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 La revue de web de Kat

Les enfants sans vie peuvent avoir un nom de famille | La Revue française de Généalogie

Fri 10 Dec 2021 - 11:43

Depuis le 6 décembre 2021, une nouvelle possibilité est offerte aux parents d'enfants nés sans vie : leur donner un nom et un (des) prénom(s), alors qu'auparavant, ces enfants ne pouvaient pas légalement apparaître à l'état civil. Portée par le milieu associatif et soutenue par les parlementaires sans difficulté aussi bien au Sénat le 10 juin 2021, qu'à l'Assemblée nationale le 26 novembre 2021, cette loi vient donc d'être promulguée.

Ce texte vise à donner un nom de famille aux enfants nés sans vie pour accompagner le deuil des parents, sans pour autant accorder de droits supplémentaires, afin d'écarter expressément tout éventuel effet, notamment en matière de filiation et de succession. Il n'est donc pas fait mention d'un « état civil » dont l'enfant sans vie est dépourvu, n'ayant pas de personnalité juridique. Logiquement pour ces enfants nés sans vie, la loi n'a prévu l'établissement que d'un seul acte, celui du décès.

Un article unique vient donc modifier l'article 79-1 du code civil et insère deux phrases ainsi rédigées : « Peuvent également y figurer, à la demande des père et mère, le ou les prénoms de l'enfant ainsi qu'un nom qui peut être soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit leurs deux noms accolés dans l'ordre choisi par eux dans la limite d'un nom de famille pour chacun d'eux. Cette inscription de prénoms et nom n'emporte aucun effet juridique. »

état-civil
https://www.rfgenealogie.com/infos/les-enfants-sans-vie-peuvent-avoir-un-nom-de-famille

Y comme... Ya des cousins acadiens partout! - Traces et Petits Cailloux

Mon 29 Nov 2021 - 06:39

Très prolifiques et résilients face à l'adversité, les pionniers acadiens ont aujourd'hui une très vaste descendance : nous serions environ 3 millions, parmi lesquels de nombreuses personnes connues...

J'ai déjà évoqué Matt LEBLANC. Je me contenterai de quelques autres exemples.

En 1785, l'un des Acadiens passés par la Virginie, l'Angleterre, Morlaix et Belle-Isle, Joachim TRAHAN, tout juste veuf de Marie DUON, embarque à Nantes avec ses quatre enfants sur le Saint Rémi qui part pour la Louisiane. Il s'installe à Saint Martinville, et son fils Auguste, âgé de 7 ans quand il quitte la France, va s'y marier en 1793, et mourra à 33 ans, sans savoir qu'une de ses futures petites-filles, Marie Virginie TRAHAN, connaîtra une vie incroyable, épousant tout d'abord Claude Vincent de TERNANT, héritier d'une plantation près du Mississipi. A la mort de son mari, elle se remarie avec le colonel Charles PARLANGE, qui donnera son nom à ladite plantation, puis, devenue de nouveau veuve, elle défendra grâce à son charme et sa diplomatie sa terre et sa demeure pendant la guerre de Sécession.Cette plantation existe toujours et est tenue aujourd'hui par les descendants de Marie-Virginie, qui deviendra dans les années 70 l'une des héroïnes de la série de romans de Maurice Denuzière intitulée Louisiane - Fausse-Rivière - Bagatelle, sous le nom de Virginie TREGAN.

Une petite-fille de Marie Virginie, Virginie Amélie AVEGNO GAUTREAU, née en 1859 à La Nouvelle Orléans, deviendra une personnalité bien connue du Tout-Paris de la fin 19°-début 20°. Son portrait, exécuté par John Singer Sargent et intitulé Portrait de Madame X, est aujourd'hui exposé au Metropolitan Museum of Art in New York City. Elle est également un personnage des romans de Denuzière.

Virginie TRAHAN et Virginie AVEGNO, devenues héroïnes de romans, inattendues descendantes du maréchal de tranchant de Bourgueil, du passementier transfuge, et de l'un des malheureux déportés errants de Virginie en Angleterre, partis plein d'espoir de Belle-Isle-en-Mer pour se créer une nouvelle vie en Louisiane...

Dans un tout autre genre, le lexicographe Paul ROBERT, l'auteur du fameux dictionnaire, oui oui!, avait des origines acadiennes par sa branche maternelle, et nous partageons nos ancêtres BOUDROT, BOURG, LANDRY, BOURGEOIS...

Mais on retrouve également Jean CHRETIEN, premier ministre du Canada de 1993 à 2003, Pierre Elliott TRUDEAU, également ancien premier ministre du Canada, et logiquement le fils de celui-ci, Justin TRUDEAU, premier ministre actuel (depuis 2005).

Justin TRUDEAU était d'ailleurs présent au Tintamarre de 2019 à Dieppe, au Nouveau Brunswick. Le Tintamarre est une manifestation de la fierté acadienne qui a lieu le 15 août (date de la fête "nationale" acadienne) : il s'agit d'un défilé aux couleurs de l'Acadie dans lequel on fait le plus de bruit possible pour rappeler au monde la présence et la vitalité des Acadiens.

Et enfin, peut-être la "cousine" la plus inattendue : Beyoncé !

En effet, Gisèle BEYONCE est l'arrière-petite-fille d'Odilia BROUSSARD (patronyme bien acadien), elle-même arrière-petite-fille de Marie-Françoise TRAHAN, née à ... Belle Isle en Mer, paroisse de Bangor, le 17 janvier 1774!!!

Et Marie Françoise était l'une des filles de Pierre TRAHAN et Marguerite DUON, Marguerite elle-même nièce de "mon" Cyprien... Quant à Pierre, je n'ai pas creusé le détail, mais c'est forcément un descendant de "'mon" Guillaume...

Pierre et Marguerite, mariés le 9 mai 1758 à Liverpool puis installés à Belle Isle, embarquèrent en 1785 avec leurs enfants - dont la petite Marie Françoise âgée de 11 ans et demi - en direction de la Louisiane sur Le Saint Rémi, et arrivèrent à la Nouvelle Orléans le 10 septembre. (Sur le bateau se trouvait également Joachim TRAHAN, cité plus haut, l'arrière grand-père de la future propriétaire de la Plantation Parlange).

En tout cas, connu ou inconnu, pour l'instant je n'ai trouvé aucun descendant d'Acadien avec lequel je ne cousine pas (lointainement) d'une façon ou d'une autre.

Acadie
https://tracesetpetitscailloux.over-blog.com/2021/11/y-comme.ya-des-cousins-acadiens-partout.html

«iel», ma grammaire! | Slate.fr

Thu 25 Nov 2021 - 18:24

Par Laurent Sagalovitsch

Si l'idée d'imposer un nouveau pronom censé représenter le genre neutre n'est pas mauvaise en soi, son application pose trop de problèmes pour emporter l'adhésion.

J'avoue. Avant que Le Petit Robert ne décide d'officialiser dans son dictionnaire en ligne l'emploi du pronom «iel», j'ignorais jusqu'à son existence. Non seulement je ne l'avais jamais entendu autour de moi mais tout au long de mes lectures qui sont tout de mêmes multiples et variées, à aucun moment il ne m'était arrivé de tomber dessus –je dois avoir un esprit et des fréquentations plus étriqués que je ne pensais.

Il est vrai aussi que je ne suis guère sensible aux questions de genre ou de race. Je crois même que je les abomine, du moins dans la manière dont elles sont utilisées de nos jours. À force de revendiquer tout et n'importe quoi, de défragmenter la société en autant de communautés bien distinctes, on en vient à dresser les individus les uns contre les autres, dans une sorte de surenchère victimaire où la souffrance des uns vient concurrencer l'apparente normalité des autres. Or je ne crois pas au concept de normalité; mieux, je l'exècre. Chaque personne compose avec ses tragédies personnelles, ses blessures intimes, ses drames, la litanie de ses malheurs qui définissent la condition humaine dans tout ce qu'elle a de grandiose et de pathétique.

Et les identités de genre en font partie.

Pour autant, de toute évidence –ce serait médisance que de prétendre le contraire– il existe dans nos sociétés, notamment au sein de la jeunesse, un nombre significatif de personnes qui refusent de se voir assimilées à un genre bien défini, qu'il fut masculin ou féminin. C'est évidemment leur droit le plus strict –qui suis-je pour dire qui est une femme, qui est un homme, qui est ni l'un ni l'autre ou tous les deux confondus? En soi, cette affirmation identitaire ne me pose aucun problème tant qu'elle demeure l'expression d'une sensibilité qui puise son authenticité dans la profondeur de l'être, qu'elle est en adéquation avec les tremblements de l'âme.

Sitôt qu'elle devient un objet de fantasme, une sorte d'appétence à s'approprier un mal-être qu'on pare des vertus de l'indifférenciation sexuelle, quand elle est utilisée comme une arme de propagande, de singularisation outrancière, lorsqu'elle quitte le domaine de la psyché pour investir celui de la simple imitation, de l'effet de mode, elle perd de son authenticité originelle avec comme risque patent, par simple effet d'entraînement, d'influencer des esprits qui n'étaient disposés en rien à endosser ce particularisme, si ce n'est un trouble plus ou moins prononcé propre à l'adolescence de chacun.

Ceci établi, la langue, notre grammaire, a-t-elle vocation à épouser la cause de ces revendications genrées au point de procéder à une refonte de son fonctionnement interne? À la marge, il me semblerait que oui. Dans l'absolu, je ne vois pas bien au nom de quoi on refuserait à certains l'emploi d'un pronom qui leur permettrait de se sentir mieux intégrés au monde qui les entoure. La langue est assez riche, assez forte dans ses considérations fondamentales pour s'autoriser des écarts qui auraient juste valeur de reconnaissance.

Le seul problème, du moins en ce qui concerne l'emploi du pronom «iel», c'est que de facto, sa généralisation entraînerait un bouleversement en profondeur de notre grammaire puisque son adoption ne résoudrait en rien le problème afférent à la question du genre. Si je me mets à utiliser ce pronom, afin que cette pratique fasse sens, il faudrait aussi que l'adjectif qui lui est lié subisse à son tour un changement approprié sans quoi l'effet même de son emploi deviendrait caduc.

S'il est beau, si elle est belle, que dire quand on utilise le fameux «iel»? Dans ce cas de figure, «iel» est comment exactement? De toute évidence, il ne peut être ni beau ni belle puisque la déclinaison de ces adjectifs porte en eux la marque de leur genre. Il va devenir quoi notre «iel»? Babybel? Bébel? Beaubel? On écrira «iel est beau·bel·le»?!!! Nécessité serait alors d'inventer un nouvel adjectif propre à l'utilisation du pronom «iel», ce qui ne va pas sans poser tout une multitude de problèmes.

À mes yeux, cet écueil porte en lui les germes de sa défaite. On ne va pas commencer à triturer la langue dans tous les sens, inventer mille nouvelles expressions, revisiter de fond en comble l'ordonnancement de notre grammaire (par ailleurs déjà infiniment compliquée) dans le seul but de satisfaire les demandes de ce qui reste malgré tout une minorité de personnes. Une minorité a le droit d'être respectée dans sa pratique, voire même d'être encouragée dans sa singularité, tant qu'elle n'impose pas à la majorité des changements qui viendraient dénaturer des règles dûment ancrées dans ses habitudes séculaires.

Au Canada, on nomme cela des accommodements raisonnables, c'est-à-dire qu'on entend que la société peut, voire même doit accéder à des demandes particulières tant que ces dernières n'engendrent pas des conséquences qui iraient au-delà de ce qu'elle peut supporter comme contrainte. Il en va de même ici avec le pronom «iel». Son emploi en soi ne pose pas, à mes yeux, de réels problèmes. Ce sont les conséquences de son emploi –un éparpillement de la langue, une trop grande complexité de son utilisation, une hypertrophie linguistique– qui le disqualifient.

Il en va de même avec l'écriture inclusive. Tant qu'elle rectifie à la marge des singularités linguistiques qui sans raison objective ordonnent le masculin au détriment du féminin, comme avec la règle de l'accord de proximité, elle fait sens et œuvre pour le bien commun. Sitôt qu'elle entend imposer tout un corset de règles qui rend la grammaire encore un peu plus absconse qu'elle ne l'est déjà, elle devient un combat idéologique qui perd de sa légitimité originelle et dénature la cause qu'elle prétend défendre. La langue française à besoin d'être retouchée, pas refondée.

iel écriture-inclusive
http://www.slate.fr/story/219639/blog-sagalovitsch-iel-ma-grammaire-pronom-neutre-petit-robert

France 1 – Belgique 2

Fri 19 Nov 2021 - 07:27

Parfois, il faut bien l'admettre, l'administration française fait sourire la Belgique.
*Francis Van de Woestyne Éditorialiste en chef - Publié le 13-11-2021

Sans vouloir le moins du monde rallumer la guéguerre stérile qui survient chaque fois qu’un match de football oppose les équipes nationales belge et française, qu’il nous soit permis d’épingler un petit problème survenu ces derniers temps en France. Si pareille mésaventure s’était déroulée en nos contrées, nul doute que nous aurions fait les choux gras de nos amis français toujours prompts à épingler les failles de notre démocratie, les hérésies de nos choix politiques, les absurdités de notre système.

Voici.

Avec près de 20 ans de retard sur plusieurs pays européens, dont la Belgique, la France a décidé de remplacer les anciennes cartes d’identité de ses citoyens par un document au format carte bancaire où figurent désormais des données biométriques infalsifiables. La précieuse carte contient évidemment aussi les mentions habituelles, nom, prénom, date de naissance et adresse. Mais des milliers de Françaises et de Français ne peuvent actuellement pas en bénéficier. Ce qui pose des problèmes pour les déménagements, les examens de permis de conduire, etc. Pourquoi ?

Vingt-neuf lettres et pas une de plus

Les têtes si peu pensantes qui ont conçu la nouvelle carte ont limité de nombre de caractères des noms de commune à 29. Pourquoi 29 ? Parce que. Parce que c’est la place disponible sur la carte. Sauf que… 78 communes affichent un nombre de lettres supérieur à 30. Peut-être y êtes-vous déjà passés aux hasards de vos pérégrinations dans cette France profonde si belle. C’est, notamment, le cas de Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson (45 lettres), Beaujeu-Saint-Vallier-Pierrejux-et-Quitteur (43), Saint-Martin-de-Bienfaite-la-Cressonnière (41) Montigny-Mornay-Villeneuve-sur-Vingeanne (40) La Vacquerie-et-Saint-Martin-de-Castries (40), Roche-sur-Linotte-et-Sorans-les-Cordiers (40), Escueillens-et-Saint-Just-de-Bélengard (38) Bonneville-et-Saint-Avit-de-Fumadières (38), Saint-Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly (38), Javerlhac-et-la-Chapelle-Saint-Robert (37), Villeneuve-Saint-Vistre-et-Villevotte (37).

Patience, ont assuré les services "compétents", le problème sera réglé à la fin de l’année. Comment ? On ne va pas changer la taille de la carte d’identité mais bien proposer aux communes certaines abréviations : Saint, par exemple, deviendra St ; Croix, Cx, etc. Parenthèse : peut-être faudrait-il suggérer aux autorités françaises de voir comment le Pays de Galles a géré le problème, c’est là que se trouve la commune au nom le plus long du monde (à lire à haute voix, SVP) : Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwlll¬lantysiliogogogoch. Il paraît que les habitants des villages français au nom le plus bref, sont, eux, très satisfaits : ils habitent à "Y", "By", "Eu", "Bu", "Py", et "Oz". Pas de changement en perspective, en revanche, pour les localités que, allez savoir pourquoi, certains prononcent à voix basse : Anus (Yonne), Le Fion (Haute-Savoie), Trécon (Marne), Montcuq (Lot), Sallespisse (Pyrénées-Atlantiques), Arnac-la-Poste (Haute-Vienne), La Trique (Deux-Sèvres), Sainte-Verge (Deux-Sèvres).

Les Français vont donc enfin bénéficier d’une nouvelle carte d’identité moderne, mais cela n’empêchera pas l’état civil français d’avoir toujours un train de retard. La Belgique, en effet, a le projet de la remplacer, dès 2023, par un portefeuille numérique. La carte d’identité et le permis de conduire, entre autres, y seront stockés afin que chaque citoyen puisse s’identifier via son smartphone… Un progrès qui accentuera encore la fracture numérique, mais cela est un autre débat.

Les chèques éternels

Cet épisode illustre le délire administratif dont souffrent certaines administrations françaises. Faut-il rappeler la géniale attestation de sortie, inventée pendant le confinement ? On pourrait aussi ajouter à ces particularités françaises, que nos voisins et amis ont maintenu, avant que l’euro ne vienne les libérer, des prix en anciens et en nouveaux francs, qu’ils ont dû attendre 2020 avant d’organiser le prélèvement à la source de l’impôt, en vigueur chez nous depuis quelque 80 ans et qu’ils utilisent toujours le chèque papier.

Ces petites remarques sur les retards français ne sont rien, bien sûr, au regard de leurs incommensurables atouts, de ce que nous aimons et admirons chez eux, à commencer par la soufflante beauté de certains paysages, la gastronomie, les vins, la culture, le RER, le Louvre, le musée d’Orsay, Le Lubéron, Bordeaux, la Baie de Somme, le Massif des Bauges, les Cévennes, l’île de Ré, de Noirmoutier, et tout ce qui pousse des millions de Belges à se précipiter dans l’Hexagone dès qu’ils ont quelques jours de congé.

Qui bene amat, bene castigat.

administration bureaucratie
https://www.lalibre.be/debats/opinions/2021/11/13/en-france-des-milliers-de-citoyens-ne-peuvent-beneficier-de-leur-nouvelle-carte-didentite-I2M6TDOXIBH3BL2TEIZHKEJWFY/

Je n'ai pas eu le temps de faire plus court.

Wed 17 Nov 2021 - 07:56

La question des formats sur le web est une chose fascinante. Comprendre l'émergence hier de Vine, et aujourd'hui de TikTok [et de Youtube Shorts, clone des précédents permettant de réaliser des vidéos de 6 secondes], c'est plonger dans l'histoire du web. De ce qui mena des premières pages "homepages" à la "statusphère" en passant par l'âge d'or puis le déclin des blogs (mon tout premier livre paru en 2008 ...) mais aussi l'imposition de la vidéo comme outil de captation attentionnelle semblant aujourd'hui indépassable.

Au commencement du web n'était que le texte. Les premiers navigateurs ne lisaient pas les images et dès que les images furent lues, il fallait de longues minutes avant de charger, ligne à ligne, un Gif mal dégrossi d'à peine quelques dizaines de kilos octets. Au commencement, donc, n'était que le texte. A l'époque déjà, on conversait pas mal sur IRC, l'ancêtre des Messenger et WhatsApp d'aujourd'hui. Et sur nos pages personnelles, sur nos "Homepages", si l'on pouvait faire long on se contentait bien souvent de faire court. Tout le monde faisait court. Les premières pages web des premiers sites marchands ou institutionnels en ligne se contentaient de courts paragraphes en texte noir sur fond gris. Avec parfois mais rarement, mais péniblement, quelques images en basse définition que l'on prenait des heures à regarder charger. Le format c'est le texte.

Au commencement du web c'était l'attente. On attendait. On attendait du texte. On attendait que les pages se chargent. On attendait que les images s'affichent. On attendait que la page suivant arrive. On attendait beaucoup. Et l'on était content lorsque l'attente cessait et que le texte s'affichait. Les débits augmentant (très très très mollement) et les forfaits des FAI (fournisseurs d'accès) devenant presque raisonnables (on parle quand même de plus de 30 euros par mois pour les premiers forfaits "illimités" avant quoi on était sur l'équivalent de 5 euros de l'heure !), on s'offrait la joie de payer pour poireauter. Le format c'était l'attente.

Petit à petit, tels des pionniers de canapé, quelque-un.e.s se lancèrent dans la création de leurs pages personnelles. Le web, ce web là en tout cas, devint une féérie chatoyante de mauvais goûts entremêlés où chacun se racontait sans se dire. Le format c'était le mauvais goût chatoyant et les premiers gifs animés jusqu'à la nausée.

Et puis il y eut, l'arrivée et l'explosion des blogs. Nous sommes début 2002. Les blogs et les premières 'plateformes' (Typepad, Live Journal, Blogger, etc.) c'est la possibilité de faire long sans avoir pour autant à se coller la nécessité du code HTML et de l'hébergement via FTP. Vous vous souvenez du FTP ? Le "File Transfer Protocol" qui faisait de chacun de nous des Franc Tireurs et Partisans de l'avènement d'un web où chacun, enfin, allait pouvoir écrire. Si dès le début des blogs l'empan scriptural ne souffre théoriquement plus aucune limite y compris technique, les blogs vont pourtant s'affirmer comme la forme d'une nouvelle brièveté, une brièveté ante-chronologique : il y a des journaux intimes et puis il y a tout le reste, les experts, les anonymes, les blogueurs influents, esquisse des actuels influenceurs. Sur les blogs on partage, et oui, déjà, on partage des étonnements, des choses lues, des images, et des liens, beaucoup de liens. Le format c'est le partage et l'expression de soi. Cela paraît peut-être anecdotique mais pour la première fois, un média, le web, devient saturé d'intime et d'expressions privées. Ce n'est pas anecdotique.

Youtube est créé en 2005 et racheté par Google en 2006. Lorsque c'est la vidéo qui devient le format de référence pour celles et ceux soucieux de conquêtes attentionnelles toujours plus vastes, la vidéo est souvent courte. En 2004 la 3G a débarqué en France. On peut commencer à naviguer en haut débit (pour l'époque) y compris sur des ressources et des formats excessivement gourmands en débit. Le streaming encore balbutiant au début des années 2000 va prendre définitivement son essor. En 2007 débarque le premier iPhone. 3G + smartphone + vidéo : plus rien, sur le web, ne sera jamais comme avant. Le format c'est du lourd. Lourd en poids, lourd en débit, lourd en équipement.

Faire court c'est aussi le format imposé par les réseaux sociaux, Facebook en 2004 et Twitter en 2007. On ne publie plus des contenus, on publie des "statu(t)s", des "états" (d'âme) des "positions" (géographiques), on "dit" (ce qu'on écoute, ce qu'on regarde, etc.). En un nombre de signes limité : 140 pour Twitter, 160 sur Facebook, avant extension (à 280 pour le premier, à ... 63 000 pour le second). Le format c'est "hic et nunc" : où je suis, ce que je fais, dans quel état, à quel endroit. Ici et maintenant et recommencement. Mais le web, fut-il celui des plateformes ne saurait être un étroit. Alors on ouvre et l'on peut insérer et partager des sons et des images, et comme par compensation de ce texte empêché en longueur, on peut en longueur "s'actualiser", et puis regarder les autres s'actualisant.

Vous vous souvenez du web où le format c'était l'attente ? Et bien on continue d'attendre. Mais on attend les autres cette fois, et non pas les pages. Et puisque c'est l'autre que l'on attend, et puisque l'on ne paie presque plus pour attendre, alors on ne supporte presque plus ... de l'attendre. Après la navigation, après la publication, le nouveau format c'est l'injonction. Cela peut paraître anecdotique, mais pour la première fois avec Facebook en 2004, on nous demande de dire quelque chose. C'est tout sauf anecdotique.

Le format c'est aussi celui du droit. Derrière chaque évolution, texte, image, vidéo, il y a des questions de droit. Des droits. Des droits d'auteur notamment. Alors faire court ce fut aussi un temps, s'affranchir de risques de poursuite dans une économie du remix mondialisée. A moindre coût. A moindre court. A moindre frais.

Dans la capsule. C'est la dernière étape. Jusqu'à ce jour en tout cas. Complémentaire des précédentes. Le temps qui est celui de "l'encapsulage" et qui préfigure les médias sociaux mainstream actuels. Progressivement, la capacité comme la nécessité de faire lien, de déployer des hyperliens, cette capacité s'amenuise alors qu'il devient de plus en plus facile "d'encapsuler" un contenu dans un autre. On ne renvoie plus vers un ailleurs, on ramène vers un "à soi". Les "widgets", les trucs rigolos genre "Bitty Browser", Netvibes bien sûr en 2005, et plus globalement la page web, cette entité documentaire première qui ne cesse de se fracturer, de se fragmenter. Or lorsque l'on arrête d'adresser des externalités, lorsque l'on ne fait plus qu'établir des internalités supposées se suffire à elles-mêmes, on cesse alors progressivement de naviguer, on s'habitue à faire défiler. Les réseaux sociaux arrivent et se déploient massivement dans ce contexte d'usage qui les précède et les prépare en un sens. Ils n'ont alors qu'à achever d'alléger la tâche d'encapsulage dans sa charge technique et cognitive, ils n'ont qu'à la rendre fluide pour qu'elle s'impose.

Le rêve du web est mort. Il n'est plus question d'un Homme, d'une page et d'une adresse, mais que toute l'humanité (connectée) réside à la même adresse, qu'à cette adresse on ne trouve qu'une seule et même page changeant et se rechargeant tout le temps, et que, selon les âges de la vie, comme dans l'énigme du Sphinx, cette page s'appelle Tik-Tok, Instagram ou Facebook. L'énigme du Sphinx vraiment, presque littéralement :

"Quel être, pourvu d'une seule voix, a d'abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir ?"

Le corps à 4 membres sur TikTok, 4 membres qui dansent. Deux jambes sur Instagram, celles de l'adolescence, de l'autonomie que l'on se construit dans le regard des autres, des siens, des "comme soi" ou des "comment l'on voudrait être soi". Et puis Facebook le soir, toujours nos deux jambes et cette canne conversationnelle, cette béquille cognitive.

Ce n'est pas la taille, c'est le temps qui compte. Durant toutes ces années, la question de la durée de ce que l'on partage est devenue secondaire, derrière la question du temps nécessaire pour établir ce partage ; question elle-même reléguée à l'arrière-plan de celle du temps qu'occupera la publicité dans la durée du partage comme du visionnage. Avez-vous remarqué qu'il n'est pas rare aujourd'hui de passer davantage de temps à regarder la ou les publicités conditionnant l'accès à un contenu que ce contenu lui-même ? Mais dans la cour principale des plateformes, l'essentiel demeure de faire court. Le format c'est la vitesse. Il faut publier vite. Il faut partager vite. Il faut visionner vite. Il faut vite passer au visionnage suivant. On attend toujours, mais on n'attend plus des pages, on n'attend plus des gens, on attend que se maintienne un rythme, une cadence, un enchaînement, une ritournelle.

Longtemps chacun cherchait son court. Un court billet de blog à lire. Une courte vidéo à regarder. Chacun cherchait son court mais chacun suivait son lien. Il y avait bien sûr déjà des attracteurs étranges qui l'on n'appelait pas encore "influenceurs", le capitaine Gloasguen d'Embruns et quelques autres ; mais il n'y avait aucun mur sur l'océan et surtout il n'y avait aucune autre relance automatique que celle de notre propre curiosité ou du coût cognitif permettant de pallier notre ennui de surfeur dilettante en allant chercher un dernier lien, pour la route.

Tout est question de rythme. Sur le web et les plateformes aussi. 120 battements par minute pour la House des années 1990, celle des débuts du web. Et 24 images par seconde pour le cinéma. Et sur le web, tant d'autres formats. Mais toujours plus courts, 10 secondes, 15 secondes mais avec le plus souvent non plus 24 mais 30 images par seconde (comme le réclame la norme NTSC en vigueur aux USA). Comme le nombre de signes de la statusphère, dire toujours plus mais avec toujours moins de texte. Des vidéos toujours plus courtes mais avec toujours plus d'images.

"Less is More" écrivait et prônait l'architecte Mies Van Der Rohe. Il ne s'agit plus ici d'une forme d'épure, mais d'une recherche de tout ce qui sature.

Comme une contraction, un Big Crunch qui serait en cours plus de 30 ans après le Big Bang initial du web ; comme si nous étions au coeur de cette contraction sans savoir ce qui en sortira vraiment : un métavers, un tyran populiste, ou le compte TikTok d'un tyran populiste dans le métavers.

Comme chercheur, comme enseignant, comme parent, comme usager du web, je regarde ce temps passé à dilater du pouce ou de l'index des fragments signifiants d'insignifiance. Ces distractions. Souvent seulement vues uniquement comme des "dys-tractions", des anomalies de ce qui nous meut, de ce qui nous tire et nous attire ; distractions et dys-tractions qui, si elles en sont souvent, ne sont pas uniquement cela. Regarder et essayer de comprendre ce qui s'y invente, ce qui s'y déploie, et ceux qui s'y replient, aussi. A se demander où est la fiction pour sortir de l'affliction.

Jamais autant de gens n'ont raconté autant d'histoires. Et jamais autant d'histoires n'ont été aussi semblables. Communes ritournelles. La question est de savoir ce qui reste de la capacité de fiction quand toutes les histoires se publient sans friction et quand seules les frictions semblent capables de "faire histoire" dans le débat public.

La forme courte, les formes courtes ont toujours été présentes dans nos espaces sociaux, dans nos espaces publics, dans nos horizons culturels : litotes, métonymies, syllogismes, haïkus, apophtegmes, aphorismes, épigrammes, maximes, proverbes, feuilletons et aujourd'hui séries ... Les formes narratives, poétiques ou même rhétoriques courtes ont toujours été un essentiel de nos sociétés. Elles sont aujourd'hui au cœur de l'essentiel de nos usages numériques.

Des brièvetés en concurrence comme en co-occurence : celle de la série qui se déploie dans la longueur des saisons qui la composent ; celle du Tweet qui s'articule en Thread ou se déploie sans le défilement infini des autres gazouillis ; celle de la vidéo TikTok de 15 secondes qui fait collection au milieu d'autres dont le visionnage nécessiterait bien plus qu'une seule vie.

Faire court. Imiter le court. Reproduire le court. Faire rythme. Ce défilement est avant tout un battement, une pulsation. Le format aujourd'hui c'est la pulsation. C'est pourquoi il importe de savoir comment en contrôler la vitesse. La vitesse de ces enchaînements déterminés algorithmiquement dans le seul but de fabriquer des routines d'aliénation scopique, cette capacité à ne valoriser le court que tant qu'il concourt à fabriquer de l'artificiellement long en continu, ce refus total et programmatique du discontinu, cela interroge aujourd'hui notre capacité plus globale, plus politique, à nous confronter à des régimes narratifs nécessitant d'articuler le temps long comme autre chose que la simple agrégation de séquences courtes.

Je regardais mes étudiant.e.s faisant défiler leur compte TikTok. Je regardais mes enfants faire de même. J'avais envie d'écrire un billet. Je n'ai pas eu le temps de faire plus court.

"Je n'ai fait [cette lettre] plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte."
Blaise Pascal, Les Provinciales, lettre 16.

Imaginer ce monde où un autre Blaise Pascal écrirait aujourd'hui :

"Je n'ai fait ce Tweet plus court que parce que je n'ai pas eu le loisir de le faire plus long."

histoire web
https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/11/le-temps-de-faire-pus-court.html

G comme... Grand Dérangement - Traces et Petits Cailloux

Mon 8 Nov 2021 - 07:49

Voici venu le moment d'aborder la Déportation, ce grand traumatisme historique qu'un sens aigu de la litote amena les Acadiens à appeler pudiquement "le Grand Dérangement"...

En 1713, par le traité d'Utrecht, les Français avaient perdu Terre-Neuve, la baie d'Hudson et la presqu'île de l'Acadie (qui devenait la Nouvelle-Ecosse -Nova Scotia-), dont les frontières étaient toutefois restées floues. Ils avaient conservé l'Ile Royale (aujourd'hui Cap-Breton) et les rives du Saint-Laurent.

Après le Traité d'Aix la Chapelle, en 1748, les britanniques, soucieux de garantir leur main-mise sur la Nouvelle-Écosse, y envoyèrent 2 500 colons et fondèrent le port de Halifax, sur la côte sud. Par ailleurs, depuis le traité d'Utrecht, ils avaient exigé des Acadiens un serment d'allégeance à la couronne d'Angleterre. La plupart l'avaient signé, mais en exigeant de pouvoir rester catholiques et de ne pas avoir à combattre les Français. Ils revendiquaient le statut de "Français Neutres".

Les Anglais n'ayant aucune confiance dans les Acadiens malgré le serment envisageaient régulièrement de s'en débarrasser. Sans compter que s'emparer de leurs bonnes terres serait un bonus appréciable. Mettant fin à des décennies de tergiversations, en 1755, Charles Lawrence, lieutenant-gouverneur de Nouvelle Écosse, prit l'initiative de les déporter. Londres n'avait pas donné l'ordre d' expulsion, mais Lawrence ne fut pas désavoué.

Après plusieurs semaines de préparatifs secrets, et l'arrestation de divers Acadiens à certains endroits, le lieutenant-colonel John Winslow, accompagné de 313 soldats britanniques, arriva par bateau le 20 août dans le bassin des Mines. Il se rendit à l'église Saint-Charles et s'y installa, après avoir fait enlever les objets de culte par quelques habitants. Le 21, les soldats construisirent une palissade autour de leur camp, puis une autre le 30 autour du cimetière.

Entre le 31 août et le 2 septembre, Winslow et ses hommes visitèrent les différents hameaux et villages des Mines. Ils observèrent que la moisson était en train de se terminer. Les Acadiens, habitués à la présence anglaise, poursuivaient leurs travaux. Winslow rédigea une proclamation qui leur fut signifiée le 4 septembre :

« Aux habitants du district de la Grand-Prée, rivière des Mines, rivière aux Canards, etc., [...] j’ordonne [...] à tous les habitants, y compris les vieillards, les jeunes gens ainsi que ceux âgés de dix ans, [...] de se réunir à l’église de la Grand-Prée, le vendredi, 5 courant à trois heures de l’après-midi, afin de leur faire part des instructions que nous sommes chargés de leur communiquer. [...] aucune excuse, de quelque nature qu’elle soit, ne sera acceptée et que le défaut d’obéissance aux ordres ci-dessus entraînera la confiscation des biens et effets."

Le capitaine Murray adressa une sommation équivalente aux habitants de Piziquid et alentours.

Le lendemain, vendredi 5 septembre, les hommes et garçons âgés de plus de dix ans de tous les villages des Mines - Grand-Pré, Habitants, Canard, Gaspereau...-, soit 418 personnes, se rendirent donc à l'église. Les soldats britanniques fermérent aussitôt les portes, et Winslow fit lire par un interprète la déclaration suivante :

Journal de Winslow p 178

« Messieurs,
J'ai reçu de Son Excellence le gouverneur Lawrence les instructions du Roi1 que je tiens en main. [...] Le devoir qui m'incombe, quoique nécessaire, est très désagréable à ma nature et à mon caractère, de même qu'il doit vous être pénible[...]
Je vous communique donc, sans hésitation, les ordres et instructions de Sa Majesté, à savoir que toutes vos terres et habitations, bétail de toute sorte et cheptel de toute nature, sont confisqués par la Couronne, ainsi que tous vos autres biens, sauf votre argent et vos meubles, et vous devez être vous-mêmes enlevés de cette Province qui lui appartient. C'est l'ordre péremptoire de Sa Majesté que tous les habitants français de ces régions soient déportés. [...] je veillerai aussi à ce que les familles s'embarquent au complet dans le même vaisseau [..] et j'espère qu'en quelque partie du monde que vous puissiez vous trouver, vous serez de fidèles sujets, un peuple paisible et heureux2. Je dois aussi vous informer que c'est le bon plaisir de Sa Majesté que vous restiez en sécurité sous la surveillance et la direction des troupes que j'ai l'honneur de commander et ainsi je vous déclare prisonniers du roi. »

Le 15 septembre, Winslow établit la liste des Acadiens emprisonnés dans l’église de Saint-Charles, liste dont+ l'original se trouve aujourd'hui à Boston, et dont on peut voir un fac-similé au Musée de Grand’Pré. On y trouve les noms des habitants français de Grand’Pré, Rivière des Mines, Habitant, Rivière-aux-Canards, le nombre de leurs enfants, et le détail de leur bétail.

Expulser des milliers de personnes demandait une lourde logistique. Il fallut attendre plusieurs semaines l'arrivée progressive de tous les bateaux nécessaires pour transporter les habitants des paroisses Saint Charles de Grand-Pré, Saint-Joseph de la Rivière aux Canards, Sainte-Famille et Assomption de Piziquid. Les femmes et les enfants furent chargés de fournir la nourriture aux prisonniers. Pour empêcher que les habitants qui avaient pu s'enfuir ne puissent revenir s'installer après le départ de la flotte, Winslow fit brûler les hameaux et les champs3. A Beaubassin au fond de la baie Française et à Port Royal sur la rivière Dauphin, la situation des acadiens était la même... (Deux ans plus tard, un officier britannique décrivit les villages acadiens de Port Royal en ruines et les poiriers et pommiers abandonnés croulant sous le poids des fruits...)

Le 10 septembre, Winslow note dans son journal :

« J'ai remarqué ce matin une agitation inaccoutumée qui me cause de l'inquiétude. J'ai réuni mes officiers, il fut décidé à l'unanimité de séparer les prisonniers... Nous avons convenu de faire monter 50 prisonniers sur chacun des cinq vaisseaux arrivés de Boston et de commencer par les jeunes gens. [...] Selon mes ordres, tous les habitants français furent rassemblés, les jeunes gens à gauche. J'ordonnai au capitaine Adams, aidé d'un lieutenant et de 80 officiers et soldats, de faire sortir des rangs 141 jeunes hommes et de les escorter jusqu'aux transports. J'ordonnai aux prisonniers de marcher. Tous répondirent qu'ils ne partiraient pas sans leurs pères. [...] J'ordonnai alors à toute la troupe de mettre la baïonnette au canon et de s'avancer sur les Français. [...] Ils s'avançaient en priant, en chantant, en se lamentant et sur tout le parcours d'un mile et demi, les femmes et les enfants venus au-devant d'eux, priaient à genoux et pleuraient à chaudes larmes. J'ordonnai ensuite à ceux qui restaient de choisir parmi eux 109 hommes mariés qui devaient être embarqués après les jeunes gens [...] Ainsi se termina cette pénible tâche qui donna lieu à des scènes navrantes...»

Les familles de Grand-Pré commencèrent à embarquer à leur tour le 8 octobre. Elles le firent, note Winslow, "à contrecœur, les femmes en grande détresse emportant leurs enfants dans leurs bras. D'autres portant leurs parents décrépits dans leurs charrettes et tous leurs biens. Se déplaçant dans une grande confusion [...] scène de malheur et de détresse5."

C'est dans ce contexte que mourut le vieux Jacques LEBLANC (mon sosa 1232), alors âgé de 75 ans, petit-fils de Daniel le pionnier et de Françoise GAUDET par leur fils René, certainement terrassé de chagrin alors que ses frères et sœurs, ses 13 enfants, ses nombreux petits-enfants et petits-neveux, étaient sommés de monter à bord de bateaux différents, avant d'être éparpillés sur des milliers de kilomètres. Car malgré la promesse de Winslow, dans la confusion des embarquements, bien des familles se retrouvèrent séparées, et les milliers d'Acadiens expulsés de leurs terres de Grand-Pré, Piziquid, Beaubassin ou Port Royal, furent envoyés vers différentes colonies de la Nouvelle Angleterre : Massachussetts, Pennsylvanie, Virginie, Caroline du Nord, Connecticut, Maryland... L'objectif de Lawrence était non seulement d'expulser les Acadiens de Nouvelle Écosse, mais également de les disperser, pour les empêcher de se regrouper et de reconstruire leurs communautés.

Le cas des enfants de Jean Baptiste DUON (sosa 624) et Agnès HEBERT (S 625) de Port Royal illustre bien cet éparpillement :

Agnès, veuve depuis 1746, avait 59 ans lors du Grand Dérangement, 11 enfants âgés de 16 à 40 ans, et un certain nombre de petits-enfants. Elle se retrouva brutalement et définitivement séparée de toute sa famille, excepté son fils Louis Basile, 27 ans, et sa plus jeune fille, Rosalie, 16 ans, transportés comme elle à New York.

Lorsque les rafles avaient commencé à Port-Royal, ses fils Honoré, 38 ans, Charles, 21 ans, et Claude,18 ans, étaient parvenus à s'enfuir dans les bois (où ils survécurent dans des conditions terribles de famine et de maladie avec des centaines d'autres acadiens en fuite pendant quelques années, avant d'être repris et emprisonnés par les Anglais).

Agnès vit ses autres enfants embarqués sur des bateaux qui allaient partir :

  • pour la Virginie, avec l'aîné, Jean Baptiste, 40 ans, Pierre, 35 ans, Euphroisine, 30 ans, et Cyprien (sosa 312), 25 ans
  • pour Boston : avec Jeanne, 36 ans, et Abel, 32 ans

    Pourtant, ceci n'était que le début d'une dispersion qui allait mener les enfants et petits-enfants d'Agnès bien plus loin encore (Québec, Louisiane, Angleterre, Martinique, France, etc...), et elle ne les revit jamais...

Les départs vers l'exil s'échelonnèrent de fin octobre au 20 décembre, et le voyage fut effroyable. Il faut dire que les bateaux affrétés n'étaient pas du tout adaptés à des passagers humains; la plupart servaient normalement au transport de bétail ou de marchandises, et malgré quelques modifications en prévision de la déportation, ils ne permettaient pas aux prisonniers de se tenir debout. De plus, l'air était irrespirable et vicié dans les cales surchargées de passagers (les capitaines britanniques étant rémunérés à la quantité d'acadiens embarqués n'avaient donc pas hésité à enfreindre les règlementations de l'époque), et la nourriture insuffisante. La maladie, le manque d'hygiène, la malnutrition et le désespoir firent des ravages. D'autant que si l'embarquement avait commencé le 10 septembre, les bateaux tardèrent des semaines avant de prendre la mer, et certains prisonniers y passèrent donc plusieurs mois 4.

Pour aggraver encore la détresse des déportés, la flotte partie fin octobre essuya une grosse tempête peu après le départ, obligeant certains bâtiments à faire relâche à Boston, le temps de réparer les avaries. Les autorités locales qui montèrent inspecter les bâtiments constatèrent la surpopulation, la présence de malades et le manque de provisions, ce qui n'empêcha pas les bateaux de reprendre leur route vers le sud...

Ce furent donc des prisonniers épuisés, affaiblis, souvent malades, qui arrivèrent à leurs destinations au fil des mois. Un certain nombre étaient morts pendant le voyage. D'autres moururent peu après l'arrivée, comme à Philadelphie où, sur les 454 acadiens débarqués en novembre, 237 furent rapidement emportés par la variole.

Les Anglais n'avaient pas pris la peine d'avertir leurs colonies de Nouvelle Angleterre de l'envoi de ces prisonniers. Les capitaines des navires étaient simplement chargés de remettre une lettre explicative aux autorités locales en débarquant... L'arrivée soudaine de ces exilés faméliques, malades, en haillons, étrangers et d'une autre religion (catholiques et considérés comme plus français que neutres), fut donc vue d'un très mauvais œil. Dans plusieurs colonies, on tergiversa des jours voire des semaines avant de les autoriser à débarquer, les laissant souffrir encore de la faim et du froid (novembre/décembre en Amérique du Nord...), toujours entassés sur les bateaux...

  • Entre la fin novembre et le 4 décembre, 4 bâtiments chargés de 900 Acadiens arrivèrent au Maryland. Une fois répartis dans différents villages de l'intérieur, il leur fut interdit de quitter la colonie.

Parmi ces malheureux passagers se trouvaient :

  • Marie Josèphe LEBLANC, 50 ans, fille du vieux Jacques mort de chagrin en octobre à Grand Pré, avec mari et enfants, et avec son frère Jacques6, 47 ans, leur soeur Madeleine, 43 ans, leur soeur Elisabeth, 28 ans

  • Anne LE PRINCE (sosa 1239 et 1255), veuve RIVET, 70 ans, avec son fils Michel RIVET et sa seconde femme , son fils Etienne avec sa famille, le mari de sa fille Anne décédée en Acadie en 1750, et les enfants de celle-ci, et sa petite-fille Françoise, 22 ans, fille de Marie Rose (sosa 619 et 627). Par contre, Marie-Rose fut envoyée en Virginie avec ses autres enfants, Jean,8 ans, Marie Joseph,6 ans, Anne (sosa), 16 ans, Marguerite (sosa) 20 ans

  • En Pennsylvanie, les Acadiens qui survécurent à la variole furent rassemblés dans un quartier misérable de Philadelphie. Comme dans d'autres colonies, les enfants et jeunes adolescents furent séparés de leurs parents afin de les assimiler à la culture anglaise. Les adultes furent généralement employés comme domestiques.

C'est là que fut transportée Catherine LEBLANC, 30 ans, autre fille du vieux Jacques.

  • Le Massachussetts était une colonie puritaine à l'intolérance religieuse extrême : Boston refusait toute présence de Quakers, de juifs, de catholiques ( tout prêtre catholique pénétrant dans la colonie serait condamné à mort)... Les pauvres, les indigents, les esclaves, y étaient réprimés violemment.

L'arrivée des "papistes" fut donc très mal acceptée. Là aussi, les enfants, employés comme domestiques dans des familles britanniques ou mis en apprentissage, furent volontairement séparés de leurs parents. La pratique de la religion catholique était interdite, et les Acadiens étaient assignés à résidence. Les débuts de la Guerre de Sept Ans au printemps 1756 aggravèrent encore leur situation, car les bostoniens craignaient qu'ils ne pactisent avec l'ennemi français et ne s'enfuient pour les rejoindre...

A Boston furent envoyés :

  • Jean TRAHAN, (sosa 630) , âgé de 58 ans, petit fils de Guillaume (lien) et de Madeleine BRUN, installé en Acadie à la Rivière aux Canards; je ne sais pas si sa femme Marie HEBERT l'accompagnait ou si elle était déjà décédée, ou si elle a été envoyée ailleurs. En tout cas il fut séparé de sa fille Marie Isabelle (dite aussi Elisabeth), 29 ans (ma sosa 315), envoyée en Virginie avec son (premier) mari et son fils de 6 ans

  • Marguerite DAIGRE, 31 ans, Marie-Josèphe 26 ans, filles d'Olivier (sosa 628) et Françoise GRANGER (sosa 629), qui eux seront déportés en Virginie avec leurs autres enfants Honoré (sosa 314), 29 ans, Françoise 24 ans, Olivier 23 ans, Simon Pierre, 19 ans, Jean Charles 14 ans, Paul 13 ans.

A New-York, Agnès HEBERT (sosa 625), qui avait déjà perdu presque toute sa famille au départ de la Nouvelle Écosse, fut séparée de sa fille Rosalie DUON, qui n'avait que 16 ans et dut rejoindre une famille locale.

Et enfin, en Virginie, où furent envoyés la plupart de mes Sosas, le gouverneur refusa absolument de les accueillir. Après leur avoir fait attendre une décision pendant des mois, les autorités de Virginie décidèrent finalement de rendre la pareille aux autorités anglaises, et d'expédier les pauvres expulsés survivants en Angleterre, sans prévenir la Couronne. C'est ainsi que le 10 mai 1756, quatre vaisseaux transportant 1044 Acadiens cinglèrent vers l'Europe, et après une pénible traversée, accostèrent à Falmouth, Liverpool, Bristol, et Portsmouth (puis Southampton).

10 de mes Sosas subirent ce pénible destin (sans compter leurs nombreux proches et tous les autres) :

Françoise GRANGER, 55 ans, Olivier DAIGRE, 52 ans, Rose RIVET, 48 ans, "Marie" Josèphe TRAHAN, 44 ans, Honoré DAIGRE 29 ans, Elisabeth TRAHAN, 29 ans, Cyprien DUON, 25 ans, Charles LEBLANC 21 ans, Marguerite LANDRY 20 ans, Anne LANDRY 16 ans

En tout, outre mes ancêtres directs et leurs enfants, près de 7 000 Acadiens furent déportés de Nouvelle Ecosse pendant le dernier trimestre de 1755. Beaucoup moururent dès les premières semaines, et la plupart des survivants connurent misère et dénuement pendant de nombreuses années*** , et encore bien des vicissitudes. Ils furent de fait les premières victimes de la Guerre de Sept Ans, qui allait commencer officiellement le 29 août 1756 et bouleverser définitivement Europe et Amérique. Le Traité de Paris en 1763, en les libérant du joug britannique, accentua leur éparpillement, et la diaspora acadienne a depuis semé des descendants un peu partout sur la planète...

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Notes :

1) En fait, c'était un mensonge, les instructions venaient de Lawrence

2) Ben voyons...

3) "depriveing those who shall escape of all meam of shelter or support by burning their houses and destroying everything that may afford them the means of subsistance in the countrey." (Instructions du 11 août 1755. Journal de Winslow. N. S. H. S. vol. III, p. 80.) ("privant ceux qui s'enfuiront de tous moyens d'abri ou d'aide en brûlant leurs maisons et en détruisant tout ce qui pourrait leur fournir des moyens de subsistance dans la région")

4) Grand Pré, 20 décembre 1755: le capitaine Phins Osgood écrit au Colonnel Winslow: "This serves to inform you that the French which you left under my care are all removed. The last of them sailed this afternoon, in two schooners, viz., the Race Horse, John Banks, master, with 112 persons. Ranger, Nathan Monrow, master, with 112 persons. Banks for Boston. Monrow for Virginia." (NSHS#3, p. 192.) ("Ceci pour vous informer que les Français que vous avez laissés à mes soins sont tous partis. Les derniers d'entre eux ont pris la mer cet après midi, dans deux schooners, le Race Horse, capitaine John Banks, avec 112 personnes; le Ranger, capitaine Nathan Monrow, avec 112 personnes. Banks parti pour Boston, Monrow pour la Virginie.")

5) "very sullenly and unwillingly, the women in great distress carrying off their children in their arms. Others carrying their decrepit parents in their carts and all their goods. Moving in great confusion and [it] appears as a scene of woe and distress."

6) En 1767, Honoré LEBLANC déclare Catherine envoyée au Maryland, et Jacques envoyé en Pennsylvanie; à voir où sont l'un et l'autre quelques années plus tard, c'est visiblement l'inverse : en 1763, Jacques est à Oxford, Pennsylvanie, et en 1762, Catherine est à Philadelphie. Il y a quelques erreurs dans la déclaration de leur frère Honoré à Belle-Isle. Il faut dire que les faits dataient de 15 ans, et les nouvelles circulaient difficilement. Il est même remarquable que les Acadiens de Belle Isle aient eu tant d'informations sur le devenir de leurs familles dispersées

  • Certains de ceux qui étaient en France dépendaient encore des Secours de l’État en 1794

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Sources principales :

  • Journal de Winslow : Nova Scotia Archives LIEN :

-The Collections of The Nova Scotia Historical Society (NSHS) et en particulier Les bateaux de la Déportation

  • L’accueil des exilés acadiens suite au Grand-Dérangement dans la colonie du Massachusetts de 1755 à 1775 Adeline Vasquez-Parra in International Journal of Canadian Studies Revue internationale d’études canadiennes :
Acadie Grand-dérangement
https://tracesetpetitscailloux.over-blog.com/2021/11/g-comme.grand-derangement.html

E comme... Enigme - Traces et Petits Cailloux

Sat 6 Nov 2021 - 12:46

Tous mes Acadiens de première génération sont déjà installés en Acadie lors du recensement de 1671. Tous, sauf un !

En effet, on ne trouve la première trace de Jean (Baptiste)* DUON en Acadie que le 27 février 1713 - soit tout juste un mois et demi avant la signature du traité d'Utrecht marquant la perte définitive de l'Acadie par la France -, lorqu'il épouse Jeanne HEBERT à Port-Royal; il a 29 ans, elle 17.

Si lui est récemment arrivé sur ces terres américaines, sa jeune femme représente la 4° génération acadienne par sa grand-mère Marie GAUDET fille du pionnier Jean GAUDET, et la 3° par son grand-père Etienne HEBERT arrivé à Port Royal avant 1650.

Au recensement de 1714, Jean Baptiste apparaît sous le sobriquet de "Lyonnais" ("Lionnois"). Et c'est bien là une énigme : comment et pourquoi ce DUON s'est-il décidé un jour à émigrer en Acadie, 50 à 60 ans après la plupart des autres pionniers ? D'autant plus que, alors que la plupart des premiers acadiens étaient originaires surtout de l'Ouest de la France (Saintonge, Poitou...) et travaillaient comme laboureurs, tonneliers, maréchal-ferrand, chirurgien..., métiers indispensables à l'installation d'une colonie, lui appartenait à une famille de soyeux de St Étienne en Forez et de Lyon.

Son arrière grand père Jean DUON l'aîné (mon sosa 4992) était "marchand tissotier*" à la Metare près de Saint Etienne.

Son grand-père, Mathieu DUON (S 2496), "marchand de Saint Etienne", avait épousé Catherine PEYRIEU (S 2497), fille de Gabriel, également marchand tissotier, le 26 mai 1635 .

Son père, Jean Louis DUON (S 1248), était maître passementier*, tout comme ses oncles Jean Baptiste et Jean le Cadet. Jean Louis avait quitté St Etienne pour Lyon à l'âge de 37 ans, deux ans avant de se remarier, le 22 juin 1683, avec Jeanne CLEMENSON (S 1249). Jean Baptiste sera le premier né du couple, le 31 octobre 1684, baptisé le lendemain paroisse St Vincent. Son parrain sera son oncle Jean DUON, " marchand de soies de St Nizier, petite rue Mercière", mari de Françoise BROCHAY, fille de "feu Jean BROCHAY marchand maître teinturier de soie à Lyon".

Toute la famille de Jean (Baptiste) DUON vivait donc de la soie, et l'on se mariait entre fils et filles de maîtres passementiers, veloutiers, teinturiers en soie, guimpiers, dans une parfaite endogamie sociale... Son frère Mathieu (né en 1699) ne faillira pas à la tradition : il sera "maître fabricant d'étoffes de soie", puis "maître veloutier" ; sa soeur Simone épousera en 1729 Alexis MAYOUD, "maître boutonnier".

Alors, pourquoi donc Jean Baptiste décide-t-il un jour d'abandonner un avenir tout tracé dans la soierie lyonnaise pour traverser l'océan et aller se construire une vie totalement différente, entre mer et forêt, dans une ébauche de pays??? Ses parents sont toujours vivants lors de son départ (son père décèdera le 26 octobre 1720, sa mère plus tard). Son frère Mathieu a une douzaine d'années, sa soeur Simone deux ou trois ans... Alors qu'il est le seul jeune adulte de la fratrie, pourquoi n'a-t-il pas pris la succession de son père septuagénaire?

D'autant plus qu'il a très certainement appris le métier de son père. Il est très probablement le "Jean DUON" inscrit comme apprenti passementier en juillet 1698 : il a alors 13 ans et demi, âge classique pour entrer en apprentissage, et c'est le seul Jean de cette tranche d'âge que j'aie relevé à l'époque à Lyon. La formation durait 5 ans, ce qui lui permettait, en tant que fils de maître de devenir maître à son tour dès 18 ans et demi, son statut familial le dispensant du passage par le statut de compagnon.

"Jean DUON est inscript aprentis avec Anthoine CAPLACER(?)Maître de notre art après avoir veu son acte d'aprentissage DUON 5(??)juillet 1698. Receu de LAFAY et MONTAGNON notaire royaux de cette ville par nous le 24° août 1698"

Or curieusement, c'est précisément à cette période-là qu'il va quitter Lyon et la France. Il est tout à fait impensable qu'il soit parti chercher un nouveau débouché pour les passementeries familiales : les Acadiens étaient trop peu nombreux et ne pouvaient pas constituer un marché pour ce type de produits... S'installer à Port-Royal était pour Jean Baptiste une rupture radicale et définitive avec ses origines sociales et son mode de vie. Alors, quid? Etait-ce une question de caractère ou de circonstances? Avait-il, chevillé au corps, un véritable esprit d'aventure, l'envie de découvrir des horizons lointains...? Fuyait-il un conflit familial, un chagrin d'amour?... Avait-il des ennuis avec la justice?... Rêvait-il de grands espaces, ou était-il un fils rebelle en rupture de ban ??? Cette question restera malheureusement sans réponse, une véritable Enigme...

Toujours est-il qu'il a rapidement trouvé sa place dans la colonie de Port-Royal, comme le montre son mariage avec une toute jeune fille issue d'une déjà "vieille" famille locale. De plus, venant d'une famille plutôt aisée et éduquée, une quinzaine d'années après son arrivée, en 1727, il est nommé notaire de Port Royal par le gouverneur Armstrong....

Père de 13 enfants dont 11 deviendront adultes, après plus de 30 ans passés en Acadie, il sera inhumé à Port Royal à l'âge de 61 ans, le 6 mai 1746. Cela lui épargnera le chagrin de voir sa famille totalement éparpillée sur la planète moins de 10 ans plus tard lors de la tragédie qui allait frapper le peuple acadien.

Notes :

  • Lors de son baptême et de son mariage, il est appelé Jean, mais Jean Baptiste à son décès, puis, 30 ans plus tard c'est par ce double prénom que le désigne son fils Cyprien. C'était visiblement son prénom d'usage.

Glossaire :
passementier : s. m. (Art. méchaniq.) ouvrier & marchand qui fait & vend des passemens ou dentelles. Les autres ouvrages que peut fabriquer le passementier sont des guipures, des campanes, des crespines, des houpes, des gances, des lacets, des tresses, des aiguillettes, des cordons de chapeaux, des boutons, des cordonnets, des rênes, des guides & autres ouvrages & marchandises semblables. (Diderot et d'Alembert)
tissotier : ancien nom du passementier
veloutier : celui qui fabrique du velours
guimpier : fabricant de fil d'or pour les rubans, galons...

Acadie Duon
https://tracesetpetitscailloux.over-blog.com/2021/10/e-comme.enigme-enfant-rebelle.html

F comme... Forêt - Traces et Petits Cailloux

Sat 6 Nov 2021 - 11:11

Parmi les toutes premières familles installées à Port Royal figure celle de Guillaume TRAHAN (mon sosa 2468, 2520, 9862). Alors que les origines françaises de bon nombre de pionniers restent floues et sujettes à controverses, on suit clairement la trace de Guillaume dès avant sa venue.

Il est l'un des sept enfants répertoriés de Nicolla TRAHAN et Renée DESLOGES, de Montreuil-Bellay (Indre et Loire). Il se marie1 à St Etienne de Chinon le 13 Juillet 1627 avec Françoise CORBINEAU (S 9863). Vers 1629 naît leur fille Jeanne, puis un autre enfant quelque temps après. Guillaume est maréchal de tranchant, c'est-à-dire qu'il fabrique toutes sortes d'outils tranchants: haches, couteaux, faux, serpettes, faucilles, ciseaux de menuisier, etc., et même des ustensiles de table, comme couteaux, fourchettes, cuillères...

Il mène une vie paisible auprès de ses parents, ses frères François et Nicolas, ses soeurs Renée, Anne et Lucrèce2, sa femme et ses enfants... Mais voilà qu'en 1635, il est (ainsi que quelques autres) condamné pour avoir défriché et coupé du bois dans la forêt de Bourgueil. Ces défrichages semblent avoir été habituels depuis une quarantaine d'années, il n'est visiblement pas le seul ni le premier, mais un coup d'arrêt est soudain donné par les autorités à cette pratique. Selon le jugement de la maîtrise de Chinon,

Les habitants des paroisses St Germain et St Nicolas de Bourgueil, le procureur joinct........ et en outre Messire Léonor d'Etampes......ordonne à trois religieux, deux écuyers, un garde marteau de la forêt de Bourgueil, Guillaume TRAHAN........et quelques autres personnes que ce qui a esté entrepris, usurpé et déffriché par lesdictz deffendeurs des appartenances et dépendances de ladicte fôretz de Bourgueil depuis 40 ans en ladicte conservée par les procès verbaux de visitation et d'arpentaige et prétendus baux à rente que nous avons déclaré nulz et de nul effect, sera réuny en l'avenir au corps de ladicte forêtz de Bourgueil.......faisant inhibition expresse ausdictz deffendeurs et tout aultres de deffricher abattre ne couper aucun bois ........ne changer la nature d'icelle à peine de 500 livres d'amende..... sont condamnés ..... le dict Duberlé en 50 livres d'amende ......le dict TRAHAN 20 livres d'amende et soixante dix livres pour la valleur et estymation du jeune bois qui estoit en deux arpents qu'il a fait arrachez dont partie a esté trouvée en sa maison et oultre en quarante livres pour les domaiges et intêretz.....".3

Condamné à payer un total de 130 livres (une très grosse somme!) pour avoir défriché deux arpents de forêt, Guillaume doit être furieux, sans compter que ce jugement le met probablement dans une situation financière délicate.

Or il se trouve que depuis 16324 le tourangeau Isaac de Razilly s'efforce de développer l'Acadie, avec le soutien de Samuel de Champlain et Richelieu. Et fin 1635, peu après les déboires judiciaires de Guillaume, de Razilly fait recruter dans la région paysans et artisans pour aller travailler dans la toute jeune colonie encore embryonnaire.

Plusieurs habitants de la région vont se décider à partir à l'aventure vers ce continent de tous les possibles. Il s'agit de quatre jeunes couples de laboureurs de Bourgueil, qui n'ont encore qu'un ou deux enfants, ainsi qu'une veuve et ses deux enfants. S'y ajoutent cinq laboureurs célibataires , et, venant de Chinon, un tonnelier, deux tailleurs d'habits, deux laboureurs et un savetier.

Après sa mésaventure au tribunal, on peut imaginer que Guillaume et sa femme n'ont pas hésité longtemps à aller se construire une nouvelle vie au-delà de l'océan, là où défricher ne serait plus interdit mais au contraire encouragé, et où les autorités seraient bien lointaines... Ils se joignent donc, avec leurs deux enfants d'environ 7 et 5 ans et un valet, au groupe qui descend la Loire début 1636 et rejoint un navire de 252 tonneaux, le St Jean, que Claude de RAZILLY (frère d'Isaac) a affrété pour le long voyage.

L'équipage est constitué essentiellement de matelots de la Rivière d'Auray, d'où vient également le capitaine, Pierre SAUVIC. Le navire fait d'abord voile vers Bayonne, où sont recrutés 8 charpentiers et un maître charpentier basques, ainsi que 3 matelots pour renforcer l'équipage.

Puis le Saint Jean remonte sur la Rochelle, où embarquent 4 saulniers plus un maître et sa femme "pour aller faire des marais en la Nouvelle France", ainsi que le reste des passagers : tout d'abord Nicolas Le Creux, lieutenant de de Razilly, avec sa femme, Anne Motin, ses beaux-frères et belle-soeur, une cousine, et une "fille de leur suite" (= servante?). Le Creux a également embauché des "hommes de travail" : divers laboureurs et un fendeur de bois de Dijon, un maître charpentier de moulin et deux autres charpentiers venus de Paris, 3 matelots supplémentaires, un charpentier de Saint-Malo, un maître cannonier de La Rochelle, un vigneron, un maître armurier et serrurier, un maître farinier, un maître jardinier... Embarquent également quelques autres, aux spécificités non détaillées.

Au total, ce sont donc 18 membres d'équipage et 78 passagers (dont 9 enfants) qui quittent La Rochelle le 1er avril 1636 pour le "Nouveau Monde", certains pour s'installer définitivement, d'autres juste pour remplir un engagement de quelques saisons...

Fin mai, après 2 mois de navigation, le Saint Jean jette enfin l'ancre devant la Hève, dans le sud de la péninsule acadienne. Les passagers apprennent alors qu'Isaac de Razilly est mort, et que Charles de Menou, sieur d'Aulnay, qui a pris la relève, souhaite transporter la colonie à Port Royal, sur la côte nord. En effet, à La Hève, les terres cultivables sont rares et pauvres, tandis qu'à Port Royal, les premiers défrichements effectués sont très prometteurs. Le navire va donc permettre de déménager la colonie.

Dès l'été, les gros travaux commencent : construction de 2 moulins (l'un à eau et l'autre à vent), de 5 pinasses, plusieurs chaloupes et 2 petits vaisseaux, 2 fermes, des habitations, granges, étables. On s'emploie à construire des digues et des marais salants... Nul doute que Guillaume a fort à faire à fabriquer les outils nécessaires outre ceux qui ont dû être apportés par le St Jean.

Lui qui, un an plus tôt, s'était fait sévèrement sanctionner pour avoir défriché deux arpents de forêt en France, doit se réjouir de voir ces étendues immenses d'arbres que l'on peut à loisir abattre pour construire bateaux, moulins et maisons...

Vu l'urgence de s'installer avant l'hiver, les premières maisons sont assez grossières, faites d'arbres non équarris, couvertes d'écorce de bouleau ou avec des roseaux. De l'argile mêlée de paille permet d'assurer l'étanchéité des murs. (Plus tard, la construction d'un moulin à scie permettra d'équarrir les arbres et de construire de façon plus raffinée.) Le bois permet également de fabriquer des meubles et de façonner bols, assiettes, cuillers... La forêt et ses ressources sont vitales pour la colonie naissante...

Comme il n'existe pas encore de chemins, les nouveaux colons creusent des embarcations dans des troncs d'arbre et se fabriquent des canots en écorce de bouleau, à l'instar des autochtones...
Il faut aussi rapidement labourer les terres défrichées et préparer les semences pour s'assurer l'autonomie l'année suivante... Bref, après des mois d'inaction depuis le départ de Bourgueuil, c'est l'effervescence dans la petite colonie...

Les années suivantes, tandis que les engagés peu à peu regagnent la France, les quelques familles venues s'installer définitivement s'enracinent dans le nouveau continent.

Vers 1643, Jeanne TRAHAN (ma sosa 4931), 14 ans, la fille de Guillaume venue de France sur le St Jean à l'âge d'environ 7 ans, épouse Jacob BOURGEOIS (S 4930), 22 ans, membre très actif de la colonie, arrivé en Acadie le 6 juillet 1641 sur le Saint-François en provenance de La Rochelle. Il est chirurgien, mais se fera aussi au fil du temps constructeur de navires, commerçant, interprète entre Français et Anglais, et cultivateur... Guillaume sera grand-père dès l'année suivante, et au total, le couple lui donnera 11 petits-enfants.

Le nom de Guillaume TRAHAN apparaît dans différents documents concernant l'histoire de Port Royal, et notamment le 16 août 1654, quand il signe la capitulation en tant que "syndic des habitants".

Françoise et lui n'ont apparemment pas d'autre enfant après leur arrivée en Acadie, mais Françoise est toujours en vie en 1649, puisque dans son testament, le 20 janvier 1649, Charles de Menou, gouverneur de l'Acadie, demande à sa femme de ne pas oublier la femme de Guillaume TRAHAN :

« … Je la suplye davoir soin de Laverdure de sa femme; elle noublira pas la femme Guillaume TRAHAN et le tout autant que nostre bon dieu luy donnera les moiens et des richesses»

En 1666, toutefois, Guillaume est devenu veuf, puisqu'il se remarie avec la jeune Madeleine, fille de Vincent BRUN et de Renée BREAU (ou BRAULT / BRODE), elle-même arrivée en Acadie à l'âge de 3 ans. Il est déjà âgé d'une soixantaine d'années, tandis que la jeune épousée n'a que 21 ans, un de moins que l'aînée des petits-enfants de Guillaume... Cette très grande différence d'âge ne les empêchera pas d'avoir 6 enfants, avant le décès de Guillaume vers 16845.

Guillaume aura donc vécu près de 50 ans en Acadie, entouré de ses chères forêts...

PS : j'ai choisi de centrer cet article sur mon ancêtre Guillaume TRAHAN (dont je descends trois fois, par ses deux épouses), mais la forêt n'était pas seulement une ressource en matériaux pour les Acadiens. Elle fut aussi pour eux à diverses occasions un refuge. Quand les Britanniques arrivaient par la mer pour faire des raids contre les Acadiens, allant dans certains cas jusqu'à tuer les bestiaux, détruire les récoltes et brûler les maisons, comme en septembre 1696 à Beaubassin, la population fuyait dans les bois, où les Anglais n'osaient pas pénétrer. Et plusieurs milliers d'Acadiens s'y cacheront à partir de 1755 pour fuir la déportation.

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Notes :

1 acte découvert par Jean Marie GERME. Par contre, son acte de naissance ne nous est pas parvenu, certains registres étant manquants au début du siècle à Montreuil Bellay. Il est sans doute né entre 1607 et 1609.
2 Si l'on a confirmation par leurs actes de mariage que les frères sont devenus adultes, je ne suis pas sûre du devenir des filles
3 cité par Geneviève Massignon dans sa thèse Les Parlers français d'Acadie - Sorbonne - 1962
4 29 mars1632 : traité de St Germain en Laye par lequel l'Angleterre rend la Nouvelle France dont elle s'était emparée en 1629
5 Madeleine, chargée de jeunes enfants à élever, se remariera très rapidement, avec Pierre BEZIER, dit La RIVIERE, et aura avec lui une petite fille, Suzanne (âgée de 5 mois lors du recensement de 1686). Ce second mari sera lui aussi nettement plus âgé qu'elle, puisqu'il décèdera en 1706, à l'âge annoncé de "90 ans"! même si cette estimation est sans doute excessive, il devait être pour le moins sexagénaire lors de son mariage avec Madeleine, tandis qu'elle avait tout juste la quarantaine.

Acadie Guillaume-Trahan
https://tracesetpetitscailloux.over-blog.com/2021/10/f-comme.foret.html

Que fait la police ? Le pouvoir d’influence insoupçonné de la typographie

Fri 5 Nov 2021 - 16:40

Que fait la police ? Le pouvoir d’influence insoupçonné de la typographie
4 novembre 2021, par Joan Le Goff - The conversation - licence Creative Commons

Dans leur essai Mille plateaux publié en 1980, les philosophes français Gilles Deleuze et Félix Guattari montrent, de façon didactique, comment un langage apparemment creux peut, s’il s’insère dans des agencements complexes où les signes font sens, transformer les êtres.

L’appareillage conceptuel qu’ils élaborent offre ainsi une clé de compréhension de la manière dont la normalisation managériale se diffuse : leurs « mots d’ordre » forment le fil théorique qui permet d’échapper au labyrinthe qu’arpentent quotidiennement consommateurs fidèles et managers disciplinés, dédale hanté d’injonctions contradictoires, de simulacres, d’incitations hors d’atteinte et de discours soumis à un savant cryptage technique.

Sans autre objet qu’eux-mêmes et leur propre performativité, ils constituent l’instrument redoutablement efficace de la managérialisation de la société. L’ordre est contenu dans la règle (la mise en forme), et non dans le discours (l’information).

Les deux philosophes illustrent leur raisonnement avec les communiqués de la police, dont la vraisemblance importe peu et où seul compte ce qui doit être retenu. À ce stade, un autre exemple tout aussi parlant semble pouvoir être mobilisé : la police des communiqués, qui fait l’objet de nos dernières recherches.

La typographie, une histoire politique

La typographie peut être identifiée comme la voix du texte, la manière dont il est entendu quand il est lu. L’histoire de la création, de la diffusion et, le cas échéant, de la disparition des caractères d’imprimerie est une chronique culturelle où se croisent politique, religion, arts et sciences, suicides et rivalités amoureuses.

Les extravagances (parfois meurtrières) des États sont connues : on sait comment l’Allemagne hitlérienne a imposé l’impression des livres et affiches en caractères gothiques, seul lettrage susceptible d’exprimer la pureté de la Nation, à l’inverse des caractères romains « dégénérés » (Mussolini ne partageait pas cet avis), allant jusqu’à arrêter Paul Renner après une conférence où ce typographe fit l’éloge des polices romaines.

En 1941, de façon tout aussi nuancée, le Reich interdira le gothique (qualifié de « judaïque », mais dont on s’est surtout aperçu qu’il était incompréhensible pour les habitants des pays occupés) et imposera l’utilisation de Futura, caractère romain inventé par Paul Renner lui-même en 1927.

En 1969, la plaque commémorative laissée sur la lune par les Américains est gravée en Futura, sans doute jugée plus lisible pour des yeux extraterrestres que Fraktur ou tout autre caractère gothique apprécié des quotidiens sérieux (du New York Times au Monde) et des tatoueurs modernes.

Le grand bazar typographique du management

Quel rapport avec la gestion et le monde de l’entreprise ? Les polices de caractères soulèvent des enjeux tout aussi passionnés pour le management contemporain, comme en témoignent de nombreux faits divers : par exemple, le « verdanagate » (pétitions, éditoriaux, polémique, excuses, etc.) que suscita en 2009 le changement par Ikea de sa police traditionnelle (une variante de Futura, utilisée depuis 50 ans) pour adopter Verdana, considérée plus adaptée au web et plus lisible sur petits écrans.

L’année suivante, c’est l’humiliation de l’État français qui dévoile le logo de son agence chargée de la protection des droits sur Internet et, donc, de la lutte contre la fraude (Hadopi), magnifiquement conçu avec la police Bienvenue, dont tout le monde (sauf Hadopi, visiblement…) savait qu’elle a été créée par le typographe Jean-François Porchez par et pour France Télécom, avec un contrat d’exclusivité.

En 2014, une controverse surgit à propos de la consommation d’encre lors d’impressions de documents et des économies que le gouvernement américain pourrait réaliser en utilisant Garamond ; ce sont ensuite des cabinets de conseils qui, pour optimiser le recrutement, proposent de l’analyse psychologique fondée sur la dissection des choix typographiques des curriculum vitæ des candidats.

Tout cela ne concerne que marginalement notre propos, même si la normalisation managériale resurgit toujours : certaines entreprises américaines imposent Verdana (une police « neutre », conçue par Matthew Carter pour Microsoft en 1996) pour éviter qu’un employé tente d’éblouir le patron avec une police atypique.

L’enjeu porte au-delà de ces usages plus ou moins adroits et renvoie directement à ce que permet la règle indépendamment des mots, pour reprendre la logique de Deleuze et Guattari. Une police de caractères dispose d’un pouvoir d’influence sur les comportements individuels qui est absolument indépendant des phrases et messages qu’elle contribue à mettre en forme. Pour le dire autrement, les choix typographiques contiennent la consigne à laquelle le destinataire va obéir.

L’incomparable efficacité d’Helvetica

En 1957, des typographes de la fonderie Haas créent une nouvelle police, Neue Haas Grotesk, qui va permettre d’illustrer ce pouvoir de la mise en forme du lettrage. Sous son nom commercial (Helvetica), elle devient l’une des polices de caractères les plus utilisées au monde, désormais incontournable.

Helvetica a rapidement séduit pour ses qualités objectives – équilibre, clarté, lisibilité, neutralité – qui en ont fait la police privilégiée des entreprises : American Airlines, 3M, Bell, BMW, Jeep, Lufthansa, Kawasaki, Agfa, BASF, Manpower, Caterpillar, Intel, Nestlé, Évian, Tupperware, Saab et de nombreuses autres marques vont habiller leur identité visuelle avec elle. Mais, pour les mêmes raisons, Helvetica est devenue la police des États et des administrations, pullulant sur l’affichage urbain, les formulaires fiscaux, les panneaux d’interdiction, les avertissements de sécurité, la signalétique aéroportuaire, les plans de réseaux de transport, les logos institutionnels. Sa prolifération et son apparente impartialité ont achevé de lui conférer une vertu absolue : l’autorité.

La police utilisée par le ministère de la Culture et les Nations unies, celle qui nous indique les toilettes et les sorties de secours est devenue un symbole de l’efficacité pour administrer les hommes, c’est-à-dire non pas surveiller des identités mais provoquer des conduites. Lorsqu’un message apparaît en Helvetica, le passant sait qu’il doit s’y soumettre ; plus précisément, il le sent, sans même réfléchir, car la voix qui se soucie de sa sécurité (« cédez le passage »), qui lui donne des consignes formelles (« interdit au public ») est une voix qui peut punir si on ne lui obéit pas (amende, emprisonnement ou toute autre sanction).

Cette puissance résulte de la fusion de la légitimité du droit et de l’efficacité managériale. Peu importe alors ce qu’on écrit et même si cela est lu : l’obéissance est acquise.

Pour les entreprises, ce pouvoir de la typographie constitue un atout magistral : le contenu est indifférent, la consigne sera transmise par la police et suivie à la lettre par les employés ou les clients. Diverses expériences menées en marketing ont montré qu’en changeant simplement la police de caractères sur une affiche (sans modifier produit, prix et argumentaire), les consommateurs pouvaient juger ce produit moins cher, plus propre ou plus à la mode. Sur la devanture d’un magasin, le panneau « entrée libre » provoque plus de trafic s’il est rédigé en Helvetica.

Un levier stratégique

La manière dont Helvetica peut faire naître des conduites a été illustrée de façon concrète par un affrontement commercial dans lequel une victoire juridique est demeurée sans effet.

Sous la férule de Steve Jobs, l’apparition des premiers ordinateurs Apple a apporté de multiples changements majeurs pour l’informatique, notamment sur la manière même de concevoir l’interface avec l’utilisateur (les icônes, la souris, etc.). Parmi ces innovations figure le fait que les Macintosh offraient une large palette de choix de polices de caractères (Geneva, New York, Chicago, etc.), ce qui ne s’était encore jamais vu – la typographie passait pour la première fois aux mains de non-initiés.

La sensibilité de Steve Jobs sur cette question est notoire, ainsi que son érudition – il avait ainsi délibérément refusé que la police du système d’exploitation initial soit Helvetica, qui incarnait à ses yeux la guerre du Vietnam (car les entreprises finançant l’effort militaire l’employaient toutes).

Le système d’exploitation d’Apple utilise donc Lucida Grande comme police de base jusqu’à la naissance d’une nouvelle révolution Apple, l’iPhone, pour lequel la police principale a été modifiée, remplacée de façon inattendue par Helvetica. Cette décision a été prise avec l’assentiment de Steve Jobs.

Orange bénéficiera d’un contrat de distribution exclusive, garantissant au distributeur de téléphonie un chiffre d’affaires record. Ses concurrents ont contesté devant la justice l’accord d’exclusivité, avec succès. Pour autant, de façon incompréhensible pour Bouygues et SFR, leurs ventes sont restées très en deçà de celles de leur rival : sur l’écran de leur iPhone, les consommateurs voulaient le logo d’Orange et rien d’autre – ils ne le savaient pas, ne l’exprimaient pas, mais seule cette option leur apportait satisfaction.

Il s’avère que le logo d’Orange est dessiné en Helvetica maigre sur fond noir (comme la police système d’Apple) et qu’il était le seul à ne pas rompre l’esthétique d’un téléphone acheté d’abord et avant tout dans une logique d’ostentation. Helvetica criait à tous « achetez un iPhone chez Orange et nulle part ailleurs ! ». Dont acte, puisqu’en 2010, 60 % des utilisateurs d’iPhone étaient clients d’Orange.

L’ordre vient avant le langage, il est dans la règle de grammaire ; le message vient avant le texte, il est dans le choix de la police de caractères, qui charrie son histoire, son origine, ses usages et tous les messages antérieurs. La règle de grammaire dicte la conduite, la police gouverne le comportement de l’employé, du consommateur, du lecteur. Mais aussi celui de l’électeur : il faudra s’en souvenir dans les mois qui viennent, quand la campagne présidentielle couvrira les murs de nos villes d’affiches aux polices variées.

communication font police
https://theconversation.com/que-fait-la-police-le-pouvoir-dinfluence-insoupconne-de-la-typographie-170648

Did Macron win the Brexit fish war? | The Spectator

Fri 5 Nov 2021 - 15:59

Who is winning the fish war? Will gentlemen in England still a-bed think themselves accursed they were not there?

This morning, the war looked rather, forgive me, fishy. France has suspended until Thursday its threats to disrupt the Channel Tunnel. Boris declared he would make no concessions. His bellicose promise came immediately after the UK and Channel Islands handed the French 100 more fishing permits.

Maybe it will hot up. Maybe not. French-bashing is flourishing at least. Jacob Rees-Mogg has pronounced the French to be always grumpy in October, the anniversary of Agincourt and Trafalgar. And he’s being predictably reflected in Brit-bashing from Paris, dragging out the Marquis de Ximenès’s complaint about perfidious Albion.

Is this it? In the lengthy history of Anglo-French naval engagements, this one has been a disappointment. Not a shot fired. Even the Russians did better than the French, sinking much of the North Sea fishing fleet in 1905 (albeit by accident).

Instead, all we have is a promise that negotiations will continue. Perhaps the negotiators need more time to craft a text allowing each side to declare victory with a straight face.

Whether Boris Johnson can get away with declaring a win, Macron having already won 45 more permits for the Breton scallop men and 50 more for their colleagues in Boulogne, I cannot say. Probably. It’s odd that anyone should really care. Fishing is very many decimal places away from being economically significant in the UK.

But from the southern side of the channel, Macron looks as if he’s done well. Tantrum diplomacy has worked well for him. Politically, it could hardly have been better timed for the president. A tough election looming, this allows him to claim credit not just for saving the Breton scallop men but to claim extra points for putting the United Kingdom in its place, which is never a vote-loser here.

A few weeks ago, Macron was looking battered and bruised. Humiliated by the Anglo-Saxons over submarines. Furious with the Swiss who had rejected his Rafale fighter jets. Angry with Britain over Northern Ireland. Rowing with Algeria over colonialism.

Now the French president appears seigneur over all he surveils. He’s about to assume the presidency of the European Council, where he will be capable of endless mischief. There’s a new bounce to his step, evident in the photos of him in Rome and Glasgow. At the G20 in Rome, Biden groveled to him, claiming he’d known nothing about the Aukus submarine deal. Scott Morrison, the prime minister of Australia, was collaterally humiliated, accused by Macron of being a liar.

By the time the circus arrived in Glasgow, Boris had apparently caved and the new fishing permits were being granted. Macron said he wouldn’t close the Channel Tunnel to search every lorry for ham sandwiches. We’re at status quo ante. The French and the rest can fish British waters much as they did before Brexit, and British boats can land their catches in France. The French will probably release the seized British trawler (the British-registered, Belgian-built Cornelis Gert Jan, owned by Canadians and captained by an Irishman). The UK will not take France to court, or impose ‘rigorous controls’ on EU (i.e. French) fishing boats, not that this was ever likely since the Royal Navy has barely a skeletal fisheries protection capability. Macron won’t turn off the electricity connectors. The EU will heave a sigh of relief.

Jean-Francis Pécresse, a quintessentially establishment French journalist, writing this week in Les Échos, the French business daily, says the dispute has been entirely the fault of Albion, ‘with all the perfidy of which she is capable.’ The UK is no longer a member of the EU yet continues to be a troublemaker, he complains. ‘This cannot go on any longer, when the Union already has enough to do with its eastern flank.’

Meanwhile from London the Sun declared Macron’s, ‘Le surrender,’ Laura Kuenssberg tweeted that the French have ‘stepped back,’ the Mail reported ministers ‘hailing victory’ and the Express declared, ‘Win for Boris! Macron BACKS DOWN in fishing row – changes deadline after Truss masterstroke.’

Perhaps a clearer picture of who won and who lost the Fish war might emerge in days to come. Perhaps the current truce will hold. Perhaps not. It seems from here Macron’s got what he wanted. Winner? Losers? It’s not necessarily in the interest of anyone to clarify the point. The jingoistic media are entirely predictable and it is simply more convenient to let everyone claim victory and tuck in to a nourishing plate of Coquilles Saint-Jacques, prepared with a dash of olive oil, garlic, a splash of Grenache and a pinch of spices.

Written by Jonathan Miller

Brexit Britain pêche
https://www.spectator.co.uk/article/has-macron-won-the-brexit-fish-war-

D comme... Défricheurs d'eau - Traces et Petits Cailloux

Thu 4 Nov 2021 - 13:58

Ma lettre A aurait pu être pour Aboîteaux, car qui dit Acadiens dit Aboîteaux...

A leur arrivée sur les côtes de la Baie Française (aujourd'hui Baie de Fundy) , les futurs colons, outre les immenses forêts canadiennes, découvrirent des marées impressionnantes (celles de Fundy sont les plus hautes du monde : leur marnage* peut atteindre jusqu'à 16 m), qui avaient formé de nombreux marais.

Grâce à l'ingénieux système des aboîteaux qu'ils mirent au point et à un labeur méthodique et harassant, ils allaient mettre ces espaces en valeur. Un aboîteau est une sorte de digue astucieuse, dont le clapet permet à la fois d'empêcher la mer d'envahir les terres à marée haute, et de les laver peu à peu de leur sel, grâce à l'écoulement à marée basse des eaux pluviales ou provenant de la fonte des neiges. C'est une spécifité acadienne.

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15337623Source Wikimedia Commons

Certes, il fallait attendre deux à trois ans avant de pouvoir cultiver ces terres gagnées sur la mer, mais ensuite, le rendement était magnifique, nettement supérieur à celui obtenu en défrichant la forêt. C'était la puissance des marées qui créait la fertilité de ces terres inondables, car les courants profonds et rapides de la baie, qui peuvent attendre 13 kms/h, drainent et déposent deux fois par jour des quantités formidables de sédiments.

Par ailleurs, une végétation spécifique - avec des plantes halophytes** comme la spartine - poussait sur l'estran et servait de fourrage aux bêtes avant même que les terres ne deviennent cultivables.

La technique des aboîteaux fit des Acadiens des "défricheurs d'eau" et contribua à façonner leur identité collective. En effet, la construction des digues puis leur entretien face aux coups de boutoir des grandes marées et des glaces hivernales, exigeaient un travail colossal et donc imposait la solidarité et la coopération de tous. Cela tissait des liens étroits dans les communautés, où l'on travaillait ensemble entre voisins et toutes générations confondues. Même le gouverneur de l’Acadie, Charles Menou d’Aulnay, participait à la mise en valeur des marais. Ainsi, trois jours avant de se noyer dans le retournement de son canoë à Port Royal, en mai 1650, il était lui aussi occupé à "poser des piquets, tracer les lignes et tendre les cordeaux pour faire un nouvel assèchement de terre, pendant même qu’il pleuvait averse sur lui "...

Après quelques décennies, le succès de ce type d'agriculture et l'expansion démographique de la petite colonie de Port Royal amenèrent les plus dynamiques habitants de la région à rechercher de nouveaux espaces. C'est ainsi que vers 1672, Jacob BOURGEOIS (sosa 4930), quinquagénaire déjà bien établi à Port-Royal, alla avec certains de ses fils et ses gendres fonder un nouvel établissement dans l'isthme de Chinectou, au fond de la baie de Fundy; exactement sur la frontière actuelle du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Très vite, la fusion de la petite colonie de Jacob avec celle, voisine, du seigneur de la Vallière, constitua l'établissement de Beaubassin qui atteindrait les 3 000 habitants huit décennies plus tard.. Peu après, vers 1675, Pierre TERRIOT, Claude LANDRY, Antoine LANDRY et René LEBLANC (Sosa 2464) allèrent s'installer à la rivière Habitants dans la région des Mines, et en 1682, d'autres familles fondèrent Grand Pré.

Les terres gagnées sur la mer allaient rapidement faire la richesse de ces nouveaux établissements, et dès le début du XVIII° siècle, la région des Mines était la plus peuplée d'Acadie, et Grand-Pré devenu "le grenier de l'Acadie" exportait céréales et autres denrées vers Port Royal et jusqu'en Nouvelle Angleterre.

Les aboîteaux étaient si connus pour être essentiels à la richesse de ces communautés qu'en 1704, lors d'un raid britannique sur la région depuis le Massachussets, les 550 assaillants, non contents de faire des prisonniers, tuer du bétail et incendier des maisons, détruisirent les digues de Grand-Pré, laissant la mer envahir les terres et détruire les cultures. Résilients et obstinés, les Acadiens reconstruisirent leurs aboîteaux patiemment...

Notes :

  • Le marnage est la différence de hauteur d'eau entre le niveau de la marée haute et celui de la basse mer qui la suit ou la précède

** plantes halophytes : plantes adaptées aux milieux salés

aboiteaux Acadie Généalogie
https://tracesetpetitscailloux.over-blog.com/2021/10/d-comme.defricheurs-d-eau.html

C comme... Commençons par le commencement... - Traces et Petits Cailloux

Thu 4 Nov 2021 - 12:13

Un arrêt de la Cour de janvier 1767 imposa donc de reconstituer pour chaque chef de famille acadien installé à Belle Isle "la généalogie aussi exacte et étendue qu'il sera possible de ses pères et mères, du lieu de leurs naissances, de leurs mariages, et de la naissances de leurs enfants, des morts de leurs parents en ligne directe, ascendant et descendant, et en collatérale", et ceci "autant qu'ils pourront s'en souvenir", et en comptant sur l'aide des autres acadiens et de leur représentant, l'abbé LE LOUTRE. Sans doute y avait-il d'ailleurs dans le groupe de réfugiés quelque "défricheteux de parenté", comme les appelle Antonine MAILLET, chargé d'entretenir et transmettre la mémoire collective. Ces déclarations n'étaient pas une mince affaire, puisqu'il s'agissait de compenser grâce à la mémoire orale près d'un siècle et demi de registres paroissiaux perdus.

Carte de Port-Royal - 1708Carte de Port-Royal - 1708

Et c'est ainsi que, le 5 février 1767, "Honoré Le Blanc, acadien demeurant actuellement en cette île au village de Bordustard, paroisse Saint Gerand du Palais" se rend à la convocation des autorités et déclare en présence des témoins "être issu de Daniel LE BLANC son aïeul sorti de France avec sa seconde femme, et Marie Le Blanc, sa fille de son premier mariage et morte sans enfant, et passés tous les trois au Port Royal, chef lieu de l'Acadie, après le traité de Breda du 31 juillet 1661*. " , avant de dérouler la généalogie complète de Daniel et Françoise, la liste de leurs enfants, petits enfants, etc...

Le lendemain, 6 février, c'est au tour d' "Honoré, Olivier et Paul DAIGRE, frères demeurant au village de Chubiguer paroisse du Palais" de faire leur déclaration. Honoré indique "être né à la Rivière aux Canards, paroisse Saint Joseph, le six janvier mil sept cent vingt six, d'Olivier DAIGRE né au Port Royal en 1703 et décédé à Falmouth le 8 décembre 1756 [qui] était fils d'Olivier DAIGRE et de Jeanne BLANCHARD, tous deux décédés au Port Royal; Olivier DAIGRE issu de Jean DAIGRE venu de France, marié au Port Royal à Marie GAUDETet tous deux morts au dit lieu". S'ensuit toute la généalogie descendante de Jean et Marie.

Puis, "le 23 février 1767 a comparu Cyprien DUON, métayer acadien, demeurant au village de Calastrène paroisse de Bangor, lequel [...] a déclaré être né au Port Royal le premier avril 1729 de Jean Baptise DUON sorti de la ville de Lyon en France et marié au dit Port Royal à Agnès HEBERT fille d'Antoine HEBERT et de Jeanne CORPORON, ledit DUON mort au dit lieu. Du mariage de Jean Baptiste DUON et d'Agnès HEBERT sont nés au dit Port Royal..."

Un régal bien sûr pour la généalogiste en herbe que j'étais, même s'il y a quelques erreurs dans ces longues déclarations. Ainsi, le traité de Bréda fut signé le 31 juillet 1667 (et non 1661), par l'Angleterre, la République des Provinces Unies, la France et le Danemark. Curieusement, les déclarants acadiens de 1767 avaient bien retenu le jour et le mois, mais se trompaient sur l'année. Ce traité qui avait rendu l'Acadie à la France (mais sans que soient clairement précisés quels territoires étaient concernés, ce qui était le germe de futurs nouveaux conflits) avait visiblement marqué les esprits. Mais l'Acadie n'ayant cessé de faire des aller retours entre la France et l'Angleterre pendant plusieurs décennies, on peut comprendre les confusions de dates lors de la transmission orale un siècle plus tard.

Par ailleurs, on sait par le recensement de 1671 et par la suite même de la déclaration d'Honoré à Belle Isle ce jour-là que Daniel LEBLANC était déjà arrivé en Acadie en 1650, puisque c'est l'époque à laquelle il épouse Françoise GAUDET à Port Royal, et que plusieurs enfants du couple y naissent dès 1651 : " d'iceux Daniel Le Blanc et sa femme, sont nés René Le Blanc, Jacques Le Blanc, Antoine Le Blanc, Pierre Le Blanc, au dit Port Royal, et de Daniel Le Blanc et femme est aussi né André Le Blanc" .

Mais pour l'essentiel, les déclarations belliloises de 1767 sont une source précieuse et émouvante.

Une autre source très riche pour reconstituer une grande partie de la population du berceau de l'Acadie est le recensement effectué fin 1670-début 1671 à Port Royal, à la demande du gouverneur GRANDFONTAINE, et à destination de Jean-Baptiste COLBERT, contrôleur général des finances de France de Louis XIV.

On trouve en effet dans ce recensement la quasi totalité des patronymes acadiens, dont une bonne part concerne mes ancêtres directs, tels :

AUCOIN BAYOL BLANCHARD
BOUDROT / BOUDREAU
BOURC / BOURG / BOURQUE
BOURGEOIS
BRUN BRAUD/ BRODE
CHEBRAT COLLESON
COMEAU CORPORON / CORBERON
DAIGRE / DAIGLE
GOUGEON GRANGER
GAUDET / GODET
GAUTIER HEBERT LAMBERT
LANDRY LEBLANC LEJEUNE
RAU SAVOIE / SCAVOIS
TERRIAU / TERRIOT / THERIOT / THERIAULT
TRAHAN

il faudra ajouter à mes sosa (LE)PRINCE et DUON / DUHON, arrivés plus tard.
en italique : ceux qui ne se sont pas transmis car portés uniquement par des pionnières.

Par ces patronymes pionniers, je cousine avec pratiquement tous les acadiens de par le monde...:)

Recensement de Port-Royal - 1671 - mes Sosa :

Chirurgien - Jacob BOURGEOIS (S 4930) agé de 50 ans, sa femme Jeanne TRAHAN (S 4931) âgée de 40 ans, leurs enfans 10, deux de mariés, un garçon et une fille, Jeanne, âgée de 27 ans, Charles 25, Germain 21, Marie 19, Guillaume 16, Marguerite 13, Françoise 12, Anne (S 2465)10, Marie 7 ans, Jeanne 4 ans.
Leurs terres Labourables et en valeur en deux endroits : environ 20 arpents plus ou moins. Leurs bestiaux a cornes 33, Leurs brebis 24

Laboureur - Jean GAUDET (S 5002, 5050, 9858, 9918, 10 046 et 10 052) âgé de 96 ans (sic!), sa femme Nicole COLLESON âgée de 64 ans. Leur enfant Jean âgé de 18 ans
(NB : je descends 6 fois de Jean, aux 13° et 14° générations! par sa première épouse, dont l'identité est inconnue. Il a d'ailleurs tant de descendants qu'il a pu être surnommé "l'Abraham de l'Acadie"par le Père Archange Godbout, généalogiste québécois)
Leur terre en labour : trois arpents en deux places. Leurs bêtes à cornes 6 piéces. Leurs brebis, 3 piéces.

Laboureur - Denis GAUDET (S 5026) âgé de 46 ans, sa femme Martine GAUTIER (S 5027) âgée de 52 ans, Leurs enfants 5, et 2 de mariés. La première Anne Gaudet âgée de 25 ans, La seconde Marie (S 2513) âgée de 21 ans, Pierre âgé de 20 ans, Pierre âgé de 27 ans, Marie âgée de 14 ans, tous 5 sans métier excepté laboureurs.
Leur terre en valeur: 6 arpents. Leurs bêtes à cornes: 9 piéces. 13 brebis tant petites que grandes.

Marie GAUDET (S 2501, 2525, 4959, 5023) Veuve de Etienne HEBERT ( S 2500, 2524, 4958, 5022) âgée de 38 ans, ses enfants 10; 2 de mariées : Marie âgée de 20 ans, Marguerite âgée de 19 ans, Les autres a marier, Emmanuel âgé de 17 ans, Etienne âgé de 17 ans, Jean âgé de 13 ans, Françoise 10 ans, Catherine 9, Martine 6 ans, Michel 5 ans, Antoine 1 an.
Ses terres en labour :2 arpents, bêtes a cornes 4, et 5 paires de brebis

Laboureur - Olivier DAIGRE ( S 2512) âgé de 28 ans, sa femme Marie GAUDET (l'aînée) (S 2513), âgée de 20 ans,. Leurs enfants 3: Jean âgé de 4 ans, Jacques 2 ans, Bernard 1 an
Leurs terres en Labour deux arpents, bêtes à cornes 6 paires et 6 brebis.

Laboureur - Jean BLANCHARD (S 5028) âgé de 60 ans, sa femme Radegonde LAMBERT (S 5029) âgée de 42 ans, Leurs enfants 6, 3 de mariés : Martin Blanchard âgé de 24 ans, Magdeleine Blanchard âgée de 28 ans, Anne âgée de 26 ans
Les non mariés : Guillaume (S 2514) âgé de 21 ans, Bernard âgé de 18 ans, Marie âgée de 15 ans
Leurs terres en labour : 5 arpents. Leurs bestiaux à cornes : 12, et brebis 9

Laboureur - Jean TERRIAU (S 4948, 5012, 5036) âgé de 70 ans, sa femme Perrine RAU âgée de 60 ans. Leurs enfans 7. Ceux qui sont mariés, Claude Terriau, âgé de 34 ans, Jean âgé de 32 ans, Bonaventure (S 2474, 2506, 2518) âgé de 30 ans, Germain 25 ans, Jeanne âgée de 27 ans, Catherine âgée de 21 ans, Le non marié Pierre âgé de 16 ans
Leurs bestiaux a cornes 6, et 1 brebis; terres labourables 5 arpents.

Laboureur - François SCAVOIS (S 5006) âgé de 50 ans, sa femme Catherine LEJEUNE (S 5007) âgée de 38 ans. Leurs enfants 9, 1 fille de mariée, Françoise (S 2503) âgée de 18 ans, Les non mariés, Germain âgé de 17 ans, Marie âgée de 14 ans, Jeanne âgée de 13 ans, Catherine âgée de 9 ans, François 8, Barnabé âgé de six ans, Andrée âgée de 4 ans, Marie âgée d'1 an 1/2
bestiaux a cornes 4 piéces, terres labourables 6 arpents

Laboureur - Jean CORPORON (S 2502) âgé de 25 ans, sa femme Françoise SCAVOIS (S 2503) âgée de 18 ans, Leurs enfants : 1 fille de 6 semaines qui n'a point encore esté nommée sur les Sts fonds
On remarque que ce tout jeune couple a encore peu de moyens; Jean est arrivé depuis peu en Acadie
bête a cornes :1 vache, et 1 brebis, point de terre labourable

Laboureur - Vincent BRUN (S 4938, 5042) âgé de soixante ans, sa femme Renée BRODE (S 4939, 5043) âgée de 55 ans, Leurs enfants 5 tant mariés que non mariés, 3 de mariés, Magdeleine BRUN (S 2469, 2521) âgée de 25 ans, Andrée âgée de 24 ans, Françoise âgée de 18 ans, Les non mariés : Bastien âgé de 15 ans, Marie âgée de 12 ans
Leurs bêtes à cornes 10 piéces et 4 brebis, terre labourable 5 arpents

Maréchal - Guillaume TRAHAN (S 2468, 2520, 9862) âgé de 60 ans ou environ, sa femme Magdeleine BRUN ( S 2469, 2521) âgée de 25 ans, Leurs enfants 3. Guillaume (S 1234) âgé de quatre ans, Jean Charles (S 1260) âgé de 3 ans, Alexandre âgé d'1 an
Leurs bestiaux à cornes 8, et 10 brebis, Leurs terres en labour: 5 arpents

Laboureur - Bonaventure TERRIAU (S 2474, 2506, 2518) âgé de 27 ans, sa femme Jeanne BOUDROT (S 2475, 2507, 2519) âgée de 26 ans. Leurs enfants : 1 fille Marie 4 ans
Leurs bêtes à cornes 6 piéces, et 6 brebis, Leurs terres en labour : 2 arpents

Laboureur - Michel BOUDROT (S 4950, 5014, 5038, 5044) âgé de 71 ans, sa femme Michelle AUCOIN (S 4951, 5015, 5039, 5045) âgée de 53 ans. Leurs enfants : 11, 3 de mariés, Françoise âgée de 29 ans, Jeanne (S 2475, 2507, 2519) âgée de 26 ans, Marguerite âgée de 20 ans, Les non mariés Charles (S 2522) âgé de 22 ans, Marie âgée de 18 ans, Jean âgé de 16 ans, Abraham âgé de 14 ans. Michel âgé de 12 ans, Olivier âgé de 10 ans, Claude âgé de 8 ans, François âgé de 5 ans
Leurs bêtes à cornes 20 et 12 brebis, Leurs terres labourables 8 arpents

Laboureur - Antoine BOURC (S 5046) âgé de 62 ans, sa femme Antoinette LANDRY (S 5047) âgée de 53 ans, Leurs enfants, 11, 4 de mariés dont s'ensuivent les noms: Marie âgée de 26 ans, Francois âgé de 27 ans, Jean âgé de 24 ans, Bernard âgé de 22 ans. Les non mariés : Martin âgé de 21 ans, Jeanne âgée de 18 ans, Renée (S 2523) âgée de 16 ans, Huguette âgée de 14 ans, Jeanne 12 ans, Abraham âgé de 9 ans, Marguerite 4 ans
Leurs bêtes à cornes 12, et 8 brebis. Leurs terres labourables, 4 arpents

Matelot - Laurent GRANGER (S 2516) âgé de 34 ans, sa femme Marie LANDRY (S 2517) âgée de 24 ans. Leurs enfants 2, Marguerite âgée de 3 ans, Pierre âgé de 9 mois
Leurs bêtes à cornes 5, et 6 brebis. Leurs terres labourables 4 arpents

Laboureur - Daniel LEBLANC (S 4928) âgé de 45 ans, sa femme Françoise GAUDET (S 4929) âgée de 48 ans. Leurs enfants, 7, 1 fille de mariée Françoise âgée de 18 ans, Les non mariés, Jacques âgé de 20 ans, Etienne âgé de 15 ans, René (S 2464) âgé de 14 ans, André âgé de 12 ans, Antoine âgé de 9 ans, Pierre âgé de 7 ans
Leurs bestiaux à cornes 18, et brebis 26. Leurs terres en Labour 10 arpents en 2 places.

Laboureur - Antoine GOUGEON (S 5030) âgé de 45 ans, sa femme Jeanne CHEBRAT (S 5031) âgée de 45 ans, 1 enfant : Huguette (S 2515) âgée de 14 ans
Leurs bestiaux à cornes 20 piéces, et 17 brebis. Leurs terres labourables et en Labour 10 arpents

Tonnelier - Pierre COMMEAU (S 2526, 4954, 5018) âgé de 75 ans, sa femme Rose BAYOL (S 2527, 4955, 5019) âgée de 40 ans, leurs enfants 9, 1 de marié, Etienne, âgé de 21 ans, les non mariés, Pierre Commeau âgé de 18 ans. Françoise âgée de 15 ans, Jean âgé de 14 ans, Pierre âgé de 13 ans, Antoine âgé de 10 ans, Jeanne (S 1263) âgée de 9 ans, Marie (S 2477, 2509) âgée de 7 ans, Jean âgé de 6 ans
Leurs bêtes à cornes, 16 piéces et 22 . Leurs terres labourables 6 arpents

Laboureur - René LANDRY l'aîné (S 5034) âgé de 53 ans, sa femme Perrine BOURC (S 5035) âgée de 45 ans. Leurs enfans 7, 4 de mariés, à savoir Henriette PELLETRET (d'un premier mariage de Perrine) âgée de 30 ans, Jeanne âgée de 28 ans, Marie âgée de 25 ans, Marie (S 2517) âgée de 23 ans. Les non mariés : Magdeleine âgée de 15 ans, Pierre âgé de 13 ans, Claude âgé de 8 ans
Leurs bestiaux à cornes 10, et 6 brebis. Leurs terres en labour 12 arpents en 2 places

Un chirurgien (à l'époque, une sorte de barbier amélioré, capable de faire certains soins), un maréchal ferrant, un tonnelier, un matelot (mais qui cultivait la terre et avait vaches et brebis), et une majorité de laboureurs : voilà donc en 1671 mes ancêtres acadiens établis à Port Royal.
La colonie comptait également un tisserand ("texier"), deux armuriers, trois autres tonneliers, un maçon, un taillandier, deux charpentiers, un tailleur, et quelques autres laboureurs...Toute une communauté rurale apte à vivre en grande partie de ses propres ressources...

Tout en me réjouissant de cet "inventaire" si précieux, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée émue pour le cordelier Laurent MOLINS, passant de ferme en ferme le long de la rivière au Dauphin dans son habit de gros drap gris, en plein hiver, dans la neige, pour questionner les habitants, sans doute accueilli dans mainte maison avec une boisson chaude et de la bienveillance, mais parfois vertement éconduit, comme chez le tailleur Pierre MELANSON, qui "a refusé de donner son âge et le nombre de ses bestiaux et terres, et sa femme [lui] a répondu [s'il était] fou de courir les rues pour des choses de même (= pareilles)", ou Etienne ROBICHAUT, qui "ne [l]'a pas voulu voir. Il a sorti de chez lui et a dit a sa femme qu'elle [lui] dise qu'il ne [lui] voulait point donner le compte de ses bestiaux et terres", ou encore le tonnelier Pierre LA NOUE, qui lui "a fait réponse lorsqu [il lui a] demandé son âge qu'il se portait bien et qu'il ne le voulait pas donner"...

sources :

  • Déclarations généalogiques de Belle Isle en Mer - 1767 - AD du Morbihan
  • Recensements de l'Acadie 1671 - 1752 : Archives du Canada : Dépôt des papiers publics des colonies; état civil et recensements : Série G 1 : Recensements et documents divers : C-2572 https://heritage.canadiana.ca/view/oocihm.lac_reel_c2572/2?r=0&s=1
Acadie Généalogie
https://tracesetpetitscailloux.over-blog.com/2021/10/c-comme.commencons-par-le-commencement.html

Woke et radicalité: le retour de bâton sera terrible | Slate.fr

Tue 2 Nov 2021 - 15:22

Comme beaucoup de gens de ma génération, je ne goûte guère l'idéologie ambiante dominée par cette obsession quasi-maladive de tout entrevoir sous le prisme des minorités à défendre, qu'elles fussent culturelles ou sexuelles. Non pas que je trouve ces combats illégitimes –ils ne le sont pas et je partage la plupart des causes défendues–, mais les moyens employés sont si excessifs, autoritaires, parfois mêmes dictatoriaux que j'en viens par un renversement de valeurs à me détourner d'eux.

À dire vrai ils m'exaspèrent, ces nouveaux gourous de l'égalitarisme à tout crin, cette explosion de revendications tout azimuts où la moindre des peccadilles est désormais à considérer sous le rapport dominants versus dominés. Je les crois nécessaires, ces combats. Je pense qu'ils constituent un vrai progrès, une étape importante dans l'histoire de la civilisation –la reconnaissance et l'acceptation des particularismes de chacun–, mais je ne peux que déplorer la façon dont ils sont menés, cette manière très partisane de dresser les gens les uns contre les autres, cette radicalité de l'opinion où, si l'on tente d'apporter un peu de nuance dans la discussion, on est aussitôt considéré comme un ennemi à abattre.

Pire, il me semble que les méthodes employées sont à plus d'un titre contre-productives et débouchent sur des résultats inverses aux espérances affichées. Répéter à tort et à travers que l'homme blanc, quel qu'il fût, en dehors de toutes considérations entourant les circonstances de sa naissance, de son parcours éducatif et de ses conditions de ressources, est à l'origine de toutes les souffrances humaines n'aura comme résultat que de braquer toute une partie de la population au point de l'amener à épouser les causes et les combats d'extrême droite.

De fait, c'est ce qui m'inquiète le plus. Il me semble que plus nous sombrerons dans une outrance identitaire dominée par des questions de race et de genre, plus nous rendrons possible l'avènement de forces hautement réactionnaires, une révolution conservatrice d'une telle ampleur qu'elle balayera tout sur son passage, progrès social comme conquêtes émancipatrices.

Je vois déjà comment un individu comme moi, une personne à peu près raisonnable et rétive à toute forme de violence, réagit quand on lui lance à la figure toute une série d'anathèmes, d'injonctions, d'accusations qui tendraient à me prouver que je suis le dernier des hommes. Au fil du temps, je mesure mon agacement, mon énervement, ma lassitude, mon ressassement. Mais je sais que chez moi ces sentiments-là ne déboucheront sur rien d'autre qu'un simple haussement d'épaules, un long soupir qui se résumera à lui-même.

Je doute qu'il en soit de même auprès de personnes dominées par un instinct de violence, lesquelles sont bien plus nombreuses qu'on ne le suppose généralement. Jusqu'à quand un individu chez qui les fondations ne reposent pas sur une éducation dominée par un esprit de sagesse et de concorde endurera ces sommations et mises en accusation répétées? Jusqu'à quand acceptera-t-il d'être ainsi caricaturé sous les traits d'un infâme colonisateur dont la richesse acquise tout au long des siècles précédents se colore du sang de l'opprimé?

À partir de quel moment la somme de ces frustrations et de ces indignations sera telle qu'elle annihilera chez lui toute capacité de jugement, d'autant plus quand lui-même aura eu à se démener dans des vies étriquées marquées du sceau de la précarité ou de la misère? Qu'est-ce que le trumpisme, si ce n'est en partie l'expression d'un corps électoral las d'avoir à se justifier d'être ce qu'il est et qui attend du politique une remise au pas des revendications identitaires?

Non point que ces revendications identitaires ou genrées n'ont pas lieu d'être. Bien au contraire. Mais, de grâce, point de cette manière frontale où l'on confond tout avec tout, où il n'existe aucune forme possible de débats, où du haut de son intransigeance née de siècles de lutte, on refuse à l'autre de s'exprimer, d'exister, de prétendre participer à la vie culturelle de la nation. Où, au moindre écart ou prétendu tel, on le somme de démissionner, de rendre sa blouse, de s'écarter comme s'il venait de commettre le pire des crimes possibles. Où soudain l'appartenance à la majorité d'une personne présuppose chez elle tout un écheveau d'attitudes, de pensées, de raisonnements qui font d'elles une parfaite coupable.

Ce n'est point ainsi qu'on gagne une société à ces causes. Bien au contraire. Plus l'absence de discernement (et d'humour, d'autodérision!) seront présents dans les universités, au sein des rédactions, parmi les instances démocratiques, et plus la société aura tendance à marquer sa préférence pour des régimes autoritaires –le crépuscule de la gauche, du moins en France, est là pour nous le rappeler.

Que ceux qui sont à la tête de ces luttes émancipatrices s'en souviennent.

Il y a urgence.

cancel-culture wokisme
http://www.slate.fr/story/218349/blog-sagalovitsch-woke-et-radicalite-retour-baton-terrible

B comme... Belle Isle en Mer - Traces et Petits Cailloux

Tue 2 Nov 2021 - 09:44

Mais revenons à la chronologie de mes découvertes, car les recherches généalogiques sont une sorte de machine à remonter le temps, et j'ai donc commencé à faire la connaissance de mes acadiens par la fin, par leur installation dans "mon" île...

Claude Picard : l’arrivée des Acadiens en 1765 à Belle Isle - © Citadelle Vauban Claude Picard : l’arrivée des Acadiens en 1765 à Belle Isle. (© Citadelle Vauban)

A l'automne 1765, 363 personnes de tous âges, débarquent à Belle Isle en Mer, après des années de péripéties, pour démarrer une nouvelle vie. Ce sont des "réfugiés acadiens". Sur ces 78 familles, 5 sont celles de mes ancêtres directs. Mais les autres sont formées de frères, cousins, neveux... Tous sont liés par d'étroits liens de parenté et forment une sorte de clan : Les LE BLANC arrivent à 57, les GRANGER à 46, les TRAHAN à 49, les TERRIOT à 27 et les DAIGRE à 21, de sorte que sur les 363 personnes arrivées à Belle-Île, 200 correspondent à seulement 5 patronymes.

Source gallica.bnf.frSource gallica.bnf.fr

Dans le récapitulatif de ces familles, on trouve 9 de mes Sosa, répartis ainsi :

Famille 11 :
Honoré Leblanc (mon sosa 616) , né à Pigiguit (Acadie) le 1er novembre 1710, veuf, père de Charles (S 308), (55 ans). Ses enfants Paul et Joseph.
Venant de Liverpool et Morlaix, installés à Bordustard (Le Palais).

Famille 12 :
Charles Leblanc (Sosa 308) , né à Pigiguit en août 1734 (31 ans), fils d’Honoré (Sosa 616). Son épouse Anne Landry (sosa 309) née à la Rivière-aux-Canards (Acadie) le 24 février 1739 (26 ans). Leurs enfants : Claude-Marie et Marie.
Venant de Liverpool et Morlaix, installés à Bordrouant (Bangor).

Famille 56 :
Cyprien Duon (sosa 312), né à Port-Royal (Acadie) le 18 avril 1730 ( 35 ans). Son épouse Marguerite Landry (sosa 313), née à la Rivière-aux-Canards le >15 janvier 1735 (30 ans), fille de Marie-Rose Rivet (sosa 619 et 627, implexe) veuve Landry. ( 58 ans)
Leurs enfants : Jean-Baptiste, Marie et un orphelin, Jean Vincent, neveu de Cyprien.
Venant de Liverpool et Morlaix, installés à Calastren (Bangor).

Famille 70 :
Marie Rose Rivet (sosa 619 et 627, implexe) , veuve de René Landry, née à Pigiguit le 18 juillet 170 (58 ans) . Mère d’Anne (Sosa 309) (26 ans) et de >Marguerite (Sosa 313) (30 ans). Ses autres enfants : Jean et Magdeleine, Marie-Josèphe.
Venant de Liverpool et Morlaix, installés à Bordustar (Le Palais).

Famille 25 :
Honoré Daigre (sosa 314), né à la Rivière-aux-Canards le 6 janvier 1726 (39 ans), veuf, sa 3ème épouse Élisabeth Trahan (sosa 315), née à la Rivière-aux-Canards le 1er janvier 1726 (39 ans), également veuve. Mariés à Falmouth le 29 septembre 1762 Sa mère Françoise Granger (sosa 629), née à Port-Royal en 1700 ( 65 ans).
Leurs enfants : Pierre, Jean, Joseph, Jean-François et Marie Terriot, (fille d'Élisabeth).
Viennent de Falmouth, de Morlaix et Tréguier, installés à Chubiguer (Le Palais).

Le 2 novembre 1765, le baron de Warren, gouverneur de l'île, écrivit à un ami : "Voilà enfin, mon cher marquis, tous les Acadiens arrivés au nombre de 77 familles. Les derniers sont arrivés avant-hier sur deux bateaux plats, le premier qui est entré dans notre port coulait bas d'eaux et le second a pensé périr sur les roches sous la citadelle ! Je vous avoue que j'aurais été furieusement touché s'il était arrivé quelques accidents à ces honnêtes gens dont je regarde leur émigration dans l'île comme le plus grand bien qui pouvait arriver dans Belle-Ile, au service du Roi et pour les intérêts de la Province...

Mais que venaient donc faire ces "acadiens", nés dans la lointaine Amérique, sur cette île ? Et en quoi pouvaient-ils présenter un intérêt pour le roi de France et la Province de Bretagne?

Nous verrons dans de prochains articles toutes les tragédies qui les ont conduits d'Acadie en France après moult détours, mais voyons pour l'instant les tenants et les aboutissants de leur installation à venir.

Je ne comprendrais rien à toute une partie de mon histoire ancestrale sans quelques informations sur la Guerre de 7 ans, cette première "guerre mondiale" de fait (car les combats se déroulèrent en Europe, Amérique du Nord et Inde) qui dura de 1756 à 1763. Elle opposa la France et la Grande Bretagne, chacune étant alliée à d'autres puissances européennes.

Dès 1755 les Acadiens en avaient été les premières victimes (article G à venir). La France y perdit notamment son empire colonial en Amérique du Nord. Et la petite île de Belle Isle elle aussi paya un lourd prix : après une grande bataille navale* auprès de ses côtes en novembre 1759 qui consacra la débâcle de la flotte française, elle subit le 7 avril 1761 l'attaque d' une flotte anglaise forte de 130 bâtiments et de 18 000 hommes ; le chevalier de Sainte Croix à la tête d'une petite garnison de 3 200 hommes, après une rude bataille, ne put guère que se replier dans la citadelle Vauban. Le siège dura jusqu'au 2 juin, mais il fallut finalement capituler, et l'île devint anglaise...Les Bellilois durent fuir sur le continent en abandonnant leurs maigres biens, ou travailler pour les Anglais.

Le Traité de Paris qui mit fin à la guerre fut signé le 10 février 1763. Entre autres, la France abandonnait la plus grande partie de ses possessions américaines; et renonçait définitivement à l'Acadie. Par ailleurs, elle rendait Minorque aux britanniques, en échange de ... Belle-Île.

Mais pendant les deux années d'occupation anglaise, l'île avait été totalement pillée, le bétail tué, les champs abandonnés étaient en friche, la plupart des maisons détruites, même leurs poutres avaient été volées pour pallier le manque de bois, etc...

Il fallait rapidement repeupler l'île et reconstruire son économie. Le Receveur du Domaine de Belle-Isle, François de Kermarquer, était de Morlaix. Il avait donc appris l'arrivée des prisonniers acadiens rendus par le roi d'Angleterre (toujours suite au Traité de Paris) et provisoirement installés à Morlaix et Saint Malo. Offre fut alors faite auxdits acadiens d'aller s'installer à Belle-Isle. Un tel projet faisait d'une pierre deux coups : repeupler l'île ravagée et donner un établissement à des réfugiés à la charge du roi.

Afin de voir si ce projet pouvait convenir à la petite communauté, trois chefs de famille acadiens, Honoré LE BLANC (mon sosa 616), Joseph TRAHAN et Simon GRANGER, vinrent à Belle Isle en juillet 1763, quelques semaines à peine après leur arrivée sur le sol français. Le baron de WARREN témoigne de la réussite de ce premier contact :"Ils ont paru très contents de ma réception et s'en sont retournés le 27. Comme ils sont gens fort industrieux et habiles cultivateurs, je serais enchanté de les voir arriver: ce serait un bon boulevard contre ceux qui les ont maltraités." *

Les États de Bretagne ratifièrent le projet, confirmé par le duc de Choiseul, ministre de Louis XV. Il fut alors procédé à l'afféagement de l'île, véritable révolution agraire, tout à fait inédite : l'île, domaine royal, allait être divisée en lots attribués aux familles acadiennes et belliloises, et ces cultivateurs, à condition de travailler les terres pendant 10 ans, en deviendraient pleinement propriétaires!

L'abbé LE LOUTRE, ancien missionnaire en Acadie auprès des autochtones MicMac, se chargea de défendre les intérêts des Acadiens Il fallut beaucoup de talent, de discussions et tractations diverses, pour faire accepter aux Bellilois, soutenus par leurs curés, la future arrivée de ces "étrangers" qui ne parlaient pas breton, et aux acadiens le fait d'être répartis dans toute l'île et non regroupés en une seule paroisse comme ils le souhaitaient.

Il fallut acheter 78 paires de bœufs, 78 chevaux, des attelages et jougs, courroies, charrettes et charrues, brouettes, ustensiles et outils - comme « 234 faucilles à raison de 3 par famille »-, etc. Il fallut aussi s’occuper de l'arpentage des terrains, de la construction des maisons - acquisition des matériaux, et recrutement des maçons venus du continent, car les Acadiens ne savaient construire qu'en bois-. Les plans des maisons furent définis avec précision par les États de Bretagne : c'étaient de très petites maisons, de 27 mètres carrés au sol, aux ouvertures basses et étroites, construites avec le schiste local, et couvertes soit de lande - c'est à dire d'ajoncs séchés mis en bottes - soit d'ardoises. Toutes les maisons devaient être identiques et pouvoir être agrandies plus tard en longères.

AD du MorbihanAD du Morbihan

En septembre 1765, Simon GRANGER et Honoré LE BLANC revinrent dans l'île pour préparer l'arrivée des familles, qui va se faire en 4 vagues, le 2 septembre, le 1er , le 18 et le 30 octobre. Les maisons n'étant pas encore construites, les Acadiens furent logés provisoirement dans des entrepôts à grains, sur la paroisse de Palais.

Logement provisoire des Acadiens à leur arrivée à PalaisLogement provisoire des Acadiens à leur arrivée à Palais

En décembre 1766, les contrats d’afféagement étaient tous signés, et Joseph Simon GRANGER, Jean MELANSON et Honoré Daigre (sosa 314) concluaient ainsi une lettre de remerciement aux États de Bretagne :

Nous ne cesserons de présenter nos vœux et nos prières pour la conservation et prospérité de vos illustres personnes, et serons avec toute la soumission possible et le respect le plus profond, Nos seigneurs, vos humbles et très obéissants serviteurs...

En juillet 1767 le baron de Warren écrivait : "Ces honnêtes citoyens ont presque fini tous leurs établissements : leurs maisons sont couvertes, leurs écuries bâties et leurs terres travaillées. Ainsi j’espère qu’à la récolte de l'année prochaine, ils commenceront à recueillir les fruits de leurs travaux..."

Voici donc comment mes Acadiens trouvèrent une nouvelle patrie à Belle Isle en Mer après des années d'errance.

Mettant le point final à cette installation, le 12 janvier 1767, un arrêt de la Cour ordonna la reconstitution de l'état-civil des familles acadiennes établies à Belle Isle. Les registres paroissiaux acadiens avaient en effet été détruits ou perdus lors de la déportation, et il était urgent d'y remédier. Dans les semaines qui suivirent fut donc organisée la collecte de la mémoire généalogique acadienne. sous l'égide de l'abbé LELOUTRE et d'un notaire d'Auray.

Découvrir ces "généalogies acadiennes" établies par mes ancêtres en 1767 allait me faire faire une grande avancée dans mes recherches, et enfin quitter mon île pour faire mes premiers pas en Acadie...

Notes :

  • cité par Jean Marie FONTENEAU in Cahiers de la société historique acadienne vol 30 N°1 mars 1999

** les Cardinaux : bataille navale qui opposa Français et Anglais le 20 novembre 1759, dont le bilan fut clairement à l'avantage des seconds, puisque la marine française perdit 6 bâtiments et eut 2 000 hommes tués (300 côté britannique), et de plus les vaisseaux français qui se réfugièrent dans les estuaires de la Vilaine et de la Charente, y furent bloqués par les britanniques pendant plus de deux ans

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Sources :

  • Jean Marie FONTENEAU in Cahiers de la société historique acadienne vol 30 N°1 mars 1999
  • Christophe CERINO : Les Acadiens à Belle-Île-en-Mer : une expérience originale d’intégration en milieu insulaire à la fin du XVIIIe siècle
Acadie Belle-Île Généalogie
https://tracesetpetitscailloux.over-blog.com/2021/10/b-comme.belle-isle-en-mer.html

A comme... Acadie de mon coeur - Traces et Petits Cailloux

Mon 1 Nov 2021 - 09:04

Une des branches de ma famille était donc "acadienne". Mais qu'est-ce que ça voulait dire? et comment avait-elle atterri sur une petite île bretonne de 85 km² ?

Partie Orientale du Canada - Vincenzo Coronelli - Source gallica.bnf.frPartie Orientale du Canada - Vincenzo Coronelli - Source gallica.bnf.fr

Quand j'ai questionné mon père sur ses souvenirs à ce sujet, il a commencé par me dire qu'enfant, il s'ennuyait lorsque sa grand-mère belliloise racontait les histoires du passé avec les autres vieilles du village, et que donc il n'écoutait pas... Tout juste a-t-il fini par grommeler qu'il avait entendu dire "qu'on venait du Canada"... Mais je n'ai rien pu en tirer de plus. Mon arrière-grand-mère et mon grand-père étant morts, la transmission familiale avait cessé. J'ai dû reconstituer l'histoire grâce aux archives puis à diverses lectures (difficile d'imaginer aujourd'hui ce que c'était , avant l'explosion d'internet, que de faire ce genre de recherches, qui s'opèrent aujourd'hui en deux clics).

Ne serait-ce que pouvoir situer géographiquement l'Acadie était une gageure. D'autant que l'Acadie en tant que telle n'existe plus depuis 3 siècles... Elle n'a d'ailleurs jamais constitué un pays. Il s'agissait d'une colonie de la Nouvelle France, au même titre que le Canada, la Louisiane... C'était une sorte de puzzle, de pointillé d'établissements le long des côtes de ce qui allait devenir définitivement la Nouvelle Écosse lors du traité d'Utrecht de 1713, et du futur Nouveau Brunswick.

Carte de l'Acadie - 1702 - Source gallica.bnf.frCarte de l'Acadie - 1702 - Source gallica.bnf.fr

D'ailleurs, à l'époque où ils vivaient en Acadie, ses habitants ne se définissaient pas comme "Acadiens", mais comme "Français", ou "sujets du roi de France", puis , à partir de 1713, après la perte définitive de l'Acadie originelle par la France au profit de la Grande Bretagne, comme "Français neutres"... C'est paradoxalement au moment même où il durent quitter l'Acadie géographique, à partir de 1755, qu'ils furent définis officiellement comme "Acadiens" (souvent écrit "Accadiens"), constituant un groupe devenu différent des Français par ses particularités.

Le berceau historique de l'Acadie (celui qui concerne mes ancêtres) se situe sur la côte est du Canada, car non, ce n'est pas le Québec qui borde l'Atlantique mais les "Provinces Maritimes" - Nouveau Brunswick, Nouvelle Ecosse et Ile du Prince Edouard .

Après de probables incursions normandes dès le XI° siècle, puis la venue de l'explorateur vénitien Jean CABOT en 1497, la région de l'actuelle Nouvelle Ecosse (Nova Scotia en anglais) fut explorée en 1604/1605 par Pierre DUGUA de MONS, accompagné de Jean de POUTRINCOURT et de Samuel de CHAMPLAIN (géographe et cartographe de l'expédition). Ainsi furent nommés La Hève, le cap Nègre, la baie Sainte-Marie, le cap Sable, la baie Française, Port-Royal, le fleuve Saint-Jean, la rivière Sainte-Croix, etc, et commença le peuplement de l'Acadie par les Européens.

 Port de La Heve - Illustrations des Voyages de Champlain. 1613. Source gallica.bnf.fr Port de La Heve - Illustrations des Voyages de Champlain. 1613. Source gallica.bnf.fr

Peuplement d'abord sporadique : les Français installèrent quelques postes à divers endroits de la côte, avec des succès limités, dus notamment aux difficultés d'adaptation au climat, aux luttes intestines franco-françaises, et aux fréquentes attaques anglaises.

La colonisation commença à s'organiser en 1632, quand le gouverneur Isaac de Razilly amèna les premières familles françaises en Acadie. Toutefois, tandis que les Britanniques organisaient une colonisation à grande échelle du sous continent, la France n'envoya finalement que peu de colons (815 en tout selon certains comptages) au cours du XVII° siècle (essentiellement de 1632 à 1670), puis plus du tout à partir de 1713.

Ceci explique qu'en peu de générations, les Acadiens de Nouvelle Ecosse furent tous liés par des liens de parenté et manifestèrent une forte solidarité lors des épreuves qui allaient les frapper. Mais également que la disproportion démographique entre les deux peuplements et l'abandon de fait par la France de sa colonie ne pouvaient qu'aboutir à un désastre pour l'Acadie.

Le ver était dans le fruit dès l'origine : de 1604 à 1713, le berceau de l'Acadie changea 9 fois d'allégeance. Car l'Acadie voyait ses frontières constamment contestées, et, immédiatement devenue un enjeu du séculaire conflit franco-britannique, se trouvait ballotée d'un camp à l'autre au gré des traités de (pseudo) paix. J'ignorais, quand au lycée j'entendais parler avec un certain ennui des traités de Saint-Germain-en-Laye (1632), de Breda (1667), de Ryswick (1697) ou d'Utrecht (1713), que mes propres ancêtres en avaient vu chaque fois leur quotidien bouleversé...

Acadie Belle-Île Généalogie
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Avec son adaptation de « Dune », Villeneuve invente le blockbuster mystique

Thu 14 Oct 2021 - 19:53

Certains en sont à leur quatrième fois. Plus d’un mois après sa sortie en France le 15 septembre, le cycle poursuit son cours. Dès sa première semaine, Dune (2021), toute dernière création de Denis Villeneuve avec, à l’affiche, Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson ou encore Oscar Isaac, attire plus d’un million de spectateurs, surpassant le blockbuster Marvel Shang-Chi ainsi que Bac Nord.

Plus de 50 ans après la publication du roman éponyme de Frank Herbert (Dune, 1965) et 36 ans après l’adaptation de David Lynch (Dune, 1985), Denis Villeneuve explore les enjeux d’une œuvre mythique pour une société plus que jamais concernée par la notion de crise.

Décrit comme « le meilleur démarrage depuis le début de la pandémie en mars 2020 », le film de science-fiction américano-canadien retrace le parcours de Paul Atréides, descendant aux allures messianiques chargé de rejoindre Arrakis, planète où les périls et les conflits avec les nations ennemies sont omniprésents, afin d’y exploiter une ressource essentielle à la survie des siens : l’« Epice ».

Celle-ci rend possibles à la fois la navigation interplanétaire et la confection d’explosifs ou de papier. L’Épice confère par ailleurs à ceux qui l’ingèrent d’étranges pouvoirs et le sens du mystère que cultive le récit est notamment fondé sur une onomastique (noms propres) à la fois réaliste et dépaysante faisant voyager à travers une épopée entièrement fictive.

Quelques critiques négatives…

Quelques critiques négatives reprochent toutefois à Dune son atmosphère « glacée ». Face au désintérêt de certains spectateurs peu satisfaits de la progression de l’intrigue, du manque d’émotivité ou d’action, Denis Villeneuve répond par une critique des films de l’enseigne Marvel, qu’il qualifie de « copier-coller » peu novateurs.

Il est indéniable que le format privilégié par Denis Villeneuve, soit un film en deux volets (séparés par deux ans d’attente) pose un problème structural de taille : comment satisfaire le public avec un premier volet nécessairement inachevé puisqu’il n’est qu’une première moitié ? Certains reprochent à la fin du premier volet de Dune l’absence d’une véritable conclusion, fût-elle temporaire. Celle-ci aurait-elle permis aux spectateurs de patienter plus sereinement jusqu’à la sortie du prochain volet ?

Le premier opus du Seigneur des Anneaux avait, sans conteste, davantage soigné le rythme structural de la trilogie, consistant originellement en une trilogie. Mais le sens de la conclusion n’est justement pas l’enjeu principal du premier volet de Dune, caractérisé par le mystère autant que par un sens de l’ouverture et du potentiel.

Un visuel époustouflant aux allures de Star Wars

Partagé entre traditions primitives et visions futuristes, Dune est une œuvre universelle qui tend à rassembler ses spectateurs autour d’une lutte commune. Adultes comme enfants pourront voyager dans ce monde immersif où la beauté des paysages n’a d’égal que la cruauté d’habitants hostiles et divisés – les conflits demeurant adoucis, voire poétisés par le réalisateur qui précise avoir voulu créer « le film le plus populaire possible. Un film pour tous », et ce, au même titre que le roman de Frank Herbert dont il s’inspire.

En dépit des quelques objections formulées à l’encontre du film, critiques et spectateurs se plaisent à établir une analogie entre l’esthétique de Dune et celle de La Guerre des Étoiles ou encore du Seigneur des Anneaux. Dune partage à cet égard bien des points communs avec la saga Star Wars qui, dès le premier opus de 1977, n’avait pas manqué d’indigner l’auteur américain, Frank Herbert, qui renonça de peu d’intenter un procès pour plagiat contre George Lucas.

En témoignent, sous l’impulsion de Villeneuve, les paysages désertiques et minimalistes d’Arrakis, évoquant ainsi Tatooine (cité fictive de Star Wars inspirée de la ville tunisienne de Tataouine) ; l’ordre du « Bene Gesserit » rappelle l’ordre Jedi (capacités mentales hors du commun, longues toges cérémoniales, etc.). Bien des personnages issus des deux sagas semblent revêtir plus que de simples similitudes, George Lucas s’étant inspiré du roman de Herbert au préalable : il est aisé d’établir un lien entre les Fremens de Dune et les Tuskens de La Guerre des Étoiles, entre Vladimir Harkonnen et Dark Vador, entre Paul Atréides et Luke Skywalker, ou encore entre les deux Empires respectifs, au pouvoir excessif et inique.

Bien que divergeant des productions de type Marvel, Dune offre à l’écran une qualité d’image particulièrement poétique. Les images haute résolution sont partagées entre des plans panoramiques épurés où les espaces géographiques et les costumes sont légion, et des gros plans étayant l’identification du spectateur grâce aux portraits mi-réalistes, mi-fantaisistes des personnages du récit.

Une bande-son signée Hans Zimmer

Les images époustouflantes de Dune sont accompagnées de sons inouïs qui compensent, à bien des égards, le manque de scènes d’action ou encore la faible émotivité des personnages. Les émotions se retrouvent notamment disséminées dans le lyrisme musical de certains titres tels qu’« Eclipse » (thème principal notamment utilisé pour la bande-annonce) ou dans la dimension épique des autres.

Intitulée The Dune Sketchbook et signée Hans Zimmer (à qui l’on doit les musiques de Tenet ou encore de la trilogie Batman de Christopher Nolan), la bande originale du dernier film de Villeneuve répond à un souhait du compositeur allemand de « créer un nouveau langage musical [et] un paysage sonore inédit », lequel serait ancré dans une « dimension spirituelle et sacrée » destinée à évoquer un sentiment mystique : c’est effectivement le rôle des tambours et des cymbales aux résonances épiques, des voix de chorale litaniques (répétitives et parfois murmurées à l’instar de la prière), des instruments à vent langoureux issus de gammes lyriques aux accents du désert oriental, ou encore des phrasés mélodiques plus froids aux allures de plain-chant (chant religieux médiéval a cappella).

C’est plus précisément l’association de textures visuelles et sonores qui confère à Dune cet équilibre exquis ayant conquis le public. Parfaitement accordées aux images qu’elles théâtralisent, les tonalités du célèbre titre « Paul’s Dream » sont si riches qu’elles en deviennent tactiles tant elles caressent l’oreille. Les amateurs de basses fréquences seront enchantés par les résonances offertes par le son IMAX, qui permet une meilleure spatialisation des sons se baladant alors, dans la salle obscure, de gauche à droite et de bas en haut. Notons qu’en attendant les prochaines innovations de l’artiste, on peut écouter la BO de Hans Zimmer pour le film James Bond : No Time to Die.

En attendant le second volet

Dune fascine et ce n’est pourtant que le premier volet d’une saga qui s’achèvera probablement en 2023, avec un second opus dont le tournage est imminent (2022). Le réalisateur annonce que la suite constituera « un incroyable terrain de jeu. Un pur plaisir cinématographique. ». Sous réserve de son succès dans les salles américaines et sur la chaîne HBO Max (pour une sortie prévue le 22 octobre uniquement), Denis Villeneuve confirmera rapidement le tournage de la suite.

En attendant, outre l’adaptation de David Lynch (Dune, 1985), la lecture du roman de Frank Herbert permettra aux spectateurs de patienter quelque peu tout en se plongeant de nouveau dans l’univers unique imaginé par l’auteur.
Divertir et édifier

Publié en 1965, Dune est un roman de science-fiction de l’auteur américain Frank Herbert, qui n’a pas tant souhaité prédire avec justesse un avenir dystopique, notamment sur le plan écologique, qu’explorer les multiples périls potentiels auxquels les humains pourraient être confrontés plus tard (« Il n’y a pas d’échappatoire. Il faut payer le prix pour la violence de nos aïeux »).

C’est précisément ce qu’offrent les œuvres de fiction, destinées aussi bien à divertir qu’à édifier, et ce, en littérature comme au cinéma. Les années 60, aux États-Unis, sont celles d’une prise de conscience des dangers environnementaux et sociaux, dans un contexte d’après-guerre où le nucléaire est en constante expansion.

Dans sa saga, Frank Herbert s’attache à étudier le comportement des êtres vivants face à une adversité aussi bien naturelle et écologique que sociopolitique, et l’on s’aperçoit qu’en 2021, avec l’adaptation de Denis Villeneuve, ces prédictions étaient fondées : la foi religieuse et ses possibles excès, la question du genre et le pouvoir unique des femmes (avec l’ordre des « Bene Gesserit »), la relation entre un dirigeant et son peuple, l’union et la trahison, l’amour et la folie constituent autant de préoccupations au cœur de la modernité.

L’absence de machines (ordinateurs, robots, etc.) permet au récit d’offrir un portrait universel de peuples divisés luttant pour leur survie mais également pour le pouvoir : « On utilise le pouvoir en le tenant avec légèreté. Si on le serre trop fort, on est pris par lui, on en devient la victime ». Sans machine, l’homme a dû s’adapter et évoluer de diverses manières : grâce à leurs capacités mémorielles, mathématiques et cognitives hors du commun, les « Mentats », à titre d’exemple, ont pour tâche de prodiguer des conseils notamment stratégiques aux « Grandes Maisons », remplaçant ainsi les ordinateurs et étayant le goût du public pour les héros dotés de capacités hors normes.

C’est, somme toute, l’originalité du film de Villeneuve qui justifie sa réception, certes polarisée mais dynamique, comme le retranscrit cette critique du Monde :

« Le cinéaste fait de la saga de science-fiction une tragédie futuriste à l’esthétique très réussie. Loin des blockbusters, il a su imposer un monde qui, en dépit de sa grande violence, relève d’une esthétique du retrait. »

Dune
https://theconversation.com/avec-son-adaptation-de-dune-villeneuve-invente-le-blockbuster-mystique-169662

La chasse, un sport tellement français

Thu 14 Oct 2021 - 14:01

Les accidents se multiplient, la cause animale gagne du terrain. Et pourtant, s’étonne ce journaliste britannique, le droit de chasse, acquis pendant la Révolution, reste profondément ancré dans la culture nationale.

L’automne dans la France profonde. L’éclat du soleil sur les grappes empilées, le parfum épicé de la récolte de tournesols, les aboiements sauvages des meutes tandis que la chasse traverse les bois embrumés – et, trop souvent, la tragédie d’une personne abattue par ladite chasse.

Troisième loisir des Français

En France, la saison de la chasse, qui débute dès le mois d’août dans certains départements du Nord-Est, bat son plein – et, inévitablement, il y aura des morts d’ici la fermeture, en mars. Selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), depuis 1999, on a recensé 3 000 accidents de chasse, dont plus de 420 mortels. Certaines des victimes étaient innocentes : une femme de 69 ans tuée dans son jardin quand un chasseur a tiré à travers sa haie ; un conducteur touché par une balle qui avait ricoché sur un sanglier. Mais la plupart des morts sont des chasseurs eux-mêmes, qui ont succombé à un passe-temps qui n’est pas dangereux que pour les animaux.

L’ONCFS attribue ces décès au “non-respect des règles de sécurité élémentaires”, mais il faut prendre en compte les particularités de ce loisir dans l’Hexagone. Parmi le gibier qu’il est possible de tirer en France se trouvent le cerf et le sanglier, pour lesquels il faut utiliser des balles – d’une portée dépassant le kilomètre – plutôt que de la chevrotine, courante en Grande-Bretagne, mais dont la portée n’est que de quelques mètres. Quoi qu’il en soit, la raison la plus évidente, et la plus significative sur le plan culturel, de cette mortalité, c’est tout simplement le nombre de passionnés. Si les titulaires de permis sont de moins en moins nombreux depuis le tournant du siècle, ils sont encore 1,2 million. En France, la chasse est de loin le troisième hobby le plus populaire, après le rugby et le football.

La chasse fait aussi partie de l’ADN national, de la vision qu’a la France d’elle-même. Cette dernière est peut-être le pays le plus raffiné d’Europe (les trois plus grandes marques mondiales du luxe, Louis Vuitton, Chanel et Hermès, sont toutes françaises), mais en même temps elle est obstinément rurale, les zones non urbaines abritant un tiers de la population (par rapport à la moyenne européenne de 28 %, et de 17 % au Royaume-Uni). De plus, la population rurale en France occupe 450 000 kilomètres carrés, soit une densité de tout juste 11 habitants au kilomètre carré – environ un quart de celle de l’Angleterre. Ainsi, conclut l’Institut national de la statistique, la France est le deuxième pays le plus rural d’Europe, après la Pologne.

Patrimoine

Les Français sont aussi les plus constants dans leur hostilité à la mondialisation, les plus fervents défenseurs de la notion d’héritage, et c’est fort probablement lié. C’est un pays animé d’un fort attachement au patrimoine, où la corrida et les combats de coqs sont toujours légaux car ils préservent la tradition – et en France, le patrimoine peut passer outre à la défense des droits des animaux, pour ne rien dire des préjugés des gens des villes.

En 2019, les propriétaires de résidences secondaires sur l’île d’Oléron, sur la côte atlantique, ont intenté une action en justice contre Maurice, un coq accusé de chanter trop tôt. Les autochtones ont soutenu Maurice, et un juge a donné raison à l’auteur des cocoricos, ordonnant aux plaignants de verser 1 000 euros de dommages et intérêts à Corinne Fesseau, à qui appartenait Maurice. Dans le sillage de plusieurs affaires du même type qui avaient vu la trinité honnie des néoruraux, des expatriés britanniques et – pire que tout – des Parisiens en vacances se plaindre des mœurs bruyantes et odoriférantes de la France profonde, l’Assemblée nationale a approuvé une proposition de loi de Pierre Morel-À-L’Huissier, député de Lozère, portant sur la protection du “patrimoine sensoriel” de la France. Autrement dit, “le chant du coq, le bruit des cigales, l’odeur du fumier”.
À lire aussi Oiseaux. Un “havre de paix” de la faune sauvage en Belgique menacé par les chasseurs français

Avant de découvrir TikTok et l’électorat des jeunes citadins, Emmanuel Macron avait crânement tenté de s’assurer le vote rural en louant les mérites de la chasse. Il a même relancé les chasses présidentielles au sanglier à Chambord, résidence de chasse du roi François Ier, dans la vallée de la Loire. Habile, dans le cadre de ce que l’on a appelé le “pacte de Chambord”, il a réduit de moitié le prix du permis de chasse, le faisant passer à 205 euros [pour le permis national]

Un sport démocratique

Contrairement au Royaume-Uni, en France, la chasse n’est pas une activité avant tout pratiquée par l’élite ; dans notre coin boisé de Charente, les chasseurs sont le boucher local, le boulanger, le garagiste, l’infirmier et l’agriculteur, qui circulent tous en Berlingo Citroën blanc. C’est la chasse qui fournit le sanglier à rôtir pour le banquet des bonnes œuvres, ce sont les gars qui y vont qui délimitent les sentiers dans la forêt pour la randonnée communale.

En France, qui veut chasser n’a littéralement pas besoin de monter sur ses grands chevaux. Les chasseurs sont le plus souvent à pied, et non juchés sur quelque équidé. C’est pendant la Révolution que le droit de tirer du gibier a été arraché à l’aristocratie, et si les droits de propriété locaux sont abscons, il est généralement admis, rapport à 1789 et tout ça, que les chasseurs ont le droit d’aller où bon leur semble, sauf interdiction expressément formulée par le propriétaire. En France, la chasse est un acte révolutionnaire plutôt que la confirmation d’un statut social.

Mais alors pourquoi les chasseurs sortent-ils donc le dimanche avec leur fusil ? Certains sont pragmatiques. “Ça fait de quoi manger pour la famille pendant une semaine”, m’a expliqué une connaissance à propos du sanglier à l’arrière de sa camionnette. D’autres estiment rendre service à la communauté quand ils tuent des sangliers et des cervidés qui ravagent les récoltes. Ce que beaucoup recherchent, c’est une immersion dans la nature, un moyen de se ressourcer ; ou, comme l’a expliqué le philosophe espagnol José Ortega Y Gasset dans Sur la chasse, un classique mondial sur le sujet : “On ne chasse pas pour tuer mais on tue pour avoir chassé.”

Ce quasi-mysticisme cynégétique est tourné en ridicule par l’association Rassemblement pour une France sans Chasse (RAC) et l’ancienne actrice Brigitte Bardot, qui défend les droits des animaux. Les adversaires de la chasse se font de plus en plus entendre, et ils pensent que le temps et la mode politique jouent en leur faveur.

“C’est compliqué”

Les tristes chiffres de la chasse en matière de sécurité fournissent des munitions à ses détracteurs : les appels se multiplient en faveur de restrictions afin que les joggeurs, les promeneurs, les cyclistes et les conducteurs puissent eux aussi se livrer à leurs loisirs du dimanche en paix et sans risque. Une pétition en ligne destinée au président Macron, qui réclamait purement et simplement une interdiction dominicale de la chasse, a récolté environ 200 000 signatures.

Il y a une phrase essentielle à connaître quand on vit en France : “c’est compliqué”. En juin, Macron a enfin déclaré illégale la chasse à la glu, rejoignant ainsi le reste de l’UE. Une décision qui a été interprétée comme une atteinte délibérée à la chasse. (Pendant des décennies, la France a exigé une dérogation au nom de la “préservation du patrimoine”.) En août, la chasse à l’aide de filets ou de cages a elle aussi été interdite, car jugé contraire à la “directive oiseaux” de l’UE, qui date de 2009. Environ 5 000 chasseurs s’adonneraient encore à ces pratiques, qu’exècrent même certains de leurs collègues chasseurs. Or ceux qui chassent à la glu ou au filet ne devraient-ils pas être défendus par la fraternité des nemrods – et plus généralement par le monde rural – puisque, pour paraphraser cette autre clause capitale de la vie française, “qui s’en prend à l’un s’en prend à tous” ? C’est compliqué.

Dans les tensions entre la ville et la campagne, la première n’est pas la seule à multiplier les pressions, les pétitions et les opérations de communication. La puissante Fédération nationale des chasseurs (FNC) s’est engagée à lutter contre “l’érosion de la biodiversité” – au grand soulagement de ses membres, qui se voient comme les seuls véritables amoureux et champions de la nature. Après tout, la campagne française est hérissée de petits panneaux métalliques rouges ornés d’un bandeau tricolore qui signalent la présence d’une “réserve de chasse et de faune sauvage”, conformément à une directive gouvernementale de 1991.

Instagrammeuse, mannequin et…chasseuse

La FNC dénonce de plus en plus souvent les géants de l’agroalimentaire et l’agriculture intensive, ce qui trouve aisément un écho dans un pays où la notion bucolique de paysannerie fait vibrer la corde sensible. Et dans leur guerre publique que suscite leur loisir, les chasseurs se trouvent des alliés qui rafraîchissent l’image de leur activité, qui passe pour être un passe-temps réservé aux hommes d’âge moyen. L’instagrammeuse, mannequin et influenceuse Johanna Clermont est devenue l’égérie des chasseuses et des chasseurs plus jeunes, tout comme Jessica Héraud, qui, à 25 ans, dirige Les Dianes, une fédération féminine de chasse de Charente-Maritime approuvée par la FNC et dont le nom est un hommage à la déesse de la chasse des Romains.
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Les chasseurs ont aussi des amis haut placés dans le monde politique. À l’Assemblée nationale, un député sur cinq fait partie du groupe d’études Chasse, pêche et territoires ; au Sénat, le groupe compte 70 membres. Si Macron a, lui, rejoint le camp des écologistes et des défenseurs des droits des animaux, d’autres représentants importants de son parti soutiennent la chasse. Alain Perea, député En Marche à l’Assemblée nationale, est coprésident du groupe Chasse, pêche et territoires.

[Le 18 septembre], des manifestations en faveur de la chasse ont été organisées dans tout le pays. À cette occasion, les chasseurs ont joué leur atout : ils ont appelé non seulement à préserver la chasse, mais aussi à protéger la ruralité. Dans l’esprit des Français, la chasse et la campagne font toujours un, elles sont encore indissociables. “Macron fossoyeur de nos traditions”, disait une pancarte.

Il y a trois ans, les ennuis du président ont commencé avec les “gilets jaunes”. Aujourd’hui, il ferait bien de veiller à ne pas se retrouver embarqué dans un bras de fer avec les “gilets orange”. La chasse se pratique en France depuis le Paléolithique, avec ses scènes animalières peintes sur les parois des grottes de Lascaux, en Dordogne. Il va falloir du temps avant de pouvoir en sonner l’hallali.
John Lewis-Stempel
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chasse
https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-royaume-uni-la-chasse-un-sport-tellement-francais

Ce ballon d’eau chaude stocke l’énergie produite par des panneaux solaires

Tue 5 Oct 2021 - 12:50

Devenir producteur d'énergie en installant des panneaux photovoltaïques permet de réduire sa consommation d'électricité. Toutefois, une partie de cette production est inutilisée et part dans le réseau... Avec Stock-O, Systovi propose une solution de stockage inédite et propre.

Produire de l'électricité à l'aide de panneaux solaires permet non seulement de réduire la facture d'énergie mais de faire un geste pour la Planète. Toutefois, en journée quand les besoins en énergie sont les plus faibles, une partie de la production d'électricité non utilisée (le surplus) est renvoyée dans le réseau. Pour éliminer cette déperdition, et accroître la part d'autoconsommation, la solution la plus courante est d'installer des batteries... Un procédé efficace mais plus ou moins onéreux, et qui nécessite l'usage de technologies polluantes à l'image du plomb ouvert ou encore du lithium-ion.

Le saviez-vous ?
Dans un ballon d’ECS, la température du volume d’eau n’est pas constante. Elle se présente, comme dans la nature, sous forme de strates.

Consommer l’électricité produite

Fort de ce constat, le fabricant de panneaux solaires Systovi innove, en proposant Stock-O. Un ballon d’eau chaude sanitaire (ECS) de 200 litres capable de stocker l’énergie, dès que l'installation passe en surproduction. Ce dernier, d'une puissance de 2.000 W, intègre trois résistances (250, 500 et 1.250 W). Positionnées à différentes hauteurs, ces dernières sont sollicitées en fonction de la production solaire du moment jusqu'à ce que le volume d'eau contenu dans le ballon soit entièrement à température.

Stocker l’électricité sans surcoût

Un procédé innovant qui permet de stocker l'équivalent de 10 kWh, portant la part d'autoproduction d'électricité à 80 % voire plus selon les régions. Pour les propriétaires, dont les maisons sont déjà équipées de panneaux photovoltaïques, l'intégration du ballon d'ECS stock-O est tout à fait possible. Celui-ci venant en remplacement de l'ancien ballon électrique classique.

Disposer d'une réserve d'eau chaude en continu grâce à l'énergie solaire, permet de satisfaire les besoins d'un foyer de quatre voire cinq personnes, soir et matin. Disponible auprès d'installateurs professionnels ou de d'enseignes spécialisées, ce ballon ne bénéficie pas, à ce jour, d'aides financières... Toutefois, comparé à une installation faisant appel à la technologie lithium-ion, le fabricant annonce un coût global divisé par quatre.

eau-chaude énergie-solaire
https://www.futura-sciences.com/maison/actualites/batiment-ce-ballon-eau-chaude-stocke-energie-produite-panneaux-solaires-93945/#xtor%3DRSS-8

'Dune' Foresaw—and Influenced—Half a Century of Global Conflict | WIRED

Tue 5 Oct 2021 - 12:26

Dune, le mégafilm de Denis Villeneuve, fait un tabac sur les écrans américains, mais Wired rappelle que le livre dont il est tiré, le chef-d’œuvre de science-fiction de Frank Herbert, publié en 1965, fait toujours le bonheur d’un groupe particulier de lecteurs : les agents de la CIA et la foule des analystes des douze agences de renseignement américaines. Pour une simple raison : l’œuvre, bourrée de génie et de superpuissances interstellaires acharnées à occuper de lointaines planètes désertiques, offre la description la plus prémonitoire et la plus pertinente qui soit des conflits d’Irak et d’Afghanistan, et de leur issue : la défaite des géants technologiques contre, oui, des vers de terre géants et carnassiers, mais surtout contre “des autochtones spartiates” adeptes des embuscades et de la “guerre asymétrique”. Dune, selon l’article, est au programme des lectures obligatoires dans certaines classes d’écoles militaires. - Présentation de Courrier International

Just before his deployment to Iraq in 2003, Ryan Kort spotted a paperback copy of Dune in a bookstore near Fort Riley, Kansas. The 23-year-old second lieutenant was intrigued by the book’s black cover, with an inset image of a desert landscape next to the title and the silhouettes of two robed figures walking across the sand. Despite its 800-plus pages, its small print made it a relatively compact cubic object. So he bought it and carried it with him to the Gulf, the only novel he packed in his rucksack along with his Army manuals and field guides.

Kort read the book during moments of downtime over the next weeks, as he led his platoon of 15 soldiers and four tanks through the Kuwaiti desert, and later when they took up residence in a powerless, abandoned building in Baghdad. It told the story of a young man who leaves a lush green world and arrives on the far more dangerous and arid planet of Arrakis, which holds beneath its sands a critical resource for all of the universe’s competing great powers. (“At the time, when people said ‘This is a war for oil,’ I would kind of roll my eyes at them,” he notes regarding the Iraq War. “I don’t roll my eyes about that anymore.”)

The parallels felt uncanny, he remembers. As the call to prayer rose up around him one afternoon in that darkened building in Iraq’s capital, he says he sensed a connection to Dune. Reading the book felt almost like seeing into a larger story that mirrored the one in which he was playing a small part. “Something in the book really clicked,” he says. “It transcended the moment I was in.”

Kort would become a Dune fanatic, reading and rereading Frank Herbert’s entire six-book series. But it was only years later, after his second deployment to Iraq—a far tougher tour of duty in which he was stationed in a hotbed of Sunni insurgency, with his troops repeatedly hit by roadside bombs—that he began to see deeper similarities.

After all, in Dune it’s the native Fremen whose insurgent, guerrilla tactics ultimately prove superior. Not those of the Atreides protagonists, the Harkonnen villains, or even the galactic emperor and his spartan Sardaukar warriors. No matter which analogy you choose for the United States—or whether the Fremen in that analogy are Iraqi or Afghan—the insurgents outmatch or outlast the superpower.

“You look at it now and you think to yourself, well, of course the lessons are there, right? We’ve learned that a preponderance of technology doesn’t guarantee success. That the military element of national power alone can’t secure your objectives at times,” says Kort, who today serves as a strategic planning and policy officer for the Army. “There are these messy human characteristics in there, where people have honor and interest bound up into it. And the adversary is sometimes willing to pay higher costs.”

In the decades since Herbert published Dune, in 1965, the book’s ecological, psychological, and spiritual themes have tended to get the credit for its breakout success beyond a hardcore sci-fi audience. In his own public commentary on the book, Herbert focused above all on its environmental messages, and he later became a kind of ecological guru, turning his home in Washington state, which he called Xanadu, into a DIY renewable energy experiment.

But reading Dune a half century later, when many of Herbert’s environmental and psychological ideas have either blended into the mainstream or gone out of style—and in the wake of the disastrous fall of the US-backed government in Afghanistan after a 20-year war—it’s hard not to be struck, instead, by the book’s focus on human conflict: an intricate, deeply detailed world of factions relentlessly vying for power and advantage by exploiting every tool available to them. And it’s Herbert’s vision of that future that is now revered by a certain class of sci-fi-reading geek in the military and intelligence community, war nerds who see the book as a remarkably prescient lens for understanding conflict on a global scale.

Written even before the advent of America’s war in Vietnam, Dune captures a world in which war is inherently asymmetric, where head-on, conventional military conflict has largely been replaced with all the subtler ways that humans seek to dominate one another: insurgency and counterinsurgency, sabotage and assassination, diplomacy, espionage and treachery, proxy wars and resource control. For the military officers and intelligence analysts who still read and reread Dune today, it presents an uncanny reflection of the state of geopolitical competition in 2021—from the pitfalls of regime change to the terra incognita of cyberwar.

On a recent Sunday afternoon, I brushed the dust off of an original Dune board game I had found in my late father’s house, a pristine cardboard relic released in 1979 that sat untouched on a shelf in my office for two years. The game, whose object is to conquer the entire territory of Arrakis, seemed like a helpful way to understand Dune’s microcosm of galactic conflict. So I persuaded some unsuspecting friends to try it.

It quickly became clear that, rather than simplifying Dune’s dynamics, the game aggressively leans into the book’s Talmudic complexity. Opting for the “basic” rather than “advanced” version of the rules, it still took two and a half hours for us to get through the first turn. Understanding any card required consulting a reference sheet that read like the fine print on a credit card statement. Rules had caveats, caveats had exceptions. And every player seemed to be able to break the rules in different ways. The Atreides player could look at cards that remained face down for the rest of us. Sandworms destroyed all the armies they touched, except the Fremen’s, who could ride them around the board. The Harkonnen player periodically revealed that other players’ characters were actually traitors secretly working for him.

A spartan native population disillusioned with invaders after a previous superpower's incursion: The parallels between Dune and Afghanistan were difficult to avoid.

Different sides even had their own paths to victory: The Fremen could win by preventing anyone else from winning. The Bene Gesserit player, representing Dune’s genetically engineered order of psycho-manipulative illuminati, wrote down a prediction before the first turn, guessing which player would win and when. If that prediction came true, they would win instead. The conflict wasn’t merely asymmetric; each player was in some sense playing a different game.

Dune’s vision of human struggle might appear on its face to be the opposite of the world in which Herbert lived in 1965, when two superpowers seemed locked in an existential stalemate. But the Cold War’s threat of mutual nuclear annihilation set the stage for the era of unconventional warfare that Herbert saw so clearly. In Dune, the Great Houses have signed a convention against the use of atomic weapons. That results in warring powers—namely the Atreides and Harkonnens—resorting to exactly the sort of restricted, covert, deceptive tactics that defined modern conflict during the Cold War and ever since.

“You have two parties that have no recourse but violent conflict. But you also have norms that mean violence must be as narrowly constrained through as tight an aperture as possible,” says Alex Orleans, a threat intelligence analyst at security firm CrowdStrike and a former analyst under contract at the Department of Homeland Security, who arrived to our interview with seven single-spaced pages of notes about Dune’s lessons for national security. “And so the idea becomes to engage in very limited, discrete, clandestine operations.”

In Dune, Herbert creates a term for that not-quite-war: kanly, defined in the book’s glossary (yes, it has a glossary) as a “formal feud or vendetta under the rules of the Great Convention, carried on according to the strictest limitations.” Just as the Harkonnens plant hunter-seeker assassination bots in the Atreides compound and the Emperor hides his Sardaukar supersoldiers in Harkonnen uniforms, Orleans sees kanly today in everything from US drone strikes to Russia’s invasion of Ukraine with “little green men” wearing no insignia.

The term kanly itself gives one hint of where Herbert pulled some of his ideas of unconventional warfare: It’s a word for “blood feud” used for centuries by some Islamic tribes of the Caucasus, which Herbert read about in historian Lesley Blanch’s 1960 book The Sabres of Paradise, an epic chronicle of those tribes’ brutal and mismatched war with Russian imperialist invaders. Herbert explicitly borrowed from that history: His Fremen speak Chakobsa, named for a language from the Caucasus, and entire lines from Blanch’s text end up in the mouths of Dune’s characters.

But in the Caucasus, the Russian invaders eventually won. In the Vietnam War, which Herbert would cover as a reporter for the Hearst newswire only years after writing Dune and its first sequel, Dune Messiah, the insurgents did. In Dune, Herbert placed his bet on the insurgents. “If you’d said in the wake of World War II that the United States would lose a war to guerrillas who didn’t have an air force or navy or even really heavy weapons, people would have just thought that you were insane,” says Major General Mick Ryan, commander of the Australian Defence College and author of the forthcoming book War Transformed. “But Dune did kind of presage that, didn’t it?”

For Ryan and other Dune-reading soldiers, the two wars in Iraq and the war in Afghanistan were even clearer echoes of Herbert’s vision. When Ryan describes serving as the commander of the Australian Army’s Reconstruction Task Force in Afghanistan’s Oruzgan Province in 2006 and 2007, he finds the parallels with Dune difficult to avoid. A spartan native population disillusioned with invaders after a previous superpower’s incursion, with the Soviet occupation of Afghanistan standing in for years of Harkonnen rule on Arrakis. Young locals whose tribal code of honor dictated that every casualty among them be avenged. The same cultural divisions—and the wholly different games each side was playing—always making victory more elusive than it first appeared.

Today, even in the wake of the Taliban’s victory in Afghanistan, Dune reads just as much like a parable about the growing tensions between China and other world powers, says Lieutenant Colonel Nate Finney, a former lead China planner for the US Army in Hawaii who’s now getting a doctorate in history at Duke University. In that analogy, it’s the Chinese who are the Atreides, a rising power threatening to shuffle the galactic order but trying to do so carefully, within the bounds of its rules. “When I started to see the interstellar politics of Dune and why certain houses are doing certain things, it just jumped out at me,” Finney says.

Compared to other works of sci-fi popular among military thinkers—he cites Ender’s Game and Starship Troopers—Finney says Herbert’s invented universe uniquely captures the human messiness and sheer complexity of conflict in the real world. “It’s really about the interesting, hard part of war. It’s not ‘a nuclear bomb goes off and this many millions of people die’ or ‘this plane can fly this far and drop this type of munitions’ or ‘this is the size of the army we need to hold a country.’ What Herbert was looking at was the human aspect,” Finney says. “When it comes to that human experience of war and politics and human interaction, in my mind, it’s Dune.”

Ryan, the commander of Australia’s Defence College, says he has included Herbert’s novel on his recommended reading lists for years for the same reason. “I think Dune is a very complete story for those who want to study war and human competition as a phenomenon,” he says. He compares its lessons to those of Thucydides’ History of the Peloponnesian War in their timelessness. “It looks at big strategic ideas and it looks at motivators for people, whether it’s ideology, whether it’s greed, whether it’s the old Greek ‘fear, honor, and interest,’” Ryan says, quoting Thucydides. “Dune represents the world as it is: a very complex, sometimes beautiful, sometimes awful thing.”

Amid all its predictions, Dune avoids thinking about how computers, the internet, and AI would reshape the world 25,000 years in the future. Herbert skirts that question by inventing a rebellion against an all-powerful sentient computer thousands of years before the events of Dune, leading to a galactic ban on “thinking machines.” The book sums up that future history in a single aphorism: “Once men turned their thinking over to machines in the hope that this would set them free. But that only permitted other men with machines to enslave them.”

But the contemporary era of cyberespionage and cyberwar has, in reality, provided yet another domain for Dune’s kanly to play out. That domain has, in some senses, proven to be the one where Herbert’s lessons about nonconventional tactics are the most apt of all, where deception, deniability, and asymmetric warfare thrive outside strictures of global conventions.

In 2014, cybersecurity threat intelligence firm iSight Partners discovered a group of Russian-speaking hackers carrying out what appeared to be a widespread espionage campaign focused on Eastern Europe. In their malware, the hackers had included strings of text to identify victims: arrakis02, BasharoftheSardaukars, SalusaSecundus2, epsiloneridani0. All references to Dune. Drew Robinson, an iSight analyst who worked on reverse-engi­neering the malware, remembers thinking, “Whoever these hackers were, it seems like they’re Frank Herbert fans.”

The analysts at iSight gave the hackers a fitting name: Sandworm, after the giant subterranean monsters that roam the deserts of Arrakis. Over the next four years, members of Sandworm planted their malware in the US power grid, targeted Ukrainian electric utilities with the first- and second-ever cyberattacks to trigger blackouts, attempted to sabotage the 2018 Winter Olympics while framing North Korea for the deed, helped carry out hack-and-leak operations against US and French political candidates, and unleashed a strain of self-spreading destructive malware known as NotPetya that inflicted $10 billion in damage globally, the most destructive act of cyberwar ever seen.

In their malware, the hackers had included strings of text to identify victims: arrakis02, BasharoftheSardaukars. All references to Dune.

In 2018, after iSight Partners had been acquired by the security giant FireEye and I was a year into tracking Sandworm for a book about the group, FireEye’s director of intelligence analysis, John Hultquist, sat at his kitchen table and laid out the evidence identifying its members: All signs, he said, pointed to Sandworm being Unit 74455 of the GRU, Russia’s military intelligence agency, a theory that would be confirmed by US and UK intelligence only last year.

In the same conversation, Hultquist also explained what he, after four years of analyzing Sandworm attacks, had come to believe were the group’s motives: They were carrying out a kind of guerrilla warfare much like what he’d faced while serving in Iraq and Afghanistan more than a decade prior. Rather than declare open war on the international order, Russia was using digital means to undermine it with brazen but deniable acts of cyber sabotage. “The reason you carry out terrorism is rarely to kill those particular victims,” Hultquist told me. “That’s never why someone tried to hit me with an IED. It’s about scaring the shit out of people so they lose the will to fight or change their mind about the legitimacy of their own security service, or overreact.”

In other words, Russia’s Sandworm hackers were experimenting with a fresh form of asymmetric warfare against a dominant power. After 50 years, Dune’s ideas had found new life again—not in the minds of that ruling power’s military analysts but in the minds of those seeking to topple it.

Dune Homeland
https://www.wired.com/story/dune-geopolitics-cybersecurity/

Autrefois, où passaient nos routes et nos chemins ? - www.histoire-genealogie.com

Fri 1 Oct 2021 - 06:06

L’invention et la multiplication des automobiles ont eu pour conséquence de profondément modifier la physionomie de nos campagnes. Où l’on pouvait passer sans problème à pied, à cheval ou même avec une charrette, devenait impossible avec une voiture : trop étroit, trop pentu, trop raviné…

De nouvelles routes ont vu le jour, des chemins ont été élargis, goudronnés, d’autres, désormais sans intérêt, ont disparu au fil des ans, envahis par la végétation ou sous les socs des charrues des agriculteurs qui, année après année, se les sont appropriés.

Si aujourd’hui, on cherche souvent à aller le plus vite et au plus court, à contourner les villes et à éviter les embouteillages, autrefois, au contraire, on passait avec intérêt dans les localités, où, vu la durée des déplacements, on trouvait de quoi se loger ou se nourrir, se faire soigner, où l’on pouvait assister aux offices religieux et faire du commerce les jours de marché et lors des foires, régulièrement organisées.

chemin
https://www.histoire-genealogie.com/Autrefois-ou-passaient-nos-routes-et-nos-chemins
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