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 La revue de web de Kat

ChatPDF : un outil en ligne pour converser avec les PDF et les analyser

Wed 24 May 2023 - 13:55

ChatPDF est une application en ligne basée sur l'intelligence artificielle qui permet d'interagir avec un document PDF comme s'il s'agissait d'un être humain. Vous pouvez lui poser des questions sur le contenu du fichier PDF à l'aide d'un service de chat facile à utiliser. Lorsque vous posez une question, l'IA utilise les paragraphes pertinents du PDF pour vous donner une réponse.
ChatPDF homepage

ChatPDF peut convenir dans différentes situations : extraire rapidement des informations d'un fichier PDF, résumer des fichiers PDF volumineux tels que des manuels ou des documents de recherche, aider des étudiants dans l'étude d'articles universitaires, etc. Vous pouvez utiliser un PDF provenant de votre ordinateur ou d'une URL.

Avant toute chose, il faut savoir que ChatPDF est limité dans sa version gratuite, puisque vous n'avez droit qu'à lui transmettre 3 PDF par jour avec 50 questions quotidiennes. Par ailleurs, les PDF ne doivent pas faire plus de 10 Mo et contenir 120 pages au maximum. Si vous voulez l'utiliser sans ces limites, il faudra débourser 5 $ par mois (2000 pages par PDF, 32 Mo/PDF, 50 PDF/jour et 1000 questions/jour).

Rien de bien compliqué pour utiliser ChatPDF. Il suffit de glisser-déposer un fichier PDF sur son interface, puis de lui laisser le temps de l'analyser. Il affiche alors un court texte résumant le document suivi de quelques suggestions de questions, dans une interface proche de ChatGPT. Vous pouvez, bien sûr, poser vos propres questions ou choisir de cliquer sur les propositions qu'il va développer à la suite.
ChatPDF resume

Quand vous avez terminé, vous pouvez exporter (en TXT) le contenu de cette conversation en cliquant sur la petite flèche dans le coin supérieur droit de ChatPDF ou bien le partager à l'aide d'un lien proposé par l'application (également en haut à droite).
ChatPDF example

ChatPDF

Tuto :
Présentation en vidéo (en français)

Freewares-et-Tutos
https://freewares-tutos.blogspot.com/2023/05/chatpdf-un-outil-en-ligne-pour.html

BlueMail : un gestionnaire de messagerie multiplateforme et multi-comptes

Wed 24 May 2023 - 13:53

En 2019, je vous avais présenté l'application Android gratuite de messagerie multi-comptes BlueMail. Je l'utilise d'ailleurs toujours sur mon smartphone, mais il faut savoir que BlueMail est également disponible pour Windows, Mac, Linux et iOS. La version pour ordinateur reprend plus ou moins les mêmes caractéristiques que la version pour mobile. BlueMail pour Windows vous permet d'ajouter un nombre illimité de comptes de messagerie tout en prenant en charge les principaux protocoles de messagerie, notamment IMAP, SMTP, Exchange ActiveSync, EWS et POP3.

BlueMail pour Windows

BlueMail utilise les principaux protocoles du secteur pour sécuriser et protéger vos données et se connecte directement à votre fournisseur de serveur de messagerie sans avoir besoin d'un proxy de messagerie. BlueMail peut vous convenir de nombreuses messageries, que vous ayez un compte Gmail, Outlook, Hotmail, Yahoo Mail, AOL, iCloud, Office 365 ou tout autre fournisseur. De plus, il est multilingue, français inclus.
BlueMail pour Windows

Attention, la version pour Windows ne fonctionne que sous Windows 10 et Windows 11.

Principales caractéristiques de BlueMail :

  • comptes unifiés : vous pouvez combiner plusieurs comptes de plusieurs fournisseurs en une seule vue. Vous pouvez accéder à chacun d'entre eux séparément ou utiliser la boîte de réception unifiée pour les gérer tous à partir d'un seul endroit.
  • calendrier intégré : le calendrier est intégré de manière transparente dans l'interface de l'application, ce qui permet une gestion plus organisée.
  • fonction Clusters : organise votre courrier électronique en classant les expéditeurs connus en groupes intelligents. Il organise automatiquement vos communications provenant d'expéditeurs connus dans un sous-dossier.
  • antispam : traitement du spam avec la possibilité de bloquer directement des expéditeurs, des domaines ou un suffixe entier de domaines.
  • fonction MagicSync : permet de sauvegarder, de restaurer et de transférer en toute sécurité les configurations et paramètres de votre compte entre tous vos appareils.
  • sécurité : vos données sont cryptées (SSL/TLS et STARTTLS) pour que toutes vos communications et informations soient protégées et sécurisées.
  • etc
    BlueMail pour Windows

Téléchargement :
Homepage

Tuto :
Aide officielle en ligne (en français)

Tutos en vidéo :
Utiliser BlueMail sous Windows 10
Synchroniser ses comptes mails sur Bluemail (Windows/MacOS)

Freewares-et-Tutos
https://freewares-tutos.blogspot.com/2023/05/bluemail-un-gestionnaire-de-messagerie.html

La liberté de la presse est "noyée" sous la désinformation, alerte Reporters sans frontières dans son classement annuel - FranceInfo

Wed 3 May 2023 - 08:28

Pour l'ONG, les nouveaux "moyens technologiques permettent de diffuser le faux, de le présenter pour le vrai, d'amplifier les rumeurs, la propagande", et leur "intensité est inédite".

Propagande politique, manipulations économiques, faux contenus générés par l'intelligence artificielle... La désinformation au sens large est une menace majeure pour la liberté de la presse dans le monde, s'alarme mercredi 3 mai Reporters sans frontières (RSF) dans son 21e classement annuel.

Sans changement, le pays le mieux noté est la Norvège et le dernier la Corée du Nord. La France est 24e et gagne deux places. Globalement, les conditions d'exercice du journalisme sont mauvaises dans 7 pays sur 10. Cette édition 2023 pointe en particulier les effets de la désinformation. Au classement, les baisses les plus importantes s'observent au Pérou (110e, -33 places), au Sénégal (104e, -31 places), en Haïti (99e, -29) ou en Tunisie (121e, -27). A l'inverse, le Brésil (92e) remonte de 18 places après le départ de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, battu par Lula aux élections fin octobre.

Dans les deux tiers des 180 pays évalués, les spécialistes qui contribuent à l'élaboration du classement "signalent une implication des acteurs politiques" dans des "campagnes de désinformation massive ou de propagande", selon RSF. C'est le cas de la Russie, de l'Inde, de la Chine ou du Mali.
"Industrie du simulacre"

Plus largement, ce classement "met en lumière les effets fulgurants de l'industrie du simulacre dans l'écosystème numérique". "C'est l'industrie qui permet de produire la désinformation, de la distribuer ou de l'amplifier", explique à l'AFP Christophe Deloire, secrétaire général de l'ONG. C'est, selon lui, le cas des "dirigeants de plateformes numériques qui se moquent de distribuer de la propagande ou de fausses informations". Sur France Inter, mercredi, il a mis en cause "le pouvoir du patron de Twitter, Elon Musk, qui peut décider de modifier son algorithme et d'amplifier la désinformation". "L'information fiable est noyée sous un déluge de désinformation", juge Christophe Deloire, selon qui "on perçoit de moins en moins les différences entre le réel et l'artificiel, le vrai et le faux".

Mais ce qui l'inquiète tout particulièrement, c'est la capacité qu'ont certains Etats de "disposer de moyens technologiques pour exercer une propagande". "Que ce soit Moscou ou Pékin, les grandes dictatures ne se contentent pas de contrôler les esprits de leurs citoyens avec un bourrage de crâne", s'est-il désolé sur France Inter, alertant sur la volonté qu'ont la Russie et la Chine "d'exporter leur contenu de propagande et leur modèle de contrôle de l'information" au-delà de leurs frontières.

Journalisme RSF
https://www.francetvinfo.fr/economie/medias/classement-mondial-rsf-la-liberte-de-la-presse-noyee-sous-la-desinformation_5804549.html

Dans les médias comme sur internet, il est devenu impossible de débattre | Slate.fr

Sun 30 Apr 2023 - 13:04
  • Monique Dagnaud et Telos — 30 avril 2023*

Alors que le web offrait la promesse d'une ouverture démocratique, c'est tout le contraire qui est en train de se produire.

Le débat sur les retraites illustre sans ambages l'aboutissement du processus engendré par la communication internet qui, au départ, offrait la promesse d'une ouverture démocratique mais qui, à l'arrivée, se révèle être un aller direct et peut-être sans retour vers le populisme. Les fils Twitter, le réseau des journalistes et de tout le monde (il est ouvert), déclinent imperturbablement depuis trois mois une scène primitive: Emmanuel Macron («Le président des riches», narcissique, illibéral ou au contraire ultralibéral, etc.) contre le peuple («pas écouté», «méprisé», «en colère», «trahi»).

Massivement, les gazouillis de l'oiseau bleu véhiculent des variations sur ce refrain. Le plus sidérant c'est que ce prisme organise le débat presque partout ailleurs, dans les grands médias d'information, qu'ils soient publics ou privés. Ce nouveau système médiatique interroge. Comment expliquer une telle asphyxie de la pensée délibérative?

L'algorithme de la haine et du désaccord

L'Italie a été le premier pays à expérimenter le populisme médiatique, raison sans doute pour laquelle les penseurs italiens rivalisent d'ironie face à la France: «Cette discipline du Macron bashing va rentrer parmi les disciplines olympiques de Paris 2024», s'amusait ainsi le journaliste Paolo Levi, au micro de RTL le 21 avril.

Dans Les Ingénieurs du chaos, l'écrivain Giuliano da Empoli décrit la montée au pouvoir, à partir de sa création en 2009, du Mouvement 5 étoiles (M5S). Une ascension qui doit tout, d'une part, à Beppe Grillo, blogueur, comique, showman de télévision, pourfendeur de la classe politique italienne, et, d'autre part, à ses conseillers experts en numérique. Le baroudeur a réussi à mobiliser des millions d'électeurs grâce à l'algorithme qui permet «de cultiver la colère de chacun sans se préoccuper de la cohérence de l'ensemble, qui dilue les anciennes barrières idéologiques et réarticule le conflit politique sur la base d'une opposition entre le peuple et les élites».

En dirigeant des messages ciblés en direction de ces masses d'individus frustrés, des discours qui discréditent un candidat et flattent l'image de l'autre, ces experts mènent de véritables guérillas virtuelles et, finalement, parviennent à influencer suffisamment de votes pour faire pencher un scrutin dans le sens souhaité. En 2013, le Mouvement 5 étoiles récoltait 23% et 25% des voix dans les deux chambres du Parlement, se hissant au second rang des partis italiens. L'expérience à été réitérée avec succès lors de la campagne présidentielle de Donald Trump aux États-Unis en 2016, ou du Brexit la même année. L'heure des Français serait-elle arrivée?

Les plateformes numériques, on le sait, inclinent, pour des motifs économiques, à aller toujours plus loin vers la diffusion de contenus ludiques, festifs, et transgressifs qui incitent les internautes à «s'engager» (liker, commenter, répondre, partager). Les médias audiovisuels anciens ont connu cette même évolution vers le divertissement dans les années 1980-1990 avec l'explosion des chaînes commerciales, mais avec une différence: en matière d'information, la plupart d'entre elles restaient généralistes et pluralistes et s'attachaient à favoriser la confrontation de points de vue et, par là, à contribuer à la conversation démocratique.

Aujourd'hui, c'est exactement le contraire: tout concourt à polariser les auditeurs et les opinions, à hystériser les esprits, même dans les grandes chaînes ou radios, peu importe qu'elles soient publiques ou privées –les chaînes tout-info poussant ce principe à l'extrême. Pourtant, le cahier des charges des grandes télévisions, soucieux de créer les conditions de la vie démocratique, multiplie les obligations en faveur du pluralisme et de l'honnêteté de l'information –un cadre juridique qui semble ne plus faire l'objet d'aucun contrôle.

Des médias «de référence» devenus médias d'opinion

Le cyclotron Twitter mouline en instantané l'information chaude. Son architecture algorithmique obéit à l'économie de l'attention, à celle de l'engagement de l'internaute, peu importe le contenu. Chaque internaute vit dans son silo, les «thread conversationnels» sont inexistants ou en tout cas tournent court très vite (4% des échanges sont des réponses sur Twitter France, contre 80% de likes), la communication s'opère par des clins d'œil, des interjections indignées, dénonciatrices ou approbatrices et, bien entendu, par la rediffusion de séquences brèves, extraites de l'actualité télévisée: celles qui, en un flash, résument une opinion radicale.

Les producteurs de contenus «énervés» sont peu nombreux, mais ils inondent le réseau, que consultent beaucoup d'internautes passifs. Ce carnaval fait fuir ceux qui sont habités par une exigence intellectuelle; ils abandonnent la foire d'empoigne Twitter et préfèrent fréquenter des espaces de discussion spécialisés ou les réseaux «pro» comme LinkedIn, et se réfugier vers les podcasts, les nouveaux magazines ou les sites de la presse généraliste. Cette désertion laisse Twitter aux internautes galvanisés par des humeurs et commentaires chargés d'émotions, ceux-là même qui appellent un émoticone d'approbation (le réseau propose des cœurs et pas d'émoticone de rejet).

Les journalistes des grands médias obsédés par le fait de sonder les attentes du public se sourcent sur Twitter, qui les branche sur la fraction la plus exaltée des internautes, et cette vision circule ensuite aussi grâce à d'autres applications, en particulier les messageries Telegram de journalistes et de communicants. Cette tonalité est dès lors transposée dans la grande information politique, le bottom-up jouant alors à plein. Parallèlement, pour affirmer leur fonction de contre-pouvoirs et forcer leur visibilité, les intervieweurs et éditorialistes construisent leurs questionnements sur de la critique, voire de l'agressivité, usant d'une tonalité empruntée à leurs collègues américains.

Enfin, beaucoup d'entre eux, en particulier les jeunes journalistes, semblent endosser les convictions de la gauche radicale, à l'instar d'une bonne partie des élites intellectuelles: on en repère les traces dans le journal Le Monde, dans les médias publics comme France Inter, des univers professionnels situés dans le halo de Sciences-Po (où 55% des étudiants ont voté pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022). Les médias «de référence», de ce fait, ont tourné en médias d'opinion.

Utilisation des ressources numériques, journalisme de combat et radicalisme à gauche font système: la médiasphère présente un profil beaucoup plus engagé que ne l'est la population française moyenne. Dans cette bataille culturelle, le souci du pluralisme, de la vérité, de la pondération et de l'argument rationnel passe d'évidence après d'autres considérations.

La puissance des liens faibles

Dans The revolt of the public and the Crisis of Authority in the New Millennium, le politiste américain Martin Gurri explore le changement de paradigme né du web: en donnant la parole à tout le monde, chacun exprimant ses intérêts et ses émotions du moment, le Digital Age anéantit l'idée d'une société organisée selon une hiérarchie des savoirs et des positions –dans le gouvernement, les entreprises et les universités.

Le mode de fonctionnement ancien des sociétés devient alors illégitime. Vertical, centralisé, assis sur le socle des élites diplômées, des hauts cadres et des professionnels, pratiquant des délibérations compliquées, une obsession des normes et des procédures, guidé par des stratégies et une planification, filtré par les grands médias et les dispositifs culturels, ce modèle entre de plein fouet en conflit avec un nouvel acteur: l'amateur. L'internaute lambda exige d'être écouté et rejette spontanément les paroles issues d'un lieu d'autorité.

Martin Gurri pointe ainsi la puissance des liens faibles. Les réseaux pratiquent un égalitarisme fanatique sans craindre d'engendrer des dysfonctionnements sociaux majeurs. Ce nouvel acteur (le Public) se positionne radicalement contre le centre de la société, contre les pouvoirs organisés, campe sur un refus de l'ordre établi et s'active selon un élan unilatéral sans accorder la moindre considération aux autres parties prenantes du jeu social.

Sa dynamique et son mode de pensée s'orientent alors aisément vers une démarche nihiliste, la violence pour la violence, aucune réponse politique ne pouvant apaiser cet embrasement –qui n'a alors d'autre voie que de s'éteindre de lui-même. Dégager des leaders, prendre le pouvoir n'est pas le projet du Public, sa stratégie est plutôt de provoquer des nuisances et son principal projet, de s'opposer.

Que faire face à une foule sans tête et animée seulement par une position de refus? À tout moment, le pouvoir des faibles, coordonnés à travers des liens faibles au sein de la galaxie numérique, menace de déstabiliser le monde ancien –construit, lui, sur des liens forts (système de valeurs, cadres institutionnels, hiérarchies organisationnelles et scolaires).

La guerre du faux

Le philosophe italien Maurizio Ferraris, auteur de Postvérité et autres énigmes, établit la continuité entre le postmodernisme et le populisme avec la banalisation d'un régime de post-vérité. Il décrit le processus de l'histoire des idées qui trace ce chemin: déconstruction de la «rationalité instrumentale» perçue comme un agent de domination, affirmation du principe nietzschéen selon lequel «il n'y a pas de faits, mais seulement des interprétations», émergence de nouvelles pratiques accordant la toute première place à l'émotivité et à la solidarité, montée au pinacle de la subjectivité, avec son aboutissement, la privatisation de la vérité.

Internet galvanise ce processus, en encourageant le pouvoir direct des individus et en faisant disparaître les instances de validation. Dans l'effervescence de la communication décentralisée, créer du faux et le faire circuler, c'est d'ailleurs l'enfance de l'art –tant par la diffusion de «preuves» par des images truquées ou sorties de leur contexte, que par le martèlement d'idées ou de visions du monde mille fois partagées dans les liens numériques. Ce flot de narrations et de vérités alternatives, souvent résumées en tweets ou en statuts Facebook qui par leur abondance s'apportent une garantie réciproque, devient alors acceptable au nom du principe selon lequel chacun a droit à sa part de la vérité.

Au-delà de cet antiscientisme emboîté à la critique des sachants, d'autres éléments expliquent la crédulité d'une partie de la population face aux vrais ou demi-mensonges ainsi que, parfois, sa capacité à succomber aux fantasmes les plus délirants. À une époque où les médias et les responsables des partis de gouvernement sont souvent suspectés de mensonges –parfois à tort ou parfois à juste titre–, que des leaders populistes se jouent de la vérité, ou même inventent une réalité alternative, ce comportement n'entame pas leur crédit auprès de leurs électeurs et électrices.

Donald Trump a pu énoncer n'importe quelle énormité sans que cela ne choque ou ne lui porte préjudice. Bien au contraire, oser affirmer une chose fausse peut être perçu comme un acte d'émancipation, voire de bravoure, et celui qui ose transgresser les normes ou les vérités établies peut apparaître aux yeux de certains comme le vrai champion de leurs intérêts.

Business de la haine, révolte contre les hiérarchies, notamment celles des savoirs, mise en place de la subjectivisation de la vérité: difficile de lutter contre ces forces obscures, dont une partie relève de la puissance technologique; difficile, pour les sociétés démocratiques, d'affronter un tel chaos. Même Marshall McLuhan[1] n'aurait pas imaginé l'émergence d'un tel «moule de l'esprit».

1 — James W.Carey résume ainsi la pensée du professeur de communication: «Les technologies de la communication, loin d'être neutres, loin de se réduire à des outils de transmission, participent au sens du message: elles constituent “des choses avec quoi penser, des moules de l'esprit, des façonneurs de représentations”», Communication as Culture: Essays on Media and Society, New York & Londres, Routledge, édition révisée, 2008.

Journalisme opinion populisme
https://www.slate.fr/story/245453/populisme-medias-internet-reseaux-sociaux-twitter-journalisme-debat-reforme-retraites

A trip down the most mysterious road in California - SFGATE

Sun 30 Apr 2023 - 11:56

A trip down the most mysterious road in California, Zzyzx Road
Andrew Chamings, SFGATE, Jan. 24, 2023

(En cours de mise en page : illustrations à ajouter)

The Zzyzx Road sign along Interstate 15 in the Mojave Desert, between Las Vegas and Los Angeles.

The Zzyzx Road sign along Interstate 15 in the Mojave Desert, between Las Vegas and Los Angeles.
Stammberger1973/CC 3.0 via Wikipedia

A crucifix-shaped swimming pool crumbles in the desert sun. Alongside it, five decrepit concrete baths once filled with the promise of cleansing sins. Warm mineral water, tapped from what was said to be a holy underground river, drew desperate salvation searchers to this remote California wasteland. Today, part of the pool sinks into the banks of the ancient lakebed upon which this strange settlement was built.

This place was once the 12,000-acre dream of notorious huckster and “super squatter” Curtis Springer. Springer claimed to be a doctor, a minister, a professor and a miner — but turned out to be none of those things. Eventually, his wrongs caught up with him, forcing him to leave his tiny stolen empire in these desolate reaches of California.

This strange history, the two horror movies shot here and the place’s bizarre name first drew me to the Zzyzx Road turnoff on Interstate 15, around an hour east of Barstow. But notorious fraudster and creepy swimming pool aside, I discovered that the site at the end of the 4-mile track is a natural phenomenon unique unto itself. A true oasis in the desert.
Lake Tuendae in Zzyzx, Calif.

Lake Tuendae in Zzyzx, Calif. Andrew Chamings / SFGATE

Around 3 miles in, the road turns to loose gravel as it bends around a rocky outcrop. Lined with palm trees, the unpaved track finally approaches the fabled cluster of buildings at its terminus.

I made my way down there on a clear winter day. Without a soul in sight, the place felt a world away from the highway that ferries thousands between Los Angeles and Las Vegas every day.

The most striking sight at Zzyzx is Lake Tuendae, a body of water the size of a football field. Beyond, through the palm trees, the vast, ancient, crusty white lakebed reaches to the Devils Playground mountains.

“It’s a special place,” Dr. Terry McGlynn tells me. “There are scorpions at night, foxes, coyotes, rabbits and big-horned sheep wandering around. It’s absolutely stunning.”

McGlynn is the director at the California State University Desert Studies Center, which has occupied the storied settlement of Zzyzx, once named Soda Springs, for nearly 50 years. There, students and research scientists stay for weeks on end at the edge of Soda Dry Lake — a bright-white lakebed that was once Lake Mojave. Evidence shows that Indigenous people began populating the lakeshore around 10,000 years ago.

“It’s the terminal basin for the Mojave River, which runs west to east from the San Bernardino Mountains,” DSC operations manager and herpetologist (lizard expert) Jason Wallace tells me. “Which is kinda backwards for most river systems.”

While dry on the surface, the Mojave River is still active underground, Wallace says. “It’s always a little moist, not too far under the lakebed.”

Dry lake bed in Zzyzx, Calif.

Dry lake bed in Zzyzx, Calif.
trekandshoot/Getty Images/iStockphoto

Visiting students’ work here today includes drilling into the rocks to discover ancient climates, tracking sheep, conducting a reptile census and analyzing the hydrology of the ancient natural springs that have drawn people there for thousands of years.

“Geologists come from all over the world,” McGlynn says. “It offers a really unique window into the history of time.”

Despite the often repeated myth that the site is an abandoned ghost town, Zzyzx is an active field station, affiliated with California State University Fullerton, with around 60 beds for visiting students and research scientists.

“For some students from LA, this is the first place they see the uninterrupted night sky. It’s spectacular,” McGlynn says. “A lot of people haven’t seen the Milky Way before.”

The beautiful centerpiece to Zzyzx, Lake Tuendae, provides a home for mud hens, dragonflies and various migratory birds getting a drink on their long flight over the desert. It’s also one of only three places where the protected and endangered Mohave tui chub fish can be found.

“You never see them. They sit on the bottom of the lake,” McGlynn says. “Once every few years, a group of people monitor them to make sure they're there and OK.”

But something about the rectangular pond, flanked with evenly spaced palm trees, seems uncanny. It’s almost too perfect. That’s because the pristine lake in the desert is, in fact, a human-made pond. And that human is seemingly inescapable in any story about this place.

“There are no photos that show this,” McGlynn says. “But presumably, the lake was dug out by Springer.”
Sign on I-15 at the end of Zzyzx Road, from the Curtis Springer era.

Sign on I-15 at the end of Zzyzx Road, from the Curtis Springer era.
Desert Studies Center

Born in 1896 in Alabama, Curtis Springer first made a name for himself as a lecturer and later as a radio evangelist and fervent promotor of health foods.

As a self-described doctor, Springer took curious students’ cash to attend his lectures and learn his secrets to a healthy, God-fearing life. In 1930, at a YMCA in Scranton, Pennsylvania, Springer taught a course he claimed was associated with the “Extension Department of the National Academy,” a wholly made-up university. Other courses included “How to Banish Disease and Know the Joy of Living” and “Picking a Husband for Keeps.”

One repeated grift of Springer’s — may it be while teaching courses, offering samples of his miracle foods or later inviting visitors to bathe in his desert pool — was to ask for zero cash upfront but bait-and-switch attendees during the proceedings to get their money. Many of his lectures would pause halfway through so Springer could collect “donations” and also offer private sessions later that day for $25 a pop.

A 1935 report titled “Curtis Howe Springer: A Quack and His Nostrums,” published by the Journal of the American Medical Association, alleged that Springer lied his way through numerous East Coast and Midwestern cities in the early 1930s, duping people out of cash payments for courses before leaving town and adorning himself with various fictional titles along the way.

Springer also launched a curiously named magazine, “Symposium Creative Psychologic,” a title the American Medical Association found “as meaningless as some of the titles Springer has annexed.” Archives reveal a second magazine, named “The Elucidator,” was also published in 1935, but a second issue never appeared.
Archival advertisements for the resort and Curtis Springer's radio show.

Archival advertisements for the resort and Curtis Springer's radio show.
Desert Studies Center

At the peak of his radio fame, Springer’s show was syndicated by over 200 stations in the U.S. and another 100 overseas. Springer claimed he had 14 million listeners a week, which may have been not far from the truth. The show was a combination of preaching (Springer claimed to be a Methodist minister but was later revealed to be self-ordained at best), gospel singing, screeds against the sins of alcohol and testimonials from happy users of his miracle medicinal cures.

These dubious products, which would later land Springer in jail, included his famous Antediluvian Tea, a mixture of laxatives named after a biblical flood; a “Hollywood cocktail”; a $25 hemorrhoid kit; and Mo-Hair, a baldness cure that was later revealed to be a mixture of just two ingredients: mud and oil.

In his various ads, lectures and radio shows, Springer followed his name with M.D. and Ph.D. — titles the AMA’s investigation found had no merit whatsoever, as Springer never “graduated from any reputable college, medical or otherwise.” At one point in Pennsylvania, he was charged with practicing medicine without a license but skipped town while on bail, according to the report.

Maybe to escape the AMA or those seeking his tax dollars or refunds for aborted courses, in the early 1940s, Springer moved to Los Angeles.

Old palms stand sentinel against the desert at Zzyzx.

Old palms stand sentinel against the desert at Zzyzx.
R_Litewriter/Getty Images/iStockphoto

While there, he once recalled how he stumbled upon a 25-cent pamphlet in a secondhand Hollywood bookstore about the “mineral springs of the Pacific Coast.” Inside, he saw mention of a place named “Fort Soda Mineral Springs,” in the Mojave Desert. When he was unable to locate the site on a map, Springer headed into the desert, some 200 miles from his Hollywood home, and managed to find the spring that was sourced from the underground Mojave River, on the edge of the ancient Soda Dry Lake. At the time, the site was an uninhabited wilderness with nothing on the land beyond some old baking soda mines and the remnants of Fort Soda, an early Spanish and then U.S. military camp where dozens of Native American people were killed in the 1860s.

Springer and his wife Helen filed a mining claim to an 8-by-5-mile swath of federal land there and proceeded to build the place the preacher would be forever remembered for.

To build his ambitious resort, Springer headed back to Los Angeles and hired homeless men on Skid Row to come to the desert and help him tap the spring and erect the settlement at what was then named Soda Springs. Springer himself admitted to bringing “hundreds” of men from Skid Row to help build the site and paying them in room and board.

He coined the site “Zzyzx” as a gag of sorts — so he would always have “the last word in health.” The name was formally, and controversially, recognized by the San Bernardino County Board of Supervisors in 1965, resulting in the iconic green sign on I-15.

Springer’s hired help built the “hotel” — the same dorms used today by visiting students — on the town’s main esplanade he named “Boulevard of Dreams.”

The first newspaper advertisement for the resort ran in November 1945 in the Los Angeles Times, offering bus trips to Zzyzx from LA hotels and promising mud, sun, mineral baths, homemade ice cream and a “definite Christian atmosphere.” Springer had long been a staunch advocate of prohibition, and the site never served a drop of alcohol.

A view of the old Soda Springs health spa in Zzyzx, Calif.

A view of the old Soda Springs health spa in Zzyzx, Calif.
Andrew Chamings

Zzyzx would prove to be a big success, largely due to the apparent cost. “We accept whatever amount God has made possible for you to pay,” the ad stated.

This also proved to be a falsehood; Springer charged $50 a week to the vast majority of guests, though he would grant a free stay if the visitor provided a letter from their “preacher, priest or rabbi” proving that they were indeed “penniless.”

The site mostly bussed in pensioners from Southern California and could welcome up to 140 guests, all seeking to be cleansed in the desert by Springer’s godly advice, hot mineral water and health cures. And for some of those who visited the site, it seemed to work.

“I had arthritis in my hand so bad I could hardly bend it,” one unnamed 89-year-old guest said in a New York Times story headlined “Zzyzx is a booming health spa.” “Now look,” she added, before “flexing her gnarled hand with ease.”

Through the 1950s, laborers at Zzyzx continued to expand Springer's dream in the desert. At one time, the site boasted a recording studio, a metal-working shop, a printing facility and even Springer’s own private airstrip named Zyport, which ferried the radio star back to Hollywood every week to promote his new attraction.

What remains of the old Soda Springs health spa at Zzyzx, Calif.

What remains of the old Soda Springs health spa at Zzyzx, Calif.
Dylan Liebeck / EyeEm/Getty Images/EyeEm

It was also fitted with a PA system and loudspeaker, from which Springer would bellow a twice-daily sermon while not recording his radio show on-site.

Many of the advertisements for the resort claim the cleansing water that sprung from the underground river into the cross-shaped pool and baths was naturally “warm.”

But as with all of Springer’s claims, all wasn't as it seemed at Zzyzx.

“He used to heat it up and say it was ‘hot springs,’” McGlynn laughs. “He had a diesel generator to heat the water and say ‘ooh it’s hot mineral springs.’”

Springer’s car salesman-like approach to drawing customers to the desert can be heard on an archival recording of his radio show.

“We have this lovely 12,000-acre estate here that belongs to God,” Springer announces. “If you want to come and stay, come and stay for a month. If at the end of that month, you have any results that you think are worthwhile, and you’re able to do so, we’d appreciate anything you have to contribute. If you don’t, you owe us nothing.”

“The idea was that the water came from a 'cleansing spring,'” McGlynn says, and while the water was technically safe, it was largely undrinkable due to the mineral content. “The water would literally cleanse you by giving you diarrhea.”

Things started to go wrong in the late 1960s, when Springer allowed those who made large donations to build houses on the land, which was still technically owned by the Bureau of Land Management. Springer’s 1944 mining claim did not allow occupation or development of the land beyond mining use, and Springer did everything there but mine.

The crucifix-shaped swimming pool seen from above.

The crucifix-shaped swimming pool seen from above.
Google Earth

In 1967, an LA Times writer named Charles Hillinger published several exposes painting Springer as nothing more than a fraud and a huckster, living on stolen land. Springer was described by the paper as a “pudgy, blue-eyed, ruddy-faced, thin-haired promoter.” Hillinger’s reports revealed that the IRS and Bureau of Land Management had been investigating the squatter since the early 1950s for tax evasion and building countless buildings on land he never owned.

In 1968, Springer was arrested at the resort and served 49 days of a 90-day sentence on 65 counts of false advertising and misrepresentation. One of the charges named his $25 hemorrhoid treatment as useless, and another said Springer sold simple foods such as celery and parsnip as pricey “health supplements.” Springer was also charged with falsely claiming his regimen “cured cancer.”

After his sentence, Springer returned to the resort and continued to operate his business there, despite the BLM's serving notices that he owed $34,000 in rent. The news of his charges also shined a spotlight on the Zzyzx and brought more reporters to the remote road.

In 1969, a Chicago Tribune journalist approached Springer at the resort with some tough questions and received a frosty welcome.

“I’ve told you three times I don’t want any snooping around. You newspaper men are just like detectives. ... If you’re looking for trouble, we’ll give it to you,” Springer told the reporter, who described the heated moment somewhat poetically: “During this outburst, his ears reddened to the same color as his bulbous nose, setting off his white hair rather flatteringly in the late afternoon sun.”

Though, as was often the case in the diverging views on the mercurial figure, even that report stated that he “may be a shameless fraud, or he may be a great healer of mankind."

After six years of court proceedings, in 1974, the Bureau of Land Management finally, forcibly evicted Springer from the town he named but never owned.

“Behind the fraudulent acts he has perpetrated stand hundreds, or thousands and possibly tens of thousands of people who have been bilked of their money and possibly their health,” a probation officer wrote, adding that the spa was “portrayed in advertising as an Eden while in comparison is directly the opposite.”

Soda Dry Lake, as seen from a decaying structure at Zzyzx.

Soda Dry Lake, as seen from a decaying structure at Zzyzx.
Kristo/Getty Images

Just two years later, the site was turned into the university research center that still operates today. In a strange TV news moment, on the day of the launch of the site in 1976, as journalists gathered and cameras were rolling, Springer drove up to the site, in violation of his court order.

“The 80-year-old super squatter,” a local news anchor reported, “held court by the lake he built, boasting of the millions of free beds and free meals he had handed out at the site over the years.”

When asked by a reporter where he got the money to fund that charity, Springer curtly replied, “Well, that’s none of your business.”

At that time, the Philadelphia Inquirer estimated that Springer earned between $250,000 and $750,000 a year from donations. Another report said he netted over $1 million a year between 1963 and 1968.

“I believe this property belongs to God,” Springer told the cameras. “I’m going to keep my foot right in the door. I’ll fight until hell freezes over, and the last dog has been hung.”

It would be Springer’s last time at Zzyzx, though the preacher protested the eviction decision until his dying day.

Others also spoke out in defense of Springer and what he achieved in the desert. “He had done a lot of good. He gave retirees a place to vacation,” the owner of a hotel in nearby Baker told reporters. “Now lots of people are left with a vacuum in their hearts.”

“We aided in the rehabilitation of 4,000 destitute men,” Springer said in his twilight years in 1982. “I’d like our children and friends to know, and not forget about the good things we did at Zzyzx.”

Curtis Springer died on Aug. 19, 1985, in Las Vegas, at the age of 88.

Lake Tuendae in Zzyzx, Calif.

Lake Tuendae in Zzyzx, Calif.
Andrew Chamings / SFGATE

“It’s interesting to me that there hasn’t been a biography or movie about his legacy,” McGlynn tells me. “Not many people know about him.”

Two schlocky horror movies — one, a Katherine Heigl vehicle that holds the unenviable title of lowest-grossing movie ever made — have been set on Zzyzx Road. Both were released in 2006, meaning one was forced to misspell the name, “Zzyzyx” Road, to add even more confusion to the name.

Setting a horror movie there makes sense; the cinematic landscape and desolation are ripe for modern Western tales of bloodshed and scares, and in researching this story, I found two forgotten real-life tragic events at the site, both involving Curtis Springer’s then-teenage sons.

The first happened in December 1952, when Springer’s 16-year-old son, Terry Foster Springer, awoke in the middle of the night to a ruckus in a goat pen. Springer said he believed a wild cat was in among the livestock and fired his .22-caliber rifle at the commotion. The shot killed a man named Roberto De La Armendariz. Springer’s son was never held or charged in relation to the incident.

A few months later, in 1953, Springer’s older son, Charles, 19, killed himself in a bizarre accident while out with a party of friends hunting rabbits. According to a short obituary published in the Daily American, Springer jumped out of the truck in which he was riding to kill a wounded rabbit with the butt of his rifle. “The rifle barrel, loosened from the butt, discharged driving the bullet into the lung of the unfortunate young man.” Charles Springer reportedly died shortly after while en route to Barstow Hospital.

Records also show both of Springer’s parents died on-site at Zzyzx in the 1950s.
The remains of the swimming pool and baths at Zzyzx, California.

The remains of the swimming pool and baths at Zzyzx, California.
CC 2.0 via Flickr users el-toro and Don Barrett

Over the 50 years, the crucifix-shaped swimming pool has remained mostly intact. And its presence in the middle of the research center has been what McGlynn calls an “attractive nuisance.”

Wallace, who lives on-site and has worked there since 2007, wants visitors to know that they should stay on the designated path around Tuendae Lake. “You can see everything from the Springer days from there,” he says, adding that the swimming pool has been “wrecked” by gawkers.

Maybe due to its history, or its remoteness, in recent years, the site has sometimes become a draw for those seeking life off the grid.

“We’re a magnet; we’re at the end of a weirdly named road, which piques everyone’s interest. We get vandalized. We get people poking around where they are not supposed to,” Wallace says. “People think it's abandoned. They walk away with stuff and say, ‘Oh, I'm sorry. I didn’t realize anyone was here. I’m just taking this chainsaw.’ It’s crazy.”

Wallace said that during the pandemic, the site became a destination for some. “They didn’t know where to go. ‘I need to get out. I’ll just go to the desert,’ they’d say, and they’d get themselves in trouble.”

“People are out here in the middle of the summer with half a bottle of water, no idea where they’re going or what they’re doing,” Wallace says. “But the desert will always win.”

I ask McGlynn if Zzyzx ever feels a little spooky at night. “I don’t feel that way, but I think some visitors might. It’s incredibly still,” he says. “I find it incredibly peaceful.”

There is an undeniable strangeness to the landscape at the end of Zzyzx Road. As I drive out, lost-looking members of a punk band step out of a Ford Mustang emblazoned with the band’s name. They peer through the palm trees and dusty structures built by Doc Springer, trying to figure out the best spot for a photograph.

“God will provide,” Springer told a reporter a few years before he was evicted from the little city he built. “If you play the game fair, I believe the big boss upstairs will level things out. That’s my religion.”

When visiting the Desert Studies Center, for your own safety, please adhere to the designated public path.

Californie
https://www.sfgate.com/travel/article/the-mysteries-of-zzyzx-road-california-17726000.php

Niels Ackermann: «Face à l'essor des IA, les médias doivent devenir des marchands de vrai» - Heidi.news

Sat 29 Apr 2023 - 08:08

Face à l'essor des IA génératives comme Midjourney ou Dall-E, le photojournaliste Niels Ackermann estime que la presse doit devenir un rempart pour le réel, dans un monde inondé de contenus synthétiques. Il met en garde contre une utilisation irréfléchie de ces nouveaux outils.

C’est un regard qui compte dans le milieu du photojournalisme. Le Genevois Niels Ackermann, cofondateur de l’agence Lundi13, auteur de plusieurs photoreportages primés, appelle les médias à bien réfléchir à leur utilisation des IA génératives comme Dall-E ou Midjourney pour illustrer leurs articles. Parce qu’elles menacent son gagne-pain? Non, rétorque-t-il. Parce que la presse doit s’ériger en rempart qui protège encore le vrai, dans un monde inondé par des contenus synthétiques.

Heidi.news — Qu’est-ce que vous inspirent ces nouveaux logiciels d’IA génératives?

Niels Ackermann — Lorsque je vois une nouvelle technologie qui émerge, mon premier réflexe est de me remémorer les précédents bouleversements qui ont affecté ma profession et que j’ai moi-même vécus. À chaque fois, il y a ceux qui ont immédiatement adopté ces nouveaux outils, et ceux qui s’y sont opposés. J’avais 13 ans quand j’ai acheté mon premier appareil photo numérique. Autour de moi, certains photographes ont regardé ces nouveaux capteurs avec mépris, estimant que seules des photos prises par des appareils avec film avaient de la valeur. Mais la technologie a modifié les attentes du marché. La possibilité d’avoir des photos numériques qui n’ont pas besoin d’être développées et peuvent être utilisées immédiatement s’est avérée utile, notamment dans les médias. Ceux qui n’ont pas voulu opérer ce virage, ou l’ont fait trop tard, ont été mis de côté.

Le même scénario s’est reproduit il y a quelques années avec Instagram. Certains photographes ont refusé de s’y inscrire. Cela les a exclus en partie du marché, car de nombreux clients s’en servent comme d’un annuaire téléphonique pour sélectionner leur photographe.

Et cela se répète donc avec les IA génératives?

Bien sûr, le processus sera le même, et peut-être même encore plus rapide. En voyant l’essor fulgurant de ces nouveaux logiciels, j’ai décidé de m’y intéresser, parce que je veux comprendre leur fonctionnement et leur utilité. J’ai testé entre autres Dall-E, ChatGPT et Midjourney. J’ai été bluffé par la puissance de ces outils. A tel point que je me suis rendu compte qu’ils pourraient rapidement affecter mes revenus.
«Il existe sans doute un marché pour le réel»

C’est-à-dire?

Aujourd’hui, l’essentiel de mon chiffre d’affaires provient de mandats dans la pub ou pour des entreprises. Mon travail de photojournaliste, bien que je l’affectionne profondément, est marginal en termes de revenus. En testant ces IA génératives, j’ai pris peur. Je me suis d’abord imaginé que n’importe quelle agence de pub pourrait les utiliser pour générer des images d’excellente qualité pour leurs campagnes. Comment moi, en tant que professionnel, pourrais-je encore justifier des devis à cinq chiffres quand de telles technologies sont disponibles, à un prix défiant toute concurrence?

Je me suis toutefois souvenu qu’il était déjà possible de réduire les coûts en ayant recours à des banques d’images. Si la plupart des agences ne l’ont pas fait jusqu’ici, c’est peut-être parce qu’elles cherchent quelque chose de plus: une certaine personne, un certain lieu, mais aussi une certaine forme d’humanité qu’on ne trouve pas forcément dans ces banques d’images. Cela m’a rassuré de me dire qu’il existe sans doute un marché pour le réel, dans un monde où la disponibilité du faux, du synthétique devient illimitée.

Un «marché pour le réel», qu’est-ce que ça veut dire?

Je suis convaincu que la photographie transmet des émotions particulières. C’est ce qui a fait le succès de ce médium et c’est une des choses qui me fait tant aimer mon travail de photojournaliste. Ces images racontent quelque chose, elles capturent une part de «vrai», une scène, un moment de l’histoire, et elles suscitent des émotions, positives ou négatives. Dans un monde où la disponibilité pour le synthétique est illimitée, j’ai la conviction que les médias doivent devenir des «marchands de vrai». Le photojournalisme m’a mené vers la publicité, qui est plus rémunératrice, mais il se peut que ces évolutions technologiques inversent cette pyramide des revenus et me pousse de la publicité vers le journalisme.

Justement, comment réagissez-vous face aux médias qui génèrent de fausses photographies pour illustrer leurs articles? Le Blick l’a fait récemment, avec une image où apparaissent cinq jeunes qui n’existent pas.

Je ne vais pas le cacher, cela m’a porté un coup au moral de voir qu’un média s’amuse à générer des deepfakes, quand bien même il s’agit de visages qui n’existent pas, et que la légende photo le précise. Je ne l’ai pas mal vécu pour des raisons financières, parce que cela m’a privé d’un quelconque revenu. S’ils n’avaient pas généré cette image, ils auraient illustré leur article par une photo tirée d’une banque d’images. Le problème, c’est que cela porte atteinte à la crédibilité des médias. Ces derniers doivent s’interroger sur leur rôle dans cette époque où l’offre de faux est illimitée et omniprésente. Selon moi, cette profession doit se considérer comme le rempart qui protège encore le vrai. Et pour pouvoir occuper ce rôle, il faut être intraitable avec la déontologie.

Ce n’est pas le cas, selon vous?

Je pense que les médias suisses ont toléré ces dernières années des pratiques qui posent question sur le plan déontologique. Qu’il s’agisse (entre autres) de publireportages plus ou moins cachés, de sujets teintés de militantisme ou d’une absence de distance vis-a-vis du langage corporate. J’ai le sentiment que ces pratiques doivent être définitivement arrêtées. En Suisse, aucun média ne m’a par exemple demandé de signer une charte pour m’imposer des limites et s’assurer de mon honnêteté. La première fois que j’ai collaboré avec le New York Times, j’ai reçu des instructions sur ce qui était acceptable ou non. Parmi cette liste figurait l’interdiction d’accepter des cadeaux, le paiement du voyage par des tiers, mais aussi des paramètres techniques à respecter dans la manière d’utiliser mon appareil pour s’assurer que les images reflètent la vérité. Le risque, si je ne respectais pas ces règles, c’est d’être tout simplement ostracisé par les médias américains, parce que le New York Times aurait fait passer le mot.

«Il faut une distinction claire entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas dans les médias»

Mais au fond, ne cherchez-vous pas à conserver votre gagne-pain en limitant la capacité de choisir des médias?

Non. Je peux nourrir ma famille sans la presse aujourd’hui, et je ne fais pas partie de ceux qui vont dire que cette technologie va précariser ma profession. Cela fait déjà 20 ans qu’elle est précarisée. J’ai simplement la conviction qu’un lecteur qui ouvre un journal doit avoir la garantie que la photo qu’il voit raconte bien quelque chose de réel, et qu’il n’a pas besoin de systématiquement vérifier la légende pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un contenu synthétique.

Pour moi, l’enjeu va au-delà de mon propre confort financier. Il s’agit de conserver des lieux où le réel a sa place. Si les médias ne saisissent pas cette occasion pour proposer un contenu rigoureux où le vrai est la seule boussole, alors ils ne serviront plus à rien dans le monde qui nous attend. Il faut qu’il y ait une distinction claire entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas dans les médias. Raison pour laquelle d’ailleurs je pense qu’une illustration qui a un style cartoon et qui serait générée par une IA ne poserait pas de problème pour illustrer un article. Sa dimension fictive sauterait aux yeux. Mais tout ce qui tente de simuler le réel, qui peut tromper, c’est une limite qui ne doit pas être franchie, et je m’inquiète de voir que certains médias l’ont déjà franchie sans attendre.

Que les médias diffusent uniquement de vraies photos ne changera pas le fait que l’on va s’habituer à questionner l’authenticité de chaque contenu, dès lors à quoi bon?

Peut-être, mais les lecteurs ont toujours vu les photos publiées dans la presse comme une forme de rapport au réel. Les montages, qui ne datent pas des IA génératives, ont toujours été vécus comme une tromperie. Il ne doit pas en être différemment avec ces logiciels. Préserver un espace où le réel est la règle sera d’autant plus crucial justement, parce que ce questionnement autour de l’authenticité ne sera pas nécessaire.

Au-delà du rôle des médias, je m’inquiète qu’on me demande quel «prompt» (requête adressée à l’IA, ndlr.) j’ai utilisé pour générer les photos que j’ai réellement prises, par exemple dans mes reportages en Ukraine. Je m’interroge beaucoup sur le rapport qu’auront nos enfants aux photos lorsqu’ils seront grands. J’espère qu’ils seront en mesure de les concevoir comme quelque chose qui raconte le réel, et pas uniquement comme un contenu synthétique que n’importe qui aurait pu générer. J’espère surtout que ces photographies continueront à leur véhiculer des émotions.

IA journalisme photo photo-journalisme
https://www.heidi.news/cyber/niels-ackermann-les-medias-doivent-d-abstenir-de-generer-de-fausses-photos

Synonymes & Co

Thu 27 Apr 2023 - 19:25
https://www.cnrtl.fr/synonymie/

Des livres d’Agatha Christie en français vont aussi être révisés - Huffington Post

Mon 17 Apr 2023 - 18:22

Les expressions jugées offensantes sur le physique ou l’origine de personnages vont être supprimées, ont annoncé les éditions « Le Masque ».

LITTÉRATURE - Les traductions françaises d’Agatha Christie vont faire l’objet de « révisions », notamment la suppression de termes jugés offensants sur le physique ou l’origine de personnages, « s’alignant ainsi sur les autres éditions internationales », a indiqué une porte-parole des éditions « Le Masque » à l’AFP ce lundi 17 avril.

« Les traductions françaises de l’œuvre d’Agatha Christie font l’objet de révisions habituelles et intègrent au fil des années les corrections demandées par Agatha Christie Limited (la société qui gère l’œuvre de l’autrice, ndlr), s’alignant ainsi sur les autres éditions internationales », précise l’éditeur, qui fait partie du groupe Hachette.

Fin mars, le quotidien britannique The Telegraph avait rapporté que plusieurs passages des romans racontant les enquêtes d’Hercule Poirot et Miss Marple, initialement publiés entre 1920 et 1976, avaient été récrits après examen par un comité de lecture. L’éditeur a notamment modifié ou retiré des descriptions de certains personnages étrangers.
Les Dix petits nègres devenus Ils étaient dix

Comme dans Mort sur le Nil (1937), où le personnage de Mrs Allerton se plaignait d’un groupe d’enfants et se moquait de leur nez, ou dans La Mystérieuse Affaire de Styles (1920), dans lequel Hercule Poirot soulignait qu’un autre personnage était « un Juif, bien sûr ».

Ce n’est pas la première fois qu’un titre d’Agatha Christie est modifié. En 2020, le roman policier les Dix petits nègres, un des plus lus et vendus au monde, avait été rebaptisé Ils étaient dix et l’appellation péjorative, citée 74 fois dans la version originale, avait été ôtée de la nouvelle édition.

Récemment, des modifications apportées aux romans pour enfants de l’auteur anglais Roald Dahl avaient suscité l’indignation au Royaume-Uni. Les références au poids, à la santé mentale, à la violence ou aux questions raciales avaient été expurgées d’œuvres comme Charlie et la Chocolaterie ou James et la Grosse Pêche.

Face au tollé, son éditeur, Puffin UK, avait assuré qu’il continuerait de publier les versions originales dans une collection spéciale. La maison d’édition française de l’auteur, Gallimard Jeunesse, avait indiqué qu’elle continuerait d’éditer les versions originales.

Les aventures du célèbre espion britannique James Bond, écrites par Ian Fleming, ont également été récrites en anglais pour en enlever certains passages jugés racistes.

cancel-culture
https://www.huffingtonpost.fr/culture/article/des-livres-d-agatha-christie-en-francais-vont-aussi-etre-revises_216713.html

Qu'on se le dise : les Bretons ne sont pas celtes

Sat 15 Apr 2023 - 17:49

Archéologue spécialiste de la préhistoire du Massif armoricain, Yannick Lecerf tord scientifiquement le cou à quelques idées bretonnantes reçues. Interview.

Yannick Lecerf, archéologue, vient de sortir un livre passionnant et très pédagogique sur la Bretagne préhistorique. S'appuyant sur de récentes découvertes scientifiques et sur ses quelque quatre décennies de recherches, il bouscule les mythes et les légendes du Massif armoricain.

A quelle époque remonte le peuplement de la Bretagne ?

Yannick Lecerf : « On vient de faire un bon considérable dans le temps. Pendant longtemps, on a considéré que les traces les plus anciennes remontaient aux alentours du paléolithique récent (50.000 avant J.-C.). Dans les années quatre-vingt-dix, grâce aux fouilles du CNRS, on a trouvé dans le Finistère Sud le foyer le plus ancien, datant de 450.000 ans avant J.-C. Et puis récemment, à la suite d'érosions accélérées par les tempêtes, on a identifié un foyer dans la vallée de moyenne Vilaine qui nous emmène aux alentours de 750.000 avant J.-C. C'est donc dès cette époque que des hominidés ont fréquenté la Bretagne. »

Les monuments mégalithiques avaient-ils notamment un rapport avec les astres ?

« Non. Lorsqu'au néolithique (5.000 ans avant J.-C. dans le Massif armoricain) les communautés se sédentarisent et organisent leurs territoires, dans les vallées, près des points d'eau, ils créent des zones funéraires, avec de grands cairns mégalithiques, comme celui de Barnénez. Ce sont de grands monuments pouvant atteindre 70 mètres de long, 25 mètres de large et 9 à 10 mètres de hauteur pour accueillir onze chambres funéraires. On va commencer dans le même temps à dresser les premiers grands menhirs de plus de 20 mètres de haut et puis on va aussi créer des lieux de mémoire avec des champs de menhirs. Ils sont dressés afin de marquer un événement pour ces communautés qui sont de tradition orale. C'est à partir de ce moment-là que le territoire est structuré par le mégalithisme, avec une partialisation en lieux de vie, lieux de mort et lieux de mémoire. C'est là que naît l'identité des communautés du Massif armoricain. »

La Bretagne celtique, c'est un mythe ?

« Complètement ! Dans la préhistoire du Massif armoricain, les Celtes ne sont qu'une anecdote qu'on a cherché à monter en épingle à partir du XVIII esiècle, en partie, pour des raisons politiques, Bonaparte voulant recréer une Nation sur des bases identitaires très fortes, lançant la fameuse académie celtique qui a attribué aux Celtes le mégalithisme. »

En tout cas, c'est un mythe persistant…

« Il est particulièrement entretenu, au point que l'on voit aujourd'hui se mettre en place des pratiques néodruidiques complètement construites puisque les communautés du Massif armoricain, de tradition orale, n'ont laissé aucun écrit ! Les Celtes ne sont jamais venus en Bretagne. Les recherches archéologiques démontrent que les Celtes sont venus d'Europe centrale et se sont partagés en deux groupes, l'un remontant vers l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande par la Belgique et la Normandie ; l'autre descendant vers la péninsule, ibérique par le centre de la France en évitant la Bretagne. »

Pourquoi ont-ils snobé la Bretagne ?

« D'abord parce que les Celtes, peuple migrant, n'étaient pas intéressés par les péninsules. Mais je pense que la raison principale tient au fait que les Celtes, qui cherchaient à se fondre dans les populations, n'ont pas réussi à s'intégrer aux communautés bretonnes du fait de leur forte identité développée au néolithique. »

Donc, les Bretons doivent être fiers de ne pas être celtes !

« Absolument ! Ils n'ont pas attendu les Celtes pour avoir une culture forte. »

Bretagne Celtes Généalogie
https://www.lanouvellerepublique.fr/france-monde/qu-on-se-le-dise-les-bretons-ne-sont-pas-celtes

Piwigo, la photo en liberté – Framablog

Tue 28 Mar 2023 - 10:47

Nous avons profité de la sortie d’une nouvelle version de l’application mobile pour interroger l’équipe de Piwigo, et plus particulièrement Pierrick, le créateur de ce logiciel libre qui a fêté ses vingt ans et qui est, c’est incroyable, rentable.

Salut l’équipe de Piwigo ! Nous avons lu avec intérêt la page https://fr.piwigo.com/qui-sommes-nous

Moi je note que « Piwigo » c’est plus sympa que « PhpWebGallery », comme nom de logiciel. Enfin, un logiciel libre qui n’a pas un nom trop tordu. Qu’est-ce que vous pouvez nous apprendre sur Piwigo, le logiciel ?

Piwigo est un logiciel libre de gestion de photothèque. Il s’agit d’une application web, donc accessible depuis un navigateur web, que l’on peut également consulter et administrer avec des applications mobiles. Au-delà des photos, Piwigo permet d’organiser et indexer tout type de média : images, vidéos, documents PDF et autres fichiers de travail des graphistes. Originellement conçu pour les particuliers, il s’est au fil des ans trouvé un public auprès des organisations de toutes tailles.

Le logo de Piwigo, le logicielLe logo de Piwigo, le logiciel

La gestation du projet PhpWebGallery démarre fin 2001 et la première version sortira aux vacances de Pâques 2002. Pendant les vacances, car j’étais étudiant en école d’ingénieur à Lyon et j’ai eu besoin de temps libre pour finaliser la première version. Le logiciel a tout de suite rencontré un public et des contributeurs ont rejoint l’aventure. En 2009, « PhpWebGallery » est renommé « Piwigo » mais seul le nom a changé, il s’agit du même projet.

Les huit premières années, le projet était entièrement bénévole, avec des contributeurs (de qualité) qui donnaient de leur temps libre et de leurs compétences. Le passage d’étudiant à salarié m’a donné du temps libre, vraiment beaucoup. Je faisais pas mal d’heures pour mon employeur mais en comparaison avec le rythme prépa/école, c’était très tranquille : pas de devoirs à faire le soir ! Donc Piwigo a beaucoup avancé durant cette période. Devenu parent puis propriétaire d’un appartement, avec les travaux à faire… mon temps libre a fondu et il a fallu faire des choix. Soit j’arrêtais le projet et il aurait été repris par la communauté, soit je trouvais un modèle économique viable et compatible avec le projet pour en faire mon métier. Si je suis ici pour en parler douze ans plus tard, c’est que cette deuxième option a été retenue.

En 2010 vous lancez le service piwigo.com ; un logiciel libre dont les auteurs ne crèvent pas de faim, c’est plutôt bien. Est-ce que c’est vrai ? Avez-vous trouvé votre modèle économique ?

Le logo de Piwigo, le serviceLe logo de Piwigo, le service

Pour ce qui me concerne, je ne crève pas du tout de faim. J’ai pu rapidement retrouver des revenus équivalents à mon ancien salaire. Et davantage aujourd’hui. J’estime vivre très confortablement et ne manquer de rien. Ceci est très subjectif et mon mode de vie pourrait paraître « austère » pour certains et « extravagant » pour d’autres. En tout cas moi cela me convient :-)

Notre modèle économique a un peu évolué en 12 ans. Si l’objectif est depuis le départ de se concentrer sur la vente d’abonnements, il a fallu quelques années pour que cela couvre mon salaire. J’ai eu l’opportunité de réaliser des prestations de dev en parallèle de Piwigo les premières années pour compenser la croissance lente des ventes d’abonnements.

Ce qui a beaucoup changé c’est notre cible : on est passé d’une cible B2C (à destination des individus) à une cible B2B (à destination des organisations). Et cela a tout changé en terme de chiffre d’affaires. Malheureusement ou plutôt « factuellement » nous plafonnons depuis longtemps sur les particuliers. Nos offres Entreprise quant à elles sont en croissance continue, sans que l’on atteigne encore de plafond. Nous avons donc décidé de communiquer vers cette cible. Piwigo reste utilisable pour des particuliers bien sûr, mais ce sont prioritairement les organisations qui vont orienter notre feuille de route.

Grâce à la réorientation de notre modèle économique, il a été possible de faire grossir l’équipe.

Donc on a Piwigo.org qui fournit le logiciel libre que chacun⋅e peut installer à condition d’en avoir les compétences, et Piwigo.com, service commercial géré par ton équipe et toi. Vous vous chargez de la maintenance, des mises à jour, des sauvegardes.

Qui est vraiment derrière Piwigo.com aujourd’hui ? Et combien de gens est-ce que ça fait vivre ?

Une petite équipe mêlant des salariés, dont plusieurs alternants, des freelances dans les domaines du support, de la communication, du design ou encore de la gestion administrative. Cela représente 8 personnes, certaines à temps plein, d’autres à temps partiel. J’exclus le cabinet comptable, même s’il y passe du temps compte tenu du nombre de transactions que les abonnements représentent…

Qu’est-ce qui est lourd ?

Certains aspects purement comptables de l’activité. La gestion de la TVA par exemple. Non pas le principe de la TVA mais les règles autour de la TVA. Nous vendons en France, dans la zone Euro et hors zone Euro : à chaque situation sa règle d’application des taxes. Les PCA (produits constatés d’avance) sont aussi une petite source de tracas qu’il a fallu gérer proprement. Jamais je n’aurais imaginé passer autant de temps sur ce genre de sujets en lançant le projet commercial.

Qu’est-ce qui est cool ?

Constater que Piwigo est leur principal outil de travail de nombreux clients. On comprend alors que certains choix de design, certaines optimisations de performances font pour eux une grande différence au quotidien.

Création d’un utilisateurCréation d’un utilisateur

Nous avons lancé depuis quelques semaines une série d’entretiens utilisateurs durant lesquels des clients nous montrent comment ils utilisent Piwigo et c’est assez génial de les voir utiliser voire détourner les fonctionnalités que l’on a développées.

D’un point de vue vraiment personnel, ce que je trouve cool c’est qu’un projet démarré sur mon temps libre pendant mes études soit devenu créateur d’emplois. Et j’espère un emploi « intéressant » pour les personnes concernées. Qu’elles soient participantes à l’aventure ou utilisatrices dans leur métier. Je crois vraiment au rôle social de l’entreprise et je suis particulièrement fier que Piwigo figure dans le parcours professionnel de nombreuses personnes.

Votre liste de clients est impressionnante…

Oui, je suis d’accord : ça claque ! et bien sûr tout est absolument authentique. Évidemment on n’affiche qu’une portion microscopique de notre liste de clients.

Recevez-vous des commandes spécifiques des gros clients pour développer certaines fonctionnalités ?

Pourquoi des « gros » ? Certaines entreprises « pas très grosses » ont des demandes spécifiques aussi. Bon, en pratique c’est vrai que certains « gros » ont l’habitude que l’outil s’adapte à leur besoin et pas le contraire. Donc parfois on adapte : en personnalisant l’interface quasiment toujours, en développant des plugins parfois. C’est moins de 5 % de nos clients qui vont payer une prestation de développement. Vendre ce type de prestation n’est pas au cœur de notre modèle économique mais ne pas le proposer pourrait nuire à la vente d’abonnements, donc on est ouverts aux demandes.

Est-ce que vous refusez de faire certaines choses ?

D’un point de vue du développement ? Pas souvent. Je n’ai pas souvenir de demandes suffisamment farfelues… pardon « spécifiques » pour qu’on les refuse a priori. En revanche il y a des choses qu’on refuse systématiquement : répondre à des appels d’offre et autre « marchés publics ». Quand une administration nous contacte et nous envoie des « dossiers » avec des listes de questions à rallonge, on s’assure qu’il n’y a pas d’appel d’offre derrière car on ne rentrera pas dans le processus. Nous ne vendons pas assez cher pour nous permettre de répondre à des appels d’offre. Je comprends que les entreprises qui vendent des tickets à 50k€+ se permettent ce genre de démarche administrative, mais avec notre ticket entre 500€ et 4 000€, on serait perdant à tous les coups. Le « coût administratif » d’un appel d’offre est plus élevé que le coût opérationnel de la solution proposée. C’est aberrant et on refuse de rentrer là-dedans.

Bien que nous refusions de répondre à cette complexité administrative (très française), nous avons de nombreuses administrations comme clients : ministère, mairies, conseils départementaux, offices de tourisme… Comme quoi c’est possible (et légal) de ne pas gaspiller de l’énergie et du temps à remplir des dossiers.

Y a-t-il beaucoup de particuliers qui, comme moi, vous confient leurs photos ? Faites péter les chiffres qui décoiffent !

Environ 2000 particuliers sont clients de notre offre hébergée. Ils sont bien plus nombreux à confier leurs photos à Piwigo, mais ils ne sont pas hébergés sur nos serveurs. Notre dernière enquête en 2020 indiquait qu’environ un utilisateur sur dix était client de Piwigo.com [donc 90% des gens qui utilisent le logiciel Piwigo s’auto-hébergent ou s’hébergent ailleurs, NDLR] .

Si on élargit un peu le champ de vision, on estime qu’il y a entre 50 000 et 500 000 installations de Piwigo dans le monde. Avec une énorme majorité d’installations hors Piwigo.com donc. Difficile à chiffrer précisément car Piwigo ne traque pas les installations.

La page d’administration de PiwigoLa page d’administration de Piwigo

Pour des chiffres qui « décoiffent », je dirais qu’on a fait 30 % de croissance en 2020. Puis encore 30 % de croissance en 2021 (merci les confinements…) et qu’on revient à notre rythme de croisière de +15 % par an en 2022. Dans le contexte actuel de difficulté des entreprises, je trouve qu’on s’en sort bien !

Autre chiffre qui décoiffe : on n’a pas levé un seul euro. Aucun business angel, aucune levée de fonds auprès d’investisseurs. Notre croissance est douce mais sereine. Attention pour autant : je ne dénigre pas le principe de lever des fonds. Cela permet d’aller beaucoup plus vite. Vers le succès ou l’échec, mais beaucoup plus vite ! Rien ne dit que si c’était à refaire, je n’essaierais pas de lever des fonds.

Encore un chiffre respectable : Piwigo a soufflé sa vingtième bougie en 2022. Le projet a connu plusieurs phases et nous vivons actuellement celle de la professionnalisation. Beaucoup de projets libres s’arrêtent avant et disparaissent car ils ne franchissent pas cette étape. Si certains voient dans l’arrivée de l’argent une « trahison » de la communauté, je trouve au contraire que c’est sain et gage de pérennité. Lorsque les fondateurs d’un projet ont besoin d’un modèle économique viable pour payer leurs propres factures, vous pouvez être sûrs que le projet ne va pas être abandonné sur un coup de tête.

Est-ce que les réseaux sociaux axés sur la photographie concurrencent Piwigo ? On pense à Instagram mais aussi à Pixelfed, évidemment.

J’ai regardé rapidement ce qu’était Pixelfed. Ma conclusion au bout de quelques minutes : c’est un clone opensource à Instagram, en mode décentralisé.

Piwigo n’est pas un réseau social. Pour certains utilisateurs, Piwigo a perdu de son intérêt dès lors que Facebook et ses albums photos sont arrivés. Pour d’autres, Piwigo constitue au contraire une solution pour ceux qui refusent la centralisation/uniformisation telle que proposée par Facebook ou Google. Enfin pour de nombreux clients pro (photographes ou entreprises) Piwigo est un outil à usage interne de l’équipe communication pour organiser les ressources média qui seront ensuite utilisées sur les réseaux sociaux. Il faut comprendre que pour les chargés de communication d’un office de tourisme, mettre sa photothèque sur Facebook n’a aucun sens. Ils ou elles publient quelques photos sur Facebook, sur Instagram ou autres, mais leur photothèque est organisée sur leur Piwigo.

Bref, même si les premières années je me suis demandé si Piwigo était encore pertinent face à l’émergence de ces nouvelles formes de communication, je sais aujourd’hui que Piwigo n’est pas en concurrence frontale avec ces derniers mais qu’au contraire, l’existence de ces réseaux nécessite pour les marques/entreprises qu’elles organisent leurs photothèques. Piwigo est là pour les y aider.

Quelles sont les différences ?

La toute première des choses, c’est la temporalité. Les réseaux sociaux sont excellents pour obtenir une exposition forte et éphémère de votre « actualité ». À l’inverse, Piwigo va exceller pour vous permettre de retrouver un lot de photos parmi des centaines de milliers, organisées au fil des années. Piwigo permet de gérer son patrimoine photo (et autres médias) sur le temps long.

L’autre aspect important c’est le travail en équipe. Un réseau social est généralement conçu autour d’une seule personne qui administre le compte. Dans Piwigo, plusieurs administrateurs collaborent (à un instant T ou dans la durée) pour construire la photothèque : classification, indexation (tags, titre, descriptions…)

Enfin, certaines fonctionnalités n’ont tout simplement rien à voir. Par exemple, dans un réseau social le cœur de métier va être d’obtenir des likes. Dans un Piwigo, vous allez pouvoir mettre en place un moteur de recherche multicritères avec vos propres critères. Par exemple on a un client qui fabrique des matériaux acoustiques. Ses critères de recherche sont collection, coloris, lieu d’implantation… Cela n’aurait aucun sens sur l’interface uniformisée d’un Instagram.

Qui apporte des contributions à Piwigo ? Est-ce que c’est surtout la core team ?

Cela a beaucoup changé avec le temps. Et même ce qu’on appelle aujourd’hui « équipe » n’est plus la même chose que ce qu’on appelait « équipe » il y a 10 ans. Aujourd’hui, l’équipe c’est essentiellement celle du projet commercial. Pas uniquement mais quand même pas mal.

On a donc beaucoup de contributions « internes » mais ce serait trop simplificateur d’ignorer l’énorme apport de la communauté de contributeurs au sens large. Déjà parce que l’état actuel de Piwigo repose sur les fondations créées par une communauté de développeurs bénévoles. Ensuite parce qu’on reçoit bien sûr des contributions sous forme de rapports de bugs, des pull-requests mais aussi grâce à des bénévoles qui aident des utilisateurs sur les forums communautaires, les bêta-testeurs… sans oublier les centaines de traducteurs.

Petite anecdote dont je suis fier : Rasmus Lerdorf, créateur de PHP (le langage de programmation principalement utilisé dans Piwigo) nous a plusieurs fois envoyé des patches pour que Piwigo soit compatibles avec les dernières versions de PHP.

Quel est votre lien avec le monde du Libre ? (<troll>y a-t-il un monde du Libre ?</troll>)

Je ne sais pas s’il y a un « monde du libre ». Historiquement Les contributeurs sont d’abord des utilisateurs du logiciel qui ont voulu le faire évoluer. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse de fervents défenseurs du logiciel libre.

Franchement je ne sais pas trop comment répondre à cette question. Je sais que Piwigo est une brique de ce monde du libre mais je ne suis pas sûr que l’on conscientise le fait de faire partie d’un mouvement global. Je pense qu’on est pragmatique plutôt qu’idéologique.

En tant que client, je viens de recevoir le mail qui annonce le changement de tarif. Pouvez-vous nous expliquer l’origine de cette décision ?

Là on est vraiment sur l’actualité « à chaud ». Le changement de tarif pour les nouveaux/futurs clients a fait l’objet d’une longue réflexion et préparation. Je dirais qu’on le prépare depuis 18 mois.

Si j’ai bien compris la clientèle particulière est un tout petit pourcentage de la clientèle de Piwigo.com ?

Les clients de l’ancienne offre « individuelle » représentent 30 % du chiffre d’affaires des abonnements pour 91 % des clients. J’exclus les prestations de dev, qui sont exclusivement ordonnées par des entreprises. Donc « tout petit pourcentage », ça dépend du point de vue :-)

Est-ce que l’offre de stockage illimité devient trop chère ?

En moyenne sur l’ensemble des clients individuels, on est à ~30 Go de stockage utilisé. La médiane est quant à elle de 5Go. Si la marge financière dégagée n’est pas folle, on ne perd pas d’argent pour autant, car nous avons réussi à ne pas payer le stockage trop cher. Pour faire simple : on n’utilise pas de stockage cloud type Amazon Web Services, Google Cloud ou Microsoft Azure. Sinon on serait clairement perdant.

Ceci est vrai tant qu’on propose de l’illimité sur les photos. Sauf que la première demande au support, devant toutes les autres, c’est : « puis-je ajouter mes vidéos ? », et cela change la donne. Hors de question de proposer de l’illimité sur les vidéos. De l’autre côté, on entend et on comprend la demande des utilisateurs concernant les vidéos. Donc on veut proposer les vidéos, mais il faut en parallèle introduire un quota de stockage.

Ensuite nous avions un souci de cohérence entre l’offre individuelle (stockage illimité mais photos uniquement) et les offres entreprise (quota de stockage et tout type de fichiers). La solution qui nous paraît la meilleure est d’imposer un quota pour toutes les offres, mais un quota généreux. L’offre « Perso » est à 50 Go de stockage, donc largement au-delà de la conso moyenne.

Enfin la principe de l’illimité est problématique. En 12 ans, la perception du grand public sur le numérique a évolué. Je parle spécifiquement de la consommation de ressources que le numérique représente. Le cloud, ce sont des serveurs dans des centres de données qui consomment de l’électricité, etc. En 2023, je pense que tout le monde a intégré le fait que nous vivons dans un monde fini. Ceci n’est pas compatible avec la notion de stockage infini. Je peux vous assurer que certains utilisateurs n’ont pas conscience de cette finitude.

Est-ce que des pros ont utilisé cette offre destinée aux particuliers pour « abuser » ?

Il y a des abus sur l’utilisation de l’espace de stockage, mais pas spécialement par des pros. On a des particuliers qui scannent des documents en haute résolution par dizaine de milliers pour des téraoctets stockés… On a des particuliers qui sont fans de telle ou telle star de cinéma et qui font des captures d’écran chaque seconde de chaque film de cet acteur. Ne rigolez pas, cela existe.

En revanche on avait un soucis de positionnement : l’offre « individuelle » n’était pas très appropriée pour les photographes pros mais l’offre entreprise était trop chère. On a maintenant des offres mieux étagées et on espère que cela sera plus pertinent pour ce type de client.

Enfin on a des entreprises qui essaient de prendre l’offre individuelle en se faisant passer pour des particuliers. Et là on est obligés de faire les gendarmes. On a même détecté des « patterns » de ses entreprises et on annulait les commandes « individuelles » de ces clients. J’en avais personnellement un petit peu ras le bol :-)

Les nouvelles offres, même « Perso » sont accessibles même à des multinationales. Évidemment, les limites qu’on a fixées devraient naturellement les orienter vers nos offres Entreprise (nouvelle génération) voire VIP.

Est-ce qu’il s’agissait d’une offre qui se voulait temporaire et que vous avez laissé filer parce que vous étiez sur autre chose ?

Pendant 12 ans ? Non non, le choix de proposer de l’illimité en 2010 était réfléchi et « à durée indéterminée ». Les besoins et les possibilités et surtout les demandes ont changé. On s’adapte. On espère ne pas se tromper et si c’est le cas on fera des ajustements.

L’important c’est de pas mettre nos clients au pied du mur : ils peuvent renouveler sur leur offre d’origine. On a toujours proposé cela et on ne compte pas changer cette règle. C’est assez unique dans notre secteur d’activité mais on y tient.

Nous avons vu que votre actualité c’était la nouvelle version de Piwigo NG. Je crois que vous avez besoin d’aide. Vous pouvez nous en parler ?

Nous avons plusieurs actualités et effectivement côté logiciel, c’est la sortie de la version 2 de l’application mobile pour Android. Piwigo NG (comme Next Generation) est le résultat du travail de Rémi, qui travaille sur Piwigo depuis deux ans. Après avoir voulu faire évoluer l’application « native » sans succès, il a créé en deux semaines un prototype d’application mobile en Flutter. Ce qu’il avait fait en deux semaines était meilleur que ce que l’on galérait à obtenir avec l’application native en plusieurs mois. On a donc décidé de basculer sur cette nouvelle technologie. Un an après la sortie de Piwigo NG, Rémi sort une version 2 toujours sur Flutter mais avec une nouvelle architecture « plus propice aux évolutions ». Le fameux « il faut refactorer tous les six mois », devise des développeurs Java.

En effet nous avons besoin d’aide pour bêta-tester cette version 2 de Piwigo NG. Plus nous avons de retours, plus nous pouvons la stabiliser.

Pour aller plus loin

  • Vous pouvez auto-héberger votre Piwigo, rendez-vous sur cette page
  • ou vous pouvez prendre un abonnement ici
  • Piwigo est également une application intégrée à la solution d’auto-hébergement Yunohost
Frama Piwigo
https://framablog.org/2023/03/28/piwigo-la-photo-en-liberte/

Comment le référencement a ruiné Internet - Speedway98

Wed 22 Feb 2023 - 11:52

Entre 1998 et 2003, rechercher quelque chose sur Google était magique. Je me souviens avoir saisi une vague notion comme "lait maternel du pétrole" et avoir été dirigé vers une interview de Thomas Gold, un astrophysicien qui postulait que les gisements d'hydrocarbures se remplissaient d'eux-mêmes en raison de la pression géologique.

Aujourd'hui, si vous cherchez quelque chose de technique, de spécifique, d'académique ou de généralement non commercial, bonne chance. Le meilleur système de recherche d'informations au monde s'est transformé en quelque chose qui rappelle le Digg de 2006 : Un indice de popularité contrôlé par un petit nombre d'acteurs motivés par le commerce. Ils se font appeler "SEOs".

Les spécialistes de l'optimisation technique des moteurs de recherche ont un laissez-passer : Ils rendent généralement le web plus rapide, plus sûr et plus accessible. Les "Black hat" SEOs sont des méchants évidents. Ils améliorent leur propre classement sur le web en enfreignant la loi (par exemple, en piratant un site web pour ajouter des liens vers le leur). Mais les "black hats" sont les petits criminels du monde du référencement. Ce sont les SEO "à chapeau blanc", les supposés gentils, qui sont les loups déguisés en moutons.

Ces spécialistes du marketing web ont une stratégie simple : étouffer la concurrence en concentrant l'autorité. Ils marchent en arborant une bannière de légitimité et d'autosatisfaction, et comme un régime totalitaire, ils pensent que la fin justifie les moyens. Voici quelques-unes des tactiques qu'ils utilisent.

Réécrire l'histoire

S'il vous est déjà arrivé de relire un article et de jurer que le titre, les hyperliens et les en-têtes avaient été modifiés, vous ne l'imaginez pas. Les spécialistes du référencement "optimisent" les anciens articles pour les rendre plus commercialisables (et pour diriger les visiteurs vers des contenus plus récents et plus commerciaux). Lorsque je regarde des articles que j'ai écrits il y a dix ans, je constate qu'ils ont été mis à jour avec du texte que je n'ai pas écrit et qui porte des significations que je ne voulais pas.

Effacer le passé

"L'élagage du contenu" est une tactique de référencement efficace sur les sites Web importants et établis. Au lieu d'archiver le vieux contenu ayant une signification historique, de nombreux sites Web le suppriment de leurs serveurs et renvoient un code d'état 410. Disparu. L'objectif est d'optimiser le "budget d'exploration", afin que Google se concentre sur le contenu qui compte aujourd'hui. Le résultat est un web sans mémoire institutionnelle ni responsabilité.

Diriger le récit

Montrez-moi une salle de rédaction moderne et je vous montrerai un stratège de contenu que les rédacteurs sont censés consulter. Mais lorsque les journalistes se sentent contraints d'écrire sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas, ou lorsqu'ils sont obligés de formuler les choses d'une manière spécifique, les "meilleures pratiques de référencement" commencent à ressembler à de la propagande. C'est l'effet de l'information par câble, où un stratège en coulisse édite le script et pousse chaque tendance comme une "nouvelle de dernière minute".
Donner l'illusion du choix

Une poignée de sociétés d'édition possèdent des centaines de sites web de médias qui reçoivent collectivement des milliards de visites de moteurs de recherche chaque année. Faites une recherche sur "meilleur smartphone" et vous verrez peut-être des résultats de sites Web comme TechRadar, Android Central, T3, Tom's Guide, Anandtech, iMore ou Top Ten Reviews. Peu importe le site pour lequel vous votez avec votre clic, le scrutin est pipé : Tous ces sites sont détenus par une seule et même entreprise.

Accumulation de richesses

Les liens sont la monnaie du web. Sans eux, les moteurs de recherche ne pourraient pas juger de la valeur relative d'une page par rapport à une autre. Malheureusement, de nombreux grands sites Web thésaurisent leur capital de liens en refusant de créer des liens vers des sites Web externes ou en utilisant un attribut rel="nofollow" sur chaque lien externe (c'est-à-dire en demandant aux moteurs de recherche d'ignorer ces liens). L'ensemble du web s'en trouve appauvri.

Le référencement est un jeu à somme nulle qui compte un perdant pour chaque gagnant. Mais nous sommes tous perdants lorsque le référencement encourage le gaslighting, le link rot, la conformité, le monopole et la subversion. Je me souviens quand il était facile de trouver la logique, les faits et la rationalité sur le web. Puis, quelqu'un les a optimisés.

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

référencement référenceur SEO
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Registres maritimes et généalogie : retrouvez vos ancêtres marins - Généafinder

Sun 12 Feb 2023 - 12:02

Si vous cherchez un ancêtre qui a fait partie de la Marine Nationale française, la bonne piste est dans les archives de la Marine qui répertorient l’état civil et le signalement des marins, ainsi que leur carrière. Cependant tout n’est pas disponible en ligne. Le plus simple pour les recherches maritimes reste encore de s’adresser directement aux archives des 3 ports militaires Français : Cherbourg, Brest et Toulon. Elles seules disposent des registres matricules de la Marine, non disponibles en ligne.

Heureusement, des sites web peuvent déjà nous aider avant que nous traversions la France et les Océans :

Les archives de l'inscription maritime

Les sites d'institutions et archives

  • Registres maritimes Loire-Atlantique en ligne : Inscrits maritimes, matricules de navires, journaux de bord, capitaines…

  • La base de données reprend les informations contenues dans les registres d’inscription maritime conservés au [service historique de la défense à Cherbourg](http:// http://www.unicaen.fr/ufr/histoire/cimarconet/accueil.php) Attention : CIMARCONET n'est plus en ligne depuis le 30 septembre 2021, à la suite d'une cyberattaque.

  • www.frenchlines.com : site créé dans le but de « conserver la mémoire des entreprises et des hommes qui ont œuvré dans tous les domaines du commerce maritime national et international ». On y trouve notamment un répertoire des navires.

  • Rouen et Le Havre : Registres de l’administration de l’inscription maritime

  • Naissances et décès en mer en France 1802-1872

  • Base patronymique des marins et des passagers de la compagnie des Indes entre 1721 et 1770.

  • La liste des marins disparus et décédés, du milieu du XIXe au milieu du XXe siècle par l'Arche Musée et Archives de la Collectivité Territoriales de Saint-Pierre et Miquelon

  • L'inscription maritime aux archives départementales de Seine-Maritime

Les sites bénévoles

  • Un guide pour effectuer ses recherches sur des ancêtres marins

  • Le site www.migrations.fr contient de nombreuses informations comme le matricule des gens de mer de Granville entre 1706 et 1725.

  • Un groupe d’entraide de généalogie Outremer sur Facebook

  • Une base de données pour retrouver un ancêtre corsaire. Les navires et les armateurs y sont indexés.

  • Mémoire des équipages des marines de guerre, commerce, pêche et plaisance de 1939 à 1945 pour retrouver un marin ou un bâtiment dans la base de données.

  • Une base de données des désarmements des navires du Havre avec la liste des capitaines ainsi que la liste des navires désarmés.

  • Mémorial des officiers de marine

Mais si le voyage vous dit

Ici la liste des centres d'archives militaires en France :

  • Brest : Centre historique des archives de la marine en Atlantique et dans le pacifique
    4, rue du Commandant Malbert, 29240 BREST CEDEX 9

  • Cherbourg : Centre historique des archives de la marine en Manche et en mer du Nord
    57 Rue de l'Abbaye, 50100 Cherbourg-Octeville

  • Toulon : Centre d’archives de la marine en méditerranée et dans l’océan Indien
    Passage de la Corderie, 83000 Toulon

  • Rochefort : Centre historique des archives : archives de la marine du littoral atlantique ( de la Vendée à l’Espagne )
    4, rue du Port 17300 Rochefort

  • Lorient : Centre d’archives de la marine en Océan Indien dont le fonds de la compagnie des Indes
    1bis Rue de la Cale Orry, 56100 Lorient

Bonnes recherches !

Généalogie marins
https://geneafinder.com/blog?id=13:31

Infographie : L'excès de lumière est une pollution majeure

Wed 8 Feb 2023 - 22:10

Pollution lumineuse

environnement lumière nuit pollution-lumineuse
https://partage.agirpourlenvironnement.org/s/infographie-lexces-de-lumiere-est-une-pollution-majeure/

La loi européenne sur le contrôle des conversations (chats) interdit les systèmes d'exploitation open source. - Blog | Mullvad VPN

Wed 1 Feb 2023 - 12:57

1er février 2023 VIE PRIVÉE

La proposition de loi européenne sur le contrôle du chat ne se contentera pas de prendre le contrôle totalitaire de toutes les communications privées. Elle aura également pour conséquence involontaire d'interdire les systèmes d'exploitation open source.

L'UE est actuellement en train de promulguer la loi sur le contrôle du chat. Elle a été critiquée pour avoir créé un système centralisé de surveillance et de censure de masse à l'échelle de l'UE et pour avoir permis aux gouvernements d'écouter toutes les communications privées. Mais une conséquence peu évoquée de la loi proposée est qu'elle rend illégaux pratiquement tous les systèmes d'exploitation à code source ouvert existants, y compris les principales distributions Linux. Elle interdirait également l'archive d'applications Android open source F-Droid.

L'article 6 de la loi impose à tous les "magasins d'applications logicielles" de :

Évaluer si chaque service fourni par chaque application logicielle permet une communication interhumaine.
vérifier si chaque utilisateur est âgé de plus ou moins de 17 ans
empêcher les utilisateurs de moins de 17 ans d'installer de tels logiciels de communication.

En laissant de côté la folie des intentions déclarées ou les détails des logiciels qui seraient visés, examinons les implications pour les systèmes de logiciels libres.

Un "magasin d'applications logicielles" est défini par l'article 2[*] comme étant "un type de services d'intermédiation en ligne, qui se concentre sur les applications logicielles en tant que produit ou service intermédié".

Cela couvre clairement les archives logicielles en ligne presque universellement utilisées par les systèmes d'exploitation à source ouverte depuis les années 1990 comme principale méthode de distribution des applications et des mises à jour de sécurité. Ces archives sont souvent créées et maintenues par de petites entreprises ou des associations de bénévoles. Elles sont hébergées par des centaines d'organisations telles que des universités et des fournisseurs d'accès à Internet dans le monde entier. L'une des principales, l'archive de paquets Debian gérée par des bénévoles, contient actuellement plus de 170 000 paquets logiciels.

Ces services d'archivage de logiciels ne sont pas construits autour du concept d'un utilisateur humain individuel avec une identité ou un compte. Ils desservent des machines anonymes, comme un ordinateur portable, un serveur ou un appareil. Ces machines peuvent ensuite être utilisées ou non par des utilisateurs humains individuels pour installer des applications, ce qui échappe totalement au contrôle des services d'archives.

Pour être en mesure, ne serait-ce que conceptuellement et théoriquement, de respecter cette loi, il faudrait revoir totalement l'installation des logiciels, leur approvisionnement et les mises à jour de sécurité, procéder à une restructuration organisationnelle majeure et mettre au rebut, centraliser et reconstruire l'infrastructure de distribution des logiciels.

Ceci n'est bien sûr que théorique car les coûts et les problèmes pratiques seraient insurmontables.

Si et quand cette loi entre en vigueur, elle rendra illégaux les services de logiciels libres qui sous-tendent la majorité des services et des infrastructures sur l'internet, un nombre incalculable d'appareils et les ordinateurs utilisés par les développeurs de logiciels, parmi beaucoup d'autres choses. Pour se conformer à la loi, il faudrait tout arrêter, au niveau mondial, car les serveurs qui fournissent les logiciels et les mises à jour de sécurité ne font pas la différence entre un serveur web, un développeur de logiciels japonais, un réfrigérateur et un adolescent européen.

Il peut sembler incroyable que les auteurs de la loi n'aient pas pensé à cela, mais ce n'est pas si surprenant si l'on considère qu'il ne s'agit là que de l'une des nombreuses conséquences gigantesques de cette loi mal conçue et rédigée.

[Pour définir un magasin d'applications logicielles, la loi fait référence à la loi européenne sur les marchés numériques, article 2, point 12, qui définit l'"assistant virtuel". Ce qu'ils veulent dire en réalité est le point 14, qui définit le "magasin d'applications logicielles".
Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Europe Libre Vie-privée
https://mullvad.net/en/blog/2023/2/1/eu-chat-control-law-will-ban-open-source-operating-systems/

Kits ADN: les géants du secteur arrêtent leurs livraisons en France

Sun 29 Jan 2023 - 21:43

Bien qu'ils soient illégaux en France, entre 100.000 et 200.000 Français ont recours chaque année à des tests ADN vendus par MyHeritage ou 23andMe pour connaître ses origines ethniques. Désormais, les principales entreprises du secteur exigent des adresses de livraison hors de France.

Il est désormais plus compliqué de se faire livrer des kits ADN en France. Depuis 2014, plusieurs entreprises américaines ou israéliennes proposent des tests ADN "récréatifs", comme MyHeritage, 23AndMe ou encore My Ancestry, pour une somme ne dépassant pas les 100 euros.

Sauf qu'en France, où entre 100.000 et 200.000 personnes font appel chaque année à leurs services selon l'association DNA PASS, la pratique est illégale et peut être sanctionnée d'une amende de 3.750 euros. En 2020, l'Inserm expliquait qu'il était interdit "de réaliser, et même de solliciter, un test génétique sans ordonnance médicale, injonction judiciaire ou projet de recherche strictement défini".

Comme l'ont repéré nos confrères du Parisien, depuis quelques jours, les géants du secteur, MyHeritage, basée à Tel-Aviv et l'entreprise américaine 23andMe exigent désormais une adresse de livraison hors de France.

Selon le généalogiste Loïc Duchamp, cité par nos confrères, seules deux entreprises acceptent encore de livrer en France. "Cela devait finir par arriver. Ils profitaient d’un vide juridique. Mais ils se savaient clairement hors-la-loi", explique-t-il dans les colonnes du quotidien.

Une décision "catastrophique" pour les associations

Les autorités françaises auraient-elles tapé du poing sur la table? La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) n'a pas souhaité répondre à nos confrères, tandis que la Cnil affirme avoir reçu "plusieurs plaintes au sujet des kits salivaires", mais "aucune action répressive n’a été engagée à ce stade".

Pour les associations de défense du droit à la connaissance de ses origines, cette décision de MyHeritage et 23andMe inquiète. Arthur Kermalvezen, de l'association Origines, explique que "pour des personnes nées sous X ou abandonnées, l’arrivée de ces tests a été un énorme soulagement", regrettant une décision "catastrophique".

De son côté, Loïc Duchamp, qui dénonce une interdiction "complètement rétrograde", assure que cette volte-face va "sérieusement" "compliquer la tâche" des spécialistes.

Généalogie génétique
https://www.bfmtv.com/societe/kits-adn-les-geants-du-secteur-arretent-leurs-livraisons-en-france_AN-202301290204.html#xtor=AL-68

30 décembre 1922, naissance de l'URSS: d'un impérialisme l'autre - RFI

Fri 16 Dec 2022 - 18:02

État le plus vaste du monde, l’URSS a occupé un sixième des terres émergées du globe. Du point de vue géopolitique, cette construction fédérale a permis à la Russie de s’assurer un glacis conséquent face à l’Europe, le Proche et le Moyen-Orient. Sous l’influence de Staline et de ses successeurs, elle a inscrit la politique soviétique dans la continuité géopolitique de la Russie des tsars, un rêve d’expansion qui refait surface un siècle après sa création.

Au début de l’année 1917, alors que le conflit dure depuis bientôt trois ans, l’absurdité et l’horreur de la guerre associées à la famine qui touche les grandes villes du pays poussent de nouveau la Russie dans la Révolution. La précédente, en 1905, a mené à la création d’une assemblée, la Douma, dont la création se présente comme une promesse de changement pour la plus grande autocratie européenne. Dans les faits, elle n’est qu’une vitrine sans pouvoir, qui ne trouve de véritable fonction que douze ans plus tard, après les troubles de février.

Le régime tsariste s’effondre en quelques jours, forçant le tsar à abdiquer. Le nouvel homme fort du gouvernement provisoire est un socialiste révolutionnaire, Alexandre Kerenski, ministre de la Justice puis de la Guerre et, enfin, ministre-président. Si les réformes sont nombreuses et spectaculaires, le gouvernement ne veut pas mettre fin au conflit, par peur de trahir ses alliés, mais aussi de devoir faire des concessions territoriales à l’Allemagne. Le mécontentement grandit et les bolcheviks, menés par Lénine, rentré de son exil suisse en avril avec la bénédiction de Berlin, prennent le contrôle des conseils d’ouvriers, les soviets.
Les soviets au cœur de la fiction d’une démocratie populaire

« Tout le pouvoir aux soviets », le mot d’ordre de Lénine repris aux anarchistes, est une formule purement rhétorique. Il s’agit de s’appuyer sur le mécontentement ouvrier face à un gouvernement défini comme « bourgeois ». Dans un pays dévasté, les bolcheviks n’ont aucun mal à déclencher une seconde révolution en octobre et à s’emparer du pouvoir. Les soviets sont désormais sous le contrôle des commissaires du peuple. Le pouvoir qui se veut soviétique – tenu par les conseils représentants du peuple – est en fait tout entier entre les mains d’une poignée de révolutionnaires professionnels, secondée par une police politique omniprésente, la Tchéka.

En mars 1917, des congrès nationaux ont pris le pouvoir dans les pays baltes, en Finlande, en Ukraine, en Géorgie, en Arménie, au Turkestan, qui tous étaient jusque-là sous le contrôle direct de la Russie. Lorsque le nouveau pouvoir proclame le droit à l’autodétermination des peuples, Finlande, Pologne, pays baltes, Ukraine, Géorgie et Arménie choisissent aussitôt l’indépendance. Les nouveaux pays sont reconnus par la Société des nations. En mars 1918, le gouvernement bolchevik signe une paix séparée à Brest-Litovsk qui s’avère désastreuse. Mais une autre guerre, civile cette fois, est déjà en cours, où s’invitent dès l’armistice de novembre 1918 les anciens alliés du tsar, comme la France et le Royaume-Uni.

Dès lors, il n’est plus question de la liberté des peuples. Et en août 1920, il s’en faut de peu pour que le nouveau régime n’inclue la Pologne dans ses conquêtes. En Finlande, les bolcheviks sont durement réprimés. En Russie, Trotski, chef de la nouvelle Armée rouge, s’exclame « Vive la guerre civile ! » Depuis septembre 1918, règne la « Terreur rouge ». On parle d’anéantir les dix millions de Russes hostiles à la révolution. S’ajoute à cela une famine qui fait des millions de morts. En mars 1921, les marins de Kronstadt se révoltent au cri de « Vive les soviets sans les communistes ! » La répression menée par Trotski est implacable.

Carte de l'expansion de la Russie et de l'URSS de 1812 à 1945Carte de l'expansion de la Russie et de l'URSS de 1812 à 1945 © Pline Wikimedia Creative Commons

Une construction fédérale purement formelle

Les frontières de la Russie sont désormais assurées. Politiquement est instauré le « centralisme démocratique » qui nie jusqu’au droit de tendance dans l’appareil bolchevik. Économiquement, en revanche, le régime fait machine arrière sur la collectivisation et propose la Nouvelle politique économique (la NEP), pour une période de sept ans. Même après la mort de Lénine en 1924, Staline attendra 1928 pour assurer le contrôle absolu de l’État sur l’économie.

Très vite donc, les principes ont cédé face à ce qui est perçu comme la nécessité de maintenir un cadre idéologique conforme à la révolution bolchevik. En 1920 déjà, l’Armée rouge crée une République soviétique en Ukraine, où une large majorité des forces politiques en présence sont vigoureusement anti-bolcheviks. Et pour s’assurer le contrôle de ce régime fantoche, elle met en place en juillet un traité d’union ouvrière et paysanne non seulement avec elle, mais aussi avec l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie. Lénine, dont la santé et l’influence déclinent rapidement, cherche à maintenir un cadre fédéral qui permettrait à la fois un semblant de pluralisme politique – un accord avec l’autre courant communiste en Géorgie, les mencheviks – et surtout un dialogue entre toutes les nations en présence. C’est le sens du terme Union des républiques socialistes soviétiques, d’où toute référence explicite à la Russie a été effacée.

Staline, lui, se positionne constamment au centre des différentes tendances bolcheviks, renvoyant dos à dos les oppositions de droite et de gauche – cette dernière menée par Trotski. Il entend asseoir de manière explicite l’hégémonie de Moscou. Il a donc proposé, dans un premier temps, la création d’une République socialiste fédérative soviétique de Russie. Formellement pourtant, c’est bien le terme d’URSS qui est choisi lors du premier congrès des soviets le 30 décembre 1922. Dans les faits, la Russie a repris possession de son Empire et l’internationalisme communiste a débouché sur une aporie.

De gauche à droite: les dirigeants révolutionnaires russes Joseph Staline (1879-1953), Vladimir Lénine (1870-1924) et Mikhaïl Kalinine (1875-1946), lors du 8e congrès du parti communiste russe à Moscou, le 23 mars 1919.De gauche à droite: les dirigeants révolutionnaires russes Joseph Staline (1879-1953), Vladimir Lénine (1870-1924) et Mikhaïl Kalinine (1875-1946), lors du 8e congrès du parti communiste russe à Moscou, le 23 mars 1919. © Universal History Archive/Getty Images

La continuité d’une logique impériale

Deux ans plus tard, Staline fera du « socialisme dans un seul pays » le slogan officiel de l’URSS, montrant par là que les diversités internes de l’État fédéral n’ont plus cours. Sept ans après la Révolution d’octobre, il offre surtout un cadre rassurant pour les puissances occidentales : le but des bolcheviks n’est plus dès lors d’étendre la révolution communiste au monde entier. De fait, les extensions territoriales de 1945 resteront mineures et dans la constitution du bloc de l’Est, l’URSS cherchera presque exclusivement à étendre son glacis protecteur. Pour ne pas effrayer, elle n’apportera qu’un soutien purement formel aux puissantes forces communistes en Grèce qui perdront la guerre civile – comme elle l’avait fait, avant-guerre, en Espagne – mais n’hésitera pas à imposer ses vues, à la seule fin de défendre ses intérêts géostratégiques, dans des pays où le communisme est réduit à la portion congrue, en Pologne par exemple.

Le 21 décembre 1991, l’URSS laisse place à la CEI (Communauté des États indépendants) qui rassemble aujourd’hui neuf des quinze ex-républiques soviétiques : la Russie et la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Moldavie, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan ainsi que l’Arménie et l’Azerbaïdjan pourtant régulièrement en conflit depuis 1988. Le Turkménistan n’est plus depuis 2007 qu’un État associé, la Mongolie est un État observateur dans certaines instances. La Géorgie et l’Ukraine ont quitté la CEI respectivement en 2009 et en 2018, après la guerre d’Ossétie du Sud (2008) et la révolution de Maïdan (2014).

L’Ukraine était, avec la Russie et la Biélorussie, l’un des trois membres fondateurs de la CEI. État continuateur de l’URSS, héritière de son siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, la Fédération de Russie demeure le plus vaste pays de la planète et aussi l’un des moins denses. Elle compte encore plus de 120 nationalités, dont beaucoup ont été intégrées par la politique coloniale de la Russie tsariste, consolidée au XIXe siècle.

Russie URSS
https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20221216-30-d%C3%A9cembre-1922-naissance-de-l-urss-d-un-imp%C3%A9rialisme-%C3%A0-l-autre

Drôme : les chasseurs se plaignent de la diminution des sangliers causée par… les loups - La Relève et La Peste

Mon 12 Dec 2022 - 08:56

« Les loups s’attaquent aux proies les plus faciles, ce qui permet à la nature de se régénérer et de permettre aux espèces d’être plus fortes. Le loup est la meilleure chose qui puisse arriver à un écosystème. »
9 décembre 2022 - Laurie Debove

C’est ce qu’on appelle « l’arroseur arrosé ». Alors que certaines fédérations de chasse refusent désormais de payer les dégâts causés par la prolifération des sangliers dans d’autres départements, celle de la Drôme se plaint de ne plus en avoir assez à chasser à cause du loup. Revenu en force sur le territoire, ce canidé sauvage régule bien mieux les populations d’herbivores que les humains armés.

L’ingérence des chasseurs

En quarante-cinq ans, le nombre de sangliers en France a été multiplié par vingt. Il y en aurait aujourd’hui entre 1 et 2 millions dans l’Hexagone. Dans les vignes, les prairies ou les champs de maïs, leur prolifération entraîne chaque année 20 à 30 millions d’euros de dommages agricoles en France.

Dans les années 1960, les chasseurs avaient demandé à payer eux-mêmes le montant des dégâts causés par « le grand gibier » pour devenir les « régulateurs officiels » des herbivores des forêts. Seulement en 2019, l’indemnisation de ces dégâts a représenté un budget de 77,3 millions d’euros ce qui fait que les chasseurs ne veulent plus payer. Une demande rejetée en début d’année par le Conseil Constitutionnel.

« Les chasseurs ont fait tellement de choses pour gonfler les populations en les croisant avec des cochons domestiques, le fameux cochonglier qui est une pratique aujourd’hui interdite sauf en enclos, ou en les nourrissant. Face aux dérives, un décret a été promulgué il y a un mois pour interdire aux chasseurs de nourrir artificiellement les sangliers pour les maintenir à un endroit fixe, preuve que même l’Etat cherche à reprendre la main sur cette situation catastrophique » explique Richard HOLDING, naturaliste et chargé de communication à l’ASPAS.

En plus d’interdire les tirs sélectifs épargnant les laies reproductives et les lâchers de sangliers, ce nouveau décret punit désormais le nourrissage des sangliers (betteraves, patates et baguettes de pain) par une amende de 750 euros. L’agrainage reste paradoxalement toujours autorisé, sauf dans certains départements qui prennent les choses en main comme l’Indre-et-Loire.

Dans la Drôme, au contraire, le nombre de sangliers a diminué de plus de la moitié depuis 2018 grâce aux loups qui sont de plus en plus présents dans le département. Mais au lieu d’accueillir avec plaisir cette aide inattendue, les chasseurs se plaignent d’avoir moins de sangliers à disposition : alors qu’ils ont tué 20 000 sangliers en 2018, ils en ont abattu deux fois moins en 2021 et ne devrait en tuer « que » 7000 à 8000 cette année.

« Les chasseurs considèrent les loups comme des concurrents directs puisqu’eux ont besoin de chasser pour se nourrir et vont s’attaquer aux chevreuils, cerfs, chamois, mouflons ou sangliers. Leur prédation se voit clairement : j’ai moi-même eu l’occasion de l’observer en trouvant des crottes de loup pleines de poils de sangliers dans la nature. Les chasseurs sont de plus en plus mobiles avec le prix du permis de chasse divisé par deux en 2018 (de 400€ à 200€, ndlr).

Ce cadeau de Macron a eu un impact assez énorme : avant, les chasseurs se contentaient de rester dans leur département car le permis national était beaucoup plus cher ; aujourd’hui, ils viennent de très loin pour chasser à la journée. On n’est plus du tout dans cette chasse à l’ancienne où les locaux chassent autour de chez eux, je croise partout des grands pick-ups de chasseurs avec des immatriculations d’autres départements. S’ils n’ont plus autant de gibier à disposition, cela casse le business de la chasse et rend les chasseurs en colère » analyse Richard HOLDING.

Le rôle essentiel des prédateurs naturels dans les écosystèmes

L’argument avancé par les chasseurs n’est pourtant pas d’ordre économique mais écologique. Pour eux, la « présence excessive » du loup, soit environ 250 individus selon leurs estimations, serait une menace pour la faune sauvage qui risquerait de disparaître.

« Clairement, la Drôme a de plus en plus de loups mais les loups ne connaissent pas les limites administratives et les meutes évoluent certainement à cheval entre plusieurs départements. Ils se déplacent de plusieurs dizaines de kilomètres par nuit, ce sont des animaux très mobiles. Quand ils chassent, ils vont rester plusieurs jours sur un secteur puis partir ailleurs pour se faire oublier et tromper la vigilance des animaux sauvages. Chaque meute a son propre territoire, donc une population de loups ne peut pas pulluler sur un secteur car ils sont vraiment dépendants de la quantité de gibier disponible. Même les naissances s’adaptent à ce facteur, un phénomène courant chez les renards et d’autres prédateurs » détaille Richard HOLDING.

Pour les chasseurs, les loups seraient notamment responsables de la diminution des mouflons, qui seraient passés de 900 individus il y a 20 ans à seulement une quinzaine de nos jours. Or, le mouflon n’est pas originaire des Alpes. Il a été introduit petit à petit au milieu du XXe siècle, sans aucune étude préalable, pour des raisons cynégétiques.

« L’espèce a été importée par les chasseurs, pour leur plaisir. Alors que le chamois, lui, est une espèce endémique qui souffre beaucoup du changement climatique et de la sur-chasse humaine. » rappelle Richard HOLDING.
Pourtant, Michel Sanjuan, vice-président des chasseurs de la Drôme en charge du loup et du grand gibier, explique à FranceBleu que « si on ne change pas le statut d’animal protégé du loup, on court à la catastrophe » et aimerait avoir l’autorisation d’abattre ce prédateur naturel.

« Les loups s’attaquent aux proies les plus faciles, ce qui permet à la nature de se régénérer et de permettre aux espèces d’être plus fortes. Le loup est la meilleure chose qui puisse arriver à un écosystème. Ils ont ce rôle de régulation qui les assainit et profite à la végétation car les cervidés et les ongulés deviennent plus méfiants et plus mobiles, ce qui laisse plus de marge aux forêts pour se régénérer. Le problème, c’est qu’en France on ne laisse pas assez de temps et d’espace à la régulation naturelle. Clairement dans les zones où les loups sont présents il faudrait arrêter tout type de chasse et voir le résultat » plaide à l’inverse Richard Holding

On dénombrait entre 10 000 et 20 000 loups en France à la fin du 18ème siècle, contre 920 aujourd’hui. Malgré cela, des abattages légaux et illégaux de loups continuent d’avoir lieu dans le pays. Pour l’ASPAS, la solution n’est pas de les tuer, une bonne coexistence avec les éleveurs inquiets passe par le triptyque présence du berger, clôtures électrifiées et surtout chiens de protection.

Les études le prouvent, il n’y a aucun risque les loups fassent mourir toute la faune sauvage dont ils dépendent. Il n’y a que l’espèce humaine qui soit assez stupide pour se condamner toute seule.

chasse loup sanglier
https://lareleveetlapeste.fr/drome-les-chasseurs-se-plaignent-de-la-diminution-des-sangliers-causee-par-les-loups/

Orthographe, grammaire, calculs… Chez les aspirants professeurs aussi, le niveau a baissé

Sun 11 Dec 2022 - 13:21

Les résultats au concours 2022 de recrutement des professeurs des écoles sont tombés et, pour certains, ils ne sont pas bons du tout. Grammaire, orthographe, conjugaison, syntaxe et mathématiques : les correcteurs décrivent des candidats à « la langue pauvre », peu cultivés, qui citent des programmes de téléréalité ou des films Disney.

Alors qu'on se désole régulièrement de la baisse du niveau des élèves, les aspirants professeurs des écoles ne font pas beaucoup mieux, si on en croit les rapports des jurys du Concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE). Que ce soit à Lille, Besançon, Clermont-Ferrand, Strasbourg ou Marseille, les correcteurs s'inquiètent du manque de culture générale des candidats et de leurs lacunes de base en orthographe, grammaire ou encore en mathématiques. « Très peu de candidats citent des sources qui permettraient de démontrer une culture personnelle déplore par exemple le rapport de l'académie de Lille. Certains le font en se trompant d’auteur, en citant une émission de téléréalité ou des dessins animés de Disney. Une petite minorité est en mesure de citer quelques lectures personnelles. »

La forme n'est pas en reste : « Beaucoup de correcteurs s’étonnent encore du manque de maîtrise de la langue française, relèvent énormément d’erreurs orthographiques (accords de base), des fautes de syntaxe et des expressions familières, note le même rapport. La ponctuation est absente de certaines copies, les virgules, d’une manière générale, sont peu utilisées. »

Des connaissances « chancelantes »

Un exemple édifiant du niveau de certains candidats : la définition du mot « chancelant », que « très peu de candidats » sont en mesure de donner « au grand étonnement des correcteurs, puisque le contexte était fortement aidant ». Dans la grande majorité des cas, les candidats de l'Académie de Lille relient cet adjectif (qui signifie « vacillant ») au radical « chance » ou « chant » : « Il en découle donc que des enfants « chancelants » sont des enfants qui ont de la chance, qui sont joyeux, innocents, insouciants… » Le jury de Besançon fait, pour sa part, remarquer que « les mots familiers tels que "cool" n’ont pas lieu d’apparaître dans une copie de concours qui vise à recruter de futurs experts qui auront en charge d’enseigner la langue française aux plus jeunes élèves ».

À Marseille, la moyenne générale des aspirants professeurs des écoles dans la partie « lexique et compréhension lexicale » est de 1,84 / 4. Une note assez basse pour faire dire aux jurys « que le point faible des candidats demeure le lexique. Cela avait déjà été observé l’année dernière mais le constat est à nouveau alarmant cette année, en atteste la moyenne obtenue à cette partie. » Ces mêmes correcteurs dénoncent l' « inculture littéraire et artistique » de « nombre de candidats ». À Limoges, les correcteurs alertent sur le nombre de pénalités infligées pour des problèmes de langue, « dans toutes les épreuves puisque toutes les copies sont pénalisées, avec des caractéristiques plus fortes en français (45 % obtiennent la pénalité maximale) et en épreuve d’application (41,4 % obtiennent la pénalité maximale) qu’en mathématiques (26,4 % obtiennent la pénalité maximale) ».

« Des propos vagues et sans consistance »

À Clermont-Ferrand, même constat. Un nombre « significatif » de copies accuse une expression qui « n'est pas bonne, voire fautive à l'excès » ; certaines « ont mis en évidence une faiblesse des connaissances dans le domaine de la langue française. » Des candidats, note le jury, répondent « à peu près au hasard aux questions posées. Ce sont aussi l’identification et l’analyse de l’emploi des temps verbaux qui ne sont pas du tout réussies, collectivement. » Les correcteurs se désolent que « plusieurs copies [...] se soient contentées de généralités passe-partout, souvent empruntées à l’expérience personnelle, et donc sans réelle pertinence dans un développement de cette sorte »soit« de propos vagues et sans consistance, semblables à ceux que l’on pourrait entendre dans une conversation relâchée ».

En mathématiques, le niveau ne semble guère meilleur. Le jury de Besançon note même que « le nombre de copies affichant des non-réponses est en nette augmentation » ; alors que le sujet est jugé « accessible » et que les « formules de calcul sont données », les résultats très faibles des candidats interrogent les correcteurs « sur la qualité de maîtrise par les candidats des contenus des programmes de l’épreuve et des notions mathématiques convoquées ». Et même ici, le niveau de langue « relâché » semble poser problème, puisque « des expressions familières, une grande impropriété lexicale, une langue pauvre, au lexique répétitif et sans pertinence, ainsi qu’une mauvaise orthographe » émaillent les copies de mathématiques. À Strasbourg, de « très nombreux candidats ne connaissent pas la définition d'un nombre décimal ». Difficile dans ces conditions de faire monter le niveau.

Par Jean-Loup Adenor

enseignement langue profs
https://www.marianne.net/societe/education/orthographe-grammaire-calculs-chez-les-aspirants-professeurs-aussi-le-niveau-a-baisse#xtor=CS2-4

L’histoire de la Déclaration universelle des droits de l’homme racontée par le spécialiste Salvatore Sagues - RFI

Fri 9 Dec 2022 - 19:36

Ce 10 décembre marque le 74e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948 lors de l’Assemblée générale des Nations unies tenue à Paris (50 votes pour, 8 abstentions). Pour Salvatore Saguès, spécialiste des droits de l’homme à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ancien chercheur d’Amnesty International, cette déclaration a eu des effets considérables, mais elle ne pourrait probablement pas être adoptée comme telle aujourd'hui. Entretien.

Première publication le 06/12/2018

RFI : D’abord, quels sont les pays qui, à l’heure actuelle, n’ont pas encore adopté ou ratifié la Déclaration universelle des droits de l’homme ? D’ailleurs, est-ce qu’on l’adopte ou est-ce qu’on la ratifie la Déclaration universelle des droits de l’homme ?

Salvatore Saguès : Ni l’un ni l’autre, car cette déclaration n’a pas de valeur contraignante puisque, comme son nom l’indique, c’est une déclaration. Personne ne l’adopte ou personne ne la ratifie, contrairement aux instruments comme les conventions ou comme les pactes. Mais les principes de cette déclaration ont été repris dans de très nombreux instruments internationaux qui, eux, ont été ratifiés à la fois à l’échelle universelle et régionale. Donc, on peut dire qu’il y a quand même un consensus général sur les principes. La déclaration a une valeur déclarative, mais n’est pas soumise à ratification ni à adhésion.

C’est donc plutôt une source d’inspiration et un modèle…

Exactement. C’est une source d’inspiration qui a directement mené à l’adoption, en 1966, des deux grands pactes relatifs aux droits civils et politiques et aux droits économiques, sociaux et culturels qui, eux, ont été pour la première fois des instruments contraignants qui ont posé des normes dans ces domaines, qui font obligation aux États de les respecter.

Mais contraignants jusqu’à quel point ?

C’est tout le problème du droit international. Ces deux pactes, comme d’autres instruments – comme la Convention contre la torture, la Convention contre les disparitions forcées – mettent en place un comité. Et donc, les États doivent régulièrement envoyer des rapports pour préciser la nature de leur respect de ces droits de l’homme. Et, pour certains de ces comités, il y a la possibilité que des individus déposent plainte contre l’État. Mais évidemment, ce n’est contraignant que dans la mesure où l’État accepte de s’y plier, bien sûr. D’où le rôle des ONG [Organisations non gouvernementales, NDLR], des journalistes, des militants qui font pression avec également le poids de l’opinion publique pour que ces droits soient respectés. C’est toujours un rapport de force entre d’une part le droit qui impose, d’autre part les États qui, parfois et souvent, rechignent et enfin les ONG de défense des droits humains, ou de simples citoyens, qui militent pour faire pencher la balance du bon côté.

Si l’on remonte dans le temps, est-ce que l’on peut cibler les principaux textes et documents dont s’est inspirée cette déclaration ? On parle, par exemple, du cylindre de Cyrus, qui date du VIe siècle avant Jésus-Christ, comme de la plus ancienne déclaration des droits de l’homme. Est-ce exact ?

Oui tout à fait. Il est considéré comme le premier texte de cette nature. Il a été salué comme la première charte des droits de l'homme et l'ONU en a publié une traduction dans toutes les langues onusiennes en 1971. Mais je ne suis pas un spécialiste de cette époque précise. [Découvert en 1879 à Babylone, site qui se trouve dans l'Irak actuel, ce cylindre en argile en forme de tonneau décrit, en écriture cunéiforme, un certain nombre de thèmes évoqués par Cyrus le Grand, l'empereur de Perse, comme la liberté de culte, l'abolition de l'esclavage et la liberté de choix de profession, NDLR]

Un artéfact babylonien, parfois décrit comme la première charte des droits de l'homme au monde, sera exposé en Iran après que le gouvernement a menacé de couper les liens avec le British Museum si celui-ci ne prêtait pas l'objet. Le cylindre de Cyrus est un objet en argile datant du VIe siècle avant J.-C., sur lequel est inscrit en cunéiforme le récit de la conquête de Babylone par le roi perse Cyrus le Grand. Il est arrivé en Iran le 10 septembre et sera exposé au Musée national d'Iran pendant quatre mois, rapporte alors la télévision d'État.

Le cylindre de Cyrus, exposé au Musée national d'Iran, à Téhéran, le dimanche 12 septembre 2010. Un artéfact babylonien, parfois décrit comme la première charte des droits de l'homme au monde, sera exposé en Iran après que le gouvernement a menacé de couper les liens avec le British Museum si celui-ci ne prêtait pas l'objet. Le cylindre de Cyrus est un objet en argile datant du VIe siècle avant J.-C., sur lequel est inscrit en cunéiforme le récit de la conquête de Babylone par le roi perse Cyrus le Grand. Il est arrivé en Iran le 10 septembre et sera exposé au Musée national d'Iran pendant quatre mois, rapporte alors la télévision d'État. AP - Vahid Salemi

Ensuite, en remontant le temps jusqu’à la Grèce et la Rome antique, est-ce que l’on peut trouver des textes et des hommes qui se sont saisis de cette idée des droits de l’homme ?

Bien sûr. La Grèce d’abord, qui a inventé la démocratie, tout en gardant à l’esprit que cette démocratie ne concernait que les hommes et pas les femmes. Et uniquement les citoyens libres, pas les métèques [étrangers résidant à Athènes sans avoir les droits d’un citoyen dans le sens premier du terme, NDLR] ou les esclaves. Les Romains aussi ont adopté des droits, mais seulement pour eux. Et c’est d’ailleurs pourquoi la déclaration de 1948 est si importante parce que, pour la première fois, c’est au niveau universel ! Mais tout au long de ces 2 000 ans effectivement, il y a eu des dispositions qui ont visé à assurer les droits de certaines catégories de la population et, évidemment, des individus qui étaient au pouvoir, à savoir en Occident, les hommes blancs et libres. Cela a exclu les esclaves durant des millénaires et les femmes jusqu’au début du XXe siècle. Mais il y a eu, en effet, des règles qui, peu à peu, ont été adoptées.

La première Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, c’est celle signée le 26 août 1789 à Paris par l’Assemblée constituante. Mais elle-même, où a-t-elle trouvé son inspiration ?

L’une des principales inspirations, c’est Jean-Jacques Rousseau qui, l’un des premiers, a dit que la souveraineté de l’État repose sur le peuple, sur la nation et non sur les aristocrates ni sur une monarchie de droit divin qui, parce qu’elle se prétend choisie par Dieu, peut décider pour elle seule du bien de la nation. La déclaration de 1789 découle des Lumières et du fait que l’autorité ne découle plus de Dieu ni de son représentant sur terre, le roi, mais qu’elle est l’émanation de la volonté générale.

La Constitution américaine de 1787 est également citée comme source d’inspiration. Plusieurs députés de l’Assemblée constituante, comme Lafayette ou Talleyrand, avaient d’ailleurs voyagé en Amérique. La Déclaration des droits de l’homme a donc aussi une filiation anglo-saxonne ?

Oui tout à fait. Il y a déjà la Magna carta, la Grande Charte de 1215 qui, pour la première fois, a limité les droits du roi en Angleterre même si, à nouveau, c’étaient les nobles qui défendaient leurs droits. Mais tout cela vient de cette même idée que le pouvoir ne peut pas être imposé d’en haut, au nom de Dieu ou au nom du roi. Et donc, les droits de l’homme ont rogné peu à peu dans cet absolutisme soit religieux, soit royal, pour installer des droits qui appartiennent à un grand nombre et au nom de la raison.

Est-ce que l’Habeas Corpus adopté en Angleterre en 1679 et qui impose que tout prisonnier soit déféré devant un juge fait également partie de cette filiation ?

Absolument. L’Habeas Corpus, c’est essentiel puisque c’est la première limitation à la détention arbitraire. En France, malheureusement, on a eu les lettres de cachet où l’on pouvait envoyer quelqu’un à la Bastille de manière illimitée sans rien justifier. L’Habeas Corpus, c’est la première fois qu’il y a une règle qui dit qu’on ne peut pas détenir quelqu’un de manière arbitraire. Il faut qu’il y ait un motif qui soit vérifié et validé par un juge. Cela part à nouveau de l’idée de limiter le pouvoir absolu.

Comment expliquer, sur le plan philosophique, que la Constitution américaine, souvent citée comme modèle, se soit accommodée si facilement de l’esclavagisme aux États-Unis ?

Parce que cette Constitution a été adoptée sur un mode consensuel. Cette Constitution de 1787 est un texte très, très, court qui résumait le consensus des treize colonies qui ont fondé les États-Unis. Peu à peu, ils ont adopté les célèbres amendements – il y en a maintenant vingt-sept – et chaque amendement est venu préciser quelque chose. Par exemple, le 1er amendement, c’est celui concernant la liberté d’expression et ce n’est que le 13e amendement, après la guerre de Sécession en 1865, qui a aboli l’esclavage. Les amendements ont été ajoutés de manière très pragmatique. Alors évidemment, comme tous les États du Sud étaient esclavagistes et que pour modifier la Constitution américaine il faut une majorité des deux tiers au Congrès ou bien une proposition émanant des deux tiers des États [cette deuxième possibilité n'a jamais été utilisée dans l'Histoire américaine, NDLR], c’était impossible avant la guerre de Sécession de faire adopter ce type d’amendement contre l’esclavage.

Vous avez cité Jean-Jacques Rousseau comme l’un des inspirateurs de la Déclaration des droits de l’homme. Du côté des philosophes allemands, par exemple, y a-t-il eu également des chantres des droits de l’homme ?

Oui bien sûr, et en particulier Emmanuel Kant. Kant a été un homme très important. Ce philosophe allemand était très admiratif de la Révolution française. C’est celui qui, pour la première fois dans le domaine philosophique, a dit : « Je ne sais pas si Dieu existe ou s’il n’existe pas, mais je ne peux pas le connaître par ma raison. » Cela veut dire « donc je ne peux pas imposer quelque chose à autrui au nom d’une autorité que je ne peux pas expliquer ». Il a écrit un très beau texte qui s’appelle Qu’est-ce que les Lumières ? où il dit que l’arrivée des Lumières, c’est l’affranchissement de l’homme, que c’est l’arrivée de l’homme à l’âge adulte. Il a été un très grand inspirateur de tout cet élan vers l’idée qu’il faut remplacer l’autorité sans contestation par la raison.
Image d'artiste non datée montrant le philosophe allemand Emmanuel Kant. Kant, mort le 12 février 1804 à Koenigsberg, aujourd'hui Kaliningrad, en Russie occidentale.
Image d'artiste non datée montrant le philosophe allemand Emmanuel Kant. Kant, mort le 12 février 1804 à Koenigsberg, aujourd'hui Kaliningrad, en Russie occidentale. ASSOCIATED PRESS

Vous citez Dieu. Est-ce que le fait religieux, souvent porteur de dogmes, et les droits de l’homme peuvent être conciliables ?

C’est une grande question. Il est évident que dans la Bible et dans le Coran, il y a des règles qui ont été reprises par les droits de l’homme : tu ne tueras point, tu ne voleras point…

Je vous coupe : les Dix Commandements, par exemple, peuvent être aussi considérés comme les « ancêtres » de la déclaration des droits de l’homme ?

Oui, bien sûr. On peut le dire comme ça, tout en sachant que les Dix Commandements sont un texte tellement court et tellement ouvert à interprétation… Par exemple, le « Tu ne tueras point » n’a pas empêché les religions de justifier la peine de mort. Dans cette optique, il faut tuer celui qui a tué. Lus de manière progressiste, les Dix Commandements peuvent être une source pour les droits de l’homme et justifier le premier droit de l’homme, le droit à la vie, principal argument des militants de l’abolition de la peine de mort. À l’inverse, ce même texte, lu au pied de la lettre, peut justifier les pires choses.

Les dogmes religieux peuvent parfois être contraignants, voire priver de certaines libertés…

C’est tout le pari des droits de l’homme. Les droits de l’homme sont, en fait, une sécularisation de certains principes intangibles. C’est vrai que les Dix Commandements, ou les principes de la Bible, avaient comme légitimité le fait que c’était Dieu qui les avait donnés aux hommes alors que les droits de l’homme, c’est l’homme qui se les donne lui-même en tant que souverain. C’est à la fois une sécularisation et une sacralisation, parce que maintenant, on peut dire que le droit à la vie, que le droit à ne pas être discriminé, que le droit à l’éducation ou à la santé, par exemple, sont des droits intangibles. Il n’y a personne qui nie ces droits même si, après, les modes de mise en œuvre de ces droits peuvent grandement varier. Mais ce sont des droits qui ne souffrent d’aucune contestation. Nulle part, il y a un État qui peut oser dire : « On n’a pas le droit d’être soigné de manière égale quelle que soit l’origine ethnique ou l’origine économique de la personne. »

Est-ce que le droit à l’avortement peut être considéré comme un droit de l'homme ?

Alors ça, c’est une très grande question. Elle a divisé beaucoup d’ONG, y compris Amnesty International. Certains ont opté pour une voie de compromis en s’abstenant de réclamer le droit à l’avortement de manière absolue tout en mettant l’accent sur les cas où le fait de refuser l’avortement met en danger la santé mentale ou physique d’une personne. C’est évidemment le cas en cas de viol, et c’est évidemment le cas en cas d’inceste. Mais, comme vous le savez, il y a des pays – notamment en Amérique latine – où même des jeunes filles qui ont été violées ou bien qui ont été victimes d’inceste et sont tombées enceintes peuvent être poursuivies pour avoir tenté d’interrompre leur grossesse. L’évolution récente, aux États-Unis, est à cet égard très inquiétante. Car au-delà de la question de principe sur laquelle on peut débattre, il est incontestable que l’interdiction de l’avortement a une portée discriminatoire évidente. Une femme américaine qui dispose de moyens financiers pourra toujours se rendre à New York ou en Californie pour y effectuer une interruption de grossesse dans des conditions sanitaires sûres. Je crois que le grand défi des droits de l’homme, c’est d’éviter le piège des débats philosophiques. Les débats philosophiques, c’est fait pour les philosophes. Je prends le cas très important des droits LGBT [Lesbienne-Gay-Trans et Bi, NDLR] sur lesquels j’ai beaucoup travaillé. Évidemment qu’il y a des pays, en Afrique notamment mais aussi en Asie et en Amérique latine où, à cause de la religion ou de pesanteurs sociologiques, certains vont dire : « Les homosexuels sont des gens anormaux ; donner des droits aux homosexuels, cela va remettre en cause la famille et caetera ». L’approche par les droits signifie que l’on va dire : un homosexuel est une personne comme les autres. Donc, les droits fondamentaux de cette personne ne peuvent pas être remis en cause ; cette personne ne peut pas être arrêtée de manière arbitraire, ou condamnée à mort de manière arbitraire, ou frappée de manière arbitraire. Donc, on va essayer ne de ne pas tomber dans le piège du débat philosophique sur la conception de la famille ou sur la morale mais plutôt de dire qu’il y a des droits qui sont intangibles. Moi, je vais souvent en Afrique parler avec des États qui criminalisent encore les relations homosexuelles et je leur dis : « Voilà, est-ce que vous estimez normal d’arrêter quelqu’un, de le tabasser, de le torturer, de le maintenir en prison de manière arbitraire pour quelque raison que ce soit ? » Évidemment, les autorités vont dire : « Non ». Et parmi les « quelque raison que ce soit », il y a l’orientation sexuelle. C’est une manière d’éviter le piège qu’on peut nous tendre en disant : « Ce que vous voulez, en fait, c’est introduire partout le mariage pour tous ou des choses comme ça ». On dit : « Non, ça c’est un problème de morale, c’est un problème de société et c’est au gouvernement de décider cela ; mais il y a des droits intangibles sur lesquels personne ne peut revenir. » Et ces droits, ce sont l’interdiction absolue de la torture, c’est le droit absolu à avoir un procès équitable, à ne pas être détenu de manière arbitraire, à ne pas être tabassé, etc.

L’abolition de la peine de mort est l’une des plus grandes avancées en matière de droits de l’homme, mais elle est assez récente. Est-ce que, par le passé, des civilisations avaient aboli la peine de mort ?

À ma connaissance, non. Comme vous le savez, la torture est interdite dans tous les cas, mais la peine de mort n’est pas interdite par le droit international dans tous les cas. Dans le Pacte international des droits civils et politiques, il est dit : « On ne privera pas quelqu’un de la vie de manière arbitraire, sauf lorsque des sanctions légales sont prévues. » Pourquoi y a-t-il eu cette disposition ? Parce que, sans cette disposition, tous les États qui pratiquent la peine de mort – comme les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Iran – n’auraient pas ratifié ce pacte. Cela permet aux pays qui n’ont pas aboli la peine de mort de dire : « On pratique la peine de mort, mais on respecte le droit international dans la mesure où nous ne tuons qu’en fonction de sanctions légales. » C’est un combat qui est mené au jour le jour. Plus des deux tiers des États à travers le monde ont aboli la peine de mort et le mouvement abolitionniste ne cesse de connaître des avancées, même aux États-Unis, mais, contrairement à la torture, on ne peut pas dire que la peine de mort est interdite par le droit international.

Les droits de l’homme, c’est aussi les droits des femmes. Or, en anglais, on parle des « human rights », littéralement les « droits humains », alors qu’en français, on a gardé l’expression « droits de l’homme ». Même si c’est au sens large du terme, est-ce que cela ne pose pas problème, encore plus dans le contexte actuel ?

C’est un très grand débat. De plus en plus d’organisations internationales comme Amnesty, par exemple, parlent de « droits humains ». Les Canadiens parlent des « droits de la personne » ou des « droits humains ». Je sais que la France, les Nations unies et l’OIF où je travaille actuellement, gardent pour le moment « droits de l’homme », mais même dans ces enceintes, cela aussi est en train de changer. À l’OIF, nous gardons pour le moment « droits de l’Homme » avec un H majuscule. En fait, ceux qui défendent cette optique disent que, en latin, « homo », c’est homme et femme, comme dans « Homo sapiens ». En latin, le mot « homme » se dit « vir » et pas « homo ». Et donc ils disent que, à l’origine, le mot « homme » ne désignait pas les hommes au masculin mais les hommes et les femmes. C’est effectivement un débat, mais je pense qu’il ne faut pas attribuer trop d’importance à cela, parce que les défis sont tellement grands que perdre du temps là-dessus… Moi, je préfère « droits humains » à titre personnel. Mais je préfère consacrer mon énergie à défendre les droits qu’à discuter longuement entre « droits de l’homme » et « droits humains ».

On a quand même l’impression que le respect des droits de l’homme s’applique surtout pour le moment aux sociétés occidentales. On a tort ?

Non, on ne peut pas dire cela. Moi, cela fait trente ans que je travaille sur l’Afrique et, en trente ans, le degré de la liberté d’expression et d’association dans ce continent a connu des avancées inimaginables.

Pas dans les pays où la charia est appliquée cependant….

Même dans ces pays, les droits de l’Homme servent de fer de lance à la contestation et peuvent secouer des régimes forts. Regardez ce qui se passe actuellement en Iran. Des hommes et des femmes jeunes sont prêts à mourir pour la liberté, pour des droits qui ont été consacrés de manière universelle, pour la première fois en 1948. Toutes les demandes de liberté et de respect des droits dans le monde découlent directement de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce texte repose sur un postulat et un pari. Il affirme l’universalité, l’indivisibilité et l’interdépendance des droits de l’Homme. Et cette affirmation demeure révolutionnaire et pour beaucoup d’États difficile à accepter. Beaucoup d’observateurs affirment que la Déclaration universelle des droits de l’Homme ne pourrait pas être adoptée aujourd’hui par les États, parce que ce texte va très loin. Cette déclaration, si on la relit maintenant, quasiment tous les droits y sont consacrés. On peut imaginer que de nombreux États refuseraient actuellement d’adopter cette déclaration pour des raisons idéologiques ou religieuses.

Vous avez dit que la Déclaration de 1948 couvrait tout le droit. Or, depuis 1948, l’humanité a évolué. Et il y a des problématiques qui ne figurent pas dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : la bioéthique, la génétique, l’environnement, l’espace, etc. Est-ce qu’il ne serait pas opportun d’ajouter des chapitres comme on ajoute des amendements à une Constitution ?

Comme je vous l’ai dit, parvenir au consensus de 1948 était relativement facile pour deux raisons : d’abord, il y avait beaucoup moins d’États qu’aujourd’hui. Il n’y avait quasiment pas d’États indépendants en Afrique, il y avait très peu d’États en Asie qui étaient indépendants, on sortait de la Deuxième Guerre mondiale… Même les Russes, par exemple, qui pouvaient ne pas être tout à fait d’accord avec des principes tels que la liberté d’expression qu’ils bafouaient tranquillement chez eux, n’ont pas osé s’y opposer. Donc, je pense que toucher à la déclaration maintenant me semblerait très dangereux. En revanche, là où vous avez tout à fait raison, c’est que ces nouveaux droits, qui n’étaient pas envisagés à l’époque, doivent faire l‘objet de nouvelles conventions. L’Accord de Paris sur le climat, par exemple, ou sur la bioéthique : il faut faire de nouvelles conventions pour intégrer ces droits. Mais au-delà de la conclusion d’accords, il y a le problème de la mise en œuvre et là, je ne peux qu’être pessimiste. La polarisation actuelle dans le monde, sans précédent depuis la fin de la guerre froide, la désastreuse présidence de Donald Trump, la fuite en avant du président Poutine, l’autisme des autorités chinoises, cela ne porte à l’optimisme. Sauf à agir en brandissant à nouveau l’arme des droits de l’Homme. Les Russes coupables de crimes de guerre pourraient un jour se retrouver à La Haye devant la CPI, comme cela a été le cas pour Milosevic. C’est ce que demandent et recherchent déjà des ONG de défense des droits de l’Homme, comme la FIDH.

On peut garder espoir quand même ?

Oui, parce que nous n’avons pas d’autre choix et parce que, malgré tout, il y a des signes d’espérance. Malgré tout leur pouvoir, Trump ou Bolsonaro ont été chassés par les urnes. Le pouvoir théocratique en Iran vacille sous les cris de jeunes femmes et de jeunes hommes qui n’ont plus peur. En Ukraine, un peuple s’est levé contre un envahisseur beaucoup plus puissant que lui et il tient bon. Vous pourrez, bien entendu, m’opposer des dizaines de contre-exemples, que je ne pourrai pas nier. Mais quel que soit le point de vue que l’on adopte, il est incontestable que la défense des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’État de droit demeure une arme redoutable et crainte des tyrans.

Pour conclure, vous diriez qu’elle a laissé quel héritage, cette Déclaration universelle des droits de l’homme ?

Je crois qu’elle a laissé le plus beaux des héritage ; pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des droits s’appliquent à tous. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que des États ont lancé un signal : celui de dire qu’il y a des droits qui concernent tout le monde. Jusque-là, certains de ces droits avaient concerné des personnes, dans le Nord, des personnes éduquées et avaient exclu d’autres. Pour la première fois, le principe de l’universalité et de l’indivisibilité des droits de l’Homme a été proclamé. Et puis le deuxième héritage, c’est que ce texte a permis ensuite l’adoption de textes contraignants. Il y a, à l’heure actuelle, neuf grands traités contraignants : les deux pactes dont je vous ai parlé en début d’entretien mais aussi la convention contre la torture, contre les disparitions forcées, sur les droits de l’enfant, etc., qui, eux, sont des pactes contraignants. Malgré tous les retards, malgré toutes les marches arrière, pour la première fois dans l’humanité, des États ont accepté de limiter leur propre pouvoir. Mes étudiants à Sciences Po me disent : « Est-ce qu’il y a des raisons d’être optimistes dans un monde aussi grave ? ». Je leur réponds que j’ai travaillé vingt-cinq ans pour Amnesty International, que j’ai rencontré les pires tortionnaires, que j’ai rencontré les chefs d’État les plus cyniques qui soient, en Afrique, et qu’aucun ne m’a dit : « Moi ? Eh bien, je torture ! Moi, je tue ! » Ils ont menti, ils ont caché, ils ont nié, ils ont même affirmé être de grands défenseurs des droits de l’Homme. Est-ce qu’on peut imaginer Gengis Khan ou, plus près de nous, Hitler ou Staline prendre de telles précautions ? Donc, malgré tout, même chez les pires tortionnaires, il y a désormais un surmoi qui impose le respect de ces normes. Même lorsqu’elles sont violées. Malgré tout, il y a eu, dans la conscience universelle, un bond en avant inimaginable. Et cela, nous le devons en grande partie à la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

droit liberté
https://www.rfi.fr/fr/connaissances/20221209-marbre-pour-la-premi%C3%A8re-fois-dans-l-histoire-des-%C3%A9tats-ont-accept%C3%A9-de-limiter-leur-propre-pouvoir

L'affaire du Levothyrox résumée en sept actes - France Info

Tue 6 Dec 2022 - 20:35

L'Agence nationale de sécurité du médicament a été mise en examen, début décembre, pour "tromperie". Retour sur les principales étapes du dossier.
Article rédigé par franceinfo avec AFP - France Télévisions Publié le 06/12/2022 17:08

Deux mises en examen à quelques semaines d'intervalle. Après des années de procédures judiciaires, le dossier du Levothyrox avance. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a annoncé lundi 5 décembre sa mise en examen pour "tromperie". Un mois et demi plus tôt, la filiale française du laboratoire pharmaceutique allemand Merck, fabricant du médicament, avait déjà été mise en examen pour "tromperie aggravée".

Au cœur du scandale : une nouvelle composition du médicament contre les troubles de la thyroïde, prescrit à trois millions de personnes en France. Après sa mise sur le marché en 2017, des patients se sont plaints de nombreux effets secondaires. Franceinfo revient sur les principales étapes de cette affaire.

1 Mars 2017 : une nouvelle formule du médicament est commercialisée

Fin mars 2017, la filiale française du laboratoire allemand Merck met sur le marché la nouvelle formule du Levothyrox, à la demande de l'ANSM. Cette nouvelle formule utilise le même principe actif, la lévothyroxine, mais avec de nouveaux excipients. Le but est de rendre sa concentration plus stable, élément crucial pour l'efficacité.

Crampes, maux de tête, vertiges ou perte de cheveux... Rapidement, des patients se plaignent de nombreux effets secondaires liés, selon eux, à cette nouvelle formule.

2 Octobre 2017 : des patients saisissent la justice

Les plaintes de patients s'accumulent. Une enquête préliminaire est confiée au pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille, dont la compétence s'étend jusqu'à Lyon, siège français de Merck. L'ancienne formule du Levothyrox fait son retour dans les pharmacies le 2 octobre 2017 sous le nom d'Euthyrox. Mais le nombre de boîtes est limité. A Lyon, le siège français de Merck est perquisitionné le 3 octobre 2017.

Les effets indésirables sont dus à "un déséquilibre thyroïdien" causé par le changement de traitement, pas à la nouvelle formule, assure l'ANSM, le 11 octobre. Sur le plan civil, une action collective est engagée le 24 octobre contre Merck à Lyon. Une mission parlementaire menée par le député LR et médecin Jean-Pierre Door conclut à un défaut d'information. Son travail est critiqué par des patients, qui considère que "les personnes auditionnées sont quasiment toutes des proches ou des gens qui ont travaillé pour le laboratoire", y compris le député.

3 Mars 2018 : une enquête au pénal est ouverte

Merck est condamné le 14 novembre 2017 à fournir "sans délai" l'ancienne formule, par le tribunal de grande instance de Toulouse. Au pénal, une information judiciaire contre X est ouverte à Marseille le 2 mars 2018 pour tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui, élargie en novembre à homicide involontaire. D'après le ministère de la Santé, un demi-million de Français ont cessé de prendre le Levothyrox depuis le lancement de la nouvelle formule.

4 Juillet 2018 : Merck et l'ANSM démentent toute anomalie

L'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) dénonce la présence de nanoparticules de métal dans la nouvelle formule ainsi que des anomalies de composition. Le laboratoire dément toute anomalie, tandis que l'agence du médicament confirme, le 5 juillet 2018, "la bonne qualité de la nouvelle formule".

Le 20 décembre, à l'issue d'une vaste étude sur plus de 2 millions de patients, le ministère de la Santé note l'absence d'augmentation de "problèmes de santé graves", ce que confirme son rapport final en juin 2019. D'autres études, comme celle d'avril 2019 réalisée par des chercheurs de l'université de Toulouse, concluent pourtant que la nouvelle formule ne présente pas de garanties suffisantes pour les patients.

5 Juin 2020 : Merck est condamné en appel, au civil

En mars 2019, à l'issue du premier procès intenté au civil, le tribunal d'instance de Lyon déboute 4 113 plaignants, écartant tout "défaut d'information" de la part de Merck. Mais en juin 2020, la Cour d'appel de Lyon reconnaît que Merck a commis "une faute" lors du changement de formule. Le laboratoire est condamné à verser 1 000 euros à chacun des 3 329 plaignants toujours impliqués dans la procédure. Le laboratoire se pourvoit en cassation, mais son pourvoi est rejeté le 16 mars 2022.

L'arrêt de la commercialisation de l'ancienne formule du Levothyrox (Euthyrox), initialement annoncée pour septembre 2020, est repoussée à fin 2022 au moins. Une autre action collective est lancée en septembre 2021, contre l'agence du médicament pour "défaut de vigilance" et d'"anticipation", devant le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis).

6 Octobre 2022 : Merck est mis en examen pour "tromperie aggravée"

Un nouveau volet s'ouvre le 19 octobre 2022. La filiale française du laboratoire pharmaceutique allemand Merck est mise en examen pour "tromperie aggravée", quatre ans et demi après l'ouverture de l'enquête pénale à Marseille. Le président de Merck en France est entendu au pôle santé du tribunal judiciaire de Marseille. La société Merck Santé S.A.S.U est placée "sous contrôle judiciaire" avec le dépôt d'une caution de 4,3 millions d'euros, ainsi qu'une garantie de 7 millions d'euros.

Cette mise en examen est liée aux "modalités d'information mises en place au moment de la transition de l'ancienne à la nouvelle formule en 2017", explique l'entreprise. Selon l'avocat de Merck au pénal, Mario Stasi, "Merck avait coconstruit ce plan de communication avec différents partenaires, des experts et en dialogue avec des associations de patients, et sous l'autorité de l'agence du médicament qui l'a approuvé".

"La juge a écarté les infractions les plus graves – blessures et homicides involontaires et mise en danger de la vie d'autrui –, pour ne retenir que des manquements dans le plan de communication", insiste l'avocat, la qualité du médicament n'est pas en cause." Mais "l'instruction se poursuit sur l'ensemble des chefs visés lors de l'ouverture de l'information judiciaire", précise le parquet phocéen.

7 Décembre 2022 : l'ANSM est mise en examen pour "tromperie"

L'ANSM annonce lundi 5 décembre avoir été mise en examen pour "tromperie" dans le dossier. "L'ANSM n'a jamais nié les difficultés rencontrées par certains patients au moment du passage à la nouvelle formule du Levothyrox et se préoccupe de manière constante et quotidienne de la sécurité et de la santé des patients", se défend l'agence. L'ANSM "apportera sa pleine contribution à la manifestation de la vérité, mais conteste fermement les reproches formés à son encontre, car aucune infraction pénale n'a été commise", estime-t-elle.

L'agence est aujourd'hui visée par une action collective de quelque 1 100 plaignants, pour "défaut de vigilance" et "défaut d'anticipation".

lévothyrox
https://www.francetvinfo.fr/sante/levothyrox/l-affaire-du-levothyrox-resumee-en-sept-actes_5527023.html
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