Appendix 3 to The Voyage of Captain Lucas
Augustin Lucas after 1848
Lucas family in America
update of information by R. D. Wood (2014)
New information on Augustin Lucas.
Returning to France from Tahiti in 1848 after only one year back he and his wife and two children (Mathilda and Dolores) emigrated to the United States in 1849. After spending what proved to be two unsuccessful years in the timber trade in Preston County, West Virginia, he moved a little further west to Cincinnati, Ohio. He died there most probably in 1859 (although it needs noting that another account by his granddaughter Evangeline Soyer indicated the year was 1854).
In Cincinnati his daughter Dolorès married a French-born Alfred Soyer in 1858 and it is said the name of "A Lucas" appears as a witness in the church register, but he is absent from the Cincinnati Directory of 1860 although his wife is listed. (this information depends upon Mahon Lucas Henderson, A Breton Family in America: The Lucas Story, McClain Printing Co. (Parsons, West Virginia, USA) 1986, chapter 10 (Augustin Lucas and his family), pp. 66-70.). The considerable difficulty in establishing the exact date of death of Augustin Lucas is that the city records of Cincinnati of the period were destroyed by fire.
Dolores and Alfred Soyer (a Confectioner) while living in Cincinnati quickly had two children, a son (who died as a baby) and their first daughter Adrienne in 1859. They moved from Cincinnati, soon after the civil war began in April 1861, to Toronto, Canada, where two more daughters (Evangeline in 1863 and Marie in 1868) were born.
It was Evangeline who when she reached the age of 78 in 1941 wrote a valuable short memoir on her family - the full text is currently on a public access page at the genealogical website of Katryne Chauvigné-Bourlaud at http://matribu.chauvigne.info/pages/041-evangeline-soyer-courte-autobiographie-fr.php
From Katryne's genealogical research on Lucas families (she herself is in direct line from Victor Lucas, older brother of the Captains Augustin and Francois) it can also be established, from evidence of his original birth and marriage certificates, that Captain Lucas' first name was indeed Angustin, not Auguste as is sometimes found in printed sources.
Cela fait des années que l’on attend enfin que la saga Dune revienne sur grand écran. On ne peut pas vraiment dire que l’on ait été gâtés jusque-là. L’ambitieux film de Denis Villeneuve nous permet donc de nourrir de nombreux espoirs. Alors qu’il est annoncé en décembre 2020, il fait aussi partie des quelques miraculés, dont le tournage n’a pas été trop chamboulé en raison de la pandémie de coronavirus. Mais, avant de retrouver les sables d’Arrakis et la famille Atréides, les prochains mois s’annoncent encore très long. Le réalisateur canadien a livré quelques informations en plus sur le sujet.
Dune, un projet colossal
Premier aspect, le film Dune est bien impacté par la pandémie de coronavirus, même si c’est marginalement. Il doit gérer la post-production en confinement. Par ailleurs, il voulait avoir plus de temps pour faire d’autres shootings. Résultat, l’agenda va être très serré.
L’impact de la pandémie a complètement écrasé mon agenda. Ce sera un sprint pour finir le film à temps, car nous avons eu l’autorisation de repartir tourner ces éléments dans quelques semaines. Et cela veut également dire que je devrais terminer certains éléments du film, effets spéciaux et montage, à distance puisque je suis à Montréal et mon équipe à Los Angeles.
Mais surtout, on a la confirmation que pour lui, Dune est tout sauf un projet anecdotique. A l’âge de 12-13 ans, il imaginait déjà filmer des plans lorsqu’il voulait calmer ses crises d’anxiété.
Je dirais que [Dune] a augmenté un désir d’être au contact avec l’infinité du désert. Il y a quelque chose avec le désert… L’impact du vide, l’impact du silence amène une sorte de voyage intérieur, subconscient. Plus le personnage y passe du temps, plus on entre profondément en lui. Ça, c’est quelque chose qui est propre au livre et qui m’a fait comprendre l’impact du paysage sur l’âme humaine.
Denis Villeneuve semble aussi particulièrement heureux de sa collaboration avec Timothée Chalamet (« un acteur incroyable »), Josh Brolin ou encore Oscar Isaac (« un des meilleurs acteurs d’aujourd’hui »). Le réalisateur canadien semble en tout cas fier par avance de son projet. Il ne reste plus qu’à savoir si les fans en seront aussi contents. Rendez-vous le 23 décembre 2020.
Après deux épisodes (1, 2 ) sur les accents et trois sur les noms ( 1 ), 2, 3 ?), le 3e opus étant d'ailleurs déjà beaucoup plus orienté vers la culture, je pense qu'il faut voir le problème sous une forme globale et englober toute la culture.
Depuis plusieurs mois, une notion appelée « cancel culture » qui a fait son apparition aux États-Unis, arrive en France. Au départ il s'agit d'une « culture de l’annulation » une « culture de l'effacement » qui consiste a effacer de son environnement ce qui va à l’encontre de la pensée dominante dans un groupe militant, qui souvent milite pour une cause noble : féministes, antiracistes, pour les droits des personnes LGBT,...
Le magasine Stylist, cité par Martin Pimentel dans Causeur, nous en donne une version plus précise : "Dorénavant, dès que quelque chose ne nous plait plus, on peut l’annuler dans la minute : forfait de téléphone, course Uber, abonnement Netflix. Alors pourquoi ne pas annuler aussi les humains".
Comme le souligne la traduction de la philosophe et sociologue Natalie Wynn sur le site Madmoizelle, la « cancel culture » souffre de 8 caractéristiques :
La présomption de culpabilité (les victimes qui témoignent DOIVENT être crues, les accusés sont FORCÉMENT coupables)
L’abstraction (qui remplace les détails concrets et spécifiques d’une revendication par une déclaration plus générique afin de créer une culpabilité)
L'essentialisme (quand on passe de la critique des actions d’une personne à la critique de la personne elle-même)
Le pseudo-moralisme (les prétextes que nous trouvons pour justifier d’actes normalement répréhensibles)
L’absence de pardon (malgré ses excuses publiques, et même si les accusations se sont avérées être un tissu de mensonges, l’histoire ressortira à chacun des faits et gestes d'une personne "cancelled")
La contagiosité (si une personne soit dénoncée, ses amis, ses proches, ses collaborations sont passées au crible et pris à partie)
La vision manichéenne (les personnes sont soit bonnes, soit mauvaises, sans qu’aucune nuance ne puisse être apportée.)
La souffrance provoquée (les menaces et les cyber-harcèlements laissent des traces)
D'après le politologue Eric Branaa, cette notion de « cancel culture » est l’héritière des séances de délation publique tenues par les puritains à leur arrivée aux USA. Au sein des gouvernements locaux appelés "caucus", auxquels tous les citoyens participaient, il fallait tout dénoncer en public, par exemple les adultères. C'est dans ce cadre puritain qu'eut lieu le procès des sorcières de Salem en 1692 dans le Massachusetts, qui conduisit à l'exécution de 25 personnes, accusées de sorcellerie. La question philosophique "faut-il distinguer l'homme de l'artiste" est ainsi tranchée de façon manichéenne et leurs actions immorales (à l'aune d'aujourd'hui) sont reprochées à personnalités des siècles passés. Gauguin a été proposé a être "cancelled" par le New-York Times fin 2019 (à lire en français sur le site de Marianne). Le Figaro nous montre les 3 catégories de statues qui pourraient être déboulonnées si l'on suit les demandes de ces nouveaux censeurs
Ce mouvement dérive ainsi de plus en plus vers une autre traduction possible de « cancel culture » ou le mot cancel n'est plus traduit comme un nom mais comme un verbe, il s'agit alors de « détruire la culture » tel un autodafé moderne. Il s'agit alors de ne plus heurter la sensibilité de personne, et cela crée comme le montre France24 de nouveaux métiers de "sensitivity readers" qui vont vérifier qu'aucun élément les choquant n'apparait fonction de leur sexe, de leur couleur de peau ou de tout autre critère.
De même le monde du Scrabble s’interroge aussi sur l’interdiction des insultes racistes et sexistes en compétition et l'on apprend ainsi l'envie de l'association nord-américaine des joueurs de Scrabble de retirer 238 mots du dictionnaire officiel de la discipline ! D'ailleurs les termes antisémites ont déjà été retirés dans les années 1990. En France aussi les éditions récentes du dictionnaire du scrabble ignorent aussi certain mots. On se croirait dans la société de 1984 de George Orwell ou la novlangue réduit le langage pour réduire toute possibilité de conceptualiser plus large que le cadre voulu.
L'humoriste Christophe Bourdon sur la radio de la RTBF La 1ere a fort bien résumé le problème : à vouloir supprimer tout ce qui heurte la sensibilité de quelqu'un on se retrouve dans un monde vide sans culture, sans histoire, un monde de présent sans passé ni avenir. Et de nous citer le livre 1984 :
" Tous les documents on été détruits ou falsifiés, tous les livres réécrits, tous les tableaux repeints, toutes les statues, les rues, les édifices ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Que le parti puisse étendre le bras vers le passé et dire d'un évènement cela ne fut jamais, c'était bien plus terrifiant que la simple torture ou la mort. La dictature s'épanouit sur le terreau de l'ignorance"
Enfin, seule réaction, dans une lettre ouverte publiée sur le site de la revue américaine, Harper’s Magazine, plus de 150 auteurs et personnalités intellectuelles mettent en garde contre une forme de censure inédite exercée par des minorités – ou pour leur compte – qui se prétendent dépourvues de tout pouvoir politique, économique et médiatique. Comme nous le dit Jerémy Stubbs dans Causeur cette nouvelle censure qui s’exerce dans les universités, les maisons d’édition, les médias et même les entreprises, se caractérise par une « intolérance à l’égard des opinions divergentes », un « goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme » et une « tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. » Il s’agit d’exclure du discours public à la fois certains points de vue et les voix qui les portent. L’idéologie au nom de laquelle ces prohibitions sont imposées s'appelle le woke, ce politiquement correct dopé aux stéroïdes ...
ÉCLAIRAGE - L'Insee explique, ce vendredi 31 juillet, produire certaines statistiques ethniques avec un important encadrement. Leur fonction : "connaître la diversité de la population, mesurer les inégalités, parfois les discriminations."
C'est un débat souvent rouvert, avec des avis qui divergent au sein même de l'exécutif : devrait-on autoriser les statistiques ethniques ? Pourtant, celles-ci existent déjà en France, mais de façon "strictement encadrée", a souligné l'Insee ce vendredi 31 juillet.
Contrairement aux idées reçues, "la statistique publique produit des statistiques ethniques", souligne l'institut dans un billet de blog, évoquant "une pratique ancienne, encadrée et évolutive". "Des données et des études d'une grande richesse sont ainsi disponibles sur les immigrés et leurs descendants, couvrant des domaines variés de la vie sociale", rappelle-t-il.
Plutôt que la couleur de peau, ces statistiques sont basées principalement "sur la nationalité à la naissance et sur le pays de naissance des personnes" et de leurs proches. Leur fonction : "connaître la diversité de la population, mesurer les inégalités, parfois les discriminations."
Prise en compte du "ressenti d'appartenance"
Parmi les statistiques ethniques, l'Insee prend en exemple le recensement de la population, qui "recueille la nationalité des personnes", mais aussi les "enquêtes emploi", publiées chaque trimestre et pour lesquelles plus de 100.000 personnes sont systématiquement interrogées. Ces enquêtes "comprennent des questions sur le pays de naissance et la nationalité" de la personne interrogée et "des personnes qui vivent sous le même toit et des parents des enquêtés."
Mais les études ne prennent plus seulement en compte des critères objectifs, comme la nationalité de la personne ou de ses proches. Les statisticiens ont aussi la possibilité depuis quelques années d'interroger leurs interlocuteurs sur leur "ressenti d'appartenance", dans le cadre des enquêtes "Trajectoires et origines" qui étudient la diversité ethnique en France.
La collecte et le traitement de données dites "sensibles", comme "l'appartenance ethno-raciale réelle ou supposée", sont en théorie interdites en France, à la différence des pays anglo-saxons, où les politiques ciblées et les quotas sont autorisés. Mais la loi permet des exceptions "à des fins de recherche scientifique ou historique".
DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE
sur l'ÉCRITURE dite « INCLUSIVE »
adoptée à l’unanimité de ses membres
dans la séance du jeudi 26 octobre 2017
Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.
Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.
Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.
wanted to share my thoughts in response to the lawsuit against the Internet Archive filed on June 1 by the publishers Hachette, Harpercollins, Wiley, and Penguin Random House.
I founded the Internet Archive, a non-profit library, 24 years ago as we brought the world digital. As a library we collect and preserve books, music, video and webpages to make a great Internet library.
We have had the honor to partner with over 1,000 different libraries, such as the Library of Congress and the Boston Public Library, to accomplish this by scanning books and collecting webpages and more. In short, the Internet Archive does what libraries have always done: we buy, collect, preserve, and share our common culture.
But remember March of this year—we went home on a Friday and were told our schools were not reopening on Monday. We got cries for help from teachers and librarians who needed to teach without physical access to the books they had purchased.
Over 130 libraries endorsed lending books from our collections, and we used Controlled Digital Lending technology to do it in a controlled, respectful way. We lent books that we own—at the Internet Archive and also the other endorsing libraries. These books were purchased and we knew they were not circulating physically. They were all locked up. In total, 650 million books were locked up just in public libraries alone. Because of that, we felt we could, and should, and needed to make the digitized versions of those books available to students in a controlled way to help during a global emergency. As the emergency receded, we knew libraries could return to loaning physical books and the books would be withdrawn from digital circulation. It was a lending system that we could scale up immediately and then shut back down again by June 30th.
And then, on June 1st, we were sued by four publishers and they demanded we stop lending digitized books in general and then they also demanded we permanently destroy millions of digital books. Even though the temporary National Emergency Library was closed before June 30th, the planned end date, and we are back to traditional controlled digital lending, the publishers have not backed down.
Schools and libraries are now preparing for a “Digital Fall Semester” for students all over the world, and the publishers are still suing.
Please remember that what libraries do is Buy, Preserve, and Lend books.
Controlled Digital Lending is a respectful and balanced way to bring our print collections to digital learners. A physical book, once digital, is available to only one reader at a time. Going on for nine years and now practiced by hundreds of libraries, Controlled Digital Lending is a longstanding, widespread library practice.
What is at stake with this suit may sound insignificant—that it is just Controlled Digital Lending—but please remember– this is fundamental to what libraries do: buy, preserve, and lend.
With this suit, the publishers are saying that in the digital world, we cannot buy books anymore, we can only license and on their terms; we can only preserve in ways for which they have granted explicit permission, and for only as long as they grant permission; and we cannot lend what we have paid for because we do not own it. This is not a rule of law, this is the rule by license. This does not make sense.
We say that libraries have the right to buy books, preserve them, and lend them even in the digital world. This is particularly important with the books that we own physically, because learners now need them digitally.
This lawsuit is already having a chilling impact on the Digital Fall Semester we’re about to embark on. The stakes are high for so many students who will be forced to learn at home via the Internet or not learn at all.
Librarians, publishers, authors—all of us—should be working together during this pandemic to help teachers, parents and especially the students.
I call on the executives at Hachette, HarperCollins, Wiley, and Penguin Random House to come together with us to help solve the pressing challenges to access to knowledge during this pandemic.
Please drop this needless lawsuit.
–Brewster Kahle, July 22, 2020
Le Premier ministre s'en est pris à l'anonymat sur Internet, qui permet selon lui au pire de se déverser. Mais Jean Castex se trompe : il n'y a pas d'anonymat en ligne. La loi offre tous les outils adéquats pour remonter jusqu'à l'identité des internautes, si nécessaire. Encore faut-il donner les moyens à la justice de le faire rapidement.
Faut-il en finir avec l’anonymat en ligne ? La question n’est pas nouvelle : voilà bien vingt ans qu’elle revient de temps à autre dans le débat public, à gauche comme à droite, comme si elle n’avait jamais été vraiment tranchée. Elle vient de connaître un rebond le 15 juillet, avec l’interview de Jean Castex par Le Parisien. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau Premier ministre ne mâche pas ses mots.
Car le nouveau chef du gouvernement est allé puiser dans ce qu’il y a de pire dans l’histoire contemporaine française pour se livrer un réquisitoire sévère contre les réseaux sociaux et leur mode de fonctionnement actuel. « Les réseaux sociaux c’est le régime de Vichy : personne ne sait qui c’est ! », dénonce Jean Castex. « On peut vous traiter de tous les noms, de tous les vices, en se cachant derrière des pseudonymes. »
Si l’intéressé se dit « pour la liberté d’expression », il considère que l’anonymat « a quelque chose de choquant. […] si on se cache, les conditions du débat sont faussées ». D’ailleurs, la nouvelle tête de l’exécutif met en garde : la loi en la matière pourrait bouger d’ici la fin du quinquennat. , juge-t-il. « C’est un sujet dont il va falloir que l’on s’empare », a-t-il fait savoir, car à ses yeux, « il faudrait réglementer un peu tout ça ».
Il reste toutefois à savoir si le geste sera joint à la parole, ce qui s’avère moins certain qu’il n’y paraît. Jean Castex l’admet d’ailleurs : le gouvernement a déjà fort à faire sur le front de l’emploi, de la crise sanitaire et de la reprise économique pour ne pas se disperser. « Si on commence à dire aux gens que l’on va tout faire, ils ne nous croiront pas. Il faut choisir ses priorités ». Et l’anonymat n’en est pas forcément une.
Surtout qu’en réalité, l’anonymat sur Internet n’existe pas. Ce qui se manifeste en ligne, c’est du pseudonymat — le recours aux pseudonymes, pour le dire autrement. Et depuis 2004, la France sait très bien gérer l’identification des internautes qui franchissent les limites de la loi, grâce à un texte qui a fait depuis longtemps ses preuves la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), et plus particulièrement son fameux article 6.
Car l’anonymat supposerait que l’on n’ait aucune information sur l’internaute pour pouvoir remonter jusqu’à lui. Or, c’est faux : le fournisseur d’accès à Internet sait très bien qui sont ses clients (il a leur identité réelle, leur adresse postale, leurs coordonnées bancaires, leur numéro de téléphone, etc.). Et du côté des réseaux sociaux, justement, on a aussi accès à diverses données de connexion, dont l’adresse IP.
Même avec leur vraie identité, les internautes ne se comportent pas forcément de la meilleure des façons. // Source : Facebook
L’adresse IP agit un peu comme une plaque d’immatriculation sur le net. Avec elle, il est possible de remonter jusqu’à l’abonné d’un opérateur télécom pour savoir depuis quel accès à Internet tel ou tel contenu illicite a été publié. Et bien entendu, les sites comme Facebook, Twitter, YouTube ou Twitch, ont l’obligation légale de conserver un temps ces éléments pour les transmettre à la justice, en cas de demande.
Bien sûr, il peut y avoir ponctuellement des difficultés : l’utilisation d’un VPN ne facilite pas la tâche d’identification d’un internaute. Et ce n’est pas parce que l’on a une adresse IP que l’on sait avec exactitude qui a publié tel ou tel message incriminé (l’adresse IP est partagée par exemple par toutes les personnes se connectant à la même box Internet). Mais c’est là que l’enquête judiciaire prend le relais.
Évidemment, cela peut prendre du temps. Cela requiert des moyens. Mais cette levée du pseudonymat n’est jamais hors de portée. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les faits divers qui peuplent les colonnes des médias. Il est fréquent d’apprendre que tel ou tel internaute hors des clous de la loi s’est fait pincer par les enquêteurs. Ceux qui ont harcelé et menacé la journaliste Nadia Daam pourraient l’attester.
Est-ce donc au pseudonymat qu’il faut mettre un terme ? Certainement pas : d’abord, car l’utilisation de l’identité réelle n’est pas systématiquement gage de civilité. Il n’est pas rare de voir des internautes apparaissant de toute évidence sous leur vrai nom déverser des injures dès que quelqu’un a le malheur de leur déplaire : il suffit de lire les réactions sous certains sites de presse ou sur les réseaux sociaux.
Ensuite, le pseudonymat est indispensable pour préserver sa vie privée tout en ayant un moyen d’exercer sa liberté d’expression. Aurait-on la même facilité à parler d’une maladie, de son employeur, de sa vie sexuelle, de son mal être à « visage » découvert ? Certains, peut-être. D’autres, en aucune façon. Et les cas de figure peuvent être multipliés : religion, politique, syndicalisme, fantasmes.
Le gouvernement et la majorité présidentielle ont tenté de faire passer une loi contre la haine en ligne. Si l’intention est louable, le texte a été jugé justement excessif et bancal juridiquement. Source : Commission des lois.
Il faut aussi imaginer l’enfer que cela pourrait être en matière de droit à l’oubli : en principe, celui-ci doit concilier l’intérêt du public et le respect de la vie privée. Or, on peut supposer que dans de nombreux cas de figure, les demandes de droit à l’oubli impliqueront des personnes n’ayant aucune surface médiatique et, donc, seront éligibles à bénéficier au droit à l’oubli. Or, vu le volume de demandes et de pages concernées, des pans entiers du web seraient désindexés.
Le pseudonymat sert aussi à se protéger contre des représailles (comme de son patron si l’on a envie de vider son sac) ou d’autres internautes, en utilisant une fausse identité ou, plus exactement, une identité numérique. Les personnes LGBT y ont recours, par exemple. Et vous aussi, certainement : vous jonglez probablement entre différentes identités, selon les communautés que vous fréquentez sur la toile.
Faire disparaître le pseudonymat aura une conséquence immédiate et d’ampleur sur la liberté d’expression : elle reculera. Plus personne ne voudra prendre la parole sur tout un tas de sujets. De façon imperceptible, une certaine auto-censure s’installera, surtout chez les personnes qui ne se rallient pas à l’opinion majoritaire sur tel ou tel sujet. Si Jean Castex est pour la liberté d’expression, il lui faut être pour le pseudonymat.
Le gouvernement veut rendre plus efficace la levée du pseudonymat pour que cessent les injures et les « vices » ? Qu’il flèche davantage de moyens à la justice ! Car aujourd’hui, la justice est l’un des ministères les moins bien pourvus. Et c’est le gouvernement qui le dit lui-même : sur 1 000 euros de dépenses publiques, la justice n’a droit qu’à 4 euros. 0,4 %, en clair. Et il s’agit pourtant d’une mission régalienne.
À quoi servent vos impôts ? Pas tant à financer la justice que ça.
Si Jean Castex veut faire émerger plus de civilité en ligne, sans saper les bénéfices réels que peut fournir le pseudonymat, c’est en donnant aux autorités judiciaires les outils pour agir vite et bien. Et les internautes seraient certainement moins enclins à se dépasser les bornes si les décisions de justice étaient prononcées en quelques heures ou quelques jours, en fonction du caractère d’urgence.
Le problème, c’est le sentiment d’impunité sur la toile parce que les décisions de justice arrivent trop tard par rapport à la commission des faits. Ce n’est pas le pseudonymat en tant quel le souci, mais bien l’enveloppe financière allouée à la justice. Appliquer la loi en lui accordant que 0,4 % sur 1000 euros de dépense publique, c’est laisser croire que l’on peut être intouchable sur le net.
Tout comme le personnel soignant n’a ni besoin d’applaudissements, de médailles, ni de parades aériennes, les autorités judiciaires n’ont pas besoin d’un empilement législatif toujours plus sévère pour réguler la haine en ligne. Ce dont elles ont besoin, c’est de moyens humains et judiciaires conséquents, sans avoir besoin ni de transférer leurs missions à des tiers privés, ni de nuire aux libertés des autres.
La Cour de justice de l'Union européenne invalide un accord de 2016 pris entre Bruxelles et Washington sur le transfert des données personnelles entre les deux rives de l'Atlantique. En cause, le manque d'encadrement des programmes de surveillance américains.
C’est un coup de tonnerre juridique dans le ciel transatlantique. Jeudi 16 juillet, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a annoncé avoir invalidé la décision 2016/1250 relative à l’adéquation de la protection assurée par le bouclier de protection des données UE-États-Unis. C’est une décision cruciale, car elle concerne le transfert de données personnelles des Européens, donc les vôtres, vers les États-Unis.
Mais de quoi parle-t-on ?
Rappel des faits.
Jusqu’en 2015, l’envoi de données personnelles de l’Europe vers les USA était encadré par un dispositif baptisé « Safe Harbor ». Mais par l’action en justice d’un Autrichien, ce mécanisme a été annulé en octobre de cette année-là, déjà par la CJUE. Les révélations d’Edward Snowden en 2013 sur la surveillance de masse mise en place les services de renseignement américains avaient à l’époque joué un rôle important, car elles montraient un niveau de protection insuffisant pour les Européens.
cjue cour justice
Cour de justice de l’Union européenne. // Source : Transparency International EU Office
Pour éviter de laisser un vide entre les deux rives de l’Atlantique, un nouveau cadre a été mis sur pied dès l’année suivante, en 2016 : le bouclier de protection des données UE-États-Unis, ou « Privacy Shield ». Celui-ci est décrit comme plus protecteur que le « Safe Harbor ». C’est la position de Bruxelles, qui l’a validé à chaque réexamen annuel. Mais ni les CNIL du Vieux Continent, ni le Parlement européen, ni le Conseil national du numérique, ni les associations de la société civile ne partageaient ce point de vue.
À cette liste, on peut donc ajouter maintenant la Cour de justice de l’Union européenne, qui va obliger Bruxelles et Washington à renégocier un accord. Et comme le fait remarquer le professeur de droit Théodore Christakis, spécialiste de droit international public, c’est une fois encore les programmes de surveillance américains qui posent problème, car ils « ne sont pas limités à ce qui est strictement nécessaire et ne sont donc pas conformes aux standards européens ».
Dans son communiqué, la Cour fait observer qu’il n’y avait aucune garantie juridique pour des personnes non américaines potentiellement visées par ces programmes. Ainsi, il est relevé que la réglementation américaine « ne confère pas aux personnes concernées des droits opposables aux autorités américaines devant les tribunaux », tandis que « l’accès et l’utilisation, par les autorités publiques américaines » des données à caractère personnel ne sont pas assez encadrés.
Pour la justice européenne, les programmes de surveillance américains ne sont pas assez bien encadrés
Pour l’Autrichien à l’origine des invalidations du « Safe Harbor » et du « Privacy Shield », cet arrêt est une bonne nouvelle.
« Je suis très heureux de ce jugement. Il semble que la Cour nous ait suivis dans tous les aspects. […] Il est clair que les États-Unis devront modifier sérieusement leurs lois de surveillance, si les entreprises américaines veulent continuer à jouer un rôle majeur sur le marché européen », écrit-il. « La Cour a clarifié pour la deuxième fois maintenant qu’il y a un conflit entre la législation européenne sur la vie privée et la législation américaine sur la surveillance. »
En somme, c’est le droit américain qui pose problème : si celui-ci n’est pas modifié de façon substantielle, il est à prévoit d’autres annulations du même ordre devant les tribunaux si Washington ne s’attaque pas à une réforme plus ambitieuse. « Comme l’UE ne modifiera pas ses droits fondamentaux pour satisfaire la NSA, la seule façon de surmonter ce conflit est que les États-Unis introduisent des droits solides en matière de protection de la vie privée pour tous, y compris les étrangers ».
Et maintenant ?
Reste une question : l’invalidation prononcée ce jour signifie-t-elle qu’il n’y a plus du tout de transfert entre les deux rives de l’Atlantique ? C’est aller un peu vite en besogne.
Si la Cour a bien annulé le « Privacy Shield », elle a par contre validé les clauses contractuelles types de la Commission européenne. Il s’agit d’un autre dispositif qui sert lui aussi à encadrer l’envoi des données personnelles aux USA. Elles servent lorsque des transferts se font en dehors de l’Union, en vue de « faciliter la tâche » des entreprises et des sous-traitants des autres pays. Autrement dit, si l’accord général n’est pas bon, des accords individuels peuvent l’être.
Deux subtilités sont toutefois à relever. Si le principe des clauses contractuelles types est approuvé, c’est à la condition que les entreprises et les sous-traitants qui y font appel se montrent en phase avec la législation européenne. C’est ce que relève l’avocat Étienne Wery sur son site : l’exportation de données n’est possible que si le niveau de protection est suffisant et respecté. Dans le cas contraire, ce transfert doit être suspendu ou interdit. Reste à pouvoir s’en assurer.
Ensuite, les clauses contractuelles types ne peuvent pas être utilisées par des entreprises qui, justement, sont sous surveillance américaine. C’est ce qu’analyse l’association Noyb, fondée par Maximilian Schrems, l’Autrichien à l’origine de toute cette affaire. « L’arrêt indique clairement que les entreprises ne peuvent pas se contenter de signer les clauses , mais qu’elles doivent également vérifier si elles peuvent les respecter dans la pratique », commence-t-il.
Un vrai casse-tête pour les géants du net.
Qu’est-ce qu’une image ?
Une image est une représentation visuelle de quelque chose, ça pourrait être une photographie, un graphique, un dessin…
Il existe plusieurs formats d’images utilisés sur les sites Web : JPEG (extension .jpg), GIF (extension .gif), PNG (extension .png)
Dans l’optimisation de votre site, ne négligez pas la balise alt et le poids des images qui peuvent contribuer au référencement de vos pages. Pour le moment, les moteurs de recherche n’arrivent pas encore à interpréter le contenu visuel d’une image, ce qui ne saurait tarder. En attendant il existe des techniques comme par exemple les balises alt pour indiquer aux moteurs de recherche ce que contient une image.
Dans ce dossier nous verrons présenterons ces techniques plus en détail.
Parce que lorsque vous utilisez des images dans vos pages, l’espace occupé par ces dernières, c’est de l’espace en moins pour le contenu texte qui lui est lu et interprété par les moteurs de recherche.
Pour continuer à utiliser des images et donc améliorer l’aspect graphique de votre site tout en optimisant le référencement de votre site voici quelques conseils...
Comment optimiser les images ?
Si une image met trop de temps à charger, Google ou les autres moteurs de recherche ne scanneront pas votre page et le visiteur quittera votre site sans attendre la fin du chargement. Dès qu'elle dépasse 200 Ko, une image peut être considérée comme lourde. Yakaferci vous aidera à détecter ces images problématiques.
Par exemple, si votre image représente un schéma sur comment référencer un site, nommez la ainsi : « schema-referencement-site.jpg ». Vous indiquez ainsi aux moteurs de recherche qui viennent pour le crawl de votre site que l’image que vous utilisez pour illustrer la page représente un schéma sur comment référencer un site. Il interprètera avec plus de précision le contenu de la page. Si vous souhaitez utiliser une expression pour nommer une image, préférez alors comme séparateur de mots, les tirets ( - ) à l'underscore ( _ ) : les moteurs de recherche ne considèrent pas l'underscore comme un séparateur. De plus, nommer l'image sans majuscule et sans caractères accentués. En résumé pour référencer votre image : Préférez ce nom : referencer-image.gif plutôt que celui-ci : Référencer_image.gif
La balise « ALT », en complément du nom de l’image, permet d’associer un mot clés ou une expression à une image. Le mot clé placé dans la balise ALT remplacera l’image si le navigateur a des difficultés à afficher l’image en question. Les mots contenus dans les balises « ALT » contribuent également à améliorer le référencement de votre site puisqu'elle permet d’employer des mots clés supplémentaires qui seront lus par les moteurs.
La balise alt ou l'attribut alt (alternate text) ne s'applique qu'à la seule balise <img>, permettant ainsi un affichage alternatif ( en remplacement de l'image ) pour les navigateurs qui ne supporteraient pas les graphiques.
Le message texte défini avec la balise alt apparaîtra également pendant le téléchargement de la page et avant l'affichage de l'image. N'oublions pas aussi que certains utilisateurs à connexion Internet bas débit ont choisi de désactiver l'affichage des images !
L'attribut title est un attribut générique qui s'applique à pratiquement toutes les balises HTML et dont le rôle est d'apporter des informations supplémentaires ou un commentaire sur un élément spécifique d'une page Web (élément qui peut être un mot, une phrase, un paragraphe, un élément multimédia, un objet, etc...)
Toujours dans le but d’indiquer aux moteurs ce que vos images représentent, faites précéder l'image d'un titre situé dans une balise de niveau 3 ou supérieur (h3 ou h2 ou h1) Le titre doit bien sur être en rapport avec l’image et surtout contenir les principaux mots clés avec lesquels vous souhaitez vous faire référencer.
Un en-tête en image (header)
Très souvent des sites sont conçus avec un en-tête en image. Il est courant de voir le logo de la société occuper la quasi largeur d’une page.
A éviter ! La partie supérieure d'une page (le header) est une des zones les plus importantes de votre site où vous devriez insérer vos mots-clés principaux pour optimiser votre SEO.
Si vous utilisez une image occupant tout l’espace, vous aurez gâché cet emplacement puisque les moteurs de recherche ne savent pas encore lire les contenus graphiques. Evitez également les images avec du texte. C’est certainement plus attrayant d’un point de vue visuelle mais pas d’un point de vue référencement (SEO) puisque ce texte ne sera pas indexé par les moteurs.
Vous pouvez bien sur utiliser votre logo en employant une approche « hybride » : Placez votre logo sur toutes vos pages mais veillez à ce qu’il n’occupe pas toute la largeur. La place restant dans l’en-tête devrait être optimisé avec du texte.
Des éléments graphiques dans le menu de navigation
La problématique est la même que dans le cas précédent avec les textes dans sur les images. Tous les liens internes de votre site devraient contenir des mots-clés, qui donneront un avantage supplémentaire dans le référencement de votre site. Si pour des raisons d’esthétisme vous avez employé des éléments graphiques pour votre menu, les moteurs de recherche ne pourront pas indexer le texte des liens. Evitez si possible l’utilisation d’un menu graphique, dans le cas contraire spécifiez au moins les balises ALT pour toutes les images.
Note : le site yakaferci.com qui publiait cet article n'est plus en ligne. Le lien sous le titre de cette page mène à la "photo" de la page originale hébergée sur Wayback Machine.
Dans les sociétés contemporaines, les organisations publiques font face à des problèmes de plus en plus complexes : vieillissement de la population, réchauffement climatique, crise sanitaire, migration de population, crise financière, économique et sociale, etc.
Ces challenges sociétaux sont qualifiés dans la littérature de « wicked problems ». Ils ont pour caractéristiques principales le fait d’être des problèmes particulièrement complexes, non prédictibles et inextricables. Ils surprennent les managers publics et posent des défis de taille pour leur résolution ; ils semblent souvent incompréhensibles et résistants à toute forme de traitement.
Ainsi les wicked problems requièrent non seulement un processus d’innovation publique, mais plus spécifiquement un changement de modèle vers une innovation publique ouverte, notamment aux citoyens-usagers.
Le modèle de l’innovation ouverte ou « open innovation » repose sur l’idée selon laquelle ni une personne seule ni une organisation ne détiennent forcément les meilleures idées et les meilleures compétences pour identifier et résoudre un problème.
L’innovation est alors vue comme le fruit d’une communauté d’individus et d’organisations dotés d’expertises diverses qui coconstruisent ensemble le socle de connaissances nécessaires pour rendre le problème intelligible produisant ainsi une solution adaptée.
Face à l’impérieuse nécessité d’innover, les managers publics se retrouvent devant un défi encore plus grand, qui échappe à la rationalité bureaucratique : comment faire autrement ?
Si les organisations publiques sont particulièrement efficaces pour standardiser un service public, le déployer à grande échelle, créer des procédures et des routines, il en est autrement face à des activités non routinières et non standardisées telles que les activités d’innovation.
C’est pourquoi le modèle de l’innovation ouverte et de « l’État-plateforme » se diffuse depuis plusieurs années dans les organisations publiques profitant notamment des progrès en matière de technologies numériques.
En effet, l’usage des plates-formes numériques permet aux organisations publiques de se saisir du potentiel de créativité et de collaboration qu’elles offrent en connectant le monde. Le gouvernement 2.0, ou gouvernement « plateforme », émerge depuis quelques années et permet aux acteurs publics de produire un meilleur travail ; les bureaucrates sortent de leurs silos administratifs, et puisent dans les idées et les énergies d’une foule prête à s’engager pour l’intérêt général.
Dès 2014, la France a intégré le Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO) qui a pour ambition d’agir « pour la transparence de l’action publique, pour sa co-construction avec la société civile et pour l’innovation démocratique ».
En 2015, la direction interministérielle du numérique (Dinum) lance la mission « Incubateur de services numériques », portée par le réseau beta.gouv.fr. L’objectif vise à développer des « startups d’État » à travers une nouvelle politique d’innovation qui a pour objectif de créer des produits numériques centrés sur les usagers.
Plus récemment, le département « Etalab » de la Dinum a vu le jour en octobre 2019. Il a pour objectif principal de coordonner « la conception et la mise en œuvre de la stratégie de l’État dans le domaine de la donnée ».
C’est ainsi que Etalab gère la plate-forme data.gouv.fr qui met à disposition de la société civile l’ensemble des informations publiques. Etalab est également au service de l’exploitation de ces données et vise à promouvoir les data sciences et l’intelligence artificielle (programme Lab IA).
Mais de manière plus générale, les missions de beta.gouv d’Etalab visent à être le bras armé du modèle d’open innovation. En effet, Beta.gouv, Etalab et la Dinum ont pour mission de promouvoir « l’innovation, l’expérimentation, les méthodes de travail ouvertes, agiles et itératives, ainsi que les synergies avec la société civile pour décloisonner l’administration et favoriser l’adoption des meilleures pratiques professionnelles dans le domaine du numérique ».
La mise en place d’une démarche d’innovation ouverte implique un changement de modèle profond pour les organisations publiques à plus d’un titre.
D’abord, en ce qui concerne leur fonctionnement et leur structuration, cela suppose un changement significatif de leur architecture. En effet, la stratégie de « plateformisation » de l’État permettrait de repenser la nature de ses missions ainsi que ses règles d’organisation. L’objectif est de faire preuve d’agilité et de dégraisser le processus d’innovation de toute lourdeur administrative.
Par ailleurs, la « plateformisation » vise une plus grande proximité avec l’utilisateur final. L’innovation repose sur l’identification d’un besoin ou d’un problème à résoudre du point de vue de l’usage. La solution est d’abord conçue de manière épurée afin d’élaborer un prototype offrant les fonctionnalités minimums suffisantes qui permet de tester et de valider les hypothèses de départ. Ce fonctionnement aide à réduire l’erreur de manière itérative et à ajuster la solution en continu.
Cette rupture avec l’architecture classique de l’organisation publique est d’ailleurs clairement affichée par l’incubateur Beta.gouv.fr : « Les besoins des usagers avant ceux de l’administration ».
Ainsi, les équipes sont pilotées par la finalité plus que par les moyens. Elles visent l’amélioration continue plus que la conformité à un plan. Nous sommes aux antipodes des méthodes administratives traditionnelles ce qui présuppose selon la recherche une large implication des utilisateurs, « aboutissant à une véritable « coproduction » du service, ainsi qu’un processus d’élaboration « interactive et incrémentale », passant par des phases récurrentes d’expérimentation et d’amélioration ».
La mise en place d’une innovation publique ouverte nécessite également un changement de logiciel de l’esprit, et donc un changement culturel. La posture du manager public s’avère radicalement différente. Face à l’absence de solution préexistante, celui-ci prend une posture d’entrepreneur : il prend des risques, fonctionne par essai-erreur, agit discrètement d’abord, et fait preuve d’un certain courage managérial.
En effet, face à un wicked problem, la réglementation en vigueur et les procédures existantes sont rarement favorables et obligent à surfer sur les zones grises. L’urgence qui est souvent de mise contraint à jouer des règles du jeu avant de pouvoir les modifier.
L’innovation est souvent le fruit de la déviance. Sans pour autant se positionner en criminel d’État, il s’agit de faire preuve de transgression face à une norme ou règle établie. Cela suppose donc un courage managérial pour dépasser la rationalité bureaucratique classique qui impose de suivre et d’appliquer scrupuleusement les règles et procédures établies.
De ce fait, là où la bureaucratie dépersonnalise l’agent dont la fonction est supérieure à sa personnalité, l’innovation publique inverse l’équilibre et place les qualités de l’agent, ses capacités à penser, créer, tester, bref – innover – au-dessus de sa fonction opérationnelle.
Le manager public passe d’une posture parfois jugée comme attentiste à un état de veille permanente, à l’affût d’opportunités qu’il saura saisir et mettre en œuvre.
Par ailleurs, face au modèle de l’innovation publique ouverte et de l’État-plateforme, la posture du citoyen-usager et son rôle sont également profondément transformés. Le citoyen devient un partenaire ; il est invité à prendre une participation active dès la conception des politiques publiques.
Ainsi, la relation aux politiques et les solutions innovantes qui en résultent prennent corps dans l’interaction avec l’usager. Il ne s’agit plus de le conforter dans une posture de consommateur et de client, à l’instar de la figure de l’usager-client, mais de favoriser son empowerment ( pour qu’il devienne usager-entrepreneur du service public.
Plus largement, c’est en collaborant avec l’ensemble des parties prenantes de la conception à l’évaluation des politiques publiques que l’État jouera pleinement son rôle de plate-forme. Cet enjeu est d’autant plus fort qu’il s’agit de relever des défis sans précédent posés par l’accélération des wicked problems contemporains.
Le Conseil national du numérique a produit un document sur le numérique et l'environnement. Si elle contient de nombreuses mesures très différentes, l'une d'elles détonne : elle invite à envisager la fin des forfaits illimités dans l'Internet fixe en France.
Pour sauver le climat, faudra-t-il en finir avec les forfaits illimités dans l’Internet fixe ? C’est l’une des idées que retient le Conseil national du numérique dans ses travaux sur l’environnement et le numérique. Ce n’est évidemment pas la seule idée figurant dans la feuille de route — il y en a en tout cinquante, organisées autour de douze objectifs –, mais elle est l’une qui retient le plus l’attention, car elle va à contre-courant du marché français depuis une vingtaine d’années.
« Encourager les forfaits à consommation limitée »
L’idée, dont se fait l’écho Next Inpact, tient en une phrase : il s’agit de demander aux opérateurs télécoms « d’encourager les forfaits à consommation limitée, y compris sur le fixe, afin d’éviter une subvention indirecte des utilisateurs à fort trafic par l’ensemble des usagers, (sachant qu’une fois le seuil dépassé, il s’agit de passer à des débits moindres) ». En somme, il ne s’agirait pas de bloquer l’accès à Internet, mais de brider la capacité de téléchargement.
Cette proposition figure dans le septième objectif, consacré à la limitation de l’empreinte environnementale de la conception et du déploiement des réseaux et des infrastructures numériques. Elle côtoie d’autres pistes de réflexion, comme des limitations au niveau du préchargement de ressources dans les navigateurs web (qui survient en arrière-plan en anticipant la navigation de l’internaute, pour lui présenter les pages plus rapidement), et la réduction de la consommation énergétique des appareils.
Cette réflexion sur l’accès à Internet dans le fixe, si elle était suivie d’effet, serait un sacré bouleversement dans le marché des télécoms français. C’est en effet aux alentours des années 2000 que le marché s’est structuré autour de l’illimité, avec par exemple Free et son fameux accès illimité pour 29,99 € par mois mois, à 512 Kbps, en 2002.À l’époque, des opérateurs aujourd’hui disparus comme AOL, Tiscali et Easyconnect, ont fini par s’aligner, façonnant ainsi le secteur que l’on connaît aujourd’hui.
La fibre optique, qui donne accès à des débits très importants, se développe en France. Pourtant, le CNNum invite à envisager de restreindre les accès à l’Internet fixe. // Source : Alexandre Delbos
Cette problématique de l’illimité dans les forfaits ne se pose dans le mobile en revanche, car ces abonnements sont articulés autour d’enveloppes de données mobiles qui sont réinitialisées tous les mois. Si celle-ci est consommée en intégralité, la connexion est soit empêchée, bridée ou comptabilisée en hors forfait. Cela dit, ces enveloppes grossissent au fil des ans, pour se caler aux nouvelles générations (2G, 3G, 4G, 5G…) et, donc, à des débits accrus ouvrant de nouveaux usages.
En comparaison de la situation dans d’autres pays du monde, les internautes français sont bien lotis : les fournisseurs d’accès à Internet en Belgique, aux USA ou bien au Canada sont bien moins séduisants avec leurs formules restrictives. une situation qui s’explique entre autres par un faible dynamisme concurrentiel, là où le marché français a fait fondre les prix et exploser les fonctionnalités.
Une idée à articuler avec d’autres propositions
Reste toutefois une question : la fin de l’illimité, en tout cas avec un débit inchangé, ne va-t-elle pas à l’encontre du développement de certains nouveaux usages, comme l’ultra haute définition pour la vidéo, ou bien la généralisation accrue du télétravail, qui a montré ses vertus lors du confinement — et qui peut avoir des effets positifs sur la pollution, en limitant par exemple l’usage de la voiture ?
Pour le Conseil national du numérique, cette hypothèse n’a de sens que si elle est articulée avec d’autres approches, qui sont évoquées également dans la feuille de route. Cela passe par une incitation « à adopter la sobriété numérique » au niveau de la population et à « réguler l’économie de l’attention numérique », qui est jugée responsable de la hausse des usages numériques.
Mais surtout, l’instance consultative considère qu’il faut « interroger la pertinence de nos usages numériques afin d’en limiter la croissance ». Et de proposer quelques leviers : en finir avec la course à la haute définition, redescendre la taille des écrans des téléviseurs, limiter le nombre d’objets connectés, limiter la qualité maximale des vidéos en ligne, imposer un mode basse consommation d’énergie par défaut et questionner l’intérêt et l’urgence de la 5G.
REMANIEMENT - Après un week-end et un lundi de spéculations, le Premier ministre Jean Castex a dévoilé ce lundi 6 juillet la composition du nouveau gouvernement, une étape clé dans la tentative d’Emmanuel Macron de relance économique et de son quinquennat.
Comme le veut l’usage, c’est le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, qui a lu, à 19h, les noms des membres de cette nouvelle équipe depuis le perron de l’Élysée.
Découvrez ci-dessous la liste, paritaire, des nouveaux ministres:
Galerie photo
Le gouvernement de Jean Castex
Voyez les images
Jean-Yves Le Drian: Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
Barbara Pompili: Ministre de la Transition écologique
Jean-Michel Blanquer: Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports
Bruno Le Maire: Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance
Florence Parly : Ministre des Armées
Gérald Darmanin: Ministre de l’Intérieur
Élisabeth Borne: Ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion
Sébastien Le Cornu: Ministre de l’Outre-mer
Jacqueline Gourault: Ministre de la Cohésion des territoires
Éric Dupond-Moretti: Garde des Sceaux, ministre de la Justice
Roselyne Bachelot: Ministre de la culture
Olivier Véran: Ministre des Solidarités et de la Santé
Annick Girardin: Ministre de la Mer
Frédérique Vidal: Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
Julien Denormandie: Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation
Amélie de Montchalin: Ministre de la Transformation et de la Fonction publique
Ministres délégués:
Marc Fesneau, chargé des relations avec le Parlement auprès du Premier ministre
Elisabeth Moreno, chargée de l’Egalité hommes-femmes, de la diversité, et de l’Egalité des chances auprès du Premier ministre
Franck Riester, chargé du Commerce extérieur et de l’attractivité ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
Emmanuelle Wargon, chargée du Logement auprès de la ministre de la Transition écologique
Jean-Bapstiste Djebarri, chargé des Transports auprès de la ministre de la Transition écologique
Olivier Dussopt, chargé des Comptes Publics auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance
Agnès Pannier Runacher, chargée de l’Industrie auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance
Alain Griset, chargé des petite et moyennes entreprises auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance
Roxana Maracineanu, chargée des Sports auprès du ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports
Geneviève Darrieusecq, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants auprès de la ministre des Armées
Marlène Schiappa, chargée de la Citoyenneté auprès du ministre de l’Intérieur
Brigitte Klinkert, chargée de l’Insertion auprès la ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion
Nadia Hai, chargée de la Ville auprès de la ministre de la Cohésion des territoires
Brigitte Bourguignon, chargée de l’Autonomie auprès du ministre des Solidarités et de la Santé
Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre:
Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement
Le Huawei P20 Pro est l'un des meilleurs photophones du marché. Évidemment, pour en tirer le meilleur, il faut être capable de jongler avec ses fonctionnalités. Pour profiter pleinement de l’appareil photo de votre Huawei P20 pro et exprimer votre créativité, voici quelques conseils !
Les deux règles clés à retenir à propos du mode nuit du P20 Pro sont : ne pas avoir peur de l'utiliser et l’utiliser aussi le jour.
Le mode Nuit permet de prendre des photos avec une vitesse d'obturation de 6 secondes. Dans des circonstances ordinaires, cela impliquerait de se servir d’un trépied pour éviter que les images capturées soient floues. Or, le P20 Pro dispose d’une intelligence artificielle et d'excellentes technologies de stabilisation, éliminant le flou lors de la prise de vue à main levée. Cela peut sembler improbable pour ceux qui ont de l’expérience en photographie, mais ça fonctionne vraiment. Les résultats sont surprenants, si bien que même les scènes capturées dans une zone d’ombre apparaissent comme si elles étaient éclairées lorsqu’elles sont photographiées avec le P20 Pro.
Et la seconde règle peut paraître encore plus atypique. Activer le mode nuit en journée, en extérieur et plus particulièrement un jour de soleil. Le Huawei P20 est en effet configuré pour que la vitesse d'obturation soit automatiquement réduite, donnant aux photos prises un aspect surréaliste, comme si l’on avait appliqué un filtre HDR au préalable. Certes, les clichés ne seront pas toujours proches de la réalité, mais seront indiscutablement cool !
Pour passer au mode Nuit sur le P20 Pro, ouvrez l'application Caméra et faites glisser le sélecteur de mode (au-dessus du déclencheur) vers la droite. Lorsque vous avez bien cadré la scène à capturer, appuyez sur le déclencheur pour prendre la photo et le téléphone règle automatiquement la minuterie. Il suffit de bien tenir le téléphone au moment de la capture, sans besoin d’être complètement figé en retenant sa respiration, car l’appareil tolère de légers mouvements. Évidemment, cela ne fonctionnera pas si on prend des photos à bord d’une voiture en marche…
Pour ceux qui s’y connaissent en photographie, il est aussi possible de régler manuellement l'ISO et la vitesse d'obturation en utilisant les deux icônes du bas à gauche et à droite du viseur en mode portrait.
Avec le P20 Pro, le temps où zoomer au maximum sur un smartphone était un péché cardinal est bien révolu, d’autant plus que son mode zoom va bien au-delà du zoom 2x de l'iPhone X et du Galaxy S9, puisqu’il gère un rapprochement jusqu'à 5x sans perte de qualité. Cela est permis par une ingénieuse combinaison de zoom optique via ses multiples lentilles et d'une intelligence artificielle qui améliore et stabilise l'image.
Faire fonctionner le mode Zoom du P20 pro est simple : ouvrir l'application Caméra et toucher l’icône circulaire avec 1x. Taper encore une fois pour passer à 3x et une troisième fois pour 5x. En la touchant de nouveau, on revient à 1x. Si l’on n’arrive pas au zoom exactement souhaité pour cadrer la photo, il est possible d’ajuster manuellement la valeur du zoom en pinçant l'écran et en glissant entre ces deux points.
Facile de remarquer qu'avec le zoom 5x, même les plus petits mouvements suffisent à secouer l'appareil photo. Heureusement, l'IA de Huawei corrige cela et les photos prises en zoom 5x qui ressortent floues sont très rares.
Curieusement, le ralenti n’est pas inclus au mode vidéo. Alors, pour trouver la fonctionnalité, ouvrir l'application Caméra, en passant le sélecteur de mode à l'option Plus, puis en tapant Slow-mo. Si les modes vidéo au ralenti ne sont pas nouveaux, le P20 Pro se démarque avec un paramètre de 960 ips, donnant une vidéo beaucoup plus détaillée et plus lente que celle de nombreux téléphones concurrents.
Avec une résolution de 720p par défaut, les clips peuvent ne pas être aussi nets qu’on espère. Il est toujours possible d’en augmenter la résolution à 1080p, mais cela se répercutera inévitablement sur la fréquence d'images qui sera de 120 fps, donc l'action ne sera pas ralentie. Une alternative consiste alors à changer la résolution en appuyant sur l'icône 32x sur à droite de l'écran pour obtenir le mode 4x, et le mode 8x, qui tire à 240 fps et 720p.
Le tournage réussi d'une vidéo en slow-motion est une question de patience, de timing et de chance, en misant notamment sur les mouvements rapides et aléatoires. La chose à retenir étant l’expérience outdoor, sachant que l'obturateur ralenti n'aime pas l'éclairage artificiel, au risque d’introduire un effet stroboscopique pour les slow-motions tournés en intérieur.
Le Huawei P20 Pro dispose de trois objectifs, dont l'un capturant exclusivement en monochrome, comme c’était déjà le cas avec les précédents smartphones Huawei dont les capteurs photos étaient co-conçus par Leica. Grâce à cela, les photos prises sont plus belles, plus nettes et plus détaillées que celles obtenues en appliquant un filtre, comme on le ferait sur n'importe quel autre téléphone afin d’obtenir un effet noir et blanc.
Ouvrir l’app Caméra et avec le sélecteur de mode, chercher Plus, puis appuyer sur monochrome. La fonctionnalité propose quatre modes : Normal, Ouverture, Portrait et Pro. Ouverture ajoute profondeur de champ (fond flou) aux photos, tandis que Portrait se destine à la prise de vue de personnes. Le mode Pro permet aux photographes expérimentés de jouer avec les réglages. Il n’est pas possible de zoomer sur un sujet en mode Normal. Passer à Ouverture ou Portrait pour zoomer jusqu'à 3x. On peut masquer le menu affichant les différents modes et ainsi faciliter le cadrage, en appuyant sur l'icône circulaire divisée en deux en bas à droite de l'écran en mode portrait.
Huawei a initié l’introduction de l'Unité de Traitement Neural (NPU) avec le modèle Mate 10 Pro. Chez le P20 pro, les capacités de l’IA montent d’un cran puisque la reconnaissance d'image et de scène est l’une de ses tâches principales. Et alors que les réglages effectués par l’IA étaient imposés ur le Mate 10 Pro, Huawei permet désormais aux utilisateurs de P20 Pro de rejeter individuellement les modifications suggérées, tout comme de désactiver complètement l’intelligence artificielle.
Pour voir comment cela fonctionne, il suffit de pointer la caméra sur un sujet parmi les 19 catégories de scènes reconnues par le P20 Pro, et un message apparaîtra au bas du viseur, alertant des paramètres que l’IA est sur le point de changer en fonction de la scène reconnue. Après quelques secondes, l'icône changera pour annoncer le mode choisi, avec un « X » à côté.
Pour rejeter la suggestion, appuyer sur ce X et capturer sur auto. En mode portrait, il se trouve en en dessous du viseur. En revanche, en mode paysage, l'alerte initiale apparaît au bas de l'écran et la notification nécessaire pour la fermer apparaît à côté du déclencheur. C'est une idiosyncrasie logicielle qui sera certainement réparée dans le futur.
Et si on préfère que l’IA n’interfère pas appuyer sur la molette Paramètres dans le coin supérieur droit de l'écran en orientation portrait, puis faire défiler vers le bas pour trouver Master A.I. Le commutateur est activé par défaut, et il suffit de le toucher pour l'éteindre. On peut évidemment le réactiver à tout moment en touchant de nouveau le commutateur, dans ce menu.
Ce vendredi 3 juillet 2020, le changement de Premier Ministre a fait grand bruit. Édouard Philippe a laissé sa place à Jean Castex, un homme politique originaire du Gers. Après sa prise de parole au 20h de TF1, l’accent du nouveau premier ministre a donné lieu à un flot de commentaires et de tweets. L’un d’eux a particulièrement retenu notre attention:
Le nouveau Premier Ministre Jean #Castex n’est pas là pour « chercher la lumière ». Son accent rocailleux genre 3e mi-temps de rugby affirme bien le style terroir #TF1 @ParisMatch https://t.co/71NspmVUsB
— Bruno Jeudy (@JeudyBruno) July 3, 2020
A lui seul, ce tweet permet de mettre le doigt sur une discrimination méconnue en France, discrimination qui se manifeste par la stigmatisation d’une personne en raison de son accent, et que l’on appelle depuis 2016 glottophobie (le nélogisme est de Philippe Blanchet).
Souvenez-vous, en 2018, une affaire de discrimination du même genre avait fait grand bruit dans les médias, quand Jean-Luc Mélenchon avait singé l’accent d’une journaliste originaire du Midi.
En France, la région de Paris joue depuis des siècles le rôle de centre, au sens géospatial du terme. C’est à Paris que siège le pouvoir, les plus grands médias mais aussi la plupart des rédacteurs de dictionnaires commerciaux (Larousse et Robert, pour ne citer que les principaux).
Sur le plan de la prononciation, on comprend donc pourquoi ce sont les usages de ces « professionnels de la parole » qui jouent le rôle de « norme », ou de « modèles », sur le plan national.
Corolairement, on considère toute façon de parler qui s’éloigne de ce modèle de norme comme la manifestation d’un « accent régional ». Plus la prononciation s’éloigne de la norme, plus l’accent régional est marqué. Par ailleurs, cette distance entre le standard et le régional n’est pas seulement linguistique, elle est aussi sociale. Inconsciemment, on considère que plus une personnne a un accent marqué plus elle occupe une position « basse » dans la société, la non-maîtrise de la norme étant associée à un manque d’instruction et la pratique de métiers ou d’activités « peu nobles ».
On retrouve tous ces poncifs dans le tweet du journaliste Bruno Jeudy. La notion d’accent « rocailleux » (adjectif qui ne veut pas dire grand chose, comme c’est le cas en général des qualificatifs liés aux accents régionaux : plat, pointu, chantant, etc.), le style « terroir » (qui souligne la distance entre le « centre » que représente l’Île-de-France et la « région » que représente la province) et l’association entre l’accent du sud-ouest et le rugby (l’accent de la région de Toulouse étant associé dans les représentations des Français, aux journalistes sportifs qui commentent le rugby).
Bien entendu, ces idées sont à combattre, car il ne devrait pas exister de hiérarchie entre les accents, et le fait d’avoir un accent ne devrait pas faire préjuger de la position sociale de qui que ce soit.
Les journalistes Jean-Michel Apathie et Michel Feltin-Palas viennent tout juste de sortir un essai pointant ces problématiques.
Au détour de témoignages, d’anecdotes et d’interviews, ils illustrent avec brio cette problématique de la glottophobie en France, tout en faisant des propositions pour des changements. Leur ouvrage se termine avec la présentation d’une enquête, la première en son genre.
Méthode
Le sondage a été réalisé par l’Ifop, auprès d’un échantillon de plus de 2000 personnes, sélectionnées selon la méthode des quotas, après stratification par régions et catégories d’agglomération.
J’ai utilisé une partie des données pour illustrer en cartes deux questions liées à des questions d’accent en France.
La première portait sur le sentiment d’accent régional. À la question : « Quand vous parlez, estimez-vous avoir un accent régional? », 21% des sondés ont répondu par l’affirmative.
On voit que c’est dans la région Midi-Pyrénées (d’où est d’ailleurs originaire Jean Castex) que les participants ont déclaré être les plus conscients d’avoir un accent régional. Le Nord-Pas-de-Calais n’est pas loin derrière. La transformation par anamorphose (cartogramme) à droite permet de rendre compte du fait que c’est dans les régions du Centre et des Pays-de-la-Loire que les gens ont l’impression d’avoir le moins d’accent (ce qui va dans le sens du stéréotype populaire selon lequel c’est dans cette région que l’on parle le français le plus neutre).
La seconde portait sur l’expérience d’une discrimination liée à l’accent. À la question « Avez-vous déjà été l’objet de discriminations que ce soit pendant vos études ou pendant votre carrière professionnelle (par exemple lors d’un concours, d’un examen ou lors d’un entretien d’embauche) du fait de votre accent régional ? », la moyenne globale est de 27%.
On peut voir sur ces deux cartes un phénomène intéressant. C’est dans les régions où les participants ont déclaré avoir le moins d’accent que les participants se sentent les plus souvent discriminés en raison de leur prononciation!
Le nouveau Premier Ministre a un accent régional, et il faut s’en réjouir. C’est un pas important dans l’histoire des discriminations liées à l’accent en France, mais aussi au regard de la reconnaissance des variétés régionales de la langue française.
Sur la route, notamment des vacances, les femmes se retrouvent davantage sur le siège passager, même lorsqu'elles sont titulaires du permis. Et ce n'est pas par manque de goût pour la conduite.
Si les femmes ont tendance à avoir peur en voiture, c'est parce que les stéréotypes de genre leur ont ancré cette idée dans la tête. | kaluci via Unsplash
Si les femmes ont tendance à avoir peur en voiture, c'est parce que les stéréotypes de genre leur ont ancré cette idée dans la tête. |
«Quand nous sommes en famille, on ne se pose même pas la question: mon mari se met toujours au volant», expose Morgane, 32 ans, qui a une formation d'enseignante et élève ses trois enfants. Elle a beau avoir son permis depuis 2006, bien aimer conduire, à part sur les routes de montagne, et prendre la voiture «sans problème» pour se déplacer seule, quand son mari et elle partagent l'habitacle, elle occupe le siège passager. Elle est loin d'être la seule dans ce cas. Certaines femmes font même de leur permis une lettre morte pour cette raison précise… alors que l'inverse n'est pas vrai. En 2007, d'après l'enquête nationale Transports et Déplacements, deux tiers des 6,2% des titulaires du permis de conduire qui ne prenaient jamais le volant étaient des femmes et 16% d'entre elles (contre 5% des hommes dans cette situation) renonçaient à la conduite avant tout en raison de la présence d'un autre détenteur ou d'une autre détentrice du permis B dans le ménage.
Pour expliquer cet inemploi intégral de leur permis, les femmes mentionnaient aussi souvent la peur et le fait de ne pas aimer conduire (à 34%, contre 8% des hommes). «Je ne dis pas que je ne suis pas à l'aise mais ce n'est pas un plaisir fou», brosse Agathe, 35 ans, cadre dans l'innovation, tandis que son mari «adore ça». Aude*, journaliste de 31 ans habituée à être «copilote», se décrit comme «flippée au volant» et l'un des premiers arguments qu'elle donne pour justifier la préemption masculine sur le siège conducteur est, en miroir, le plaisir que son copain y prend. «Mon mec conduit tout le temps car il aime ça, car on assure la voiture qu'on loue sur une seule personne, et car moi j'aime prendre des photos aussi pendant ce temps. On a fait un méga road-trip aux États-Unis, il a été le seul à conduire. Moi, je prenais des photos, je lisais le guide et Google Maps.»
Idem du côté d'Audrey, 28 ans, avocate, dix ans de permis au compteur mais qui conduit environ deux fois par an: «Je me dis, à la base, c'est sa voiture, je sais qu'il aime bien ça, donc si je ne sens pas qu'il n'a pas envie, je ne vais pas me proposer. Et j'aime bien me dire que je peux faire autre chose, regarder mon portable, choisir la musique…» Des explications qui donnent l'impression d'une répartition des tâches naturelle puisque, dans les couples hétérosexuels, se retrouve généralement derrière le volant celui qui goûte davantage la conduite et sur le siège passager celle qui est moins à l'aise avec la route.
Sauf qu'il ne s'agit pas que d'inclinations individuelles (et encore moins d'une prédisposition ayant une origine génétique). «Dire “je n'aime pas trop ça”, c'est une façon de positiver et de rationaliser les stéréotypes de genre», souligne Marie-Axelle Granié, directrice de recherches en psychologie sociale du développement au laboratoire Ergonomie et sciences cognitives pour les transports (Lescot) à l'université Gustave-Eiffel. Car le goût de la conduite comme l'aisance au volant sont aussi culturellement acquis. «Si les femmes n'ont pas d'attrait pour cette tâche, c'est parce qu'on les a éduquées à ne pas en avoir.»
L'appréhension, le manque de goût et/ou le fait de laisser le volant à son conjoint, toutes ces raisons qui font que 8,1% des détentrices du permis ne conduisent pas, contre 4,4% côté masculin, ne sont pas la face émergée d'un iceberg nommé «les femmes ne savent pas conduire». Même si, lorsque l'on n'est pas très doué·e pour réaliser une tâche, on peut avoir tendance à moins l'apprécier, craindre de devoir s'y mettre et/ou tout simplement se défiler et faire confiance à une personne plus compétente, c'est un raccourci (et une impasse intellectuelle) de croire que les femmes conduisent moins parce qu'elles conduisent moins bien.
«Dans le sens commun, les hommes sont de meilleurs conducteurs que les femmes parce qu'ils maîtrisent leur véhicule.» Marie-Axelle Granié, directrice de recherches en psychologie sociale
Au contraire. «Si on pose la compétence de conduite comme le fait de ne pas avoir d'accident, en tout cas d'accident grave, et donc si l'on regarde l'accidentalité, c'est clair que les femmes sont de meilleures conductrices que les hommes», insiste la chercheuse spécialiste des stéréotypes de sexe associés à la conduite, avant d'égrainer les chiffres: 75% des morts sur la route dans des accidents de voiture sont des hommes, plus de 90% des conducteurs alcoolisés impliqués dans un accident sont des hommes aussi. Et il ne faudrait pas croire que les femmes ont moins d'accidents pour la seule et unique raison qu'elles se retrouvent moins souvent au volant. «Même si on le rapporte à l'exposition, c'est-à-dire au taux d'accident au nombre de kilomètres parcourus par les femmes et les hommes, il y a toujours une différence entre les deux sexes.»
Il serait donc temps de se sortir le vieil adage, objectivement erroné, «femme au volant, mort au tournant» de la tête. Mais ce n'est pas si facile. Quand je demande à Morgane si elle trouve qu'elle conduit bien, elle me répond d'abord que, les premières années, elle faisait beaucoup de fautes et avait trop confiance en elle. «Maintenant, avec une voiture familiale et les enfants, je roule beaucoup moins vite et anticipe beaucoup plus les réactions des autres usagers.»
En toile de fond, se dessine une définition spécifique à la gent féminine. Car bien conduire ne veut pas dire la même chose suivant le sexe, signale la chercheuse du Lescot. «Pour un homme, c'est maîtriser son véhicule; pour une femme, c'est respecter les règles et donc être prudente.»
Or, la vision qui l'emporte dans notre société est, on s'en serait douté, masculine. Résultat, «dans le sens commun, les hommes sont de meilleurs conducteurs que les femmes parce qu'ils maîtrisent leur véhicule, prennent des décisions rapides, s'adaptent à la situation et n'ont pas peur au volant». Sous ce prisme, la prudence des femmes est considérée comme une preuve de leur incompétence. Elles ne prennent pas de risques parce qu'elles ne sauraient pas les gérer et sont donc de piètres conductrices. CQFD.
Cette vision, on la retrouve dès le plus jeune âge, avant même d'avoir l'autorisation d'actionner les pédales et le levier de vitesse. La preuve par une enquête menée par Marie-Axelle Granié et ses équipes auprès de collégien·nes de 11 ans à 15 ans, à qui il était basiquement demandé, «si je te dis “homme/femme qui conduit”, à quoi tu penses?». «Tous les préjugés sont ressortis, y compris “la femme n'a qu'à rester à la cuisine”, les enseignant·es en étaient outré·es. Sept ans avant d'apprendre à conduire, ils avaient déjà ces idées-là dans la tête, en tout cas ils les avaient entendues. On a beau dire, ça imprègne la société et les individus.»
Pas besoin que le conjoint émette lui-même des commentaires sexistes. Ni même d'avoir été témoin ou victime d'insultes à caractère misogyne. Il suffit de connaître l'existence de ces préjugés. Or personne n'est épargné. «Dans beaucoup de couples, quand la nana conduit, les mecs font des réflexions ou des blagues qui en fait ne sont pas du tout des blagues mais des jugements», formule spontanément Audrey. «Je conduis très peu donc je n'ai jamais eu de comportements de gens qui me klaxonnent parce que je suis une femme. Mais j'imagine qu'on n'aime pas s'exposer à ce genre de situations…» indique Agathe.
Stéréotypes menaçants
Entre alors en course un phénomène bien connu et qui est loin d'être réservé à la conduite –il touche des milieux aussi divers que le football et les mathématiques. On l'appelle la menace du stéréotype. «Le problème des stéréotypes, c'est que, même si les femmes se sentent bonnes conductrices dans le sens où elles sont respectueuses des règles et des autres, elles se sentent toujours jugées du fait de leur sexe» quand elles sont au volant, explicite Marie-Axelle Granié.
C'est ainsi que les a priori sexistes viennent implicitement régenter la circulation. Pas besoin de verbaliser: ils paralysent. «On a tellement peur de renforcer ce stéréotype-là que la peur prend le pas sur la performance dans la tâche», continue la directrice de recherches.
«Le problème des stéréotypes, c'est que même si les femmes se sentent bonnes conductrices, elles se sentent toujours jugées du fait de leur sexe.» Marie-Axelle Granié, directrice de recherches en psychologie sociale
«En gros, cette peur tétanise et empêche de réfléchir correctement. Par exemple, des femmes vont avoir du mal à faire un créneau parce que c'est ce qu'on leur reproche le plus souvent.» Pas étonnant qu'Audrey préfère conduire sur l'autoroute qu'en ville, «où tu dois faire des manœuvres pour te garer».
Voilà qui explique aussi que «les femmes ont beaucoup plus peur de l'accident que les hommes, glisse celle qui travaille sur les compétences de conduite et les comportements à risques des femmes et des hommes. Elles vont considérer que l'accident est bien la preuve qu'elles sont incompétentes et cela va contraindre encore plus leurs comportements». Ainsi d'Aude, qui, c'est un comble, a eu son premier accident en allant chercher son permis à la préfecture. «Depuis, je roule à 60 km/h comme une vieille partout», exagère-t-elle, neuf ans après.
Ce n'est donc pas parce qu'elles sont incapables d'être au volant mais bien parce qu'on les juge comme telles qu'elles ont davantage peur de s'en emparer, une aversion à manœuvrer un véhicule et/ou cèdent souvent la place du conducteur à leur conjoint. «Elles vont considérer, et c'est souvent le cas, qu'elles vont être critiquées par le conjoint qui est passager parce qu'il va trouver qu'elles ne conduisent pas comme il faut. Ça met une pression sur les femmes quand elles conduisent», appuie Marie-Axelle Granié. Une pression qui conduit à davantage s'asseoir côté passager.
Audrey en atteste. Au volant, si son conjoint est à côté, elle angoisse. «C'est un peu dans ma tête. Je me dis juste que peut-être il serait allé plus vite, qu'il aurait trouvé plus rapidement comment se garer alors que moi je suis en train de galérer… Je me fais tout un stress.» Pour Aude, ça a pris la forme d'une engueulade épique sur des routes de montagne: «Il me disait d'aller plus vite, une voiture me collait au cul derrière. Après un virage, je me suis garée sur une bande d'urgence tout en cailloux d'un coup, en mode Vin Diesel-Fast and Furious.» Après quelques échanges houleux de «tu me saouuuules» et «t'es folllle», il a repris le volant. Et elle sa place de copilote attitrée.
S'il est aussi difficile de renverser le stéréotype (au lieu de se sentir sous sa coupe et d'avoir peur de le renforcer par son action et donc de céder le volant), c'est aussi parce que ces comportements routiers comme ce rapport à l'accident sont ancrés bien profondément non pas dans nos gènes mais dans notre environnement.
«Les femmes ont peur de l'accident avant même d'apprendre à conduire, pointe la chercheuse en psychologie sociale. C'est quelque chose que l'on retrouve au niveau de l'accident domestique chez l'enfant petit: dès l'âge pré-scolaire, les filles ont beaucoup plus peur de l'accident et de la blessure que les garçons. Pour un même type de comportement à risque, elles vont trouver la situation beaucoup plus grave et penser se blesser beaucoup plus gravement que les garçons. Ainsi, dès toutes petites, elles vont éviter une situation s'il y a un risque d'être blessées, quel que soit le niveau de blessure, même en cas de blessure légère. Les garçons vont éviter uniquement les situations où la blessure risque d'être grave.»
«J'ai proposé plusieurs fois de prendre le volant, mais il m'a répondu que ça ne le dérangeait pas de conduire toute la route.» Morgane, 32 ans, trois enfants
Tout simplement parce qu'on les éduque ainsi. Un garçon qui prend des risques, c'est normal; quand c'est une fille, c'est qu'elle n'a pas bien évalué le danger. «Même si leur niveau de compétences est le même, ajoute Marie-Axelle Granié, on va aider une fille et pas un garçon. On met dans la tête des enfants que les filles sont vulnérables et que les garçons ne le sont pas.»
C'est pour ces raisons que les hommes ont moins peur de l'accident de la route –alors même qu'ils y sont statistiquement plus confrontés. «S'il est lié à une prise de risque, l'accident va renforcer l'image virile», ramasse la directrice de recherches. Loin d'être perçus comme inconscients ou déraisonnables, les conducteurs sont vus comme forts: rien ne les effraie, rien ne les épuise. «À Noël, nous sommes remontés dans la famille, 1.200 kilomètres de nuit, pour que les enfants dorment. Plusieurs fois, j'ai proposé de prendre le volant, mais il m'a répondu que non, c'était bon, ça ne le dérangeait pas de conduire toute la route. Moi, je suis moins résistante, au bout de deux heures de nuit, je fatigue!» témoigne Morgane. «Quand on part en vacances, c'est lui qui prend le volant, on se relaie très peu, abonde Agathe. Il n'est jamais fatigué et peut conduire des heures.» Des hommes (au volant), des vrais.
C'est aussi que la perception des règles, notamment du code de la route, varie suivant le genre et les traits de personnalité qu'on lui associe. Comme le rappelle Marie-Axelle Granié, de manière générale, côté féminin, on valorise la sympathie, la compassion (le care), tout ce qui revient à exprimer ses émotions et prendre en compte ainsi qu'en charge celles des autres, «on est dans un rapport horizontal à autrui»; côté masculin, le rapport aux autres est plus «vertical», on est dans la compétition, la domination, la recherche de pouvoir, l'individualisme et l'indépendance.
Conséquence routière: les personnes ayant des traits de caractère considérés comme féminins ont «une représentation des règles plus morale, une conscience que les règles routières sont là pour protéger les autres de leur propre comportement». Elles s'obligent à les respecter pour les autres. «Je sais que je ne suis pas dangereuse quand je conduis», note ainsi Audrey.
À l'opposé, les individus aux traits réputés masculins ont, quant à eux, «une représentation des règles beaucoup plus externe», celles-ci viennent contraindre leur comportement et ils les suivent donc en fonction des circonstances (autrement dit, de la présence d'un radar ou des forces de l'ordre) mais «elles ne font pas partie de leur système de valeurs». C'est plutôt le véhicule comme le statut qu'accordent la place du conducteur ainsi que les capacités de conduite (à risque, en se défiant des règles établis) qui sont investis symboliquement.
Cette internalisation féminine des règles, on la retrouve y compris côté passager, où les femmes veillent à ce que personne ne soit blessé. «Quand je ne conduis pas, je ne peux pas dormir: il enchaîne tellement les kilomètres que j'ai peur qu'il s'endorme. Du coup, je me fais un devoir de lui tenir compagnie», raconte Morgane. «Si je sens qu'il est fatigué, qu'il a déjà beaucoup conduit, je suis plus à l'aise de me dire “c'est moi, là, qui prends le volant”, je serai beaucoup moins stressée comme ça qu'en me disant “mince, il enchaîne”», retrace de son côté Audrey.
De la même manière, Sam, c'est souvent celle (et non celui) qui ne boit pas, et pas seulement pour cause de grossesse. «Quand tu viens en voiture à un mariage, tout le monde part du principe que c'est le mec qui conduit, poursuit la jeune avocate. Si c'est toi qui conduis, tout le monde va se dire: “C'est parce que lui veut boire”.» C'est à la femme de se contenir et d'incarner la raison.
«Quand tu viens en voiture à un mariage, tout le monde part du principe que c'est le mec qui conduit.» Audrey, avocate
Les campagnes de la sécurité routière jouent aussi sur ce fossé genré (et viennent, ce faisant, l'amplifier), à l'instar de celle de 2012, dont le slogan parle de lui-même: «Tant qu'il y aura des hommes pour mourir sur la route, il y aura des femmes pour que cela change.»
Comme l'observe la chercheuse à l'université Gustave-Eiffel, «on a tendance à demander aux femmes d'assagir les hommes au volant, de les civiliser, par leur propre comportement, dans une vision très essentialiste des rôles de sexe: l'homme naturellement risqueur et la femme naturellement sage. On ne cherche pas à rendre l'homme plus sage, c'est la tâche de la femme de contrer cela, comme de ne pas exciter les hommes par des tenues provocantes par exemple. La femme, c'est l'assistante de l'homme au volant».
Partage des tâches
Autre élément amplificateur de ce partage conjugal inégal et genré du volant: l'arrivée des enfants. Il y a onze ans, au début de sa relation avec celui qui est depuis devenu son mari et le père de ses trois filles, «c'était la bagarre pour savoir qui allait conduire», se souvient Morgane. La donne a considérablement changé depuis qu'ils sont parents. «En y réfléchissant, j'ai commencé à moins prendre le volant quand on a eu notre première fille. Il est plus pratique d'être passagère pour s'occuper de bébé. Aujourd'hui, avec trois enfants de 7 ans à 20 mois dans la voiture, j'ai l'impression que je m'épuise à écouter leurs histoires et à faire attention à ma conduite.» Elle préfère donc ne pas tenter de (mal) concilier les deux quand elle en a l'occasion et laisser le volant à son époux.
C'est aussi ce que décrit Agathe: «Les rares fois où je conduis et les enfants sont à l'arrière, dès qu'ils me demandent quelque chose, je vais y faire attention, c'est dangereux pour la conduite. Mon mari, lui, arrive à faire abstraction.» En cause, rien de naturel, encore une fois. «Les femmes vont être perturbées plus facilement par les éléments extérieurs, notamment quand ces éléments sont liés au rôle de mère. On ne peut pas conduire et en même temps moucher le bébé derrière! souligne Marie-Axelle Granié. Tout cela est le reflet de l'éducation. On éduque les garçons à certaines tâches, les filles à d'autres, petit à petit elles deviennent compétentes dans les tâches auxquelles elles sont éduquées et eux dans les leurs; à la mise en place du couple, ça se cristallise. Chacun va prendre les tâches avec lesquelles il·elle est plus à l'aise en évitant celles où il·elle l'est moins. Ce schéma traditionnel se met en place et arrange tout le monde.» Aux femmes les enfants, aux hommes le volant.
Perte de la confiance
De quoi faire persévérer, pour les prochaines générations, l'idée que la conduite est un domaine avant tout masculin. «Ma mère m'a beaucoup conduite mais, quand mon père était là, c'était lui qui prenait le volant», se remémore ainsi Agathe, qui reproduit donc sans y avoir pris garde le schéma parental et traditionnel. «Avoir observé, toute son enfance, que lorsque les deux parents sont dans la voiture c'est toujours le même qui conduit affecte les connaissances que l'enfant construit sur la conduite et plus généralement sur les rôles de sexe, d'autant que ce schéma est observable plus largement», complète la chercheuse.
Car une fois que l'on a délaissé le volant, c'est souvent pour longtemps, pour ne pas dire toujours. Aude a par exemple baissé les bras: «C'est une guerre qui ne m'intéresse pas trop, dans le sens où je la mènerais plus par principe que par plaisir de conduire, et comme on dit, faut choisir ses combats.» Audrey a, elle, identifié un passage problématique –et une nécessité de remise à niveau. «Le point négatif, c'est que je perds un peu la confiance en moi au volant et la pratique, donc c'est un peu un cercle vicieux. Moins tu conduis, moins t'es à l'aise. Ce qui me gêne, c'est de me dire que ça me paraît insurmontable de conduire dans Paris, parce que je ne le fais jamais, à moins vraiment d'avoir besoin d'emmener quelqu'un à l'hôpital…»
Même constat pour Morgane: «Depuis que je conduis moins, je suis moins sereine à prendre la voiture sur des trajets que je ne connais pas.» Catherine, 60 ans, professeure de français et d'anglais à la retraite, a ainsi laissé son époux conduire pendant leurs seize ans de mariage. «Ce qui m'a donné confiance et fait que j'ai conduit de plus en plus souvent, c'est notre séparation!» S'il ne s'agit pas de mettre fin au(x) couple(s) pour en finir avec la domination masculine de la conduite, il est peut-être temps d'en freiner la représentation viriliste. Et de réaliser que la véritable bonne conduite est égalitaire et partagée.
Près de 3.000 villages oubliés témoignent des mutations de la société ibérique après la Seconde Guerre mondiale. Certains reprennent vie grâce à des gens voyant le potentiel de ces lieux.
Au fond de la vallée aragonaise de la Solana, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière française, Jánovas est un drôle de village: il fut vidé de ses 300 habitant·es à partir des années 1960 dans le but de construire un barrage et ses maisons ont été dynamitées. Plusieurs décennies plus tard, il n'en reste que des ruines envahies par la végétation et par des touristes qui s'y promenaient sans se soucier du risque d'effondrement lorsque nous avons visité les lieux à la mi-février, juste avant que l'Espagne soit frappée par la pandémie de Covid-19.
Mais, miracle, Jánovas est en train de ressusciter: par-ci par-là, des gens travaillent à réparer quelques bâtisses. Déjà, l'église a repris son allure originale et sa cloche a recommencé à sonner en septembre 2019.
Jesús Garces est heureux de voir son village natal se redresser, mais il garde quand même une pointe de colère: «Mes parents sont morts tous les deux, et personne n'est jamais venu leur demander pardon.» Sa famille fut la dernière à accepter de partir, en janvier 1984. Les autres avaient plié bagage depuis belle lurette: «Plusieurs avaient envie d'émigrer, alors ils n'ont pas opposé de résistance, se rappelle-t-il. Ils prenaient les 4 pesetas qu'Endesa [la compagnie d'électricité] leur donnait, et ils partaient. Mais que ça te plaise ou non, quand la police arrive, tu es bien obligé d'accepter aussi.»
En 2001, coup de théâtre: l'étude d'impact du barrage accouche d'un avis négatif. Le projet est annulé, et commence alors le combat des descendant·es de Jánovas pour récupérer leurs biens, maisons et champs, ainsi que la loi le permet. Les négociations avec Endesa n'aboutiront qu'en 2015: il est désormais possible de racheter les maisons pour un euro le mètre carré, et les champs pour 4.500 euros l'hectare. Plus de 100 familles se sont déjà prévalues de ce droit, et trente autres pourraient suivre.
«Je n'ai jamais vu ça en Espagne, ni ailleurs: on exproprie tout le monde, et ensuite on verra bien si on construit l'ouvrage», grince Oscar Espinosa, qui a racheté la maison de ses grands-parents, un imposant édifice de trois étages. Il entend la transformer en gîte et s'y installer définitivement. Une manière de se reconnecter avec ses racines, dit cet entrepreneur en construction vivant à Saragosse qui préside aussi la Fundación San Miguel, créée pour mener à bien la lutte pour la récupération de Jánovas et les étapes subséquentes, grâce aux subventions de la communauté autonome d'Aragon.
Cette association n'a pas chômé: déjà, une ligne électrique permet d'illuminer le village, qui dispose aussi de l'eau courante. Le système de traitement des eaux usées suivra bientôt. Et les nouveaux voisins vont créer une coopérative qui remettra les champs en culture.
L'Espagne a vécu un exode rural massif à partir des années 1950. Franco abandonne alors sa politique autarcique; le pays s'industrialise rapidement, notamment en Catalogne et au Pays Basque. Il faut de l'énergie et des bras pour faire fonctionner les usines, les zones rurales en font les frais. Dans le Haut-Aragon, on construit des barrages dans les vallées et on couvre les pâturages de pins pour freiner l'érosion (qui cause l'accumulation de sédiments dans les lacs). Exproprié·es, les paysan·nes migrent vers les villes et se reconvertissent en ouvrièr·es.
Dans les années 1980, alors que Jánovas semble condamné à la disparition, la Députation générale d'Aragon (DGA, le gouvernement local) se rend paradoxalement compte que la dépopulation lui cause des problèmes et commence à accepter diverses propositions pour faire revivre les villages abandonnés.
La province de Huesca, sur le versant sud des Pyrénées, est particulièrement concernée. «Là-bas, il y a des petits villages, mais en très grande quantité», expose l'architecte Sixto Marín, qui a mené une étude sur le sujet. «Les habitants jouaient en quelque sorte le rôle de gardiens du territoire, notamment contre les incendies. Leurs vaches et leurs chèvres nettoyaient les forêts.»
Depuis, les exemples de bourgs réhabilités se sont multipliés. Sixto Marín en a compté plus de trente. «Ce qui est intéressant, c'est qu'ils sont très variés», note l'architecte. Deux villages sont ainsi devenus des centres de vacances pour les membres de syndicats, un autre s'est transformé en centre éducatif qui accueille des séjours scolaires, un autre encore est en cours de reconstruction par des scouts. Mais surtout, beaucoup sont tombés dans l'œil de gens à la recherche d'un mode de vie plus proche de la nature, ou de vie en communauté.
L'association Artiborain a donné l'exemple dès 1980 en s'installant à Aineto, non loin de Jánovas. Profitant d'abord de la tolérance d'un gestionnaire du domaine forestier, puis de la préoccupation du premier président démocratiquement élu d'Aragon, Santiago Marraco, pour le problème de la dépopulation, Artiborain a obtenu le droit d'usage de quatre villages, plusieurs fois prolongé depuis. La DGA reste propriétaire des terres et des bâtiments, mais cela convient très bien aux habitant·es, qui sont essentiellement des anarchistes pas du tout intéressé·es par la propriété privée.
Aujourd'hui, une trentaine de personnes vivent à Aineto, incluant un médecin, un brasseur et une institutrice. Neuf enfants venant des villages gérés par Artiborain fréquentent l'école. «La première école publique ouverte dans tout l'Aragon après trente-cinq ans de fermeture», s'enorgueillit Agus Montero, l'un des initiateurs de la récupération du village. La communauté prend ses décisions en assemblée, organise des séances de travaux collectifs, et a profité des enveloppes gouvernementales destinées à la modernisation du monde rural pour obtenir l'électricité, l'eau potable et internet.
En ce moment, Artiborain est en négociation avec la DGA pour le prolongement de son droit d'usage du territoire. «Les relations sont bonnes, mais on veut être reconnu comme un vrai village et non plus comme un bout de montagne, car cela nous donnerait accès à certains droits, explique Agus Montero. On a démontré la viabilité de notre projet, on veut maintenant obtenir un cadre légal qui pourrait profiter à d'autres collectifs voulant redonner vie à un village avec un projet spécifique.»
D'autres groupes de personnes, allant des néoruraux aux squatteurs («okupas» en Espagne), n'ont pas attendu le résultat de ces pourparlers pour mener des projets similaires à celui d'Artiborain dans les dernières années. Mais tous ne sont pas reçus avec des fleurs: six occupant·es du village de Fraguas, dans la communauté de Castilla-La Mancha, ont été condamné·es à dix-huit mois de prison en juin 2018 pour avoir reconstruit ce hameau situé dans un parc naturel.
En Aragon, les occupant·es du village abandonné de Sasé ont été délogé·es par la police dans les années 1990. Mais une visite sur place permet de constater qu'il y a encore de la vie là-bas, dans un confort rudimentaire. Des tuyaux de plastique font office de système d'adduction d'eau. Devant une maison rénovée avec les moyens du bord, un évier de fortune, du bois empilé, quelques jouets qui traînent... On ne croise personne parmi les ruines: il semble surtout y avoir du monde pendant l'été.
Sixto Marín juge tout à fait viables les projets de récupération de village par les squatteurs, qui font preuve d'une motivation à toute épreuve. «Ils vivent dans des conditions difficiles, mais ils y arrivent! La force du mouvement okupa, c'est son niveau de connexion, surtout avec internet: si tu as envie de faire partie d'un projet, tu peux y aller! C'est des gens très ouverts, et quand quelqu'un se fatigue, un autre prend sa place.»
L'architecte pense que le gouvernement devrait encourager ces occupations, qui sont d'excellentes expériences pour les jeunes. L'enjeu, selon lui, c'est la sauvegarde du bâti. Mais aussi du patrimoine immatériel: «Tous les gens qui ont migré vers les villes à partir des années 1950 ont laissé derrière eux une partie importante de notre culture.» Or, malgré quelques expériences positives de récupération de villages, l'exode rural se poursuit partout en Espagne, insiste-t-il.
Si l'on ne se sent pas l'âme d'un squatteur, il est également possible d'acheter un hameau inhabité (ou sur le point de le devenir). Une agence immobilière de Barcelone, Aldeas Abandonadas, s'est spécialisée dans la vente de ces biens. Car si en Aragon la plupart des villages abandonnés sont propriété du gouvernement, ailleurs en Espagne, où la pauvreté a été le moteur principal de l'exode rural, les villages désertés ont encore des propriétaires, en l'occurrence les héritièr·es des ancien·nes habitant·es.
Preuve de l'engouement pour ces lieux, les prix ont augmenté: lorsque l'agence a vu le jour, il y a quatorze ans, on pouvait se payer un hameau pour 20 à 40.000 euros. Aujourd'hui, on ne trouve rien sous 60.000 euros. En outre, de coûteuses mises aux normes peuvent s'imposer si on veut en faire un usage commercial. «On demande aux potentiels acheteurs quel est leur projet, et on leur fait une estimation des coûts pour la rénovation, la connexion au réseau d'égouts, etc.», dépeint la gérante de l'agence, Elvira Fafián.
Sa clientèle? Des entrepreneurs ou entrepreneuses avec un projet d'hôtel, des familles fuyant le stress des villes, des retraité·es voulant retrouver leur région d'origine, des étrangèr·es attiré·es par l'agréable climat espagnol. Bref, toutes sortes de gens avec toutes sortes de rêves, et peut-être que la crise du Covid-19 (qui a surtout touché les villes, où il est moins agréable d'être confiné·e qu'à la campagne) fera augmenter la demande. Fini le temps des châteaux en Espagne, l'heure est à la (re)construction des villages.
Après plusieurs années de combat, une loi vient de passer en France, autorisant la vente de semences paysannes à des jardiniers amateurs, selon une information révélée par France inter.
Désormais, les agriculteurs pourront vendre les semences issues de leur production. Une pratique ancestrale pourtant interdite depuis les années 1930. Jusque là les semences ne pouvaient être cédées que gratuitement.
Qu’est-ce donc les semences paysannes ?
Les semences paysannes c’est une pratique qui consiste pour un agriculteur à puiser une partie de ses graines dans sa récolte afin de replanter ensuite. Une pratique séculaire qui permettait aux agriculteurs de rester autonome financièrement. Logique aussi, on considérait que les semences étaient par nature le fruit du travail de l’agriculteur, rappelle France inter. Sauf que dans les années 1930 une loi établit que chaque nouvelle variété doit être inscrite au catalogue officiel pour être vendue, la semence tombe alors sous la protection réglementaire de la propriété des brevets, indique consoglobe.
Résultat, de grandes multinationales telles que Monsanto sont devenues leader sur le marché du "brevet" de la semence paysanne. En résumé, il s’agit de donner une "carte d’identité" en établissant une liste de critères d’homogénéité et de stabilité. Mais ce sont des critères qui ont été pensés pour les industries agroalimentaires. Les semences paysannes étant, par nature, ni stables, ni homogènes. Les paysans se sont retrouvés en situation de dépendance, obligés de racheter des semences puisque l’échange de semence était devenu illégal. Et des multinationales telles que Monsanto se sont retrouvées leader sur le marché, indique à nouveau France inter.
A travers ce procédé ce sont finalement près de "90% de variétés agricoles traditionnelles (qui) ne sont plus cultivées. La culture de semences paysannes permet aussi de lutter contre la standardisation des formes, des goûts et des saveurs", expliquait la députée Frédérique Tuffnell (LREM).
Un nouveau cadre légal
Désormais en France la vente de "semences traditionnelles ou nouvellement élaborées relevant du domaine public plus rares et garantes de la biodiversité", sera autorisée explique Barbara Pompili, présidente LREM de la commission développement durable à l’Assemblée nationale. C'est un combat qui dure depuis 2016.
Dans la pratique c’était déjà le cas, "il existait un usage amateur basé sur le don et l’échange de semences paysannes non inscrites au catalogue officiel", explique Mathieu Vidard, dans l’édito carré. Les jardiniers amateurs pouvaient donc déjà avoir accès à des semences paysannes, mais cette fois c’est officiel. "Un grand pas pour la biodiversité", annonce Barbara Pompili qui souhaite désormais se lancer dans la bataille d’un plan européen autorisant la commercialisation de ces semences au sein de l’agriculture.
Doctolib veut faire bonne figure : la plateforme de prise de rendez-vous médical en ligne a été récemment la cible de critiques à l’égard de son traitement des données de santé. Une enquête de France Info publiée en début d’année faisait le point sur le sujet et avait déjà poussé Doctolib à clarifier sa politique en matière de protection des données personnelles et de santé.
Pour enfoncer le clou, Doctolib a annoncé la semaine dernière la mise en place d’un dispositif de chiffrement de bout en bout sur sa plateforme, reposant sur la solution de chiffrement Tanker.io. « Jusqu’à présent, les données personnelles de santé des utilisateurs de Doctolib étaient chiffrées à deux niveaux, en transit et au repos. Le chiffrement de bout en bout garantit que les données personnelles de santé des patients qui utilisent Doctolib ne sont accessibles qu’aux patients et à leurs professionnels de santé en toutes circonstances », indique le communiqué. Doctolib précisait au passage que cette solution rendait l’accès aux données impossible pour un tiers « y compris dans les opérations d’assistance ou de maintenance ». L’enquête de France Info avait en effet révélé que Doctolib accédait parfois aux données des praticiens de santé dans le cadre d’opération de maintenance et d’assistance. De fait, si Doctolib se défendait d’accéder aux données de ses utilisateurs, il fallait donc les croire sur parole.
La solution retenue pour la mise en place de ce chiffrement assure que ce ne sera plus le cas. Comme l’explique Clément Ravouna, cofondateur de Tanker.io, « les clés appartiennent aux utilisateurs finaux puisque Tanker utilise un protocole de bout en bout et que les clés sont stockées sur les appareils des utilisateurs, ce qui a le mérite de loger physiquement cette propriété ». En d’autres termes, le chiffrement des données, la génération des clés et des pseudonymes se fait directement sur les appareils des utilisateurs grâce au SDK de Tanker.io embarqué dans l’application Doctolib.
« Avec ce déploiement, Doctolib ne sera pas en mesure d'accéder aux données de santé de ses utilisateurs et prestataires, car Doctolib n'aura pas les clés de chiffrement », nous précise Doctolib. Clément Ravouna de Tanker.io ajoute que seule « l'association de deux utilisateurs, via le protocole Tanker, permettra de déchiffrer les données. Lorsqu'un patient décide de partager une ressource avec un professionnel de santé via Doctolib, de nouvelles clés sont générées, utilisées et partagées via notre solution Tanker ». La solution de Tanker, décrite dans un livre blanc disponible sur leur site, permet une gestion des clés qui se veut invisible pour les utilisateurs et embarquée dans une application déjà existante. Tanker.io avait obtenu en 2017 une certification de sécurité de premier niveau auprès de l’Anssi.
Reste une interrogation, déjà soulevée par l’enquête de France Info : Doctolib ne peut pas vendre des données personnelles de santé, au sens où celles-ci pourraient permettre d’identifier de façon nominative les patients. Mais exploiter ces données anonymisées reste possible légalement. La solution de Tanker.io offre également la possibilité « d’anonymiser » les données via la génération de pseudonymes découplés des données brutes, comme le décrit son livre blanc. Interrogé à ce sujet, le service presse de Doctolib assure que « le modèle économique de Doctolib n'a rien à voir avec l'exploitation des données. Doctolib ne vend pas les données, Doctolib n'utilise pas les données pour faire de la publicité ou vendre des services ».
Dans ses lignes directrices, sur lesquelles le Conseil D’État vient de se prononcer, la Cnil jugeait le recours à des «cookies walls» contraire au règlement général sur la protection des données (RGPD).
Question posée sur Twitter le 22/06/2020
Bonjour,
Votre question fait référence à cet article du journal les Échos, selon lequel, «à l’avenir, les sites Internet pourront bloquer l’accès à tous les internautes qui refusent les cookies, ces traceurs informatiques controversés». Et ce en vertu d’une «décision du Conseil D’État publiée vendredi» où la plus haute juridiction administrative «donne raison aux éditeurs de sites contre la Cnil [Commission nationale de l’informatique et des libertés, ndlr], le gendarme français de la vie privée sur Internet, qui avait interdit une telle pratique».
Même son de cloche du côté d’une dépêche AFP sur le sujet (notamment reprise par le Monde) : «Selon la plus haute juridiction administrative, les éditeurs peuvent bloquer l’accès à leur site à un internaute qui refuserait les cookies, contrairement à ce que préconise le gendarme français des données personnelles dans ses lignes directrices sur le sujet publiées en 2019.»
En bref, le Conseil D’État «légaliserait» cette pratique, généralement appelée «cookies walls» (où il est nécessaire d’accepter les cookies pour accéder à un contenu, comme on parle de paywall lorsqu’il faut payer), à la suite d’une procédure menée par neuf associations qui représentent des entreprises françaises dans le domaine des médias, de la publicité et du commerce en ligne (Geste, SRI, IAB France, MMAF, Udecam, AACC, Fevad, UDM et SNCD).
Problème : selon plusieurs spécialistes des questions de vie privée et médias spécialisés, qui s’appuient sur le contenu de la décision, le Conseil d’État se prononce en fait sur la forme et non sur le fond. Sa décision ne permettrait donc pas, en l’état, de préjuger de la légalité ou non d’un «cookies walls».
On peut lire dans le communiqué de presse de la juridiction que «le Conseil D’État annule partiellement les lignes directrices de la Cnil relatives aux cookies et autres traceurs de connexion». Mais plus bas, on apprend que le Conseil D’État juge que «la Cnil a excédé ce qu’elle pouvait légalement faire dans le cadre d’un acte dit "de droit souple"». Les actes de droit souple désignant «les instruments, telles que les lignes directrices des autorités de régulation [comme la Cnil], qui ne créent pas de droit ou d’obligation juridique pour quiconque mais influencent fortement, dans les faits, les pratiques des opérateurs économiques».
Le Conseil D’État considère donc «que la Cnil ne pouvait, sous couvert d’un acte de droit souple, énoncer une telle interdiction générale et absolue» à propos des cookies walls. Tout en prenant bien soin de préciser qu’il se prononce sur cette question de forme «sans se prononcer sur le fond de la question», à savoir la légalité de bloquer l’accès à un contenu à un utilisateur qui refuserait les cookies.
Pour Bernard Lamon, avocat spécialiste des questions liées au règlement général sur la protection des données (RGPD), le Conseil D’État a simplement dit que sur un point très précis de ses lignes directrices, la Cnil avait franchi la ligne jaune puisque «dans des lignes directrices on ne peut pas dire que les cookies walls sont interdits de manière globale». «Mais le Conseil D’État ne s’est pas prononcé sur la légalité des cookies walls, contrairement à ce que prétendent certains qui se livrent à une bataille de communication. Pour savoir si c’est légal ou non, il faudra du contentieux, avec un examen concret, site par site», estime-t-il.
Pour Etienne Drouard, l’avocat du cabinet Hogan Lovells qui représente les associations requérantes, le Conseil D’État «rappelle que la Cnil doit analyser au cas par cas les alternatives proposées à l’utilisateur en contrepartie de l’accès au site de l’éditeur.» En d’autres termes, en proposant à l’internaute soit d’accéder gratuitement au contenu avec des cookies publicitaires, soit de se connecter via un compte, soit de payer, l’éditeur du site offre un choix au lecteur, «qui préserve la liberté du consentement prévue par le RGPD». «Ce qui n’est pas possible, c’est de conditionner l’accès au site à l’acceptation des cookies, sans offrir d’alternative», avance l’avocat, confirmant donc que le Conseil d’État n’a pas «légalisé» les cookies walls. Plus largement, il se félicite que le Conseil d’État rappelle qu’un «régulateur comme la Cnil ne peut pas, à la différence d’un législateur, créer des interdictions de principe».
«Retour à l’équilibre»
«La Cnil prend acte de cette décision et ajustera en conséquence ses lignes directrices et sa future recommandation pour s’y conformer», a indiqué la commission sur son site.
Sur le fond, la Cnil s’était alignée sur la position du comité européen de protection des données (CEPD), organe européen indépendant qui «contribue à l’application cohérente des règles en matière de protection des données au sein de l’Union européenne». Celui-ci considère en effet que les cookies walls ne sont pas «conformes» au RGPD puisque «les utilisateurs ne sont pas en mesure de refuser le recours à des traceurs sans subir des conséquences négatives (en l’occurrence l’impossibilité d’accéder au site consulté)».
Le Groupement des éditeurs de services en ligne (Geste), qui faisait partie des requérants, se satisfait de son côté de la décision du Conseil d’État qui permet «un retour à l’équilibre du RGPD» : «Nous avions la conviction que la Cnil avait surinterprété le RGPD. Nous défendons le droit pour les éditeurs de site de choisir leur modèle économique», avance son président, Bertrand Gié. Y compris le cookies walls donc, même si «à sa connaissance», aucun gros site français n’a pour le moment fait ce choix. Explicitement en tout cas : selon le blogueur Aeris, qui travaille «dans la sécurité informatique et plus précisément sur la vie privée», la pratique du cookies wall recouvre aussi les nombreux sites qui partent du principe que «si vous continuez à visiter ce site, vous consentez à recevoir des cookies» : «C’est tout aussi illégal, et en pratique le refus des cookies implique une impossibilité de visite du site», estime-t-il.
Dans la même décision, «le Conseil d’État donne raison à la Cnil sur tout le reste, que ce soit sur sa compétence ou les lignes directrices» relève par ailleurs l’avocat Bernard Lamon. Idem pour le média spécialisé Next Inpact qui juge que la décision du Conseil D’État va dans le sens de la commission, «même si cette dernière devra parfois ajuster sa manière de faire. C’est notamment le cas pour les cookies walls» : «Alors qu’éditeurs de presse et autres organismes publicitaires s’étant attaqués aux lignes directrices de la Cnil s’attendaient à une confirmation de leur position, cela n’a pas été le cas. […] Concernant le consentement [des utilisateurs] ses positions se trouvent renforcées par le Conseil D’État qui a "validé l’essentiel des interprétations ou recommandations" en la matière. Notamment que la gestion devait être symétrique (aussi simple à accorder qu’à refuser) et "porter sur chacune des finalités, ce qui implique notamment une information spécifique".»
***La décision rendue par le Conseil constitutionnel le 18 juin n'est certainement pas une surprise. En censurant une large partie de la loi Avia visant à lutter contre les contenus haineux sur internet, le Conseil constitutionnel n'a fait qu'appliquer l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, selon lequel
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».
En d'autres termes, ceux initiés il y a bien longtemps par Georges Morange, la liberté d'expression relève du régime répressif : chacun est libre de s'exprimer, sauf à rendre compte d'une éventuelle infraction a posteriori devant le juge pénal. En tout état de cause, la censure préventive, sans intervention d'un juge, n'est pas conforme à la Constitution.***
Le plus triste est sans doute qu'il soit nécessaire de rappeler ce principe dans un État de droit. Or la catastrophe pouvait sans doute être évitée. Rappelons qu'il s'agissait d'une proposition de loi en principe portée par Laetitia Avia, mais ce texte n'aurait jamais vu le jour s'il n'avait bénéficié d'un fort soutien du gouvernement et du Président de la République. Le choix d'une proposition de loi permettait surtout d'éviter l'étude d'impact, qui aurait peut-être permis de mettre en lumière les problèmes juridiques posés par le texte. Le débat, quant à lui, a été précipité, le gouvernement ayant imposé la procédure accélérée, le texte ne faisant l'objet que d'une seule lecture dans chaque assemblée, et les amendement écartés sans réel débat.
Enfin, il faut reconnaître que l'avis du Conseil d'Etat était particulièrement complaisant à l'égard du texte, se bornant à constater que la lutte contre les contenus haineux sur internet serait sans doute plus efficace si elle trouvait son fondement juridique dans le droit européen. A part cela, il ne voyait rien de choquant dans le projet. Sans doute ne l'avait-il pas bien lu, contrairement à la Commission européenne qui, elle, a fait savoir que le texte violait plusieurs dispositions de la directive du 8 juin 2000 relative à certains aspects juridiques de la société de l'information et notamment au commerce électronique. Mais l'avertissement a été souverainement ignoré.
La loi a finalement été votée à l'Assemblée par une écrasante majorité de 434 voix, avec seulement 33 voix contre et 69 abstentions. Il ne s'est pas trouvé soixante députés pour saisir le Conseil, les intéressés imaginant sans doute que leurs électeurs les accuseraient d'être favorables aux discours de haine. Heureusement, le Sénat a témoigné d'une opposition d'autant plus résolue qu'il n'avait obtenu aucune concession lors de la commission mixte paritaire, et soixante sénateurs n'ont donc pas hésité à saisir le Conseil.
Le Conseil constitutionnel rappelle que la liberté d'expression, comme d'ailleurs toutes les libertés sauf la liberté de penser, s'exerce dans le cadre des lois qui la réglementent. Le législateur peut certes voter des dispositions destinées "faire cesser des abus de l'exercice de la liberté d'expression et de communication", mais seulement dans la mesure où ces "abus" portent atteinte à l'ordre public et aux droits des tiers. Pour la première fois, le Conseil précise que ces "abus de la liberté d'expression" se réduisent à la diffusion d'images pédopornographiques et à la provocation à des actes de terrorisme ou à l'apologie de tels actes. Dans cette définition extrêmement étroite ne saurait rentrer la simple référence à un "discours de haine" dont la loi Avia ne donne aucune définition juridique.
Le Conseil exerce donc un contrôle de proportionnalité. Selon une formule qui figure déjà dans la décision du 8 septembre 2017 : "La liberté d'expression et de communication est d'autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés. Il s'ensuit que les atteintes portées à l'exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif poursuivi". On pourrait évidemment s'interroger sur le sens de cette formulation, et ce que signifie une procédure "adaptée" à son objectif. Sans doute le Conseil renvoie-t-il au principe déjà affirmé, selon lequel une mesure restreignant une liberté doit être a priori susceptible de permettre ou de faciliter la réalisation du but recherché par le législateur.
Exerçant ce contrôle de proportionnalité, le Conseil censure deux dispositions essentielles de la loi.
Il déclare d'abord non conformes à la Constitution les dispositions du paragraphe I de l'article 1er permettant à l'autorité de police de demander aux hébergeurs ou aux fournisseurs d'accès internet de retirer certains contenus à caractère terroriste ou pédopornographique dans un délai d'une heure après la demande. Le non-respect de ce délai était passible d'une peine d'emprisonnement d'un an et de 250 000 € d'amende.
La cessation de tels abus constitue, à l'évidence, une finalité licite. Mais en l'occurrence l'appréciation du caractère illicite des contenus repose exclusivement sur l'appréciation de la police. En effet l'exigence de l'administration doit immédiatement être satisfaite, ce qui signifie qu'un éventuel recours de la part de l'hébergeur n'est pas suspensif. Le juge n'intervient donc pas immédiatement dans la procédure, et la censure repose donc sur une simple décision administrative. Dans sa "porte étroite", La Quadrature du Net fait d'ailleurs observer que les hébergeurs et fournisseurs d'accès n'emploient pas nécessairement des webmasters disponibles 24 h sur 24, sept jours sur sept, pour répondre aux éventuelles demandes de retrait dans l'heure.
Le Conseil censure également le paragraphe II de ce même article 1er, imposant cette fois aux hébergeurs et fournisseurs d'accès de retirer ou de rendre inaccessibles, dans un délai de 24 heures, les contenus illicites en raison de leur caractère haineux ou sexuel, ou répondant à une qualification pénale dont la liste est fort longue (discrimination, contestation de crime contre l'humanité, incitation ou apologie de crimes, injure, harcèlement, etc).
L'absence d'intervention préalable d'un juge est sanctionnée, dans les mêmes termes que pour le paragraphe I, mais le Conseil se montre cette fois encore plus sévère. Il mentionne en effet les "difficultés d'appréciation du caractère manifestement illicite des contenus signalés dans le délai imparti". Sans être formellement mentionné, le principe de légalité des délits et des peines est directement en cause. La notion de "contenu haineux" est dépourvue de sens juridique, car le droit a vocation à encadrer, voire à sanctionner, des comportements, mais pas des sentiments. Quant à la liste des infractions, elle est fort longue et donne lieu à des jurisprudences souvent subtiles. Il est donc matériellement impossible que les opérateurs puissent déterminer en 24 heures si le contenu dont le retrait est demandé est licite ou illicite. Or cette fois, la demande peut émaner, non pas des autorités de police, mais de n'importe quelle personne qui s'estime victime d'un discours de haine, à la seule condition qu'elle fasse connaître son identité.
Cette fois, la censure est donc initiée par une personne privée, l'internaute, et exercée par une autre personne privée, l'hébergeur ou le fournisseur d'accès. Ce sont eux, et eux seuls, qui sont chargés de constater l'existence d'une infraction pénale et d'en tirer les conséquences. Dès lors que le délai de 24 heures est beaucoup trop court pour s'assurer du caractère licite ou illicite d'un contenu, le Conseil observe que de telles dispositions "ne peuvent qu'inciter les opérateurs de plateforme en ligne à retirer les contenus qui leur sont signalés, qu'ils soient ou non manifestement illicites". On arrivait ainsi à un régime de censure exercé par n'importe qui. Et il appartenait à la malheureuse victime de la censure de contester ensuite la mesure dont elle était victime. Mais le mal était fait, car son propos avait déjà disparu du net.
De ces deux annulations en découlent d'autres, par une sorte d'effet domino. Les dispositions qui mettaient en oeuvre cette procédure de retrait, six articles en tout, sont donc annulées car devenues inutiles. Et la loi Avia s'effondre comme un château de cartes. Il n'en subsiste que deux éléments, d'une part la création d’un parquet spécialisé dans la répression de la haine en ligne, d'autre part celle d'un Observatoire de la haine en ligne placé auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Autant dire rien.
Après une telle défaite, il est clair que les propos de Laetitia Avia et de Nicole Belloubet qui annoncent en chœur vouloir "retravailler le dispositif" relèvent de la pure rhétorique. La loi Avia tombera bientôt dans un oubli mérité, et ne sera plus citée que dans les facultés de droit comme un magnifique exemple de crétinisme juridique. Pourtant la question essentielle n'est pas celle de la loi, mais celle de son adoption. Comment un texte bafouant les principes les plus élémentaires du droit pénal peut-il être voté par les députés à une écrasante majorité, avec la bénédiction du Conseil d’État et le soutien sans faille du gouvernement ? Ceux qui sont attachés à l’État de droit vont devoir chercher des réponses à cette question.