L’Association Interhop.org est une initiative de professionnels de santé spécialisés dans l’usage et la gestion des données de santé, ainsi que la recherche en machine learning dans de multiples domaines médicaux. Aujourd’hui, en leur donnant la parole sur ce blog, nous publions à la fois une alerte et une présentation de leur initiative.
En effet, promouvant un usage éthique, solidaire et intelligent des données de santé, Interhop s’interroge au sujet du récent projet Health Data Hub annoncé par le gouvernement français pour le 1er décembre prochain. Devons-nous sacrifier le bon usage des données de santé sur l’autel de la « valorisation » et sous l’œil bienveillant de Microsoft ? Tout comme dans l’Éducation Nationale des milliers d’enseignants tentent chaque jour de ne pas laisser le cerveaux de nos enfants en proie au logiciels fermés et addictifs, il nous appartient à tous de ne pas laisser nos données de santé à la merci de la recherche de la rentabilité au mépris de l’éthique et de la science.
Hold-up sur les données de santé, patients et soignants unissons-nous Par Interhop.org
La plateforme nationale des données de santé ou Health Data Hub, pour les plus américains d’entre nous, doit voir le jour d’ici la fin de l’année. Il s’agit d’un projet qui, selon le Ministère de la Santé, vise à « favoriser l’utilisation et de multiplier les possibilités d’exploitation des données de santé » en créant notamment « une plateforme technologique de mise à disposition des données de santé ».
Or, à la lecture du rapport d’étude qui en détermine les contours, le projet n’est pas sans rappeler de mauvais souvenirs. Vous rappelez-vous, par exemple, du contexte conduisant à la création de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) en 1978 en France ? L’affaire a éclaté en mars 1974, dans les pages du journal Le Monde. Il s’agissait de la tentative plus ou moins contrecarrée du projet SAFARI (Système Automatisé pour les Fichiers Administratifs et le Répertoire des Individus) visant à créer une banque de données de tous les citoyens français en interconnectant les bases de plusieurs institutions grâce à un numéro unique d’identification du citoyen : le numéro de Sécurité Sociale.
Ce scandale n’était pourtant pas inédit, et il ne fut pas le dernier… À travers l’histoire, toutes les tentatives montrent que la centralisation des données correspond à la fois à un besoin de gouvernement et de rentabilité tout en entamant toujours un peu plus le respect de nos vies privées et la liberté. L’histoire de la CNIL est jalonnée d’exemples. Quant aux motifs, ils relèvent toujours d’une très mauvaise habitude, celle de (faire) croire que la centralisation d’un maximum d’informations permet de les valoriser au mieux, par la « magie » de l’informatique, et donc d’être source de « progrès » grâce aux « entreprises innovantes ».
Concernant le « Health Data Hub », il s’agit d’un point d’accès unique à l’ensemble du Système National des Données de Santé (SNDS) issu de la solidarité nationale (cabinets de médecins généralistes, pharmacies, hôpitaux, Dossier Médical Partagé, registres divers et variés…). L’évènement semble si important qu’il a même été annoncé par le Président Macron en mars 2018. Par ailleurs, il est important de pointer que le SNDS avait été épinglé pour l´obsolescence de son système de chiffrement en 2017 par la CNIL.
De plus, l’infrastructure technique du Health Data Hub est dépendante de Microsoft Azure. Et ce point à lui seul soulève de grandes problématiques d’ordre éthique et réglementaire.
Alors que le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) protège les citoyens européens d’un envoi de leurs données en dehors du territoire européen, la loi Américaine (Cloud Act) permet de contraindre tout fournisseur de service américain à transférer aux autorités les données qu’il héberge, que celles-ci soient stockées aux États-Unis ou à l’étranger.
Entre les deux textes, lequel aura le dernier mot ?
Les citoyens et patients français sont donc soumis à un risque fort de rupture du secret professionnel. La symbolique est vertigineuse puisque l’on parle d’un reniement du millénaire serment d’Hippocrate.
Le risque sanitaire d’une telle démarche est énorme. Les patients acceptent de se faire soigner dans les hôpitaux français et ils ont confiance dans ce système. La perte de confiance est difficilement réparable et risque d’être désastreuse en terme de santé publique.
C’est sous couvert de l’expertise et du « progrès » que le pouvoir choisit le Health Data Hub, solution centralisatrice, alors même que des solutions fédérées peuvent d’ores et déjà mutualiser les données de santé des citoyens Français et permettre des recherches de pointe. Bien que les hôpitaux français et leurs chercheurs œuvrent dans les règles de l’art depuis des années, il apparaît subitement que les données de santé ne sauraient être mieux valorisées que sous l’égide d’un système central, rassemblant un maximum de données, surveillant les flux et dont la gestion ne saurait être mieux maîtrisée qu’avec l’aide d’un géant de l’informatique : Microsoft.
Il est à noter que d’une part, il n’a jamais été démontré que le développement d’un bon algorithme (méthode générale pour résoudre un type de problèmes) nécessite une grande quantité de données, et que d’autre part, on attend toujours les essais cliniques qui démontreraient les bénéfices d’une application sur la santé des patients.
Pour aller plus loin, le réseau d’éducation populaire Framasoft, créé en 2001 et consacré principalement au développement de logiciels libres, veut montrer qu’il est possible d’impacter le monde en faisant et en décentralisant. C’est cette voie qu’il faut suivre.
La loi pour une République numérique fournit un cadre légal parfait pour initier des collaborations et du partage. La diffusion libre du savoir s’inscrit totalement dans la mission de service publique des hôpitaux telle qu’imaginée il y a des décennies par le Conseil National de la Résistance, puis par Ambroise Croizat lors de la création de la Sécurité Sociale.
On ne s’étonne pas que le site Médiapart ait alerté le 22 novembre dernier sur les conditions de l’exploitation des données de santé. Il est rappelé à juste titre que si la CNIL s’inquiète ouvertement à ce sujet, c’est surtout quant à la finalité de l’exploitation des données. Or, la récente Loi Santé a fait disparaître le motif d’intérêt scientifique pour ne garder que celui de l’intérêt général…
Quant à la confidentialité des données, confier cette responsabilité à une entreprise américaine semble être une grande erreur tant la ré-identification d’une personne sur la base du recoupement de données médicales anonymisées est en réalité plutôt simple, comme le montre un article récent dans Nature.
Ainsi, aujourd’hui en France se développe toute une stratégie visant à valoriser les données publiques de santé, en permettant à des entreprises (non seulement des start-up du secteur médical, mais aussi des assureurs, par exemple) d’y avoir accès, dans la droite ligne d’une idéologie de la privatisation des communs. En plus, dans le cas de Microsoft, il s’agit de les héberger, et de conditionner les technologies employées. Quant aux promesses scientifiques, elles disparaissent derrière des boîtes noires d’algorithmes plus ou moins fiables ou, disons plutôt, derrière les discours qui sous le « noble » prétexte de guérir le cancer, cherchent en fait à lever des fonds.
Le monde médical et hospitalier est loin de plier entièrement sous le poids des injonctions.
Depuis plusieurs années, les hôpitaux s’organisent avec la création d’Entrepôts de Données de Santé (EDS). Ceux-ci visent à collecter l’ensemble des données des dossiers des patients pour promouvoir une recherche éthique en santé. Par exemple, le projet eHop a réussi à fédérer plusieurs hôpitaux de la Région Grand Ouest (Angers, Brest, Nantes, Poitiers, Rennes, Tours). Le partage en réseau au sein des hôpitaux est au cœur de ce projet.
Par aller plus loin dans le partage, les professionnels dans les hôpitaux français reprennent l’initiative de Framasoft et l’appliquent au domaine de la santé. Ils ont donc créé Interhop.org, association loi 1901 pour promouvoir l’interopérabilité et « le libre » en santé.
L’interopérabilité des systèmes informatisés est le moteur du partage des connaissances et des compétences ainsi que le moyen de lutter contre l’emprisonnement technologique. En santé, l’interopérabilité est gage de la reproductibilité de la recherche, du partage et de la comparaison des pratiques pour une recherche performante et transparente.
L’interopérabilité est effective grâce aux standards ouverts d’échange définis pour la santé (OMOP et FHIR)
Comme dans le cas des logiciels libres, la décentralisation est non seulement une alternative mais aussi un gage d’efficacité dans le machine learning (ou « apprentissage automatique »), l’objectif visé étant de rendre la machine ou l’ordinateur capable d’apporter des solutions à des problèmes compliqués, par le traitement d’une quantité astronomique d’informations.
La décentralisation associée à l’apprentissage fédéré permet de promouvoir la recherche en santé en préservant, d’une part la confidentialité des données, d’autre part la sécurité de leur stockage. Cette technique permet de faire voyager les algorithmes dans chaque centre partenaire sans mobiliser les données. La décentralisation maintient localement les compétences (ingénieurs, soignants) nécessaires à la qualification des données de santé.
La solidarité, le partage et l’entraide entre les différents acteurs d’Interhop.org sont les valeurs centrales de l’association. Au même titre qu’Internet est un bien commun, le savoir en informatique médical doit être disponible et accessible à tous. Interhop.org veut promouvoir la dimension éthique particulière que reflète l’ouverture de l’innovation dans le domaine médical et veut prendre des mesures actives pour empêcher la privatisation de la médecine.
Les membres d’Interhop.org s’engagent à partager librement plateforme technique d’analyse big data, algorithmes et logiciels produits par les membres. Les standards ouverts d’échange sont les moyens exclusifs par lesquels ils travaillent et exposent leurs travaux dans le milieu de la santé. Les centres hospitaliers au sein d’Interhop.org décident de se coordonner pour faciliter et agir en synergie.
L’interconnexion entre le soin et la recherche est de plus en plus forte. Les technologies développées au sein des hôpitaux sont facilement disponibles pour le patient.
L’Association Interhop.org veut prévenir les risques de vassalisation aux géants du numériques en facilitant la recherche pour une santé toujours améliorée. L’expertise des centres hospitaliers sur leurs données, dans la compréhension des modèles et de l’utilisation des nouvelles technologies au chevet des patients, est très importante. Le tissu d’enseignants-chercheurs est majeur. Ainsi en promouvant le Libre, les membres d’Interhop.org s’engagent pour une santé innovante, locale, à faible coût et protectrice de l’intérêt général.
Les données de santé sont tout à la fois le bien accessible et propre à chaque patient et le patrimoine inaliénable et transparent de la collectivité. Il est important de garder la main sur les technologies employées. Cela passe par des solutions qui privilégient l’interopérabilité et le logiciel libre mais aussi le contrôle des contenus par les patients.
La nouvelle application d’identité numérique lancée par le gouvernement
On assiste en France à de plus en plus d’expérimentations sur la reconnaissance faciale, les portiques biométriques dans les lycées, au carnaval de Nice, ou encore dans les aéroports… Le Ministère de l’Intérieur et l’Agence Nationale des Titres Sécurisés lance une nouvelle application sur Android : Alicem. Elle propose aux citoyens de se créer une identité numérique pour tout ce qui est procédure administrative en ligne et ce, à partir de la reconnaissance faciale. Selon les révélations de Bloomberg hier, elle sera lancée dès novembre.
La France sera donc le premier pays de l’Union Européenne à utiliser la reconnaissance faciale pour donner aux citoyens une identité numérique. Mais cela pose de nombreuses questions, notamment sur la protection des données personnelles. Nous avons tenté de joindre le Ministère de l’intérieur qui n’a pas pu répondre à nos questions. Interview avec Martin Drago, juriste à la Quadrature du net, l’association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Il engage une action en justice contre l’État
Écouter sur le site l'interview de Martin Drago.
L'association des américains accidentels a porté plainte contre la France auprès de la Commission européenne pour violation du droit de l'Union européenne. Elle accuse la législation américaine Fatca, qui oblige les banques européennes à transmettre au fisc américain les données bancaires de leurs clients nés aux États-Unis, de ne pas respecter le droit communautaire en matière de protection des données.
C'est une nouvelle étape dans le combat mené par les américains accidentels. L'Association des américains accidentels a annoncé avoir déposé, ce jeudi 3 octobre, une plainte contre la France auprès de la Commission européenne, après avoir été déboutée en juillet par le Conseil d'Etat du refus de ses membres d'être assujettis à une réglementation fiscale. Cette réglementation, le Foreign account tax compliance act (Fatca), adopté par Washington en 2010 et appliqué en France depuis 2014, permet à l'administration fiscale américaine de demander aux banques étrangères des informations sur leurs clients considérés comme des "personnes américaines".
L'association considère que l'accord intergouvernemental franco-américain du 14 novembre 2013, qui permet l'application du Fatca en France, "viole le règlement général de l'UE sur la protection des données" en autorisant le stockage et la transmission massifs aux Etats-Unis des données personnelles", selon un communiqué. Selon les "Américains accidentels", le mécanisme de transmission de données "ne tient pas compte du fait que la plupart de ces personnes n'ont aucun lien avec les États-Unis" et "ne permet pas aux personnes concernées d'accéder aux données qu'elles ont transmises ni de corriger les erreurs qui pourraient s'y glisser".
Le Conseil d'Etat avait pour sa part estimé lors d'une audience début juillet que le Fatca ne présentait pas de défaut d'exécution "avéré" mais tout au plus "des difficultés techniques de mise en oeuvre". Selon le communiqué de l'association, "la Commission européenne dispose d'un délai de 12 mois à compter du 3 octobre pour examiner l'affaire et décider s'il y a lieu d'engager une procédure formelle d'infraction contre la France." La Fédération bancaire française (FBF) avait pour sa part prévenu fin juillet que les banques françaises "pourraient être contraintes de fermer 40.000 comptes d'ici à la fin 2019 faute d'accord sur l'application d'une règlementation fiscale américaine". En refusant de transmettre les informations demandées par les autorités américaines, les banques s'exposeraient à des sanctions à hauteur de 30% de leurs flux financiers avec les Etats-Unis, avait expliqué le patron de la FBF, Laurent Mignon.
En 2017, les Etats-Unis avaient accepté un moratoire valide jusqu'à la fin décembre 2019, stipulant qu'il n'y aurait pas infraction si, faute d'un identifiant fiscal, les banques fournissaient la date de naissance des clients concernés et leur demandaient chaque année des identifiants fiscaux. Mais cette dérogation prendra fin au 1er janvier 2020, "y compris pour les comptes ouverts avant cette date", selon la FBF. Il y a donc urgence à trouver une solution.
Un décret du gouvernement a officialisé le développement d’une application mobile d’authentification d’identité. Baptisée «AliceM», elle fait appel à un dispositif de reconnaissance faciale. Certaines associations s’inquiètent.
Tous les jours ou presque, des articles sont publiés sur les abus liés à la reconnaissance faciale. Aux États-Unis, elle aide la police à surveiller la frontière mexicaine alors qu’en Chine, elle permet au pouvoir en place de surveiller sa population. En France, le gouvernement souhaite se servir de cette technologie via une application mobile pour authentifier l’identité des citoyens. L’utilisation d’un tel dispositif, très décrié, provoque déjà des levées de boucliers.
● Qu’est-ce que l’AliceM?
AliceM est une application mobile, pour le moment uniquement disponible sur Android. Acronyme d’«Authentification en ligne certifiée sur mobile», elle est actuellement en phase de test. Bientôt, elle permettra de s’identifier grâce à son smartphone pour accéder depuis son mobile aux sites de certains services publics regroupés dans le portail d’accès FranceConnect comme celui des impôts ou celui de l’Assurance maladie.
Cela fait plusieurs années que le ministère de l’Intérieur, à l’origine du projet, travaille sur AliceM et d’autres produits similaires, sans grand succès. En 2012, la création d’une base de données biométriques avec l’appui de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) avait été avortée par le Conseil Constitutionnel qui avait jugé le projet anticonstitutionnel. En septembre 2017, l’actuel locataire de la place Beauvau, Christophe Castaner, évoquait dans une feuille de route sa volonté de «se positionner comme maître d’œuvre de l’élaboration de solutions d’identité numérique», note Le Monde. Le ministre a par ailleurs fait savoir cette année qu’il souhaitait que tous les Français puissent prouver leur identité en ligne d’ici 2020, notamment par AliceM qu’il qualifie dans un rapport sur la cybermenace d’«un des prémices d’une politique publique de l’identité numérique». AliceM a finalement été mis en place via un décret publié le 13 mai dernier. Son principe est simple: elle demande à ses utilisateurs de prouver leur identité en prenant en photo leur passeport ou titre de séjour biométrique mais aussi, via un «système de reconnaissance faciale statique (via une photo) et dynamique (via une vidéo où il faut faire des gestes et des mouvements de tête)».
● Pourquoi ce projet inquiète certaines associations?
Le 15 juillet dernier, ce décret publié le 13 mai dernier a été contesté par une association de défense des libertés numériques, La Quadrature du Net. Cette dernière a déposé un recours au Conseil d’État pour le faire annuler. Elle s’insurge contre le fait que l’utilisateur n’ait pas la liberté de choisir de passer outre le dispositif de reconnaissance faciale pour avoir accès à plusieurs services publics dématérialisés via AliceM. L’association reproche à l’État de ne pas respecter le RGPD (Règlement général sur la protection des données personnelles). Lequel stipule que quand il s’agit d’utilisation de données personnelles, «le consentement ne devrait pas être considéré comme ayant été donné librement si la personne concernée ne dispose pas d’une véritable liberté de choix». La Quadrature du Net s’appuie aussi sur un avis de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) rendu le 18 octobre dernier sur le projet du gouvernement. «Le gouvernement ne propose pas, en l’occurrence, d’alternative à la reconnaissance faciale pour créer une identité numérique (...) Au regard de ces principes, le consentement ne peut être regardé comme libre et comme étant par suite susceptible de lever l’interdiction posée par le RGPD» explique-t-elle.
La Commission propose de mettre en place des solutions alternatives à la reconnaissance faciale pour garantir un consentement libre comme un face-à-face en préfecture ou un appel vidéo avec un agent de l’ANTS. Des solutions qui n’ont pas été retenues par le gouvernement dans son décret. «Le plus inquiétant dans cette procédure, c’est que nous constatons une perte de pouvoir de la CNIL. Si même le gouvernement ne l’écoute plus, qui va le faire?» s’interroge Martin Drago, juriste au sein de la Quadrature du Net, contacté par Le Figaro. «Proposer des alternatives, c’est le minimum» explique-t-il. L’expert regrette l’absence de prise de conscience de l’opinion et des pouvoirs publics sur le sujet de la reconnaissance faciale alors que déjà plusieurs villes, notamment aux États-Unis, ont décidé de bannir cette technologie.
Les sites français ont droit à un sursis d’un an quant au recueil du consentement de leurs visiteurs à se faire traquer. Cette période transitoire offerte par la Cnil aux éditeurs fait enrager les défenseurs de la vie privée et pourrait valoir au régulateur un remontage de bretelles au niveau européen.
Marie-Laure Denis et le collège renouvelé de la Cnil n’étaient pas là pour rigoler. C’était en substance le message envoyé en avril dernier, à l’occasion de la présentation du bilan annuel de l’autorité. Google venait d’écoper d’une amende de 50 millions d’euros pour ne pas avoir respecté les principes du RGPD et le gendarme des données personnelles assurait vouloir « crédibiliser le nouveau cadre juridique ». De la pédagogie, toujours, mais surtout des contrôles et des sanctions renforcées.
Et pourtant, le plan d’action de la Cnil en ce qui concerne le ciblage publicitaire ne va pas dans ce sens. Depuis l’entrée en vigueur du RGPD, le régulateur s’est toujours refusé à offrir une « période de grâce »… jusqu’à aujourd’hui. Le programme de la Cnil consiste à réviser sa recommandation relative aux cookies, en date de 2013, afin de l’adapter au nouveau cadre juridique. Sur le papier, l’harmonisation de ces lignes directrices avec le droit européen, in fine un rappel des « règles de droit applicables », est sensée.
Echec au droit (européen)
Mais la décision d’offrir une période transitoire d’un an fait hausser plus d’un sourcil. A commencer par ceux de la Quadrature du Net. Sur son site, la Cnil explique que, « durant cette période de transition, la poursuite de la navigation comme expression du consentement sera donc considérée par la CNIL comme acceptable ». Soit l’application d'une règle antérieure à l’entrée en vigueur du RGPD.
Ce qui va en outre à l’encontre des lignes directrices du Comité Européen de la Protection des Données, dont la Cnil est co-rédactrice. « Il n’existe aucune possibilité laissée à la CNIL pour repousser jusqu’à juillet 2020 l’application du RGPD » dénonce la Quadrature dans un communiqué. « La décision que la CNIL s’apprête à prendre violerait de plein front le droit européen et justifierait un recours en manquement contre la France par la Commission européenne ».
Open bar sur les cookies jusqu’en juillet 2020
Certes, la Cnil affirme qu’elle « continuera à instruire les plaintes et le cas échéant à contrôler, entre autres, qu’aucun dépôt de cookies n’a lieu avant le recueil du consentement ». Mais cette « période de grâce » courant jusqu’en juillet 2020 implique que le seul fait de faire défiler la page après un bandeau d’information sur le dépôt de cookies vaut consentement de l’internaute (attention donc à vos molettes de souris, un consentement involontaire est si vite arrivé).
L’association assure que cette décision est le résultat de négociations entre la Cnil et le GESTE, syndicat d’éditeurs de contenus en ligne). « Aujourd’hui, la CNIL semble vouloir appliquer un droit différent entre Google et les médias français qui, eux, pourraient se contenter d’un consentement « implicite », violant tranquillement nos libertés fondamentales dans la poursuite de profits publicitaires intolérables » écrit la Quadrature, qui n’exclut pas de former un recours devant le Conseil d’Etat.
Un an après l’entrée en vigueur du règlement européen RGPD sur la vie privée, de très nombreux sites ont recours à un service de cette société, pourtant peu connue pour recueillir votre consentement.
Par Damien Leloup Publié le 25 mai 2019 à 14h00
C’est un sigle qui a pris beaucoup d’importance il y a un an, le 25 mai 2018, lorsque le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD) est entré en vigueur. CMP, pour Consent Management Platform (« plate-forme de gestion du consentement »). Comme Monsieur Jourdain la prose, quasiment tous les internautes en utilisent quotidiennement sans le savoir : ce sont les services qui affichent les messages désormais bien connus vous demandant d’accepter que vos données soient utilisées pour, selon les cas, « vous proposer une expérience personnalisée », « analyser le trafic », ou « personnaliser les publicités ».
Notre enquête : Que s’est-il passé en un an de RGPD, la loi censée protéger vos données ?
Si la quasi-totalité des sites Web se sont mis à afficher des messages de ce type il y a un an, c’est parce que le RGPD a fortement renforcé la manière dont les sites Internet doivent recueillir le consentement de leurs visiteurs, avant de pouvoir enregistrer ou utiliser des données sur leur navigation. Tous les sites commerciaux « pistent » leurs visiteurs, au mieux pour savoir quelles pages sont les plus visitées, au pire pour suivre de manière très détaillée la navigation des internautes et afficher des publicités ciblées. Le RGPD impose, dans tous les pays européens, de recueillir le consentement des internautes avant de commencer à les pister.
Or, même si la mise en place du RGPD était prévue depuis des années, de très nombreuses entreprises ont été prises de court par son entrée en vigueur ; d’autres ne disposaient pas des outils ou des compétences techniques pour gérer ce « recueil du consentement ». De très nombreux sites ont donc préféré avoir recours à une solution « clés en main », proposée par des sociétés comme Quantcast, qui offrait aux éditeurs de site, avec Quantcast Choice, un outil gratuit, simple d’utilisation et conforme à la réglementation. Les sites américains, souvent pris de court, ont massivement opté pour ces solutions toutes prêtes.
Fenêtre très reconnaissable
Et l’outil de Quantcast a été un succès : installé selon l’entreprise sur plus de 26 000 sites, il devance largement ses concurrents, et l’entreprise a annoncé cette semaine la sortie d’une version « premium » payante. Sa fenêtre très reconnaissable, avec son bouton en général bleu, et parfois son menu permettant de sélectionner les données dont la collecte est autorisée (au choix de l’administrateur du site), accueille les visiteurs sur de très nombreuses pages Web.
Sauf que Quantcast, comme la plupart de ses concurrents dans ce domaine, n’est pas une entreprise spécialisée dans la vie privée, mais… dans la publicité. Fondée en 2006 aux Etats-Unis, la société s’est fortement développée ces dix dernières années, et a ouvert des bureaux dans une dizaine de pays, dont la France. Les outils qu’elle propose sont utilisés sur « plus de 100 millions de [sites et applications] Web et mobiles », selon Quantcast. Jusqu’à l’an dernier, ses deux principaux produits étaient Quantcast Measure, un outil de suivi de la fréquentation, et Quantcast Advertise, une « place de marché » publicitaire qui collecte et utilise de très importants volumes de données sur les internautes ; son service Choice ne collecte, lui, que les données de consentement de l’utilisateur, qui ne sont pas utilisées à des fins publicitaires, explique l’entreprise sur son site.
Enquête du régulateur irlandais
En revanche, son outil publicitaire a été épinglé, il y a six mois, par l’ONG Privacy International, qui listait Quantcast parmi les sept entreprises « dont vous n’avez jamais entendu parler, mais à propos desquelles nous avons saisi les régulateurs ». « Le RGPD fixe des limites claires à l’utilisation des données personnelles, et pourtant les pratiques de ces entreprises ne respectent pas les standards fixés. Nos documents démontrent l’ampleur et le caractère systématique de ces violations des lois protégeant la vie privée », affirmait à l’époque l’association.
Dans le cas de Quantcast, le régulateur irlandais de la vie privée a jugé les éléments fournis par Privacy International suffisamment solides pour ouvrir une enquête formelle le 2 mai. « L’enquête devra établir si la compilation et l’analyse de données personnelles, en vue de la création de profils destinés à l’affichage de publicités ciblées, sont en conformité avec le RGPD », écrit le régulateur. « Le respect des principes établis par le RGPD sur la conservation des données et la transparence seront également examinés ». Quantcast avait à l’époque affirmé qu’elle « coopérera[it] totalement avec l’enquête ».
Damien Leloup
L'Inria propose une nouvelle version de sa formation en ligne gratuite à la protection des données personnelles dans le monde numérique.
A une époque où le numérique a envahi tous les pans de notre société, et où les scandales relatifs aux abus sur les données personnelles se multiplient, il est essentiel de bien comprendre l'importance des informations que l'on partage via Internet et, surtout, de savoir les protéger si l'on tient à préserver un tant soit peu sa vie privée. C'est précisément dans ce but que l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) a élaboré l'an dernier un cours en ligne gratuit ouvert à tous (un Mooc, pour Massive Open Online Course). Lancé en février 2018, ce Mooc revient aujourd'hui dans une nouvelle édition avec des mises à jour et de nouveaux modules.
Accessible à tous, sans pré-requis, cette formation s'adresse à tous ceux qui souhaitent comprendre les enjeux de la protection de la vie privée sur Internet et maîtriser les outils numériques sur le plan des données personnelles. Réalisé par des enseignants-chercheurs de l'Inria, il se compose de six modules thématiques aux intitulés clairs, qui couvrent les différents aspects du sujet : Données personnelles et législation ; Protéger ses données et son identité numérique ; Smartphones et vie privée ; Protéger ses emails ; Navigation et traçage sur le Web ; et Consommation et vie privée.
Attention : si le cours est diffusé en vidéo, avec une approche résolument pédagogique, il réclame un véritable investissement personnel. Il faut en effet compter une quinzaine d'heures pour le visionnage complet et environ deux heures de travail par semaine pour en tirer réellement parti. Rien à voir donc avec un simple tuto publié sur YouTube. Mais le jeu en vaut clairement la chandelle car, si les experts n'apprendront sans doute pas grand chose, il permet de prendre conscience des mécanismes mis en place par les acteurs du numérique pour récolter des données personnelles et d'apprendre à contrôler les informations partagées, aussi bien sur ordinateur que sur smartphone, sur le Web, sur les réseaux sociaux et dans des applications. Et si le rythme est libre, il convient de ne pas trop traîner pour suivre cette formation ô combien utile, le cours n'étant en ligne que jusqu'au 30 juillet 2019.
Bienvenue sur le MOOC de la CNIL
Vous y trouverez l’ensemble des informations pour vous initier au RGPD et débuter ainsi la mise en conformité de votre organisme.
Ce dispositif gratuit est accessible jusqu’au mois de septembre 2021.
En suivant l’intégralité de ce MOOC, vous pourrez obtenir une attestation.
Si le RGPD est entré en application récemment, en plaçant l’Europe à l’avant-garde de la protection des données à caractère personnel, il ne doit pas nous dissuader de nous interroger en profondeur sur la question des identités, dont les contours se sont redéfinis à l’ère numérique. Il s’agit bel et bien de porter une réflexion critique sur des enjeux éthiques et philosophiques majeurs, au-delà de la seule question de la protection des informations personnelles et de la privacy.
Les politiques actuelles sur la protection des données mettent l’accent sur les droits de la personne. Mais elles ne prennent pas la mesure de la manière dont l’exercice de notre libre arbitre se voit de plus en plus empêché au sein d’environnements technologiques complexes, et encore moins des effets de la métamorphose numérique sur les processus de subjectivation, le devenir-soi de l’individu. On considère le plus souvent, dans ces textes, un sujet déjà constitué, capable d’exercer ses droits, sa propre volonté et ses principes. Or, le propre des technologies numériques – telle est la thèse ici défendue – est de participer à la formation des subjectivités selon un mode nouveau : en redistribuant sans cesse le jeu des contraintes et des incitations, elles créent les conditions d’une plus grande malléabilité des individus. Nous détaillons ces processus dans notre ouvrage Les identités numériques en tension.
Si les moyens mis en place par le RGPD sont clairement nécessaires pour soutenir l’initiative et l’autonomie de l’individu dans la gestion de sa vie numérique, il faut cependant souligner que les notions mêmes de consentement et de contrôle par l’utilisateur vis-à-vis de ses données, et sur lesquels le mouvement actuel repose, restent problématiques. Et cela parce que deux logiques, distinctes mais concordantes, sont aujourd’hui à l’œuvre.
Si une certaine sensibilité des utilisateurs aux traces laissées volontairement ou involontairement au cours de leurs activités en ligne, et dont il peut avoir connaissance (comme, par exemple, des métadonnées de connexion), semble s’accroître, et peut servir de support à l’approche basée sur le consentement, cette dynamique rencontre assez vite ses limites.
Tout d’abord, la multiplication des informations récoltées rend irréaliste l’exercice systématique du consentement et le contrôle par l’utilisateur, ne serait-ce qu’en raison de la surcharge cognitive que cet exercice effectif exigerait de sa part. Ensuite, le changement de nature des moyens techniques de collecte, exemplifiée par l’avènement des objets connectés, conduit à la démultiplication des capteurs qui collectent les données sans même que l’utilisateur puisse s’en rendre compte, comme le montre l’exemple, de moins en moins hypothétique, de la vidéo-surveillance couplée à la reconnaissance faciale et, plus amplement, le cas de toutes les connaissances que les opérateurs acquièrent sur la base de ces données. Il s’agit ici d’une couche de l’identité numérique dont le contenu et de nombreuses exploitations possibles sont absolument inconnus de la personne qui en est la source.
Qui plus est, une forte tendance des acteurs, étatiques et privés, consiste à vouloir décrire l’individu de manière exhaustive et totale, en créant le risque de le réduire à un ensemble de plus en plus complet d’attributs. Dans ce nouveau régime de pouvoir, le visible se réduit à ce qui peut être saisi en données, à ce qui relève de la mise à disposition immédiate des êtres, comme s’il s’agissait en fin de compte de simples objets.
La deuxième logique à l’œuvre dans nos sociétés hypermodernes touche à l’inscription de ce paradigme basé sur la protection et le consentement dans les mécanismes de la société néolibérale. La société contemporaine conjugue en effet deux aspects en matière de privacy : il s’agit de considérer l’individu comme étant visible de manière permanente, et comme étant responsable individuellement pour ce qui est vu de lui. Un tel ensemble de normes sociales se consolide à chaque fois que l’utilisateur exerce le consentement – ou l’opposition – à l’utilisation de ses données. En effet, à chaque itération, l’utilisateur renforce sa compréhension de soi-même comme l’auteur et le responsable de la circulation des données. Il endosse aussi l’injonction à la maîtrise des données alors même que cette dernière est le plus souvent illusoire. Surtout, il endosse l’injonction à calculer les bénéfices que le partage des informations peut lui apporter. En ce sens, l’application stricte et croissante du paradigme de consentement peut être considérée comme étant corrélative d’une conception de l’individu qui devient non seulement l’objet d’une visibilité quasi-totale, mais aussi – et surtout – un agent économique rationnel, à même d’analyser son agir en termes de coûts et de bénéfices.
Cette difficulté fondamentale fait que les enjeux futurs des identités numériques ne se réduisent pas à donner plus de contrôle explicite, ou plus de consentement éclairé. Il convient bel et bien de trouver d’autres voies complémentaires, qui se situent sans doute du côté des pratiques (et non simplement des « usages ») des utilisateurs, à condition que de telles pratiques mettent en place des stratégies de résistance pour contourner l’impératif de visibilité absolue et de définition de l’individu comme agent économique rationnel.
De telles pratiques digitales doivent en outre nous inciter à dépasser la compréhension de l’échange social – numérique ou non – sous le régime du calcul des bénéfices que l’on en retire ou des externalités. Ainsi, les enjeux soulevés par les identités numériques dépassent largement les enjeux de protection de l’individu ou les enjeux des « modèles d’affaires », et touchent à la manière même dont la société dans son ensemble conçoit la signification de l’échange social. Dans un tel horizon, il est primordial d’affronter les ambivalences et les jeux de tension qui sont intrinsèques aux technologies numériques, en examinant les nouveaux modes de subjectivation qui sont induits dans ces opérations. C’est à partir d’un tel exercice de discernement que pourra advenir un mode de gouvernance des données plus responsable.
L'annonce sème le doute sur la sécurité des données génétiques.
Avec les tests d'ADN effectués chez soi, une nouvelle opportunité se présente pour les enquêteurs de police. Aux États-Unis, le FBI est récemment entré en collaboration avec Family Tree DNA, une entreprise qui propose à tout un chacun de prélever son propre ADN pour le faire analyser. Ces kits prêts à l'emploi se composent de deux bâtonnets pour prélever l'ADN à l'intérieur de la joue. Le kit est ensuite renvoyé à l'entreprise pour être analysé et établir l'arbre généalogique ainsi que l'origine du volontaire.
Pour la première fois, une société privée de ce secteur a accepté de mettre volontairement à disposition des forces de l'ordre une partie de ses données. Néanmoins, le FBI ne peut pas parcourir librement la base de Family Tree. Dans un communiqué, l'entreprise détaille sa relation avec le Bureau d'investigation en précisant n'avoir signé aucun contrat et dit travailler au cas par cas pour comparer des échantillons à sa bibliothèque de données. Elle revendique avoir contribué à moins de dix enquêtes.
Depuis deux ans déjà, la police et le FBI ont utilisé des données généalogiques publiques pour élucider des affaires non résolues. Le «Golden State Killer», un tueur en série soupçonné de douze meurtres et cinquante et un viols entre 1974 et 1986, a pu être arrêté en avril 2018. L'ADN collecté sur les scènes de crime a pu être confondu avec celui d'un membre de sa famille.
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Enjeu de sécurité
Le rapprochement entre les deux organismes a engendré beaucoup de doutes sur la privatisation des données. «Globalement, je me sens abusée, je sens que ma confiance en tant que client a été trahie», a déclaré Leah Larkin, une généalogiste génétique de Livermore, en Californie, à BuzzFeed News. Le site offre à ses adeptes la possibilité de refuser d'apparaître dans les résultats dont peut se servir le FBI, mais cela implique que la fonctionnalité phare du test –retrouver des proches– n'est plus disponible.
Un généalogiste a relevé d'après un sondage informel réalisé aux États-Unis et en Europe que 85% des personnes interrogées sont à l'aise avec l'idée que les forces de l'ordre utilisent leur ADN.
Family Tree annonce recenser 1.021.774 entrées dans sa banque de données. À titre de comparaison, ses deux principaux concurrents dans le monde, Ancestry.com et 23andMe en possèdent respectivement dix millions et cinq millions.
« S’agissant de notre profil numérique, les données que nous choisissons de partager ne sont que la pointe de l’iceberg. Nous ne voyons pas le reste, cachés sous la surface des interfaces conviviales des applications mobiles et des services en ligne. Les données les plus précieuses sur nous sont inférées hors de notre contrôle et sans notre consentement. Or, ce sont ces couches plus profondes et que nous ne pouvons pas contrôler qui prennent réellement les décisions qui nous affectent, pas nous », explique Katarzyna Szymielewicz (@szymielewicz), cofondatrice et présidente de la Fondation Panoptykon, une association polonaise de défense des libertés individuelles et des droits de l’homme dans la société de surveillance (qu’on pourrait considérer comme l’équivalent de la Quadrature du Net en France) – dans une tribune pour Quartz.
Dans un graphique particulièrement parlant (à consulter en haute définition), la Fondation Panoptykon détaille les 3 couches d’information qui composent nos identités en ligne.
La première couche d’information est la seule sur laquelle nous avons le contrôle. Elle se compose des données que nous insérons dans les médias sociaux ou les applications (informations de profil, publications, requêtes, photos, événements, déplacements…).
La seconde couche est constituée d’observations comportementales et de métadonnées qui donnent un contexte à ces choix : position en temps réel, graphe de nos relations intimes et professionnelles, le temps que nous passons, les habitudes d’achat, les mouvements de nos souris ou de nos doigts…
La troisième couche est composée des interprétations de la première et de la seconde couche. Nos données sont analysées et comparées en permanence à d’autres profils pour inférer des corrélations statistiques significatives… Ce qu’on appelle souvent la personnalisation, mais qui vise plus à nous catégoriser qu’à nous distinguer.
Le problème est que si l’utilisateur contrôle la première couche, ce n’est pas le cas des deux autres. Or ces inférences permettent de déterminer beaucoup de nos comportements : profil psychométrique, QI, situation familiale, maladies, obsessions, engagements… Or, nombre de décisions contraignantes sont prises depuis ces interprétations et corrélations. Le problème est que le « double » numérique que le traitement de ces données produit ne nous est pas accessible… et que si nous y avions accès, nous pourrions ne pas nous y reconnaître. « Que diriez-vous si vous découvriez que votre « double de données » est malade ou émotionnellement instable, sans possibilité de crédit, ou plus simplement pas assez cool, et tout cela à cause de la façon dont vous faites vos requêtes en ligne ou de vos relations en ligne ? »
Les algorithmes prennent des décisions basées sur des corrélations statistiques. Et il est possible – même fréquent – qu’un algorithme interprète mal votre comportement… Le problème, souligne Katarzyna Szymielewicz est que si le résultat de cette analyse est discriminatoire ou injuste – « par exemple que votre demande de crédit est refusée parce que vous vivez dans le « mauvais » quartier, ou que votre demande d’emploi ne parvient pas à aboutir parce que votre réseau de relation n’est pas « suffisamment robuste » » – il n’y a aucune incitation du marché à le corriger. Pour la présidente de Panoptykon, nous ne sommes pas si loin du Score de crédit social chinois ! Nous devons reprendre le contrôle du traitement dont nous sommes l’objet.
Pour cela, il nous faut d’abord mieux contrôler la première couche de notre profil. Nous pouvons chiffrer nos communications, désactiver les métadonnées de nos images, veiller à ce que nos téléphones n’aient pas accès par défaut à nos emplacements, réfléchir à ce que nous partageons… Mais même en faisant ces efforts, nous ne pouvons pas contrôler ce qui est observé et interprété par les algorithmes dans les deuxièmes et troisièmes couches de nos profils. Pour Katarzyna Szymielewicz, il nous faut agir collectivement pour convaincre ceux qui font du profilage de modifier leur approche, de nous montrer leurs calculs, de nous demander notre consentement et de le respecter. Le RGPD accorde aux utilisateurs le droit de vérifier leurs données, y compris les profils marketing générés par-devers eux. « Tant que nous traitons les courtiers en données et les spécialistes du marketing comme des ennemis et qu’ils nous traitent comme une ressource exploitation, il n’y aura pas de place pour une conversation constructive ».
« Dans les faits, la vie privée se réduit comme peau de chagrin, il faut en avoir conscience » selon Alexandre Lazarègue, avocat spécialiste du droit numérique. « Et le droit concernant les données personnelles n’en est qu’aux prémices, les problématiques ne vont que se multiplier. »
Il est « impossible de protéger à 100 % » les données personnelles sur internet, constate Alexandre Lazarègue, avocat spécialiste du droit numérique, alors que Facebook est secoué par de nouvelles révélations sur l’accès d’autres géants du web aux informations privées collectées par la plateforme.
Serait-il possible de mieux protéger les données personnelles sur internet ?
Du point de vue de la sécurité informatique, même si le RGPD (Règlement général de protection des données, entré en vigueur au niveau européen en mai dernier) par exemple impose des obligations en termes d’architecture de réseau pour mieux protéger les données stockées, tout le monde sait qu’en réalité il est impossible de protéger à 100 % d’un piratage ou d’une perte de données.
Ceux qui transmettent leurs données aux plateformes et grandes entreprises doivent avoir pleinement conscience qu’il n’existe aucune assurance totale de ne pas voir demain ces données perdues.
Du point de vue du droit, les entreprises font en sorte qu’il est très difficile à chacun d’assumer pleinement ses droits, les contrats sont tellement déséquilibrés que le consentement est dans les faits imposé. Et leur puissance économique est telle que les sanctions uniquement économiques, même quand il s’agit de 4 % du chiffre d’affaires mondial comme le prévoit le RGPD a un faible impact au final, quand on se souvient que Facebook par exemple gagne 500 000 dollars toutes les 7 minutes.
Le RGPD est toutefois venu donner plus de droits aux utilisateurs de grandes plateformes, voit-on une évolution des usages depuis son entrée en vigueur ?
En tant qu’avocat, j’ai pu constater un intérêt des citoyens quant à la question de la protection de leurs données personnelles, qui s’est matérialisé notamment par une multiplication des recours auprès de la CNIL (Commission nationale informatique et libertés, NDLR), en particulier en ce qui concerne le droit à l’oubli. Il y a globalement une prise de conscience que les données sont précieuses et ne peuvent être vendues.
Mais dans le même temps, après six mois d’exercice du RGPD, on constate qu’il y a de quoi l’améliorer. S’il s’applique tant aux petites qu’aux grandes entreprises, on voit que dans les faits il est très contraignant pour les petites alors que les plus grosses peuvent trouver le moyen de s’y soustraire.
La philosophie du règlement permet normalement une relation immédiate entre utilisateurs et entreprises, avec la possibilité du choix laissé dans l’usage des données mais dans les faits, on en est très loin et il y a encore beaucoup à améliorer en la matière pour que ce soit effectif.
Quelles sont les limites du RGPD dont profitent les grandes plateformes du net selon vous ?
La problématique est dans l’exercice réel des droits, du fait du déséquilibre existant entre utilisateurs et fournisseurs de service. Le RGPD octroie des droits mais en réalité les utilisateurs sont pris au piège de ces plateformes qui, de fait, imposent le consentement.
Dès lors que l’utilisateur consent à donner accès à ses données, même s’il en a le droit, dans les faits il n’a pas la possibilité de vérifier comment elles sont utilisées ni qui y a accès et souvent il n’a pas conscience d’avoir accordé un accès aussi large, parce que personne ne lit les dizaines de pages de conditions d’utilisation.
Pourtant il faut que les individus aient conscience de leur responsabilité et qu’ils comprennent que ces données qu’ils publient, même en privé, elles sont diffusées pour l’éternité, quand bien même il y a le droit à l’oubli.Mais dans le contexte de révolution numérique il est difficile d’échapper à ces services, qui pourtant se basent sur le traitement des données. Vouloir y échapper ce serait désormais se mettre en marge de la société.
La loi Informatique et Libertés et son décret d’application ont été modifiés afin de mettre en conformité le droit national avec le cadre juridique européen. Ces textes permettent la mise en œuvre concrète du Règlement général sur la protection des données (RGPD) et de la Directive « police-justice », applicable aux fichiers de la sphère pénale. La lisibilité du cadre juridique national sera améliorée par une ordonnance qui sera prise dans un délai de six mois.
La nouvelle loi Informatique et Libertés permet l’application effective des textes européens, qui représentent un progrès majeur pour la protection des données personnelles des citoyens et la sécurité juridique des acteurs économiques.
Elle dote notamment la CNIL des pouvoirs nécessaires à l’exercice de ses missions, dans un contexte marqué par la reconnaissance de nouveaux droits aux citoyens et le renforcement de la responsabilité des opérateurs.
Elle organise l’articulation nécessaire des procédures internes de la CNIL aux nouveaux mécanismes de coopération européenne.
Elle exerce certaines des « marges de manœuvre nationales » autorisées par le RGPD, transpose en droit français la Directive « police-justice » et modifie certaines de ses dispositions pour les rapprocher de la lettre du RGPD.
La bonne compréhension du cadre juridique suppose de combiner désormais les deux niveaux, européen et national. Le RGPD s’applique directement en droit français : il remplace sur de nombreux points (droits des personnes, bases légales des traitements, mesures de sécurité à mettre en œuvre, transferts, etc.) la loi nationale. Sur d’autres points (les « marges de manœuvre nationales »), la loi Informatique et Libertés reste en vigueur et vient compléter le RGPD : il s’agit par exemple du traitement des données de santé ou des données d’infraction, de la fixation à 15 ans du seuil d’âge du consentement des mineurs aux services en ligne, des dispositions relatives à la mort numérique, etc. Enfin, la loi nationale reste pleinement applicable pour tous les fichiers « répressifs », qu’il s’agisse de la sphère pénale ou du domaine du renseignement et de la sûreté de l’Etat. De nombreuses dispositions spéciales sont prévues en ces matières.
Une ordonnance de réécriture complète de la loi Informatique et Libertés est prévue, dans un délai de six mois, notamment afin de résoudre ces difficultés de lisibilité de ce cadre juridique composite. Dans l’attente, il convient de prêter une attention particulière au cadre juridique applicable à chaque traitement.
Le droit national a également été complété par un nouveau décret d’application de la loi Informatique et Libertés, qui achève la mise en conformité du droit national au cadre juridique européen. Ce décret, sur lequel la CNIL a rendu un avis le 21 juin 2018, a été publié le 3 août 2018. Il fixe plus précisément les délais et procédures applicables aux différentes missions de la CNIL et précise certaines dispositions de la loi.
Prétendue révolution, le RGPD n’est en réalité que l’expression plus aboutie d’une vision philosophique ancienne, tendant à rapprocher donnée, vie privée et personne humaine.
Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) est entré en application en mai dernier, et avec lui son lot de provisions supposées renforcer la protection des données à caractère personnel. Prétendue révolution, ce texte n’est en réalité que l’expression plus aboutie d’une vision philosophique ancienne, tendant à rapprocher donnée, vie privée et personne humaine et s’opposant à une vision plus mercantile de la donnée, adoptée outre-Atlantique.
En développant massivement les services numériques, nos sociétés ont profondément transformé la notion de vie privée: consciemment ou non, chaque individu partage des informations plus nombreuses et plus diverses le concernant, faisant d’éléments ordinairement privés, des données connues par d’autres individus, des entreprises ou des administrations.
Parmi ces données comptent, de manière très immédiate et par exemple, les données de localisation collectées notamment par les smartphones et les diverses applications qui y sont installées, les données biométriques collectées à la demande d’édition d’un passeport ou encore les préférences alimentaires via les cartes de fidélité utilisées par les grands acteurs de la distribution.
En outre, la modification de la notion de vie privée est d’autant plus grande lorsque l’entité collectant initialement des informations sur un utilisateur, les recoupe, déduisant ainsi de nouvelles données, notamment par l’utilisation d’algorithmes.
Dans les deux cas, en face des possibilités offertes par la technologie, existent des risques pour les personnes concernées en cas de fuite de données comme le prouvent les nombreux scandales passés (Target, Ashley Madison, etc.) ou lors de la prise de décisions basées sur des données erronées. Dès lors, il appartient à chaque société, notamment par le droit, de contrôler les opérations portant sur des données à caractère personnel.
De l’anthropocentrisme aristotélicien à l’idée kantienne de respect de la personne, les philosophes européens ont longtemps considéré que toute chose de nature ontologique méritait une protection des plus absolues. Cette approche fondamentaliste, embrassant les droits humains, se retrouve par exemple en droit français dans le concept d’indisponibilité du corps humain, lui-même à l’origine de l’interdiction de vente d’organes, ou de la pratique des mères porteuses.
Le philosophe italien Luciano Floridi (Information: a very short introduction, 2010) crée à ce titre un parallèle éloquent entre la donnée et le corps humain en expliquant que la «quatrième révolution» (celle de l’informatique, en référence à Alan Turing) et la circulation accrue de données qui y est associée ont transformé la vie humaine à tel point que la donnée devrait être vue comme une extension de la personne humaine.
Ainsi, la marque de possession de la donnée à caractère personnel («mes données») se rapprocherait davantage du lien entre l’individu et son corps («mon bras») que de la marque de possession d’un objet («ma voiture»).
Droit à l’autodétermination informationnelle
En considérant la donnée comme une véritable émanation de la personne, celle-ci devient digne d’une protection très élevée. La volonté de protéger les données à caractère personnel est ainsi bien antérieure au RGPD en Europe, les premières législations relatives aux données à caractère personnel datant de 1970 (Land de Hesse, Allemagne), 1976 (Suède) et 1978 (France).
En Allemagne, la protection des données à caractère personnel revêt, en outre, un caractère constitutionnel depuis qu’en 1983 la Cour constitutionnelle a déduit de la Constitution fédérale un principe de droit à l’autodétermination informationnelle.
Ce principe dépasse la conception minimaliste de la vie privée («le droit d’être laissé tranquille») pour correspondre davantage à une protection large de la sphère privée et à la capacité de l’individu à participer de manière indépendante à la vie politique et sociale, comme l’expliquent Gerrit Hornung et Christoph Schnabel («Computer law and security report», 2009).
"Un renforcement progressif au sein de l’UE
L’Union européenne est également intervenue sur le sujet de la protection des données à caractère personnel avant le RGPD par l’adoption de la Directive 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 24 octobre 1995, créant un cadre général relatif à la protection des données à caractère personnel ainsi que par l’inclusion, dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, d’un article 8 relatif à la protection des données à caractère personnel.
Sans constituer une révolution, le RGPD vient toutefois renforcer sensiblement la protection des données à caractère personnel, en ligne avec l’idéologie fondamentaliste présente en Europe.
À titre d’exemple, le Règlement a une portée plus large territorialement puisqu’il s’applique à des contrôleurs de données situés en dehors de l’Union européenne. Substantiellement également, il accorde davantage de droits aux personnes concernées et prévoit notamment des sanctions plus fortes en cas de non-respect.
Aux États-Unis: laissez-faire, laissez-passer
À l’opposé de la vision sacrée de la vie privée et de la considération quasi corporelle de la donnée, existe une vision plus matérielle de cette dernière, dérivée d’une vision plus mercantile de la vie privée.
Dans An economic theory of privacy (1978), Richard Posner dépeint la notion de privacy comme nocive pour le marché en ce qu’elle prive d’informations les agents dans leurs prises de décisions. Dès lors, il n’apparaîtrait pas justifié d’accorder une protection particulièrement élevée aux données mais plutôt d’en autoriser la libre aliénabilité, notamment en créant un droit de propriété de l’individu sur ses données comme le défendait récemment le think tank Génération libre.
La structure américaine s’inspire de cette logique mercantile et est ainsi moins contraignante pour les entreprises désireuses de collecter et traiter des données à caractère personnel. Elle s’oppose au choix européen d’un régime protecteur de l’individu, destiné à sécuriser sa confiance en l’économie numérique.
Au contraire d’une intervention publique forte comme l’est le RGPD, les premières initiatives de régulation aux États-Unis sont l’œuvre des acteurs privés ayant produit des codes de bonne conduite (voir notamment les guidelines de la Direct Marketing Association).
La liberté laissée aux grands acteurs du secteur symbolise parfaitement l’approche libérale choisie par le législateur américain, suivant la doctrine libérale du «laissez-faire, laissez passer» élaborée par Vincent de Gournay au XVIIIe siècle. Cette expression, symbole de la confiance en la capacité autorégulatrice du marché, explique alors la structure parcellaire du droit américain de la protection des données à caractère personnel.
Ce seul exemple de la structure du droit suffit à mettre en lumière les différences juridiques résultant des différences philosophiques dont font l’objet États-Unis et Union européenne. En effet, aucun texte général relatif à la protection des données à caractère personnel n’existe aux États-Unis et le législateur n’est intervenu que sporadiquement sur des points particulièrement sensibles (la protection des jeunes enfants avec le Children Online Privacy Protection Act, 1998) ou pour certains secteurs comme les télécommunications (1996) et la finance (1970, 1999).
Au-delà de l'usage de l'application Google Maps, le service de Google alimente un écosystème habitué de longue date à une quasi-gratuité. Aujourd'hui, Google change les règles.
Mise à jour du 16 juillet 2018 : la mise à jour tarifaire de Google Maps est entrée en vigueur après quelques semaines de retard. Les développeurs qui utilisent la Google Maps Platform ont pu recevoir un courriel.
Cela signifie en pratique que des sites pourraient voir leur utilisation de Google Maps invalidée par Google (s’ils n’ont tout simplement pas accepté les nouvelles CGU) — cela concernera les pages jamais mises à jour. Les gros utilisateurs qui ont bien compris l’augmentation tarifaire qui les attend devront s’y tenir… ou changer rapidement de plateforme. Une source qui a préféré rester anonyme nous indique que des délais ont pu être accordés à des professionnels qui n’auraient pas eu le temps de plancher sur le sujet.
Demain, les sites web avec des modules de cartographie non fonctionnels devraient commencer à apparaître.
Article original du 9 mai 2018 : On en a lu beaucoup, des chaînes d’e-mail ou de publications sur les réseaux sociaux qui disaient que tel ou tel service allait devenir payant. Alors quand cela arrive véritablement, on a un peu de mal à y croire. C’est pourtant ce que les utilisateurs professionnels de Google Maps ont découvert début mai 2018. Coupons court à toute polémique : l’application que vous utilisez sur votre smartphone nommée Maps ou la version web de Google Maps ne devient pas payante. C’est l’utilisation par les entreprises du service de Google qui va être monétisé… ce qui crée un vent de panique, plutôt justifié.
Mais de quoi est-il question ? Grosso modo, d’une nouvelle tarification qui entre en vigueur le 16 juillet 2018 — initialement le 11 juin, Google a pris du retard — et dont les détails peuvent être consultés sur cette page. Avant cela, Google laissait les entreprises utiliser Google Maps de manière assez libre, les seuils de vues qui déclenchaient une tarification n’arrivant qu’assez tard. Une carte dynamique pouvait s’afficher 25 000 fois par jour sur un site sans que l’entreprise qui l’a affichée ne débourse un centime. Les nouveaux tarifs sont radicalement différents : la même carte dynamique est gratuite pour 28 000 affichages… par mois. La tarification se fait ensuite au pack de 1 000 vues supplémentaires et est dégressive une fois un certain palier atteint.
D’après Fabien Nicollet, développeur spécialisé sur les applications professionnelles cartographie pour Business Geografic contacté par Numerama, les gros utilisateurs de Google Maps ne risquent rien : ils paient déjà Google pour une utilisation massive de données de géolocalisation.
On fait allusion ici aux sites de réservation touristique ou de cartographie GPS personnalisée, faisant autant d’appels à Google Maps qu’ils ont de visiteurs. Mais l’interface de programmation (API) de Google Maps n’est pas utilisée que par des mastodontes du web : startups, développeurs indépendants et TPE-PME utilisent aussi ces outils — c’est d’ailleurs l’une des API les plus utilisées au monde.
Un changement brutal
Pour ces entreprises qui dépassent les quotas gratuits, les choses vont changer du jour au lendemain : elles vont devoir payer, parfois cher, pour un service qui a longtemps été mis à disposition gratuitement. Les usages qui entrent dans le quota gratuit ne paieront rien, mais les utilisateurs devront tout de même renseigner leur carte bancaire pour continuer à utiliser Maps. « On parle de toutes les utilisations de l’API Google Maps, soit des centaines de milliers, voire des millions de pages internet, poursuit Fabien Nicollet. Pour ces entreprises, si elles n’ont pas renseigné de carte bancaire dans leur Google Console, c’est rideau. On ne sait pas encore sous quelle forme apparaîtront les cartes, mais a priori, cela ne fonctionnera plus. »
Le risque est de se retrouver avec un site qui affiche un message d’erreur à la place d’une carte. Et ce risque concerne tous les utilisateurs, du petit restaurant qui n’a qu’une centaine d’affichages par mois et qui ne sera jamais facturé au site du gouvernement qui utilise Google Maps : même les utilisateurs qui resteront dans la tranche gratuite devront renseigner une carte bancaire pour pouvoir continuer à utiliser l’API Google Maps.
Une énorme partie de ces utilisateurs qui ont un usage personnel des API de Google Maps, ne verront donc pas de changement, si ce n’est une mauvaise surprise le jour où ils constateront que le site de leur petite boutique affiche une erreur sur la page « Où nous trouver ». Mais pour toutes les entreprises de taille moyenne dont le cœur de métier est la cartographie, cela ne laisse qu’un mois pour se préparer. Et les options ne sont pas nombreuses : le concurrent ouvert Open Street Maps (OSM) ne propose pas autant de services que Google Maps. « OSM peut être gratuit, mais il ne propose pas ce que Google Maps propose : géocodage, itinéraire, Street View, Google Places, etc. », précise Fabien Nicollet.
Pour Christian Quest, ingénieur qui a consacré une publication Medium au sujet, ces difficultés doivent être converties le plus rapidement possible en opportunités : entre les business qui paient de toute façon leur utilisation de Google Maps et les particuliers ou petits qui ne verront pas de changement, se dresse aujourd’hui un marché sur lequel une concurrence aurait tout intérêt à s’implanter.
Et en effet, toutes ces entreprises pour qui l’abonnement sera devenu trop cher seront à la recherche d’alternatives moins onéreuses pour répondre à des besoins spécifiques que seul Google Maps était capable de proposer.
À bon entendeur.
À moins que vous n'ayez fait un voyage sur Mars, il n'a pas dû vous échapper que le règlement général sur la protection des données (RGPD) de l'Union européenne est entré en vigueur le 25 mai 2018.
Un arbre généalogique est un endroit peu propice à l'émergence de questions relatives au RGPD, car il concerne principalement des personnes décédées auxquelles le RGPD ne s'applique pas. Mais chaque arbre comporte des personnes vivantes et les historiens de la famille qui hébergent leurs propres sites web généalogiques doivent réfléchir aux implications du RGPD et à "ce qui se cache en dessous". Certains aspects du RGPD vont au-delà du consentement aux cookies et des déclarations de confidentialité.
Au cours des derniers mois, nous avons tous été confrontés à une avalanche de demandes de consentement à l'utilisation de cookies et d'acceptation des politiques de confidentialité des sites. Où que vous alliez, ces invites désormais familières apparaissent, et nous sommes peut-être devenus blasés à l'idée de les accepter.
Chacune d'entre elles nous demande d'approuver les informations associées à notre compte en ligne sur le site en question. Et c'est bien ainsi. Mais si nous gérons un site d'histoire familiale, nous disposons d'informations qui vont plus loin que cela, car chaque personne vivante a également une entrée dans l'arbre généalogique. Mon arbre en compte des centaines et 99 % d'entre eux n'ont pas de compte sur le serveur parce que leurs coordonnées ont été saisies par les historiens de la famille. La quantité d'informations varie, mais elle comprend généralement au minimum le nom complet, la date de naissance et les noms et dates de naissance des parents - exactement le genre d'informations qui pourraient être utilisées pour une usurpation d'identité, par exemple.
Il est vrai que le RGPD a été conçu principalement pour contrôler les excès des entreprises que nous avons vus récemment avec des violations massives conduisant à la fuite de millions d'enregistrements. Comme les entreprises étaient la cible principale, la plupart des documents disponibles se concentrent également sur elles. Cela donne la fausse impression que nous sommes exemptés. Le règlement est très clair : il n'y a qu'une seule exemption pour l'usage personnel, et elle est strictement limitée :
Le présent règlement ne s'applique pas au traitement de données à caractère personnel : ... (c) par une personne physique dans le cadre d'une activité purement personnelle ou domestique RGPD
Cela signifie que vous pouvez collecter des informations sur vous-même ou sur les membres de votre foyer, afin de pouvoir gérer votre vie quotidienne. Cela n'inclut pas la collecte d'informations sur votre famille élargie.
C'est pourquoi la généalogie est un cas particulier du RGPD. Les rédacteurs n'avaient pas les arbres généalogiques à l'esprit en tant que cas d'utilisation typique. Ils étaient motivés par les excès des entreprises qui abusent de nos données mais, comme c'est souvent le cas, la loi des conséquences involontaires a fait que nous avons été pris dans le filet.
Le 25 mai 2018, entre en vigueur, le règlement européen sur la protection des données personnelles. Voté par le parlement européen le 14 avril 2016, le règlement n°2016/679 s'applique d'autorité dans l'ensemble des 28 pays de l'Union européenne sans que chaque état n'ait à l'adopter. Les objectifs du règlement sont d'accroître la protection des personnes concernées par le traitement des données personnelles et de responsabiliser les acteurs de ce traitement.
Qu'est-ce que ça nous apporte en tant qu'individus ? Et en quoi devrait-il s'appliquer à nos petits sites amateurs ou associatifs ?
Que faut-il faire ? ce n'est pas encore bien clairement expliqué, mais il n'y a plus trop de temps maintenant.
Google, Microsoft et les autres, mettent à jour leurs conditions générales d'utilisation et en profitent pour nous extorquer des acceptations exprès et détaillées pour un paquet d'utilisations de nos données dont on ne soupçonnait même pas l'existence. Avec chaque fois, comme pour la mise à jour de Windows la semaine passée, un bel argumentaire plus marketing que juridique pour détailler tout ce qu'on loupe en refusant, le tout relevant parfois du chantage : tu acceptes expressément ou ton compte est supprimé. "Voulez-vous vraiment les refuser? Vous ne serez plus en mesure d'utiliser le site web et les applications pour tablettes ou mobiles d'Airbnb si vous refusez les conditions actualisées." Voilà pour le consentement libre et éclairé. Notons que fin avril-début mai, Google a supprimé son slogan de 18 ans "Don't be evil" (ne soyez pas maléfique) du code de conduite distribué aux employés. Tirez-en les conclusions que vous voulez.
Selon Le Hollandais Volant , "Ça y est : des dizaines de sites bloquent les utilisateurs européens car l'UE veut protéger nos données mais les sites refusent de se bouger pour nous."
C'est la première conséquence de la future applicabilité du règlement européen sur la protection des données personnelles : le bannissement des internautes Européens. Le même effet qu'une censure.
Il y en a même qui en font du business pour aider les sociétés à bannir les internautes européens. L'article qualifie d'infâme le RGPD.
Certaines entreprises se détourneraient déjà du marché européen. https://www.bleepingcomputer.com/news/security/new-service-blocks-eu-users-so-companies-can-save-thousands-on-gdpr-compliance/
Et pendant ce temps, le 23 mars dernier, le congrès américain a voté en procédure accélérée le Cloud Act qui renforce l'ingérence des autorités américaines sur les opérateurs de cloud américains et s'oppose donc frontalement au RGPD qui interdit dans son article 48 les transferts ou divulgations de données hors de l'UE. Le Cloud Act :
Rappelons l'article 25 du RGPD : imposer aux organisations la protection des données personnelles dès la conception des produits, services et systèmes et la sécurisation par défaut du système d’information, c'est là où les webmestres utilisateurs de CMS demandent des adaptations aux codeurs. Pour les CMS que j'utilise, ça carbure un peu et les webmestres utilisateurs européens sont plus exigeants que les autres, demandant un pack de conformité au RGPD prêt à installer. Mais les codeurs du monde du logiciel libre ne disposent pas de l'armada de juristes des acteurs commerciaux du secteur et tardent à fournir une solution complète.
Quelle solution, d'ailleurs ? Nous ne collectons pas grand chose : il y a bien la pose des cookies pour le bon fonctionnement, la collecte de quelques infos au moment de l'inscription membre ou info-lettre.
Sûr qu'en cas d'utilisation de services externes (partage, cartes, pub, stats de visites ...) ça pose aussi des cookies et ça collecte des données et dès le 25 mai, ce sera au webmestre de demander le consentement (pour les cookies et l'utilisation des données perso) aux visiteurs pour chacun des services externes présents sur le site. Ça va refroidir un peu ceux qui ont l'habitude de parsemer leur site d'icônes de partage social, de cartes Google, de pubs Adsense et même de vidéos YouTube.
Donc, j'ai bien cherché, lu et relu sur le RGPD, puis digéré les commentaires, y compris l'intégralité de ce qu'en dit la CNIL. Et la somme de tout cela, c'est RIEN. Du moins pour les sites web de particuliers.
De tout ce fatras de littérature sur le sujet, il transparaît que ce règlement européen ne s'applique qu'aux professionnels et aux grosses associations. Et comme la CNIL en France, telle ses équivalents dans les autres pays de l'UE, est dessaisie de toutes ses attributions, que les déclarations de sites web sont supprimées, il ne resterait comme obligation pour les sites web non professionnels que la gestion des cookies, pour se mettre en conformité avec la législation. Mais ça ne concerne pas le RGPD. Et encore, si ces cookies ne servent qu'à assurer le bon fonctionnement du service fourni par le site, il n'y a pas de consentement à obtenir, juste une information que des cookies sont installés sur l'appareil de l'internaute et qu'il peut les détruire comme indiqué dans le mode d'emploi de son navigateur. En matière de cookie, l'enregistrement d'un consentement ne concernerait que des sites qui utilisent les infos collectées à des fins de marketing ou de profilage.
Pour le site de généalogie, j'ai ajouté dans le footer que si une personne trouve son nom sur le site, elle peut demander à ce qu'il soit effacé par le formulaire de contact. Mais l'obligation existait bien avant le RGPD.
Selon le RGPD, le listage des logs fait l'objet d'une exception au consentement exprès, du moment que cette collecte est réalisée pour des raisons de sécurité et dans une optique d'identification en cas de pratiques illégales de certains internautes. Toutefois, il convient :
Sur le site de la CNIL, dont la seule fonction désormais semble être l'assistance à la mise en application du RGPD, il n'existe que 2 catégories de public :
Entre les deux, il n'y a personne. Les petit sites de particuliers ou d'association n'existent pas.
Le responsable des sites d'un ministère rejoint mon analyse quand je l'interroge sur les implications du RGPD sur notre site d'association :
"Tout ce que vous risqueriez, dans le pire des cas, c'est un rappel à l'ordre de la part de la CNIL, qui vous expliquerait alors où vous pêchez. Et encore, il faudrait au préalable qu'une plainte soit déposée par un membre du site."
Ce qui importe :
Mais comme nous le martèle Rick Falkvinge, militant des libertés numériques et fondateur du Parti Pirate suédois : La vie privée demeure de votre responsabilité. Depuis janvier, Framasoft traduit sur son blog les 21 billets de sa réflexion : 21 degrés de liberté. "Dans une série de 21 articles sur ce blog nous examinerons comment le droit à la vie privée, une liberté fondamentale, a complètement disparu quand on est passé à l’ère numérique. Sa dégradation n’est rien moins que catastrophique. Nous aborderons toute une série de domaines dans lesquels la vie privée a tout simplement disparu avec la transition vers le numérique, et où cela nous mène. Pour chacune de ces thématiques, nous examinerons la position des différentes juridictions et les tendances qui se dessinent. La motivation principale est claire — il n’est absolument pas déraisonnable de penser que nos enfants devraient avoir au moins les mêmes libertés fondamentales individuelles que celles dont jouissaient nos parents, et aujourd’hui ce n’est pas le cas. Pas du tout."
Voir là : https://framablog.org/2018/01/15/21-degres-de-liberte-01/
à lire aussi : Les textes officiels sur le site de la CNIL
Source(s) : Wikipedia, Le Hollandais Volant, BleepingComputer, Les Echos
Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) est entré en application en mai dernier, et avec lui son lot de provisions supposées renforcer la protection des données à caractère personnel. Prétendue révolution, ce texte n’est en réalité que l’expression plus aboutie d’une vision philosophique ancienne, tendant à rapprocher donnée, vie privée et personne humaine et s’opposant à une vision plus mercantile de la donnée, adoptée outre-Atlantique.
Transformation de la notion de vie privée
En développant massivement les services numériques, nos sociétés ont profondément transformé la notion de vie privée : consciemment ou non, chaque individu partage des informations plus nombreuses et plus diverses le concernant, faisant d’éléments ordinairement privés, des données connues par d’autres individus, des entreprises ou des administrations.
Parmi ces données comptent, de manière très immédiate et par exemple, les données de localisation collectées notamment par les smartphones et les diverses applications qui y sont installées, les données biométriques collectées à la demande d’édition d’un passeport ou encore les préférences alimentaires via les cartes de fidélité utilisées par les grands acteurs de la distribution.
En outre, la modification de la notion de vie privée est d’autant plus grande lorsque l’entité collectant initialement des informations sur un utilisateur, les recoupe, déduisant ainsi de nouvelles données, notamment par l’utilisation d’algorithmes.
Dans les deux cas, en face des possibilités offertes par la technologie, existent des risques pour les personnes concernées en cas de fuite de données comme le prouvent les nombreux scandales passés (Target, Ashley Madison, etc.) ou lors de la prise de décisions basées sur des données erronées. Dès lors, il appartient à chaque société, notamment par le droit, de contrôler les opérations portant sur des données à caractère personnel.
De la sacralité de la personne humaine à celle de la donnée
De l’anthropocentrisme aristotélicien à l’idée kantienne de respect de la personne, les philosophes européens ont longtemps considéré que toute chose de nature ontologique méritait une protection des plus absolues. Cette approche fondamentaliste, embrassant les droits de l’Homme, se retrouve par exemple en droit français dans le concept d’indisponibilité du corps humain, lui-même à l’origine de l’interdiction de vente d’organes, ou de la pratique des mères porteuses.
Le philosophe italien Luciano Floridi (Information : a very short introduction, 2010) crée à ce titre un parallèle éloquent entre la donnée et le corps humain en expliquant que la « quatrième révolution » (celle de l’informatique, en référence à Alan Turing) et la circulation accrue de données qui y est associée ont transformé la vie humaine à tel point que la donnée devrait être vue comme une extension de la personne humaine.
Ainsi, la marque de possession de la donnée à caractère personnel (« mes données ») se rapprocherait davantage du lien entre l’individu et son corps (« mon bras ») que de la marque de possession d’un objet (« ma voiture »).
En Allemagne, un droit à l’autodétermination informationnelle
En considérant la donnée comme une véritable émanation de la personne, celle-ci devient digne d’une protection très élevée. La volonté de protéger les données à caractère personnel est ainsi bien antérieure au RGPD en Europe, les premières législations relatives aux données à caractère personnel datant de 1970 (Land de Hesse, Allemagne), 1976 (Suède) et 1978 (France).
En Allemagne, la protection des données à caractère personnel revêt, en outre, un caractère constitutionnel depuis qu’en 1983 la Cour constitutionnelle a déduit de la Constitution fédérale un principe de droit à l’autodétermination informationnelle.
Ce principe dépasse la conception minimaliste de la vie privée (« le droit d’être laissé tranquille ») pour correspondre davantage à une protection large de la sphère privée et à la capacité de l’individu à participer de manière indépendante à la vie politique et sociale, comme l’expliquent Gerrit Hornung et Christoph Schnabel (« Computer law and security report », 2009).
Un renforcement progressif au sein de l’UE
L’Union européenne est également intervenue sur le sujet de la protection des données à caractère personnel avant le RGPD par l’adoption de la Directive 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 24 octobre 1995), créant un cadre général relatif à la protection des données à caractère personnel ainsi que par l’inclusion, dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, d’un article 8 relatif à la protection des données à caractère personnel.
Sans constituer une révolution, le RGPD vient toutefois renforcer sensiblement la protection des données à caractère personnel, en ligne avec l’idéologie fondamentaliste présente en Europe.
À titre d’exemple, le Règlement a une portée plus large territorialement puisqu’il s’applique à des contrôleurs de données situés en dehors de l’Union européenne. Substantiellement également, il accorde davantage de droits aux personnes concernées et prévoit notamment des sanctions plus fortes en cas de non-respect.
Aux États-Unis : laissez-faire, laissez-passer
À l’opposé de la vision sacrée de la vie privée et de la considération quasi corporelle de la donnée, existe une vision plus matérielle de cette dernière, dérivée d’une vision plus mercantile de la vie privée.
Dans An economic theory of privacy (1978), Richard Posner dépeint la notion de privacy comme nocive pour le marché en ce qu’elle prive d’informations les agents dans leurs prises de décisions. Dès lors, il m’apparaîtrait pas justifié d’accorder une protection particulièrement élevée aux données mais plutôt d’en autoriser la libre aliénabilité, notamment en créant un droit de propriété de l’individu sur ses données comme le défendait récemment le think tank Génération libre.
La structure américaine s’inspire de cette logique mercantile et est ainsi moins contraignante pour les entreprises désireuses de collecter et traiter des données à caractère personnel. Elle s’oppose au choix européen d’un régime protecteur de l’individu, destiné à sécuriser sa confiance en l’économie numérique.
Au contraire d’une intervention publique forte comme l’est le RGPD, les premières initiatives de régulation aux États-Unis sont l’œuvre des acteurs privés ayant produit des codes de bonne conduite (voir notamment les guidelines de la Direct Marketing Association).
La liberté laissée aux grands acteurs du secteur symbolise parfaitement l’approche libérale choisie par le législateur américain, suivant la doctrine libérale du « laissez-faire, laissez passer » élaborée par Vincent de Gournay au XVIIIe siècle. Cette expression, symbole de la confiance en la capacité autorégulatrice du marché, explique alors la structure parcellaire du droit américain de la protection des données à caractère personnel.
Ce seul exemple de la structure du droit suffit à mettre en lumière les différences juridiques résultant des différences philosophiques dont font l’objet États-Unis et Union européenne. En effet, aucun texte général relatif à la protection des données à caractère personnel n’existe aux États-Unis et le législateur n’est intervenu que sporadiquement sur des points particulièrement sensibles (la protection des jeunes enfants avec le Children Online Privacy Protection Act, 1998) ou pour certains secteurs comme les télécommunications (1996) et la finance (1970, 1999).
Des désaccords insurmontables ?
En somme, l’analyse philosophique et juridique comparée de la vie privée et de la protection des données à caractère personnel met en évidence d’importantes divergences entre États-Unis et Union européenne.
La multiplication des flux de données et les problématiques résolument transfrontières qu’ils engendrent pourraient pourtant inciter à la création de cadres plus larges. De telles améliorations permettraient notamment de faciliter la mise en conformité des différents contrôleurs de données et de sécuriser plus aisément la confiance des utilisateurs de services internationaux.
Quoi qu’une telle issue collaborative puisse séduire dans l’absolu, l’expérience passée n’incite pas à l’optimisme ainsi que le suggèrent les échecs passés dans les négociations internationales trop anciennes et limitées ou dans les négociations bilatérales remises en cause (invalidation du Safe Harbor) ou vivement critiquées (contestation du Privacy Shield).
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.
Juridique : Le bureau d’enregistrement a annoncé que les données personnelles contenues dans son registre WHOIS seraient dorénavant privées par défaut, en conformité avec le RGPD. Une tendance de plus en plus suivie parmi les bureaux d’enregistrement européens, malgré les efforts de l’Icann pour inverser la tendance.
Louis Adam
Par Louis Adam | Mercredi 11 Juillet 2018
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Dans un communiqué publié hier, le bureau d’enregistrement de nom de domaine Gandi a annoncé un changement sur la façon dont sont gérées les données accessibles via le service WHOIS, qui permet de se renseigner sur le propriétaire d’un nom de domaine. Les données personnelles mises à disposition au travers du service ne seront dorénavant plus consultables publiquement par défaut : il faudra que le titulaire du nom de domaine change un paramètre pour rendre les données en question accessible à tous.
C’est un changement qui pourrait paraître anodin au premier abord : le RGPD, entré en vigueur au mois de mai 2018, renforce en effet la protection des données personnelles des citoyens européens. Le service WHOIS, dont les données sont à l’origine publiques par défaut, exposait ainsi plusieurs noms, numéros et adresse email d’internautes qui étaient alors accessibles à n’importe qui, sauf si l’utilisateur acceptait de payer pour un service protégeant l’accès à ces données.
A lire, notre dossier : RGPD : tout pour être prêt<<<
Avec le RGPD, les bureaux d’enregistrement européens préfèrent donc inverser la tendance et proposer des données protégées par défaut, assortis d’une option pour les rendre éventuellement accessibles au public.
Gandi n’est pas le seul à avoir sauté le pas : OVH a ainsi récemment annoncé avoir mis en place une politique similaire de son côté. Mais l’Icann, la société chargée de veiller et d’organiser l’attribution des noms de domaines sur le réseau, voit cette évolution d’un très mauvais œil.
Une polémique qui traine en longueur
L’Icann est en effet vent debout face à ces initiatives et n’est pas seule dans son combat : aux États Unis, nombre de chercheurs en sécurité se sont élevés contre cet effet du RGPD, qui vient limiter leur accès aux données contenues dans le registre WHOIS. Pour les autorités américaines, la crainte d’un service WHOIS « fragmenté » est réelle : ces données étaient en effet fréquemment utilisées dans le cadre d’enquête et la question de savoir qui aura accès aux informations contenues dans les registres anonymisés reste encore à débattre.
L’Icann avait d’ailleurs intenté une action en justice à l’égard d’un registrar allemand qui avait choisi d’arrêter de collecter les données administratives et personnelles de ses clients afin de se mettre en conformité avec l’article 5 du RGPD, qui encadre le traitement des données personnelles. Le recours déposé par l’Icann devant les tribunaux allemands s’est néanmoins heurté à un mur.
La cour régionale de Bronn a ainsi débouté l’Icann de son action, en jugeant que l’entreprise américaine n’avait pas su présenter des arguments convaincants pour plaider sa cause, comme le rapporte The National Law Review. L’Icann a fait appel de cette décision.
25 mai 2018 - Avant-hier, Emmanuel Macron recevait son homologue Mark Zuckerberg, symbole défait d'un monde dont le glas a sonné ce matin. Sous les traits forcés du dynamisme et de l'innovation, Macron, ne comprenant rien à son époque, fait la cour à des puissances dont le modèle, aussi dépassé qu'illégal, prendra bientôt fin. Les seules structures qui compteront à l'avenir seront les nôtres : celles de l'Internet libre et décentralisé, établies et régulées par le peuple lui-même. C'est la voie qu'a ouvert le RGPD : prenons-la sans détour.