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 La revue de web de Kat

Résister à Trump au Groenland : la doctrine Muselier - Le grand continent

Sat 10 Jan 2026 - 07:41

Publié par Raphaël Llorca le 10 janvier 2026
*24 décembre 1941, Atlantique Nord. Il est trois heures du matin, il fait un froid glacial. Au large de Terre-Neuve, l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est encore plongé dans la nuit. À la sortie du port, le capitaine d’un petit chalutier n’en croit pas ses yeux : il vient de croiser quatre bâtiments de guerre — trois corvettes et un imposant croiseur sous-marin, coiffé d’un énorme canon. À l’avant, un pavillon claque au vent : bleu blanc et rouge, frappé de la croix de Lorraine en son centre — le drapeau des Forces navales françaises libres.-
De gaulle et Muselier
L’entrée dans le port se fait en quelques minutes, et suit un plan bien ordonné.
Une première corvette, la Mimosa, reçoit l’ordre de verrouiller le secteur des douanes ; une deuxième, l’Alysse, file vers le vieux bâtiment des douaniers pour en prendre possession ; la troisième, l’Aconit, se place à l’embarcadère, en couverture. Le sous-marin Surcouf, lui, reste en sentinelle à l’entrée du port.
Si, comme l’écrivait Malaparte 1, le coup d’État est une technique, alors ceux qui exécutent les manœuvres dans ce port la maîtrisent à la perfection.
Bientôt, vingt-cinq hommes armés débarquent et prennent méthodiquement possession des lieux stratégiques : la centrale téléphonique, la station de radio, le poste du câble transatlantique, puis la gendarmerie et les bureaux du gouvernement. Le seul gendarme croisé à cette heure avancée de la nuit se rend sans résistance.
En moins d’une demi-heure, sans un coup de feu tiré, l’affaire est pliée : Saint-Pierre-et-Miquelon devient le premier territoire libéré par la France libre. Comme une traînée de poudre, la nouvelle du débarquement se répand en ville.

Les premiers habitants enthousiastes sortent de leur lit, bottés, emmitouflés, se massent le long des bassins enneigés pour crier : « Vive de Gaulle ! »
Un militaire s’avance, un haut gradé. C’est lui, comprend-t-on, qui a conduit l’opération.
L’amiral Émile Muselier déplie une feuille et lit d’une voix calme une déclaration solennelle à la population :

« Habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon : conformément aux ordres du général de Gaulle, je suis venu pour vous permettre de participer librement et dans l’ordre au plébiscite que vous réclamez depuis si longtemps. Vous aurez à choisir entre la cause de la France libre et la collaboration avec les puissances qui affament, humilient et martyrisent notre patrie. Je ne doute pas que le plus ancien de nos territoires d’outre-mer, se rangeant aux côtés de la Grande-Bretagne, des États-Unis, du Canada, des autres Alliés, ne manifeste en masse sa fidélité aux traditions d’honneur et de liberté qui ont toujours été l’orgueil de la France. Vive la France ! Vivent les Alliés ! » 2

Le lendemain, jour de Noël, tous les hommes de plus de dix-huit ans sont appelés aux urnes.
À 17h30, sur la place centrale de la ville, anciennement appelée place Napoléon et bientôt rebaptisée place du général de Gaulle, l’amiral Muselier annonce les résultats.
Muselier utilise le référendum comme une arme diplomatique — et la mise en scène démocratique sert de piège moral tendu à l’allié.
Le verdict est sans appel : 783 voix pour la France libre, 14 voix pour la collaboration avec les puissances de l’Axe, 215 bulletins nuls 3.
98 % des votes exprimés ont émis le souhait de rejoindre les rangs des gaullistes, c’est un plébiscite.

Alain Savary, qui deviendra quarante ans plus tard ministre de l’Éducation de François Mitterrand, se voit chargé de l’administration temporaire de l’île.
Plusieurs prisonniers, soupçonnés de fidélité à Vichy, sont finalement relâchés. « Comme cadeau de Noël, leur dit l’amiral Muselier, la France libre vous offre ce qu’elle peut vous accorder : la liberté. » 4

La souveraineté n’est pas divisible

Quelle mouche a piqué le général de Gaulle pour qu’il décide d’envoyer, depuis Londres, une flottille militaire traverser l’Atlantique ?
Pour le comprendre, il faut se replonger dans le contexte géopolitique de l’époque.
Après l’armistice de juin 1940, Saint-Pierre-et-Miquelon, petit territoire français en Amérique du Nord — 240 kilomètres carrés, 4 600 habitants, à l’entrée de l’estuaire du Saint-Laurent — passe sous l’autorité du régime de Vichy. Le gouverneur-résident, le baron de Bournat, est décrit comme « marié à une Allemande et un puissant partisan du gouvernement de Vichy » 5. Sur le plan stratégique, l’archipel devient alors, mécaniquement, un point d’appui possible pour l’effort de guerre de l’Axe, notamment par le biais de ses moyens de communication.
Saint-Pierre est une station du câble transatlantique, et dispose d’un puissant émetteur radio.
Dans une guerre de l’Atlantique obsédée par la chasse aux convois, c’est un problème crucial : les Britanniques craignent qu’une enclave vichyste puisse renseigner les sous-marins allemands sur les routes, les horaires, la météo, les mouvements. La situation est concrètement très délicate : les Alliés peuvent-ils durablement accepter qu’une enclave potentiellement ennemie soit utilisée par l’Axe à l’entrée du continent américain ?

Dès la mi-1940, la question remonte donc à Ottawa et à Londres. Des pourparlers au sujet de Saint-Pierre-et-Miquelon sont entamés. L’ambassadeur américain au Canada, Jay Pierrepont Moffat, discute d’un projet d’occupation des îles avec les autorités canadiennes ; le Premier ministre Mackenzie King y renonce — redoutant qu’une intervention directe dans les îles ne détériore une situation diplomatique déjà instable.
En parallèle, Vichy cherche à sanctuariser ses possessions américaines.
En juillet 1940, Pétain obtient de Roosevelt une assurance : les États-Unis « ne reconnaîtront pas de changement de souveraineté des colonies des puissances européennes dans l’hémisphère occidental », et entendent les voir demeurer neutres. À ce moment, Washington n’est pas encore entré en guerre : la priorité américaine est de stabiliser son voisinage et de préserver ses marges de manœuvre diplomatiques.
Mais à mesure que les hostilités progressent, les Canadiens s’inquiètent de plus en plus du « nœud » saint-pierrais.

Le 3 novembre 1941, le gouvernement américain est informé de l’arrivée prochaine à Saint-Pierre de chargés de mission qui auraient à surveiller tous les messages envoyés et reçus. Pour Washington, la ligne rouge est atteinte : le département d’État américain envisage une expédition américano-canadienne visant à neutraliser le poste radio de Saint-Pierre.

De Gaulle ne « gagne » pas parce qu’il est plus fort ; il gagne parce qu’il refuse de parler comme un obligé. Raphaël Llorca

Informé, le général de Gaulle s’indigne de la perspective d’une intervention étrangère sur un territoire français.
Il comprend qu’il est confronté à un choix : une reprise française de Saint-Pierre-et-Miquelon, ou une mise sous tutelle alliée. Il ordonne alors à l’amiral Muselier, commandant en chef des Forces navales françaises libres, d’appareiller sur le champ, sans obtenir l’accord de Washington.
Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle a cette formule : « Je tenais cet accord pour souhaitable, mais non indispensable, puisqu’il n’y avait là qu’une affaire intérieure française. » 6
Nous sommes ici au cœur de la matrice politique gaullienne : la souveraineté n’est pas divisible, donc elle ne se « partage » pas au gré des circonstances.
La logique du Général est celle d’un refus de précédent.
Si l’on admet qu’un débarquement peut se faire dans un territoire français sans les Français, on acte, au fond, que la France est un problème de police pour ses alliés — et non plus un sujet politique.
De Gaulle fixe alors un principe : on peut être dépendant militairement sans être soluble diplomatiquement.

Cette décision prendra toute sa portée au moment de la libération du territoire métropolitain, mais sa grammaire est déjà posée à l’hiver 1941.

Tempête diplomatique

À peine l’archipel « basculé », la nouvelle fait le tour du monde — au point d’être reprise, le 25 décembre 1941, en une du New York Times.

Dans son récit très enthousiaste des événements, Ira Wolfert, qui recevra deux années plus tard le prestigieux prix Pulitzer pour ses reportages de guerre dans le Pacifique, n’hésite pas à parler d’une « démonstration de force » :

« Les Forces françaises libres ont montré qu’elles avaient conservé la maîtrise de cet art militaire qu’une grande partie du monde pensait enseveli par les divisions de Panzer allemandes. L’expédition fut montée dans le plus grand secret, en rassemblant des moyens venus de multiples horizons. L’amiral Muselier et son état-major se rendirent sur zone depuis l’Angleterre à bord d’une corvette de 1 100 tonnes ; il affronta ce que ses compagnons de bord décrivirent comme ‘la pire tempête’ que l’Atlantique Nord ait connue cette année. » 7

Quelques années plus tard, l’historien Robert Aron parlera, lui, du « putsch de Saint-Pierre-et-Miquelon » 8 : un terme rugueux, mais révélateur de la perception de certains contemporains. Non pas une simple opération navale, mais une prise de pouvoir par surprise dans une zone que Washington entend traiter comme un prolongement de sa sécurité nationale — dans la tradition de la « doctrine Monroe » théorisée près de cent vingt ans plus tôt.

Inévitablement, l’événement provoque le courroux américain.
Les États-Unis viennent tout juste d’entrer en guerre aux côtés des Alliés après l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941 — trois semaines seulement auparavant — et voilà l’autorité du puissant allié contestée dans sa propre zone d’influence.
Le 25 décembre, le Secrétaire d’État américain, Cordell Hull, écourte ses vacances et rentre précipitamment à Washington.
Il publie un communiqué cinglant : l’action des « so-called Free French ships » est qualifiée d’« arbitraire », et dénoncée comme contraire à l’accord de toutes les parties intéressées, « sans que le gouvernement des États-Unis en ait eu connaissance ou ait exprimé son approbation ». Il demande ensuite au Canada de prendre des mesures pour « restaurer le statu quo dans l’archipel ». Autrement dit : le communiqué n’exprime pas seulement une réprobation, c’est une mise en demeure au Canada de remettre l’archipel au gouvernement de Vichy.

Au même moment, Winston Churchill se trouve en visite à Québec en compagnie du président Roosevelt.
Dans ses Mémoires de guerre, le Premier ministre britannique rapporte que l’expression « so-called » est très mal reçue par l’opinion publique américaine, qui y voit une contestation de la légitimité même de la France libre. L’effet boomerang est immédiat : une partie de la presse américaine se retourne contre Hull 9. Dans un éditorial publié dans Nation 10, Freda Kirchwey accuse le Secrétaire d’État de « poursuivre avec un entêtement ridicule sa politique de complaisance vis-à-vis de Vichy », et voit dans « la répudiation de la France libre à Saint-Pierre-et-Miquelon […] le symbole le plus effrayant de notre déchéance morale ».

L’incident fissure le récit d’unité que Roosevelt cherche à installer au lendemain de Pearl Harbor : Saint-Pierre-et-Miquelon devient l’objet d’une querelle de légitimité au sein même du front allié.

Début janvier 1942, une proposition présentée comme une offre de compromis par le départment d’État est adressée au Comité de la France libre : une mission canadienne surveillerait les moyens de communication de Saint-Pierre, tandis que les troupes de la France libre seraient priées de quitter l’archipel. L’objectif : une neutralisation stratégique des îles et l’indépendance de l’administration par rapport à de Gaulle. Pour y parvenir, les États-Unis passent par l’entremise du gouvernement britannique. À Londres, le ministre des Affaires étrangères britannique, Anthony Eden, vient trouver le Général, pour lui annoncer que les États-Unis songeaient à envoyer à Saint-Pierre un croiseur et deux destroyers.

La suite de l’échange, rapportée par de Gaulle, sonne comme une scène de théâtre politique :

« ‘Que ferez-vous, en ce cas ?’ me dit-il — Les navires alliés, répondis-je, s’arrêteront à la limite des eaux territoriales françaises et l’amiral américain ira déjeuner chez Muselier qui en sera certainement enchanté. — Mais si le croiseur dépasse la limite ? — Nos gens feront les sommations d’usage. — S’il passe outre ? — Ce serait un grand malheur, car, alors, les nôtres devraient tirer.’ M. Eden leva les bras au ciel. ‘Je comprends vos alarmes, concluai-je en souriant, mais j’ai confiance dans les démocraties.’ » 11

Dire qu’on tirera n’est pas une fanfaronnade : c’est définir, par les mots, ce qui relève de l’inacceptable — même sous protection, même dans un rapport de force défavorable, même dans une asymétrie de puissance manifeste.

Le cas de Saint-Pierre-et-Miquelon rappelle une vérité élémentaire : la première puissance est grammaticale. Raphaël Llorca

Au moment précis où l’Amérique devient l’allié indispensable, de Gaulle refuse de traiter sa souveraineté comme une variable d’ajustement.
Il ne « marchande » rien, ne relie pas tous les sujets entre eux : il isole une ligne rouge, indépendamment du reste, et accepte l’idée d’une friction avec Washington, parce qu’il juge que céder ici, c’est préparer d’autres renoncements.

Sur place, Muselier se démultiplie, et comprend très vite que la bataille se joue aussi dans l’opinion publique américaine.
Aidé par Wolfert, le journaliste du New York Times gagné à sa cause, il réalise plusieurs enregistrements à destination des États-Unis.
Dans l’un d’eux, il durcit le registre jusqu’à l’absolu, en nouant explicitement Saint-Pierre-et-Miquelon à l’idée de « démocratie » :
« Il n’y a pas de puissance au monde qui puisse chasser mes hommes et moi-même de ces îles tant que nous serons vivants. Pour l’honneur, je résisterai à toute force navale quelle que soit sa puissance. Si, par une circonstance incroyable, une telle tentative devait être faite, alors c’est qu’il n’y aurait plus de démocratie sur la terre, et il ne resterait d’autre solution pour les démocrates que de mourir. Notre sang tacherait l’histoire, la démocratie serait notre linceul et notre tombe. » 12

Les trois leçons de la doctrine Muselier

Avant d’être un épisode d’histoire navale, Saint-Pierre-et-Miquelon est un petit traité de politique en actes. Une leçon de chose : comment, dans l’asymétrie la plus totale, fabriquer de la puissance avec presque rien.
Appelons cela la « doctrine Muselier » : l’art de transformer une opération limitée en événement total — en combinant un geste territorial (prendre), un geste symbolique (montrer), et un geste démocratique (faire voter), de façon à déplacer la bataille du terrain militaire vers celui de l’opinion publique.
De Gaulle y pose la règle, Muselier en orchestre la dramaturgie : ensemble, ils transforment un confetti atlantique en principe de souveraineté.

Trois leçons peuvent être tirées de cet épisode historique.

Première leçon : la puissance des mots — donc des principes.

Qu’est-ce que les mots changent, ne cesse-t-on aujourd’hui de se demander, face au rouleau compresseur américain ? Absolument tout. On parle beaucoup de rapport de force — comme si la force ne s’exprimait que par les moyens.
Mais Saint-Pierre-et-Miquelon rappelle une vérité plus élémentaire : la première puissance est grammaticale. Elle consiste à nommer la ligne rouge, à la rendre intelligible, à l’énoncer de manière irrévocable.
De Gaulle ne « gagne » pas parce qu’il est plus fort ; il gagne parce qu’il refuse de parler comme un obligé. C’est précisément au moment où il est le plus faible qu’il se montre le plus digne et le plus droit.

Deuxième leçon : la métonymie comme stratégie de puissance.

Sur le papier, Saint-Pierre-et-Miquelon n’est pas un objectif militaire majeur. Mais dans les têtes, c’est un symbole.
Pour la France libre, être reconnue et administrer des territoires n’est pas accessoire : c’est la condition pour être un gouvernement et non un simple « mouvement », et donc pour rester audible auprès des Français. Dans cette logique, reprendre un fragment minuscule, c’est rouvrir l’imaginaire du possible : si l’on peut reprendre Saint-Pierre, alors la reconquête de la France n’est plus une abstraction.
Dans sa recension des événements 13, Muselier justifiera la prise de Saint-Pierre-et-Miquelon par deux éléments : « le vent d’espoir qui secouerait la France » et « la valeur de propagande mondiale d’une telle action ». Une partie pour le tout : la preuve par la carte.

Troisième leçon : parler la langue de l’adversaire — et retourner ses mots contre lui.

Dans un espace atlantique dominé par le mot « democracy », Muselier utilise le référendum comme une arme diplomatique — et la mise en scène démocratique sert de piège moral tendu à l’allié.
L’annonce des résultats (98 % des suffrages exprimés pour la France libre) produit une séquence très puissante : l’acte militaire est immédiatement recodé en acte de souveraineté populaire.
Pour les États-Unis, revenir en arrière ne serait plus seulement « rétablir le statu quo », ce serait défaire un vote. La diplomatie se retrouve désarmée par le langage même qu’elle prétend incarner.

La leçon vaut pour aujourd’hui.

Si l’actuel pouvoir américain se raconte dans la rhétorique de la « paix », de l’« arrêt des guerres », jusqu’au fantasme du prix Nobel brandi comme horizon personnel, alors c’est peut-être sur ce terrain symbolique qu’il faut l’entraîner, peut-être, le repousser jusqu’à une limite : le contraindre et l’obliger à choisir entre son récit et ses actes, entre l’image qu’il vend et la réalité qu’il produit.
Sources

Curzio Malaparte, Technique du coup d’État, Paris, Grasset, 1931 (2022).
Cité dans Raoul Aglion, L’Épopée de la France combattante, New York, Éditions de la Maison française, 1943.
« Le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la  France libre », Collection « Mémoire et Citoyenneté » n°21, Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, Ministère des Armées.
Cité dans William Hanna, « La prise de Saint-Pierre-et-Miquelon par les forces de la France libre : Noël 1941 », Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 16, n°3, décembre 1962.
Ibid.
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – Tome 1, L’Appel, Paris, Plon, 1964.
Ira Wolfert, « Take Vichy Colony », The New York Times, 25 décembre 1941.
Robert Aron, Grands dossiers de l’histoire contemporaine, Paris, Librairie Académique Perrin, 1964.
Dans ses propres Mémoires, publiés en 1948, Cordell Hull justifie sa position vis-à-vis de Vichy en expliquant que l’objectif, à l’époque, était d’user de leur influence « pour empêcher la flotte et les bases françaises de tomber aux mains des Allemands, et maintenir des observateurs en France et en Afrique du Nord ».
Freda Kirchwey, « Mr Hull should resign », The Nation, 3 janvier 1942.
Général de Gaulle, Mémoires de guerre – Tome 1, L’Appel, op. cit.
Cité dans la Revue de la France libre, n°276, 4e trimestre, 1991.
Émile Muselier, De Gaulle contre le gaullisme, Paris, Le Chêne, 1946.
France Histoire USA
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/10/de-gaulle-muselier-resister-a-trump-au-groenland/

France’s war on woke, from the salons to the cinemas – POLITICO

Sun 14 Apr 2024 - 08:25

By CLEA CAULCUTT in Paris - April 2, 2024 4:00 am CET

Trust the French to intellectualize the war on woke.

Roughly once a month, the crème of a very specific part of French society gathers at Le Laboratoire de la République, a think tank in central Paris, to warn against what it sees as a dangerous and divisive import.

The events hosted by the Laboratoire don’t just focus on so-called wokeness, but it’s a recurring theme. Speakers have included the French-Algerian novelist Kamel Daoud who has dismissed wokeism as “dangerous” and “boring,” the influential academic and Islam specialist Gilles Kepel who has denounced cancel culture in universities and Nathalie Heinich, a sociologist who described wokeism as a “new totalitarianism.”

“We didn’t wait for [the woke generations] to tackle racism and sexism,” Heinich said in an interview with POLITICO. “Do they think they’ve invented these fights? We don’t need to ban speeches that don’t suit us to advance the fight against discrimination.”

Set up in 2021 by Jean-Michel Blanquer, a former education minister under President Emmanuel Macron, the think tank was set up to defend a “republican ideal” that transcends race and religion. Woke ideology, Blanquer recently argued in an interview in an elegant restaurant in central Paris, is “pessimistic” because it reduces people to representatives of groups with fixed identities that eclipse the individual: woman, Black, Muslim, gay. “This hodgepodge just creates more conflict in our societies,” he said.

In the United States, the anti-woke banner has been primarily hoisted by figures on the cultural right like Florida Governor Ron DeSantis. In France, however, while the main thrust of hostility comes from populists and the far right — most notably Eric Zemmour, head of the far-right Reconquest party — opponents to so-called wokeness can also be found among the establishment and even the cultural left.

The term is mostly used pejoratively by critics to describe what they see as a U.S.-driven shift in progressive values leading to the repression of plurality of opinions on gender and race and the promotion of minority identities at the expense of French unity.

“Our defenses against wokeness should be strong,” said Brice Couturier, the host of the Laboratoire’s monthly debates and a self-described leftist who has been critical of “Islamo-leftism” and “transgender ideology.”

“The Republican ideal is egalitarian,” he said. “It doesn’t sit well with the idea that identity, even racial identity, should become an important cultural marker.”

Le Laboratoire de la République

To reach the French headquarters in the war on woke, cross the Seine with the Louvre at your back, walk past the Musée d’Orsay and wander through the 7th arrondissement until you get to La Maison de l’Amérique Latine on the posh Boulevard Saint-Germain.

On a recent evening in January, university professors, intellectuals, and students mingled in a wood-paneled reception room drinking warm white wine, chatting in the wake of the Laboratoire’s guest speaker who had answered a Q&A on immigration and France’s relations with its ex-colonies.

“At my university, everyone criticizes what they call the domination of the white male,” said Lila Nantara, a 23 year-old cultural studies student who had come to hear the debate. “I think it’s a good cause and comes with good intentions, but woke ideas are an intellectual confinement that are harmful to scientific studies,” she added.

French hostility to so-called woke ideas arguably dates to the upheaval of the 18th century, when the revolutionaries didn’t just decapitate the king but set out to remake society from the ground up. In the place of the Ancien Régime dominated by clerics and noblemen, the Republic erected ideals of secularism and equality, in which ethnic, regional and religious identities were subsumed into universalized Frenchness.

Even today, the French government declines to keep statistics on the country’s ethnic and religious makeup, arguing that doing so would be divisive and reminiscent of the data collection during World War II that was used to round up Jews. And much of the debate about immigration, particularly from predominantly Muslim countries, has centered around objections to overt religiosity in the public sphere.

In recent years, concern about wokeness has reached the highest echelons of French politics. In 2022, Macron declared himself “against woke culture,” announcing his opposition to the removal of controversial historic statues. “We need to face our history,” he added. His wife Brigitte has expressed her opposition to gender-neutral pronouns. And the recently appointed conservative Culture Minister Rachida Dati pledged to fight wokeism, “a policy of censorship.”

“Wokeism is the idea to be ‘awake’ to fight discrimination,” said Ilana Cicurel, a member of the Laboratoire and a member of the European Parliament with Macron’s Renaissance party. “It’s hard not to share that objective. But we see a drift, the temptation to reduce people to their identities in the name of the fight against discrimination.”

Blanquer, who also comes from the right, says his participation in the battle was inspired at least in part by his time at Harvard University. “It’s there that I discovered political correctness, which is the premise of wokeism on U.S. campuses,” he said. “I become very concerned about the communitarian outlook, where everything is seen through the prism of belonging to one group or another.”

He cautioned that wokeness could serve as a thin wedge for totalitarian regimes looking to foster division in Western society. “Look at how the Chinese use TikTok or the way Qatar uses [Al Jazeera’s social media channels] AJ+, and how they exploit woke themes,” he said.

“In the name of wokeism, they encourage Islamism,” he added. “We need to be lucid about this.”

‘Culture of irreverence’

What’s distinctive about French anti-wokeness is that it’s by no means confined to the center or the right. It also has adherents on the left, with traditionalists facing off against new generations influenced by the conversation in the U.S.

The topic is so toxic that most politicians try to avoid it altogether, but there are many on the left who see identity politics as a renunciation of the battle for the working classes or a fore rider of American prudishness.

“Big business is playing with [wokeism], giving symbolic advantages to minorities, installing unisex toilets so trans people don’t feel discriminated against,” said Couturier, the leftist anti-woker. But “behind identity politics, the reality is that salaries aren’t going up.”

France is, after all, a country where Woody Allen, the film director accused by his adopted daughter of sex abuse, is still making movies; where Roman Polanski, who was convicted of statutory rape, gets film awards; and where Johnny Depp made his first film with a female film director after winning his defamation case against Amber Heard.

France “simply respects justice much more,” said Heinich, the sociologist. “Polanski is not facing charges here, unlike the U.S. The case is very old, and his victim has requested that the lawsuits stop. And Woody Allen has been totally cleared. So enough is enough.”

In France, the #MeToo movement was met with ambivalence, with the film star Catherine Deneuve defending “the right to seduce” and “the freedom to bother” women as part of sexual freedom in France. While some women have spoken out against abusive directors or actors, recent allegations of sexual misconduct against France’s best-known actor Gérard Depardieu have devolved into a brawl, with rival factions lining up on either side.

When it comes to race and religion, the left can sometimes be less concerned with intolerance than the right to offend, most famously embodied in the weekly Charlie Hebdo magazine. In 2015, Islamist gunmen incensed by lewd cartoons depicting the Prophet Muhammad attacked its offices, killing 12 people and sparking an outcry of support under the slogan “Je suis Charlie.”

“It is mostly the left that is very resistant to racial questions in France,” said Rokhaya Diallo, a commentator and anti-racist activist. “Universalism was first and foremost a value of the left, and then it was adopted by the right.”

French culture is “resistant to wokeism”, said Mathieu Bock-Côté, a conservative essayist and political commentator. “There’s a culture of irreverence here. If you tell a Frenchman that a man can be pregnant, he’ll burst out laughing.”

Sensitivities about race and religion, argue some on the left, are an American phenomenon, born out of a history of race relations that France — despite its history of colonialism — doesn’t share. “French culture resists wokeism because of an instinctive distrust of the U.S., either because they see it as U.S. imperialism or because they don’t think it’s part of their culture,” said Bock-Côté.

Boomerang

The irony for France’s anti-woke warriors is that the ideas behind it are, well, very French. It emerged from the writings and teachings of a group of colorful French intellectuals — including Jacques Derrida, Michel Foucault, René Girard and Jean Baudrillard — who argued that truth is subjective and often determined by power relations.

Known as post-structuralism, or French Theory, their ideas gained popularity in the U.S. in the 1960s and 1970s through a series of writings and lectures, eventually giving rise to gender and decolonial studies. Later, Girard joked that he and his fellow French academics had brought “the plague” to America.
The left can be less concerned with intolerance than the right to offend, famously embodied by the Charlie Hebdo magazine | Joel Saget/AFP via Getty Images

“Our problem is that French Theory, which has become crazy on U.S. campuses, is heading back to us like a boomerang in the form of postcolonial studies, gender studies, intersectionality,” Couturier wrote in his book “Ok Millennials!”

It’s rare these days for a week to go by without another French episode in the woke wars. In December, the winner of the Miss France beauty pageant was accused of having “woke hair” (a pixie cut). Last June, a prominent politician on the left was forced to quickly backtrack after suggesting 16-year-olds should receive parental consent before changing their gender. The values in French filmmaking also appear to be changing, with the prestigious César film awards announcing that directors and actors facing charges of sexual violence will no longer be allowed to speak or appear onstage during the ceremony.

As woke issues dominate the cultural debate, its opponents are worried they’re starting to lose the fight. While only 4 percent of the French support wokeness, according to the polling led by politics specialist Chloé Morin, some of its ideas are quietly taking root. Some 24 percent think people “should stop making caricatures of religions,” a 5 percent increase on 2015, and 41 percent think every level of society is affected by racism.

“I’m worried [France] will follow in the footsteps of the U.S. where wokeism is the dominant ideology on campus, in elite universities,” said Couturier. He added that students graduating have “soaked up this ideology.”

“It’s a bit like my experience growing up with Marxism,” he said “I really struggled to get rid of it, and often I’m still thinking in terms of class struggle. So I’m not that optimistic.”

France wokisme
https://www.politico.eu/article/france-war-on-woke-laboratoire-de-la-republique/

Du bon usage du vocabulaire généalogique – Généalogie Alsace

Wed 21 Apr 2021 - 21:13

7 mots ou expressions utilisés en généalogie, parfois de façon erronée :

ANCÊTRE : Un ancêtre est une personne dont on descend. Les ancêtres sont les ascendants directs et non pas l’ensemble des individus de l’arbre généalogique. Les cousins ne sont pas des ancêtres, ce sont des collatéraux.

OBIIT : « Obiit » en marge des baptêmes dans les actes paroissiaux signifie que l’enfant est mort en bas âge (contraction de obivit = il est mort). Pour cet enfant, il n’existe pas d’acte de décès ni de sépulture.

DE DROIT ET DE FAIT : Dans un acte de mariage, qu’un des époux soit « de fait » d’une paroisse signifie qu’il y habite ; « de droit » indique la paroisse dont il dépend juridiquement ou canoniquement (il y est né ou ses parents y habitent ou il y est rattaché). Plusieurs bans doivent alors être publiés.

BREVET : Un acte en brevet est un acte délivré par un notaire directement à l’intéressé, contrairement à une minute que le notaire conserve dans ses archives. Il concerne une procuration, un acte de notoriété, une autorisation pour mariage… Il est difficile à retrouver car c’est un exemplaire unique (par exemple autorisation parentale annexée à l’acte de mariage), la plupart du temps détruit. Parfois, il en existe des traces dans le répertoire du notaire.

RÉPERTOIRE CIVIL : « RC » en marge d’un acte de naissance (suivi d’un numéro ou date) concerne un acte survenu pendant la vie de l’intéressé : changement de régime matrimonial ou mise sous tutelle par exemple. Il est possible de demander une copie de ce répertoire civil.

PUPILLE DE LA NATION : C’est un enfant dont un des parents a été tué ou blessé lors d’une guerre ou d’un attentat et que la nation prend à sa charge pour certains avantages (éducation). Ne pas confondre avec « pupille de l’état » = pupille de l’assistance publique, qui désigne des enfants délaissés par leur famille (abandonnés, nés sous X, orphelins), que l’état prend en charge dans des centres spécialisés.

À LA MODE DE BRETAGNE : Un cousin « à la mode de Bretagne » ou « à la mode de Bourgogne » n’est pas un cousin lointain dont on ne connaît pas précisément la parenté. L’expression a un sens précis en généalogie : désigne le fils d’un cousin germain d’un des parents. Par extension, ma « tante à la mode de Bretagne » est la cousine germaine de mon père ou de ma mère (idem pour l’oncle). NB : On parle aussi de cousin issu de germain.

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