illicite d'un contenu, le Conseil observe que de telles dispositions "ne peuvent qu'inciter les opérateurs de plateforme en ligne à retirer les contenus qui leur sont signalés, qu'ils soient ou non manifestement illicites". On arrivait ainsi à un régime de censure exercé par n'importe qui. Et il appartenait à la malheureuse victime de la censure de contester ensuite la mesure dont elle était victime. Mais le mal était fait, car son propos avait déjà disparu du net.

"Retravailler le dispositif"

De ces deux annulations en découlent d'autres, par une sorte d'effet domino. Les dispositions qui mettaient en oeuvre cette procédure de retrait, six articles en tout, sont donc annulées car devenues inutiles. Et la loi Avia s'effondre comme un château de cartes. Il n'en subsiste que deux éléments, d'une part la création d’un parquet spécialisé dans la répression de la haine en ligne, d'autre part celle d'un Observatoire de la haine en ligne placé auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Autant dire rien.

Après une telle défaite, il est clair que les propos de Laetitia Avia et de Nicole Belloubet qui annoncent en chœur vouloir "retravailler le dispositif" relèvent de la pure rhétorique. La loi Avia tombera bientôt dans un oubli mérité, et ne sera plus citée que dans les facultés de droit comme un magnifique exemple de crétinisme juridique. Pourtant la question essentielle n'est pas celle de la loi, mais celle de son adoption. Comment un texte bafouant les principes les plus élémentaires du droit pénal peut-il être voté par les députés à une écrasante majorité, avec la bénédiction du Conseil d’État et le soutien sans faille du gouvernement ? Ceux qui sont attachés à l’État de droit vont devoir chercher des réponses à cette question.

censure Libertés
https://libertescheries.blogspot.com/2020/06/la-loi-avia-un-desastre-annonce.html

Remplis, vierges ou à peine commencés, nos carnets disent qui nous sommes | Slate.fr

Sat 27 Jun 2020 - 10:26

L'amour pour la papeterie nous pousse souvent à acheter toujours plus de carnets. Une fascination loin d'être dépourvue de sens.

Par Thomas Messias sur Slate — 20 juin 2020 à 9h00
La première fois[1] que j'ai volé dans un magasin, je devais être âgé d'environ 4 ans. L'objet de mon larcin était un bloc-notes orné de fleurs, que j'avais pris pour un catalogue gratuit, et que j'avais emporté avec moi, sans même faire sonner le système antivol de la boutique. J'ai l'impression d'avoir encore en tête le savon que m'avaient passé mes parents lorsque, quelques centaines de mètres plus loin, ils avaient réalisé que j'avais involontairement transgressé la loi.

Ma fascination pour les articles de papeterie remonte au plus jeune âge. Ado, le plaisir que me procurait l'achat de cahiers, d'agendas et de calepins était presque honteux: j'avais l'impression d'être le seul être humain de mon âge à nourrir une telle passion. Le seul garçon, en tout cas. Car si certaines de mes amies tenaient des journaux intimes ou entretenaient des correspondances passionnées sur du beau papier à lettres, mes semblables semblaient se désintéresser totalement de ce genre d'univers. Cela se voyait aussi dans leur façon de choisir et d'utiliser leur agenda scolaire: sans respect ni soin, comme s'il s'agissait d'un simple bidule permettant de noter ses devoirs.

Plus tard, j'ai réalisé que si les hommes semblaient toujours minoritaires en matière de consommation et d'utilisation de carnets, j'étais tout de même loin d'être le seul. Je me souviens de ce camarade de fac qui consacrait une page à chaque nouvelle personne croisée. Coordonnées, goûts culturels, moments mémorables passés ensemble: il rédigeait des fiches signalétiques teintées de poésie parce que, comme il disait, «la vie, c'est des rencontres». Je n'ai jamais eu le droit de voir la page qui m'était consacrée.

En me retournant, j'ai aussi pris conscience que mon amour du carnet et de la consignation me venait de mon père, qui liste depuis son adolescence les films vus, la date et le lieu du visionnage, et qui note dans ses agendas des tas de détails pas forcément utiles pour plus tard (score d'un match de tennis, considérations météorologiques). Un peu comme cet ami filmé par Vincent Delerm dans Je ne sais pas si c'est tout le monde, ce documentaire si précieux désormais disponible en VOD. Parce qu'il s'est toujours souvenu «des sensations, des moments», mais pas des dates, l'homme remplit depuis 1978 chaque page de son agenda avec de brefs souvenirs, comme le plus minimaliste des journaux intimes. «Au bout de quarante ans, t'as quarante carnets, donc quarante ans de vie», résume-t-il en parcourant devant la caméra l'un de de ses trésors à la couverture cuir.

«J'en possède une bonne centaine, et les deux tiers sont vierges, m'explique Diane, 39 ans, paysagiste. Il y en a un qui fait office d'ordinateur central, toujours dans mon sac à main, avec les informations essentielles à l'intérieur. Des adresses, des codes wifi, des idées de cadeaux pour mes proches... Je n'y écris pas forcément très bien car je l'utilise de façon spontanée, mais j'en prends soin et je sais toujours où il se trouve.»

Quant aux autres carnets de Diane, ils participent davantage à un gigantesque désordre organisé. «J'en commence tout le temps quand j'ai envie de me lancer un nouveau projet, quand un croquis me vient en tête, pour griffonner une liste de courses ou un numéro de téléphone dont je n'aurai besoin qu'une fois. Il y en a plein qui traînent sur mon bureau, sous la table du salon... et même un dans les toilettes, avec son petit crayon attaché par une ficelle.»

«J'en possède une bonne centaine, et les deux tiers sont vierges.» Diane, 39 ans, paysagiste

L'un des tiroirs du bureau de Diane est consacré aux carnets neufs. «Il y en a certains que je possède depuis des années, mais que je n'ose pas commencer. Ils sont trop jolis, trop précieux, c'est comme si j'avais peur de les souiller.» Résultat: au lieu de les utiliser, Diane préfère en acheter de nouveaux. «Certaines enseignes renouvellent leurs collections hyper souvent, comme les magasins Hema, par exemple. Leurs carnets sont souvent hyper jolis, résistants, et leur entrée de gamme n'est vraiment pas chère. C'est compliqué de résister...»

Se décrivant elle-même comme une «victime du capitalisme», Diane se dit prise au piège d'un cercle vicieux qui n'est pas près de se rompre: «Quand je rachète des carnets pour ne pas avoir à commencer ceux que je possède déjà et que je trouve trop beaux, j'en choisi des jolis, c'est normal. Mais quand je rentre chez moi, je n'ose pas les commencer. Et c'est reparti pour un tour...»

Rigueur et complétisme

Graziella, elle, entretient un autre rapport aux carnets. «Je n'utilise que des petits Moleskine noirs, avec toujours le même type de stylo Muji à pointe ultra fine. Je m'arrange toujours pour en avoir quatre ou cinq d'avance, et je me dis d'ailleurs que je devrais en mettre de côté pour être certaine de pouvoir voir venir si un jour la marque disparaît.» Pour Graziella, hors de question de ne pas finir un carnet jusqu'au bout: «C'est hyper grisant. Je n'utilise que les pages de droite, j'écris des morceaux d'idées et des to-do-lists, je recopie des passages de livres que je voudrais garder avec moi. Je ne tourne la page que quand elle est remplie. Et quand toutes les pages sont terminées, je retourne le carnet, et c'est comme s'il avait une seconde vie.»

Graziella sait d'où lui vient cette fascination pour les petits carnets qu'on remplit de A à Z: «Ça va sembler un peu bizarre, mais... c'est Seven qui m'a donné envie de m'y mettre. Les carnets du tueur en série, dès le générique, ça me fait quelque chose. Je vous rassure, ma fascination pour John Doe [le serial killer joué par Kevin Spacey, ndlr] s'arrête là...»

Graziella conserve ses carnets, même si elle reconnaît qu'il est rare qu'elle les rouvre une fois terminés. «J'aurais de toute façon bien du mal à y retrouver une information précise. En revanche, choisir un carnet au hasard et y parcourir quelques pages, c'est toujours un sentiment assez... il y a les choses dont je me souviens et qui me permettent de me projeter quelques années en arrière, et puis il y a les éléments dont je n'ai aucun souvenir, les alignements de mots sans cohérence apparente, mais qui avaient sans doute énormément de sens au moment où je les ai écrits.»

Christine Ulivucci a principalement étudié notre rapport à la photographie, mais cette psychanalyste transgénérationnelle trouve des similitudes avec la façon dont les carnets fascinent certain·es d'entre nous. «Le carnet n'est pas un objet banal, il a une signification très personnelle. Ce qui se joue avec lui, c'est ce qui se joue avec les livres pour d'autres. C'est un objet qui est plus important que sa simple fonction (le fait d'écrire à l'intérieur): il suffit de le regarder pour qu'il existe, pour qu'il nous rassure. Au fond, c'est presque un doudou. Le tiroir plein de carnets immaculés, c'est l'équivalent de la bibliothèque remplie de livres qu'on n'a jamais lus, ou qu'on ne lira plus jamais.»

«Lorsqu'on n'ose pas commencer à écrire dans un carnet, c'est qu'on ne se sent pas à la hauteur.» Christine Ulivucci, psychanalyste transgénérationnelle

On ne compte plus les personnes qui, comme Diane, achètent compulsivement des carnets mais n'en utilisent qu'une portion congrue. Pour Christine Ulivucci, c'est autant une question d'opinion de soi-même que de rapport au réel: «Lorsqu'on n'ose pas commencer à écrire dans un carnet, c'est qu'on ne se sent pas à la hauteur. C'est comme si, dès le moment où on le démarre, on se confronte à une certaine réalité. On abandonne une forme d'idéal et on rentre dans le réel.»

Ne jamais commencer un carnet ou l'abandonner après quelques pages remplies relève de la même prise de conscience: soudain, on se rend compte que tout ne sera pas aussi parfait que prévu. Les idées couchées sur le papier seront moins singulières qu'espérées, les ratures seront nombreuses, les défauts de nos écritures respectives nous sauteront aux yeux. À titre personnel, avoir arpenté pendant des heures les comptes Instagram dédiés au bullet journal (ce carnet pratique et graphique que chacun·e peut imaginer et remplir à sa guise) m'a laissé des complexes qui ne me quitteront plus.

En route vers la thérapie

Pour Christine Ulivucci, qui a publié Ces photos qui nous parlent chez Payot, aborder l'univers des carnets comme on aborde celui des albums photos pourrait nous en apprendre plus sur nous-même que prévu. «Dans les travaux thérapeutiques que je mène, je m'intéresse souvent à ce qui a impulsé le démarrage d'un album photo, mais aussi aux éléments (lieux, personnes, événements) sur lesquels l'album s'arrête.» Des indicateurs qui peuvent s'avérer extrêmement précieux et offrir de nouvelles pistes à explorer dans le cadre de la thérapie.

Reste que les raisons du démarrage ou de l'abandon d'un carnet sont parfois beaucoup plus simples et pragmatiques que cela, précise la psychanalyste: «Le démarrage d'un carnet correspond souvent au début d'une nouvelle période, d'un voyage ou d'une histoire sentimentale. Quand le moment en question est passé, le carnet n'a souvent plus de raison de se prolonger.»

C'est pourtant en se penchant sur ses carnets inachevés, comme autant de moments laissés derrière lui, que Nicolas est peut-être en train de devenir l'auteur qu'il avait toujours rêvé d'être. «À chaque nouvelle phase de ma vie, ou à chaque nouvelle idée de roman, j'avais tendance à commencer un nouveau carnet. Et à chaque fois, au bout d'un nombre de pages plus ou moins important, ledit carnet finissait au fond d'un placard, dans ce que j'ai appelé “le cimetière des projets morts-nés”.»

Pourtant, un beau jour («en fait non, c'était un jour de grosse déprime»), Nicolas a exhumé sa cinquantaine de carnets inachevés et les a tous relus. «Ça a fait tilt. Le puzzle s'est assemblé devant moi, presque sans effort. J'ai compris que j'avais eu tort de dissocier chacune de ces histoires, qu'il s'agisse de celles que j'avais vécues ou de celles que j'avais inventées. Et je me suis mis à écrire, cette fois sur ordinateur.» Après huit mois de travail et quelques refus, Nicolas a fini par être contacté par deux maisons d'édition. «Ça traîne un peu avec le Covid, mais je dois bientôt avoir un rendez-vous avec l'un d'entre eux. Si je finis par être publié, je pourrai réellement me dire que c'est grâce à la somme de tous ces carnets... D'une manière ou d'une autre, il faudra que ça me serve pour l'écriture du prochain livre.»

«Les personnes qui possèdent autant de carnets éprouvent une réelle nécessité de poser leur parole quelque part, explique Christine Ulivucci. C'est, dans de nombreux cas, une façon de pallier l'absence de travail thérapeutique.» Est-ce à dire que les collectionneurs et collectionneuses de carnets, qu'ils soient complètement remplis ou non, devraient se demander s'il ne leur faudrait pas démarrer une analyse? «C'est tout à fait possible. Le carnet ne peut pas faire éternellement fonction de tiers.»

1 — Et la seule, je crois.

carnets
https://www.slate.fr/story/191610/carnets-cahiers-journaux-intimes-moleskine-tiroirs

Déboulonnons toutes les statues | Slate.fr

Wed 17 Jun 2020 - 10:20

Laurent Sagalovitsch — 17 juin 2020 à 10h02
[BLOG You Will Never Hate Alone] Quelle figure historique peut prétendre avoir mené une vie en tout point irréprochable?

J'ai beau avoir décroché mon bac avec mention, hier encore, j'ignorais qui était vraiment Colbert. Je le voyais comme un grand commis de l'État dont le magistère avait dû s'exercer quelque part entre le XVe et le XVIIIe siècle et c'est à peu près tout. Probablement comme le plus mécréant des ignorants suis-je déjà passé devant sa statue sans même le savoir. Aurais-je pris le temps de lire son nom que je n'aurais pas été plus avancé. «Tiens, ce brave homme perché sur ce socle d'airain est donc Colbert», me serais-je dit avant d'attraper mon bus. Et l'affaire en serait restée là.

Aujourd'hui, grâce aux manifestations de la semaine dernière, j'en sais un peu plus sur lui, notamment qu'il fut à l'origine du Code noir, lequel régissait le sort des esclaves aux siècles passés. Ce qui n'est pas bien, pas bien du tout. Vilain monsieur que ce Colbert. La prochaine fois, je ne manquerai pas de m'en aller lui tirer les oreilles et de lui dire ma façon de penser. Du moins si sa statue est toujours en place.

En soi, je n'ai rien contre le fait de déboulonner des statues, sauf qu'il faudrait les déboulonner toutes. Si Colbert a le droit à cet honneur, je ne vois pas pourquoi Voltaire ne connaîtrait pas le même sort tant ce dernier tenait en piètre estime –c'est peu de le dire– et les Noirs et les Juifs. Et quand on se sera débarrassé de l'auteur de Candide, on passera au suivant, à Rousseau qui abandonna ses enfants à l'hôpital public, à Jules Ferry, ce théoricien du colonialisme, à Napoléon qui ensanglanta toute l'Europe avec ses conquêtes meurtrières, à Hugo, l'amateur de chair fraîche, à l'Abbé Pierre, ce révisionniste qui s'ignorait, à tous ces grands hommes ou prétendus tels dont nul ne saurait résister à un examen rétrospectif de leurs actes et de leurs gestes.

Personne n'en réchappera. Ce sera un massacre absolu. Une vendetta sans retour. Qui peut imaginer un homme ou une femme ayant eu tout au long de son existence un comportement en tout point admirable dans sa vie publique comme dans sa sphère privée? Qui jamais n'aura écrit ou dit une parole offensante? Dont la vie aura été une suite interrompue d'éclairs de bravoure, une existence sans vice et sans travers, sans manquements ni petitesse, si linéaire et si grandiose qu'elle aurait comme quelque chose d'irréel, d'effrayant même?

Les individus sont les produits de leur époque, lesquelles charrient tout leur lot d'ignominies qui nous apparaissent comme telles une fois passées par le moulinet du temps. L'antisémitisme ou l'antijudaïsme de Voltaire ne peut être comparé à celui d'un Paul Morand ou d'un Céline qui même après l'Holocauste continuèrent à vilipender «la race juive». Le raciste de nos jours qui continuerait à louer les mérites de l'esclavage sera jugé bien plus sévèrement que celui qui présida à sa naissance même si les deux comportements sont tout aussi condamnables. Le colonisateur des époques reculées aura le droit à une certaine mansuétude, laquelle sera absente pour juger celui de l'époque moderne.

Un esprit aussi éclairé fut-il ne peut pas s'extraire des conditions qui donnèrent naissance à sa pensée. Nous sommes tous prisonniers de notre temps, nous voyons le monde comme il se présente sans qu'il nous soit possible de dire combien, sur certaines problématiques, il nous entraîne à nous comporter d'une manière qui avec l'accumulation des années apparaîtra aux générations futures comme tout à fait scandaleuse ou inappropriée.

Nous-mêmes qui passons notre temps à donner des leçons de morale, sans même que nous en ayons conscience, avons des attitudes, des pensées, des conduites qui un jour prochain ne manqueront pas d'indigner nos cadets, lesquels seront prompts à nous juger avant d'être à leur tour l'objet des remontrances de leur descendance et ainsi de suite comme une invariable qui régirait nos existences humaines.

Les héros n'existent pas, ce sont des créatures rencontrées seulement dans les livres d'enfants. Par nature, à des degrés divers, nous sommes tous coupables. Nous avons tous nos défauts, nos étroitesses, nos égoïsmes, nos lâchetés, nos rancœurs, nos jalousies mesquines, nos outrances, nos bêtises. Prétendre le contraire serait s'extraire de la condition humaine pour épouser un destin divin. Et encore, à bien des égards, même les dieux sont imparfaits!

L'histoire humaine n'est pas figée. Ses canons changent selon les humeurs des siècles. Les progrès scientifiques ne cessent de redistribuer les cartes et ce qui hier encore était pris pour une vérité éternelle sera démenti par l'apparition de nouvelles connaissances qui seront autant de désaveux pour les croyances d'antan.

D'une certaine manière, le temps passe son temps à se contredire, à dire tout et son contraire, à se renier, riant de nous autres qui sommes assez naïfs pour vanter la qualité de nos jugements comme immuables. C'est ainsi qu'autrefois dans les sanatoriums, on ne trouvait rien à redire aux malades qui fumaient! Il suffit de lire ou de relire La Montagne magique de Thomas Mann pour s'en convaincre.

Il est vrai que le cœur humain, lui, ne change pas et c'est probablement dans ce domaine que notre vigilance doit être de mise. Celui qui dans l'exercice de son pouvoir manifesta vis-à-vis d'autrui une haine viscérale à rebours des avancements de la science ou de la morale propres à son temps, celui qui au-delà des contingences de son époque, proclama la supériorité d'une peuplade sur une autre, celui dont l'incandescence de la pensée déboucha sur le massacre d'innocents, celui qui consacra toute sa vie à se répandre en considérations oiseuses au point d'en faire la matrice de son existence, celui-là ne saurait mériter de figurer dans l'espace public; sa place est dans le caniveau de l'histoire.

Colbert répond-il à cette définition?

Vu ma connaissance du bonhomme, il ne m'appartient pas d'en juger.

Quel courage que le mien!

censure culture histoire racisme
http://www.slate.fr/story/191721/deboulonnage-statues-figures-historiques-jamais-irreprochables-esclavage-colonisation-manifestations

Scarlett O'Hara ou la putain féministe | Slate.fr

Tue 16 Jun 2020 - 20:19

«Autant en emporte le vent», ce n'est pas juste une idéalisation de l'esclavage. C'est également une histoire de résilience, de sexe et de courage.

Il est probablement utopiste de penser réconcilier les deux camps qui aujourd'hui s'affrontent autour de la décision de HBO de retirer momentanément le film Autant en emporte le vent de sa plateforme, le temps de le «recontextualiser», et de celle de Warner Bros de déprogrammer sa projection au Grand Rex.

La seule chose que l'on puisse affirmer, c'est que cette œuvre littéraire est l'une des plus connues au monde, non seulement parce que les chiffres le disent (elle a été vendue à des millions d'exemplaires, traduite dans des dizaines de langues –une nouvelle traduction vient juste de sortir en français–, et en 2014, les Américain·es la citaient au deuxième rang de leur livre préféré, après la Bible. Pour la petite histoire, lors de sa publication en 1936, Margaret Mitchell avait dit: «J'espère qu'ils en vendront 5.000 exemplaires. Pour rentrer dans leurs frais»), mais aussi au vu du grand nombre de personnes qui ont un avis sur l'histoire que ce roman raconte.

Melanie, Belle, Mama et Prissy

Qui a lu et/ou vu Autant en emporte le vent vous dira que c'est l'histoire de Scarlett O'Hara (au départ, Margaret Mitchell l'avait appelée Pansy, ce qui avait beaucoup moins de gueule, admettez), jolie Sudiste de 16 ans qui voit son destin bousculé 1) par son amour impossible pour le fadasse Ashley Wilkes 2) par la découverte tardive qu'elle a un cœur et qu'elle peut aimer cette gourde de Melanie et ce tombeur de Rhett Butler 3) par la guerre de Sécession, la fin du monde qu'elle a toujours connu, la mort de ses parents 4) par la découverte qu'en couchant avec les bonnes personnes, tout devient possible.

Loin d'être l'histoire d'amour cucul la praline à laquelle elle est trop souvent réduite, Autant en emporte le vent est en réalité une fresque historique majeure, qui décrit pour la première fois –et c'est encore assez rare– l'histoire du côté des vaincus.

Margaret Mitchell «se souvenait d'avoir entendu, enfant, de nombreuses histoires de batailles héroïques, sur le courage des Sudistes et la traîtrise des Yankees, et sur la vie dans le Sud avant, pendant et juste après la guerre. Ce ne fut qu'à l'âge de 10 ans, plaisantait-elle, qu'elle se rendit compte que le Sud avait perdu», rappelle Cass R. Sunstein dans un excellent article publié en 2015 dans The Atlantic.

Mais c'est aussi, et peut-être surtout, une histoire de femmes. Celle de Scarlett bien entendu –on y reviendra–, mais aussi celle de Melanie, cruche hyper-patriote et d'une loyauté sans faille, tant à la «cause» qu'à la perfide Scarlett.

Mère courage et victime qui perd son frère à la guerre, voit son mari partir et son monde s'écrouler, comme la majorité des femmes de cette époque, Melanie est un symbole de la vie d'avant, de celles qui ne survivent pas à la catastrophe, à l'image des femmes d'Atlanta qui passent leur temps à médire sur Scarlett parce qu'elle s'adapte pour survivre –ce dont elles sont bien incapables.

C'est aussi, brièvement, l'histoire de Belle Watling, prostituée au grand cœur, dans les bras de qui Rhett se console quand Scarlett fait trop la peste et qui insiste pour que les vertueuses femmes sudistes qu'elle révulse prennent son argent sentant la luxure pour aider l'hôpital.

C'est l'histoire de Mama, la nounou noire de Scarlett, sa deuxième mère, femme roc, indéfectible et consentante, toujours prête à la ramasser quand elle tombe et la seule à exercer une quelconque autorité sur sa maîtresse, et de Prissy, la petite esclave insupportable du film qui se voit menacée d'être vendue par une Scarlett hystérique pendant le siège d'Atlanta, alors que Melanie est en train d'accoucher.

Le mariage comme instrument

Toutes ces femmes se prennent en pleine face ce que l'histoire des hommes a inventé de pire: la guerre, et s'en sortent plus ou moins bien. À une époque où les femmes blanches de cette société sudiste qui se voulait aristocratique servaient uniquement d'objet de décoration et de reproduction et où les Noires étaient des machines à servir leurs maîtres et leurs maîtresses, elles n'avaient d'autre choix que d'être des victimes à la merci de ce que les hommes pourraient ou voudraient faire d'elles.

Mais pas Scarlett. Au début de l'histoire, elle a 16 ans, elle n'est bonne à rien et c'est une ado obnubilée par celui qu'elle prend pour l'homme de sa vie et qui servira de fil conducteur à toute l'histoire. Au moment où la guerre est déclarée, elle épouse le frère de Melanie par dépit, parce que que peut-elle faire d'autre pour se rapprocher et se venger d'Ashley (qui devient ainsi son beau-frère)? Le mariage, objectif et finalité des femmes de son monde, devient soudain un instrument. Et ça marche.

De ce premier mariage éclair («Deux semaines plus tard, Scarlett était mariée, deux mois plus tard, elle était veuve»), Scarlett gagne, bien sûr, un enfant, «à son grand désarroi». Elle en aura un deuxième, une fille, quasiment invisible, lorsqu'elle convolera pour la deuxième fois, par intérêt, avec le fiancé de sa sœur.

Car si Scarlett, jeune fille, flirtait, une fois la guerre arrivée, lorsqu'elle constate qu'elle a presque tout perdu et que personne ne pourra l'aider, elle décide de se servir de la seule arme qu'elle a à sa disposition pour ne pas perdre ce qui lui reste et parce qu'elle doit subvenir aux besoins de sa famille: son corps.

Elle tente d'abord de se prostituer en vendant ses charmes à Rhett Butler, et la tentative ayant échoué, elle épouse un homme qui a une bonne situation et de l'argent, dont elle pourra se servir pour payer ses impôts, conserver sa maison et nourrir les siens.

Scarlett sera la cause indirecte de son second veuvage, ce que ne manque pas de lui reprocher son entourage: si elle a été agressée dans un bidonville près d'Atlanta, c'est qu'elle a osé le traverser seule, ce qu'une femme bien ne doit pas faire, en plus pour aller travailler (et allez savoir comment elle était habillée); son mari était bien obligé de la venger, ce qui lui sera fatal (et pourtant, Scarlett n'en demandait pas tant).

Car en plus elle travaille (un comble), et elle s'occupe si peu de ses enfants qu'ils ne sont même pas mentionnés dans le film. La seule fibre maternelle qu'on lui connaîtra sera éveillée par la petite Bonnie, qui meurt en bas âge –ce qui n'arrangera pas les affaires de son couple.

Scarlett est dans l'ensemble une mauvaise mère pour ses enfants non voulus, et c'est une garce: elle s'exhibe, elle flirte, elle vole les fiancés des autres (deux fois!), elle travaille au lieu de se résoudre à rester dans la misère, elle roule des pelles à son beau-frère et lui propose de s'enfuir avec elle, elle épouse un homme infréquentable en partie pour son argent (bien sûr, nous, on a compris qu'elle l'aimait, dans le fond, mais c'est une mule, cette fille), et au passage, elle tue un homme et l'enterre au fond du jardin.

Un modèle de survivante

Si malgré l'idéalisation de l'esclavage et les relents de glorification du Sud confédéré de ce roman, l'histoire de Scarlett a touché tant de gens, tant de filles et tant de femmes, c'est parce que cette jolie putain qui ne cesse jamais de se battre pour ne pas tout perdre et qui refuse de se laisser soumettre, c'est avant tout la survivante que nous voudrions toutes être.

C'est là un des grands rôles de la littérature: construire et offrir des personnages qui nous inspirent et nous font espérer que nous aussi, nous pouvons traverser les pires situations et avoir suffisamment de résilience et de force pour nous en sortir.

Car le choix qui est offert à Scarlett, c'est soit rester à sa place, perdre sa maison, voir sa famille crever de faim dans la dignité (et se faire violer par l'épouvantable Yankee qu'elle va trucider) mais rester ancrée dans le respect des traditions de son époque et de sa caste, soit envoyer valser la crinoline, serrer les dents et les fesses et faire ce qu'il faut bien faire, à la guerre comme à la guerre: une robe dans des rideaux et un passage obligé dans le lit d'hommes qu'elle méprise, parce que dans son monde, il n'y a pas de juste milieu.

Et il en faut, du courage, dans une fiction comme dans la vie, pour braver la morale, agir en faisant fi de toutes les conventions et décider de ne pas mourir. Quand elle revient à Atlanta en pleine reconstruction, elle n'en croit pas ses yeux: «“Ils t'ont brûlée”, pensa-t-elle, “et ils t'ont laissée pour morte. Mais ils ne t'ont pas vaincue. Ils ne pouvaient pas te vaincre. Tu te reconstruiras, aussi grande et aussi insolente qu'autrefois!”» On n'est pas trop sûr de savoir si c'est d'elle dont elle parle, ou bien de la ville.

Alors on peut taxer Autant en emporte le vent de racisme, en confondant fiction et documentaire, en choisissant d'oublier qu'il fut écrit par une femme née trente-cinq ans après le cataclysme qui bouleversa sa famille (son grand-père paternel fut blessé pendant la guerre de Sécession) et l'histoire de sa région, qui en portait encore des stigmates visibles, et brûler l'héritage, mais ce serait cracher sur ce qu'est avant tout le chef-d'œuvre de Margaret Mitchell: un modèle pour des millions de femmes qui à travers la vie de Scarlett ont espéré ou espèreront encore que quelles que soient les circonstances et quelles que soient, parfois, les pauvres armes qu'on leur laisse, demain sera un autre jour.

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http://www.slate.fr/story/191613/litterature-autant-en-emporte-le-vent-margaret-mitchell-femmes-scarlett-o-hara-survie-mariage-sexe-feminisme

"Autant en emporte le vent" victime de la nouvelle inquisition morale | Le HuffPost

Tue 16 Jun 2020 - 18:03

“Autant en emporte le vent” est probablement le plus grand film de l’histoire du cinéma. Il appartient à la grande tradition des films humanistes dont les héros sont des individus naufragés dans un monde en voie de destruction et qui font survivre une certaine idée de la nature humaine.

La résistance aux coups du destin, le refus d’allégeance au malheur et la fantastique énergie vitale capable de se déployer du fond du désespoir pour nous faire renaître de nos cendres.

C’est un film d’amour avec le couple le plus glamour de l’histoire d’Hollywood qui a fait rêver des millions de personnes en leur donnant de la force et de l’espérance. C’est un film d’adulte, précision importante, pour un cinéma aujourd’hui dédié aux adolescents.

Une nouvelle illustration d’un courant de décérébration

L’annulation de la projection de “Autant en emporte le vent” au Grand Rex sur demande de la Warner Bros est une nouvelle illustration du courant de décérébration qui s’est emparé de notre société.

La barque qui circule sur ce fleuve qui accélère son cours depuis une décade s’appelle la nouvelle morale.

Nous nous retrouvons tous, qu’on le veuille ou non, entassés sur ce nouveau véhicule. Le rythme s’accélère et nous n’avons que très peu de moyens de freiner l’évolution exponentielle du phénomène.

“Autant en emporte le vent” est raciste comme “La chevauchée fantastique” l’est. Comme tous les westerns le sont dès qu’ils mettent en scène un sauvage indien massacré par un cow-boy civilisé. Excluons donc les westerns de nos collections cinéma.

Excluons tous les films qui donnent de l’histoire une vision biaisée, intolérante, manichéenne.

Excluons en réalité tous les auteurs qui ont un regard.

L’art sous haute surveillance

Nous sommes dans le monde de la “doxa”, de l’opinion collective qui installe ses œillères mentales, par petites touches quotidiennes dont nous n’avons pas toujours conscience.

Il y a aujourd’hui un axe du bien imposé dans notre culture que vous avez plutôt intérêt à respecter si vous voulez survivre. L’art est aujourd’hui, comme le reste de notre société sous haute surveillance.

Ne prenez pas de liberté avec les grands sujets sacrés et fédérateurs: l’écologie, la famille, le handicap, le multiculturalisme. Vous risquez de graves déconvenues.

Les films sans gluten sont la règle aujourd’hui, dénués de toute molécule allergisante.

La critique s’est médicalisée. On ne critique plus, on aseptise. La plupart des films d’aujourd’hui sont sous antibiotiques pour éviter la virulence. Attention aux résistances…

Excluons! puisque nous sommes aujourd’hui des modèles de perfection morale et que nous avons fait amende honorable de toutes nos erreurs passées. Excluons et voyons ce qui restera de la culture.

“On ne critique plus, on aseptise”

On parle d’un film américain mais il ne faut pas s’arrêter là. Un coup d’œil sur notre patrimoine et nous verrons que les œuvres les plus innocentes sont farcies de sectarisme.

Pourquoi ne pas considérer que la trilogie de Marcel Pagnol, Marius Fanny César, constitue une grave atteinte aux droits des marseillais. Car quel marseillais aujourd’hui peut se reconnaître dans l’image qui lui est donnée de lui-même, de joueur de belote alcoolisé au pastis, tricheur, menteur et totalement centré sur son petit monde, indifférent au sort du moindre quidam né à plus de quarante mètres du vieux port.

Je lis dans Le Parisien (article abonnés, NDLR) du samedi 13 juin 2020 que des soi-disants historiens mettent sur un plan comparable “Autant en emporte le vent” et “Mein Kampf” et jugent nécessaires d’imposer un avertissement préalable au visionnage ou à la lecture.

Comme quoi la connerie est souvent diplômée.

Censure propre

J’y vois deux points à souligner:

Le mépris complet pour l’intelligence moyenne du public qui accéderait à une révélation inespérée grâce à l’avertissement d’une phrase de prévention ouvrant les œuvres sulfureuses.
Faudra-t-il passer toutes les œuvres au tribunal de la nouvelle inquisition ?Pensons aux films qui nous resterons, ceux qui auront le label “bonne moralité”. Les films lèche-culs, bien pensants, bien propres qui s’engraissent des millions d’entrée de spectateurs frileux mais contents d’être rassurés dans les salles sur une société qui leur est montrée comme elle est dans la vie, bien gentille, aimable, ouverte, hospitalière.

Tout cela rappelle quand même une époque particulièrement sombre pour le cinéma et pourrait bien initier un nouveau maccarthysme à la sauce européenne.

Naissance de la nouvelle censure à costume de tolérance et de bonne moralité. Censure propre.

Tiens, pour les historiens révisionnistes d’Hollywood, je rappelle que c’est grâce à “Autant emporte le vent” que le premier oscar pour un acteur noir a été attribué (Hattie mc Daniel) et que Hollywood a commencé à entrouvrir ses portes à la diversité.

Les redresseurs de tort ont donc bien raison d’interdire le visionnage de cette œuvre qui a participé à l’évolution de la société mixte.

Le thème du film était la fin d’une époque.

Il faudra consacrer quelques mètres de pellicule à la fin du cinéma, la fin d’un temps d’expression libre, où l’humanisme de surface ne suffisait pas.

Du conformisme, des leçons de conduite, de la médiocrité, voilà ce qui restera. Autant en emportent les cons.

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https://www.huffingtonpost.fr/entry/autant-en-emporte-le-vent-victime-de-la-nouvelle-inquisition-morale_fr_5ee8cf5cc5b67c0f6dbd8ce0

Copier/coller : comment le "bâtonnage" est en train de détruire le journalisme

Tue 16 Jun 2020 - 10:33

Sophie Eustache écrit dans la presse professionnelle, syndicale et généraliste. Syndiquée au SNT-CGT, elle a aussi créé l’association "Journalistes debout" en 2016. Elle fait paraître aux éditions Amsterdam "Bâtonner, Comment l’argent détruit le journalisme", réquisitoire contre un "journalisme de marché".

Marianne : Que signifie "bâtonner" ?

Sophie Eustache : Le "bâtonnage" est une pratique journalistique apparue dans les services web quand il a fallu "produire du contenu", c’est-à-dire écrire le plus d’articles possibles, pour contenter les algorithmes. C’est du copier/coller amélioré, souvent de dépêches mais aussi d’articles de journaux. Le temps d’écriture est environ de 30 minutes pour pouvoir publier un article toutes les heures en moyenne. C’est donc du travail qui se fait à la chaîne. La quantité prime la qualité.

En quoi le "deskeur", celui qui "bâtonne" à son bureau, est-il typique du journalisme contemporain ?

Le travail au desk a poussé à bout la logique de concurrence mimétique, bien antérieure à Internet. Grâce aux algorithmes des réseaux sociaux, les audiences sont mesurées bien plus précisément qu’auparavant. On peut même anticiper le nombre de clics que va avoir un article avant de l’écrire ! 64% des informations sur les sites généralistes d’information, d’après l’économiste des médias Julia Cagé, sont du copier/coller.

Internet aurait pu être un outil émancipateur pour les journalistes, mais en réalité, c’est une désillusion

Vous écrivez que Google est devenu le rédacteur en chef, en particulier dans les services web des journaux. Quels furent les dommages d’Internet pour le journalisme ?

Internet aurait pu être un outil émancipateur pour les journalistes, mais en réalité, c’est une désillusion. Des pratiques comme le bâtonnage ont déqualifié le métier. Faire du copier/coller sans avoir le temps de faire des sujets originaux, d’enquêter, d’aller à la source de l’information et de réfléchir à sa propre pratique, ressemble à de l’automatisation du travail. C’est une perte de sens. L’idée qui sous-tend la production de contenus dans les médias privés, c’est d’engranger des revenus publicitaires. Les sujets sont choisis en fonction des potentiels d’audience. Il y a des magazines et des projets éditoriaux qui se créent uniquement parce que les commerciaux ont repéré un marché publicitaire… c’est le cas notamment de certains magazines lifestyle ou santé grand public.

Pourquoi écrivez-vous que les frontières entre journalisme, communication et publicité sont de plus en plus poreuses ?

C’est également lié aux outils marketing. Ils permettent non seulement d’avoir une fine connaissance des audiences mais aussi de collecter des données personnelles pour pouvoir mener des campagnes publicitaires ciblées. En rachetant Doctissimo, TF1 a mis la main sur une immense base de données qu’il peut vendre aux annonceurs. Dans l’entreprise dans laquelle je travaillais, les dossiers qui faisaient la une chaque mois étaient fixés par le service commercial. Il commençait à vendre les encarts publicitaires avant même l’écriture des articles ! Je parle également dans le livre des live media. Des médias, comme la Tribune, sponsorisent des événements dans lesquels leurs clients ont la parole autour de tables rondes animées par des journalistes de la rédaction. Ces derniers doivent poser les questions qui conviennent …

Le temps d’écriture est environ de 30 minutes pour pouvoir publier un article toutes les heures en moyenne. C’est donc du travail qui se fait à la chaîne. La quantité prime la qualité.

Vous évoquez aussi dans votre ouvrage la concentration des médias. Quels intérêts industriels cela cache-t-il ?

La plupart de ceux qui investissent dans les médias ont des activités qui dépendent des commandes ou de la régulation de l’Etat, c’est le cas de l’industrie BTP de Martin Bouygues ou des opérateurs de téléphonie mobile (Xavier Niel, propriétaire du Monde et patron de Free par exemple). Avoir un journal est un outil d’influence, même symbolique, pour peser sur les pouvoirs publics. Patrick Drahi arrive, lui, à faire de l’optimisation fiscale. Comme Libération est déficitaire, en vertu du dispositif du compte consolidé, le résultat total de son groupe baisse ainsi que le montant des impôts à payer. Avec SFR Presse, il fait appliquer la TVA de la presse sur une partie de ses abonnements. Ce qui permet encore d’économiser quelques millions ! Acheter un média permet aussi de tirer sur les concurrents par colonnes ou tribunes interposées.

Diriez-vous que le journaliste est dépossédé de son travail ?

C’est surtout vrai pour le "deskeur" : copier/coller n’a rien d’artisanal ! Dans les services web, la disparition des rubriques a dépossédé les journalistes de leur expertise. Avec la crise sanitaire actuelle, on s’aperçoit que les rédactions manquent cruellement de journalistes scientifiques. Les pigistes, eux, sont la variable d’ajustement. Ils sont plutôt dépossédés au sens où ils ont peu de contrôle sur leurs moyens d’existence. Avec le coronavirus, c’est encore pire. Beaucoup de pigistes, spécialement dans le domaine du sport et de la culture, se retrouvent sans travail à cause d’entreprises qui leur refusent le chômage partiel. Ils y ont pourtant droit s’ils sont des pigistes réguliers. Ils sont salariés au même titre que les journalistes postés. Pour les pigistes comme pour les deskeurs, les titres sont aussi souvent modifiés sans leur autorisation afin d’être plus racoleurs. Beaucoup de correspondants à l’étranger se plaignent de cette pratique qui les met parfois en danger sur le terrain.

Est-ce qu’on peut résumer les choses ainsi : un journaliste doit choisir entre bien faire son travail et être payé correctement, sauf s’il a beaucoup de "piston" ?

On peut le résumer ainsi, encore que les "pistons" ne soient pas toujours suffisants. Ceux qui ont des ressources financières, je pense notamment aux pigistes qui ont le soutien familial, arrivent encore à pratiquer leur métier plus sereinement. Si on ajoute à cela le coût des écoles de journalisme, on comprend pourquoi il y a une augmentation de la part des personnes issues de la bourgeoisie parmi les journalistes. Cela a une conséquence sur le traitement de l’information, notamment des mouvements sociaux.

Il y a une responsabilité collective, donc aussi des journalistes

Que faudrait-il faire pour donner du temps aux journalistes et les sortir de la précarité ?

Julia Cagé a développé un modèle de société de média à but non lucratif, dans lequel les journaux seraient possédés par une multitude de petits actionnaires. Son principe : mieux vaut mille petits actionnaires qu’un seul ! Le Monde diplomatique a aussi avancé un ‘projet pour une presse libre’ qui consiste à financer l’information sur le modèle de la cotisation, donc à partir de salaire socialisé, ce qui remplacerait les aides à la presse. La presse d’intérêt général pourrait en bénéficier, à condition d’être à but non lucratif et de proscrire la publicité. Un service commun fournirait, lui, les moyens techniques aux journaux (diffusion, imprimerie, recherche et développement). Enfin, on peut citer les propositions du syndicat SNJ-CGT : durcissement des lois anti-concentration des médias, suppression des aides à la presse pour les employeurs qui ne respectent pas le droit du travail (et ils sont nombreux, notamment pour les pigistes !), attribution prioritaire de ces aides pour la presse indépendante, reconnaissance de l’indépendance juridique des rédactions …

Quelle est la part de responsabilité des journalistes eux-mêmes et sont-ils prêts à changer les choses ?

Il y a une responsabilité collective, donc aussi des journalistes. La plupart d’entre eux sont apathiques à cause de la précarité mais aussi parce qu’ils ont tendance à valoriser certaines contraintes, comme l’urgence. Les journalistes sont à peine plus syndiqués que la moyenne nationale car ils sont nombreux à avoir intériorisé le discours anti-syndical que relaient les médias dominants, ce qui n’aide pas non plus à mobiliser. Pour toutes ces raisons, je suis assez pessimiste pour l’avenir proche. Mais il y a bien un moment où il faudra changer radicalement de modèle.

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Les Travellers, une minorité irlandaise étrangère dans son propre pays | Slate.fr

Fri 12 Jun 2020 - 10:11

Cette communauté vit en marge du mode sédentaire du reste de l'Irlande où elle subit rejet et discriminations au point que ses membres doivent parfois cacher leur identité.

«Le taux de suicide est important, en grande partie à cause du racisme que nous subissons», constate Sindy Joyce, première doctorante Traveller d'Irlande.

«Dans les années 1960, nous étions perçus comme une communauté sédentaire déviante», raconte Michael McDonnell, un quinquagénaire à la barbe fournie. Membre du Meath Travellers Workshop, il propose à l'ensemble des écolièr·es de l'île des programmes d'enseignement de l'histoire, de la culture et de la langue des Travellers, le shelta. Il fait partie des 0,7% d'Irlandais·es qui appartiennent à la communauté des Travellers («voyageurs» en anglais).

Ce groupe minoritaire a longtemps été oublié des livres d'histoire. La majorité des universitaires affirmaient que leurs particularismes, parmi lesquels le nomadisme, dataient de la famine de 1845 et n'étaient donc pas assez anciens pour être reconnus dans la culture du pays. Il y a soixante ans, «le gouvernement parlait de ré-assimilation, se rappelle Michael McDonnell. Des terrains communaux étaient mis à disposition pour que nous nous sédentarisations».

Michael McDonnell apprend les traditions nomades des Travellers aux enfants de plusieurs écoles irlandaises venus à l'université de Galway accompagnés de leurs professeur·es à l'occasion de l'«Ethnecity Day».

Une minorité ethnique reconnue

Les Travellers se sont en réalité détaché·es volontairement du reste de la population irlandaise dans les années 1600 pour mener une vie de nomades essentiellement dans les îles britanniques. Le Royal College of Surgeons d'Irlande a prouvé en 2017 l'inexactitude des hypothèses qui assuraient que les Travellers descendaient d'autres populations, comme les Roms ou les gitans.

La même année, l'État les a officiellement reconnus en tant que minorité ethnique, ce qui contribue à leur garantir un «avenir meilleur avec moins de négativité, d'exclusion et de marginalisation», selon le ministre de la Défense de l'époque, Enda Kenny. Le 1er mars 2017 est depuis célébré sous le nom de «l'Ethnicity Day». En cet hiver 2020, l'université de Galway, l'établissement d'étude supérieure qui accueille le plus d'étudiant·es Travellers, a choisi de fêter ce jour de manière retentissante.

Conférences, cours d'histoire et présentation de la culture des Travellers sont au programme. Entouré d'une caravane de voyage en bois multicolore, d'un feu de camp et de bottes de foin, Tom McDonnell martèle l'étain pour le transformer en récipients. Ce métier autrefois courant chez les Travellers –et qui leur a valu le surnom péjoratif de «tinkers» («travailleurs de l'étain»)–, n'est désormais exercé que par deux personnes. L'élevage de chevaux et la main-d'œuvre saisonnière façonnaient également la vie anciennement nomade des Travellers. Désormais, 78,6% d'entre elles et eux habitent la ville.

Tom McDonnell transforme l'étain en tasses, bols ou carafes, un savoir-faire ancestral est intrinsèque à la culture des Travellers.

Des préjugés transmis par la télé

«Dites-moi, comment surnommez-vous les Travellers?», harangue Michael McDonnell devant une classe de lycéen·nes qui visitent l'exposition. «Allez-y, n'ayez pas peur!», les invite-t-il. «Knackerman» («tueurs d'animaux»), «alcoholics» («alcooliques»), «Pikey» (un terme qui désigne la classe basse d'un pays)... Les insultes fusent de manière embarrassée, sous le regard de la sénatrice indépendante Alice Mary Higgins. «Les Travellers sont perçus par le reste de la population de manière négative», explique-t-elle.

«Nous sommes perçus comme violents, dangereux et alcooliques», décrit Patrick McDonagh, un Traveller de 23 ans qui poursuit des études d'histoire médiévale à l'université de Trinity (Dublin). Ces préjugés sont véhiculés par des émissions de télé-réalité telles que Big Fat Gypsy Weddings et la presse. «Beaucoup de gens n'ont jamais rencontré de Travellers, ni vécu à côté d'eux. Pourtant, ils ne veulent pas de nous comme voisins parce qu'ils regardent les informations à la télévision et elles sont toujours négatives», explique Patrick Reilly, membre de Pavee Point, une association qui défend les droits des gens du voyage en Irlande.

Les Travellers parlent avec un accent particulier qui les distingue du reste de la population, tout comme le font leurs noms de famille. «Avec mon mari, nous cherchions un endroit pour manger et boire à Dublin, mais dès que nous entrions quelque part, l'entrée nous était refusée», se souvient Géraldine McDonnell, une Traveller d'une vingtaine d'années qui lutte contre les discriminations avec Pavee Point. Elle a également dû utiliser un autre patronyme que le sien pour réserver un lotissement de camping: «Ils nous refusaient, car trop de membres de ma famille avaient réservé dans cet endroit.»

Geraldine McDonnell et Patrick Reilly sont membres de Pavee Point, un organisme qui lutte contre les préjugés dont sont victimes les gens du voyage en Irlande.

Ces discriminations incessantes poussent certain·es Travellers à masquer leur identité. «Lors d'un événement, une serveuse me parlait avec ce que l'on pourrait appeler un accent normal de Dublin. Quand son manager est parti, elle s'est mise à me parler avec un accent qui ressemblait au mien. Elle m'a dit: “Écoute, je suis une Traveller et je ne veux pas leur dire.” Elle avait peur. Elle cachait son identité, de peur de perdre son travail», raconte Géraldine McDonnell, révoltée. Sur les 30.000 Travellers qui vivent en Irlande, 80% sont sans emploi.

Un taux de suicide très élevé

«Un salon funéraire a refusé de prendre en charge un enfant de 14 ans parce qu'il était Traveller», se remémore Sindy Joyce, première doctorante Traveller d'Irlande. Cette affaire, portée devant le tribunal de l'égalité, a fait grand bruit en 2014. Le funérarium de Michael Ryan a été condamné à verser 6.384 euros à la famille de l'enfant décédé.

Dans la communauté, 82% des Travellers ont connu un suicide dans leur entourage. «Le taux de suicide est important, en grande partie à cause du racisme que nous subissons», constate Sindy Joyce. Alors qu'elle était en première année de licence, le frère de cette imposante trentenaire au regard triste s'est donné la mort. «Quand tu vis une vie comme la nôtre, tu commences à perdre espoir et c'est comme ça que la dépression commence», déclare-t-elle avec fermeté.

Parmi les Travellers, 56% affirment que leurs activités quotidiennes sont restreintes à cause de leur mauvaise santé mentale et physique. «Il est difficile pour un Traveller de trouver un médecin généraliste, explique Caoimhe McCabe, employée de Pavee Point. Ils affirment être complets, mais on ne sait jamais s'ils le sont réellement ou s'il s'agit de discrimination.»

«Les Travellers n'ont pas les moyens financiers d'aller voir un médecin ou de s'inscrire dans une structure pour faire une activité physique», ajoute Tara Curran, employée de la fondation Irish Heart qui met en place des programmes spécifiques pour les aider. Un fort taux d'illettrisme les empêche également d'avoir accès à la carte médicale, car «cela peut être intimidant pour eux de faire les papiers administratifs».

Un niveau d'études en progression

Seulement 8% des Travellers ont étudié jusqu'au «Leaving Certificate Level» –l'équivalent du baccalauréat– contre 73% pour le reste de la population. «Il y a quelques années, les parents ne poussaient pas leurs enfants à poursuivre des études, se souvient Cliona Ward, membre de la communauté du voyage irlandaise. Mais les choses changent!» Même si son fils Tom affirme que «[sa] directrice [le] déteste», elle l'oblige à poursuivre ses études.

«L'école est difficile pour eux, car ils n'ont pas l'habitude de rester assis à écouter un professeur et leurs parents, souvent illettrés, ne peuvent pas les aider à faire leurs devoirs», indique Jason Byrne qui s'occupe de la liaison entre les familles et les professeur·es à l'école Scoil Chroi Iosa de Galway. «Les Travellers ne sont que deux ou trois par école. Ils se sentent incompris et rejetés.»

Le nombre de Travellers poursuivant des études supérieures a augmenté de 88% entre 2011 et 2016. «Il y a dix ans, j'étais le seul de ma communauté sur le campus, témoigne Owen Ward, un Traveller qui a poursuivi une licence au sein de l'université de Galway. Désormais, nous sommes une vingtaine.»

Owen Ward est à l'initiative de l'événement organisé par l'université de Galway pour promouvoir la culture ancestrale des Travellers.

Les modèles d'excellence et d'inspiration issus de la communauté des Travellers se multiplient. En témoigne l'arrivée de Ian McDonagh sur le campus de Galway. Cet étudiant de 17 ans a remporté deux concours scientifiques nationaux. Il est une véritable célébrité auprès des jeunes. À l'image de Francis Barrett, un boxeur professionnel qui a représenté l'Irlande aux Jeux Olympiques de 1996, il montre sous un meilleur jour cette communauté persécutée au sein de son propre pays.

Irlande minorité nomades Travellers voyageurs
http://www.slate.fr/story/191460/irlande-travellers-minorite-ethnique-etrangere-propre-pays-discriminations

Sécurité routière : les ralentisseurs sont-ils dangereux ?

Fri 12 Jun 2020 - 07:22

Les dos d’âne sont-ils dangereux ? Il y en a 400.000 en France et il semble que la réponse soit positive, pour la plupart, selon des associations d’automobilistes qui ont décidé de porter cette affaire en justice. À Toulon, le tribunal administratif va se pencher sur la question, et des centaines de ralentisseurs pourraient être détruits dans la région.

En effet, ils ne respecteraient pas la hauteur réglementaire, et seraient à l’origine de nombreux accident. "On a listé ces ralentisseurs en prenant des photos. Notamment, ils ne peuvent pas être implantés sur une route où il y a une très forte circulation, plus de 3.000 véhicules par jour", explique Me Gaulmin, avocat des deux associations à l’origine du recours.

L’avocat ajoute que les dos d’âne sont souvent trop hauts. "La norme maximale exige une hauteur maximale de 10 cm. On a beaucoup de ralentisseurs qui mesurent 15 cm, 20 cm, voire 25 cm", précise-t-il.

Par ailleurs, sans nier l’utilité de ces dispositifs notamment dans les zones habitées, l’association Mobilité sereine et durable pointe des dangers pour la santé des conducteurs. "C’est tout simplement le problème du tassement de la colonne vertébrale, qui à un moment donné à force de passages répétés sur des ralentisseurs, crée un problème de blocage du dos. Il faut savoir qu’un chauffeur de bus, en moyenne, c’est 300 ralentisseurs par jours", indique Thierry Modolo, président de l’association.

ralentisseurs
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/securite-routiere-les-ralentisseurs-sont-ils-dangereux-7800589681

Il souffle un «Autant en emporte le vent» mauvais | Slate.fr

Thu 11 Jun 2020 - 13:19

Faut-il récrire l'Histoire ?

HBO a enlevé le film de Victor Fleming de sa plateforme au motif qu'il «dépeint des préjugés racistes» communs en 1939 mais plus aujourd'hui. Un retrait démagogique et stupide.
On en est là.

«Qualifié par des historiens de révisionniste, le film de Victor Fleming sorti en 1939 a été retiré de la plateforme de streaming HBO Max, en plein mouvement de protestation contre le racisme et les violences policières aux États-Unis» nous apprend une dépêche AFP.

Inutile de faire ici le panégyrique du film aux dix Oscars, du ciel flamboyant d'Atlanta et des amours impossibles de Clark Gable et Vivian Leigh. Rien de cela n'est en cause. C'est la «version romantique du Sud et [la] vision très édulcorée de l'esclavage» du film qui posent problème, dans un contexte de tensions raciales très violentes aux États-Unis. Déjà, en 2017, à Memphis, un cinéma avait interrompu la projection annuelle du film «estimant que cette œuvre [...] était insensible au public afro-américain».

Fallait-il retirer, même temporairement, ce film d'une plateforme de streaming?

Non, évidemment non.

D'abord parce que personne ne va arrêter de manifester en se disant «Bon, les gars, c'est ok, tout va bien, Gone with Wind n'est plus sur HBO Max, on a gagné, on rentre à la maison dans le calme» et qu'il est peu probable qu'un flic cesse de tabasser un·e Noir·e à mort en lui sortant: «Oups, excuse-moi, mon vieux, j'ai vu qu'HBO avait retiré Gone with the Wind de sa plateforme, du coup, j'ai déconstruit mes préjugés et c'est fini je suis plus raciste du tout, merci HBO.»
La censure est inefficace, laide et bête. L'autocensure n'a rien à lui envier.

Ce retrait pose de nombreuses questions. Et, comme tout acte de censure, il nous invite à couper court à l'émotion de l'instant («c'est nul!» versus «enfin!») pour réfléchir à ce qu'il signifie.

Cachez ce Sud que je ne saurais voir

D'abord, HBO prend à l'évidence les gens pour des imbéciles. HBO considère que nous regardons un film de 1939 en 2020 en le prenant entièrement au premier degré. En gros, Gone with the Wind est une sorte de documentaire ou un document de propagande bien fichu (dont s'emparent d'ailleurs des activistes –révisionnistes– de The Lost Cause) et comme nous sommes bêtes, on ne s'en rend pas compte. Comme nous n'avons aucun jugement critique, aucune distance, et qu'on bouffe du racisme et du préjugé sans sourciller, autant retirer ce film puisqu'il est problématique. De la tartufferie ordinaire (cachez ce Sud que je ne saurais voir) naîtra un besoin viscéral de voir, de savoir, de s'échanger sous le manteau l'œuvre censurée. HBO nous prend pour des imbéciles mais crée l'envie de voir, comprendre ou défendre une œuvre légendaire et quasi oubliée: le film a vieilli et il dure 238 minutes de trop pour les jeunes d'aujourd'hui.

Sans «Gone with the Wind», que serait «Get Out»?

Ensuite, Gone with the Wind est au film romantique ce que sont, parmi d'autres, The Covered Wagon (1923) ou The Plainsman (1937) au western. Des films où les Indiens sont des violents, agressifs et cruels et ne méritent rien d'autre qu'une bonne giclée de plomb viril. Mais voilà, depuis, il y a eu La Flèche brisée, La Dernière chasse, Soldier Blue, Jeremiah Johnson, Little Big Man, Josey Wales... Si notre représentation des Indiens a changé, c'est aussi parce qu'elle s'est construite, sédimentée avec tous ces films, y compris les premiers.

Il en est de même dans la représentation des personnages noirs avec, me semble-t-il, une filiation évidente et tortueuse, qui conduit de Gone with the Wind jusqu'à Us, en passant par Sergeant Rutledge, Malcolm X, Amistad, Django Unchained ou 12 Years a Slave, Avec ses multiples pistes et significations cachées, le fim de Jordan Peele, Us, est à l'évidence le fruit de cette longue histoire. Et Get Out la version grinçante de Devine qui vient dîner...

Et c'est aussi ce qui fait la force et la singularité du cinéma américain (pardon: États-unien, je vais me faire lyncher), qui a toujours su se renouveler, à partir de son histoire et de ses mythes plus ou moins frelatés, en accompagnant ou précédant les évolutions sociétales. Si vous retirez Gone with the Wind de cette lignée, peut-être aurez-vous la satisfaction ponctuelle de vous dire: «Ouf! Cette année, je passe pas Noël avec mon beauf'», mais votre famille ne serait plus tout à fait la même. Sans oublier qu'on est toujours le beauf' de quelqu'un.

L'art éveille notre intelligence, la censure l'éteint

Par ailleurs, qu'on l'aime ou pas, Autant en emporte le vent reste un des films majeurs de l'histoire du cinéma, par ce qu'il comprend de démesure et dit de cet âge d'or des studios d'avant-guerre. Qu'il soit raciste et réécrive l'histoire de la guerre de Sécession est une évidence. Mais, à chaque fois que je l'ai vu, cela m'est apparu comme une évidence. De la même manière que la vision raciste, paternaliste et colonialiste de Tintin au Congo ou Cinq Semaines en ballon ne m'a jamais échappé, y compris lorsque j'étais gamin. Lorsque je lis Drieu La Rochelle, je ne deviens pas fasciste, pas plus qu'ouvrir un bouquin d'Aragon ne fera de moi un communiste. J'arrive aussi à lire Les Aventures de Babar sans me prendre pour un éléphant.

Il est probable que les grottes de Lascaux ont été peintes par des hommes qui violaient des femmes et couchaient avec leurs enfants. Et je sais qu'il y a eu pas mal de morts dans les chantiers des cathédrales et qu'on laissait mourir des esclaves dans les tombeaux royaux égyptiens. Je ne demande pas pour autant une mise en garde contextualisée devant ces monuments.

Quand je lis, écoute, regarde, visite... se jouent en moi deux processus distincts: identification et distanciation. Or, chaque censure nie mon libre arbitre et ma capacité à me distancier. Chaque censure me renvoie au procès grotesque et hélas réel intenté à Madame Bovary en 1857, au nom des bonnes mœurs. Un dictionnaire de la bêtise s'attaquant à un monument d'intelligence.
Lorsque je lis Drieu La Rochelle, je ne deviens pas fasciste, pas plus qu'ouvrir un bouquin d'Aragon ne fera de moi un communiste.

Paraphrasant Ernest Pinard, procureur impérial, on pourrait dire de Gone with the Wind: «Un film admirable sous le rapport du talent mais un film exécrable au point de vue de la morale!»
De ce procès, le plus consternant (ou désopilant, c'est selon) est le choix (ou plutôt le non-choix) de la défense. Pour sauver le roman, son avocat plaide la relaxe et entreprend de «démontrer que Flaubert a voulu faire œuvre de moraliste, ou que du moins une moralité se dégage de son œuvre». Et c'est pourquoi les scènes crues sont à peine effleurées («La toute-puissance descriptive disparaît parce que sa pensée est chaste») et qu'Emma «est cruellement punie de ses fautes, trop cruellement puisqu'elle meurt dans d'épouvantables souffrances: “L'adultère que dépeint Flaubert n'est pas charmant, il n'est chez lui qu'une suite de tourments, de regrets de remords”.»

Pour se jouer de la censure, il fallait donc être aussi hypocrite qu'elle. Les courbettes en vigueur aujourd'hui et les précautions de HBO ne servent guère la cause antiraciste. Il est même à craindre que ce happening de bonne conscience contribue à renforcer les haines et les préjugés.

La censure est le Pôle emploi des critiques

Loin de moi l'idée de considérer Gone with the Wind comme un film ordinaire et d'ignorer les préjugés qu'il véhicule. Mais j'ai du mal à croire que nous regardons ce film en 2020 comme nos grands-parents le regardaient en 1939, de la même manière que je n'imagine pas un instant que le lectorat d'aujourd'hui puisse considérer que Madame Bovary est une œuvre pornographique. On grandit, on mûrit, on s'informe, on apprend, on sait. Penser le contraire, voire l'imposer, est infantilisant.

Qu'il existe ici ou là des groupuscules racistes qui érigent ce film en symbole d'une histoire fausse et fantasmée doit nous consterner autant que nous inquiéter. Que les héritièr·es de Margaret Mitchell aient réussi en 2001 à faire interdire une version noire du livre (The Wind Done Gone, d'Alice Randall) en arguant du copyright ne doit tromper personne. Mais ne donnons pas à ces cortex rabougris la victoire d'une censure qui ne ferait que les conforter dans leurs délires haineux en leur offrant sur un plateau des torrents d'argumentaires nourris de persécution, de vérités soi-disant cachées et autres petits complots. C'est en faisant appel à l'intelligence des imbéciles qu'on les confond. Pas en nous comportant nous aussi en imbéciles.

Estimant que maintenir le film tel quel aujourd'hui serait «irresponsable», HBO entend le remettre dans son catalogue, dans son format original, «car procéder autrement reviendrait à prétendre que ces préjugés n'ont jamais existé», a expliqué un porte-parole, tout en assortissant la diffusion d'une «discussion du contexte». Peut-être un bandeau d'avertissement (version cheap) ou un entretien critique, on ne sait. Si HBO a vraiment les chocottes, il lui sera loisible de faire précéder le film d'un avertissement: «Attention! Ce film est sorti en 1939, à une époque où vos grands-parents et arrières grands-parents ne pensaient pas comme vous aujourd'hui et on pense que vous êtes incapables de le comprendre par vous-mêmes.» Ça ne servira à rien.
Qu'il existe des groupuscules racistes qui érigent ce film en symbole d'une histoire fausse et fantasmée doit nous consterner autant que nous inquiéter.

Je préfèrerais et de loin l'entretien critique avec des spécialistes en histoire, cinéma ou sociologie qui enrichiraient le débat au lieu de l'appauvrir. Et puis, pourquoi ne pas proposer également une version «universitaire» du film, avec commentaires critiques et rappels historiques? Nul doute que ce serait instructif et nous aiderait à appréhender ce film dans ce qu'il dit des mensonges et aveuglements d'une époque.

Enfin, commencer à censurer, supprimer, occulter, faire disparaitre des œuvres est totalement contre-productif pour qui entend les dénoncer, analyser, déconstruire, reconstruire, pasticher, enseigner... Si un jour Gone with the Wind n'était plus visible, ici ou là, des journalistes et des profs devraient supprimer quelques paragraphes, renoncer à une partie de leur cours. Quelques pastiches perdraient leur raison d'être et le militantisme s'en trouverait réduit, n'ayant plus une œuvre phare à stigmatiser. Pensez à vos jobs, camarades!

Bien sûr, me direz-vous parfois, Jean-Marc Proust, ce vieux mâle blanc de 50 ans, en parle à son aise car il ne subit pas les préjugés, abuse de ses privilèges et Gone with the Wind ne le touche pas plus que ça en raison de sa couleur de peau. J'entends déjà l'objection, tellement convenue et facile. Certes, discréditer une personne dont les arguments vous dérangent permet de ne pas débattre, mais qu'y gagnerez-vous ?

autant-en-emporte-le-vent censure Histoire
http://www.slate.fr/story/191490/autant-en-emporte-le-vent-hbo-retrait-plateforme-demagogique-stupide

Présentiel, distanciel, référentiel, actantiel... Ciel, mon français ! : À la fortune du mot

Sun 7 Jun 2020 - 09:13

Naguère, on travaillait « sur place » ou « à distance ». Le confinement aura vulgarisé ce qui relevait jusque-là du jargon des entreprises : travailler « en présentiel » ou « en distanciel ». Tellement plus chic !

Force est d'ailleurs d'avouer que la terminaison en question (-tiel dans la grande majorité des cas, -ciel pour un petit nombre de mots du lexique traditionnel) est devenue la coqueluche de l'usager, notamment depuis l'afflux massif sur le marché des logiciels, progiciels, ludiciels, didacticiels et autres ciels qui vous parlent d'un paradis 2.0 que les plus de soixante-cinq ans peuvent difficilement connaître.

Il s'en faut du reste que le monde des entreprises soit le seul touché (pardon : « impacté » !). Notre Éducation nationale, championne toutes catégories de la novlangue, a très tôt usé et abusé du référentiel pédagogique, à la mamelle duquel ses ouailles étaient fermement appelées à téter. Un cran au-dessus dans le ronflant, il faudrait aussi évoquer, dans le domaine particulièrement exposé de l'explication littéraire, les délices générées par le schéma actantiel (actanciel pour Robert), là où, assez bêtement, on se bornait jadis à étudier les rapports qu'entretenaient les personnages dans le récit. Tout cela, parfois, avec la bienveillante complicité des élèves eux-mêmes, lesquels, le premier moment de surprise passé, n'aiment rien tant, le jour de l'oral, qu'égrener oxymorons, focalisations internes et situations d'énonciation du plus bel effet.

Et que dire, quand la rime serait moins riche, du visuel, qui, dans le petit monde de l'imprimerie, du journalisme et de la communication (ça fait du monde quand même !) a renvoyé photo, illustration et autres platitudes à leurs chères études ? Au point que s'en est emparé le milieu de la police, à en croire du moins les innombrables séries télévisées qui sont censées le mettre en scène : combien de fois n'avons-nous pas entendu un inspecteur en planque confier à son talkie-walkie qu'il avait le suspect... en visuel ? Bref, qu'il l'apercevait.

Pas sûr que la langue sorte grandie de toutes ces trouvailles qui, à l'évidence, visent plus à impressionner qu'à renseigner. Mais si elles peuvent contribuer à aiguiser les dents des jeunes loups des écoles de commerce, dopés aux accents martiaux des Lacs du Connemara, pourquoi pas, après tout ?

Légende du... visuel :
Le travail en distanciel aurait fait la preuve de son efficacité. Même si certains confinés ont eu du mal à tenir... la distance !

langue novlangue
http://alafortunedumot.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2020/06/07/presentiel-distanciel-referentiel-actantiel-ciel-%C2%A0mon%C2%A0franca-16203.html

Une Jeanne d’Arc incognito à Paris ? - www.histoire-genealogie.com

Fri 5 Jun 2020 - 20:52

Un belvédère situé entre deux bras de Seine sur la pointe amont de l’île aux Cygnes entre les 15e et 16e arrondissements de Paris, permet aux promeneurs, touristes et nouveaux mariés, de prendre des photos et des selfies souvenirs devant une vue « imprenable » de la tour Eiffel. En se retournant certains regardent avec étonnement une impressionnante statue équestre monumentale, en bronze, représentant un personnage casqué et en armure, brandissant une épée à lame ondulante sur son cheval au galop. Aucune indication n’est fournie sur le monument ni à proximité. On trouve seulement en cherchant bien et à peine lisible, gravée en bas sur le socle la statue, l’inscription :
A LA FRANCE
Wederkinch
1930

Les passants les plus observateurs remarquent les quatre énormes fleurs de lys stylisées, emblèmes des rois de France, qui ornent le socle de la statue ; ils regardent aussi, perplexes, l’auréole de sainteté qui encercle la tête du personnage. Cette statue leur dit bien quelque chose...

Au mieux les passants les plus curieux trouveront sur le web ou dans un guide de Paris le signalement dudit monument et sa désignation par une unique expression allégorique, mais sibylline et sans commentaire : « La France renaissante ».

Cette statue mérite donc quelques recherches et explications complémentaires, tant elle évoque plus un personnage moyen-âgeux que la bataille de Bir Hakeim de 1942, qui a donné son nom au pont sur lequel elle se situe. Une recherche sur le nom du sculpteur nous indique qu’il avait voulu réaliser une statue de Jeanne d’Arc.

1-Pour mémoire : la statuaire extérieure de Jeanne d’Arc à Paris :

Les quatre statues monumentales de Jeanne d’arc à Paris officiellement désignées, extérieures et non accolées à un édifice religieux :

Une statue en pied, place Jeanne d’Arc à Paris 13e , œuvre du sculpteur Emile Chatrousse (1891) « Jeanne d’Arc libératrice de la France ».

Trois statues équestres :

Place des Pyramides, Paris 1er ,œuvre de Emmanuel Fremiet en bronze doré (1874)
Place St Augustin, Paris 8e , œuvre en bronze de Paul Dubois (1895)
Parvis du Sacré-Coeur, 18e, œuvre en bronze d’Hippolyte Lefebvre (1927)

Trois autres statues extérieures, nommément recensées, dont deux accolées à une église et une troisième déposée dans le jardin d’un musée :

Basilique Sainte Jeanne d’Arc, Paris 18e , œuvre de Felix Charpentier (1964)
Église ancienne Saint-Honoré-d’Eylau, place Victor Hugo Paris 16e.. Cette statue est une réplique d’une statue en marbre réalisée en 1837 par la sculptrice Marie d’Orléans ; l’original est exposé dans la galerie des gloires de la France du Château de Versailles.
Musée Bourdelle, Paris 15e , œuvre en bronze d’Antoine Bourdelle (1909) « Jeanne d’Arc à l’étendard ».

Une statue équestre en bronze non dénommée sur le site de l’île aux Cygnes. Cette statue désignée et nommée sur Wikipedia et différents sites ou guides « La France renaissante » sans autre référence, représenterait Jeanne d’Arc d’après son sculpteur Holger Wederkinch.

2-Une Jeanne d’Arc sur la pointe de l’île aux Cygnes :

Le sculpteur danois a bien choisi de représenter Jeanne d’Arc même si elle n’est pas nommée.

En reconnaissance et souvenir de ses études artistiques à Paris dans les années 1920, le sculpteur danois Holger Wederkinch (1886-1959) a conçu et réalisé cette statue pour en faire cadeau à la communauté danoise parisienne. Quel sujet de sculpture aurait mieux que Jeanne d’Arc relié son nom à la France ?

C’est dans cette perspective qu’il crée cette statue en 1930. Il s’inspire pour cela des nombreuses chroniques et représentations qu’il a pu consulter pendant son séjour en France. On repère ainsi dans son œuvre réalisée tous les détails qui viennent des armures et équipements guerriers de notre guerre de cent ans.

Les chroniques médiévales parlent de femmes combattantes comme « habillées telles des hommes » et on sait que Charles VII avait offert à Jeanne d’Arc une armure faite sur-mesure valant 100 Livres Tournois. Sans entrer dans les détails des armures féminines médiévales, on remarquera aisément que sur la statue de l’île aux Cygnes le personnage porte des « protèges-seins » faits de petits boucliers métalliques ronds convexes désignés par les armuriers comme des rouelles ou besagues fixées sur la cote de maille. On peut donc donc présumer que notre sculpteur a bien voulu représenter une cavalière.

Enfin il faut souligner que le sculpteur a entouré la tête casquée de la cavalière d’une auréole qui, comme les nimbes ou gloires, est un attribut toujours reconnu de la sainteté dans l’iconographie chrétienne. Rappelons que Jeanne d’Arc a été béatifiée en 1909 puis canonisée en 1920. Aussi bien, comme on le verra ci-dessous, c’est essentiellement à cause de ces éléments de référence à une « sainte » nationale que le monument a soulevé pendant plus de vingt ans des oppositions diverses à son installation à Paris.

Au total et pour ces différentes raisons on ne peut nier que le sculpteur ait bien choisi et voulu représenter une cavalière canonisée et très vraisemblablement Jeanne d’Arc.

Un anonymat intentionnel et délibéré pour la statue de l’île aux cygnes :

Une fois fondue dans l’atelier d’Alexis Rudier, célèbre à Paris pour avoir fondu les œuvres d’Auguste Rodin, d’Antoine Bourdelle et d’Aristide Maillol, le sculpteur Holger Wederkinch a fait connaître son désir d’offrir son œuvre à la ville de Paris pour qu’elle soit érigée comme il se doit sur la place Jeanne d’Arc dans le 13e arrondissement de Paris.

En 1938 après de longues négociations diplomatiques entre les ambassades de France et de Danemark, le Conseil municipal de Paris et le sculpteur, le Danemark donne la statue de Jeanne d’Arc à la ville de Paris pour qu’elle soit érigée d’un commun accord, non plus dans le 13e , mais sur la place Vauban au sud de l’Hôtel des Invalides dans le 7e arrondissement.

La guerre va laisser le projet en suspens et l’après guerre le repousse : ce n’est qu’en décembre 1950 que le Conseil municipal de Paris reprend le dossier et accepte finalement le don.
En 1953, la sculpture n’est cependant pas encore installée et se trouve toujours remisée dans les réserves des œuvres d’art de la ville de Paris. Le 31 décembre de la même année le Conseil municipal précise qu’il a certes accepté le don mais qu’il s’oppose finalement à l’ installation du monument place Vauban.

En 1954 l’administration des Beaux-Arts propose à son tour le square Samuel-Rousseau dans le 7e arrondissement, en face de la basilique Sainte-Clotilde. Mais ce site va aussi être refusé. En effet, l’emplacement ne convient pas au sculpteur lui-même et les frais d’installation sont trop élevés car il faudrait déplacer la statue de César Franck qui s’y trouve.

En 1955, le Conseil municipal finit par autoriser l’installation du monument à l’extrémité amont de l’île aux Cygnes, faisant ainsi pendant à la statue de la Liberté érigée sur la pointe aval de l’île. Cependant en 1956 la Commission des monuments commémoratifs émet un avis défavorable à la pose de cette statue car, selon ses membres « elle ne correspond pas à l’iconographie traditionnelle de l’héroïne ».

La ville de Paris se trouve alors dans une situation difficile car, ayant accepté le don, elle s’est implicitement engagée à ériger le monument. Le problème est exposé à l’ambassade du Danemark avec l’alternative : soit le sculpteur accepte de laisser l’œuvre au dépôt des œuvres d’art de la ville, soit l’ambassade reprend la statue afin d’en disposer pour une autre collectivité. Rappelons que l’œuvre mesure près de 5 m et pèse 3 tonnes...

En mars 1956 un compromis semble en voie d’être trouvé. Le projet pourrait être repris en omettant de dire qu’il s’agit d’une représentation de Jeanne d’Arc, mais en affirmant que c’est une œuvre décorative choisie comme allégorie de la « La France renaissante ». Le compromis est enfin entériné entre l’ambassade du Danemark, le sculpteur et la ville de Paris et un décret du 3 août 1956 approuve le projet d’érection du monument commémoratif sur l’île aux cygnes.
Le 22 janvier 1958, soit vingt ans après les premières négociations, le monument est ainsi inauguré sans aucune allusion à Jeanne d’Arc.

On se gardera bien de stigmatiser ici ces « péripéties » comme un exemple de nos particularités administratives nationales, en regrettant seulement, au résultat, l’incognito volontaire qui en est résulté jusqu’à aujourd’hui pour reconnaître une Jeanne d’Arc sur l’île aux Cygnes.

Les images et représentations de Jeanne d’Arc sont très nombreuses en France et relèvent pour la plupart de l’imagination. On peut s’en convaincre, notamment, en se référant à l’unique représentation de Jeanne d’Arc de son vivant en 1429 par un croquis en marge du journal du greffier du Parlement de Paris Clément de Fauquembergue ; on pourrait aussi se reporter aux discussions et querelles auxquelles ont donné lieu la mise à jour en 1998 des petites fresques anciennes supposées la représenter dans la chapelle de Brémont dans les Vosges au nord de Domremy-la-Pucelle.

Dans ce contexte iconographique incertain, ce n’était pas le lieu ici de reprendre l’éternel débat franco-français entre l’héroïne nationale, la sainte laïque de Michelet et la sainte catholique. Loin de nous donc l’idée de refuser à Jeanne d’Arc son assimilation contemporaine et symbolique à une « France renaissante », tant il est vrai qu’à son époque puis dans la mémoire nationale, elle a souvent été représentative des ressources d’énergie et de renouveau de notre pays pendant et après les épreuves diverses qu’il a du affronter. La grave pandémie qui frappe notre pays en cette année 2020 pourra actualiser l’allégorie de cette « France renaissante » en Jeanne d’Arc.

histoire ile-aux-cygnes Jeanne-D'Arc XVe
https://www.histoire-genealogie.com/Une-Jeanne-d-Arc-incognito-a-Paris

Pourquoi il ne faut pas faire de test ADN en ligne | Moustique.be

Fri 5 Jun 2020 - 12:35

Le business de ces sites, qui proposent de découvrir l'origine de nos ancêtres, se développe à toute vitesse à travers le monde. Pourtant, faire un test ADN comporte de nombreux risques. On vous explique lesquels.
Depuis quelques années, les publicités pour les tests ADN fleurissent en ligne. La plupart du temps, on y voit des personnes très (trop) émues de découvrir qu'elles ont un arbre généalogique qui prend racine de l'autre côté du globe. L'idée peut sembler amusante: des millions d'utilisateurs ont d'ailleurs déjà fourni leurs données en dépensant une petite centaine d'euros. Mais la pratique comporte de nombreux risques. En témoigne le partenariat signé avec 23andMe, filiale de Google qui est l'un des géants des tests ADN pour particuliers, et la plate-forme AirBNB.

En se liant, les deux entreprises proposent des « voyages sur mesure » pour découvrir les pays et les lieux d'où proviennent nos ancêtres, comme l'explique un communiqué « Chez Airbnb, nous croyons que des expériences de voyage authentiques vous aident à vous connecter aux cultures locales et à créer un sentiment d’appartenance partout dans le monde - et quel meilleur moyen de le faire que de voyager sur la terre de vos ancêtres. » Partir à la conquête des terres vallonnées d’Écosse pour découvrir le passé de nos arrières-arrières-grands parents peut paraître bucolique. Mais à y regarder de plus près, un voyage basé sur notre ADN - que l'on aura fourni sans sourciller à l'une des plus grosses entreprises de la tech en déboursant une centaine d'euros - ressemble à un épisode de Black Mirror.

Il est important de comprendre comment sont effectués ces tests et ce qu'ils disent de nous. « Un test ADN c’est ce qu’on appelle un séquençage de l’ADN qui se réalise par diverses techniques et qui permet de d’identifier les nucléotides qui le composent. » explique Anne-Cécile Pay, Quality Control Specialist chez Masthercell « Ces chaînes de nucléotides sont uniques à chaque personne et contiennent l’information nécessaire au bon fonctionnement de l’être humain. Cependant, on observe qu’il y a des motifs répétés en fonction de l’origine, dues aux mutations qui arrivent à travers le temps. Du coup, ces boîtes séquencent notre ADN, et le comparent à une base de données qui leur permet de retrouver les similarités entre les différents ADN. Par exemple, si une personne vient de Pologne, elle aura une trace de mutation unique qui vient d’un lointain ancêtre polonais, alors qu’un français ne l'aura pas... »

La plupart du temps, lorsqu'on fait un test ADN, notamment sur le site du leader du marché MyHeritage, on cherche à comprendre et à retracer nos origines. Ce faisant, on fournit également une multitude d'autres informations (très) privées. Vanessa Vanvooren, Chef de section Biologie à l’INCC (Institut national de Criminalistique et de Criminologie), décrypte: « Pour faire ces tests, il faut envoyer toutes ses coordonnées ainsi qu'un échantillon de salive, récolté avec une sorte de coton-tige à mettre dans la bouche. Cela permet de déterminer notre origine biogéographique et donc, d'où nos ancêtres proviennent. Mais cela permet aussi de faire des recherches sur notre famille, parce que ces entreprises disposent d'une énorme base de données. Ces sites permettent donc, s'ils disposent de l'info, de révéler l'identité d'un frère, d'un oncle, d'une sœur ou d'une tante dont on ne connaissait pas l'existence. »

De fait, en fournissant notre ADN, on donne également celui de notre famille, qui n'avait peut-être rien demandé. « Imaginons qu'un homme ait donné son sperme de manière anonyme, si un membre de sa famille fait un test ADN, il est probable que l'un des enfants né grâce à son don puisse le retrouver. » continue Vanessa Vanvooren. Cela peut donc chambouler des histoires et révéler des secrets de famille. En faisant ce test, un enfant illégitime peut ainsi découvrir que ses parents ne sont pas ceux qu'ils croyaient. C'est ce qui est arrivé à Catherine St Clair, originaire d'Arkansas aux Etats-Unis, qui a créé la page Facebook DNA NPE pour Not Parent Expected. Ils sont désormais 2.600 « enfants illégitimes » à l'avoir rejointe.

Des données monnayables

Le site de MyHeritage précise qu'il protège nos informations et ne les communique pas à d'autres sociétés. Mais si l'on n'en fait pas la demande explicite, après avoir effectué un test, nos informations personnelles viendront remplir les bases de données de l'entreprise. Et l'on s'en doute, ces informations, tout comme les données récoltées par Facebook, sont monnayables. Elles intéressent des groupes d'assurances ou des entreprises qui travaillent dans le domaine médical. En 2015, 23andMe a vendu des données génétiques à plus de 13 sociétés pharmaceutiques et a récemment signé un contrat de quatre ans avec GlaxoSmithKline, accordant au géant pharmaceutique un accès sans entrave à son répertoire.

Et là n'est pas la seule dérive. Les publicitaires vantaient les mérites des tests ADN pour rapprocher les gens, puisqu'ils démontraient que potentiellement chaque personne pouvait avoir des ancêtres originaires d'Afrique, d'Europe du Moyen-Orient ou d'Asie. Les membres d'extrême droite ont détourné cet aspect pour valider le concept de « pureté génétique ». Sur les forums néonazis, on joue désormais à qui aura le « sang le plus blanc ». Comme sur la plate-forme Stormfront, lancée par un ancien du Ku Klux Klan, qu'il n'est possible d'intégrer qu'en montrant patte blanche, soit en prouvant que vous êtes « 100 % européen ». Finalement, est-ce que ça vaut vraiment le coup?

Généalogie génétique
https://www.moustique.be/24597/pourquoi-il-ne-faut-pas-faire-de-test-adn-en-ligne

Le mariage au XIXe siècle : les actes respectueux - Archives départementales du Lot

Fri 5 Jun 2020 - 12:15

Pétronille chez le notaire : J 2514

Le 27 octobre 1851, Pétronille B. « demeurant depuis environ six ans dans la commune de Sainte-Alausie […] en qualité de fille de service au lieu de Bouisset, chez l’instituteur primaire de cette commune » comparait devant maître Bousquet, notaire à la résidence de Saint-Cyprien, canton de Montcuq.
« Agée de vingt cinq ans accomplis, [elle] demande respectueusement à Jean B. son père, veuf, demeurant comme colon partiaire [métayer] au lieu de la Bartiole, commune de Saint-Pantaléon, son conseil sur le mariage » qu’elle « se propose de contracter avec Jean C., agriculteur, demeurant au lieu de Rans [Ramps], commune de Sainte-Alausie ».
Pétronille requiert Me Bousquet, notaire soussigné, « de faire la notification de cette demande à son père, ainsi que la loi le prescrit. Dont acte en brevet, fait et passé à Belmas, commune de Saint-Cyprien » en présence d’un maçon, demeurant à Lamasse, commune de Saint-Cyprien, et d’un ouvrier charpentier, demeurant sur la commune de Saint-Cyprien et natif de celle de Cézac.

Un acte respectueux formel

Au XIXe siècle, la majorité matrimoniale est de 25 ans pour un homme et de 21 ans pour une femme selon l’article 148 du code civil napoléonien (1804) : « Le fils qui n’a pas atteint l’âge de vingt-cinq ans accomplis, la fille qui n’a pas atteint l’âge de vint-et-un ans accomplis, ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs père et mère ; en cas de dissentiment, le consentement du père suffit ».

Mais même plus âgés, les jeunes gens qui désirent se marier doivent notifier aux parents le projet par un acte notarié : « acte respectueux » ou « acte de respect ». En cas de refus, la demande doit être renouvelée deux fois. A l’issue de cette procédure légale, même à défaut de consentement, le mariage peut être célébré un mois après la dernière notification.
Si le garçon a plus de 30 ans, ou la fille plus de 25 ans, un seul acte respectueux suffit.
Ces mesures - progressivement assouplies à la fin du XIXe siècle - ont été définitivement supprimées par la loi du 2 février 1933. Cette loi - assimilant l'âge de la majorité matrimoniale à l'âge de la majorité de droit commun - a rendu totalement libres les jeunes gens majeurs de se marier sans consentement parental.

Honneur et respect

« Il est un âge où les enfants capables de faire avec discernement le choix d’un époux, n’ont plus besoin du consentement de leurs parents ; mais ils doivent toujours honneur et respect » rappelle le Dictionnaire de législation, de doctrine et de jurisprudence en matière civile, commerciale, criminelle, administrative et de droit public par A. Dalloz, édition de 1844.

Il est ici fait référence aux articles 151 à 153 du code civil napoléonien promulgué en 1804 :

Art. 151.  Les enfants de famille ayant atteint la majorité fixée par l’article 148, sont tenus, avant de contracter mariage, de demander, par un acte respectueux et formel, le conseil de leur père et de leur mère, ou celui de leurs aïeuls et aïeules, lorsque leur père et leur mère sont décédés ou dans l’impossibilité de manifester leur volonté.
Art. 152. Depuis la majorité fixée par l’article 148, jusqu’à l’âge de trente ans accomplis pour les fils, et jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans accomplis pour les filles, l’acte respectueux prescrit par l’article précédent, et sur lequel il n’y aurait pas de consentement au mariage, sera renouvelé deux autres fois, de mois en mois ; et un mois après le troisième, il pourra être passé outre à la célébration du mariage.
Art. 153. Après l’âge de trente ans, il pourra être, à défaut de consentement sur un acte respectueux, passé outre, un mois après, à la célébration du mariage.

Un acte en brevet

Un « acte respectueux » - passé devant notaire - est un « acte en brevet » : en clair, le notaire mentionne l’acte dans son répertoire, mais donne l’original à la partie concernée. Ce qui explique qu’on ne trouve pas ces documents dans les minutes du notaire (sauf exception), mais dans les archives privées.

Une réminiscence de l’Ancien Régime

Loin d’être une invention du code civil, la majorité matrimoniale plonge ses racines au milieu du XVIe siècle. Son principe (30 ans pour les fils et 25 ans pour les filles) est posé par l’édit de février 1556 que Henri II fait publier sur les « mariages clandestins » ; il est assorti de l’obligation pour les enfants, même après leur majorité, de solliciter l’avis de leurs parents par des actes respectueux.
L’article 41 de la grande ordonnance de réformation dite de Blois (1579) confirme l’instauration de la majorité matrimoniale de 25 et 30 ans en deçà de laquelle l’assentiment des parents est requis, ainsi que l’exigence d’actes respectueux de la part des majeurs.
Le vent révolutionnaire tente de balayer la chose : la loi du 20 septembre 1792 ramène la majorité pleine et entière à 21 ans pour les deux sexes ; il n’est plus fait de distinction entre majorité matrimoniale et majorité civile. Mais le code civil napoléonien défait la législation révolutionnaire et conforte les dispositions de l’Ancien Régime.
Pour aller plus loin

Dictionnaire de l’Ancien Régime. Royaume de France XVIe-XVIIIe siècle sous la direction de Lucien Bély, Presses universitaires de France, 1996. Voir l’article « Mariage ».
La vie conjugale sous l’Ancien Régime par François Lebrun aux éditions A. Colin, 1998. Collection U.

Généalogie mariage notaire
https://archives.lot.fr/a/572/le-mariage-au-xixe-siecle-les-actes-respectueux-/

Visiblement, il n'y a pas que les virus qui mutent : les mots en font autant ! : À la fortune du mot

Sun 24 May 2020 - 09:47

Il suffit, pour s'en convaincre, de sillonner la Toile pour faire provision de ces dérapages qui consternent et font rire à la fois. À vous de substituer au terme en gras son frère jumeau, qui fera mieux l'affaire !
Par Bruno Dewaele - La Voix du Nord 24 mai 2020
Il est vrai que le professeur Raoult est un imbécile et que vous êtes un imminent virologue ! (Du moins, ça ne saurait tarder.) De brusques irruptions cutanées inquiètent les dermatos. (Ça ne prévient pas, mais quand même...) Hôtels vides, restaurants fermés, locations annulées : tout espoir de rebond est reporté aux calandres grecques. (Et encore, si les garages rouvrent !) Alors que l'on voit de nombreux conducteurs abhorrer un masque au volant, vous êtes plusieurs à nous interroger. (C'est vrai que le porter dix minutes suffit à le détester...) Les experts se perdent en conjonctures sur des cas de malades soi-disant guéris mais toujours contaminants. (Faute de maîtriser la situation, autant la voir partout...) Le défi est de quadriller le terrain, de voir les nouveaux cas qui se déclencheraient, d'essayer de circoncire au plus vite autour d'eux. (Pour couper la chaîne de transmission, rien de tel !) Le Covid-19 provoque un excès de fièvre chez Chronopost. (40 °C sous l'aisselle, sinon rien !) Telles sont les phrases dont les télés nous rabattent les oreilles à propos du coronavirus. (Le masque y suffisait pourtant...) Si la pandémie dépassait le premier semestre, le sceptre d'une crise alimentaire viendrait assombrir le tableau. (Déjà que, pour se déplacer, on doit faire tintin sur l'Ottokar !) Trop facile de donner des exemples négatifs : il existe certainement des policiers compréhensibles ! (C'est un fait qu'ils ne le sont pas toujours, avec leurs « subséquemment »...) Depuis l'allocation du président, tout le monde rêve de ce lundi qui chante. (Il aurait dit qu'il mettrait la main à la poche, on l'aurait écouté !) Il en existe toujours, poussés par l’envie de s’égayer sur les bords de la Loire. (Il faut reconnaître que les vins du cru ont de quoi rendre gai.) Je décide d'aller faire mes courses à midi, pour éviter les heures d'influence. (On ne la lui fait pas, à lui !) Il s'agit d'une femme qui aurait contacté le virus en Afrique. (Si elle est chez Free et qu'elle ait tout compris, pourquoi pas ?)

SOLUTIONS
Vous aurez préféré : éminent, éruptions, calendes, arborer, conjectures, circonscrire, accès, rebattent, spectre, compréhensifs, allocution, s'égailler, affluence, contracté.

langue
http://alafortunedumot.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2020/05/20/visiblement-il-n-y-a-pas-que-les-virus-qui%C2%A0mutent%C2%A0-%C2%A0les%C2%A0mots-16196.html

WhatsApp Web : bientôt des appels en visio à 50 participants, via Rooms

Tue 12 May 2020 - 06:06

Via une nouvelle fonctionnalité impliquant Rooms, WhatsApp va bientôt permettre des appels visio incluant 50 participants.

Il y a quelques jours, Facebook a mis à jour son application WhatsApp, qui permet désormais d’organiser des appels vidéos de groupe qui peuvent inclure jusqu’à 8 participants. Rappelons en effet que la limite était jusqu’alors fixée à seulement 4 participants. Très prochainement, ce même WhatsApp (version Web) pourrait permettre d’organiser des vidéoconférences incluant jusqu’à… 50 personnes !

En effet, tout récemment, Facebook a également annoncé une nouvelle fonctionnalité, baptisée Rooms. Le service est pour l’heure lié à l’application Messenger, depuis laquelle l’utilisateur peut lancer une visioconférence permettant d’inclure un total de 50 personnes. Très prochainement, cette fonction Rooms sera également étendue à… WhatsApp.

Une passerelle vers Facebook Rooms

En effet, la dernière version bêta de WhatsApp Web permet de découvrir de nouvelles fonctions, via un bouton situé en haut à droite de la fenêtre de discussion. Le bouton qui permet en général d’envoyer une pièce jointe dans une discussion, permettra également bientôt de lancer une discussion vidéo, via Facebook Rooms. TechRadar précise que la fonction ne sera pas exclusive à WhatsApp Web, et arrivera également au sein des application iOS et Android.

Rappelons qu’une fois la visioconférence créée par l’intermédiaire de Facebook Rooms, il est possible de partager une invitation à rejoindre celle-ci à travers le fil d’actualité, les groupes ou les événements, ou bien en partageant un simple lien pour les personnes qui n’ont pas de comptes Facebook.

A l’heure actuelle, cette nouvelle fonction n’est pas disponible pour tous via WhatsApp Web, mais elle devrait être déployée de manière plus générale dans les prochains jours. Rappelons qu’il se murmure que WhatsApp pourrait prochainement proposer une fonctionnalité permettant d’utiliser un même compte, sur plusieurs appareils. Une fonctionnalité très pratique pour ceux qui ont deux smartphones, ou bien pour ceux qui veulent utiliser le même compte WhatsApp à la fois sur un smartphone et une tablette.

visio-conférence WhatsAA
https://www.presse-citron.net/whatsapp-web-bientot-des-appels-en-visio-a-50-participants-via-rooms/

Quand internet nous rend cons comme des crevettes congelées | Slate.fr

Mon 11 May 2020 - 14:08

Jamais, durant ces deux mois de confinement, nous n'avons autant été bombardés de conseils édictés par les nouveaux gourous du net. On a eu droit à tout, absolument à tout.

La totale, dans son intégralité, in extenso, en version originale sous-titrée, du désormais traditionnel «Comment parler à vos moutards du pourquoi du comment de la crise actuelle» –terrorisme, pandémie, Dieu et ses prophètes, mamie et ses hémorroïdes, le climat et ses changements– à «la meilleure façon de cuire son (putain de) pain au levain» –au four, c'est mieux.

Sans oublier les innombrables pourquoi: pourquoi vous baisez moins quand vous êtes confinés à l'intérieur de vous-mêmes? Pourquoi les Suédois n'ont-ils pas forcément raison d'avoir tort avant tout le monde? Pourquoi mélanger de la chloroquine avec du Fanta Orange n'est pas a priori une bonne idée? Pourquoi se mettre au violon en étant confiné pourrait permettre de résoudre le problème de la faim dans le monde? Pourquoi les veufs bretons sont-ils moins susceptibles d'attraper le coronavirus que les veuves qui habitent dans la périphérie de Nice?

Ce qu'il convient de lire pour comprendre ce qui nous arrive. Ce qu'il faut éviter de manger. Les films à voir absolument. Les aliments à privilégier. La stratégie à adopter face à une fuite d'eau pendant une épidémie de Covid-19. Le sommeil! Comment bien dormir quand vous n'avez plus rien à foutre dans votre vie de merde? Comment ajuster le débit de son robinet d'eau pour ne pas abîmer de trop la peau de vos paumes de mains? Comment porter un masque quand vous descendez les poubelles par une nuit de pleine lune? Comment s'occuper de votre voiture si vous l'avez laissée face à un voisin dont la femme travaille à la maison de retraite où agonise la tante de votre belle-mère qui vous fait la gueule depuis que vous avez refusé d'envoyer vos enfants dormir chez elle?

Tout, on a eu le droit à tout, je vous dis.

Comme si, devenus tout à coup cons comme des crevettes –je m'inclus dans le troupeau–, nous avions perdu toute capacité réflexive. Comme si désormais, par les temps qui courent, la moindre de nos initiatives devait être avalisée, confirmée, approuvée par un passage sur internet. Hors le net, point de salut.

Comme si penser par soi-même était devenu une activité illégale et jugée répréhensible par l'ensemble de la société. Ne pense plus, gamin, on s'occupe de tout. De tes courses comme de tes amours. De ton portefeuille, de l'éducation de tes mômes, de tes choix culturels, de tes plats à cuisiner, de ta queue et de tes rides, de tes prochaines vacances comme de la forme de ton cercueil.

À ce rythme là, nous serons bientôt tous trépanés. En mort cérébrale. Tout juste bons à ouvrir un ordinateur pour savoir quoi et comment penser. Incapables de se reposer sur notre seule intelligence pour affronter les défis qui se présentent à nous. À se demander pourquoi nous avons hérité d'un cerveau si perfectionné; celui d'un crapaud ferait tout aussi bien l'affaire.

Nous ne sommes plus au monde, nous avons délégué la plupart de nos activités, de nos centres d'intérêt, de notre manière d'exister à des tierces parties dont le niveau intellectuel pose question.

Au moindre problème, à la première contrariété, on s'adresse à internet comme autrefois au curé du village et sans même juger de la pertinence du résultat obtenu, on l'adopte comme s'il s'agissait d'un saint sacrement.

Notre intuition, sur laquelle notre intelligence et notre capacité d'adaptation étaient basées, a comme disparu. Nous avons perdu confiance en notre pouvoir de juger par nous-même les drames qui nous arrivent et pour survivre, il nous faut désormais recourir à des béquilles vendues en nombre illimité sur le net.

Il faut réapprendre à vivre par soi-même, quitte à se tromper.

Sinon, nous finirons tous comme larbins d'un maréchal vieillissant, qui du haut de son piédestal nous demandera de mourir pour une bonne cause: la sienne.

Merci, mais on a déjà donné.

confinement penser
http://www.slate.fr/story/190434/blog-sagalovitsch-internet-reseaux-sociaux-covid-19-pandemie-betise-reflexion-decision

Smart Upscaler : un outil web pour agrandir les images sans perte de qualité ~ Freewares & Tutos

Wed 6 May 2020 - 18:22

Smart Upscaler est une application en ligne gratuite qui permet d'agrandir et d'améliorer les images sans perte de qualité. Vous avez la possibilité d'agrandir vos images dans un taille 2 fois plus grande ou 4 fois plus grande, le tout sans inscription.

Pour ce faire, Smart Upscaler s'appuie sur la technologie : une intelligence artificielle (IA) analyse les images pour les agrandir sans distorsion ou flou.

L'utilisation de Smart Upscaler est très simple : il suffit de glisser-déposer l'image vers le site Web pour lancer l'opération (sur Firefox ça peut ne pas marcher, il fautalors utiliser l'option “Parcourir”). Ensuite, vous pouvez comparer l'image originale avec celle agrandie avant le téléchargement, puis choisir la taille d'agrandissement : par 2 ou par 4.

Les formats pris en charge sont les formats JPG et PNG. La taille maximale des fichiers à traiter est limitée à 5 Mo, l'image sera agrandie par défaut au double de la taille, mais peut être agrandie jusqu'à quatre fois selon votre choix.

Question sécurité, les images envoyées sur Smart Upscaler sont supprimées dès que le traitement est terminé. Elles ne sont pas utilisées ni partagées de quelque manière que ce soit.

Smart Upscaler

image logiciel online
https://freewares-tutos.blogspot.com/2020/05/smart-upscaler-un-outil-web-pour.html

Le mystère des chevaux sauvages de Tchernobyl - The Conversation 3 mai 2020

Mon 4 May 2020 - 06:43

Du fait de la contamination radioactive, on prédisait au tout début que la zone resterait inhabitable pendant plus de 20 000 ans. Tchernobyl se transformerait en un désert sans vie, croyait-on alors.

Trois décennies plus tard, de nombreuses études révèlent pourtant qu'une communauté animale diverse et abondante s'est développée sur les lieux de la catastrophe. De nombreuses espèces menacées aux niveaux national et européen trouvent aujourd’hui refuge dans la zone d’exclusion de Tchernobyl.

Le cas des chevaux de Przewalski en est un exemple frappant.

Le dernier cheval sauvage ?

L’existence des chevaux sauvages dans les steppes asiatiques est connue de l’Occident depuis le XVe siècle. Mais ce n’est qu’en 1881 que la science décrivit formellement cette espèce, à partir d’un crâne et d’une peau rapportés par le colonel russe Nikolái Przewalski. C’est ainsi que les chevaux jusqu’ici connus sous le nom de takhi (sacrés) en Mongolie devinrent les chevaux de Przewalski (Equus ferus przewalski).

Pendant très longtemps, ils ont été considérés comme les seuls chevaux sauvages du monde. Des études récentes indiquent toutefois qu’ils sont en réalité une forme sauvage descendant des premiers chevaux domestiqués par le peuple Botai dans le nord du Kazakhstan il y a 5 500 ans.

À l’époque du colonel Przewalski, ces chevaux sauvages étaient déjà rares dans les steppes de Chine et de Mongolie. Le surpâturage et la chasse pour la consommation humaine ont provoqué leur déclin final. Le dernier spécimen sauvage fut observé dans le désert de Gobi en 1969.

La population en captivité ne connaissait pas non plus une évolution très positive. Dans les années 1950, seuls 12 de ces animaux étaient encore en vie dans des zoos européens. À partir de ces quelques individus, un programme de reproduction en captivité fut toutefois lancé et réussit à sauver l’espèce de l’extinction.

Aujourd’hui, on recense 2 000 chevaux de Przewalski. Plusieurs centaines vivent en liberté dans les steppes d’Asie et dans différentes régions d’Europe. Et notamment, à la surprise générale, à Tchernobyl.

Les chevaux de Tchernobyl

À l’époque de l’accident dans la centrale nucléaire, aucun cheval de Pzrewalski ne vivait à Tchernobyl. Ce n’est qu’en 1998 que les 31 premiers individus arrivèrent dans la zone d’exclusion. Parmi eux, 10 mâles et 18 femelles étaient issus de la réserve naturelle d’Askania Nova, dans le sud de l’Ukraine, et 3 mâles provenaient d’un zoo local.

Après une importante mortalité liée à leur réinstallation et à la liberté, le taux de natalité élevé a porté la population à 65 individus en seulement cinq ans. Le braconnage intense entre 2004 et 2006 a décimé la population. Seuls 50 individus survivaient en 2007.
Cheval de Przewalski mâle photographié par des appareils à capture d’images dans la forêt rouge, zona d’exclusion de Tchernobyl (Ukraine). Avril 2017. UK Centre for Ecology and Hydrology

Du fait d’importantes mesures de protection, leur nombre a été multiplié par cinq seulement 20 ans après leur arrivée dans la zone. Le dernier recensement, effectué par des scientifiques locaux en 2018, a révélé que dans la partie ukrainienne de la zone d’exclusion vivent 150 chevaux. Ils se réunissent par troupeaux de 10 à 12, auxquels s’ajoutent des groupes de mâles et quelques chevaux solitaires. En 2018, au moins 22 poulains sont nés dans la zone d’exclusion. Certains ont migré vers le nord et se sont installés en Biélorussie.

Les appareils photo installés dans toute la zone d’exclusion ont montré que cette espèce, associée aux steppes, utilise pourtant beaucoup la forêt à Tchernobyl. Y compris la célèbre « forêt rouge », une des zones les plus radioactives de la planète.

Les récents incendies à Tchernobyl ont sévèrement affecté certains lieux fréquentés par les chevaux de la zone. Une évaluation sera nécessaire pour mesurer les effets de ces feux sur la conservation de l’espèce dans la région.

Les leçons à tirer des chevaux de Tchernobyl

L’introduction des chevaux de Przewalski à Tchernobyl a été un succès, dont on peut tirer plusieurs leçons. Leur cas révèle une nouvelle fois qu’en l’absence d’humains, la zone s’est convertie en un refuge pour la faune sauvage. Cela doit nous faire réfléchir sur l’impact de la présence humaine sur les écosystèmes naturels. Sans activité humaine aux alentours et malgré une contamination radioactive, la mégafaune prospère.

D’autres zones affectées par la contamination radioactive comme celle résultant de l’accident de la centrale de Fukushima et des essais de la bombe atomique dans les atolls du Pacifique, conservent également une grande diversité de faune.

Peut-être devrions-nous reconsidérer notre vision de l’impact à moyen et long terme de la radioactivité sur l’environnement.

Quoi qu’il en soit, nous avons besoin de comprendre mieux les mécanismes qui permettent à la faune de vivre dans des zones de contamination radioactive.

Beaucoup de questions se posent. Les organismes vivant à Tchernobyl sont-ils exposés à une radiation moins forte que prévue ? Cette exposition est-elle moins nocive ? Leurs organismes disposent-ils des mécanismes de réparation plus efficaces qu’attendu face aux dommages cellulaires causés par la radiation ?

Pour répondre à ces questions, nous devons continuer à faire appel à la science et à recueillir plus d'informations.

En septembre 2020, nous espérons commencer un travail avec les chevaux de Przewalski présents à Tchernobyl, pour tenter de dévoiler les mystères qui expliquent que cette espèce et beaucoup d’autres prospèrent dans la zone d’exclusion.

chevaux-sauvage nature Tchernobyl
https://theconversation.com/le-mystere-des-chevaux-sauvages-de-tchernobyl-137555
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